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Full text of "Journal asiatique"

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JOURNAL  ASIATIQUE 


DlXlEMi:   SEKIE 
TOMI-:  XVII 


JOURNAL  ASIATIQUE 

RECUEIL  DE  MÉMOIRES 

ET  DE  NOTICES 
RELATIFS  AUX    ÉTUDES    ORIENTALES 

PUBLIÉ  PAR  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE 

DIXIÈME   SÉRIE 
TOME   XVII 


PARIS 


IMPRIMERIE    NATIONALE 


liHISEST  LKUOLX,  KDITIÎLjH,  HUK  BONAPAUTli,  28 


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Sér.  lO 
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JOURNAL  ASIATIQUE. 

JANVIER-FÉVRIER   I9I1. 

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LES  HYKSOS 

ET 

LA  RESTAURATION  NATIONALE 

DANS  L\  TRADITION  ÉGYPTIENNE  ET  DANS  L'HISTOIRE, 

PAR 

M.   R.   WEILL. 

(suite  et  fin.) 


CHAPITRE    II. 
LA  ROYAITÉ  DES  APOPI  ET  LES  ASIATIQUES  EN  EGYPTE. 

Tournons  maintenant  notre  attention  vers  le  deuxième 
terme  du  problème  que  posent  les  traditions  d'époque  thé- 
baine  extraites  précédemment  et  mises  en  évidence  un  peu 
plus  haut  (Section  II,  introduction)  :  \popi,  l'ennemi  du  roi 
de  Thèbes  dans  l'une  des  deux  histoires;  on  se  rappelle  que 
dans  l'autre  histoire,  l'ennemi  est  un  étranger  asiatique.  Qu'est-ce 
v^xiApopi,  quelle  était  sa  royauté,  ([uelles  relations  peut-il  avoir 
eues  tant  avec  l^s  Asiatiques  qu'avec  Ahmès,  Tiouà  ou  leurs 
prédécesseurs? 

On  connaît  les  monuments  de  trois  \popi  certains,  dont 
les  noms  solaires  sont  Akncnre ,  Aomiirv  et  N ihhliopcshi^yc ;  les 


JANVIER-FEVRIER    191  1. 


deux  premiers  uu  moins  sont  nettement  apparentés  par  la 
forme  de  ces  noms  solaires,  mais  on  ne  sait  comment  les 
ranger  l'un  par  rapport  à  l'autre.  Nous  allons  les  examiner 
successivement. 


AKNENRE  APOPI. 


Il  usurpe,  àTanis,  les  deux  statues  colossales  d'un  certain 

roi  Smcnlihkare  Miriiuislidoii    |}  f  ®  '^  jj  1  ^  (ïk.''^^'^  ij  ' 

antérieur  à  lui  par  conséquent  et  nommé  par  le  papyrus  de 
Turin;  l'inscription  usurpatrice,  gravée  sur  l'épaule  droite, 
de  très  négligente  façon,  est  à  lire-^^  : 


^Le    roi   Ahnenro  Apnpi ,  aimé  de  Sit.  55    C'est  le   même  Ak- 
nenre,  à  ce  qu'on  suppose,  qui  voulut  éterniser  son  nom  sur 

'"'  La  première  statue,  que  nous  désignerons  par  A,  fut  découverte  ])ar 
Burton,  et  ses  inscriptions  publiées  par  lui,  E.rcerpla  hierogl.,  pi.  XL,  1 
(Smenklikare),  7  (Aknenrc),  puis  notées  par  Lepsius,  L.  D.,  111,  aSg  c 
(Smcnkhkare),  Text,  I,  p.  5  (Aknenre).  Mariette,  ensuite,  retrouva  cette 
même  statue,  et  peu  de  temps  après  découvrit  la  statue  jumelle  B  :  Mariette, 
LettvP  à  M.  le  Vie.  dp  Rongé  sur  les  fouilles  de  Tanis ,  dans  Rev.  arch.,  9"  série, 
III  (1861),  p.  97-111,  et  Deuxième  lettre  etc.,  même  série,  V  (186a), 
p.  997-3o5;  cf.  sa  Notice  etc.,  18G9,  p.  276,  et  ses  Fragments  et  documents 
relatifs  aux  fouilles  de  San,  publiés  dans  Rec.  de  travaux,  IX  (1887),  p.  10-1  9. 
Les  inscriptions  de  la  statue  B  ont  été  publiées  pour  la  première  fois,  à  ma 
connaissance,  par  Pétrie,  qui  retrouva  le  monument  sur  place  :  Tanis,  1 ,  pi.  III, 
17  B  (Smenklikare),  IIl,  170  =  XllI,  6  (Aknenre). 

Dans  rinscriplion  d'Aknenre,  le  nom  de  Sit  est  martelé  sur  B,  mais  intact 
sur  A,  de  sorte  que  depuis  Mariette  on  le  connaît  bien  à  cette  place:  pour  le 
reste,  les  deux  exemplaires  de  l'inscriptio!) ,  détériorés  et  martelés  irrégulière- 
ment, se  complètent  à  peu  près  l'un  l'aulre,  mais  Mariette  n'arriva  pas  à 
lire  le  nom  solaire,  à  cause  du  ^  très  indistinct  sur  les  deux  monuments,  et 
sa  mauvaise  lecture,  qui  passa  cbez  Rougé,  laisse  encore  sa  trace  dans  Petuik, 
Tanis,  I,   p.  8-9.   La  vraie   lecture  Ahnenre,  cependant,  a  été   indiquée  par 


LES  HYKSUS  ET  LA  RESTALRATIUN  NATIONALE.  7 

l'épaule  droite  des  sphinx  dont  quatre  furent  trouvés  à  Tanis 
par  Mariette  en  même  temps  que  les  statues  précédentes,  dont 
un  autre  est  au  Louvre  depuis  beaucoup  plus  longtemps,  et 
sur  lesquels,  uniformément,  les  inscriptions  trop  hâtives  de 
l'usurpateur  furent  martelées  jusqu'au  dernier  signe'".    Ma- 

Mariette  lui-même  dès  187a  ,  à  la  suite  de  la  découverte  de  la  table  d'offrandes 
dont  nous  parlons  un  peu  plus  bas,  et  où  la  litulaturo  d'Aknenre  Apopi  est 
parfaitement  lisible  :  Mariette,  noie  dans  3/e7rtng-es  d'arch.  ég^yplienne  et  assy- 
rionne,  1  (1872),  p.  56:  cf.  Notice  etc.,  1876,  p.  9()9,  à  propos  de  ladite 
table  d'oflVandes.  Depuis  lors,  l'inscription  des  statues  de  Tanis  a  générale- 
ment été  lue  de  manière  correcle;  voir  Brugsch,  Gesch.  Aeff.,  p.  824  ;  Wiedk- 
MANN,  Aeg.  Gesch.,  p.  29a;  Naville,  Bubaslis,  p.  ai:  Maspebo  dans  toutes 
les  éditions  de  V Histoire,  etc. 

Les  deux  statues  ont  été  transportées  au  Caire  en  190 A  (voir  note  suivante). 

'''  Description  des  quatre  spbinx  de  Tanis  par  Mariette,  loc.  cit.  dans  Rev, 
arch.,  9*  série,  111  (1861),  p.  io4-io5,  pi.  I  et  II,  loc.  cit.  dans  Rec.  de  tra- 
vaux, IX  (1887),  p.  10,  et  dans  les  diverses  éditions  de  la  Notice,  \oir  note 
suivante;  les  bases  sont  gravées  tantôt  aux  noms  de  Ramsès  II,  tantôt  à  ceux  de 
Mineptah,  et  un  Psousennès  de  la  XXI'  dynastie  s'est  encore  inscrit  sur  l'un 
des  monuments.  Quant  aux  inscriptions  des  épaules  droites,  elles  sont  martelées 
si   complètement    qu'on   ne  distingue    plus,    de   l'une    d'elles   (pi.    II),    que 

i.f  1  î  (  Wà\  WM  rS^5l  i  "S  • 

f^  I  è  Kjm^X  fm.  \j:ï}M\  i  ^  ' 


mais  le   tout,    dit  Mariette, 

rappelle  si  bi<'n  la  légende  d'Apopi  sur  les  colosses  de  Mirmashaou,  qu'on 
nliésite  pas  à  reconnaître  aussi  Apopi  dans  nos  inscriptions  détruites.  Celle 
manière  de  voir  est  adoptée  par  Devéria,  Lettre  à  M.  Aug.  Mariette  etc., 
dans  Rev.  arch.,  2°  série,  IV  [1861],  p.  960-9G1  (voir  Bibl.  Egypt.,  IV, 
p.  221-222),  qui  expose  en  même  temps  avoir  examiné,  sur  l'avis  de  Mariette 
(cf.  Mariette,  Lettre  à  M.  Alf.  Maury  etc.,  dans  Rev.  arch.,  2*  série,  III  [1861], 
p.  .S.37-3/10)  et  de  concert  avec  lui,  le  grand  sphinx  A.  28  du  Louvre,  dont 
la  petite  inscription  en  une  colonne,  sur  l'épaule  droite,  a  été  martelée  e^acte- 
raent  comme  celles  des  sphinx  de  Tanis;  ils  arrivèrent  à  lire,  plus  ou  moins 

conjccturalement  :    i  ^    "j     ta    ''^■^   |f^    Ipi  (  1   (  di^   même    à 

peu  près  Pétrie,  Tanis,  I,  pi.  Il,  i /i  F).  Rappelons  que  le  sphinx  du  Louvre, 
outre  cette  inscription  martelée,  porte  les  cartouches  de  R.imsès  11.  de  Miiie- 
])lali  et.  autour  de  la  base,  des  inscriptions  de  Sheshonq.  La  présence  des 
noms  d'un  Apopi  sur  tous  ces  monuments  est  généralement  admise  aujour- 
d'hui encore;  voir  Pétrie,  Tunis,  p.  7;  mais  il  inqjorte  de  r.Mnarqiii'r  (pion  n'en 
a  aucune  preuve  certaine.  Gauthier  enregistre  ( /{oix ,  11,  p.  l'ia,  n"  IV)  une 
tilulature  complète   d'Apopi  comme  provenant  d'un  des  sphinx,  mais  il  >  a 


8  JANVIER-FEVRIER    1911. 

riette  considérait  les  sphinx  comme  de  l'époque  même  de 
l'Apopi  des  inscriptions  martelées ^^^,  mais  il  fut  mis  hors  de 
doute,  depuis  lors,  que  ces  beaux  monuments  appartiennent 
à  la  XII*"  dynastie  et,  plus  précisément,  représentent  Amenem- 
hatlIIC^). 

Un  autre  monument  d'Aknenre  Apopi'-^^,  d'attribution  tout 
à  fait  certaine  au  contraire  des  sphinx  de  Tanis,  est  la  table 
d'offrandes  bien  connue  qui  porte  tout  autour  de  la  face  supé- 
rieure, à  plat,  les  inscriptions  suivantes ''^  : 

^    ,                      / — ~^^    T~N      l^t'ux   foi'^,    symélriquemont ,  à 
T   iK^         ■          n  I  (  ®  ^^^  înî  1  partir    du    milieu    dn    lonjf 

"^  ^ ^         côté  supérieur. 

simplement  confusion,  dans  ses  notes,  avec  les  inscriptions  des  statues  de  Mir- 
mashaou. 

Souvent  d'ailleurs  on  confond  entre  eux  tous  les  sphinx  et  leurs  inscrip- 
tions usurpatrices  ultérieures,  c(ui  en  réalité  ne  sont  point  identiques  entre 
elles;  voir  Wikdkmann,  Gench.,  p.  a^h  et  n.  5,  Suppl.,  p.  33,  1.  19-ao. 
Pétrie  [Tanin,  p.  8)  connaît  deu:r  sphinx  seulement,  l'un  encore  en  place,  et 
l'autre  qui  est  celui  du  Louvre;  exactement  de  même  nous  renseigne,  en  der- 
nier lieu,  (ÎAUTHiER,  Rois,  II  (1910),  p.  1/12,  n.  3.  Le  plus  grand  nombre 
des  autres  sphinx  existent  encore,  entiers  ou  en  morceaux;  ils  ont  été  trans- 
portés au  nuisée  du  Caire  ,  en  190^,  parmi  les  gros  monuments  de  Tanis  laissés 
en  place  jusqu'alors;  voir  Maspero-Rarsanti  ,  Transpart  des  gros  nwnumpnls  de 
San  au  Musre  du  Caire,  dans  Ann.  du  Service,  V  (igo'i),  p.  9o3-9i4,  et 
particulièrement,  p.  310-911,  la  Hsle  des  monumenis  transportés. 

(')  Mariette.  Lettres  à  de  Rougé,  loc.  cit. ,  voir  notes  précédentes,  et  Notice 
dex  priiic.  mon.,  186/1,  p.  233.  n°  11.  p.  sOlt,  n"'  ii-i3;  1869,  p.  278; 
1876,  p.  258,  n"  869. 

'^'  Maspero  .  Guide  du  Visiteur,  p.  6i-()5,  n°  107,  et  Arch.  Egi/pt.,  p.  216- 
217;  GoLÉMScHEKK,  Auieuemha  III  et  les  Sphinx  de  San,  dans  Rec.  de  travaux, 
XV(i8i)3),p.  i3i-i36. 

'•'''  D'après  VViedemann,  Gesch.,  p.  99/1-295.  la  slatue  A,  18  du  Louvre 
appartiendrait  à  Aknenre  Apopi  et  aurait  été  usurpée  plus  tard  par  Amen- 
lintep  111,  mais  il  semble,  au  contraire,  que  cette  slatue  n'a  jamais  appartenu 
qu'à  .4menbotep  III. 

'*'  Mariette,  Notice  des  princ.  mon.,  1876.  p.  299,  n"  1001.  et  Mon. 
divers,  pi.  XXXVIll:  Maspero,  Ilist.,  II,  p.  59;  Petiue.  Histori/,  I(/i'éd., 
1899),  p.  2/i3;  Ahmed  hey  Kamal,  Ta/des  il'oj/randes  (dans  Cat.  gén.  Gaire), 
I  (1  909).  p.  ()i. 


LES  HYKSÔS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  9 

y  ^  ':r^  «  ,^,  n  ^    O    (1)     Sur  chacun  des  deux  petits  cùtés 
JV  i- —  " ^Om  m  1  "^ —  perpendiculaires. 

' —     ^    ISS     _     V    ^    1   I   * Moitié  gauche  du  long  côté  de 

-=— •  * —  •  •  •  -"    •==•    *    *  base. 

♦    "V     '^   /•?\   "^^ — -_    A    û  0    Q    ** — \      ^foitié  droite  du   long  côté  de 

«L'Horus  Sehoteptaoul ,  le  dieu  bon  Aknenre;  fait  par  lui  en 
monument  de  lui  à  son  père .  .  . ,  seigneur  de  sa  ville  de  Ha- 
ouarit,  qui  (a  franche  ;)  a  mis  tous  les  pays  sous  ses  sandales; 
(^(\  droite  :)  a  décrété,  pour  lui,  qu'il  Donne  la  Vie,  comme 
Re,  à  jamais,  n  L'inscriplion  nous  apporte,  comme  on  voit,  le 
nom  d'Horus  d'Aknenre,  et  cela  nous  permet  de  noter  ceci, 
qui  n'est  pas  sans  importance,  que  le  roi,  «Horus  Sehotep- 
\laoui^ii,  paraît  très  probablement  sur  un  fragment  archi- 
tectural de  Bubaste^-'. 

Sur  la  table  d'offrandes  dont  on  vient  de  parler,  le  nom  du 
dieu  a  été  martelé;  pourtant,  dans  l'inscription  de  gauche,  on 
voit  encore  la  tête  et  les  oreilles  du  ^  Sit'^'^K  Quant  au  nom 
de  la  place,  sa  lecture  est  complètement  sùre''l  Ha-ouailt , 
comme  résidence  de  Sit,  n'est  pas  inconnu  des  textes  de  la 
Basse -Egypte  ou  qui  ont  rapport  à  la  Basse-Egypte,  f.c  roi 
Nehsi,  sur  une  statue  de  Tell-.Mokdam  dont  on  parlera  plus 
loin  <•■'',  est  ^''^  S  i  O  M  ^  '^aimé  de  [Sit]  seigneur  de  lla- 

t"  A.  Kamal  {(oc.  cit.)  lit  ici  ®  ,  mais  cela  ne  se  confirme  pas  à  Texamon 
de  la  pierre. 

(-^  Naville,  Huùastis,  pi.  \XXV,  B.  Les  noms  d'IIorus  en  Seholep...  sont 
très  rares,  et  il  y  a  toutes  chances  pour  qu'il  s'agisse  bien  ici  du  Sehotrptaoïii 
(pli  est  le  roi  Aknenre. 

(^'  Ainsi  l'a  vu  Aiimkd  heï  Kamai.,  loc.  cit.,  dont  la  lecture  est  conlirmtk' 
pai'  l'examen  de  la  pierre. 

(*'   Pktrik,  loc.  Cil.,  à    tort,   transcrit 


5 


;  la  pierre  porte  très  évideiii- 

mcul       \  .  (If.  Ahmki)  bey  knivi,,  loc.   cil. 

'■■'    Maiukttk,  Mou.  tlic,  pi.  LXIll,  ut  NA\ii.i.K,  Le  roi  Nchnsi ,  dans  lU'c.  ilc 
travaux,  XV  (iS()3),  p.  çi-y-ioi. 


10  JANVIER-FEVRIEH    191  1. 

ounritii  :  la  présence  du  nom  de  Sit,  à  cette  place,  ressort 
de  ce  que  le  nom  divin  est  marlelé,  exactement  comme  Sit 
sur  la  table  d'oftVandes  d'Aknenre,  et  de  ce  cju'un.  prince  Nehsi, 
qui  est  peut-être  le  même  que  le  roi  de  Tell-Mokdara,  est  «ai- 
mé de  Sitw  sur  un  autre  monument;  ce  dernier  provient  de 
Tanis  même'",  et  le  dieu  y  est  appelé  i^  ^^|,Ti  "^^'^ 
Seigneur  de  Ro-ahitouv ,  de  sorte  qu'il  semble  résulter  de  ces 
deux  mentions  que  Ha-ouarit  est  un  nom  de  Tell-Mokdam 
et  Ro-ahilou,  la  f^ Porte  des  Champs»,  un  nom  de  Tanis.  On 
est  immédiatement,  d'ailleurs,  détourné  de  celte  conclusion 
simple  par  la  remarque  que  ^  Sit  seigneur  de  Ha-ounrit  »  pa- 
raît également  à  Tanis,  dans  plusieurs  inscriptions  de  Mi- 
neptah'-',  de  sorte  que  le  nom  de  Ha-ouarit  pourrait  appar- 
tenir à  Tanis  aussi  bien.  Le  Sit  de  Tanis  se  manifeste  encore 
avec  une  autre  appellation  au  temps  de  Ramsès  II,  ^Sit  de 
Ramsrs  Miamon  '^'  ». 

Il  ressort  de  là,  pour  Ha-ouarit,  que  cette  ville  est  une  place 
de  Sit,  mais  que  sa  situation  n'est  pas  déterminée  par  les 
textes'^'.  Aussi  ne  peut-il  être  question  de  suivre  Mariette  et 
Rougé  dans   leur  identification  ancienne   de   Ha-ouarit  avec 

01  Pktuir,  Tunis,  I,  p.  8-9.  |)1.  m,  19  A-D. 

(-'  Mineplali  est  dit  \J  ■"•»-  [^  ^  V  M  ^ahné  de  Sit  seigneur  de  11a- 
ouaritn  sur  une  slatuc  colossale  iisui-pôe  de  Ramsès  II,  à  Berlin  (Bnucscii,  dans 
Z.D.M.G.,  W,  18Ô5,  p.  912  et  pl.  IV,  n°  26),  et  sur  une  statue  analogue 
au  Caire  (Mariette,  Notice  j)rinc.  mon.,  18G9,  p.  975,  n"  3);  celte  dernière 
provient  de  Tanis. 

(^'  Mariette,  ibid.,  p.  276-276,  n°  5.  Banmès  Miamon  est-il  un  domaine  ou 
une  enceinte  sacrée  de  Tanis?  En  tout  cas,  Sit  de  Ramsès  Miamon  est  sous  le 
Nouvel  Empire  le  Sit  d'une  localité  déterminée,  comme  il  ressort  àWnast.  a, 
I,>i  =  Anast.  U,  VI,  A,  du  paj)yrus  de  Leyde,  Leemans,  Mon.,  1,  36o, 
h  etc.,  de  Sallin-  // ,  XXll  (où  Ramsès  III  est  dit  aimé  du  Sit  de  celte 
place),  et  de  rinscription  du  sphinx  A.  21  du  Lonvre  au  nom  de  Ramsès  II. 

('')   En  outre  des  monuments  qu'on  vient  de  citer,  on  a  encore  rencontré  le 

nom   de   m  (  ^n  "'a"'*  "i"'  liste  de  nomes  du  temps  de  Ramsès  II  à  Mempliis , 
à  côté  du  nom  du  nome  de  Tanis,  --j^  ^   (Riuicscii,  Dict.  géogr.,  p.  i!iti). 


LES  HYKSUS  liT  LA  HESTAIRATION  NATIONALE.  Il 

Tanis'^'.  Ha-ouarit  n'est  Tanis  que  pour  ceux  qui  observent 
que  Tanis  est  la  ville  d'un  Apopi,  qu'Apopi  est  un  Hyksôs,  et 
que  les  Hyksôs  ont  Ha-ouarit  =  Avaris  pour  capitale;  nous 
nous  sommes  suffisamment  mis  en  garde,  précédemment, 
contre  les  considérations  de  cette  forme.  Il  ne  reste  des  spécu- 
lations des  anciens  égyptologues  à  ce  sujet,  que  la  découverte 
d'ailleurs  très  belle  delà  lecture  de  ce  nom  Ha-ouarit  des  textes 
hiéroglyphiques,  et  de  son  identité  avec  V Avaris  de  l'histoire 
manéthonienne  '-'. 

Il  résulte  également  des  divers  monuments  qu'on  vient  de 
voir,  qu'à  l'époque  de  Nehsi  comme  sous  le  Nouvel  Empire ,  le 
dieu  de  Tanis  était  Sit  :  rappelons  encore,  à  ce  sujet,  que  de 
Tanis  également  vient  la  stèle  de  l'an  âoo ,  où  des  actes  de 
culte  envers  Sit  sont  mentionnés  par  Ramsès  11'^^.  Gela  nous 
donne  l'explication  de  l'invocation  inévitable  de  Sit  sur  les  mo- 
numents d'Aknenre  qu'on  a  passés  en  revue  :  ce  n'est  pas  que 
ce  roi  eût  pour  Sit  un  culte  particulier,  mais  simplement  que 
tout  ce  que  nous  connaissons  de  lui,  à  moins  d'être  de  prove- 
nance inconnue  comme  la  table  d'oiïrandes,  vient  de  Tanis 
ou  de  Bubaste.  Aknenre  Apopi  est  en  somme,  comme  on  voit, 
un  Pharaon  du  type  le  plus  ordinaire,  assez  pauvre  si  l'on  en 

O  Mariettk,  Ijettve  etc.,  dans  Ri'v.  arch.,  a'  série,  III  (1861),  |>.  ()8-i)(). 

(-'  On  n'est  peul-i'tre  pas  complètement  désarmé  j)Oiir  tenter  la  localisation 
d'Avaris.  Renvoyons  le  lecteur  aux  .considérations  qui  nous  ont  conduit,  plus 
haut  (voir  Section  l,  chap.  iv,  S  IV),  à  l'idée  qu'Avaris  était  Héliopolis,  et 
rap[)eions  brièvement  les  faits  :  Héliojiulig,  ville  des  ennemis  du  Nord  dans 
une  forme  ancienne  de  riiisloire  des  Asiatiques  envahisseurs  (forme  primili\e 
extraite  de  l'histoire  manéthonienne  des  Impurs),  Avarix,  ville  des  envahis- 
seurs dans  des  versions  contemporaines  et  peut  être  rii^urant  à  c«)té  d'/W/o- 
polis  dans  le  même  récit;  les  «calamités  de  la  ville  (h  ll'i  dans  le  tableau  de 
désolation  que  le  compilateur  de  Sallicr  1  cousit  au  déi)ul  de  Tiiistoire  de  la 
guerre  de  Skenenrg  et  d'Apopi;  la  restitution  (hypothétique)  de  la  mention  du 
sanriiiaire  de  Re  dans  le  texte  connu  d'Hatshopsitou .  immédiatement  après 
l'apparition  du  nom  (V.li'aris. 

'*'  M.utiKTTK,  La  sièlf  lie  /"(i«  //oo,  dans  Hi-r.  (ircti.,  :\'  série,  \l(tH()r)), 
p.  I  ()y  et  suiv. 


12  JANVIER-FEVRIER    1911. 

jii<je  par  la  misère  de  ses  monuments,  maître  cependant  du 
Delta  oriental;  il  est  purement  égyptien  non  seulement  par  ses 
noms  d'intronisation,  Almenrc,  son  nom  d'Horus  Sehoteptnoui , 
mais  aussi  par  son  nom  personnel  Apopi.  et  le  culte  qu'il  rend 
à  Sit  dans  Tanis  est  celui  même  qui  persistait  à  la  même 
place  sous  les  Ramessides,  bien  qu'à  une  certaine  époque, 
probablement  dans  l'intervalle,  Sit  du  Delta  ait  été  persé- 
cuté et  son  nom  martelé  sur  les  monuments.  Si  l'on  demande, 
maintenant,  dans  quelle  relation  est  Aknenre  avec  Ha-oua- 
rit  =  Avaris,  on  répondra  que  Aknenre  est  adorateur  de  Sit  et 
que  Ha-ouarit  est  une  place  de  Sit,  et  qu'en  outre,  Ha-ouarit 
étant  situé  sans  doute  dans  la  moitié  orientale  du  Delta  —  le 
nom  paraît  à  Tell-Mokdam  et  à  Tanis  —  il  est  probable  que 
le  roi  l'avait  dans  son  domaine. 


AOUSIRRE  APOPI. 

Le  papyrus  mathématique  Iihmd^^\  à  Londres,  est  une  copie 

roi  Aousirro-n,    et  faite  d'après  un  original  du  temps  d'un  roi 
W^É"^ ,  .  .  I  Qu'on  considère  généralement  comme  étant 


© 


;^  ^ ,  Amenemhat  III.  Cet  Aousirre,  qui  a  donc  régné  au 
moins  33  ans  et  dont  le  nom  solaire  rappelle  de  manière  frap- 
pante, par  sa  construction,  celui  de  l'Aknenre  qu'on  vient  de 
voir,  a  en  outre,  comme  lui,  le  nom  personnel  d'Apopi,  que 

C  BiRcii,  Géométrie  Ptt])yrus,  dans  A.  Z.,  i868,iJ.  109;  Eisknlohr,  Ueber 
nltiigiipthrhe  Mamse ,  dans  A.  Z. ,  1870,  p.  '10-^11,  et  Ein  malhemalisrhpK 
llanilhin'h  dcr  alleu  Afigijjjler  (1877,  ■a'  vol.),  commentaire,  \>.  7,28.  VA',  encore 
EiSENLoHi»  dans  P.S.B. A.,  1881,  p.  97-98  (voir  notesuiv.),  et  Gbiffith,  The 
lihiiul  Malheinatical  Paptjvux,  dans  l'.S.B.A..  XIV  (1891),  p.  «7-.S0.  La  der- 
nière puhlication  est  ceH<»  du  Hr.  Mus.  :  Facsiviile  of  the  Rhinil  Mathpmaliral 
l'apynin,  1898. 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  13 

nous  apportent  ies  inscriptions  des  palettes  du  scribe  Alou,  au 
Musée  de  Berlin  ;  on  y  lit  notamment  '^  : 

•••i«r:1P¥!li!:Uf^225;) 


Chose  surprenante,  cet  Apopi  si  évidemment  apparenté 
avec  celui  de  Tanis  se  rencontre  à  Gebelein,  à  l'autre  bout 
de  l'Egypte,  sur  un  linteau  en  calcaire'-^  qui  porte  deux  fois, 

symétriquement  :  "^"jl  (  ®  ^  A  P  J  '  ^^^  ^^  monument  parait 
la  forme  curieuse  du  signe  oiisir  monté  sur  deux  jambes  hu- 
maines, qui  est  une  des  caractéristiques  de  ce  groupe  royal '^'; 
on  retrouvera  le  signe  fait  de  même  dans  les  inscriptions  de 
Sousirenre  Khian  et  chez  d'autres  rois  encore,  et  sa  forme  avec 
les  jambes  se  rencontre  uniformément  sur  les  scarabées  d'Aou- 
sirre  lui-même.  On  en  connaît  une  dizaine,   sur  lesquels  le 

f)  Une  inscriplion  dans  Eisenlohr,  ^4»  Htsloncal  Momtmenl  etc.,  dans  P.S. 
li.A.,  1881,  p.  97-98,  d'après  une  communication  de  Stem  (Berlin  n"'7798), 
une  autre  lisible  sur  la  pliot.  de  Maspero,  Hist.,  Il,  p.  57.  Je  ne  sais  s'il  existe 
une  palfUo  (Meyrr,  Gexch.  d.  Alt.,  I,  11,  1909,  p.  -'97)  ou  iIpiix  iiatcllrs 
(Maspero,  Hist.  anc,  1906,  p.  200,  n.  4);  en  tout  cas,  ies  inscriptions  do  ces 
olijets  comportent  encore  dos  partios  non  publiées,  comme  il  ressort  do  la 
description  de  Ausf.  Vei'z.,  1899,  p.  217. 

(^'  Daressv,  Ao^'.s-  i'I  Ufiiiurqucx ,  \\\.  dans  Hpc.  di'  (icwau.r,  \1\  (i89*î). 
p.  96,  et  Fraser,  El  kab  and  (lebelén,  dans  P.S.B.A.,  W  (189a),  p.  '197 
et  n°  XVII  des  planches;  cf.  Pétrie,  History,  I  (1899),  p.  ait.  La  pierre  est 
au  Caire,  n°  99338.  —  Cf.  Gauthier,  Huis,  11,  p.  i/io,  n"  III,  ol  faire 
ntlontioii  à  la  confusion  par  hupioilo  il  a  oniejjislio  l'insciiplion ,  une  seconde 
lois  (iùid.,  p.  1  'i:>,  n"  11,  Bj,  coinnio  pro\enanl  de  Biibasle.  En  roaiité,  le  nom 
d'Aoïisirre  n'a  jamais  été  trouvé  à  Bubaste. 

'''  La  mémo  forme  se  relrouve  encore,  cependant,  dans  les  carlouclios  dv 
Ramsès  II. 


U  JANVIER-FEVRIER   1911. 

nom  solaire,  toujours  seul,  entouré  ou  non  du  cartouche'", 
est  quelquefois  précédé  du  titre  très  remarquable  ^  ou  ^, 
r^RoiduNord'^Sn 

nibkhopesh(?)re  apopi. 

Apopi,  comme  norti  royal,  paraissant  bien  être  restreint  à 
l'époque  des  Aknenre  et  Aousirre  que  nous  venons  de  voir, 
nous  ne  commettrons  probablement  pas  d'erreur  en  inscrivant 
à  cette  place  le  roi  connu  depuis  1898  par  un  objet  trouvé 
dans  le  tombeau  de  la  reine  Apouit  à  Saqqarah'^l  Un  cercueil, 
au  nom  d'un  certain  ^  J  v^  ,  renfermait  entre  autres  objets 
un  poignard  sur  une  face  duquel  on  lit  le  nom  du  propriétaire, 
){|l  ^ ^1^    ^  ,   et  au   revers  les  noms  du  roi,    |  }  ^- 

r©'^"(?)' J  ^  M  M  ^ -^ .  Dans  le  premier  cartouche,  la 

lecture  hésite  entre  ouahm  et  kliopesh.  Quant  aux  noms  à^Abd 
et  de  Neliemen  du  cercueil  et  du  poignard,  ce  sont  des  noms 
sémitiques  d'Asie,  comme  il  a  été  montré  de  manière  absolu- 
ment certaine'''^;  ils  seront  à  inscrire  à  côté  des  nombreux 
noms  sémitiques  qui  nous  apparaîtront,  un  peu  plus  loin,  au- 
tour de  Sousirenre  Kbian  et  de  ses  contemporains. 

Du  même  roi  existe  encore  un  fragment  de  cuiller  en  silex 

sur  lequel  on  lit  l-^'  :  1î=  (^^W\  ^~  G]]  ■  L« 

C'  Petbie,  U'ul.  Scar.,  n°'  721-727,  el  UIxtory,  I  (1899),  p.  9/12;  New- 
BERRï,  Scarabs,  XXIII,  3o-35-,  XXIV,  80,  3i,  35.  Compléter  à  l'aide  de  Gau- 
thier, Rois,  II,  p.  1^1,  X,  XL 

(2)  Newberry,  Scarabs,  XXIII,  33,  3/i;  XXIV,  3o,  3i. 

'''  LoRET  dans  Bull.  Inst.  É^^ijfhen,  1899,  p.  97. 

<'''  VV.  M.  Miller,  Neucs  Matcrial  ziir  Gcschichle  drr  Hyhsàs,  dans  O.L.Z., 
V  (1902),  p.  172;  Saïce,  Notes  frnm  l'^gypt,  dans  P.S.B.A.,  1909,  p.  86; 
Daressï,  Un  poignard  du  tpmps  des  rois  Pasteurs,  dans  Ann.  du  Service,  VII 
(1906),  p.  11 5-1 20  et  une  planche. 

'^'  Br.  Mus.,  /iiii98  H  (communication  directe);  cf  Pétrie,  Ilislory ,  1 
(1899),  p.  xxiii;  PiEPER,  Die  Kônige  Aejfyptens  etc.,  190'!,  p.  36,  et  Gau- 
thier, //ois,  Il ,  |).  1  /i/i.  ^ 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE. 


15 


signe  douteux  du  premier  cartouche  est  mutilé  de  la  manière 
la  plus  malheureuse. 


MONUMENTS  AU  NOM  O'APOPI  INDETERMINES. 

Un  fragment  de  montant  de  porte  en  granit  rouge,  trouvé 
par  Naville   à   Bubaste ,    porte  l'inscription  à   deux  colonnes 

qu'on  voit  ci-contre  t'^  ;  il  y  est  question  de 
colonnes  nombreuses  et  d'une  porte  en 
bronze  données  à  «ce  dieu»  —  on  ne  sait 
lequel  —  par  le  roi.  Un  Apopi,  peut-être 
Aknenre  dont  le  nom  d'Horus,  nous  l'avons 
vu,  s'est  rencontré  sur  un  bloc  de  même 
provenance,  a  donc  construit  dans  Bubaste, 
et  c'est  une  indication  précieuse  pour  l'his- 
toire de  la  domination  de  cette  famille 
royale  dans  la  partie  orientale  du  Delta. 
Le  nom  d'Apopi  se  retrouve  encore,  sans  le  cartouche,  sur 
un  sceau  en  bois  de  Kahun  trouvé  par  Pétrie -'  :  \'^  |  ^,  Rt 
sur  quelques  scarabées  avec  le  nom  simple,  \  ^  |  ^'^',  ou  avec 
son  titre  princier,  ^  ^  1 2)  \  \  j^  '*»  sans  qu'on  puisse  iden- 
tifier les  personnages  ainsi  désignés. 


AUTRES  ROIS   DE  LA   FAMILLE   © 


L^ 


Il  paraît  convenable,  avant  d'aller  plus  loin,  d'inscrire  à 
cette  place  comme  apparentés  avec  \-hnen-rc  et  A-ousir-rc,  ou 

("  Naviu..:,  HulHishs  (i8()i),  p.  99-93,  pi.  X\II,  A=  WXV,  C;  cf.  W .  M. 
iVIir.LKR,  Dif  liijhmh  (i8()H),  p. a");  Pktrik,  llistonj,  1  (i8f)9),  p.  9/(9  ;  Ri  dc.e  , 
History,  III,  p.  i.5/i;  Mkvkr,  Gmcli.  d.  Alt.,  I,  il  (i()()()),  j).  9()8,  9()() ,  mais 
avoir  soin  de  re.aiarquor  que  c'est  tout  à  fait  sans  raison  (|u  on  attribue  parfois 
ce  fragment  (par  exem|)le  W.  M.  Miiller)  à  Aknenre  Apojii. 

'^)    Pktrik,  lllultuii,  kahun  and  (liiro/j,  \11,  lO. 

(■'')   Nkwiikrhï,  Scarabs,  XLIII,  1/1. 

'*>  Newrerry.  ihid.,  WIII,  9((. 


16  JANVIER-FEVRIER   1911, 

susceptibles  de  l'être ,  quelques  autres  rois  peu  connus  et  seu- 
lement par  leurs  noms  solaires,  qui  ont  avec  les  précédents  ce 
caractère  commun  de  commencer  par  le  mot  ^ .  Mention- 
nons d'abord  le  roi  du  petit  obélisque  brisé  de  Tanis'",  dont 


deux  faces  portent,   en   une  colonne,  la    formule    ll'^'©"^ 


(  ®  rZj  fTl  J  ^     fl'   ^^  ^^^  deux  autres  faces  ^^^ 

''îli^B  J^l'  ^^*'^^  «mère»  du  roi  est  probablement  une 

déesse. 

Voici  maintenant  VALlinrc,  sans  cartouche,  d'un  scarabée  de 

Berlin  '-'  :  "^  |  -^  •  -^  ^  .  et  VAIiotepre  de  trois  scarabées  extrê- 
mement analogues  :  "]  |  -^  -t-  ^  ^  sur  deux  d'entre  eux  '-'^ 
"^l-^-A--^  ^  sur  le  troisième^'*.  Sur  l'un  des  deux  scarabées 
Aliolepre  du  premier  type,  celui  de  la  collection  Pétrie,  le 
signe  .= — I  a  une  forme  d'un  cursif  particulier,  bouclée,  tout  à 
fait  spéciale  aux  scarabées  de  cette  épocjue  et  de  cette  famille  ; 
on  la  rencontre  sur  quelques-uns  des  scarabées  d'Aousirre  cités 
plus  haut,  et  nous  aurons  l'occasion  de  la  signaler  encore.  Il 
ne  paraît  pas  téméraire  de  voir  dans  cette  particularité  une 
vérification  directe  du  voisinage  de  Aliolepre  et  des  autres 
À-[A]-re,  avec  les  Apopi. 

On  connaît  un  dernier  roi  de  ce  type  nominal,  sur  quatre 
scarabées  du  British  Muséum  seulement  connus,  malheureuse- 
ment, par  citation  et  sans  les  reproductions  qui  permettraient 

('■    Mariktïi:,    Mou.  ilir.,  jil.  CIII,  D;  Pkthii:,  Tanix ,  I,  p.  9  et  pi.  III.  20. 
(-'   Berlin    n'    8080:    Pktrie,    Hhl.    Scur.,    n"    i3i;    Gauthieb,    Rois,    I, 

p.    312. 

K  Coll.  Pétrie  :  Petiuk,  Hhl.  Scar.,  n"  i32,  et  lllstory,  1,  p.  ii7;_\e\\- 
r.Kiinv.  Scantijs,  \XH,  ;!.  —  Br.  Mus.,  n"  28.097  :  NKwisKnRV,  Scarahs, 
Wll,  '.\:  BiixjK,  litnih  nf  llie  kiiign ,  1,  p.  99.  Cf.,  pour  ces  scarabées  et  celui 
menlionrn'  ii  \a  note  suivante,  Gauthier,    Hois,  I,  p.  211. 

(*'    Coll.  Davis  :  Ni:\mii;iiiiv  ,  Sitinilis,  Wll.    1. 


LES  HYKSÙS  ET  LA  RESTAUnVTIOM  NATIONALE.  17 

1(3  contrôle  des  caractères  graphiques'*'.  Le  nom  du  roi,  Aiiou- 
lirre,  y  apparaît  sous  les  formes  orthographiques  ®^  Jv,1 


et 


Lkl 


© 


SOUSIRENRE   KIU\1V. 


Le  roi  qui  porte  ces  deux  noms  de  cartouches  est  apparenté 
avec  les  Apopi  par  les  caractères  graphiques  des  scarabées  que 
nous  citerons  dans  un  instant,  très  analogues  à  ceux  d'Aou- 
sirre,  et  par  la  particularité  de  l'ows/r  bipède,  ^,  qui  ligure 
dans  le  nom  solaire  et  dont  la  forme  spéciale  se  rencontre  sans 
une  seule  exception  sur  tous  les  monuments  du  roi.  Le  plus 
remarquable  est  la  statue  brisée  de  Bubaste,  dont  le  socle 
porte,  à  droite  et  à  gauche  des  jambes,  les  inscriptions  en  une 
que 


colonne  que  voici '2' 


i 

\A)^M 

i 

\  A)^M 

L'œuvre  n'est  pas  du  temps  du  roi  lui-même;  elle  appar- 
tient en  réalité  à  la  \IP  dynastie'''^  et  Rhian  l'a  usurpée  abso- 
lument comme  Aknenre  a  usurpé  à  Tanis  les  statues  de  Mir- 
mashaou  et  sans  doute  les  sphinx  d' Amencmhat  IIL  Un  autre 
indice  de  parenté  entre  khian  et  les  Apopi  réside  dans  le  fait 


us. 


3877a,  3877/i, 


'■'   B(JDGE,  Roi}k  nf  tjie  Aï/i/|s,   1,  |).  ()7   :   llr.    M 
ho']',U),  /107/io.  Cf.  Gauthiku,  Rois,  II,  p.  1^7. 

(^'   Naville,  lîubastis,  p.  siS-aG,  pi.  XII.  xxw.  A;  MisPEno,  ///.vd^II,  p.  ()i, 
ot  Hist.  aiic.  (i()ofi),  p.  199;  BiiKASTKi).  Ilistarii  (190:")),  li(j.  101,  |).  ai(). 

(•■''   BoRciiARnT,   kôniir  Ihjiii,  dans  A.  /. ,  XWIII  (189.')),  p.   tia,  et  AVu7t- 
inals  Kiinig  Hijin,  dans  A.  /.,  XL  (1901}),  |i.  9r)-y(). 


XVII. 


i\iMiiuiftir    ^«TliOftLIt 


18 


.  JANVIER-FEVRIER    191  1. 


([lie  Khian,  comme  Aousirre  Apopi,  a  construit  à  Gebelciii  ;  un 
bloc  de  granit  trouvé  dans  cette  localité  porte ''^  : 


i    .    ^SA<mA^ 


On  a  la  surprise  de  rencontrer  des  objets  au  nom  du  roi 
dans  plusieurs  locabtés  fort  éloignées  de  l'Egypte.  Tels  sont  le 
couvercle^d'albatre  de  Knossos  qui  porte  en  une  colonne  verti- 
cale, dans  un  cartouche  ovale,  l'inscription'-'  :  "]  |  ©  p  ^ '~~^ 
-®  ©  I  ^  JV  ' — ^  '  ^^  ^®  célèbre  petit  lion  trouvé  à  Bagdad  qui 


porte  sur  le  poitrail,  en  une  colonne ^^'  •  "1  î  (  "^^  P  A' — '  j* 
Un  scarabée  de  Khian ,  de  même ,  a  été  trouvé  à  Gezer  en  Pa- 
lestine ^'''. 

D'autres  scarabées  fort  nombreux  sont  sortis  du  sol  égyptien (^'. 

C'  Daressv,  Noies  vt  remarques,  LXXKMII,  dans  Rec.  de  travaux,  XVI 
(iSgi),  p.  /la. 

f-'  Griffith,  Arch.  ReporI  for  iQoo  (igoi),  p.  ^^7;  Evans  dans  Ann.  oj'  ihe 
Br.  School  of  Alhens,  Ail,  p.  65. 

'•^^  Br,.  Mus.,  n°  987;  DK\Éni\,  Lettre  etc.,  dans  Rev.  arch.,  9^  série,  IV 
(1861),  ]).  266-257,  voir  Bi/jl.  Eijiijtt.,  IV,  p.  217;  l'inscription  détériorée  du 
cartouche  était  lue  par  De\éria  Ra-set-anab  (cf.  Plf.yte,  La  religion  des  Pré- 
Israélites, pi.  I,  fig.  ()),  et  la  vraie  lecture  fut  indiquée  par  GrifTith  :  voir 
Naville,  Bubttslis,  j).  2.'i-25,  avec  le  monument  reproduit  ])!.  XII.  Cf.  Mas- 
PERo,  Hist.,  II,  p.  60.  Une  photographie  de  i'ohjet  dans  Bidge,  A  Guide  etc., 

1909,  p.    9  9  5. 

''''  Voir  Macalister  ,  Excavations  of  Gezer,  dans  Quarterly  Stalenienl,  190^1, 
p.  925,  n°  16  de  la  planche;  le  scarahée  est  du  type  avec  liii.-  hhasitou  dont 
on  va  parier  immédiatement. 

(^^  Pour  le  jilus  gi'and  nombre  de  ceux  dont  la  découverte  n'est  pas  des 
lentes  derllières  années,  voir  Pétrie,  Uisl.  Scar.,  pi.  XXV,  el  Historij,  I  (1899), 
p.  118  et  suiv.;  Newrebry,  Scar.,  MI,  7,  10;  XXII,  90-96,  99;  Frvskr, 
Catalogue,  p.  aS-g/i.  Un  autre  a  été  trouvé  à  Abousir  cl-Melek  à  l'entrée  du 
Kayoum,  voir  G.    Moli.er,   Aus^yrahungeii   etc.,   dans   Mitl.   d.   Deutschen   Or. 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION   NATIONALE.  19 


(icrtains  portent  le  cartouche  solaire:  "]  |^  (  ®  P^'~~^  j 
^  ^  '• ,  ou  "l|r®P^^^J  A  f'\  ou  encore  1^  Ç®  p^^--^^ 
^.^(■■5;.  d'aulres  portent  1^  (^M^' — 'j  ''  ^^^^'  d'autres  en- 
lin,  le  nom  de  Khian  est  précédé  du  titre  liilc  I.hasitou  relief 
des  pays  étranjjers  w ,  (pf^©^  j^' — '  ""  ?  moins  souvent  Itih 
nojirou  ^  chef  de  troupes  (?)  53 ,  ]  |  î  ©  ^  ^  ^' — '  ''  •  On  est  assez 
tenté  de  voir  dans  ce  titre  hik  Uiasitou  la  forme  hiéroglyphique 
du  nom  des  Hijhsôs  de  la  relation  manéthonienne,  depuis  que 
Grifhth  et  W.  M.  Millier,  chacun  de  leur  côté  et  au  même  mo- 
ment, ont  attiré  l'attention  sur  la  lecture,  précédemment 
connue,  \  JVraÂâ  ^^  uiot  4^^,  et  proposé^  après  SleindorfT, 
d'admettre  cette  lecture  dans  le  titre  des  scarabées  ■'.  Indépen- 
damment de  cette  question  de  lecture  et  de  l'explication  très 

Gf.s.,  11°  00  (190G).  p.  90,  et  un  autre  en  dernier  ieu  à  Tel!  el-Valioudiyeh 
par  Pétrie,  Hyhsùs  and  Israélite  Ciliés,  pi.  l\ ,  A,  n"  B  3  =  1\.  12^. 

C   Ni:\vBERny,  Scai:,  XXII,  ^3. 

'-'  lùid.,  XXII,  29;  un  autre,  Fkaseii,  Cat.,  p.  o3,  n°  i-yli. 

'•'''   Le  scarabée  d'Abousir  cl-Melelc  cité  à  l'une  des  notes  prcccdent&s. 

'''  Newberrï,  Scar.,  XXII,  ai,  93,  36;  XLH ,  6;  le  scarabée  de  Tell  el- 
\alioudiye.h  cité  ù  l'une  des  notes  précédentes. 

'■'■  NEWBERnY,  San:,  XXII,  ao-;?2;  Caire,  n"  .'{6027,  Newberry.  Snals 
(dans  Cat.  gcn.  Caire),  p.  8,  pi.  I,  et  le  scarabée  de  Gezer  cité  à  l'une  d;'s 
notes  précédentes.  La  même  lédacliou ,  mais  avec  intercalatiou  de  (|uel(pies 
sijjnes  supplémentaires  diinciies  à  lire,  sur  le  scarabée  Newberiiy,  Scar.,  Ml,  7, 

'"'  ^'E^vBE«nY,  Scar.,  \I1,  10.  —  Un  autre  scarabée  Khian,  dont  j'injnore 
le  type,  est  à  Berlin,  n"  1891  :  voir  .4ms/!  Verz.,  p.  /»i6.  Quelques  autres  uio- 
iiiimenls  de  Kliian,  une  iiajfue  d'or  au  Musée  de  Lcjde,  deux  frajjuients  de 
statues  au  Br.  Mus.,  sont  n«t''s  par  Guîtiiieu,  Unis,  II,  p.  1  .H7  et  u.  '1. 

>^^  GiîirriTii,  Tho  Klnjim  (întiip  of  K.ni;s,  d.ms  P.S.Ii.i.,  XIX  (1897), 
p.    29/1-298    (équivalence  de  ^^  et    ^  0       >-«-■  ,    *[  ^L    H    "^  .   dans 

certaines  formules  de  rAnrien  Kiiipiro);  VV.  M.  .Mii.i.Kn,  /)/(■  //i/A.fo'.s  etc.. 
dans  Milt.  il.  \onlfras.  Ces.,  1.S98,  p.  '1-6  et  61  {Ijse  des  inscriptions  tardives. 
Ijse-l,  lj>ia-t  des  textes  démoti(pies).  En  1S96  déjà,  StcindorlV  lis;iil  Ijsivt  ou 
Ijsinv  dans  j  ^  de  l'inscriplion  connue  de  Beni-llassan  :  /«/•  Clrscliiclitc 
lier  llijl.xth  (^hlcini'ro  Jhitrajre  mr  Grsrhiclit"),  dans  Fpxtsiliri/I  :iim  (Iriilsrhpn 
Uistorilvrlafr  in    Lcipiifr  [\i'ii.y\) ,  p.    1  c!  suiv. 


20  JANVIER-FEVRIER   1911. 

intéressante  de  Hyksos  qui  s'y  rattache,  le  titre  chez  Khian  est 
remarquable  par  sa  signification,  ç^ chef  du  désert w,  (|ul,  en 
l'absence  de  toute  autre  qualification  royale,  semble  dénoter 
un  étranger,  un  Asiatique.  Il  est' très  connu  que  dans  la  cé- 
lèbre peinture  de  Beni-Hassan  qui  représente  une  troupe 
d'Asiatiques  en  Egypte  sous  la  XIP  dynastie,  le  chef  des  étran- 
gers porte  précisément  le  titre  de  |^^,  qu'on  ne  peut  tra- 
duire en  la  circonstance  que  par  rtchef  de  tribu  ??,  sheikh. 
D'autre  part,  deux  scarabées  que  nous  appellerons  immédiate- 
ment en  témoignage  appartiennent  à  un  j  j-i-;  P  ^  ^  ,  Scin- 
ken^^\  et  à  un  jî-fi^^?  Anther^'^^  dont  les  noms,  surtout 
le  dernier,  ont  un  caractère  sémitique  des  plus  évidents'^'  et 
pourraient  se  rencontrer  à  côté  de  celui  d'Absha  du  tableau  de 
Beni-Hassan  dont  il  vient  d'être  question.  Ces  Asiatiques,  qui 
portent  un  titre  de  sheikh  bédouin  et  sont  assez  égyptianisés 
pour  posséder  des  sceaux  hiéroglyphiques,  évoquent  de  ma- 
nière saisissante  les  Hyksôs  de  la  conquête  traditionnelle,  et 
l'on  comprend  que  la  plupart  des  historiens  voient  la  confir- 
mation de  la  tradition  dans  leur  existence  ^^l  Khian  lui-même 
porte  un  nom  probablement  sémitique,  en  tout  cas  non  égyp- 
tien ,  qui  range  le  sheikh  Khian  des  scarabées  à  côté  du  sheikh 
Scmhen  et  du  sheikl)  Anther.  Faut-il  en  conclure  que  c'est  un  Hyk- 
sôs des  premiers  jours  de  l'invasion  que  le  khian  des  monu- 
ments si  purement  égyptiens  de  Bubaste  et  de  Gebelein,  avec 
son  nom  solaire  si  purement  pharaonique? 

La  question  s'est  posée  en  ces  termes  aux  égyptologues  non 

C'  Fraser,  Cat.  of  Scar.,  n°  17g;  Nevvherrï,  Scar.,  XXIII,  10. 

(^'  Fraser,  ibid.,  n°  180;  Aewrerry,  Scar.,  XXIII,  11. 

(^'  Griffitii,  loc.  cit.  clans  P.S.U.A.,  W\  (1897),  p.  294-298;  Saïce, 
Notex  on  the  Hiji.sùs,  dans  P.S.H.A.,  W\l\  (1901),  p.  96-98;  Ed.  Meyer, 
Gesch.  (J.  Ail.,  1.  II  (1909),  p.  297.  Aloyer  rapproche  Ant-hpr  Aq  Jnqolj-her 
des  scai'ab«!'es  (juc  nous  voirons  loul  à  i'Iieiire,  et  indique  que  le  premier  nom 
signifie  «Anal  satisfailen;  Aiiat  esl  une  déesse  chanancenne. 

-<'')  Renvois  de  la  noie  précédente. 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  21 

seulement  pour  Khian,  mais  aussi  pour  les  Apopi ,  du  jour  où 
l'on  eut  remanjué  que  les  noms  de  ces  rois  se  retrouvaient, 
écrits  Apophis  et  lannas,  dans  la  XV^  dynastie  manéthonienne 
et  comme  successeurs  immédiats  du  conquérant  Salatis;  et  cela 
parut  toujours  aux  historiens  une  grosse  difficulté  que  de  voir 
ces  Hyksôs  dévastateurs  faire  figure,  à  Tanis,  à  Bubaste  et  jus- 
que dans  la  Haute-Egypte,  de  Pharaons  authentiques,  bâtis- 
seurs, adaptés  à  toutes  les  formes  indigènes.  Ils  s'en  tirent 
souvent  d'une  manière  ingénieuse.  VViedemann  considère 
comme  établi ^^'  que  les  Apopi  des  monuments,  Aknenre  et 
Aousirre,  n'ont  rien  de  commun  avec  les  rois  de  la  XV''  dy- 
nastie et  que  ceux-ci  les  précèdent  de  beaucoup  :  les  Apopi  des 
monuments  sont  bien  «Hyksôs»,  mais  de  la  XVP  dynastie  — 
dont  Manéthon  n'a  pas  conservé  les  noms  —  et  assez  égyptia- 
nisés,  depuis  la  conquête,  pour  que  leurs  monuments  soient 
explicables.  Exactement  de  la  même  manière  raisonne  Mas- 
pero*"-',  pour  qui  il  existe  des  lannas  et  des  Apopins  de  la 
XVI"  dynastie,  ceux  des  monuments,  et  difTérents  de  ceux  de 
la  XV";  lannas-Khian  des  monuments,  en  particulier,  est  con- 
sidéré comme  le  deuxième  de  son  nom.  Cette  solution  va  évi- 
demment très  bien  avec  la  théorie  de  la  chronologie  longue, 
puisqu'on  arrive  ainsi  à  garnir  également  de  faits  la  XV*  dy- 
nastie et  la  XVP  ;  elle  est  moins  agréable  aux  partisans  de  la 
chronologie  courte,  et  l'on  ne  s'étonne  pas  de  voir  Ed.  Meycr, 
en  dernier  lieu,  la  rejeter  et  admettre  un  seul  personnage  du 
nom  de  Khian  ^^'. 

Pour  nous,  qui  voulons  tout  à  fait  perdre  de  vue  les  dynas- 
ties manéthoniennes  pour  étudier  les  monuments,  la  qu(>stion 


C'   VViedemann,  Aefr.  Qesch.  (1886),  p.  aQ^-agS. 

'-'  MASPEno,  Hisl.,  II,  p.  50-53,  cl  flist.  une.  (ujoi),  p.  U)C)  et  siiiv.  En 
rc  dernier  endroit,  ccpoudant ,  Maspero  incline  à  unifier,  sous  ((indilion ,  les 
deux  rois  j)récédeniment  dill'érenciés. 

"'  Ed.  Meyer,  Gesch.  d.  AU.,  I,  11  (u)Oi)),  p.  agS-agG. 


22  JANVIER-FEVRIER    l'.)ll. 

ne  se  pose  pas  dans  les  termes  d'qne  atlribulion  à  la  XV"  dy- 
nastie citée  en  détail  ou  à  la  XVP  dynastie  vide;  mais  il  n'en 
subsiste  pas  moins  la  singularité  d'un  Pharaon  que  le  caractère 
égyptien  de  ses  principaux  monuments  et  de  sa  titulature 
n'empêche  pas  d'avoir  un  nom  propre  étranger  et  de  se  qua- 
lifier de  Tchef  de  tribu  w.  Existerait-il  deux  personnages  du 
nom  de  Khian ,  le  roi  et  le  hih  hJiasitou  ?  C'est  assez  dilïicile  à 
admettre,  car  il  y  a  toutes  chances  pour  que  le  rJuk  hhosUoii 
Khian  -i  soit  le  mémo  que  le  «Fils  du  Soleil  Khian  »  de  quelques 
autres  des  scarabées  vus  pins  haut,  et  pour  que  ce  «Fils  du 
Soleil  Khian  v  soit  le  roi  de  la  titulature  complète.  Un  doute 
pourtant  subsiste,  et  l'on  peut  très  bien  croire  à  l'existence  de 
plusieurs  Khian:  mais  il  ne  faut  pas  perdre  de  vue,  alors, 
qu'ils  seront  tous  contemporains,  car  on  ne  peut  songer  à 
étendre  sur  une  longue  durée  l'usage  en  Egypte  de  ce  nom 
propre  si  particulier  et  qui  n'y  apparaît  à  aucun  autre  moment 
de  l'histoire.  Si  l'on  admet,  d'ailleurs,  la  présence  en  Egypte  de 
chefs  asiatiques  du  nom  de  Khian,  on  comprend  que  c'est 
sous  leur  influence  que  ce  nom  sera  devenu  royal,  soit  que 
l'un  des  étrangers  ait  pris  le  pouvoir,  soit  qu'un  Pharaon  indi- 
gène, quehjue  Apopi,  ait  laissé  donner  à  son  fils  le  nom  d'un 
des  étrangers  qui  possédaient  autour  de  lui  un  certain  pouvoir. 
De  toute  manière,  on  ne  peut  éviler  de  conclure  que  le  roi 
Khian  et  le  sheikh  Khian  sont  contemporains. 

H  apparaît  ainsi,  et  nous  l'avons  déjà  entrevu  précinleui- 
ment,  rjue  les  rois  du  groupe  que  nous  étudions  étaient  envi- 
ronnés d'Asiatiques.  Outre  les  sheikhs  ^m/t'en,  Anther  et  Klnaii 
plus  ou  moins  près  du  roi  Khian,  nous  avons  signalé  VAbd  du 
tombeau  de  Sakkarah  et  sou  contemporain  Nelœmeu ,  ollicier 
d'un  roi  Apopi.  Une  foule  de  scarabées  de  l'époque  des  Khian 
et  des  Apopi  vont  nous  rendre  encore  phisieurs  des  étrangers 
dcmi-égyptianisés  qui  s'étaient  fait  une  place  et  vivaient  en 
maîtres  sur  le  sol  de  l'Egypte. 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  23 

lAKEB-UER. 

Un  Sémite  évident,  dont  le  nom  est  formé  avec  celui  de 
Jacob,  nous  appc-M-aît  sous  la  forme  laheh-her  dans  les  inscrip- 
tions de  plusieurs  scarabées  nettement  apparentés  par  leur 
graphie,  notamment  par  la  forme  bouclée  des  ^^ — i,  avec  ceux 
du  groupe  Apopi-Kliian.  Les  inscriplions,  un  *peu  sommaire- 
ment gravées,  se  précisent  les  unes  les  autres ,  et  sont  à  lire  : 


Le  dernier  élément  du  nom  s'écrit,  comme  on  voit,  ^  ou 
^  ;  Meyer  retient  particulièrement  la  première  forme,  et  rap- 
proche le  nom,  avec  une  grande  apparence  de  raison,  de  celui 
,le  ^^  vu  plus  haut''^  Quant  au  premier  élément,  c'est  le 

(')   Newckrby,  Scarahs,  XXITi,  a. 

'^)  Ilnd.,  XXIII,  3  =  Caire,  n°  SOoaS;  Newberrv,  Seals  (dans  dut.  j>rii. 
Caire),  p.  8,  pi.  I  =  Pétrir,  DiospoUs  Pavva,  XLI,  12  :  l'objet  vient  de  Hou. 
La  citalion  de  l'inscription  est  ciToaée  dans  Gautiiier,  Rois,  II,  p.  1^17. 

*■*'  Nkwiikiuiy,  Hcu)-.,  XXUI,  ).  Un  autre  cliez  Fraser,  Cat.,  p.  9/1,  n"  i3i. 
Un  autre  au  Louvre,  n"  C^^ai,  d'après  Pétrie,  Uist.  Scar.,  n"  351.  —  Un 
autre  scarabée  Juhck-hcr  k  Rerlin,  n"  iSiSa,    d'après  Ausf.  Verz.,  p.  Ai (5. 

e*'  Meyer,  Gesch.  d.  Alt.,  I,  11  (içiog),  p.  297-298.  Meyer  expli<pie  les 
deux  noms  a Aiiot  sntisfjiitci  et  ^Jdl.oh  satisfaite,  Jakob  ('-tant  ici,  coninio 
Anat,  le  nom  d'une  ancicnm;  diviiiilé  chiinanévune ,  celle  niôuie  (pi'on  reirouvc 
dans  le  nom  de  lieu  Jakolt-el  de  <|uelques  listes  {^éoffrapbicpies  biér()j;l\plii(|ues, 
ot  qui  devait  devenir  h  hénix  iIch  Iradilioim  israélite.^.  Nous  reviendrons  un  peu 
plus  loin  au  rôle  du  nom  di-  .lacdl»  dans  ci>s  divers  noms;  boriioiis-nous,  ici,  à 
faire  inuiuidiatemciit  toutes  reserves  sur  Jttcoh  ancien  dieu  chananèen ,  peu  vrai- 
semblable d'après  le  rôle  attribué  à  Jacob  dans  les  plus  anciennes  traditions 
bibliques. 


1h  .  JANVIER-FEVRIER    1911. 

nom  de  Jacob,  bien  que  dans  certains  cas  il  s'écrive  lapek  par 
une  sorte  de  métathèse  ;  confirmons  immédiatement  cette  der- 
nière forme  par  le  nom  du  ^  ^  t^W  ^  ^^^  plusieurs  autres 
scarabées  ^'l  * 

Le  t^Fils  du  soleil  w  Iakeb-lier  avait  également  pris  un  nom 
solaire,  s'il  faut  en  croire  un  autre  scarabée  —  unique  —  sur 
le([uel  on  arrive  à  lire  assez  certainement  :  ^®^^^"-'  ^"î" 
H^J^iii^-';  ce  nom  solaire  Merousirre  paraît  seul,  d'autre 

part,   sur   trois  scarabées  qui  portent  "]|  f®^^*"^  j  ^  "î" 

avec  ou  sans  le  cartoucbef^';  dans  toutes  ces  inscriptions,  le 
signe  oîtsir  a  la  forme  bipède  que  nous  avons  déjà  signalée  plu- 
sieurs fois  comme  caractéristique  de  l'époque  des  Apopi-Kbian. 
Jacob,  sans  l'addition  lier,  se  rencontre  sur  de  nombreux 
scarabées  d'une  autre  rédaction  et  appartient  vraisemblable- 
ment à  d'autres  personnes.  On  note  d'abord  ^  I  i  '•^  '^ 
«Fils  du  soleil  ILeb^''^v  —  une  fois  I  I  !  '^  sans  titre '^^  — 
assez  analogue  ortbograpbiquement  au  ^  '  précédemment 
noté,  mais  avec  le  signe  de  l'eau,  en  outre,  curieusement  em- 

O  Newberry,  Scar.,  XXIII,  j3,  i4;  trois  autres  chez  Fraser,  Cat.,  n"'  G7, 
08,  69;  plusieurs  autres,  de  collections  diverses,  dans  Pétrie,  Hist.  Scar., 
n°'  36o,  3Gi,  SOa;  un  autre  encore  dans  Budge,  Kings,  I,  p.  98.  Rapprocher 
de  ces  monuments  les  deux  scarabées  du  Br.  Mus.  qui,  d'après  Bldge  (///s- 

Krnj,   II,  p.    178,  III,  p.   i63;  Khigs,   I,   p.  97),  portent    \\  ^'  '^  J  . 

("^'  Pétrie,  History,  li°  éd.,  pi.  XIX;  Newberry,  Scar.,  XXII,  37;  Budge, 
Kingx,  I,  p.  100  (incorrectement).  Quelque  désordre  dans  l'ordonnance  des 
signes,  mais  interprétation  certaine  en  raison  des  autres  scarabées  Merousirre 
qu'on  va  citer. 

W   Newberry,  Scar.,  XXII,  28-80;  cf.  Pétrie,  History,  I  (1899),  p.  122. 

''')  Newberry,   Scar.,  XXII,   7,    9-12,   XLIII,   ai:  XXII,   9  est  celui  que 

Grifkith,  à  tort,  lit  -^^  1  11/ — %,  en  identifiant  ce  Nebi  supposé  avec  le 
(®îî  î ''^'  1  M   1  '''^  '^  petite  liste  d'Abydos  (Griffitii,  loc   cit.,  dans 

P.S.B.A.,  Xi\,  1897,  P-  29G  et  suiv.). 
'^)  Newberry,  Scar.,  XXII,  18. 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  25 

ployé  pour  délerminer  phonétiquement  la  syllabe  J.ch.  Sauf  ce 
délerminatif ,  l'écriture  est  la  même  dans  le  nom  du  ^  ^ 
1 1 '— ^ J  ^  connu  par  ailleurs 'i^.  Il  convient  également  de 
placer  ici  un  ^^'""^J^'^*  qui  est  à  joindre  aux  autres 
scarabées  Iakeb-lier  cités  plus  haut;  il  est  particulièrement  in- 
téressant à  rapprocher  de  ceux  qui  portent  ^  |  - — '  ^J  ^  ^^  \\ 
^J  ^  1^1 ,  parce  qu'il  en  ressort  très  clairement  l'équivalence 
du  j  et  du  -^  pour  écrire  le  nom  de  Jacob  dans  ces  petites 
inscriptions. 

Voici  ensuite  ^  1 1  ^ — i  a~~^  ou  M  ^  -— •  '',  qu'on  pourrait 
elre  tenté  de  lire  la  (lavé,  pur),  mais  où  il  semble  plutôt  qu'il 
faille  reconnaître  notre  laheh ,  Ihch  des  scarabées  précédents, 
avec  î^  phonétique  pour  exprimer  la  syllabe  heh  non  dé- 
taillée :  on  trouve,  en  effet,  une  autre  graphie  encore,  ^ 
^/ — v('i)^  dans  laquelle  il  n'est  guère  possible  d'admettre  la 
lecture  la.  Ici  encore,  probablement,  c'est  A];eb  qu'il  faut  lire, 
de  même  que  sur  d'autres  scarabées  où  l'orlhographe  est  ré- 
duite à  plus  simple  expression  encore,  y^-* — ^'«-~^'''^  ou  ^ 

Tous  ces  laheh-her,  îaheh-cr,  Ipch-her,  Ipek ,  Iheh ,  lakeb , 
désignent  évidemment  plusieurs  personnages  et  non  un  seul; 
ils  sont  les  monuments  d'une  époque  oii  des  gens  du  nom  de 
Jacob,  ou  portant  des  noms  formés  avec  celui  de  Jacob,  fai- 
saient figure  de  princes  en  Blgypte  et  s'y  arrogeaient  la  qualité 
royale.  Quelle  était  l'origine  de  ces  Sémites?  il  est  utile,  tout 
d'abord,  de  remarquer  qu'une  localité  ou  un  pays  de  laheh-er, 

'"'  Newberry,  Scar.,  XLIII,  aa. 
(2)  Ibid.,  XXII,  8. 

W  Ibid.,  XXII,  ^-6,  et  Fkaskr,  Cat.,  iSa. 

('')   NKWBF.niiY,   Scar.,  XXII,    i 't ,    tf).   Un   aulro  du  in('''mi'  lypo   à    Rorlin. 
n"  iSaSç). 

(^'  Nkwuebuy,  Scar.,  XXII,  iG,  17. 
W   Ibid.,  XXII,  18. 


26  JANVIER-FEVRIER    10!  1. 

Iakeb-el  —  presque  exactement. le  nom  de  certains  des  scara- 
bées qu'on  vient  do  voir  — '■  est  connu  de  ia  géographie 
égyptienne  de  l'Asie  sous  le  Nouvel  Empire.  Le  nom  apparaît 
une  fois  dans  la  liste  de  ïhoutmès  III  à  Karnak,  sous  la  forme 

\  ^  ^  J  \  \ij^  '5  et  une  autre  fois  dans  celle  de  Ramsès  II, 

écrit  ^  ^  -:  -^  ^  J  "^  .— .(•^);  chez  Thoutmès  III,  on  rencontre 

on  même  temps  le  nom  de  ^Illlli^'^  Ishep-eU^\  dans  le- 
quel on  reconnaît  le  nom  de  Joseph  de  manière  aussi  certaine 
(jue  le  nom  de  Jacob  dans  l'autre.  Voici  donc  Inheh-el  nom  de 
lieu  Qi\  Chanaan,  sous  le  Nouvel  Empire,  après  Iakeb-el, 
ïaheh-her  et  Inheh  noms  de  personnes  au  temps  des  Apopi- 
Khian.  Une  première  illusion  dont  il  faut  se  préserver  ici,  con- 
sisterait à  croire  que  les  Asiatiques  de  ce  nom,  expulsés 
d'Egypte  par  les  fondateurs  de  la  XVIIP  dynastie ,  sont  ceux 
même  que  Thoutmès  III  et  liamsès  II  retrouvent  en  Asie.  De 
pareilles  i-encontres  ne  sont  guère  du  domaine  de  la  réalité  his- 
torique, et  il  est  infiniment  plus  simple  et  mieux  dans  la  na- 
ture des  choses  d'admettre  que  le  nom  de  Jacob,  sous  le 
Nouvel  Empire  et  aux  temps  qui  précédèrent  la  XVIIP  dynastie, 
c'est-à-dire  à  partir  du  xvn"'  siècle,  était  répandu  en  Syrie, 
dans  un  domaine  assez  vaste  pour  qu'on  le  rencontrât  égale- 
ment chez  CCS  Asiatiques  qui  à  un  moment  donné  s'étaient  fait 
une  place  en  Egypte.  Il  ne  résulte  de  là,  comme  on  voit,  que 
l'indication  d'une  parenté  plus  ou  moins  lointaine  des  princes 
lakeb  d'Kgypte  avec  un  Iakeb  chananécn  qui  existait,  sans  le 
moindre  douté,  dès  la  même  époque  ;  c'est  une  simple  confir- 
ez iVlAniETTE,  Les  listes  géogj-aphiqiifH  ih'  KurnaL,  n°  to9  de  ia  liste;  Sethk, 
UrI;.  (l.  18.  Dyn.,  IV,  p.  780.  Cf.  GiiOFF  dans  Revue  Egi/ptologifiiie ,  IV,  p.  97; 
Maspkho,  Elude  sur  le  pap.  Abbott,  p.  3o,  el  Sur  les  noms  géographiques  de  ta 
liste  de,  Thnulmès  II!  relatifs  à  la  Judée,  p.  8. 
C^)  L.D.,  m  1^1,  n"  9  de  la  liste. 

W  Liste  de  Karnak,  références  de  la  note  anldprécédenlc ;  c'est  le  n"  78 
do  1.1  liste.  Voir  Sktiii;.  loe.  cit.,  p.  78'). 


LES  HMvSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  27 

malion,  d'ailleurs  intéressante,  Je  l'r usialisme :>)  et  du  fséntii- 
tisme?3  dés  étrangers  que  les  rois  Apopi  et  Khian  avaient  au- 
tour d'eux. 

On  est  renseigné  sur  le  Jacob  chananéen,  dans  une  certaine 
mesure,  par  la  tradition  biblique,  qui  a  fait  de  Jacob  un  béros 
national  d'Israël  mais  dans  laquelle  on  voit  distinctement 
passer  des  traditions  pré-israébtes,  notamment  en  ce  qui  con- 
cerne la  légende  des  sanctuaires  chananéens  dont  la  fondation 
est  attribuée  à  Jacob  et  aux  autres  patriarches.  Israël,  comme 
on  sait,  n'a  jamais  eu  en  réalité  aucune  relation  avec  Chanaan 
jusqu'au  jour  où  il  sortit  du  désert  pour  conquérir  le  pays  et 
s'y  fixer'*';  de  sorte  que  la  mise  en  relation  des  sanctuaires 
palestiniens  avec  l'histoire  des  origines  nationales,  est  forcé- 
ment postérieure  à  l'arrivée  en  Palestine.  On  se  doute,  d'après 
quelques  épisodes  conservés  par  la  relation  biblique,  que  Jacob 
était  l'instauratcur  de  certains  de  ces  sanctuaires  dans  une  lé- 
gende indigène  qui  expliquait  l'origine  du  lieu  et  de  la  religion 
absohiment  comme  la  légende  israélite  de  Moïse  expliquait  — - 
à  l'israélitc  —  les  origines  du  culle  de  lahve  de  Kadesh'-';  et 
l'on  est  amené  ainsi  à  comprendre  que  Jacob,  dans  sa  figure 
primitive,  était  le  héros  d'un  cycle  de  légendes  cJi(mam'enncs ^-^^ 

^''  \oir  en  dernier  lieu  11.  Wkill,  Le  hi'joui-  des  Israrliles  au  désert  etc., 
dans  Rp.v.  des  Eludes  Juives,  LAIII  (1909),  p.  a/i  et  passiin. 

'-'  Moïse  a  pour  rolo  cpsenliel  dVUrc  Tinventeur  de  la  religion  de  lalivo, 
rinstanralcur  du  sanctuaire  de  kadesii  aulonr  duquel  le  peuple  (Hait  groupé 
pendant  la  période  du  séjour  au  désert,  et  par  suite,  le  premier  prèlre  et 
rancètre  des  prêtres.  C'est  en  cela  que  consiste  l'histoire  ixraélite  de  Kadesli  à 
laquelle  nous  laisons  allusion,  et  qui  difTère  de  l'histoire  réelle  par  ceci,  que  le 
sanctuaire  du  désert,  iiiduhitahlcinent,  existait  de  temps  immémorial  lorsque 
les  Isi'aélites  survinient  et  s'inslallèrenl  autoiu'  de  loasis  (voir  Wkill,  loc.  cil. 
dans  Rev.  Et.  Juives,  L\ll,  p.  9ij6,  93G-937,  LVIII,  p.  98-26,  et />«.i.s»h»). 

(^'  Et  non  pas  un  dieu  vliananeen  comme  le  veut  Ed.  Mkykr  (Die  hvuelilen 
und  ilire  Narliharshhinne ,  i()o(),  p.  080  et  suiv  ,  (lesrh.  d.  Ail.,  I,  n,  1909, 
p.  '>97-"U)8);  l(!  héros  du  ro;///;r/<  divin,  le  persormage  qui,  selon  im  procédé 
l'aniilier  à  la  mythologie  sémiti<pie,  se  trouve  enlrnim''  à  lutter  contre  un  riiou 
pour  arriver  à  le  vaincre,  à  le  roiKpK-rir  et  di'venir  ainsi  l'iustnurnteur  de  <(in 


28  JANVIER-FEVRIER   191  1.     . 

que  les  conquérants  israéliles  devaient  s'approprier  avec  le  ter- 
ritoire. Ce  Jacob  pré-israélite  est  celui  que  la  géographie 
égyptienne  connaît,  comme  territoire  ou  tribu,  à  l'époque  de 
Thoulmès  III  et  sans  doute  auparavant.  Lorsque  les  Israélites 
conquirent  la  Palestine,  ils  y  trouvèrent  de  vieux  sanctuaires 
que  Jacob  avait  ce  inventés  55,  des  lieux  qui  portaient  le  nom  de 
Jacob;  ils  gardèrent  précieusement  les  cultes  indigènes  en  les 
proclamant  d'origine  iahviste  et  absorbèrent  Jacob  fondateur, 
transposé  en  un  ancêtre  d'Israël  en  même  temps  que  toute  une 
série  de  héros  et  d'éponymes  palestiniens  qui  se  trouvaient  en 
situation  analogue.  Joseph,  sans  doute,  fut  de  ceux-là. 

Lorsqu'on  commença,  plusieurs  siècles  après,  à  réunir  les 
anciennes  traditions  Israélites  pour  en  faire  une  narration  sui- 
vie, il  y  avait  longtemps  que  Jacob  et  Joseph  étaient  annexés  à 
la  légende  nationale.  Il  est  possible  alors  que  les  premiers  ré- 
dacteurs, qui  travaillaient  vers  le  viii"  siècle  et  étaient  assez 
bien  informés  des  cboses  d'Egvpte,  aient  su  de  source  égyp- 
tienne que  Jacob,  et  peut-être  aussi  Joseph,  avaient  été  princes 
en  Egypte  aux  siècles  antérieurs;  ils  eurent  garde,  en  ce  cas, 
de  ne  pas  laisser  perdre  un  chapitre  si  beau  de  l'histoire  des 
origines  du  peuple,  et  les  épisodes  bibhques  de  Joseph,  mi- 
nistre de  Pharaon,  de  ses  parents  établis  en  Gosen  et  de  ce  qui 
s'ensuit  pour  les  Israélites  en  Egypte,  n'ont  peut-être  pas  une 
autre  origine.  Il  ne  faut  pas  perdre  de  vue,  cependant,  que  le 
rédacteur  judéen  du  vni^  siècle  connaissait  fort  bien  la  marclu.' 
égypto-syrienne  et  les  usages  des  Egyptiens  sur  leur  frontière"*, 
et  d'autre  part,  que  Gosen,  loin  d'être  une  région  imaginaire, 
est  un  canton  très  authentique  du  Delta  oriental,  connu    et 

culte,  ce  personnage  est  un  liomme  par  définition.  Sur  les  combats  divins  livrés 
par  Jacob  et  par  Moïse  ft  qui  sont  les  actes  les  plus  essentiels  de  leurs  liis- 
loires,  voir  VVeill,  loc.  cit.,  LVIl,  p.  217,  aaS-aaô,  23o-23j. 

'''  Cf.  ce  qui  est  observé  à  ce  sujet  plus  haut  (Section  1,  cliap.  1,  vers  la 
fin),  à  propos  de  celte  même  histoire  de  la  descente  en  Gosen. 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  29 

nclteriient  situé  par  les  documents  égyptiens,  extrêmement 
propre  d'ailleurs  à  être  abandonné  aux  nomades  ^^*,  comme  il 
est  supposé  par  la  narration  biblique;  cela  ne  fournit  pas  de 
preuve  d^^l'historicité  du  séjour  d'Israël  en  Egypte,  mais  seu- 
lement, comme  nous  l'avons  déjà  montré  après  Is.  Lévy,  l'in- 
dication d'une  possibilité,  et  surtout  d'une  limite,  la  limite 
dans  laquelle  il  est  permis  d'admettre  que  les  ancêtres  d'Israël, 
s'ils  ont  effectivement  vu  l'Egypte,  en  sont  sortis,  un  jour, 
après  l'avoir  effleurée  et  sans  y  être  entrés  véritablement^-'. 
Mais  que  le  séjour  en  Gosen,  connu  du  rédacteur  du  vm^  siècle, 
soit  historique  ou  non,  il  n'en  reste  pas  moins  possible  que 
les  Jacob  d'une  tradition  égyptienne  authentique  aient  interféré 
avec  les  Jacob  d'autres  souvenirs,  et  contribué  à  entraîner  en 
Egypte  les  patriarches  depuis  longtemps  acquis  à  la  légende 
nationale  d'Israël''^'. 

ANRA  (?). 

Parmi  les  scarabées  de  facture  et  de  gi'aphic  analogues  qui 
nous  apprennent  les  noms  d'autres  étrangers  «pharaonisés» 
de  la  même  époque,  les  plus  remarquables  par  le  nombre 
sont  ceux  d'un  certain  ^S  ou  ^  dont  le  nom  est  didicile  à 
lire  en  raison  des  formes  très  diverses  sous  lesquelles  il  se  pré- 
sente à  nous  :  les  deux  précédentes   paraissent  être  les  plus 

(''  La  {jôograpliie  du  Gosen  biblique  d'après  les  documents  égyptiens  a  été 
établie  ])our  la  première  fois  par  Navillc,  à  la  suite  de  ses  fouilles  de  Saft  cl- 
Iliruié.  Le  pays  est  situé  au  débouché  occidental  du  0.  Toumilàt. 

'■-)  Is.  Lévy,  Les  lloiilcs,  Edom  el  Jacob  dans  les  moiniineiits  é[niiiliciis,  dans 
liev.  Et.  Juives,  LI  (1906),  p.  /i();  Wkill,  loc.  cit.  dans  Ilev.  El.  Juives,  LVUI 
(1909),  p.  96-99. 

(^)  Alix  crili(|iies  qui  seraient  disposés  à  considérer  connue  liislorique,  dans 
les  tenues  (pi'on  \icnt  de  dire,  le  séjour  en  Gosen,  il  faudrait  encore  signaler 
la  couicidence  possible  île  la  date  des  roitelets  asiatiques  en  Kgy|>te,  avec  la 
date  de  Jacob-Joseph  en  Gosen  telle  qu'elle  résulte  des  faits  de  l'exposé  bi- 
blique. Nous  y  reviendrons  plus  loin,  liirs(pic  nous  aui-ous  précisé  les  conditions 
clironologicjues  du  groiipc  des  Apopi,  Kbian  el  lakeh-el. 


30  JANVIER-FEVRIER    1911. 

régulières.  Les  .=—1,  presque  partout,  ont  la  forme  bouclée 
j)articulière  souvent  rencontrée  plus  haut;  les  1 — v  sont  dessinés 
par  petites  barres  perpendiculaires  sur  la  ligne  comme  on 
l'observe  sur  les  scarabées  de  Khian-et  dans  le  ^^^les  scara- 
bées lakch.  Quelquefois  dans  le  cartouche  ovale,  plus  souvent 
sans  cet  encadrement,  le  nom  est  fréquemment  précédé  du 
signe  _t_ ,  f|ui  s'altère  parfois  en  formes  variées,  intermé- 
-  chaires  entre  le  »âfl  ,  le  »-«  et  l'on  ne  sait  quels  bizarres  signes 
de  plantes;  souvent  aussi,  au  bas  du  nom  dans  l'encadrement 
ovale,  on  trouve  un  signe  ^—  qui  paraît  n'avoir  qu'une  valeur 
décorative,  car  dans  certains  cas  un  — -  et  un  —  encadrent 
le  nom  en  haut  et  en  bas  dans  le  cartouche.  Voici  les  diflerenls 
aspects  orthographiques  sous  lesquels  le  nom  du  personnage 
se  rencontre  (les  chiffres  sont  ceuit  de  la  planche  XXIV  de  New- 
BRRHY,  Sairahsj  : 


7,  8  ot  22:  22  =  Caire,  itU^'i  ; 
voir  Nkwderrï,  Seuls  (dans  Calai 
gén.  Caire),  }>.  99,  pi.  XI. 


1. 

G 


.3. 

O 


25. 

O 


20. 


20. 


il). 

9. 

9. 

2/1. 

27,28. 

13. 

6. 

.— ^ 

«=■ 

-w 

.»_ 

t. 

♦ 

,♦.. 

/W«»W\ 

f,^~^ 

/-.wW 

/».~A~\ 

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«=. 

f V 

•'— =• 

^        J 

<=> 

^    1 

<=> 

-= ' 

A^ 

.= 1 

/»»VA 

A~~^ 

-— .-- 

*=> 

Phtmie,  AV(- 
(jnda  and  lialUa, 
LX\\,  II"  /i.->. 


/j. 


5. 


IT). 


O 


Caire  n"  ''^6989  ; 
Xf\m!i;rry,  Seals  ((lans 
Calai,  gén.  Caire), 
p.  f.tii,  pi.  \i. 


Pétrie,  kojilos, 
XXV,  i/io. 


LES  HYKSOS  Eï  LA  RESTAURATION  iNATlONALE.  31 

Trois  scarabées  analogues  à  ceux  des  deux  derniers  spéci- 
mens, enfin,  trouvés  par  Pétrie,  deux  à  Tell  el-Yahoudiyeh 
(Pethie,  HyLsàs  and  Jsr.  Chies ,  YI,  /i,  IX,  166)  et  un  à  Tell- 
Rotab  dans  le  0.  Toumilât  [ih'id.,  XXXIII,  U-2).  D'autres  scara- 
bées encore  sont  au  Musée  Guimet, 

Dans  ic  désordre  et  l'extrême  fantaisie  de  ces  écritures,  où 
le  principal  élément  du  nom  se  simplifie  bizarrement  ou  se 
multiplie  à  volonté  pour  remplir  l'espace  d'une  petite  colonne, 
où  les  <=>  prennent  les  formes  --*.  et  -^^  on  arrive  peut-être 
à  reconnaître  un  nom  Anrn  ou  Aéra.  Le  personnage  ainsi  dé- 
signé pense  être  roi  ;  quelquefois  avec  un  carloucbe  véritable 
(8  de  Neweerhy,  iScrtr.,  XXIV),  quelquefois  ^ '^  f  1 ,  ^î),  il  se 
qualifie  le  plus  souvent  de  Roi  du  Nord,  ^  (y),  |p  (â5,  26, 
2 "y,  28)ou^  (i3,  i5,  22],  particularité  que  nous  avons  re- 
marquée dans  des  conditions  identiques  chez  Aousirre  Apopi. 
Une  autre  analogie  de  facture  qui  apparente  encore  Anrn  avec 
les  personnages  du  groupe  Apopi-Khian.  résulte  de  la  présence 
sur  un  de  ses  scarabées  (19)  d'une  bordure  à  éléments  imbri- 
qués et  trait  interrompu  qu'on  retrouve,  identiquement  dessi- 
née, sur  de  nombreux  scarabées  d'Aousirre  Apopi,  de  kliian, 
de  Iakeb-er  et  sur  celui  de  Semken. 

Notons,  enfin,  que  plusieurs  des  scarabées  qu'on  vient  de 
voir  proviennent  de  la  région  de  Ballas  et  de  Koptos  ;  cela 
rappelle  le  scarabée  de  hiheb-cr  trouvé  à  Hou  et  le  monument 
de  Kbian ,  beaucoup  plus  haut,  à  Gebelein. 

AUTRES  PERSOMSAf.ES  M  GROUPE. 

La  forme  boudée  des  ..^ — 1  et  le  déror  à  éléiuiMits  i!nl)riqués 
et  Irail  interrompu  qu'on  vient  de  dire,  classent  à  côté  des 
Apopi,   (le    ixliKin    cl   des    princes  asiatiques,  un   certain    |  | 

f©^^-#-J  ^  j-  ^l'i"l>re  (^avec  ou  sans  caitoucbe),  connu  par 


32  JANVIER-FÉVRIER    1911.  1 

de  très  nombreux  scarabées*^'.   Le  ^  (m  \\  ^"^  ^^  t^  i 

(avec  ou  sans  le  cartoucbe),  d'une  vingtaine  de  scarabées  au 
moins f-',  est  peut-être  de  Ja  même  époque,  et  cela,  est  plus  cer- 
tain du  _^J^'''~~^5  avec  ou  sans  le  titre  "^1,  d'assez  nom- 
breux scarabées  bien  situés  par  les  formes  caractéristiques  du 
..>_i  et  du  A~«-v  :  ils  ont  été  cités  plus  haut  à  cause  de  l'analogie 
du  nom  avec  les  noms  solaires  de  la  famille  S-[\]-n-7'e, 
groupés  autour  de  Skenenre  Tiouâ.  Nous  savons  cependant, 
par  l'exemple  de  Sousirenre  Khian,  que  les  noms  solaires  de 
cette  forme  ne  se  rencontrent  pas  exclusivement  à  Thèbes  à 
l'époque  de  Tiouâ,  et  cela  nous  fait  enregistrer  sans  étonnement 
un  Skhanrc  parmi  les  voisins  probables  de  Khian  et  des  Apopi. 

^^     lî^^S  ^^^   scarabée'^'   pourrait   n'être   autre, 
avec  o  en  trop^'''  et  un  signe  -.—  mal  fait,  que  le  ^^,  laleb, 

de  plusieurs  scarabées  vus  plus  haut.  Le  "^  |  (|  ^J  ^  ^  ,  avec 
ou  sans  cartouche'^',  semble  de  la  même  époque  par  les  parti- 

")  Un  grand  nombre  réunis  par  Newberby,  Scarabs,  XXI,  i-8  (coll.  cli- 
versos),et  Scals  (dans  Cat.  gén.  Cuire),  p.  8-9,  pi.  I,  n"  36o.3o-3()o35  , 
dont  aucun  ne  se  confond  avec  les  précédents.  Trois  de  ces  scarabées  du  Caire, 
36o32  -36o35,  dans  Pétrie,  Hisl.  Scar.,  n"  119-121.  L'un  deux  est  celui 
d'Abydos,  Mariette,  Cat.  Ab.,  q°  1891,  p.  538,  Mon.  div.,  52  /' =  Gauthier, 
Lu:  des  Rois,  I,  p.  207.  Voir,  pour  d'autres  dans  diverses  collections,  \Vie- 
DEMANN,  Aeg.  Gesch.,  p.  280,  n.  i5,  et  Gauthier,  loc.  cit.;  un  autre  encore  a 
clé  trouvé  en  dernier  lieu  par  G.  Moiler  à  Abousir  el-Melek,  voir  Mitt.  d. 
Deutschen  Or.  Ges.,  n°  34  (1907),  p.  2-i3.  Le  lype  de  tous  ces  scarabées  est 
extrêmement  uniforme. 

<'^'  Newberry,  Scar.,  XXI,  9-18,  XLIII,  17-18  (coll.  diverses);  Fraser,  Cat., 
p.  2  2-2  3;  Gauthier,  Rois,  II,  p.  i48  (Fraser,  Caire,  Rr.  Mus.,  etc.).  Un 
autre  à  Berlin,  n°8887,  Ausf.  Verz.,  p.  4 16. 

'•■')  Newbkrry,  Scar.,  XXI,  3o. 

''''  Le  signe  du  soleil  se  rencontre  de  même  abusivement  en  tète  du  nom 
d'/l»(i«  sur  plusieurs  des  scarabées  passés  en  revue  tout  à  l'beure;  il  y  a  de 
nombreux  exemples  du  même  fait  dans  la  rédaction  d'autres  noms  de  car- 
touches. 

<^'  INewberry,  Scar. ,  XXIII ,  7-9  ;  bibliographie  complète  dans  Gauthier  ,  Rois, 
II,  p.  1/17-1/(8. 


LES  HYKSÔS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  33 

CLilarités  du  décor  de  l'encadrement,    et  il  en  est  de  même 

pour  un  ^  ^  (sic'j  (  ^  v\  ]  (^avec  ou  sans  cartouche),  Semt'-^\ 

pour  une  reine  4"!!*^^^'  Oitazit^-\  et  pour  quelques  person- 
nages aux  noms  plus  ou  moins  lisibles  dont  des  scarabées  se 
trouvent  aux  planches  XXIII-XXIV  des  Scarabs  de  Newberry. 

Citons  la   reine   4.  ^  (^5=3]  (^,  Tiouli  (?)(^i,  un^l^j^J 

\  ^,  Koupepen'^'",  un  ^  J  ^  -=*  '^l  Nombre  d'autres  per- 
sonnages sortiraient  à  un  examen  attentif  de  ces  petits  monu- 
ments, qu'il  serait  sans  intérêt  de  faire  à  cette  place.  Notons 
seulement  encore,    sur   un  joli  scarabée^''',   indubitablement 

-contemporain  des  Iakcb-er  et  des  khian,  la  légende  (  '^^^^  1 

*|o|*.  dans  laquelle  il  faudrait  peut-être  retrouver  le 
nom  de  Aura. 


NEHSI. 

\0 


Voici  enfin  six  scarabées  d'un  ou  plusieurs  Nelisi, 
(kjh^jl  if  +  V /:i  ^IP^^^' etc.  (^),  qui  participent 
aux  mêmes  caractères  de  décoration  et  de  facture.  Ce  prince 
Nehsi  et  ce  roi  Nehsi  sont  à  coup  sûr  les  mêmes  que  ceux  de 
deux  monuments  qui  ont  déjà  été  cités  plus  haut,  à  propos 
de  ceux  d'Aknenre  Apopi,  .j)our  les  mentions  du  culte  de  Sit 
qu'on  y  rencontre.  L'un  est  le  colosse  de  Tell-Mokdam  dont  les 

(')  NEWBERny,  5car.,  XXIIl,  19,  XLIV,  8.  Un  autre  auBr.  Mus.,n"  87668, 
RuDGiî,  Ki»if.i,  I,  p.  (j8. 

(^)  NKwitEnuY,  Scar.,  XXllI,  18. 

(^)  Ihid.,  XXIIf,  17  (^Br.  Mus.);  FnASEn,  Cal.,  p.  28. 

('■'  NEwiiEnny,  Scar.,  XXIII,  i5.  lO. 

W   Ibid.,\\l,  28,  2/i. 

C)  /6Ù/.,  YIII,  1, 

(')  Ibid.,  XXIII,  /1-6;  FnASEï»,  Cal.,  p.  <(;  Petiiie,  llisl.  Scar.,  889,  et 
nistonj,  [  (/|"  éd.),  pi.  XXII;  Gautiiieji,  «01»,  H,  p.  .f)/i-r)5. 

XTII.  3 


lurniMi  Rir    hatioiU.!* 


sa  JANVlER-FÊVniER   1911. 

inscriptions,  gravées  par  usurpation  de  chaque  côté  des  jambes, 
sont  à  lire^^'  : 

Le  texte  était  probablement  le  même  de  part  et  d'autre.  Il  y 
a  lien,  comme  nous  l'avons  dit,  de  supposer  c|ue  le  nom  di- 
vin martelé  était  celui  de  Sit;  il  se  retrouve  plusieurs  fois  sur 
l'autre  monument  de  Nehsi  dont  nous  avons  à  parler,  un  frag- 
ment de  montant  de  pierre  trouvé  à  Tanis  sur  lecpiel  subsiste 
l'extrémité  inférieure  de  trois  colonnes  d'écriture  ^'-^  : 


sarr;— .-ii^Vî-nn  ■  * 

+  VklP^^1^ 


On  ne  sait  ce  qu'est  la  place  de  Ro-ahilou,  la  «Bouche  des 
Champs  V.  Quant  aux  personnages  royaux  du  nom  de  Nehsi , 
leur  présence  à  Tanis  où  l'on  trouve  également  les  Apopi,  leur 
qualité  d'adorateurs  de  Sit  comme  Aknenre  Apopi ,  enfin  les 


*'^  Mariette,  Mon.  div.,  pi.  LXIII,  où  le  cartouche  est  iilisiblei  On  voulut 
loiij'jlcmps  y  voir  Salilis  :  Eders,  Aegijplcii  vnd  die  Biicher  Moscs,  p.  203; 
Ed.  Meïer  ,  Sel-Typhon,  p.  56;  Laiïii,  Manetho,  p.  îî'ig;  cf.  Devékia, 
Lcll)'e  etc.,  dans  Rav.  arcli.,  9"  série,  IV,  p.  aSg  (voir  BilA.  Egypl.,  IV,  p.  920), 
cl  Wiedemann,  Aeg.  Gesch.,  p.  296,  pour  qui  la  lecture  Set. .  Ai  est  cxtrénie- 
menl  douteuse.  La  lecture  vraie  ne  fut  trouvée,  cependant,  que  j)ar  jXaville, 
ÏjC  roi  Nchasl,  dans  Rec.  de  travaux,  XV  (1898),  j).  97-101;  elle  est  inconlef- 
tco  depuis  lors. 

(')  Pétrie,  Tanis,  I,p.  8-9.  pi.  iil,  19  A-D. 


LES  HYKSUS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  35 

caractères  des  scarabées  dont  on  parlait  tout  à  l'heure, 
scml)lt'nt  des  raisons  suffisantes  de  leur  donner  place  à  côté 
des  rois  Apopi-Khian  et  des  personnages  plus  ou  moins  pha- 
raoniques de  la  même  époque ''l 


CHAPITRE  m. 

CONDITIONS  HISTORIQUES  DU  GROUPE  DES  APOPI-KIIIAN 
ET  HISTOIRE  DE  LA  RESTAURATION  ÉGYPTIENNE. 

De  tout  ce  qui  précède  résulte  qu'il  y  a  en  Egypte,  à  une 
certaine  époque,  un  groupe  royal  très  bien  caractérisé  par  les 
noms  que  portent  ses  membres  et  par  les  caractères  de  leurs 
monuments,  Aknenre  Apopi,  Aousivre  Apopi,  un  Asahre,  un  Aho- 
tcpre  et  un  Anoutirrc  dont  on  ne  connaît  pas  les  noms  person- 
nels, encore  un  Apopi,  Nihkhopcslii-c  Apopi,  enfin  Sousireiirc 
Kliian  et  un  Nehsi  dont  les  autres  noms  sont  inconnus.  Ces 
Pharaons  se  rencontrent  principalement  dans  le  Delta,  où  ils 
usurpent  les  monuments  de  la  XIF  dynastie,  notamment  à 
Tanis  et  à  Bubaste,  mais  où  il  leur  arrive  également  de  con- 
struire; leur  domination  s'est  aussi  étendue,  au  moins  pendant 
un  certain  temps,  sur  l'Egypte  entière,  comme  le  montrent  les 
débris  architecturaux  d'Aousirre  et  de  LSousirenre  à  Gebelein. 
D'autres  petits  monuments  de  Soiisircnre,  trouvés  à  Bagdad, 

C'  Ed.  Mevkr,  JSaclilra^i;  zuv  iiir.  Chron.,  p.  .S/i,  et  Gesch.  d.  AU.,  I,  ii 
(1909),  p.  989,  remarque  la  présence  de  Nehsi  au  papyrus  de  Turiu,  fr.  97. 
cl  expli([ue  de  manière  ingénieuse  les  relations  do  Nrhsi ,  considéré  comme  roi 
indigène  de  la  fin  de  la  aXill"  dynaslicj,  avec  les  Apo|)i  considérés  comme 
rrllyksùs''.  Le  raisonnement  de  Mcyer  consiste  à  supposer  (jue  le  culte  de  Sitfnt 
introduit  dans  le  Delta  par  ces  con([uéranls,  dont  les  Apopi  étaient  les  rois,  et 
romme  Nehsi,  indigène,  est  déjà  adorateur  de  Sit,  on  en  conclut  qu'il  y  avait 
clé  contraint  par  les  étrangers,  cl  par  suite  que  les  Apopi  l'avaient  réduit  à  la 
siliialion  do  vassal.  Il  est  sujjcrllu  de  faire  remanjucr  ([ue  toute  cette  condii- 
naison  tombe  dès  qu'on  cesse  de  confondre  les  Apopi  pliaraiini(jues  avec  leurs 
contemporains  asiatiques  en  Egypte. 


36  JANVIER-FEVRIER   1911. 

en  Palestine  et  en  Crète,  peuvent  y  avoir  été  transportés  par  la 
suite,  et  ne  doivent  pas  donner  lieu  de  croire,  comme  on  en 
est  quelquefois  tenté,  à  l'ébauche  d'un  grand  empire  égyplo- 
méditerranéen^^l 

A  côté  de  ces  Pharaons  certains,  incontestablement  égyptiens 
par  toutes  leurs  tendances,  on  trouve  d'autre  part  une  foule  de 
personnages  qui  sur  leurs  scarabées,  seuls  monuments  qui 
nous  les  font  connaître,  prennent  la  qualité  royale,  et  très 
évidemment  ne  sont  pas  des  rois  à  la  manière  ordinaire.  Ce 
sont,  d'après  leurs  noms,  des  étrangers,  sémites  et  apparentés 
avec  les  Chananéens,  comme  on  le  voit  avec  précision  pour 
quelques-uns  d'entre  eux.  Les  plus  remarquables  sont  un  ou 
plusieurs  Jacob,  lakeb,  Iakeb-el  ou  laheh-her,  un  Semhen,  un 
Ant-her  et  un  Khian  nommé  comme  le  roi  Sousirenre  ;  ces  trois 
derniers  se  qualifient  de  hlk  khaskou  «chef  des  terres  étran- 
gères w.  Les  scarabées  de  tout  le  groupe,  d'un  type  très  caracté- 
ristique, sont  inséparables  de  ceux  d'Aousirre  et  de  Sousirenre, 
et  la  contemporanéité  qui  en  résulte,  nécessaire  d'ailleurs  en 
raison  de  la  présence  du  nom  de  Khian  dans  le  groupe  phara- 
onique, est  encore  confirmée  par  la  rencontre  des  Sémites  Abd 
et  Nehemen  au  temps  de  Nibkhopeshre  Apopi. 

Bien  que  la  différence  entre  les  rois  véritables  et  les  étran- 
gers de  ces  scarabées  pseudo-pharaoniques  soit  sensible,  il  y  a 
de  nombreux  points  de  contact  entre  les  personnages  des  deux 
groupes.  Outre  le  nom  si  particulier  de  Khian  de  part  et 
d'autre,  on  remarque  que  le  plus  caractérisé  des  petits  princes 
sémites,  Iakeb-el,  croit  devoir  prendre  un  nom  solaire,  Merou- 
sirre,  ce  qui  donne  beaucoup  de  force  à  l'idée  de  fonctions 
princières  exercées,  par  lui  et  ses  congénères  pseudo-royaux, 
dans  des  conditions  de  très  grande  indépendance.  Leurs  domi- 
nations s'étendaient  peut-être  à  grande  dislance  dans  le  Sud. 

'')  Cf.  Ed.  Mkyer,  Gesch.  d.  Alt.,  I,  u  (igof)),  [>.  •.u/)-^ç)(]. 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  37 

Des  scarabées  très  nombreux  du  type  caractéristique  de  ceux 
des  Apopi  ont  été  trouvés  à  Kahun'^',  et  d'autres,  beaucoup 
plus  haut,  dans  la  région  d'Abydos  et  de  Koptos;  parmi  ces 
derniers,  plusieurs  des  chefs  Iakeb-el  et  Anra  eux-mêmes  :  les 
indications  qui  en  résultent  confirment  ce  qu'on  sait,  par 
ailleurs,  de  la  présence  d'Aousirre  et  de  Sousirenre  encore 
plus  haut  dans  la  vallée.  Ce  même  Anra  s'appelle  quelquefois 
Roi  du  Nord  sur  ses  scarabées,  au  lieu  de  Roi  du  Sud  et  du  Nord, 
et  il  est  remarquable  que  la  même  singularité  s'observe  sur 
certains  scarabées  d'Aousirre,  dont  la  domination  dans  la 
Haute-Egypte  est  cependant  certaine.  Il  semble  que  le  titre 
Roi  du  Nord  était  porté  par  les  princes  de  la  famille  des  Apopi 
antérieurement  à  l'extension  de  leur  pouvoir  dans  le  Sud,  et 
qu'il  leur  fut  emprunté  par  les  étrangers  avec  tout  le  reste  de 
l'attirail  pharaonique. 

L'entrée  en  Egypte  de  '  ces  Asiatiques  et  leur  installation 
dans  le  pays,  sous  l'étiquette  royale,  comme  chefs  de  princi- 
pautés autonomes,  supposent  qu'il  n'y  avait  plus  alors  en 
Egypte  aucune  organisation  nationale.  Les  bonnes  relations 
des  nouveaux  venus  avec  les  Apopi  indigènes  de  Tanis  et  de 
Bubaste,  dont  la  présence  d'un  Khian  sur  le  trône  pharaonique 
est  à  un  moment  donné  le  témoignage,  indiquent  que  cette 
arrivée  ne  fut  pas  à  proprement  parler  une  conquête,  mais 
probablement  une  immigration,  une  installation  de  tribus  asia- 
tiques sur  des  terres  concédées  par  le  roi  qui  commandait  en 
Basse-Egypte;  et  l'empressement  des  chefs  des  immigrés  à 
consacrer  leur  nouvelle  seigneurie  par  l'emploi  de  formes 
égyptiennes,  montre  qu'ils  se  gardaient  bien  de  manifester 
aucune  hostilité  aux  choses  d'Egypte.  Quand  on   pense  à  la 

''^  Pktrie,  Kahuii,  Guro/t  and  Uawara ,  pi.  X,  et  lllahun,  haliiin  and  Gurob, 
pL  VIII.  Cf.,  pour  la  Moyonno-Kjjypio,  les  scarabées  conlomporains  trouvés  en 
(lornier  liovi  par  (J.  Molicr  à  Alwusir  ol-Meiek;  voir,  plus  liaul ,  scarabées  de 
kbian  et  de  Maabro,  notes. 


38  JANVIER-FEVRIER    1911. 

pénétration  des  'Apopi,  leurs  patrons  et  alliés,  jusqu'aux  limites 
méridionales  de  la  Thébaïde,  on  est  tenté  de  croire  que  les 
Iakeb-el  et  les  Aura  dont  on  retrouve  les  noms  en  Haute- 
Egypte  prirent  une  part  active  à  la  conquête  du  ,Sud,  et  l'idée 
se  présente  alors  que  lorsque  les  tribus  étrangères  entrèrent  dans 
le  Delta,  ce  fut  par, échange  de  services  avec  le  roi  de  Tanis, 
comme  mercenaires,  et  pour  apporter  à  la  monarchie  trop 
faible  de  la  Basse-Egypte  les  ressources  des  bandes  bédouines, 
énergiques  et  pauvres,  qui  devaient  être  payées  en  terres. 

A  quelle  époque  ces  événements  se  placent-ils?  Il  est  extrê- 
mement certain  que  les  Apopi,  qui  usurpent  les  monuments 
de  la  Xir  dynastie,  sont  intermédiaires  entre  celle-ci  et  la 
XVIII";  mais  pour  les  situer  avec  précision  par  rapport  à  ces 
deux  limites,  il  faudrait  avoir  mieux  que  les  très  rares  rensei- 
gnements que  nous  possédons  sur  l'histoire  du  Delta  dans  l'in- 
tervalle. On  arrive  à  se  rendre  compte,  cependant,  qu'ils  ne 
peuvent  être  venus  immédiatement  après  la  XII'  dynastie,  à 
laquelle  succèdent,  comme  nous  verrons  par  la  suite  de  celle 
étude,  l'usurpateur  Sekhemre-Khoutaoui,  qui  possède  l'Egypte 
entière,  puis  Sekhemkare  au  moins  dans  la  Basse-Egypte;  on 
retrouve  ensuite  la  trace  d'autres  souverains  rattachés  à  la 
même  famille  ou  au  même  groupe,  et  parmi  lesquels  nous  ne 
citerons  ici ,  comme  ayant  certainement  régné  dans  le  Delta , 
que  le  Smenklikare  Mirmashaou  qui  usurpe  des  statues  de  la 
XIP  dynastie  avant  que  Aknenre  Apopi  y  grave  ses  noms  à  son 
tour.  Après  Mirmashaou,  le  champ  resterait  libre  en  Basse- 
Egypte  pour  placer  les  Apopi  à  distance  quelconque  de  la 
XVI II''  dynastie,  en  quelque  sorte  dans  l'indéterminé,  si  l'on  ne 
savait,  par  plusieurs  statues  de  Khanofirre  Sebukhotep  trouvées 
à  Tanis  et  à  Bubaste,  que  la  domination  thébaine  s'est  étendue 
sur  ces  capitales  du  Delta  à  une  certaine  époque;  on  est  alors 
obligé  de  se  demander  si  les  Apopi  sont  antérieurs  ou  posté- 
rieurs aux  Sebekbotep,  et  si   l'on  a,   pour  placer  les  Apopi 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  39 

cil  dernier  comme  on  le  fuit  généralement,  des  raisons  so- 
lides. 

Or,  l'étude  des  monuments  ne  fait  ressortir  aucune  indica- 
tion dans  ce  sens'^',  et  l'on  remarque  même  qu'il  serait  extrê- 
mement tentant  de  considérer  l'hégémonie  des  Apopi  comme 
antérieure  à  la  reconquête  ihébaine  des  Sebekhotep,  premiers 
artisans  d'une  restauration  dont  l'action  ne  se  serait  plus  arrêtée 
jusqu'à  l'avènement  du  Nouvel  Empire.  On  observe  en  sens 
contraire,  à  vrai  dire,  que  les  Sebekhotep  ne  sont  pas  les 
ascendants  directs  des  fondateurs  de  la  XVllP  dynastie,  puisque 
le  grand'père  —  paternel  et  maternel  — ■  d'Amosis  n'avait  pas 
la  qualité  royale;  mais  ce  ne  serait  pas  un  obstacle  à  la  suppo- 
sition d'une  continuité  dynastique.  S'il  faut  se  décider,  en  iin 
de  compte,  à  rejeter  les  Sebekhotep  un  peu  plus  haut  dans  la 
série  des  événements,  pour  conserver  aux  Apopi  la  place  que 
leur  ont  toujours  assigni'e  les  historiens,  c'est  uniquement 
parce  que  les  écrivains  du  Nouvel-Empire  savaient  que  Apopi  cl 
Skenenre  ont  clé  en  guerre  ensemble.  C'est  la  première  fois  que 
nous  faisons  intervenir  la  tradition  ultérieure  dans  la  détermi- 
nation des  faits  historiques,  et  l'on  se  rend  compte  de  la 
grande  sécurité  dont  nous  trouvons  le  bénéfice,  maintenant, 
pour  avoir  débarrassé  cette  histoire  d'Apopi  et  Skenenre,  au 
prix  d'une  longue  analyse,  des  amalgames  que  la  forme  primi- 
tive eut  à  supporter  et  notamment  des  éléments  de  l'histoire 
d'Avaris  qui  y  furent  introduits  de  bonne  heure;  car  nous  avons 


'')  On  serait  trop  heureux  s'il  était  vrai,  comme  le  croit  Pioytc  {Sur 
quelques  iiutaaiinmtH  relatifs  au  (tien  Sot,  i863,  p.  lo,  et  La  7-eligion  des  pré^ 
isi-uélitiis,  i8(J5,  j).  89),  que  la  gruiulo  slaluo  do  Iviianolino  Scliokliolep,  au 
Louvre,  ([ui  provient  de  la  Rasse-K;|yple ,  poi'tàt  le  uani  (VApupliiH  jfriirr  pnslr- 
ricureinnnt ;  n\ah  il  u'y»a  là  qu'un  malcnteniiu ,  causé  chez  l'Ieyle  par  la  lecture 
(le  M.uuKTTK,  Lettre  à  M.  Alf.  Maury,  dans  Rev.  arch.,  a°  série,  lll  (>8()i), 
p.  ;539,  où  Mariette  suppose  par  anaiojjie  que  cette  statue  royale  pourrait  avoir 
(Hé  usurpée  comme  l(!s  sphinx  d(?  Tanis,  et  demande  (pie  la  (  liose  soit  exa- 
minée. Eu  réalité,  on  n'eu  a  jamais  remar(pié  d'indice. 


hO  JANVIER-FEVRIER   1911. 

appris  ainsi  que  la  guerre  d'Apopi  et  de  Skenenre  est  un  élément 
narratif  d'ordre  premier,  non  altéré  encore  ni  combiné,  et  qui  a 
ainsi  les  plus  grandes  chances  de  représenter,  dans  l'ensemble, 
la  vérité  historique.  Il  semble  que  sur  cette  base  on  puisse  ad- 
mettre que  les  Apopi  furent  contemporains  des  prédécesseurs 
d'Amosis  et  qu'Amosis  lui-même,  dans  sa  conquête  du  Delta, 
détruisit  ce  qui  restait  de  leur  puissance;  mais  on  n'en  a  pas 
d'autre  preuve  que  ce  témoignage  thébain  de  date  inconnue, 
postérieur  aux  événements  ,  et  l'historien  ne  doit  pas  perdre  de 
vue  l'espèce  d'incertitude  qui  en  résulte  encore. 

Certains  indices  de  contemporanéité,  cependant,  résident 
dans  plusieurs  analogies  onomastiques,  tout  d'abord  dans  la 
similitude  de  constitution  du  nom  de  S-ousir-n-re  Khian  avec 
le  nom  de  S-hen-n-re  Tiouà  et  ceux  de  plusieurs  rois,  précé- 
demment cités,  du  même  groupe,  S-nahhl-n-re ,  S-ouah-n-re, 
S-ouaz-n-re  :  on  se  rappelle  que  nous  avons  également  ren- 
contré un  S-J,hn-u-re  dont  les  scarabées  déterminent  la  place  à 
côté  de  Khian.  Une  analogie  tout  à  fait  du  même  ordre  est  celle 
des  noms  solaires  à' A-ken-n-re  Apopi  et  de  S-hen-n-re  Tiouâ  ; 
elle  a  été  souvent  remarquée^''.  L'argument  historique  à  tirer 
de  là  consisterait  à  supposer  qu'à  une  époque  déterminée,  des 
noms  solaires  semblablement  composés  se  rencontraient  au 

C  Voir  par  exemple  Maspero,  Hist.,  II,  p.  76,  n.  3 ,  et  Ed.  IMeïer,  Gcuch. 
il.  Alt.,  I,  11  (1909),  p.  298.  W.  M.  Millier  va  beaucoup  plus  loin  dans  l'ana- 
lyse de  cette  analogie  nominale-,  il  fixe  son  attention  sur  la  forme  Tiouâ-Ken 
du  nom  Tiouâ  qu'on  trouve  quelquefois  —  commet  d'ailleurs  l'erreur  de  lire 
Ti-d-knen,  alors  que  le  deuxième  n,  dans  ce  nom,  ne  se  trou\e  nulle  part  — 
et  pense  que  le  nom  ainsi  écrit  signifie  ftcelui  qui  appartient  à  A-Kneiiy>,  c'est- 
à-dire  le  vassal  d'Aknenre  Apopi:  interprétation  qui  prend  sa  source  dans  cette 
idée  historiquement  injustifiée  et  probablement  fausse,  que  les  rois  de  Tlièbes 
étaient  soumis  aux  f  Hyksôsn  de  Tanis  jusqu'au  jour  où  commença  la  guerre 
de  restauration.  Signalons  au  passage,  à  la  même  place  du  mémoire  de 
W.  M.  Millier,  la  jolie  explication  de  VApaklmas  ou  Pakh'nan  qui  voisine  avec 
Apophis  dans  la  XV  dynastie  de  la  liste  grecque  :  AkHen[re]  =  Uayvav  ou 
K-Knyyai,  avec  l'article,  ou  bien  Ap\jypi\  .l/.;i(';»[rc]  =  kuayvoLv  (W.  M.  Mi-li-er, 
Die  Ihjksôs  etc.,  1898,  p.  17-18). 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  41 

Delta  et  dans  la  Haute-Egypte,  au  sein  de  deux  familles  royales 
que  les  circonstances  devaient  rendre  ennemies  mais  auxquelles 
il  était  arrivé  de  vivre  en  bons  termes.  Cette  situation  de  division 
«amiable 55  de  l'Egypte  en  royaumes  indépendants  n'a  rien  d'in- 
vraisemblable entre  la  XIP  dynastie  et  la  XVIIP,  et  l'on  a  con- 
n;iissance,  par  les  monuments,  de  quelques  faits  qui  portent  à 
croire  que  les  choses  étaient  effectivement  organisées  de  la  sorte. 
Une  fois  admis  que  les  Apopi  et  leur  groupe  précèdent  im- 
médiatement la  reconstitution  de  l'Egypte  par  les  Thébains  de 
la  famille  d'Amosisv  il  en  résulte  d'intéressantes  conséquences 
en  ce  qui  concerne  l'histoire  de  la  domination  de  la  famille 
tanile.  Puisque  Skenenre  Tiouâ,  prédécesseur  d'Amosis,  avait 
déjà  assuré  son  autorité  sur  toute  la  Haute-Egypte  depuis  la 
région  d'Abydos  jusques  et  y  compris  la  principauté  d'EIkab,  et 
qu'il  est  aussi  bien  que  certain  que  les  progrès  de  la  monarchie 
thébaine  ne  s'arrêtèrent  plus  ensuite,  on  voit  qu'Aousirre  Apopi 
et  Sousirenre  Kliian,  qui  commandent  à  Gebelein,  sont  forcé- 
ment de  date  antérieure.  A  leur  époque,  la  puissance  des  Thé- 
bains  était  anéantie,  et  c'est  seulement  ensuite  qu'une  renais- 
sance thébaine  fit  rentrer  dans  les  limites  de  la  Basse  ou  de  la 
Moyenne  Egypte  d'autres  Apopi  avec  qui  Skenenre  fut  en  lutte. 
Aousirre  Apopi  et  khian  représentent  donc  l'apogée  de  la  puis- 
sance tanite  que  les  Méridionaux  devaient  bientôt  détruire. 
(Test d'eux  particulièrement,  d'après  les  analogies  des  scarabées, 
que  sont  contemporains  les  Iakeb-el  et  les  Aura  dont  les  noms 
se  rencontrent  dans  la  région  abydénienne,  et  cela  confirme  ce 
que  nous  avons  induit  un  peu  plus  haut  de  la  participation 
active  de  ces  Asiatiques  à  la  conquête  du  Sud.  D'autre  part,  la 
date  qu'on  vient  d'assigner  aux  événements  quelque  lemps 
avant  la  XVIII"  dynastie,  c'est-à-dire  vers  i65o  ou  iG-jo  '*,  est 

C  L'aviînoment  d'Amosis  eut  lieu  en  i58o,  el  l'on  n'est  certainement  j)as 
loin  (le  la  véritô  en  plaçant  l'apojjée  (1<'  In  |iiiissaiire  des  Apopi  une  rincpianlaine 
d'années  auparavant. 


42  JANVIER-FKVRIER    1011. 

SUsceptiLle  d'éclairer  le  difficile  problème  de  l'origine  de  ces 
étrangers  et  des  circonstances  qui  les  conduisirent  en  Egypte, 
si  l'on  observe,  avec  Is.  Lévy'^',  que  cette  date  peut  coïncider 
avec  celle  d'un  grand  mouvement  de  peuples  dirigé  de  l'est  à 
l'ouest,  et  qui  vers  cette  époque  recouvrit  le  plateau  égypto- 
syrien  d'un  flot  de  population  nouvelle. 

Il  s'agit  de  l'arrivée  des  «Hébreux  55  dans  cette  zone,  et  parti- 
culièrement de  l'installation  des  Edomites  dans  le  Seir,  qui  est 
le  grand  steppe  compris  entre  le  0.  Arabab,  la  mer  Morte  et 
la  frontière  égyptienne,  et  dont  la  population  antérieure  n'était 
pas  «bébraïquew.  Les  documents  égyptiens  du  Moyen  Empire 
où  des  Asiatiques  sont  nommés,  relations  d'expéditions,  in- 
scriptions des  mines  sinaïtiques,  histoire  de  Sinoubit,  montrent 
qu'il  n'y  a  encore  dans  la  région  égypto- syrienne,  à  cette 
époque,  que  ces  «Horites,  fds  de  Seir»  aborigènes  sur  lesquels 
nous  sommes  renseignés  par  les  listes  etbnograpbiques  de  la 
Genèse;  et  comme  d'autre  partie  nom  des  Edomites  paraît  dans 
un  document  égyptien  de  ré[)oque  ramesside  (règne  de 
Séti  II) '-^  on  voit  que  l'invasion  a  forcément  eu  lieu  après  la 
XII"  dynastie  et  un  temps  plus  ou  moins  long  avant  la  date  de 
iqSg  :  les  limites  chronologiques  ainsi  obtenues  sont  très 
largos  ou  relativement  étroites  suivant  qu'on  adopte  la  chrono- 
logie courte,  qui  place  la  fin  de  la  XIl"  dynastie  en  1788,  ou  la 
plironologie  longue,  qui  la  met  un  milHer  d'années  plus  baut. 
Nous  voulons,  pour  l'instant,  laisser  complètement  de  côté 
cette  difficile  question  de  chronologie  égyptienne,  qui  d'ailleurs 
serait  sans  influence,  même  résolue,  sur  la  détermination  de 
la  date  de  l'invasion  édomite.  Le  peu  qu'on  arrive  à  induire  à 
€6  sujet  résulte,  en  efîet,  de  la  relation  de  la  Genèse,  oii  l'on 
trouve,  à  la  suite  du  tableau  des  clans  horites  qui  existaient  en 

C   Is.  Lkvv,  Lex  Hiiriles,  Ednm  el  Jacnh  etc.,  dans  Rev.  des  Et.  juives,  LI, 
(iQoG),  |).  3a-r)i. 

^^'   Auastaiii  0 ,  vi,  l 'i. 


( 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  A3 

Seir  à  l'origine''',  une  liste  des  chefs  édomites  qui  régnèrent 
dans  le  pays  avant  les  rois  d'Israël  f^),  c'est-à-dire  sans  doute 
avant  David;  et  comme  la  liste  comprend  huit  noms,  on  peut 
admettre  que  le  plus  ancien  des  rois  édomites  désignés  appar- 
tient au  xiif  siècle,  c'est-à-dire  au  temps  même  où  quelques 
Edomites  sont  signalés  sur  la  frontière  égyptienne  par  les  ofti- 
cicrs  de  Séti  II.  On  retrouve  donc  ainsi  la  limite  chronologique 
inférieure  déjà  rencontrée.  Quant  à  la  limite  supérieure  déter- 
minée par  la  fin  de  la  Xll'  dynastie,  —  plus  exactement  par  la 
rédaction  un  peu  plus  tardive  de  l'histoire  de  Sinouhit,  —  elle 
s'évanouit,  pratiquement,  comme  trop  éloignée  et  évidemment 
inutile,  car  qu'il  s'agisse  des  quinze  siècles  de  la  chronologie 
longue  ou  des  cinq  de  la  chronologie  courte  ainsi  délimités  en 
amont  du  plus  ancien  roi  édomite.  même  la  plus  petite  de  ces 
leux  durées  est  hcaucoup  trop  longue  pour  qu'on  puisse  sup^ 
poser  que  la  période  de  l'Edom  antérieur  à  la  royauté  l'a  rem- 
plie. En  réalité,  deux  ou  trois  siècles  de  formation  nationale 
durent  suffire,  ce  qui  conduit  à  placer  l'installation  édomite  en 
Seir  aux  alentours  du  xvf  siècle.  C'est  ici  qu'intervient  l'hypo- 
thèse d'Is.  Lévy,  qui  croit  pouvoir  préciser  la  date  de  l'événe- 
nement  en  le  considérant  comme  en  relation  avec  l'entrée  des 
lakeh-el  et  des  khian  en  Egypte  au  xvn''  siècle  :  non  pas  assu- 
rément que  ces  chefs  de  trihu  et  leurs  gens  fussent  Iî]domites, 
mais,  qu'on  les  suppose  apparentés  aux  Ghananéens  de  Pales- 
tine ou  aux  anciens  Ijorites  du  Seir,  ils  étaient  poussés  en 
avant  par  la  montée  des  Edomites  qui  surgissaient  du  ouadi 
Arahah.  Il  faudrait  encore,  de  plus,  rattacher  au  même  mou- 
vement de  peuples  l'installation  sur  la  frontière  d'P]gypte,  en 
Gosen'-*\  des  ancêtres  d'Israël,  parents  très  proches  des  Edo- 

O     Gtlll.,    XXXVI,   20-:'.S. 

('->   (ii'ii.,  xjrxvi,  ;îi-3().  ' 

(')   Pour  l'liisl(iri(il(''  |)ossiliIn  fin  sôjoiir  on  GosiMi.  so  roporler  à  co  (|ni  est 
dit  au  pmôcicnl  chapitre,  à  propos  des  laLi'ù-lioi;  etc.  cl  de  leurs  uionunienls. 


44  JANVIER-FEVRIER    1911. 

mites'*',  en  ayant  soin  de  distinguer  soi^peusement  ce  Jacob- 
Josepli  israélite  de  l'autre  Jacob  qui,  placé  en  avant-garde, 
entrait  résolument  en  Egypte,  s'y  faisait  une  place  et  très  pro- 
bablement nen.  devait  jamais  revenir. 

Cette  théorie  extrêmement  séduisante  a  le  double  avantage 
de  préciser  la  chronologie  de  l'invasion  hébraïque  en  fixant  au 
xvii"  siècle  la  survenue  des  Edomites  en  Seir,  et  d'expliquer  la 
pénétration  des  Asiatiques  dans  l'Egypte  désorganisée  de  cette 
époque,  en  la  rattachant  aux  mouvements  dont  l'impulsion 
venait  du  fond  de  l'horizon  oriental.  On  aurait  peine,  cepen- 
dant, à  se  représenter  sous  une  même  figure  les  Barbares  in- 
cultes qui  surgissaient  de  la  grande  Arabie,  et  les  immigrés  en 
Egypte  dont  les  chefs,  si  fièrement,  devaient  s'y  déclarer 
princes  souverains;  ces  Iakeb-her,  khian.  Aura,  Ant-her,  Cha- 
nanéens  par  leurs  noms  et  certainement  voisins  de  l'Egyple 
avant  le  début  du  mouvement,  avaient  subi  l'influence  égyp- 
tienne pendant  de  longs  siècles,  et  c'est  chez  eux,  dans  le 
steppe  égypto-syrien  sans  doute  et  non  en  Palestine,  que  les 
rois  de  la  XII'  dynastie  avaient  parfois  porté  la  guerre''^*.  Ces 
nomades,  arrivés  peut-être  à  un  certain  degré  d'organisation 
nationale,  poussés  par  l'afflux  des  populations  nouvelles  sur 
leurs  pâturages,  encouragés  par  la  faiblesse  des  rois  de  Tanis 
ou  de  Bubaste  qui  toléraient  leur  infiltration,  résolurent  un  jour 
de  se  transporter  en  masse  en  Egypte  pour  y  vivre  à  la  manière 
égyptienne  :  de  même  les  Israélites  de  Kadesh,  un  peu  plus 
tard ,  devaient  aller  conquérir  en  Palestine  leur  installation  sé- 
dentaire. Ceux  qui  passaient  l'isthme,  cependant,  ne  songeaient 
point  à  hi  folle  entreprise  d'une  conquête;  leur  installation  fut 
probablement  consentie  par  le  roi  de  la  Basse-Egypte,  exacte- 

'')  Unfi  tradiiion  ancienne  place  l'élablissemcnt  des  Edomites  en  Seir  au 
temps  d'Esaii,  (ils  de  Jacob  {Gen.,  xxxii,  'i;  xxxiii,  16;  Josué,  \^f_,  4). 

<^'  Senousril  III,  d'après  l'inscription  connue  d'AI)ydos,  Garstang ,  Kl-Arabah, 
pi.  IV,  V;  cf.  VVkili,  dans  Sphinx,  VIII,  p.  1  et  suiv. 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  -45 

ment  comme  les  concessions  de  terres  que  les  Barbares  obte- 
naient des  Romains  du  iif  siècle,  et  à  charge  pour  les  nou- 
veaux venus  de  barrer  la  frontière  qu'on  venait  de  leur  ouvrir. 
Dès  le  premier  jour,  à  ce  qu'il  semble,  les  chefs  étrangers 
eurent  le  pouvoir  de  s'arroger  des  droits  souverains  sur  les  ter- 
ritoires concédés,  et  cette  situation  privilégiée  fut  de  nature  à 
grandement  faciliter  le  cours  inévitable  que  prennent  les  évé- 
nements dans  des  circonstances  semblables.  Les  Asiatiques 
alliés  furent  employés  à  la  garde  du  roi,  à  la  police  du  terri- 
toire, ils  arrivèrent  aux  fonctions  éminentes,  et  un  jour  les 
Apopi  indigènes  furent  à  tel  point  dans  leurs  mains  qu'un 
étranger  devint  roi ,  ou  que  le  fds  d'un  roi  reçut  le  nom  d'un 
chef  des  étrangers.  C'est  sous  leur  influence,  peut-être,  et  en 
tout  cas  avec  leur  concours  matériel,  que  les  Tanites  s'empa- 
rèrent de  la  Thébaïde;  et  il  n'est  pas  douteux  que  les  princes 
asiatiques  surent  tirer  un  bon  parti  pour  eux-mêmes  de  la 
conquête. 

Deux  au  moins  des  rois  du  JNord,  Sousirenre  Khian  et 
Aousirre  Apopi ,  régnèrent  ainsi  sur  l'Egypte  entière.  Leur  do- 
mination était-elle  beaucoup  plus  que  nominale,  à  côté  des 
étrangers  qui  jouaient  les  Pharaons  dans  les  principautés  an- 
tiques ?  Aousirre ,  qui  bâtit  à  Gebelein  .  s'appeHe  «  roi  du  Nord  » 
sur  certains  scarabées,  et  se  rabaisse  ainsi  jusqu'à  être  l'égal 
d'Anra.  Dans  le  désordre  et  l'extrême  morcellement  politique 
que  l'on  devine,  il  se  peut  que  la  royauté  ihébaine  soit  arrivée 
à  se  maintenir  et  à  garder  une  petite  place,  jusqu'au  jour  où 
les  Méridionaux,  s'étant  ressaisis,  engagèrent  contre  les  Ta- 
nitts  et  leurs  alliés  étrangers  une  lutte  qui  devait  rapidement 
devenir  victorieuse.  Nous  ne  savons  si  elle  était  déjà  commencée 
lorsque  arriva  stir  le  trône  de  Thèbes  Skenenre  Tiouâ,  dont  les 
guerres  avec  les  Apopi  ne  nous  sont  connues  que  par  l'écho 
d'une  tradition  romanesque  du  Nouvel  Empire,  mais  (jui  régna 
certainement  avec  bonheur,  puisqu'à  son  époque  la  Thébaïde 


46  JANVIER-FÉVRIER    1911. 

était  déjà  reprise  jusqu'en  aval  d'Abydos,  et  puisque  son  fils 
Amosis  eut  les  moyens,  dès  son  avènement,  de  poursuivre  la 
lutte.  Eut-il  encore  affaire  avec  les  Apopi?  La  relation  d'Ahmès 
d'Elkab,  qui  raconte  avec  un  certain  luxe  de  détails  la  cam- 
pagne d'Avaris  et  la  prise  do  la  ville,  garde  le  plus  discjet 
silence  sur  les  ennemis  exécrés  qui  étaient  dans  ses  murs,  de 
sorte  qu'on  ne  sait  si  elle  fat  le  dernier  refuge  de  la  monarchie 
légitime  de  la  Basse-Egypte,  ou  simplement  l'une  des  dernières 
places  011  quelque  baron,  indigène  ou  asiatique,  défendit  son 
indépendance  seigneuriale.  On  croit  seulement  apercevoir  que 
parmi  les  défenseurs  que  les  Méridionaux  réduisirent  en  escla- 
vage, il  y  avait  des  Asiatiques;  le  même  Ahmès  d'Elkab,  qui 
eut  pour  sa  part  de  butin  un  homme  et  trois  femmes,  nous 
donne  dans  son  tombeau  l'étal  nominatif  complet  des  1 9  es- 
claves des  deux  sexes  qu'il  obtint  au  cours  des  campagnes 
diverses  auxquelles  il  avait  pris  part,  et  dans  cette  liste,  ainsi 
que  l'a  reconnu  W.  M.  Millier'*',  on  distingue  sous  les  n"'  1/1, 
1  5  et  16  trois  femmes  aux  noms  sémitiques  ou  demi-égy|)tia- 
nisés  qui  ont  toutes  chances  d'être  les  trois  Avaritcs.  Le  fait 
n'a  évidemment  pas  une  grande  signification  en  ce  qui  con- 
cerne la  situation  politique  d'Avaris  au  moment  du  siège.  Tout 
h  fait  indépendamment  de  cela,  d'ailleurs,  il  est  certain  que 
la  ville  était  importante,  —  on  rencontre  son  nom  sur  des 
monuments  de  Tell-Mokdam,  au  centre  du  Delta,  et  de  Tanis, 
et  l'on  arrive  à  induire  qu'elle  pourrait  être  Héliopolis  même'-'; 
—  sa  prise  marqua  la  fin  des  opérations  sur  le  territoire 
égyptien,  puisque  aussitôt  après  Amosis  put  les  pousser  au 
delà  de  l'isthme. 

A  part  le  siège  et  la  prise  d'Avaris  on  ne  sait  rien  de  plus, 

0)  w.  M.  MiJLLKR,  Die  Ihjksôs  etc.  (1898),  p.  8-10. 

(-)  Voir  ce  qui  est  dit  à  ce  sujet  plus  liant,  même  section,  chap.  11,  à  pro- 
pos de  Ha-nuarit  snr  un  monument  d'Akncnre  Apopî,  et  auparavant,  section I, 
chap.  IV,  S  IV. 


LES  HYKSOS  ET  LA  nESTAlJRATlON  NATIONALE.  A7 

Cil  somme,  sur  la  conquête  du  Nord  par  Amosis  et  ses  ancêtres ^ 
que  sur  ia  conquête  du  Sud  par  les  Apopi  qui  avait  eu  lieu 
un  certain  temps  auparavant,  ou  que  sur  cette  première  con-' 
quête  du  Delta  qu'avaient  menée  à  bien  les  Sebekhotep  de 
Thèbes.  Par  ce  qu'on  entrevoit  de  la  situation  chaotique  de 
l'Egypte,  au  temps  du  triomphe  des  Apopi,  on  comprend  que 
les  victoires  ainsi  remportées  par  les  rois  du  l\ord  ou  du  Sud 
fussent  éphémères,  et  l'on  admire  davantage  Amosis  d'avoir 
fait  œuvre  durable.  Le  mérite,  d'ailleurs,  n'en  appartient  pas  à 
lui  seul,  et  la  reconstitution  de  l'Egypte  entre  ses  mains  n'est 
que  l'aboutissement  d'un  long  effort  qui  ne  s'était  jamais  inter- 
rompu, à  Thèbes,  depuis  le  lendemain  du  jour  où  les  débiles 
successeurs  de  la  XII'  dynastie  avaient  laissé  se  briser  l'unité 
égyptienne.  On  rencontrera,  à  l'étude  attentive  des  monuments 
et  des  faits  qu'ils  nous  apportent,  de  nombreux  indices  de  ce 
sage  et  patient  travail  do  reconstruction  nationale.  Pour  le 
moment,  nous  avons  encore  le  devoir  de  fixer  notre  attention 

r 

sur  l'Egypte  restaurée ,  acheminée  vers  tous  les  triomphes  sous 
l'autorité  des  descendants  d'Amosis,  pour  comprendre  comment 
les  hommes  du  Nouvel  Empire  se  représentèrent  la  période 
antérieure,  et  dans  quels  termes  ils  racontèrent  l'histoire  de 
leurs  adversaires  malheureux. 

Il  importe  de  no  pas  perdre  de  vue  que  cette  histoire,  dans 
la  seule  forme  où  nous  la  connaissons  par  les  lambeaux  qui 
nous  sont  parvenus,  fut  élaborée  à  Thèbes,  dans  un  milieu  où 
la  défaite  par  les  Septentrionaux  et  l'éphémère,  mais  humiliante 
domination  des  Tanites  et  de  leurs  auxiliaires  asiatiques,  ne 
pouvaient  avoir  laissé  qu'un  de  ces  souvenirs  dont  l'évocation 
appelle  des  paroles  d'exécration  obligatoires.  Bien  que  grandie 
encore  par  l'éioigdemcnt,  la  catnstrophe  ne  fut  pas  cependant 
racontée  d'une  manière  très  différente  de  la  vérité  historique. 
On  savait  que  les  Asiatiques  avaient  dominé  en  Basse-Egypte, 
on  les  traitait  de  Barbares,  ce  qui  était  exact,  et  do  dévasta- 


48  JANVIER-FEVRIER    1911. 

leurs  impies,  calomnie  excusable  de  la  part  de  gens  qui  avaient 
souffert  d'une  occupation  militaire  et  de  ses  inévitables  ru- 
desses. On  se  rappelait  très  vivement,  d'ailleurs,  le  dernier 
épisode  de  la  grande  guerre,  Avarjs  prise  et  Amosis  libérateur, 
dont  le  souvenir  tendait  à  rejeter  dans  l'ombre  les  événements 
qui  avaient  précédé,  les  Septentrionaux  maîtres  de  Thèbes,  les 
premiers  eflorts  pour  l'affrancbissement ,  peut-être  même  les 
Apopi  qui  à  l'époque  du  siège  d'Avaris  avaient  disparu  ou  ne 
jouaient  plus  qu'un  rôle  secondaire  :  ainsi  sortaient  en  lumière, 
au  moins  dans  l'une  des  histoires  qui  avaient  cours,  les  Asia- 
tiques et  Amris,  les  deux  éléments  principaux  de  l'épopée 
d'Amosis  telle  qu'elle  était  dite  aux  premiers  temps  du  Nouvel 
Empire.  Rappelons  encore  que  nous  ne  possédons  de  cette  his- 
toire originale  que  des  lambeaux,  défigurés,  hachés,  trans- 
posés plus  tard  à  la  gloire  d'Hatshopsitou,  de  Mineptah,  de 
Sitnckht,  ou  utilisés  dans  un  autre  récit  des  origines  de  la 
monarchie,  celui  de  la  guerre  d'Apopi  et  de  Skenenre. 

11  n'est  pas  douteux  que  les  guerres  des  Apopi  avec  les  pré- 
décesseurs d'Amosis  se  racontaient  en  même  temps  que  la  lutte 
victorieuse  d'Amosis  contre  Avaris,  et  dès  le  début  de  la 
XVIIP  dynastie  trouvaient  place  dans  un  même  cycle  épique. 
Toutefois,  dans  la  forme  la  plus  ancienne  que  nous  arrivons  à 
extraire  de  la  combinaison  de  Sallier  i,  et  que  nous  sommes 
bien  forcés  jusqu'à  nouvel  ordre  de  considérer  comme  sa  forme 
primitive,  l'histoire  d'Apopi  et  de  Skenenre  est  de  composition 
notablement  postérieure  à  celle  des  Asiatiques  et  d'Avaris, 
comme  on  le  voit  par  ceci,  que  dans  l'histoire  d'Apopi,  cet 
ennemi  du  roi  de  Thèbes  est  séthieti,  abominable  et  dangereux 
parce  que  séthien,  et  qu'ainsi  il  apparaît  que  la  narration  fut 
organisée  sous  l'influence  des  idées  qui  régnaient  au  temps  où 
le  culte  de  Sit  était  proscrit,  et  le  dieu  poursuivi  jusque  dans 
les  cartouches  royaux  de  la  XIX*  dynastie  oii  figurait  son 
image.   C'est   sous  la  XX"  dynastie,  vraisemblablement,  que 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  49 

CL-lle  persécution  de  Sit  eut  lieu.  Il  semble  qu'à  la  même  épo([ue 
l'histoire  d'Apopi  et  de  Skencnre,  de  toute  évidence  plus  an- 
cienne, fut  rédigée  à  nouveau,  avec  une  explication  nouvelle 
de  la  détestable  attitude  du  roi  du  Nord,  qui  dans  la  narration 
antérieure  n'était  problemcnt  l'ennemi  des  dieux  de  l'Egypte 
que  parce  qu'il  était  l'ennemi  des  Thébains,  et  de  la  même 
manière  que  les  Asiatiques  de  l'histoire  d'Avaris  étaient  des 
destructeurs  de  temples;  le  rédacteur  de  la  XX''  dynastie  ag- 
grava cela  d'une  intention  malveillante  plus  précise,  en  déci- 
dant que  c'est  comme  fidèle  du  dieu  abominable  ([u'Apopi  était 
entré  en  lutte  avec  le  roi  de  Thèbes. 

On  remarque,  d'ailleurs,  que  dans  celte  accusation  de  sé- 
thisme  il  n'y  avait  rien  que  de  conforme  à  l'exacte  vérité  histo- 
rique. A  l'époque  des  Apopi,  Sit  était  un  des  grands  dieux  de 
la  Basse-Egypte,  comme  il  ressort  des  monuments  d'Akncnre 
et  de  Nehsi  à  Tanis  et  à  Tell-Mokdam ,  oii  le  nom  du  dieu  fut 
martelé  par  les  mêmes  réformateurs,  sans  doute,  qui  le  détrui- 
saient et  mutilaient  les  cartouches  du  roi  Seti  dans  tout  le  reste 
de  l'Egypte.  De  la  part  des  scribes  de  la  XX"  dynastie,  il  n'y 
eut  donc  pas  calomnie  vérit;ible,  mais  seulement  contresens 
historique,  assez  analogue  à  celui  que  commettent  les  historiens 
d'aujourd'hui  lorsqu'ils  supposent  que  Sit  était  un  dieu  diîs 
Asiatiques  et  que  son  culte  pénétra  dans  le  Delta  avec  l'inva- 
sion'". Il  est  bien  probaI)le  au  contraire,  d'après  ce  que  nous 
sommes  arrivés  à  comprendre  de  ces  étrangers  et  de  la  manière 
dont  leur  entrée  en  Egypte  fut  consentie  et  effectuée,  qu'ils 
n'avaient  pas  le  moins  du  monde  l'ambition  d'enrichir  le  pan- 
théon égyptien;  tout  au  plus  pourrait-on  supposer,  comme  on 
l'a  l'ait  (|nel(piefois,  ([ue  dans  le  Sit  égyptien  ils  crurent  recon- 
naître quelqu'une  dé  leurs  divinités  guerrières.  Sit,  on  le  sait  bien, 
est  aussi  vieux  que  les  plus  vieilles  idées  religieuses  de  l'Egypte, 

(')  Voir  en  dornicr  lieu  Ed.  Mkyer,  Gesch.  d.  Alt.,  I,  ii  (1909),  p.  aSa-aS.l, 
392-993. 

XVII.  A 


I  vrKiwi  Kl»     «  ^tiu:*kLl. 


60  JANVIER-FÉVRIER   1911. 

et  l'origine  étrangère  du  dieu,  à  Tanis,  est  une  hypothèse  que 
ne  justifie  pas  suOisamment  l'absence  de  son  nom  sur  les  mo- 
numents de  la  XIP  dynastie  dans  celte  ville.  Cette  idée  de  Sit 
étranger  est  d'ailleurs  une  conséquence  de  la'  traditionnelle 
confusion  des  Apopi  avec  les  immigrés  asiatiques,  et  elle  dis- 
paraît aussitôt  qu'on  restitue  aux  Apopi,  adorateurs  de  Sit,  leur 
vrai  caractère  de  Pharaons  indigènes. 

Cette  confusion  est  d'ailleurs  d'époque  ancienne,  et  l'on  vse 
demande  si  au  temps  même  de  la  XX"  dynastie  elle  n'était  pas 
en  train  de  s'accomplir^  lorsqu'on  voit,  au  papyrus  Sallier  i, 
des  fragments  de  l'histoire  des  Asiatiques  et  d'Avaris  être  Uti- 
lisés pour  le  début  de  l'histoire  d'  Vpopi  et  de  Skenenre,  créant 
une  localisation  d'Apopi  dans  Avaris  que  la  tradition  antérieure 
ne  connaissait  pas.  Ainsi,  de  plus  en  plus,  Avaris  devenait  le 
théâtre  de  tous  les  épisodes  de  la  grande  guerre  dont  le  sou- 
venir subsistait,  la  capitale  des  ennemis  du  Nord  depuis  l'ori- 
{jine;  et  en  joignant  à  cela  qu'Apopi  était  en  passe  de  se  con- 
fondre avec  l'envahisseur  asiatique,  dont  la  réputation  de 
brûleur  de  temples  et  de  villes  était  bien  établie,  on  voit  qu'à 
la  lin  de  la  période  thébaine  on  avait  déjà  tous  les  éléments  de 
l'histoire  de  l'invasion  telle  que  la  tradition  grecque,  plus  tard, 
devait  la  recueillir.  Des  détails  que  possède  en  plus  la  tradition 
grecque,  le  plus  caractéristique  consiste  dans  un  nom,  celui 
des  Hyksàs,  qui  était  certainement  de  provenance  hiérogly- 
phique et  désignait  les  Asiatiques  dans  quelque  récit,  perdu 
pour  nous,  de  l'histoire  d'Avaris  ou  d'un  autre  épisode  de  la 
grande  guerre;  il  est  |)robable,  comme  nous  avons  vu,  que 
hyksàs  est  la  transcription  grecque  du  titre  /«?/.'  khasitoti  qui 
désignait  les  chefs  étrangers  et  dont  ils  aimaient  à  se  parer  sur 
leurs  scarabées  hiéroglyphiques.  La  conservation  du  mot  n'est, 
cependant,  que  remarquable  et  curieuse.  Une  circonstance  in- 
finiment plus  importante  est  qup  la  tradition  grecque  sait  très 
bien  que  les  Septentrionaux.  —  des  Hi/ksos  asiatiques,  croit-on 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  51 

alors,  et  dont  les  Apopi  sont  supposas  les  rois,  —  ont  été  à 
un  moment  donné  les  maîtres  de  l'Egypte  entière;  el  comme 
ce  fait  historique,  démontré  par  les  monuments  d'Aousirre  et 
de  Sousirenre  à  (iebelein,  n'a  pu  arriver  à  la  connaissance  des 
Alexandrins  que  par  le  canal  des  traditions  d'époque  thébaine, 
on  voit  qu'il  devait  s'être  constitué  au  temps  du  Nouvel  Em- 
pire, non  seulement  une  collection  de  récits  épiques  sur  la 
Restauration  et  les  restaurateurs,  mais  aussi  une  véritable  his- 
toire de  la  catastrophe  qui  avait  précédé  la  revanche  de  Thèbes. 
C'est  une  singulière  destinée  que  celle  des  traditions  thé- 
haines  sur  les  Asiatiques  envahisseurs,  leur  séjour  en  Egypte 
et  leur  expulsion.  Elles  passent,  sous  diverses  formes,  chez  les 
Alexandrins  et  judéologucs  73  qui  y  retrouvent  avec  bonheur  le 
témoignage  du  séjour  d'Israël  en  Egypte,  et  les  transposent  en 
récits  çt  philosémites  w  ou  «  antisémites  ??  de  l'Exode;  ces  combi- 
naisons judéo-alexandrines,  sans  lesquelles  nous  ne  saurions 
seulement  pas  qu'il  y  a  eu  des  «Hyksùsw  en  Egypte,  sont  re- 
cueillies ensuite  par  l'Egyptien  Manéthon,  qui  écrit  l'histoire 
de  son  pays  sans  nul  souci  des  choses  d'Israël,  et  de  qui  nous 
ne  connaîtrions  pas  une  ligne  de  narration  si  le  Juif  Joséphe, 
(jui  discute  l'histoire  d'Israël  en  Egypte,  ne  le  citait  longuement 
en  même  temps  que  les  autres  dépositaires  des  histoires  alexan- 
drines  de  l'Exode.  Ainsi  l'écho  de  l'antique  tradition  thébaine 
a  été  sauvé  pour  nous,  deux  fois,  par  l'ardeur  polémistiquc 
des  apologistes  d'Israël  et  de  leurs  adversaires.  On  se  demande 
s'il  faut  s'en  féliciter,  lorsqu'on  songe  aux  néfastes  et  indéra- 
cinables malentendus  que  les  llyksôs  de  Manéthon  ont  intro- 
duits dans  l'histoire  moderne;  et  l'on  est  tenté  de  croire  qu'il 
eiU  mieux  valu  que  la  tradition  grecque,  en  cet  endroit,  eut 
péri  tout  entière,  laissant  leur  liberté  aux  égyptologues  pour 
reconstrune  riiistoirc  des  rois  de  Tanis  et  des  Asiatiiiues,  len- 
tement et  sainement,  d'après  les  monuments  conlemi)orains  et 
les  Iraditiojis  du  Nouvel  l^]nq)ire. 

A. 


52  .    JANVIER-FEVRIER  1911. 

Remarquons,  cependant,  que  la  tradition  grecque  n'est  cou- 
pable par  elle-même  que   d'un   très  petit   nombre  d'erreurs 
nouvelles.  Si  nous  revenons  pour  un  instant  à  la  meilleure  de 
ses  formes  anciennes  qu'on  arrive  à  extraire  du  texte  de  Mané- 
ihon  et  des  Alexandrins,  c'est-à-dire  à  l'histoire  des  Hyksôs 
débarrassée  de  l'histoire  de  l'Exode  à  laquelle  elle  fut  cousue 
par  le  Grec  judaïsant  chez  qui  Manéthon  la  trouva,  nous  ver- 
rons que  beaucoup  des  circonstances  du  récit  ainsi  dégagé  sont 
historiquement  exactes  :  présence  et  domination  des  Asiatiques 
en  Egypte,  soumission  des  indigènes  (les  Thébains  seulement, 
en  réalité,  subirent  cette  défaite),  revanche  et  victoire  finale 
des  Egyptiens;  et  nous  n'aurons  à  signaler  à  côté,  comme 
erreurs  très  grosses,  que  l'irruption  violente  des  Asiatiques, 
qui,  en  réalité,  entrèrent  sans  doute  comme  concessionnaires, 
mercenaires  et  alliés  des  rois  de  la  Basse-Egypte,  la  relégation 
dans  leurs  rangs  des  Apopi,  qui  sont  en  réalité  des  Pharaons 
indigènes,  enfin  les  accusations  de  dévastation   et  d'impiété 
portées  contre  les  étrangers,  qui  eurent  en  réalité  le  seul  tort 
de  marcher  en  armes  contre  Thèbes.  Mais  la  thèse  des  Asiatiques 
dévastateurs  triomphait  déjà ,  nous  l'avons  vu,  sous  la  XVII 1*"  dy- 
nastie, et  la  confusion  des  Apopi  avec  les  Asiatiques  était  tout 
près  d'être  accomplie  à  la  fin  de  la  XX";  quant  au  récit  de  l'in- 
vasion et  de  la  conquête,  il  n'est  pas  interdit  de  croire  qu'il 
avait  déjà  pris  forme  au  début  du  Nouvel  Empire,  et  qu'il 
provenait  simplement  d'une  extension  injustifiée  à  l'Egypte  en- 
tière de  ce  qui  s'était  réellement  passé  dans  la  Thébaïde. 

Si  la  tradition  dite  matiélhoineiinc  a  entraîné  les  fâcheux  ré- 
sultats qu'on  sait,  ce  n'est  donc  pas  que  l'histoire,  de  la  XX^  dv- 
nastie  à  l'époque  grecque,  fût  devenue  essentiellement  plus 
mauvaise;  elle  était  seulement  plus  nocive  pour  les  modernes 
parce  que  toutes  les  erreurs  déjà  développées  ou  encore  en 
germe  dans  les  relations  du  Nouvel  Empire,  se  trouvaient,  dans 
la  rédaction  grecque,   coordonnées,  bien  mises  en  place  et 


LES  HYKSOS  ET  LA  RESTAURATION  NATIONALE.  58 

comme  cristaliisées  dans  un  récit  d'apparence  homogène,  qui 
recevait  une  sorte  de  confirmation  de  ses  concordances  avec  des 
faits  historiques  certains,  les  Apopi  des  monuments,  la  prise 
d'Avaris  de  l'inscription  d'Elkab.  Les  témoignages  thébains, 
dans  l'état  de  défiguration  et  d'extrême  misère  où  ils  nous  sont 
parvenus,  n'auraient  jamais  exercé  une  action  fallacieuse  com- 
parable à  celle  de  cette  relation  suivie,  dont  Tinlluencc  sur 
l'égyptologie  du  xix*  siècle  fut  si  forte  que  les  meilleurs  des 
historiens  ont  persisté,  jusqu'à  cette  heure,  à  accepter  ses 
erreurs  fondamentales,  et  qu'il  s'impose  à  notre  patience,  au- 
jourd'hui, de  déblayer  les  malentendus  amoncelés  par  les  Egyp- 
tiens antiques  et  leurs  historiens  modernes,  pour  arriver  à 
une  restitution  plus  exacte  des  choses. 


LES 
DÉBUTS  DE  L'ART  BOUDDHIQUE, 


PAR 

M.  A.    FOUCHER. 


Le  bouddhisme  est  un  fait  historique  ;  seulement  il  n'est  pas 
encore  complètement  rentré  dans  l'histoire  :  cela  se  fera  tôt  ou 
tard.  En  attendant,  la  période  de  ses  origines  demeure,  il  faut 
l'avouer,  passablement  obscure.  Pour  surcroît  de  ditliculté,  le 
peu  que  nous  croyons  savoir  de  l'état  social  et  politique  de 
l'Inde  aux  temps  qui  l'ont  vu  naître,  nous  ne  l'avons  guère 
appris  que  par  son  intermédiaire;  et  ainsi  le  cadre  n'est  pas 
mieux  fixé  que  le  tableau.  Mais  la  tâche,  pour  être  ardue,  n'est 
pas  irréalisable.  Le  v"  siècle  avant  notre  ère  n'est  pas  d'une 
antiquité  si  reculée  qu'il  doive  toujours  se  dérober  aux  re- 
cherches archéologiques;  entre  la  mort  du  Buddlia  et  les  pre- 
miers renseignements  qui  nous  ont  été  transmis  sur  son  compte 
l'intervalle  n'est  pas  à  ce  point  considérable  que  nous  ne  puis- 
sions nous  flatter  d'entrevoir  au  travers  la  véritable  physio- 
nomie de  l'œuvre,  sinon  —  conformément  au  vœu  pieux,  njais 
trop  tardif,  des  générations  postérieures  -^—  le  r^:  vrai  visage  v  de 
l'ouvrier.  Cet  espoir  est  encore  plus  assuré,  et  l'ambition  moms 
hardie,  quand  il  s'agit  des  débuts  de  l'art  bouddhique.  L'appa- 
rition de  ce  dernier  est  un  phénomène  relativement  tardif, 
piiis(ju'il  suppose  non  seulement  le  développement  de  la 
communauté  des  moiiujs,  mais  encore  une  cerlaine  orga- 
nisation du  culte  piiruii  les  fidèles  laïques.  Si  parmi  les  |)ro- 
diii-tions  de  cet  art  les  sculpture.^  ont  prescpie  seuhis  survécu, 
nous  avons  du  moins  conservé,  notamment  dans  les  bas-reliefs 
intitulés  de   IJarhul,  des  documents    de  tout  preinicu'   ordre. 


56  JANVIER-FEVRIER    1911. 

Assurément  les  pierres  sont  peu  loquaces  :  mais  elles  ra- 
chètent leur  mutisme  par  l'invariabilité  d'un  témoignage  qui 
ne  saurait  être  suspect  de  remaniement  ni  d'interpolation. 
Grâce  à  leur  grain  merveilleux,  e.lles  sont  aujourd'hui  telles 
qu'elles  sortirent,  il  y  a  deux  mille  ans,  des  mains  des  ima- 
giers (^râpa-hirakay.,  et  nous  pourrons  bâtir  sur  ce  fondement 
immuable  des  inférences  plus  rigoureuses  que  sur  le  sable 
mouvant  des  textes.  Dans  le  jeu  toujours  mobile  et  changeant 
des  doctrines,  nous  ne  sommes  jamais  tout  à  fait  certains 
que  la  séquence  logique  des  idées  soit  exactement  parallèle  à 
la  succession  historique  des  faits.  Au  contraire,  le  carac- 
tère routinier  de  toute  technique  manuelle  nous  permettra 
de  relever  avec  sécurité,  dans  les  monuments  qui  sub- 
sistent, la  trace  matérielle  des  procédés  qui  durent  être  an- 
térieurement en  usage  :  inversement,  et  par  une  sorte  de 
contre-épreuve,  l'exactitude  de  ces  postulats  se  vérifiera  à  ceci 
qu'ils  seront  seuls  en  état  de  nous  rendre  un  compte  satisfai- 
sant du  caractère  souvent  baroque  de  ce  que  nous  avons  con- 
servé. Toutes  ces  raisons  nous  paraissent  justifier  la  tâche  que 
nous  avons  entreprise.  Dans  l'assaut  livré  de  divers  côtés  aux 
origines  du  bouddhisme,  nous  croyons  même  que  l'effort  pour 
remonter  jusqu'aux  débuts  de  son  art  est,  parmi  tous  les  tra- 
vaux d'approche,  celui  qui  a  pour  l'instant  le  plus  de  chances 
de  succès. 

I 

A  la  vérité  aucun  des  monuments  actuellement  connus, 
édifice  ou  sculpture,  ne  nous  fait  remonter  plus  haut  que  la 
dynastie  des  Mauryas.  Est-ce  à  dire  que  l'art  ait  été  créé  de 
toutes  pièces  dans  l'Inde,  vers  l'an  260  avant  notre  ère,  par 
un  décret  de  l'empereur  Açoka?  Il  va  de  soi  qu'il  serait  absurde 
de  le  croire.  Dès  les  temps  védiques,  la  civihsation  indienne 
avait  à  sa  disposition  les  services    non    seulement    du    char- 


LES   DEBUTS   DE   L'ART   BOUDDHIQUE.  57 

pentier,  du  charron,  du  forgeron,  du  potier,  du  tisserand  et 
autres  fabricants  d'objets  de  première  nécessité,  mais  encore 
de  ceux  que  nous  appelons  des  ouvriers  d'art,  peintres,  or- 
fèvres, sculpteurs  sur  bois  ou  sur  ivoire.  Si  les  textes  n'étaient 
pas  là  pour  nous  le  dire  en  toutes  lettres,  le  témoignage  des 
seuls  monuments  conservés  sutlirait  à  l'établir.  Fergusson  a 
prouvé  une  fois  pour  toutes  que  les  plus  vieilles  constructions 
de  pierre,  par  la  façon  servile  dont  elles  copient  des  dispo- 
sitions et  des  assemblages  de  charpente,  attestent  l'existence 
antérieure  d'édifices  en  bois.  D'autre  part  —  nous  le  savons 
de  source  certaine  par  une  inscription  explicite  —  ce  sont  les 
ivoiricrs  de  Vidiçâ  qui  ont  ciselé,  dans  le  voisinage  immédiat 
de  leur  ville,  l'une  des  portes  monumentales  de  Sànchi.  Il 
saute  d'ailleurs  aux  yeux  que  les  bas-reliefs,  si  fouillés  et  si 
bien  polis,  qui  sont  pour  nous  les  premiers  en  date,  ne  nous 
présentent  nullement  des  essais  de  débutants,  mais  des  œuvres 
de  sculpteurs  dès  longtemps  rompus  à  leur  métier  et  qui 
changent  de  matière,  non  de  technique.  Toute  la  transfor- 
mation qui  s'est  opérée  au  m"  siècle  avant  notre  ère  se  borne 
à  la  substitution,  dans  les  fondations  religieuses  et  royales,  du 
règne  de  la  pierre  à  celui  du  bois.  Malheureusement  il  n'est 
pires  conditions  climatériques  et  historiques  que  celles  de 
l'Inde  pour  la  conservation  des  monuments.  Tout  ce  qui  était 
en  bois  était  d'avance  condamné  à  tomber  en  poussière;  tout 
ce  qui  était  en  pierre,  et  que  le  climat  eut  épargné,  le  vanda- 
lisme de  l'homme  en  a  eu  presque  entièrement  raison.  Ainsi 
s'explique  que  les  plus  anciens  vestiges  de  l'art  bouddhique 
soient  à  la  fois  si  tardifs  et  si  rares.  Si  nous  laissons  de  côté 
aussi  bien  les  grands  piliers  monolithes,  chers  à  Açoka ,  (pic 
les  hypogées  creusés  pour  le  bénétice  de  toutes  les  sectes  reli- 
gieuses partout  où  la  formation  géologicpie  di's  roches  s'y 
prétait,  nous  ne  trouvons  guère  à  relever  à  Heur  de  sol,  et  en 
attendant  des  fouilles  plus  suivies,  que  les  débris  des  balus- 


b8  JANVIER-FEVRIER    191  1. 

tiades   de  Bodh-Gaya   et  de  Barhut  et  les  quatre  portes  de 

Sànchi.  La  mention  inscrite  sur  la  première  des  rois  Brahma- 

mitra  et  Indramitra,  sur  la  seconde  de  la  dynastie  des  Çungas, 

et  sur  Tune  des  troisièmes  du  rèyne  de  Sâtakani  suffit  à  les 

- 
dater  en  gros,  mais  avec  certitude ,  du  n"  siècle  avant  notre  ère. 

C'est  sans  doute  à  la  même  époque  qu'il  faut  rapporter,  si  l'on 
en  juge  parleur  style,  les  plus  vieux  fragments  de  balustrades 
e.vhumés  tant  à  Amaràvati  qu'à  Mathurà.  Si  à  ces  quelques 
épaves  de  sculptures  nous  ajoutons  les  restes  des  peintures  les 
plus  archaïques  d'Ajantà,  nous  aurons  vite  fini  de  dresser  le 
catalogue  de  ce  qu'on  peut  appeler  ■ —  par  opposition  avec  l'école 
plus  récente,  et  beaucoup  plus  pénétrée  d'intluenees  étran- 
gères, de  la  frontière  du  Nord-Ouest  —  l'école  indigène  de 
l'Inde  centrale. 

Allons  droit  au  trait  le  plus  frappant  de  cette  vieille  école 
bouddhique.  Bien  connu  des  spécialistes,  il  ne  laissera  pas 
que  de  surprendre  les  lecteurs  non  avertis.  Quand  nous  trouvons 
en  pleine  production  les  anciens  tailleurs  de  pierre  de  l'Inde, 
nous  constatons  qu'ils  sont  en  train  de  tenir  très  induslrieuse- 
ment  cette  étrange  gageure  de  représenter  la  vie  du  Buddha 
sans  le  Buddha.  C'est  là  un  fait  que,  si  invraisemblable  qu'il 
soit,  Gunningham  a  mis  depuis  longtemps  en  lumière.  Il  est 
établi  sur  le  témoignage  écrit  des  artistes  eux-mêmes.  Ceux 
de  Barhut  noua  avertissent  par  une  inscription  que  tel  ou  tel 
personnage,  à  genoux  devant  un  trône,  «rend  hommage  au 
Bienheureux 55  :  or,  sans  exception,  le  trône  est  vide;  tout  au 
plus  un  symbole  indique-t-il  l'invisible  présence  du  Buddha ''^ 
Les  dernières  recherches  n'ont  fait  qu'étendre  à  nos  yeux  le 
champ  d'application  de  cette  règle  constante;  elle  est  valable 
pour  les  années  qui  ont  précédé  comme  pour  celles  qui  ont 
suivi  la  Sambodhi,  pour  la  jeunesse  comme  pour  la  vieillesse 

'•>  A.  CuNNiNGHAM,  Siùpa  (if  Barliul ,  \)\.  Xltl-XVII. 


LES   DEBUTS   DE   LWRT   B0UDDH1Q[JE.  m 

du  Maître.  La  façade  du  liuleau  médian  de  la  porte  orientale 
de  Sânchi  illustre  son  départ  à  cheval  de  sa  maison:  vide  est  le 
tapis  brodé  qui  sert  de  selle  à  sa  monture^''.  Un  médaillon  de 
Bodh-Gayâ  figure  sa  première  méditation  :  vide  est  le  siège 
devant  lequel  le  laboureur  traditionnel  pousse  sa  charrue  ^"^l 
Des  panneaux  d'Amarâvatî  nous  montrent  sa  naissance  et  sa 
présentation  au  sage  Asita  ;  seuls  ses  deux  pieds  —  transcrip- 
tion idéographique  directe  de  la  formule  qui  servait  dans 
l'Inde  à  désigner  respectueusement  une  «personnes  — 
marquent  les  langes  sur  lesquels  ici  les  dieux,  et  là  le  vieux 
risi  sont  censés  le  recevoir  dans  leurs  bras^^^.  Ce  choix 
d'exemples  suffit  à  démontrer  que  les  vieux  sculpteurs  indiens 
se  sont  absolument  abstenus  de  représenter  aussi  bien  le  Bo- 
dliisattva  que  le  Buddha  au  cours  de  sa  dernière  existence 
terrestre **l  Tel  est  le  fait  anormal,  mais  indiscutable,  dont 
toute  histoire  de  l'art  bouddliique  devra  commencer  par  rendre 
compte. 

Pour  autant  que  nous  sachions,  il  n'en  a  pas  été  donné 
jusqu'ici  d'explication  pleinement  satisfaisante.  Tout  le  premier, 
nous  avons  cherché  à  nous  tirer  tant  bien  que  mal  d'affaire  en 
supposant,  do  façon  aussi  gratuite  qu'évasive,  que  l'ancienne 
école  ou  bien  n'avait  pas  voulu,  ou  bien  n'avait  pas  pu  figurer 
le  Bienheureux  :  aucune  de  ces  deux  raisons  ne  nous  paraît 
plus  avoir  la  moindre  valeur  probante.  Parlerons-nous  d'inca- 
pacité? Assurément  on  conçoit  que  la  réalisation  concrète  de 


<')  La  porta  orienlalo  df  Sdiicki  (Bibl,  de  vulgarisation  du  Musée  (uiiniet, 
l.  XXXiV,  1910),  |i.  i>Ji  et  |).  70  du  tirage  à  part. 

''^'   Arl  gréco-lioiiddlnijui'  (li(  (landliàrd ,  dj'^.   177  et  [).  3i5. 

(•^'  Voir  dans  i'e  calior  du  Brilisli  Muséum  les  n"'  iA  et  48,  ou  J.  Fhuciisson, 
Trfio  and  Serpent  IFwsAyj,  pi.  XCl,  /i ,  el  LXI,  a. 

''"'  Ajoutons,  pour  ôlro  tout  à  fait  exact  :  «du  inoinH  sous  la  loruie  Im- 
niiiiiKi'i,  rar  ou  sait  (ju'iiii  l)as-ri'lief  de  Barliul  roprésonle  le  Bieuiieureux 
descendant  dans  le  sein  de  sa  mère  sous  la  lornio  d'un  élépliant  (cl',  plus  lias, 
p.  73). 


60  JANVIER-FEVRIER    1911. 

l'image  du  ç^Buddha  parfaitement  accompli  7?  ne  fût  pas  chose 
aisée  :  et  la  difliculté  ne  pouvait  qu'aller  croissant  avec  les  an- 
nées, à  mesure  que  l'on  s'éloignait  du  temps  du  Maître  et  que 
sa  figure  s'estompait  davantage  dans  les  brumes  du  passé. 
Mais  il  ne  faudrait  pas  non  plus  se  faire  une  opinion  trop  mé- 
diocre du  talent  des  vieux  imagiers:  et,  où  l'argument  devient 
d'ailleurs  tout  à  fait  caduc,  c'est  quand  on  tente  de  l'appliquer 
à  la  jeunesse  du  Buddha,  Ou'était-il  en  effet  jusqu'au  moment 
de  sa  fuite  hors  de  sa  ville  natale,  sinon  un  çr prince  héritier»? 
Or  le  type  du  rûja-humâra  est  courant  sur  les  portes  de  Sân- 
chi  comme  sur  la  balustrade  de  Barhut'^';  quel  empêchement 
matériel  y  avait-il  à  s'en  servir  pour  figurer  le  Bodhisattva? 
Cela,  il  est  clair  qu'on  le  pouvait,  et  pourtant  on  s'est  bien 
gardé  de  le  faire.  Retomberons-nous  alors  sur  l'autre  branche 
du  dilemme  et  dirons-nous  qu'on  ne  l'a  pas  osé  ?  Assurément 
les  plus  graves  membres  de  l'ordre  ont  dû  longtemps  retenir  à 
la  lettre  la  forte  parole  que  «le  Maître  disparu,  la  loi  reste'-'», 
et  nous  sommes  tout  prêt  à  croire  que  seule  elle  importait 
pour  eux:  le  révérend  Nâgasena  enseigne  encore  au  roi  Mé- 
nandre  que  le  Bienheureux  n'est  plus  désormais  visible  que 
que  sous  les  espèces  du  (1harinakàya^^\  du  «corps  de  la  doc- 
trine»; mais  de  prohibition  expresse  des  images,  nous  n'en 
avons  pas  connaissance  dans  les  textes.  Depuis  quand,  d'ail- 
leurs, et  en  quel  pays  la  dévotion  populaire  s'embarrasse-t-elle 
des  scrupules  dogmatiques  des  docteurs?  Ce  n'est  assurément 
pas  dans  l'Inde  ancienne  :  car  autrement  on  ne  comprendrait 
rien  à  l'enthousiasme  avec  lequel  la  vallée  du  Gange  et  le  reste 


C  Voir  CuNNiNGHAM,  5f(îjirt  of  Barhut ,  pi.  XXV,  h  [Miigapakhha-jdlahn , 
n"  538  :  cf.  Rpprosenlalions  de  jdtaha  sur  les  bas-reliefs  de  Barhut,  fijj.  12,  dans 
Bibl.  de  vulgarisation  du  Musée  Guimet,  XXX)  et  p.  yi  (mention  du  Viçvaii- 
tara-jâtaLa) ;  porte  nord  de  Sànchi,  linteau  inférieur  (^içvauta^a),  etc. 

(-'  Mahâparinibhâim-siitla ,  vi,  1. 

W  Miliiidapanha,  éd.  Trenckneu,  p.  78;  Irad.  Rliys  Davids,  p.  11 3. 


LES   DEBUTS    DE   L'ART   BOUDDHIOUE.  61 

(le  la  péninsule  accueillirent  le  type  indo-grec  du  Buddha.  De 
Mathurâ  à  Bodli-Gayâ  et  de  Çrâvasti  à  Amarâvatî,  nous  le 
voyons  s'installer  triomphalement  sur  le  pourtour  des  slâpn 
comme  à  l'intérieur  des  temples.  Une  conquête  aussi  rapide 
prouve  assez  que  les  objections  de  conscience,  si  tant  est  qu'il 
en  existât,  étaient  loin  d'être  insurmontables. 

Mais,  dira-t-on,  s'il  est  vrai  (|ue  les  vieux  imagiers  indiens 
ne  demandaient  pas  mieux  que  de  représenter  le  Bienheureux 
et  que,  d'autre  part,  ils  en  fussent  capables,  pourquoi  donc 
s'en  sont-ils  si  soigneusement  abstenus  ?  A  cela  nous  ne  voyons 
qu'une  réponse,  d'apparence,  il  faut  en  convenir,  assez  niaise, 
mais  qui  dans  l'Inde  suffit  encore  à  tout  :  ç^ S'ils  ne  l'ont  pas 
fait,  c'est  que  ce  n'était  pas  la  coutume  de  le  faire.»  Et  sans 
doute  il  serait  facile  de  rétorquer  :  «Mais  vous  vous  bornez  à 
déplacer  la  question:  si  elle  ne  se  pose  plus  pour  les  sculpteurs 
dont  nous  possédons  les  œuvres,  elle  subsiste  tout  entière  à 
l'endroit  de  leurs  prédécesseurs.  .  .  »  —  D'accord,  et  loin  d'y 
contredire,  c'est  justement  là  que  nous  vouHons  en  venir.  Nous 
tenons  que  cette  monstrueuse  abstention,  telle  que  nous  la  con- 
statons sur  les  monuments  de  Barhut  et  de  Sànchi,  reste  par- 
faitement incompréhensible,  à  moins  qu'on  ne  s'enquicre  des 
habitudes  traditionnelles  qu'elle  suppose,  et  que,  parla  même, 
elle  est  susceptible  de  nous  révéler.  Comme  certaines  anoma- 
lies des  espèces  animales,  elle  ne  peut  s'expliquer  qu'à  titre 
d'héritage  d'un  passé  à  peu  près  aboli,  mais  que  leur  survi- 
vance nous  aide  à  reconstituer.  En  d'autres  termes,  c'est  en 
vain  que  l'on  chercherait  une  solution  au  problème  dans  les 
seuls  spécimens  relativement  tardifs  qui  nous  soient  actuelle- 
ment bien  connus;  c'est  à  l'histoire  antérieure  —  à  ce  qui  est 
encore  la  préhistoire  —  de  l'art  bouddhique  qu'il  faut  aller  la 
demander.  A  un  cas  aussi  caractérisé  de  tératologie  artistique, 
c'est  la  méthode  évolutionnisle  de  rend)ryogénie  qu'il  convient 
d'appliquer. 


R2  JANVlER-KEVRlEli    1911. 

II 

Tout  d'abord  nous  avons  les  meilleures  raisons  de  penser 
([ue  l'habitude  d'adorer  et  même  fart  de  fabriquer  des  images 
liumaines  étaient  encore  moins  répandus  dans  l'Inde  des  brah- 
manes avant  Alexandre  que  dans  la  Gaule  des  druides  avant 
César.  Assurément  celte  absence  d'idoLUrie  proprement  dite 
n'excluait  nullement  l'existence  de  formes  plus  rudimenlau'es 
de  félichisme'^^  :  néanmoins  le  fait  reste  que  le  bouddhisme  ne 
s'est  pas  développé,  comme  le  christianisme,  dans  un  monde 
depuis  longtemps  infecté  par  le  culte  des  images  et  prompt  à 
le  contaminer  à  son  tour.  Non  seulement  le  f"^  siècle  con- 
naissait déjà  des  représentations  symboliques  ou  allégoriques 
du  Christ,  mais,  dès  le  ii%  nous  rencontrons  son  portrait  sur 
les  peintures  des  (>atacombesf^'.  Quand  celui  du  lîuddha  fait 
son  apparition  dans  l'Inde,  la  religion  qu'il  avait  fondée  était 
déjà  vieille  de  quatre  cents  ans  :  encore  avait-il  fallu  (ju'elle 
vint  également  à  subir  le  contact  de  la  civilisation  et  l'influence 
de  l'art  hellénistiques.  D'autre  part  le  bouddhisme  n'est  pas 
davantage  né,  comme  l'islamisme,  dans  un- milieu  d'avance 
cl  délibérément  hostile  à  l'idolâtrie.  Nous  ne  voyons  pas  qim 
les  textes  védiques  en  soufflent  mot.  ni  pour  ni  contre  :  et  leur 
silence  s'explique  justement  par  le  fait  que  l'idée  ne  s'en  était 
même  pas  présentée  à  l'esprit  indien.  Sitôt  que  le  temps  en 
sera  venu,  les  grammairiens  ne  manqueront  pas  de  relever, 

'*'  Nous  faisons  atlusion  au  purtim  d'or  qui  entrai!  dans  ta  confection  de 
l'autel  du  sacrifice  (Ça^  Bmhm.,  "7,  U ,  1,  i5)  et  à  reffijjie  hrtyà  des  rites 
iiiagi(jues  [Ath.  Vccla ,  \,  i),etc. —  Sur  ce  qu'il  faut  entendre  par  les  sî/«(//«crn 
{jaulois  de  César  [Bell.  Gall.,  vi,  7),  voir  rartidc  de  M.  S.  Reinacu  sur  L'art 
pinsu'qne  en  Gaule  et  le  dniidisme  [Revue  Celùque,  t.  XIII,  189-2,  p.  190  et 
suiv.)  on  sont  également  cités  les  témoignages  correspondanls  d'Hérodote  (t,  i3i) 
et  do  Tacite  {Gei-UK,  i.\)  sur  l'inexislence  de  lidolàtrie  cliez  les  Perses  et  les 
Germains. 

'-'  M.ïiy.'^'^w.n  .  Les  (Àilacoinbrs  (Ir  Iloiiic ,  Paiis,  1  (jixj  ,  p.  fio'i ,  TîtjS ,  aaS-àâA. 


LES  DÉBUTS   DE  L'ART  BOUDDHIQUE.  68 

dans  l'usage  de  la  langue  savante,  le  mode  de  désignation  du 
fait  nouveau  des  idoles  brahmaniques ^^\  De  même,  quand  la 
question  des  images  de  leur  Maître  se  posera  de\ant  les  fidèles 
bouddhistes,  leurs  écritures  y  apporteront  explicitement  les 
sokitions  opportunes:  et  si  ces  solutions  successives  sont  en 
outre  contradictoires,  c'est  simplement  que,  dans  l'intervalle, 
les  besoins  de  la  conscience  religieuse  auront  changé  en  même 
temps  que  les  conditions  de  la  production  artistique.  Mais, 
en  ce  qui  concerne  la  période  la  pkjs  ancienne  dont  nous 
ayons  à  nous  occuper,  les  investigations  dans  la  littérature 
sont  restées  aussi  stériles  au  point  de  vue  iconographique  que 
les  recherches  sur  le  terrain.  Pour  l'instant,  l'histoire  de  l'art 
religieux  dans  llnde,  antérieurement  au  bouddhisme,  est, 
qu'elle  le  doive  rester  ou  non,  philologiquement  une  page 
blanche,  archéologiquement  une  vitrine  vide. 

Que  dans  le  boudhisme  même,  comme  dans  toutes  les  reli- 
gions ,  l'art  ne  soit  d'abord  qu'une  simple  manifestation  du  culte , 
c'est  ce  que  chacun  admettra  volontiers.  La  seule  question  est 
<le  savoir  quelle  branche  du  culte  bouddhique  a  fourni  à  celte 
excroissance  d'ordre  spécial  l'occasion  de  se  produire.  Ce  n'est 
évidemment  pas  dans  les  réunions  périodiques  des  moines  que 
nous  trouverons  le  moindre  prétexte  décoratif.  La  vénération 
témoignée  aux  restes  mortels  du  Bienheureux  explique  le  rôle 
capital  du  tumulus  funéraire  dans  l'architecture  bouddhique. 
Il  ne  nous  échapper,)  pas  que,  par  ce  biais,  c'est  encore  elle 
qui  a  offert,  dans  l'entourage  obligatoire  de  ces  reliquaires 
monumentaux,  leur  support  naturel  aux  sculptures,  dont 
l'unique  destination  fut  longtemps  de  décorer  des  balustrades 
de  sliipa.  On  pourrait,  à  la  rigueur,  soupçonner  une  mar(|ue 

'')  CI",  los  sculios  sur  IViiiiiii,  V,  3,  99,  ovcelltMimicnt  disculécs  par  M>  Stkn 
KoNOw  clans  sou  inlorcssantc  .'\olr  on  lUe  use  of  imaufcx  in  aitcii'nt  India  (hul. 
/1;U.  ,1909)  :  mais  elles  n'ont  ancuno  xaloiir  prolianlc  pour  répo(|u<'  iirô-mau- 
ryenno,  dont  il  osl  ici   (pK^^tion. 


64  JANVlEU-FEVniER   1911. 

de  son  influence  dans  ie  caractère  presque  uniquement  biogra- 
pliique  qu'a  pris  cette  décoration,  de  même  que,  par  le  rite 
de  la  circuraambulation,  elle  a  fixé  le  sens  dans  lequel  les 
scènes  doivent  se  succéder  et  se  lire.  Mais,  en  dehors  de  cette 
orientation  générale,  nous  ne  découvrons  au  fond  de  ce  genre 
de  dévotion  rien  qui  ait  pu  déterminer  le  mode  de  compo- 
sition des  bas-reliefs.  Reste  la  troisième  et  dernière  forme 
ancienne  du  culte  bouddhique,  celle  que  le  Buddha  lui-même 
aurait  enseignée  sur  son  lit  de  mort  à  son  disciple  bicn-aimé  : 
«Il  y  a  quatre  places,  ô  Ananda,  qu'un  honorable  fidèle  doit 
visiter  avec  une  religieuse  émotion.  Quelles  sont  ces  quatre?...  7' 
Ce  sont,  comme  on  sait,  celles  où  le  Prédestiné  s'est  illuminé 
et  a  prêché  pour  la  première  fois  et  celles  où  il  est  né  et  mort 
pour  la  dernière*^'.  Or,  c'est  justement  dans  cette  pratique 
dévote  des  quatre  grands  pèlerinages  que  réside  pour  nous 
l'espoir  de  rencontrer  enfin  le  point  de  départ  cherché.  Pour 
que  nous  tenions  du  même  coup  le  germe  et  le  principe  direc- 
teur de  l'art  bouddhique,  il  faut  et  il  suffit  qu'on  admette 
que  les  j)èlerins  indiens  se  soient  plu  à  rapporter,  de  ces 
quatre  places  saintes,  un  petit  souvenir  matériel  de  ce  qu'ils 
y  avaient  vu. 

Nous  avons  peine  à  croire  que  le  lecteur  se  refuse  à  nous 
accorder  ce  mince  postulat.  Serait-il  à  ce  point  étranger  au 
monde  extérieur  qu'il  ignorât  l'universel  empire  de  la  manie, 
d'ailleurs  innocente,  des  souvenirs  de  voyage?  Les  innom- 
brables industriels  et  boutiquiers,  qui  partout  en  vivent,  se 
chargeraient  vite  de  le  lui  démontrer.  j\'a-t-il  jamais,  au  cours 
de  ses  déplacements,  et  quel  qu'en  fut  le  but  ou  la  cause, 
acheté  des  bibelots,  collectionné  des  photographies,  expédié 
des  cartes  postales  illustrées?  Ce  ne  sont  là  que  les  dernières 
modes  et  l'extension  profane  d'un  usage  immémorial  et  sacré. 

C'   Maliàparinibbàna-sutta ,  v,  16-29. 


LES   DEBUTS   DE  L'ART   BOUDDHIQUE.  6» 

S'il  en  doute,  qu'il  se  penche  par  exemple  sur  les  vitrines  du 
Musée  de  Cluny'''  qui  contiennent  les  insignes  emblématiques 
en  métal  de  tous  les  grands  pèlerinages  du  moyen  âge,  tels 
qu'ils  ont  été  repêchés  dans  la  Seine  à  Paris.  L'Inde  médié- 
vale nous  a,  elle  aussi,  laissé  par  centaines  des  témoins  de 
cotte  coutume.  Ce  sont  le  plus  souvent  de  simples  boulettes 
d'argile ,  moulées  ou  estampées  d'un  coup  de  cachet  et  sans 
doute  à  la  portée  de  toutes  les  bourses,  qui  servaient  à  la  fois 
de  mémento  et  d'ex-voto.  On  en  ramasse  aujourd'hui  sur  tous 
les  sites  bouddhiques,  jusque  dans  la  presqu'île  de  Malacca  et 
en  Annam'-^.  Est-ce  beaucoup  se  compromettre  que  de  conjec- 
turer que  ces  «saintes  empreintes w  sont,  dans  le  bouddhisme, 
les  vestiges  d'une  tradition  qui  remonte  jusqu'aux  quatre 
grands  pèlerinages  primitifs?  Le  pis  qui  puisse  en  résulter, 
c'est  que  l'art  bouddhique  aurait  dii  son  origine  à  la  satis- 
faction d'un  besoin  partout  et  toujours  constaté  et,  l'on  pour- 
rait presque  dire,  d'un  des  instincts  religieux  de  l'humanité.  11 
serait  difficile  d'imaginer  théorie  plus  humble  et  plus  pro- 
saïque :  elle  n'en  est,  à  notre  sens,  que  plus  vraisemblable,  et 
nous  ne  voyons  pas  cjuelle  autre  on  pourrait  lui  substituer,  si 
du  moins  on  ne  veut  attribuer  à  cet  art  qu'une  origine  ration- 
nelle. 

C'est  qu'en  effet,  ce  point  obtenu,  tout  le  reste  suit.  Rien 
n'est  plus  facile  que  de  deviner  ce  que  devaient  être  les  c^ sou- 
venirs 75  rapportés  par  les  pèlerins  des  quatre  grandes  places 
saintes.  Pour  prendre  l'exemple  moderne  le  plus  familier  au 
lecteur    français,   que   représentent   les   images  ou  médailles 

'''  A  moins  qu'il  in'  lui  soil  plu-;  lomniodo  di;  faire  la  môme  expérience  au 
Britisli  Muséum  où  une  viliinc  du  Mcdiœi'al  Room  contient  également  une  col- 
lection de  ces  signacula ,  etc. 

(■-'  Pour  des  spécimens  de  l'indtï,  voir  (;iinnim;ii\m  ,  il/r(/i((7/()(//ii,  pi.  X\IV, 
J.lt.A.  S.,  l()()o,p.  'i.'v> ,  ("le.  :  de  Kirnianic,  Ircliiivl.  Siirvcii  nf  liitlia ,  Aiiniinl 
Ikpori  iQo5-tf)o(),  pi.  LUI;  de  Malacca,  Bull,  de  la  (Joiumission  archcolu^rique 
de  l'Indochine,   1909,  p.  a3a;  deTAnnam,  B.E.F.E.-O.,  1901,  p.  25,  etc. 

XVII.  ^  5 


66  JANVIER. FEVRIER   1911. 

offertes  et  achetées  à  Lourdes?  Avant  tout  la  grotte  miraculeuse. 
Que  (levaient  figurer  sur  étoffe,  sur  argile,  sur  bois,  sur  ivoire 
ou  sur  métal,  les  premiers  objets  de  piété  fabriqués  à  Kapilu- 
vastu,  à  Bodh-Gaya,  à  Bénarès,'  à  Kuçinagarà?  Evidemment 
ie  point  caractéristique  vers  lequel  se  portait,  aux  abords  de 
chacune  de  ces  quatre  villes,  la  dévotion  populaire.  Or,  ces 
points,  nous  les  connaissons  d'avance  par  les  pittoresques 
expressions  des  textes.  Ce  que  l'on  visitait  d'abord  à  Kuçina- 
garà, c'était  le  lieu,  marque  de  bonne  heure  et  de  façon  tout 
à  fait  appropriée  par  un  stûpa^^\  de  la  mort  définitive  du 
Maître.  De  même,  le  miracle  essentiel  de  Bénarès  s'étant  passé 
au  iMrga-dâva,  il  était  inévitable  que  sa  dénomination  consacrée 
de  «mise  en  branle  de  la  roue  de  la  loi  15  se  traduisit  en  termes 
concrets  par  une  roue,  ordinairement  accostée  de  deux 
gazelles.  Ce  que  l'on  contemplait  d'autre  part  à  Bodh-Gayà, 
c'était  le  figuier  toujours  reverdissant  au  pied  duquel  le  Bien- 
heureux s'était  assis  pour  atteindre  à  l'omniscience.  Que  révé- 
rait-on enfin  à  Kapilavastu?  Ici  la  réponse  est  plus  incertaine  : 
assurément  la  grande  attraction  locale  résidait  dans  le  rappel 
de  la  naiivité  du  Buddha;  mais,  sans  parler  de  sa  maison 
paternelle,  le  zèle  le  plus  ardent  pouvait  balancer  entre  l'en- 
droit de  sa  naissance  matérielle  et  celui  de  sa  renaissance 
spirituelle,  entre  le  parc  de  Lumbinî  oii  il  saillit  du  flanc  droit 
de  sa  mère  et  cette  porte,  non  moins  fameuse,  par  laquelle  il 
s'évada  des  misérables  plaisirs  du  monde.  Quel  que  fut  ici  l'em- 
barras du  choix,  aucune  hésitation  n'était  du  moins  permise  à 
propos  des  trois  autres  sites.  Un  arbre,  une  roue,  un  stûpn, 
en  voilà  assez  pour  remémorer  à  distance  le  spectacle  de  ces 
lieux  saints,  voire  même  pour  évoquer,  par  une  constante  asso- 
ciation d'idées  et  d'images,  les  miracles  dont  ils  avaient  été  le 

"'  «Un  «((i^rt  d'Açoka^ ,  c'esl-à-diie  de  forme  archaïque,  dit  Iliuan-tsang: 
cl.  aussi  l-'a-iiian  (Bevl,  Records,  I,  p.  lu,  et  II,  p.  82). 


LES   DEBUTS   DE  L'ART   BOUDDHIQUE.  67 

théâtre.  Encore  ces  objets  pouvaient-ils  êlre  aussi  sonimairc- 
nicnt  indiqués  (|ue  i'on  voudra  :  l'imagination  supplée  à  la 
pauvreté  des  moyens  arti.sliques  si  l'humajne  faiblesse  ne  peut 
se  passer  du  signe  matériel. 


Telle  est  l'unique  part  faite,  dans  notre  théorie,  à  l'hypo- 
thèse. Tout  le  développement  postérieur  de  l'art  bouddhique 
découle  logiquement  de  ces  prémisses,  et  il  n'est  désormais 
aucun  des  documents  conservés  qui  ne  vienne  successivement 
corroborer  les  diverses  étapes  de  son  évolution.  Les  plus 
anciens  monuments  qui  nous  soient  parvenus  de  l'antiquité 
indienne  sont  un  petit  nombre  de  monnaies  rectangulaires  de 
cuivre  ou  d'argent.  Or  il  est.  tout  à  fait  notable  que,  parmi  les 
symboles  dont  elles  sont  poinçonnées,  l'arbre,  la  roue  et  le 
stupa  puent  un  rôle  considérable,  voire  même,  sur  beaucoup 
d'entre  elles,  prédominant''^.  Grâce  au  hasard  de  leur  trou- 
vaille, l'existence  des  signacula,  que  nous  supposions  avoir  été 
fa])riqués  à  l'usage  des  pèlerins,  cesse  d'être,  aussi  haut  que 
nous  puissions  remonter,  une  pure  conjecture.  Mieux  encore  : 
nous  pouvons  clairement  discerner,  dans  la  simplicité  enfan- 
tine de  ces  emblèmes,  le  style  des  plus  anciennes  manifesta- 
lions  de  l'art  religieux  des  bouddhistes.  Plutôt  que  des  images, 
ce  sont,  à  propremejit  parler,  des  hiéroglyphes,  dotés  poiu'  les 
initiés  d'une  valeur  conventionnelle  :  et,  du  même  coup, 
nous  réussissons  à  nous  expli([uor  ce  (jue  nous  avons  déjà  eu 
plus  d'une  fois  l'occasion  do  noter,  à  savoir  le  caractère  ahstrait 


''*  Pour  no  citer  que  réliule  la  plus  réconte,  cf.  D.  B.  Spoonrr,  A  non'  fmd 
of  puiicJimurl.ed  cohi'f ,  dans  ,'1jt/i.  Sun'cy  of  Inilia,  Annnal  lieporl  Kjoù-tyoO, 
1909,  |).  1 .")().  D'.iprès  i'oxcnllenle  nnalysc  (|uo  M.  Spooiior  a  donncc  do  ccll* 
trouvaille,  sur  61  monnaies  •mï  pdilrnl  à  la  l'ois  les  trois  syniiwlos  et  aa  autres 
associent  encore  les  deu\  derniers. 


68  JANVIER^FEVRIER   1911. 

et  quasi  algébrique  de  cet  art  à  ses  débuts *^l  Par  ailleurs  l'on 
conçoit  aisément  qu'à  force  de  se  colporter  hors  des  grands 
centres  de  pèlerinage,  ces  sortes  de  sigles  artistiques  aient  vu 
se  modifier  leur  signification  initiale.  Ils  ont  été  peu  à  peu 
considérés  moins  comme  des  mémentos  de  sites  sacrés  que 
comme  des  représentations  schématiques  des  miracles  dont  le 
souvenir  était  attaché  à  ces  sites.  En  d'autres  termes,  à  mesure 
qu'ils  se  propageaient  plus  loin  de  leur  place  d'origine,  leur 
caractère  topographique  et  local  est  sans  cesse  allé  en  dimi- 
nuant au  profit  de  leur  valeur  symbobque  et  universelle,  jus- 
qu'à ce  qu'ils  aient  fini  par  devenir  le  patrimoine  commun  des 
imagiers  et  par  être  fabriqués  indistinctement  partout  oti  un 
donateur  bouddhiste  en  faisait  la  commande.  C'est  justement 
cet  état  de  diffusion  et  de  généralisation  subséquente  que  nous 
attestent  déjà  pour  le  iv''  siècle  la  banalité  et  la  dispersion  des 
monnaies  dites  «bouddhiques  ?5. 

Mais  nous  avons  hâte  d'arriver,  dans  cette  rapide  esquisse, 
aux  monuments  dont  le  caractère  bouddhique  ne  peut  plus  être 
discuté.  On  sait  l'élan  qu'avait  imprimé,  vers  le  milieu  du 
ni"  siècle,  aux  fondations  religieuses  de  la  secte  le  zèle  impérial 
d'Açoka.  Il  n'en  est  que  plus  curieux  de  constater  comment, 
cent  ans  encore  après  lui,  l'école  de  l'Inde  centrale  continue 
à  suivre  fidèlement  les  errements  du  passé.  A  ce  point  de  vue, 
les  quatre  portes  de  Sânchi,  que  nous  avons  eu  l'unique  for- 
tune de  conserver  presque  au  complet,  peuvent  fournir  un  cri- 
térium assez  sur  du  degré  de  persistance  des  vieux  usages.  Or, 
Fergusson  y  constatait  déjà  l'extrême  fréquence  de  ce  qu'il  ap- 
pelait «le  culte??  de  l'arbre,  du  stâpa  et  de  la  roue.  D'après 
une  statistique  peu  suspecte,  puisqu'il  l'a  dressée  au  ser- 
vice de  théories  toutes  dilférentcs  des  nôtres,  le  premier  em- 
blème ne  reviendrait  pas  moins  de  67  fois,  elle  second  de  82  ; 

'"'   Cl.  Ali  irréco-bouddliiqiie  ilii  (jandliàra ,  p.  6u8,  eic. 


LES   DEBUTS   DE   L'ART   BOUDDHIQUE.  69 

et  si  le  dernier  ne  reparaît  que  6  fois,  ce  nombre  sulht  néan- 
moins à  lui  assurer  la  troisième  place  dans  l'ordre  d'impor- 
tance des  sujets'!).  Nous  n'avons  pas,  il  va  de  soi,  à  suivre  Fer- 
gusson  dans  les  étranges  spéculations  anthropologiques  qu'il  a 
grefl'ées  sur  ces  constatations.  Tout  ce  que  nous  serions  d'abord 
tentés  délire  dans  son  tableau,  ce  serait  la  prépondérance  du 
miracle  de  la  Samhodhi  ou  du  Parinirvâna  sur  celui  du  Dlinrmn- 
cakra-pravartana.  En  réalité,  le  nombre  supérieur  des  deux  pre- 
miers symboles  tient  à  une  autre  raison.  L'on  appliquait  dès  lors 
aux  Buddhas  du  passé  les  formules  qui  avaient  d'abord  servi  pour 
celui  de  notre  âge  et  l'on  se  plaisait  à  les  aligner  tous  les  sept 
en  les  figurant  tantôt  par  leur  tumulus  funéraire,  tantôt,  et 
plus  fréquemment,  par  leur  trône  vide  sous  leur  arbre  de  la 
Science'-':  seule  la  roue  était  restée  l'apanage  particulier  de 
notre  Çâkya-muni  et  ne  revenait  par  suite  qu'à  de  plus  rares 
intervalles.  Mais  ce  ne  sont  là  que  des  détails  subsidiaires;  à 
prendre  ces  chiffres  dans  leur  ensemble,  leur  imposant  total 
témoigne  assez  haut  de  la  constante  n'pétilion,  sous  leur 
forme  traditionnelle,  de  ce  que,  par  le  témoignage  des  mon- 
naies, nous  savons  avoir  été  les  premiers  essais  de  l'art  boud- 
dhique. Obligés  de  couvrir  les  surfaces  relativement  étendues 
qui  s'offraient  à  eux,  les  sculpteurs  de  Sânchi  ont  visiblement 


(''  Cf.  J.  Fergusson,  Treg  and  SerpnnI  Warship,  a"  édition,  1878,  p.  io5 
et  a'ja.  Voiri  ce  tableau  auquel  il  a  joint  les  données  de  la  porte  unique  d'un 
des  petits  stilpa  voisins  : 

ADBBE.  StÛPA.  nOI  K. 

Grand  stùpa ,  porte  sud iG  5  i 

—  porte  nord 19  8  a 

—  porte  est 17  ç)  1 

—  porte  ouest 1 5  10  a 

Petit   sti'ipa ,    porte  unique 9  (>  l) 

'^'  Cf.  Porte  nriciUalc  ilv  Siinclii,  p.  1  ()  et  ()8.  La  raison  décisive  de  In  pré- 
dominance (les  compositions  inspirées  du  type  de  la  Samhndlii  aiir  toutes  les  autres 
seia  donnée  un  peu  plus  bas,  p.  71-7'-?. 


70  JANVIER-FEVRIER    1911. 

commencé  par  rééditer  à  profusion ,  en  plein  milieu  du  ii'  siècle 
avant  notre  ère,  les  compositions  sommaires  et  hiéroglyphiques 
que  leur  avaient  léguées  leurs  prédécesseurs  directs,  les  fabri- 
cants d'objets  de  piété  du  v''  siècle.- 


IV 

C'est  là  une  première  vérification,  assurément  fort  impor- 
tante, mais  purement  matérielle,  de  notre  hypothèse.  Il  est  des 
contrôles  plus  subtils  que  celui  de  la  statistique  et  qui  ouvrent 
des  vues  plus  profondes  sur  le  développement  de  la  vieille  école 
bouddhique.  Les  années  ont  passé,  l'habileté  technique  s'est 
accrue,  le  type  iconographique  des  dieux  et  des  génies  s'est 
constitué ,  le  don  de  l'observation  et  le  sens  du  pittoresque  se  sont 
éveillés  chez  elle  :  mais  elle  n'en  reste  pas  moins,  sur  le  point 
capital  de  la  figuration  du  Buddha,  la  docile  prisonnière  de  la 
coutume.  Autour  des  vieux  thèmes  d'atelier  elle  brode  bien 
quelques  variations  :  elle  enjolive  les  stûpa,  enguirlande  les  roues 
ou,  sans  souci  de  l'anachronisme,  donne  par  avance  à  l'arbre  de 
la  Sambodlii  le  curieux  entourage  de  pierre  qu'il  dut,  plus  de 
deux  siècles  et  demi  après  le  prodige,  à  la  piété  d'Açoka^H 
mais  elle  ne  sort  pas  pour  cela  des  vieilles  formules.  Lasse  de 
répéter  éternellement  les  miracles  consacrés,  se  risque-t-elle  à 
traiter  quelque  épisode  encore  inédit?  L'idée  ne  lui  vient  pas 
davantage  d'en  profiter  pour  rompre  avec  la  routine.  Elle  ne 
peut  ignorer  que  son  métier  n'est  plus  de  fournir  à  des  pèle- 
rins un  mémento  de  ce  qu'ils  avaient  vu  de  leurs  yeux  au  cours 
de  leur  visite  aux  places  saintes;  elle  a  pleinement  conscience 
qu'il  s'agit  maintenant  pour  elle  d'illustrer  sur  un  monument 
permanent  la  biographie  du  Buddha;  mais  elle  paraît  mal 
s'apercevoir  que,  poUr  ce  nouveau  dessein,  les  vieux  procédés, 

^''  Cf.  Porte  (irienla/c  de  Sibtchi,  p.  65, 


LES   DEBUTS   DE   L'ART   BOUDDHIQUE.  71 

jadis  parfaitement  appropriés  à  leur  but,  ne  sont  plus  à  pré- 
sent de  mise.  Evidemment  il  était  trop  tard  pour  réagir  et  se- 
couer le  joug  d'une  tradition  artistique,  que  des  légendes  reli- 
gieuses n'avaient  pas  tardé  à  renforcer;  du  moins  c'est  vers  ce 
même  temps  que  les  textes,  jusqu'alors  muets  sur  la  question, 
s'avisent  tout  à  coup  de  proclamer  —  avec  une  précipitation 
excessive  et  que  la  postérité  devra  bientôt  contredire  —  l'im- 
possibilité où  auraient  jadis  été  les  artistes  de  portraicturcr  de 
son  vivant  le  visage,  inexprimable  à  voir,  du  Bienbeureux'^l 
Et  comment;  en  effet,  expliquer  autrement  la  persistante  ab- 
sence de  son  image,  tandis  que  tant  de  divinités  brahma- 
niques paradaient  sur  les  piliers  de  Barhut  et  de  Sànchi/ 

Dès  lors  il  n'est  plus  qu'une  manière  conforme  à  la  réalité 
vivante  de  concevoir  l'étude  de  la  vieille  école  indienne.  Son 
histoire  est  celle  d'une  lutte  plus  ou  moins  sournoise  entre  les 
deux  tendances  qui  la  divisaient  contre  elle-même,  l'irrépres- 
sible désir  de  scènes  nouvelles  et  le  respect  superstitieux  des 
précédents.  D'une  part,  elle  ressent  un  besoin  croissant  de  la 
figure  du  Buddha  pour  servir  de  centre  ou  de  pivot  aux  ta- 
bleaux de  sa  vie;  et  d'autre  part,  elle  admet  comme  un  axiome 
qu'il  sullit  pour  représenter  le  Bienheureux  de  faire  ce  que  l'on 
avait  toujours  fait  jusque-là,  à  savoir  de  l'évoquer  par  la  vue 
de  l'une  de  ses  trois  armoiries  parlantes.  Regardez-la  à  l'œuvre. 
Le  tuniulus  du  Parinirmna,  terme  ultime  de  la  carrière  du 
Maître,  est  par  définition  hors  de  cause,  alors  qu'il  s'agissait 
de  représenter  quehpie  incident  de  celle-ci.  Le  symbole  de  la 
roue,  spécialisé  dans  la  représentation  do  la  «Première  prédi- 
cation??, ne  pouvait  guère  être  réemployé  qu'à  l'occasion  du 
pro(lig(>  similaire  opéré  à  Çràvasli  pour  la  plus  grande  confu- 
sion des  sectes  rivales  ■-'.  Bestait,  pour  l'usage  courant  des  mi- 

•    '"'   Diviiilradiinn,  p.  S/iy. 

*'^)   Gl.  Le  «Hraiid  mirailr 7)   dit   lUiihlha    ii    Çriirnuli.    dnns    7./I..    jaiivicr-fi'- 
vrier  1909,  p.  35  et  pi.  17. 


72  JANVIER-FEVRIER    1911. 

rades  secondaires,  l'emblème  héraldique  déjà  utilisé  pour  la 
Samhodhi.  Et  nous  voyons  bien  en  effet  comment  les  aleliers 
de  l'Inde  centrale  se  résignent  une  fois  pour  toutes  à  ce  pro- 
cédé et,  tant  bien  que  mal,  s'en  accommodent.  Ils  ne  peuvent 
toutefois  s'empêcher  de  glisser  çà  et  là  quelques  variantes, 
voire  même  de  tenter  à  l'occasion  quelque  autre  biais.  C'est 
sous  les  espèces  d'un  trône  vide,  surmonté*  d'un  arbre,  qu'à 
Barhut  le  Buddlia  reçoit  la  visite 'du  nuira  Elàpatra;  quand  il 
prêche  au  ciel  des  Trenle-trois  dieux,  le  motif  est  en  outre 
agrémenté  d'un  parasol;  et  ce  dernier  tient  à  son  tour  la  place 
de  l'arbre,  lors  de  la  visite  d'Indra  ou  d'Ajàlaçalru.  Parfois  le 
trône  seul  fait  l'affaire.  A  deux  reprises  même,  sur  la  porte 
orientale  de  Sânchi,  l'école  s'aventure  jusqu'à  se  servir  unique- 
ment du  «promenoir»  ou  cahkrama  du  Maître  pour  suggérer  sa 
présence''^.  Mais  la  hardiesse  de  ses  innovations  ne  va  pas 
plus  loin  et  nous  avons  vite  fait  d'atteindre  les  limites  de  son 
audace.  Aussi  bien  les  avons-nous  déjà  tracées  plus  haut  (p.  58), 
et  il  eut  été  superflu  d'y  revenir,  si  à  présent  nous  ne  croyions 
avoir  deviné  la  raison  d'être  et  jusqu'au  mode  de  production 
des  étranges  anomalies  qu'au  début  de  cette  étude  nous  devions 
nous  borner  à  constater. 

JNous  avons  également  dit  ci-dessus  comment  —  et  nous 
comprenons  à  présent  pourquoi  —  les  artistes  se  sont  de 
même  heurtés  à  la  barrière  infranchissable  des  vieux  usages 
quand  il  s'est  agi  pour  eux  de  figurer  le  Prédestiné  au  cours 
des  vingt-neuf  premières  années  de  sa  vie,  alors  que  ses  atours 
princiers  dissimulaient  encore  sous  une  envebqjpe  mondaine 
le  Buddha  près  d'éclore.  A  la  vérité  nous  n'avons  pu  tout  à 
l'heure  (p.  66)  déterminer  exactement  à  l'aide  des  textes  quel 
épisode  de  sa  jeunesse  les  fidèles  avaient  choisi  comme  objet 
principal  de  commémoration,  ni  comment  les  vieux  imagiers 

(0   Cf.  CuxNiNGHAM ,  S/»J7;a  uflUirhHl,  pi.  XIV,  3;  XVI,  3;  XVII,   i;  XXVllI, 
k,  elc,  el  Ln  porte  oneiUal)'  de  Sànclii ,  p.  52  cl  Oa, 


LES   DEBUTS   DE   L'ART   BOUDDHIQUE.  73 

avaient  du  s'y  prendre  pour  le  commémorer.  Il  est  curieux  de 
constater  que  les  sculpteurs  du  ii"  siècle  ont  partagé  à  ce  pro- 
pos' nos  perplexités.  Ceux  de  Barhut  ont  adopté  le  moment 
précis  où  le  Bodhisallva  descendit  dans  le  sein  de  sa  mère, 
où  du  moins  celle-ci  rêva  qu'il  y  descendait  sous  la  forme  d'un 
petit  éléphant ^'^  Ceux  de  Sânchi  ne  figurent  qu'incidemment 
la  Conception;  en  revanche,  ils  détaillent  complaisamment 
toutes  les  circonstances  de  l'entrée  du  prince  en  religion,  c'est- 
à-dire  de  sa  fuite  à  cheval  loin  de  sa  ville  natale  :  ils  figurent 
la  porte  de  la  ville  et,  à  plusieurs  reprises,  le  cheval,  l'écuyer 
et  les  dieux;  ils  ne  sous-entendent  que  le  héros  de  cette  hé- 
gire^-'. Quant  à  ceux  d'Amaràvatî,  sur  les  stèles  où  ils  ont 
superposé  les  quatre  grands  miracles,  ils  emploient  indiffé- 
remment, pour  remplir  le  panneau  réservé  à  kapilavastu  — 
h  côté  de  l'arhre  de  Bodh-Gayâ,  de  la  roue  de  Bénarès  et  du 
slùpa  de  Kuçinagara  —  tantôt  encore  un  tt  grand  départ  de 
la  maisons  où  nous  n'apercevons  que  le  cheval  passant  sous  la 
porte,  tantôt  une  «nativité»  où  nous  ne  voyons  que  la  mère, 
ahstraction  faite  du  nouveau-né  ^-^^  Laquelle  de  ces  trois  com- 
positions est  la  plus  archaïque  et  nous  conserve  le  mieux  l'as- 
pect des  rr  souvenirs  ?5  dont  les  pèlerins  du  v"'  siècle  pouvaient 
déjà  faire  emplette  à  kapilavastu?  C'est  ce  qu'il  nous  esta  pré- 
sent hien  dillicile  de  dire.  Si  nous  nous  en  fions  derechef  sur 
sur  ce  point  aux  documents  numismatiques,  ils  nous  donne- 
ront à  penser  que,  dès  l'origine,  un  certain  flottement  se  ma- 
nifesta dans  le  choix  des  artistes  et  des  fidèles.  La  plupart  des 
monnaies  bouddhiques  consacrent  deux  abréviations  pour  une 
à  la  seule  nativité;  du  moins  sur  les  cinq  poinçons  ordinaire- 

'"   CuNNiNGiiiM,  Stûpa  nf  Barhut ,  pL  XXVIII,  a. 

^'-'   La  porte  iirœnlale  de  Sdiichi ,  p.  70,  et  tf.  p.  oâ. 

(^'  Fergusson,  Tree  and  Sii-pent  Worxhip,  pi.  XCIIl-XCNHI.  —  On  pinil 
remarquer  à  ce  propos  que  des  stèles  bien  postérieures  de  Bënarès  ronlinucut  à 
{grouper  dans  le  cadre  di'  Kapilavastu  l'enfanlemenl  (avec  ou  sans  la  conception, 
les  sept  pas  ou  le  bain)  et  le  {jrand  départ  {Ane.  Mon.  Ind.,  |d.  (iy-GS,  etc.). 


7A  JANVIËR-FKVRIER    19  11. 

ment  associés  du  lotus,  du  taureau,  de  l'arbre,  de  la  roue  et 
du  lumulus,  les  deux  premiers  ne  peuvent  que  correspondre 
simultanément  au  premier  des  quatre  grands  miracles.  Appa- 
remment le  lotus  remémorait  ceux  qui  étaient  nés  spontané- 
ment sous  les  sept  premiers  pas  du  Maître,  tandis  que  le  tau- 
reau, presque  toujours  flanqué  de  son  sigle  zodiacal,  incarnait 
la  date  traditionnelle  de  la  naissance,  le  jour  do  la  pleine  lune 
du  mois  de  Vaiçâkha.  D'autres  fois,  mais  plus  rarement,  le 
taureau  est  remplacé  par  un  éléphant,  rappel  plastique  de  la 
Conception'^'.  Il  se  peut  aussi,  bien  que  nous  n'en  possédions 
aucune  preuve  concrète,  que  la  porte  par  laquelle  sa  vocation 
avait  jeté  le  Bodhisattva  hors  du  monde,  ait  trouvé  de  bonne 
heure  des  copistes  et  des  amateurs.  Mais  ce  ne  sont  là  que  des 
<|ueslions  accessoires  :  ce  qui  importe  ici  encore,  c'est  que  seule 
la  tradition  aniconique,  héritée  des  humbles  initiateurs  de  jadis, 
peut  nous  donner  la  clef  des  invraisemblables  compositions 
postérieures,  enfantements  sans  enfant  et  chevauchées  sans 
cavalier. 


Ce  n'est  pas  tout  :  les  sculpteurs  du  n"  siècle  ne  vérifient  pas 
seulement  notre  hypothèse  en  ce  qu'ils  reproduisent  et  en  ce 


O  Cf.  les  tables  de  D.  B.  Spooner,  loc.  laud.,  p.  i5()-i57.  Quant  aux  iii- 
tei'prélutions  ci-dessus  énoncées  du  lotus  et  du  taureau,  nous  ne  les  donnons 
que  comme  de  simples  conjectures  de  notre  paît.  Toutefois,  nous  pouvons  déjà 
faire  remarquer  que  le  lotus  a  gardé  dans  le  bouddhisme  postérieur'  la  signifi- 
cation symbolique  de  (rnaissance  miraculeuses,  et  que  le  taureau  figure  encore 
avec  sa  valeur  astronomique  sur  Tuii  des  bas-roliefs  les  plus  connus  du  musée 
de  Laliore  (cf.  A.  Grunwedel,  limldliistisclie  Kiiiisl  in  Indien,  a"  éd.,  p.  lai, 
ou  Hudilliixl  Arl  in  hidia,  p.  129).  Le  regretté  D"^  Th.  Bloch,  dans  un  de  ses 
derniers  articles  {Z.D.M.G.,  1908,  t.  L\1I,  p.  6^8  et  suiv.),  avait  cru  recon- 
naître, sur  une  photographie  défectueuse  de  ce  taureau  à  la  langue  pendante, 
l'image  d'un  sanglier,  et  bâti  sur  celte  méprise  toute  une  théorie  :  il  suffît  de 
renvoyer  le  leiteur  soucieux  d'éclaircir  de  ses  propres  yeux  celte  question  do 
fait  iuiv  Ane.  Mon.  Indin,  pi.  iH']. 


LES    DEBUTS    DE   L'ART   BOUDDHIQUE.  75 

qu'ils  imitent  des  œuvres  du  passé  :  on  pourrait  soutenir  qu'ils  le 
font  encore  indirectement  en  ce  qu'ils  innovent.  Pour  irréfléchie 
et  machinale  que  fiit  leur  soumission  à  l'usage,  l'absence  forcée 
du  protagoniste  dans  les  scènes  de  sa  propre  biographie  ne  lais- 
sait pas  que  de  ies  gêner  considérablement.  La  carrière  du  Bien- 
heureux a  beau  n'être  qu'un  monotone  tissu  d'entretiens  plus 
édifiants  que  mouvementés,  un  petit  nombre  d'épisodes  se  prê- 
taient seuls  à  êlre  figurés  indépendamment  du  personnage  prin- 
cipal. 

A  l'aide  de  quels  sujets  couvrir  les  nombreux  médaillons, 
les  longues  mainscourantes  ou  les  hautes  portes  des  balus- 
trades de  sUipa  ?  Le  premier  expédient  dont  les  artistes  s'avisèrent 
fut  de  s'adresser  aux  existences  antérieures  du  Maître,  alors 
que  sous  toutes  les  formes  animales,  puis  dans  toutes  les  con- 
ditions sociales,  il  se  qualifiait  à  force  de  perfections  pour 
l'obtention  finale  de  la  lîodhi.  On  s'expHque  dès  lors  pourquoi 
les  sculpteurs  de  Barhut  ont  puisé  de  préférence  à  ce  trésor  de 
contes  et  de  fables  :  en  traitant  cette  matière  nouvelle  ils 
n'étaient  plus  entravés,  comme  dans  l'illustration  de  la  vie 
dernière  du  Maître,  par  un  usage  érigé  en  loi:  aussi  ne  se  font- 
ils  aucun  scrupule  de  représenter  le  Bodhisattva  à  chatjue 
scène,  et  c'est  avec  une  parfaite  liberté  d'esprit  que,  lors  de 
son  avant-dernière  existence  terrestre,  il  donnent  à  Viçvan- 
lara  les  traits  qu'ils  s'abstenaient  si  jalousement  de  prêter  à 
Siddhârtha  (cf.  plus  haut,  p.  Go).  Les  représentations  de 
jàlaka  sont  loin  d'être  ignorées  à  Sànchi  :  mais  les  décorateurs 
des  portes  ont  encore  eu  recours  à  un  autre  stratagème  pour 
glisser  entre  les  mailles  de  la  tradition.  11  va  de  soi  en  elTet 
que,  dans  toutes  les  scènes  postérieiu'es  au  Pariiiirvànfi , 
l'absence  de  la  figure  du  Bienheureux  devenait  j)arfaitemeut 
justifiée  et  du  même  coup  cessait  d'être  un  embarras  pour  les 
artistes.  Aussi  se  plurent-ils  bientôt  à  cultiver  cette  partie 
de  la  légende  boud(llii([ue.  Selon  toute  probabilité .  ils  com- 


76  JANVIER-FEVRIER    19  1  1. 

mencèrent  par  illustrer  la  fameuse  c^  guerre  des  reliques  55,  que 
faillit  déchaîner  la  mort  du  Bienheureux.  Encouragés  appa- 
remment par  cet  essai,  ils  ne  craignirent  pas  de  s'attaquer  au 
cycle  même  d'Açoka  et  de  représenter  tantôt  son  inutile  pèle- 
rinage au  slâpa  de  Râmagrâma,  tantôt  sa  visite  solennelle  à 
l'arbre  de  la  Samhodhi^^\  Ainsi,  sous  le  pressant  aiguillon  de 
la  nécessité,  l'école  indigène,  incapable  de  secouer  ouverte- 
ment son  esclavage,  s'était  artificieusement  créé  une  double 
échappatoire  dans  les  légendes  antérieures  à  la  dernière  re- 
naissance ou  postérieures  à  la  mort  définitive  du  Buddha.  Nous 
ne  doutons  pas  pour  notre  part  que,  si  elle  avait  continué  à 
se  développer  normalement  et  selon  ses  règles  propres,  nous 
aurions  vu  croître  le  nombre  de  ces  prétendus  tableaux 
d'bistoire  ou  de  ces  illuslrations  de  conles  populaires,  aux 
dépens  du  vieux  fonds  des  images  de  piété. 

Ce  n'est  plus  un  secret  pour  personne  que  la  courbe  régu- 
lière de  cette  évolution  a  été  brusquement  interrompue  par  un 
véritable  cataclysme  arti-stique.  Les  sculpteurs  hellénisés  du 
Nord-Ouest,  étrangers  à  la  tradition  indigène  de  l'Inde  cen- 
trale, comblèrent  d'emblée  et  même  dépassèrent  les  vœux  de 
leur  clientèle  bouddbique  en  créant  à  son  usage  le  type  indo- 
grec du  Buddha.  Aussitôt  séduits  par  cette  innovation  miri- 
fique, leurs  collègues  du  bas  pays  saluèrent  avec  non  moins 
d'enthousiasme  que  les  fidèles  la  rupture  du  charme  magique 
qui  avait  si  longuement  et  lourdement  pesé  sur  la  vieille  école 
bouddhique.  Nous  avons  déjà  noté  le  fait  de  la  rapide  diffusion 
du  type  nouveau  (p.  61)  :  il  nous  apparaît  bien  à  présent  que 
son  adoption  ne  heurtait  directement  aucun  préjugé  dogma- 
tique. Interprètes  toujours  dociles  des  idées  courantes,  les 
textes  vont  désormais  s'ingénier  à  garantir,  à  l'aide  de  tradi- 
tions apocryphes  ou  à  grand  renfort  de  miracles,  l'authentique 

"'   Cf.  L(i  ■porte  orientale  de  Sdiichi\p.  -'.S  et  7^1. 


LES   DEBUTS   DE   L'ART   BOUDDHIQUE.  77 

ressemblance  de  ces  portraits  dont  ils  niaient  tout  à  l'heure 
la  possibilité  (".  C'est  qu'en  efl'et  la  mode  nouvelle  n'enfreignait 
expressément  aucune  prohibition  rituelle  :  elle  ne  faisait  que 
bouleverser  des  procédés  artistiques  de  composition,  et  les 
liens  qui  tombaient  étaient  d'ordre  purement  technique.  Nous 
avons  assez  vu  comment  les  imagiers  du  bassin  du  Gange 
avaient  lentement  laissé  se  tisser  autour  d'eux  la  toile  d'arai- 
gnée de  la  coutume  et  comment,  sans  oser  la  rompre,  ils 
avaient  déjà  tenté  de  s'en  dégager.  Sous  le  coup  de  la  révéla- 
tion qui  leur  vint  du  Gandhâra,  leur  émancipation  fut  aussi 
brusque  que  complète  :  mais  jusqu'à  travers  ce  développement 
inattendu,  nous  sommes  prêt  à  poursuivre  l'épreuve  à  laquelle 
nous  avons  soumis  notre  théorie  et  dont  elle  nous  parait 
s'être  tirée  jusqu'ici  à  son  honneur. 

L'histoire  de  l'ancien  régime  en  art  bouddhique,  avant  la 
révolution  gandhàrienne,  peut,  en  effet,  se  résumer  à  peu 
près  ainsi  :  nous  avons  toutes  raisons  de  supposer  qu'il  y  eut, 
pour  commencer,  dès  le  v*"  siècle,  création  locale  aux  quatre 
j'Tands  centres  de  pèlerinage,  et  colportage  dans  l'intérieur  de 
l'Inde,  d'images  rudimentaires,  exécutées  d'après  les  w saints 
vestiges?)  subsistant  sur  l'emplacement  des  sites  miraculeux; 
ce  sont  ces  symboles  naturellement  inanimés  qui,  grâce  au 
temps  et  à  la  distance ,  ont  fini  par  être  considérés  comme 
des  représentations  schématiques  des  quatre  principaux  épi- 
sodes de  la  vie  du  Bienheureux  et  qui,  joints  à  quelques 
variations  routinières  composées  selon  la  même  formule,  ont 

'')  Pur  Iradilions  a|)oci'}plies  nous  eiilonduns  celles  relalives  à  la  slalue  de 
santal  exécutée  du  vivant  même  du  Buddlia  et  attribuée  par  Fa-liian  (trad.  Legge, 
p.  56)  à  Prasonajitc  de  Çrùvasti  et  par  Hiuan-tsang  (trad.  Stan.  Julien,  I, 
j).  983  et  3()())à  Udayana  de  Kau(ùnd)i,  dont  l'rasonajil  n'aurait  fail  (piMniiter 
Texemple  (cf.  Ukai,,  lieconU,  I,  p.  xi,iv  et  235;  II,  p.  'i  ).  Quant  au\  niirailos, 
voyez  ceux  ^ue  nous  rapporti-nl  au  sujet  de  Tiniriye  du  leuiplo  de  Maliàhodlii 
Hiuan-tsanjj  (Irad.  Stan.  JuI.lK^,  I,  |).  'i(i!')  :  Béai,,  II,  p.  i-.!o)  et  Tàiauàllia 
(trad.  SciuEFNEii,  p.  -.îo). 


78  JANVIER-FJÉVRlEn    1911. 

servi,  avant  comme  après  d'Açoka  (milieu  du  \\f  siècle),  à  la 
décoration  des  fondations  religieuses;  enfin  sur  les  monuments 
du  n"  siècle  (toujours  avant  notre  ère)  nous  relevons  déjà  des 
tentatives  pour  se  dérober  à  la  tyrannie  des  vieux  usages  en 
recourant  à  des  sujets  antérieurs  ou  postérieurs  à  l'existence 
dernière  du  Buddha.  Cependant  l'école  du  Nord-Ouest  entre 
en  scène.  En  raison  même  du  fait  qu'elle  a  été  presque  com- 
plètement soustraite  à  ces  influences  traditionnelles,  elle  devra, 
dans  notre  système,  présenter  des  signes  caractéristiques  tout 
différents  de  ceux  de  l'ancienne  école.  Or  les  conclusions  d'une 
longue  étude,  que  nous  avons  dès  longtemps  consacrée  aux 
bas-reliefs  gréco-bouddhiques,  semblent  s'être  donné  le  mot 
pour  prendre  point  par  point  le  contre-pied  des  affirmations 
précédentes.  Ce  que  nous  avons  constaté  au  Gandhâra,  c'est 
d'abord  la  disparition  à  peu  près  totale  des  scènes  légendaires 
postérieures  au  cycle  du  Parinirvâm ,  ainsi  que  la  diminution 
considérable  du  nombre  desjâtaka;  c'est  en  second  lieu  la  mul- 
tiplication indéfinie  des  épisodes  empruntés  à  la  jeunesse  ou  à 
la  carrière  enseignante  du  Maître,  dont  l'image  corporelle  occupe 
à  présent  le  centre  de  tontes  les  compositions;  c'est  enfin  et 
corrélativement  l'extrême  rareté  des  représentations  symbo- 
liques!'^  Toutefois  —  et  ceci  est  notre  argument  suprême  — 
les  vieux  emblèmes  ne  disparaissent  pas  complètement.  Non 
seulement  au  Gandhâra,  mais  jusque  sur  les  productions  les 
plus  tardives  de  l'Inde  médiévale,  sans  parler  des  images  la- 
maïques  actuelles,  ces  survivances  d'un  autre  âge  persistent 
à  se  montrer.  Si  le  stùpa  est  considéré  comme  devenu  superflu 
sur  presque  tontes  les  représentations  nomeWes  au  Pnruiirràna . 
l'arbre  de  la  Science  ne  maïupie  jamais  de  se  dresser  derrière 
le  Ikiddha  de  la  Sambodin,  tandis  que  la  roue  entre  les  deux 
gazelles  adossées  ou  affrontées  continue  à  timbrer  le  trône  de 

''   Cr.  Arl  irréc'hhnudiJhiquo  (Ju  CaiifUidra,  p.  9()(>.  •i']0 .  hi~,  fie. 


LES   DEBUTS   DE  L'ART  BOUDDHIQUE.  79 

celui  de  la  Première  pnklication^^'  :  et.  par  là,  le  déclin  de  l'art 
bouddliique  rejoint  ses  plus  lointaines  origines  visibles  —  les 
seules  (est-il  besoin  de  le  spécifier?)  dont  il  ait  été  question  ici. 

Telle  est  du  moins  la  théorie  que  nous  n'avons  pu  nous 
empêcher  de  soumettre  à  l'appréciation  des  indianistes.  A  tout 
prendre,  ce  n'est  qu'un  essai  de  synthèse,  un  effort  pour  coor- 
donner d'abord  logiquement,  puis  pour  organiser  selon  les  lois 
d'un  développement  historique  une  série  de  ftiits  déjà  connus. 
En  ce  sens, il  n'est  aucun  archéologue  bouddhique  qui  n'y  ait 
contribué,  à  commencer  par  Fergusson  et  Cunningham  :  et  il 
se  peut  qu'on  la  trouve  en  somme  passablement  dénuée  d'ori- 
ginalité. Toute  notre  ambition  serait  justement  qu'elle  donnai , 
à  la  lire,  l'impression  d'être  déjà  tombée,  même  avant  que  de 
naître,  dans  le  domaine. public  :  ce  serait  le  meilleur  des  sym- 
ptômes, car  il  n'en  est  pas  de  plus  propre  à  faire  croire  que  — 
sauf  les  retouches  qu'y  apportera  inévitablement  le  progrès 
des  recherches  —  elle  soit  destinée  à  durer. 

'''  Cf.  Art  grécD-botiddhique ,  fijf.  208  (il  nog,  et  Iconographie  houddhiqua 
de,  l'Inde,  fig.  29  et  3o  :  cette  dernière  est  une  représentation  du  Parinirvâija 
encore  surmontée  d'un  slùjia. 


DE 
L'ALPHABET   SOGDIEN, 

PAR 

M.   ROBERT   GAUTHIOT. 


.  Parmi  les  nombreux  et  précieux  documents  rapportés  d'Asie 
centrale  par  M.  P.  Pelliot,  figurent  un  certain  nombre  de  textes 
bouddhiques  en  langue  et  en  écriture  t^sogdiennes^?.  Ce  sont 
en  partie  des  rouleaux,  en  partie  des  feuillets  de  o  m.  hS  sur 
près  de  0  m.  i5,  percés  d'un  trou,  à  la  façon  des  manuscrits 
indous,  à  0  m.  1 G  du  sommet,  et  ils  proviennent  tous  de  la 
grotte  de  Touen-houang.  L'intelligence  de  ces  textes  est  enfin 
assurée  malgré  leur  état  incomplet,  leur  caractère  abstrait  et 
l'ignorance  trop  grande  oii  nous  sommes  encore  de  la  littéra- 
ture du  bouddhisme  de  l'Asie  centrale,  grâce  à  un  bilingue 
retrouvé  et  identifié  avec  la  collaboration  de  M.  P.  Pelliot; 
quant  à  leur  déchiffrement,  il  est  acquis  dès  à  présent  et  leur 
lecture  est  certaine. 

L'alpbabel  sogdien  des  documents  en  question  est  celui  dont 
se  sont  servi  les  bouddhistes  d'une  part  et  les  rédacteurs  de 
l'inscription  de  Oara  Balgassoun  de  l'autre  (voir  F.  W.  k. 
MiJLLER,  Sitzimgshenchte  de  l'Académie  de  Berlin,  i90(), 
p.  yyô  elsuiv.),  celui  auquel  les  Manichéens  ont  générale- 
ment préféré  par  la  suite  l'estranghélo  modifié  que  M.  F.  AA  .  k. 
Millier  a  déchiffré  avec  l'habileté  et  l'heureuse  palience  aux- 
quelles nous  devons  tant  (voir  Sitzungsbericlite  de  l'Académie 
de  Berlin,  ifjo/i,  p»  3/i8  et  suiv.;  F.  W.  k.  Mï^llkr,  Hnnd- 
srhrijicn-liesle  m  Esiran<>elo-SrliriJt  dans  les  AliJifnKllun^<>en  de 
l'Académie  de  Berlin,  i()o/i),  tandis  que  les  chrétiens  se  sont 
servi,  à  ce  qu'il  semble,  du  syriaque  (voir  F.  VV.  k.  Mii.i.KR, 
Silzuni>slMTirli(e  de  l'Académie  de  Berlin ,  i  907,  p.  .^Go  et  suiv.); 


XVII. 


lurniMdtir    ^ktittMiF. 


82  JANVIER-FEVRIER   1911. 

il  n'apparaît  donc  pas  à  nos  yeux  comme  un  inconnu.  Sa  res- 
seml)lance  avec  les  écritures  du  type  dit  «ouïgour?'  est  mani- 
feste. Il  diffère  assez  d'aspect  des  dérivés  secondaires  tels  que 
le  mongol  ou  le  mandchou,  ou  même  de  la  cursive  ouïgoure 
tardive  du  manuscrit  de  Vienne  du  Qutadyu  Bilig;  mais  il  se 
rapproche  heaucoup  de  la  belle  écriture,  ferme  et  claire,  des 
documents  en  langue  turque  trouvés  en  Asie  centrale  et  dont 
on  trouvera  des  facs-similés  par  exemple  dans  les  Uigurica  de 
M.  F.  W.  k.  Millier  {^Abhandbmgen  de  l'Académie  de  Berlin, 
ic)o8).  Il  s'en  distingue  surtout  par  son  caractère  relativement 
archaïque.  Si  l'on  se  reporte  au  tableau  ci-joint,  l'on  constate 
sans  peine  que  les  caractères  transcrits  par  7,  S,  w,  n,  t,  y,  k, 
z,  p,  c  et  r  sont  sensiblement  les  mêmes  dans  le  sogdien  des 
manuscrits  de  Paris  et  en  ouïgour  ancien,  c'est-à-dire  en  sog- 
dien récent  adapté.  D'autre  part,  l'on  voit  de  suite  que  certaines 
lettres  ouïgoures  ou  sogdiennes  tardives  sont  simplement  des 
formes  cursives,  et  comme  effacées  par  l'usage,  des  types  sog- 
diens  correspondants  d'une  époque  seulement  un  peu  plus  an- 
cienne. Ainsi  Vâleph  sogdien  reste  distinct  en  toute  position 
du  nûn,  tandis  qu'en  ouïgour  l'a  et  l'w  se  confondent,  sauf 
dans  le  cas  le  plus  favorable,  à  l'initiale.  Au  /2  sogdien  répond 
le  V  ouïgour,  qui  s'est  raccourci  et  a  tendu  par  suite  à  ressem- 
bler à  y.  L'm  s'est  comme  aplati  en  ouïgour  et  n'y  conserve  sa 
forme  ronde  qu'à  la  finale,  où,  en  revanche,  il  tend  à  se  fermer. 
L',s  et  le  s  sont  très  nettement  distincts  en  sogdien  en  toute 
position;  en  ouïgour  au  contraire,  ils  ne  diffèrent  plus  que  par 
l'inclinaison  de  la  pointe  inférieure  du  caractère,  qui  se  recourbe 
sur  la  gauche  pour  Vs  et  pointe  droit  pour  le  s.  Au  total,  les 
confusions  entre  caractères,  si  faciles  en  ouïgour  et  si  gênantes, 
n'existent  réellement  en  sogdien  (jue  pour  Yn  et  le  e  (i),  qui 
ne  se  distingue  que  par  un  point  diacrili(|ue  souscrit,  dans  le 
cas  oïl  la  différence  est  faite.  Enfin  les  diverses  lettres  gardent 
dans  l'écriture  sogdienne  leur  physionomie  propre  et  leur  indé- 


Journal  ASIATIQUE.  — Janvier-février  1911. 


ALPHABET  SOGDIEN  TRANSCRIT. 


< 

9 

^ 

k 

^ 

1» 

^ 

fn, 

-¥ 

^ 

l 

X 

^ 

^ 

c 

^ 

t 

S 

^ 

3 

y 

y 

Les  lellres  placées  en  liice  des  caraclères  sojjdieiis  n'en  sont  [jas  la  transcrip- 
tion phonétique  et  n'indiquent  pas  leur  valeur.  Elles  en  sont  la  translitération 
mécanique  et  hasée  sur  leur  signification  originelle. 


8a-S:i 


84  JANVIER-FÉVRIER   1911. 

araméen  H;  ici  encore,  il  convient  de  se  reporter  avant  tout  à 
la  publication  citée  plus  haut  de  M.  Gowley.  De  fait,  l'écriture 
sogdienne  est  toute  sémitique  :  elle  ne  note  pas  les  voyelles,  à 
proprement  parler,  et  se  contente  de  marquer  les  longues  et 
les  diphtongues  au  moyen  de  y,  jr  et  ',  ou  de  combinaisons  de 
ces  trois  signes  telles  que  'y,  \v,  ".  Le  cas  échéant  seulement,  le 
timbre  des  voyelles  brèves  est  indiqué  par  y,  w  ou  ',  qui  font 
alors  fonction  de  maires  lectionis.  Ainsi,  ^quatre»  est  écrit  ct(3'r, 
soit  -Kr^  ~-t  \y^  '*^  et  doit  être  lu  cat(2âr,  le  sanskrit  stùpalj  est 
nolé*'st'ivp  AoT^ \y^  fY>t^  et  k cinquième -Dimhnyk  vy^m^^,  ce 
qui  signifie  pancamih.  D'autre  part,  on  a  mrt  ^^m  pour  mart 
«homme 75  et  xvyrh  mnàjo  pour  ivirk  et  non  pas  *wirh  k loup  55, 
qui  répond  à  av.  ivdhrkô,  skr.  vj-hah.  Ht.  vilkas.  Sous  ce  rap- 
port ,  le  sogdien  a  eu  la  même  fortune  que  presque  tous  les 
dialectes  iraniens  :  le  cunéiforme  vieux  perse,  le  pchlvi  moyen 
persan,  la  notation  arabe  du  persan  moderne,  le  manichéen 
et  le  syriaque  n'ont  jamais  tenu  compte  du  vocalisme  que 
d'une  façon  très  approximative.  Seules  les  graphies  modernes, 
comme  celle  de  l'ossèle,  ou  artificielles  et  savantes,  comme 
celle,  si  tardive,  de  l'avestique,  font  exception. 

S'il  est  facile  de  reconnaître  par  ce  qui  vient  d'être  dit  à 
quel  point  l'écriture  sogdienne  se  rattache  étroitement  aux 
systèmes  graphiques  des  peuples  de  langue  sémitique  du  Nord, 
il  est  beaucoup  moins  aisé  de  retrouver  le  point  de  jonction 
des  unes  et  de  l'autre.  Les  ressemblances  du  sogdien  avec  le 
palmyrénien  et  l'estranghélo  (et  le  syriaque)  sont  frappantes; 
mais  les  différences  qui  le  séparent  de  l'un  et  de  l'autre  ne  le 
sont  pas  moins.  L'absence  de  certains  signes  est  naturelle  : 
le  hvlh  et  le  \iin  n'avaient  pas  d'emploi  dans  une  langue  ira- 

''^  Pour  rcndi'o  l'aspect  ffS('initi(|nci  dos  mois  écrils,  on  les  a  reproduits  ici 
en  estranjjhélo,  (pii  est  l'écriture  ((iniunte  la  plus  rapprocliée  somme  toute  de 
celle  dont  les  types  nous  font  défaut. 


•DE   L'ALPHABET   SOGDIEN.  85 

nienne;  le  qôpli  n  n'avait  pas  de  place  à  côté  du  kâph  ::^.  L'ab- 
sence du  hê  <n  s'explique  de  même,  mais  est  beaucoup  plus 
caractéristique.  En  effet,  h  est  un  phonènie  qui  a  été  très  fré- 
quent en  iranien  commun  et  qui  se  retrouve  jusqu'aujourd'bui 
dans  un  grand  nombre  de  dialectes;  ainsi  le  persan  a  conservé 
h,  tant  à  l'initiale  qu'à  l'intérieur,  sauf  des  cas  particuliers,  et 
le  5  de  l'arabe  y  a  trouvé  un  large  emploi.  Le  sogdien  en  re- 
vanche est  caractérisé  entre  autres  par  le  traitement  spécial  que 
le  h  ancien  y  subit  :  à  l'initiale,  il  disparait  devant  a-  par 
exemple,  et  l'on  a  sogd.  '^t  .\^~->t^  «sept?;  en  face  de  pers. 

hajt  oouft.  C'est  d'ailleurs  là  un  phénomène  propre  à  l'iranien 
du  Nord,  dans  son  sens  le  plus  large  :  l'on  a  en  ossète  aivd,  en 
yagnobi  aivd,  en  chigni  vîiwd ,  en  sariqoli  ûwd,  en  mindjani 
oS.  en  yidgah  awdoh  et  en  afghan  ôva,  tandis  que  le  beloutchi 
a  hapt  comme  le  persan  a  hnft;  dans  la  forme  hiih  du  wakhi, 
le  h  initial  est  secondaire  et  irrationnel.  D'autre  part,  quand  il 
est  maintenu  et  en  particulier  à  l'intérieur  des  mots,  ainsi  que 
l'a  indiqué  M.  Andréas  (cf.  F.  VV.  K.  Mïjller,  Uiffurica,  p.  3, 
note  3),  le  /t  iranien  est  représenté  en  sogdien  par  x  :  comme 
cette  correspondance  est  toute  particulière  au  sogdien,  l'absence 
du  h  dans  l'alphabet  que  nous  étudions  su  (lirait  à  légitimer  le 
nom  d'alphabet  sogdien  ou  d'écriture  sogdienne,  et  elle  nous 
montre  que  la  graphie  d'origine  sémitique  a  été  adaptée  au 
dialecte  après  le  passage  de  h  intérieur  à  .r.  L'absence  du  lâmed 
est  moins  significative  :  elle  est  simplement  l'indice  d'une  anti- 
quité relative,  très  variable  d'ailleurs  selon  les  dialectes.  Lu 
effet,  en  iranien  commun,  la  sonanle  /  avait  disparu,  et  elle 
n'a  reparu  dans  les  différents  dialectes  iraniens  qu'à  date  relati- 
vement récente  et  à  la  faveur  d'évolutions  phonétiques  variables  : 
ainsi  -r^-est  devenu  -l- en  persan,  tandis  qu'en  afglian  et  dans 
certains  dialectes  du  Pamir  c'est  S  qui  a  abouti  à  /.  Le  manque 
d'/ indigène  nous  permet  cependant  d'opposer  la  langue  de  nos 
documents  bouJdbiques  au  parler  des  textes  en  manichéen, 


86  JANVIER-FEVRIKR   1911. 

qui  ont  connu  une  /  issu  de^,  comme  l'a  montré  M.  Andréas 
(voir  Silzungsherichte  de  l'Académie  de  Berlin,  içjio,  p,  807 
et  suiv.).  C'est  par  r  que  les  /  des  mots  sanskrits  sont  réguliè- 
rement rendus,  à  partir  d'une  certaine  date  au  m'oins,  dans  nos 
textes,  où  alors  skr.  haJam  est  écrit^r^'w  ,_j<f\^,  et  c'est  r  muni 
d'une  sorte  de  virgule  diacritique  souscrite  qui  a  d'abord  servi 
d'/  en  ouïgour,  ainsi  qu'on  le  voit  dans  les  documents  turcs 
anciens  d'Asie  centrale  (par  exemple  dans  le  petit  texte,  In- 
ventaire, n"  3517,  des  manuscrits  de  la  mission  Pelliot)  et  qui 
a  donné  naissance  par  la  suite  à  1'/ ouïgour,  au  j^  mandchou 
et  autres  caractères  pareils ^^'.  A  côté  de  ces  divergences,  qui 
illustrent  le  côté  iranien  et  le  système  phonétique  du  sogdien, 
on  observe  des  particularités  qui,  elles,  intéressent  l'état  des 
dialectes  aramécns  qui  ont  servi  d'intermédiaires,  de  porteurs, 
à  l'écriture  sémitique  dont  l'alphabet  sogdien  est  l'adaptation 
à  un  parler  iranien  défini.  Le  sogdien  ne  possédait  pas  de 
sonores  occlusives,  mais  seulement  des  spirantes;  comme  tous 
les  dialectes  du  nord  de  l'Iran,  les  évolutions  récentes  mises  à 
part,  et  comme  sans  doute  l'iranien  entier  tî  un  certain  moment, 
il  n'avait  ni  b,  ni  (/,  ni  p-,  mais  seulement  /S,  ^,  y  :  deux  de 
ces  phonèmes  au  moins  étant  notés  de  façon  certaine  par  hïih  et 
gâmal,  il  semble  assuré  que  dans  le  dialecte  araméen  qui  usait 
de  la  cursivc  dont  l'écriture  sogdicnne  est  issue  existait  déjà, 
pour  ce  qui  est  des  sonores,  l'alternance  que  présentent  l'hébreu 
et  le  syriaque  entre  les  spirantes  et  les  occlusives.  Il  n'en  était 
pas  de  mémo  pour  les  sourdes  dans  leur  ensemble.  A  priori,  on 
doit  attendre  qu'elles  se  comportent  autrement  que  les  sonores 

(')  C'est  à  t)on  escient  que  nous  évitons  de  traiter  ici  de  l'origine  de  la  lettre 
(|ui  vaut  S  en  sojjdien.  Il  est  manifeste  qu'elle  ressemble  avant  tout  au  làmeil, 
qu'elle  représente  d'ailleurs  dans  les  tfidéogrannnes''i  sémitiques;  mais  on  sait 
que  ceux-ci  n'étaient  pas  prononcés.  Dans  quelcjues  cas  isolés ,  elle  sert  aussi  à 
noter  d'autres  /;  mais  il  est  impossiiile  jusqu'ici  de  dire  si  elle  y  joue  le  rôle 
d'un  substitut  approximatif  et  si  l'on  a  là  S  pour  /  comme  on  a  ailleurs  r  ou 
bien  si  l'on  est  en  présence  d'un  /. 


DE   L'ALPHABET   SOGDIEN.  87 

correspondantes,  toutes  conditions  étant  égales,  puisqu'elles  en 
diffèrent  par  nature  :  elles  sont  articulées  avec  plus  de  force,  en 
même  temps  qu'elles  ne  sont  accompagnées  d'aucune  vibration 
glottale,  et  chacun  sait  que  dans  tels  dialectes  de  l'Allemagne  du 
Sud  et  de  l'Alsace,  par  exemple,  on  entend  des  b  sourds  qui  ne 
sont  pas  des^.  Précisément,  le  sogdien,  qui  a  emprunté  le  kâph 
^  et  dont  le  système  phonétique  comprend  à  la  fois  k  et  x, 
ne  connaît  pourtant  que  le  à.  r^durn  et  supplée  à  l'absence 
du  ïi.    rrmouw  par  approximative,  en   notant  x  par  le  même 
signe  que  y.  Tout  se  passe  donc  comme  si  le  phénomène  d'ou- 
verture des  consonnes  intervocaliques,  que  M.  Brockelmann 
appelle  une  assimilation  des  consonnes  aux  voyelles  (^Grundriss 
(h  vergl.  Gr.  d.  semil.  Spr.,  t.  I,  p.  20/i)  avait  déjà  atteint  dans 
le  parler  en  question  les  sonores  plus  débiles,  mais  non  encore 
la  sourde  k,  dont  l'occlusion  était  par  détînition  plus  énergique. 
Ce  qui  confirme  noire  hypothèse  sur  l'état  phonétique  du  dia- 
lecte araméen  intéressé,  c'est  le  traitement  du  ^,  qui,  lui,  sert 
en  sogdien  à  noter  à  la  fois  p  ei  f,  c'est-à-dire  y  apparaît 
sous  les  deux  formes  Si  et  3^.  En  effet,  il  est  bien  connu  que 
par  la  faiblesse  constitutive  de  son  occlusion,  lej:>se  rapproche 
des  sonores  :  la  tendance  qu'il  a  à  s'ouvrir  se  manifeste  par- 
tout et  toujours  de  façon  éclatante.  En  indo-européen,  c'est  le 
celtique  et  l'arménien;  en  linno-ougrien,  c'est  le  hongrois;  en 
sémitique,  c'est  l'arabe,  où  le  p  s'ouvre  spontanément.  Quant 
au  t  il  se  comporte  exactement  de  même  que  le  k,  car  il  ne 
répond  pas  au  tvlh,  mais  au  taw  :  l'équivalence  établie  entre  les 
phonèmes  sogdiens  et  araméens  n'est  pas  du  tout  celle  qui  se 
retrouve  entre  le  syriaque  et  le  grec  {l^l^;!i§}  =-=  S6y(x<xT(x)  et 
surtout  dès  les  débuis  de  l'ère  chrétienne  entre  laraméen  et  le 
grec  des  premiers  chrétiens.   Le  law   nous  apparaît  en  sog- 
dien comme  une  francbe  occlusive.  Le  résultat  tout  naturel  est 
que  l'on  y  a  S  pour  6;   par   exemple   dans   Srij  ,S^,    qui  se 


88  JANVIER-FEVRIER   1911. 

prononçait  h  peu  près  certainennont  0"rl,  si  l'on  note  par  "  une 
voyelle  furtive  de  timbre  incertain  destinée  à  résoudre  le  groupe 
consonantique  initial  (cf.  yagnobi  t'rfn). 

L'ensemble    des    particularités  phonétiques    iqui    viennent 
d'être  énumérées  ne  donne  qu'une  idée  bien  vague  du  mo- 
ment oij  a  été  acconimodée  au  phonétisme  du  sogdien  l'écriture 
d'un  dialecte  aramécn  impossible  à  désigner  avec  précision  ac- 
tuellement.  Cependant,  il  en   ressort   assez  clairement   que, 
sauf  intervention  d'un  facteur  inconnu,  le  point  de  départ  de 
la  constitution  de  l'alphabet  sogdien  doit  être  reporté  plus  haut 
que  la  formation  des  écritures  syriaques.  La  ressemblance  dans 
la  forme  même  de  l'écriture,  la  technique  graphique,  le  (Inclus, 
ne  doit  pas  faire  illusion.  Ce  qui  résulte  de  la  comparaison  de 
l'araméen  cursif  des  papyrus,  de  l'estranghélo,  du  palmyré- 
nien  des  gralhti  d'une  part,  et  de  l'autre  de  l'onciale  des  mon- 
naies de  Boukhara  et  de  la  cursive  sogdienne,  c'est  que  le  sy- 
riaque et  le  sogdien  ne  dérivent   l'un   de  l'autre,  mais  que 
tous  deux  descendent  dun  prototype  commun.  Leur  ressem- 
blance plus  étroite  réside  en  somme  presque  uniquement  dans 
la  liaison  des  lettres  d'un  même  mot  an  moyen  d'une  barre 
continue,   c'est-à-dire  d'un  développement  parallèle  :  car  la 
manière  de  conduire  cette  barre  n'est  pas  pareille,  et  dans  le 
détail  les  différences  sont  nombreuses.  Pour  ce  qui  est  de  la 
forme  des  lettres,  l'écriture   sogdienne  ne  présente  pas   cet 
allongement  qui  caractérise  l'estranghélo;  elle  est  restée  plus 
proche,  sur  ce  point,  de  l'araméen  :  Xâleph  est  resté  ramassé  et 
carré  et  rappelle  beaucoup  le  K  araméen;  le  gâmcl  n'a  pas  la 
longue  haste  oblique  du  K^  fcf.  palmyr.  k,  ara  m.     y)\  l'un 
et  l'autre  sont  surtout  pareils  à  leurs  équivalents  des  lettres 
Slein  (cL  Journal  of  the  Royal  Asiatic  Society,  janvier  i()i  i, 
p.  1 5  f)  et  suiv.).  Le  taiv  s'est  comme  couché  et  sa  pointe  penche 
vers  la  droite,  au  contraire  du  palmyrénien  i^  ,  araméen  p, 
ou  de  l'estranghélo  V  ;  n'était  le  degré  de  l'inclinaison  il  res- 


DE   L'ALPHABET   SOGDIEN.  89 

semble  fort  au  taiv  des  documents  Stein.  Le  zain  a  perdu 
toute  physionomie  propre  du  moment  où  le  sogdien  Ta  lié 
sur  la  droite  comme  sur  la  gauche  :  il  est  pareil  au  nûn,  dont 
certains  manuscrits  le  distinguent  par  une  virgule  ou  un  point 
souscrit.  Le  sîn  enfin  ne  présente  pas  la  barre  horizontale  sur 
laquelle  il  repose  en  estranghélo  x.  et  se  rapproche  du  carac- 
tère araméen  V,  particulièrement  sous  la  forme  qu'il  affecte 
dans  le  texte ,  malheureusement  trop  court ,  publié  par  M.  Cowley 
(Journal  of  the  Royal  Asiatic  Society,  loc.  laudA 

Il  faut  ajouter  enfin  que  la  place  des  lettres  par  rapport  au 
trait  horizontal  qui  les  soude  les  unes  aux  autres  dans  le  mot 
et  qui  est  si  caractéristique  du  type  d'écriture  syriaque  et 
sogdien ,  diffère.  Le  t  sogdien  reste  en  somme  au-dessus  de 
la  ligne,  comme  le  fait  le  Vv  estranghélo  et  le  V\  sertô;  Vm  et 
Vs,  au  contraire,  se  rattachent  aux  lettres  voisines  par  le  trait 
supérieur,  de  telle  sorte  que  leur  trait  inférieur  pointe  au-des- 
sous de  la  ligne  du  mot  vers  la  gauche  de  façon  plus  ou  moins 
prononcée,  de  la  même  façon  exactement  que  dans  les  quelques 
ligatures  des  documents  Stein  i^Journ.  of  the  Royal  As.  Soc,  loc. 
laud.)  :  en  syriaque,  au  contraire,  c'est  la  barre  inférieure  de 
û>  et  de  io  qui  rentre  dans  la  ligne  de  soudure.  Le  c  est  reporté 
au-dessus  de  la  ligne  et  se  relie  par  le  bas,  tandis  que  l'on  a 
en  estranghélo  -.  Enfin  \c  p  et  le  h  ont  pris  un  aspect  tout  à 
fait  caractéristique,  parce  qu'au  lieu  de  rester,  comme  ^  et  :^, 
sur  la  ligne  ou  très  près  d'elle,  ils  sont  descendus  en  quelque 
sorte  d'un  degré  :  leur  tête  seule  repose  sur  la  barre  du  mot 
en  sogdien  et  leur  boucle  descend  profondément  au-dessous 
pour  remonter  jusqu'à  la  lettre  suivante  :  ils  rappellent  par  là, 
en  une  certaine  mesure,  le  Lâpli  et  le  pê  mandéens,  et  pré- 
sentent en  toutes  positions  un  aspect  un  peu  semblable  à  celui 
que  le  (3  et  le  ^3  arabes  n'ont  qu'en  finale  ou  à  l'état  isolé, 
c'est-à-dire  lorsqu'ils  sont  décorés  d'une  sorte  de  parafe. 


90  JANVIER-FEVRIER    1911. 

Dès  que  l'écriture  sogdienne,  telle  qu'elle  vient  d'être  exa- 
minée, a  été  connue  de  M.  F.  W.  K.  Millier,  celui-ci  a  indiqué 
que  sa  position  entre  l'écriture  ouïgoure  d'une  part,  (|ui  en 
est  une  forme  tardive  et  plus  cursive,  et  les  graphies  sémitiques 
d'autre  part,  dont  elle  est  encore  si  proche,  montre  avec  clarté 
que  l'écriture  ouïgoure  n'est  qu'une  adaptation  de  la  sogdienne 
(cf.  Sitzungsberichtc  de  l'Académie  de  Bcrhn,  1907,  p.  780 ). 
M.  V.  Radloff,  abandonnant  ses  idées  antérieures,  semble  se 
rallier  à  cette  hypothèse  si  naturelle  dans  la  préface  de  son 
Tisastvustik  (p.  v),  bien  que  dans  l'épilogue  à  son  édition  du 
Qutadyu  Bilig,  qui  est  aussi  datée  de  ly  10,  il  exprime  encore 
une  opinion  ditlérente  et  fort  peu  vraisemblable  sur  l'origine 
de  l'alphabet  ouïgour(A^Mf/a//,-«  Btlik,  t.  II,  p.  55  1,  note  1). 

Ce  qui  est  important  et  ce  qui  n'a  pas  été  montré  encore, 
c'est  qu'en  fait  les  caractères  distinclifs  de  l'écriture  ouïgoure 
ne  s'expliquent  que  si  l'on  admet  qu'elle  est  l'adaptation  à  un 
dialecte  turc  assez  archaïque  d'un  .système  graphique  modelé 
sur  le  phonétisme  d'un  dialecte  iranien  et,  plus  spécialement, 
iranien  du  Nord  et  sogdien.  Le  premier  trait  instructif  à  cet 
égard  est  l'histoire  de  1'/  ouïgour.  On  a  vu  en  effet  (voir  p.  86) 
que  cet  /  est  dérivé  de  Vr  muni  d'un  signe  diacritique  souscrit 
qui  affectait  la  forme  d'une  virgule  renversée.  Ceci  ne  s'explique 
que  si  l'alphabet  ouïgour  est  d'origine  iranienne  et  provient 
d'un  dialecte  qui,  comme  le  sogdien  bouddhique  ou  chrétien, 
n'a  précisément  pas  connu  d'/;  s'il  remontait  directement  à  une 
source  sémitique,  il  aurait  conservé  tout  simplement  le  Inmed 
à  côté  du  m;  si,  d'autre  part,  il  remontait  à  un  parler  aussi 
évolué  que  celui  en  manichéen,  il  aurait  pu  être  amené  à  noter 
VI  par  le  signe  qui  valait  originairement  S. 

Il  y  a  plus.  L'alphabet  ouïgour  a  pour  caractéristique  prin- 
cipale de  noter |;  et  h,  k  et  g  (et  q  ei  y  quand  la  série  anté- 
rieure est  distinguée  de  la  postérieure,  ce  qui  est  un  fait 
secondaire)  parles  mêmes  signes,  alors  que  la  langue  parlée 


DE   L'ALPHABET   SOGDIEN.  91 

distinguait  parfaitement  ics  sourdes  des  sonores.  C'est  ce  qu'ont 
établi  de  façon  définitive  les  beaux  travaux  de  M.  V.  Thomsen 
et  en  dernier  lieu  son  mémoire  si  ingénieux  sur  le  système  des 
consonnes  dans  la  langue  ouïgoure  i^KeUli  Szemîe,  t.  II,  p.  ùhi 
et  suiv.);  c'est  ce  qui  a  été  confirmé  par  les  documents  turcs 
en  caractères  syriaques  (voir  en  particulier  Sitzungsberichte  de 
l'Académie  de  Berlin,  1908,  p.  /102  et  suiv.).  Le  pbénomène 
paraît  tout  a  fait  surprenant  et  était  bien  fait  pour  dérouter. 
Mais  il  s'explique  tout  naturellement  si  l'on  considère  (jue 
l'alpbabet  ouïgour  n'est  autre  que  l'alphabet  sogdien  adapté 
à  un  système  phonétique  fort  différent,  auquel  il  convenait 
peu.  En  effet,  on  a  vu  (voir  p.  86)  que  les  dialectes  du  nord 
do  l'Iran,  du  groupe  dont  fait  partie  le  sogdien,  n'avaient  pas 
d'occlusives  sonores  :  le  bêtli  et  le  gâmel  n'y  a[)paraissent  qu'en 
fonction  de  spirantes;  jamais  ils  n'y  ont  la  valeur  de  b,  g. 
Au  contraire,  le  vieux  turc  de  l'Orkhon  et  les  dialectes  très 
rapprochés  de  lui  aux(|uels  a  été  appliquée  d'abord  l'écriture 
sogdienne  n'avaient  ni  /S,  ni  y,  mais  seulement  A  et  g.  Cette 
opposition  si  nette  rendait  impossible  l'emploi  des  =3  et  ^^^ 
sogdiens,  à  moins  de  consentir  à  noter  des  occlusives  par  des 
spirantes  :  et  comme  ra  et  ^^  étaient  les  seuh  signes  repré- 
sentant des  consonnes  sonores  en  sogdien,  on  s'est  trouvé  réduit 
fatalement  à  faire  usage  de- ^  et  de  2.,  c'est-à-dire  précisé- 
ment à  confondre  dans  l'écriture  les  sourdes  et  les  sonores  des 
séries  labiale  et  gutturale.  En  réalité  donc ,  si  l'on  se  place  au  point 
de  vue  proprement  ouïgour,  ^  et  :i  ne  sont  les  graphies  ni  des 
sonores  ni  des  sourdes,  mais  des  occlusives  de  l'une  et  l'autre 
catégorie.  Ce  qui  montre  bien  que  les  signes  des  spirantes  sog- 
dicnnes  ne  poifvaient  être  enq)loyés  à  noter  des  occlusives 
tincjues,  c'est  (jue  le  bith  :d  a  été  aOecté  à  rendre  le  v  Uwc 
bllabial    et  différent  du    iv   sogdien,   qui,   lui,   s'écrivait  par 


92  JANVIER-FEVRIER    1911. 

La  série  des  dentales  n'est,  pas  d'accord  avec  celles  des  gut- 
turales et  des  labiales,  et  le  dâleth  est  passé  du  sogdien  à  rouï- 
gour.  Mais  cette  différence  de  traitement  ne  fait  que  confirmer 
notre  démonstration.  En  etïet,  en  fa'ce  du  g,  bieiitôt  altéré 
d'ailleurs  dans  les  divers  dialectes  postérieurs,  et  du  ^,  qui  a 
mieux  résisté,  à  ce  qu'il  semble,  le  turc  des  inscriptions  de 
rOrkhon  et  les  parlers  voisins  de  l'Asie  centrale  avaient  non 
pas  d,  mais  S,  au  moins  à  l'intervocalique.  Dès  1896, 
M.  V.  Tbomsen,  qui  est  à  vrai  dire  le  premier  linguiste  véri- 
table sur  le  domaine  turc,  auquel  il  a  appliqué  d'abord  et  en 
maître  la  méthode  comparative,  a  montré  avec  beaucoup  de 
clarté  (^hiscriptions  de  rOrhhon,  p.  190)  que  dans  les  inscrip- 
tions vieilles  turques  c'était  sans  doute  S  que  notaient  les 
deux  caractères  de  la  série  antérieure  et  postérieure  employés 
à  rendre  la  dentale  sonore.  Dans  ses  Forstudier  ul  tyrlask  Lyd- 
hîstorie  (p.  36  et  suiv.),  M.  V.  Gronbech  insiste  justement  sur 
ce  fait  que  la  sonore  dentale  a  disparu  longtemps  avant  la  gut- 
turale et  la  labiale,  ce  qui  donne  à  penser  qu'elle  ne  compor- 
tait pas  le  même  degré  d'occlusion.  Aussi  est-il  regrettable  que 
M.  V.  Radlofl",  sacrifiant  à  un  besoin  de  parallélisme  pure- 
ment schématique,  ait  donné  au  représentant  du  Jâ/^?//*  en  ouï- 
gour  la  double  valeur  de  6  et  S,  contrairement  au  témoignage 
des  inscriptions  vieilles  turques  et  à  celui  de  Rabghousi,  que 
pourtant  il  introduit  lui-même  et  qui  donne  très  exactement 
i>^\  pour  ôS  ^  temps  11,  ^5i!  pour  âSgii  ^  bon  55,  ^iî  pour  nSnq 
t^piedw  (IhorbcnnH  de  l'Académie  de  Pétersbourg,  1908,  t.  I, 
p.  889).  Si  l'on  se  reporte  d'ailleurs  à  la  liste  de  mots  turcs 
en  caractères  manichéens  que  M.  von  Le  Coq  a  eu  l'heureuse 
idée  de  publier  dans  les  Silzungsberichte  de  l'Académie  de  Berlin 

(1908,  p.  /io9  et  suiv.),  on  y  trouvera  précisément  Ji^J?)j  '^' 


'*'   Faulo  de  ty{)cs  manichéons,  on  transcrit  iri  l'alplialiol  citran/fliélo  mo- 
difié par  du  syriaque  ordinaire. 


DE  L'ALPHABET  SOGDIEN.  93- 

aSnqa  (n"    2),    a^)    âSgû   (n°    65),    parmi    bien   d'autres 
exemples. 

Un  témoignage  curieux  et  significatif  enjfaveur  de  notre 
explication  est  fourni  par  les  documents  sogdiens  bouddhiques 
eux-mêmes.  On  y  trouve,  en  effet,  illustrée  par  l'exemple,  l'in- 
sufïisance  de  l'alphabet  sogdien  à  noter  un  système  de  consonnes 
tel  que  celui  du  turc  archaïque.  On  y  voit  le  système  graphique 
iranien,  aux  prises  avec  les  mêmes  diflicultés  exactement  que 
dans  le  cas  de  l'ouïgour,  aboutir  précisément  aux  mêmes  expé- 
dients et  aux  mêmes  ambiguïtés.  Dans  l'un  des  textes  rapportés 
par  M.  P.  Pelliot  de  Touen-houang  (Inventaire,  n"  35 90), 
qui  forme  un  rouleau  en  assez  bon  état,  mais  d'une  encre  et 
d'une  écriture  médiocres,  nous  avons  retrouvé,  non  seulement 
des  emprunts  sanskrits  comme  il  y  en  a  dans  tous  les  textes 
bouddhiques  sogdiens,  mais  encore  de  nombreux  noms  propres 
et  surtout  des  citations  de  textes,  c'est-à-dire  en  somme  du 
sanskrit  en  écriture  sogdienne.  Ces  citations  comprennent  des 
vers  d'origine  inconnue,  mais  parfaitement  reconnaissables  et 
intelligibles,  et  deux  extraits  du  Dharmapada.  Or  le  système 
phonéti([ue  du  sanskrit  ignore  de  façon  plus  complète  encore 
que  celui  du  turc  les  spirantes  :  il  n'a  pas  même  de  S,  et  les 
scribes  sogdiens  se  trouvaient  en  face  de  la  langue  sacrée  du 
bouddhisme  du  Nord  dans  le  même  embarras  exactement  qu'en 
face  du  parler  des  barbares  turcs.  Ils  ont  abouti  à  la  même 
solution  :  t,  tli,  t  et  d,  dh ,  d  sont  notés  les  uns  et  les  autres 
par  t  '^•,  p,  ph  et  h,  hh  par  p  a;  /.•,  kh  et  g,  gh  par  /.  a..  Les 
sourdes  et  les  sonores  paraissent  ainsi  confondues,  alors  iju'il 
est  probable  qu'une  partie  au  moins  des  Sogdiens  ont  été  en 
état,  par  éduccition  ou  par  rééducation,  de  prononcer  des  oc- 
clusives sonores'^'.  A  la  page  suivante,  on  trouvera  le  fac-siuiilé 

'•'  Quand  le  s(>|j(lion  a  <î  on  face  d'une  donlale  snnskriU-,  ro  (jui  ost  tivs 
rare,  il  s'njjit  sans  doute  d'un  fait  d'adaplallon  |ilion<''lii|U('  (l(>  r('in|irunt.  Kn 
cllt'l,  on  a  ainsi  <5  dans  ênii  illianna,  qui  sondile  doNonu  ^ojjdicn  cl  lournil  îles 


94  JANVIER-FÉVRIER   l'Jll. 

(n"I),  réduit  de  moitié,  d'une  des  citations  du  Dharmapada, 
qui  illustrera  mieux  que  tout  commentaire  le  fait  en  question. 
En  voici  la  translitératipn  mécani([ue,  conforme  aux  indications 
du  tableau  de  la  page  82,  et  au-dessous  la  transcription  en 
sanskrit  : 

sr^n      t'u'n  trm  t'n'n       cyn'Uj    srfn      rhjn  trm  rhjn 

sarvaiii  dânani  dharmadânam  jinâti  sarvam  ratini  dharmaralim  (s/c/) 

èyn'ly 
jinâti 

sr^n      pr'n     H'nUj     pr'n    hjn'iij  tv^ysn'    h'.s^y      sr^     sivhk  (sic!) 
sarvam   balani    ksânlibalani     iinâli     trsnâksavali        sarvasiikba 

cynUy 
jinâli 

On  voit  que  c'est  le  correspondant  du  pâda  35/i  du  Dbam- 

mapada  pâli  : 

Sabbadâaaiu  dhammadânam  jinâti 
sabbam  rasam  dhammaraso  jinâti 
sabbam  ralim  dhammaratï  jinâti 
tanhakkhayo  sabbadnkkliani  jinâti. 

Mais  la  recension  sogdienne  est  conforme  à  la  rédaction 
du  Nord,  ainsi  qu'il  ressort  de  la  comparaison  avec  le  texte 
conservé  en  tibétain  (^Udânavarga,  trad.  Rockbill,  xxvi,  33, 
p.  12/1)  :  «The  greatest  of  gifts  is  tbe  gift  of  the  lavv;  tbe 
greatest  of  delights  is  deligbt  in  the  law,  the  greatest  of 
strengths  is  tlie  strcngth  of  patience;  tb<'  greatest  bappiness  is 
ibc  destruction  of  désire,  n  La  citation  est  donc  en  somme  très 
correcte.  Outre  la  confusion  purement  graphique  des  sourdes 
et  des  sonores,  elle  présente  quelques  particularités  régulières  : 
la  transcription  de  in  par  n  et  de  j-  par  r  suivi  de  y  ou  de  'y, 

dérivés,  et  dans  "ry'^'whSys^r  Ârv^valokitoçvara,  lo  nom  peul-ètro  lo  jilus 
])0[»iiliiir('  (lu  liouddliisnio  so(jdicn;  c't'sl-à-dirc  (|iio  S  t'sl  iiunsi  l)icn  juiur  la 
sonore  (//(  (jnc  pour  la  sourde  t,  (|uuiul  luni'  cL  Taulre  s'ullèronl. 


Journal  asiatique.  —   Janvier-février  1911. 


REPRODICTIONS  DE  SPECIMENS  S0GD1E>S. 


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'.»^-y«' 


DE  L'ALPHABET  SOGDIEN.  95 

l'omission  complète  du  -li  final,  qui  est  au  contraire  noté  par 
y  à  l'intérieur.  Ces  é(|uivalences,  qui  s'expliquent  d'ailleurs  par 
l'état  des  systèmes  phonétiques  du  sanskrit  et  du  sogdicn,  se 
retrouvent  dans  tous  les  exemples.  En  revanche,  il  y  a  une 
faute  de  sandhi  entre  dharmaratim  et  jinâti,  ce  qui  n'est  pas 
très  surprenant  et  où  il  n'y  a  peut-être  qu'une  erreur  graphique 
amenée  par  le  parallélisme  entre  sarvain  dânam  \  dharmadânam 
jinâti  et  sarimm  ratim  \  dharmaratir  jmâti.  Enfin  il  manque  la 
nasale  finale  dans  5/r/.7.-. 

Pour  finir,  nous  donnerons  ici  la  translitération  et  l'explica- 
tion du  spécimen  d'écriture  donné  comme  deuxième  fac-similé 
et  qui  se  trouve  à  la  page  précédente.  Il  s'agit  de  deux  lignes 
extraites  d'un  passage  où  sont  énumérés  les  six  organes  des 
sens  (âyatana)  : 

asty  nylc  zk  ct^'nn  fy  :^'k  zk 
pncm  t'y  civrnc  'pny  ivyivsmy 

ce  qui  signifie  : 

...  .le  troisième  (âyatana)  le  nez;  ce  quatrième  âyatana  la  langue, 
ce  cinquième  âyatana  la  peau  et  le  sixième 

Pour  l'explication  des  noms  de  nombre  ordinaux,  il  nous 
sera  permis  de  renvoyer  aux  Mémoires  de  la  Société  de  Linguis- 
tique (tome  XVII,  fasc.  3).  Les  autres  mots  sont  :  nyh  «nczw, 
en  pehlvi  nâh,  en  chigni  nid:;  zjS'Iî,  en  ossète  aztvâg,  en  vvaklii 
zik,  en  chigni  zeiv,  en  persan  ziihân;  et  hrrnc,  en  ossèlc  car, 
varni,  jarni,  en  persan  carm.  Les  idéogrammes  sémitiques  zk  et 
'/'  (qui  était  lu  ny,  ainsi  qu'il  est  indiqué  en  toutes  lettres)  sont 
en  majuscules. 

NoTK  DK  coiiUKCTKiN.  -  J^'s  (l(r()ti\ (M'ii's  (•(  iM-M'Ialioiis  loiicliaiil  les  cliosos 
(PAsio  conlralo  se  !siicct''(l<Mil  si  xilc  (pic  iidiis  sommes  oMijji's  do  ronvoyor  le 
lodciii'  |Miiii'  la  |ii'(Mnièi'0  partie  de  cel  article  et.  en  parlicidier,  |iour  la  carar- 
l(''risli(|iie  el  le  (N'chillremeiil  des  leUres  rapperlées  de  (Iliiiie  par  \l.  \.  Siein, 
à  la  Ao/i;  aur  In  Inn^ntc  cl  l'écriliire  iiicuniiiiex  (Ir.i  ilnciniienlx  Slciii-(itiivli'ii  (pii 
doit  |»araître  sous  peu  dans  le  J.ll.A.S. 


LE 
CALENDRIER    MALGACHE, 

PAR 

M.  E.-F.  GAUTIER. 


D'un  manuscrit  arabico-raalgache,  que  j'ai  publié  ^'^  M.  Ga- 
briel Ferrand  m'a  fait  l'honneur  de  tirer  par  déduction  une 
théorie  ingénieuse  et  inattendue  sur  le  calendrier  malgache; 
elle  a  paru  en  avril-mai  1909  '-'  dans  la  Revue  des  Etudes  ethno- 
graphiques. 

M.  Ferrand  admet  cjue,  à  Madagascar,  dans  ie  Sud-Est, 
l'année  compte,  ou  comptait  du  moins  au  xvii"  siècle,  exac- 
tement douze  mois  à  28  jours  (quatre  semaines  juste),  ce  qui 
faisait  une  année  de  336  jours.  Cette  affirmation  est  toute  la 
théorie. 

L'année  solaire  a  365  jours;  l'année  lunaire  35/i  ou  355; 
le  mois  lunaire,  de  nouvelle  lune  à  nouvelle  lune,  dure  de  98 
à  3  1  jours  ;  il  est  donc  bien  entendu  que  le  calendrier  mal- 
gache ancien  n'aurait  eu  aucune  espèce  de  rapport  soit  avec  le 
soleil  soit  avec  la  lune,  soit  avec  un  phénomène  naturel  pé- 
riodique quel  qu'il  soit.  Ce  calendrier  ne  repose  sur  rien,  sauf 
une  convention  arithmétique;  le  temps  est  divisé  en  multiples 
du  chiffre  7,  groupe  de  y,  98,  336  jours,  auxquels  il  faut 
ajouter  la  semaine  d'années. 

Si  le  fait  était  exact,  il  serait,  j'imagine,  très  curieux,  et 
peut-être  bien  unique.    L'Annuaire   des  Longitudes  ,  en  tout 


'•'  Vil  manuxcril  avahico-malgachi'  sur  les  canipaipics  ilc  La  Caso  liaits 
t'hmtro,  par  E.-K.  Gai;t!ER  et  H.  I"'roii)Kvau\,  in  Notkesel  Kxtiaits ,  t.  \\\1X, 
p.  3),  177. 

'■-'  Noie  sur  le  Calendrier  malgache,  par  Al.  Gal)riol  FEniiANi),  in  Revue  de» 
Eludes  elhtiofrraphiques  cl  sociologiques ,  avril-mai   1908. 

XVII.  7 


IvtHtvrRir    RtTi.intip. 


98  '      JANVIER-FÉVRIER   l'Jll. 

cas,  dans  sa  partie  historique,  mentionne  des  calendriers  so- 
iaires,  lunaires,  luni-solaires,  mais  pas  un  seul  qui  ne  soit  ni 
l'un  ni  l'autre  :  ce  calendrier  abst4'nit,  dont  aucune  périodicité 
saisonnière  ou  astrale  ne  permettait  le  contrôle  et  la  rectifi- 
cation, se  serait  égrené  régulièrement  et  mathématiquement 
pendant  des  siècles ^'^,  dans  des  cerveaux  inconséquents  de 
sauvages;  cela  semble  surprenant.  Notons  que  dans  tous  les 
dialectes  malgaches,  le  même  mot  exactement  désigne  la  lune 
et  le  mois  (^volana  en  dialecte  merina,  fanjava  dans  les  dia- 
lectes côtiers);  et  les  Malgaches  sont  très  attentifs  aux  phases 
de  la  lune. 

Notons  encore  que  Flacourt  affirme  les  relations  du  calendrier 
malgache  au  xvn''  siècle  avec  les  phases  de  la  lune.  Son  té- 
moignage a  même  été,  chose  curieuse,  invoqué  par  M.  Ferrand. 
Flacourt  écrit  :  «Le  vingt-troisième  d'Août  (i653),  premier 
de  la  lune  Hiahia''^^»,  les  Malgaches  du  Sud-Est  ont  célébré  la 
fin  du  liamadan.  M.  Ferrand  traduit  et  met  entre  parenthèses: 
(premier  jour  du  mois  de).  C'est  prendre  une  grande  liberté 
avec  le  texte.  La  prose  du  xvif  siècle ,  que  Flacourt  écrit  ho- 
norablement, est  une  langue  précise,  où  les  mots  lune  et 
mois  ne  sont  pas  synonymes.  Tout  le  monde  sait  que  les  Mu- 
sulmans ,  à  la  fin  du  Ramadan ,  attendent  impatiemment  non 
pas  la  fin  théorique  du  mois,  mais  l'apparition  réelle  de  la 
nouvelle  lune  dans  le  ciel.  D'ailleurs  le  problème,  si  M.  Ferrand 
croit  qu'il  y  en  a  un,  est  facile  à  résoudre.  D'après  Flacourt, 
le  2.3  août  i653  l'ut  un  jour  de  nouvelle  lune;  c'est  facile  à 
vérifier.  Dans  l'Annuaire  du  Bureau  des  Longitudes  pour  1910 
prenons  les  tableaux  du  nombre  d'or  et  de  l'épacte,  nous  con- 
statons que,  entre  1910  et  1  653,  l'écart  des  nouvelles  lunes 
est  de  1 8  jours;  en  août  1910  la  nouvelle  lune  d'août  est  le  5  ; 

î')  M.  Ferrand  a  rru  pouvoir  fixer  exactement  les  équivalences  du  calendrier 
anlaiuioro  di>  1G37  à  1909,  cf.  op.  laud. 
(^>  Flacourt  (édition  de  iGGj,  p.  3/i3). 


LE  CALENDRIER  MALGACHE.  99 

18  et  5  font  exactement  28.  Flacourt  a  donc  parfaitement 
raison;  le  ^^3  août  i653,  premier  de  Hiahia,  fut  un  jour  de 
nouvelle  lune.  Le  même  Flacourt  d'ailleurs,  parlant  de  l'année 
malgache  en  général,  écrit  encore  :  ^Le  premier  mois  commence 
à  la  nouvelle  lune  de  Mars,  v  Comment  peut-on  équivo([uer  sur 
un  texte  aussi  précis? 

L'existence  du  calendrier  ^dc  sept  et  ses  multiples??  n'a 
jamais  été  constatée  directement  à  Madagascar.  M.  Ferrand 
l'établit  parle  raisonnement  et  non  par  l'observation.  La  to- 
talité, moins  un,  des  manuscrits  arabico-malgaches  connus 
jusqu'ici  contiennent  de  la  magie  et  des  généalogies.  L'exception 
unique  c'est  précisément  le  manuscrit  que  le  hasard  m'a  mis 
dans  les  mains  et  dont  j'ai  publié  des  fragments'";  c'est  un 
récit  historique,  semé  de  dates  précises  en  assez  grand  nombre. 
De  ces  dates,  ingénieusement  comparées  et  interprétées, 
M.  Ferrand  tire  sa  conviction  sur  le  calendrier  «de  sept  et  ses 
multiples»;  et  cette  conviction  n'a  absolument  aucune  autre 
source. 

I!  faut  donc  que  ces  interprétations  de  dates  conduisent  à 
des  résultats  singulièrement  précis;  est-ce  bien  le  cas?  Les 
données  du  problème  sont  les  suivantes.  Le  scribe  Antaimoro, 
quand  il  donne  une  date,  indique  avec  précision,  outre 
l'année,  le  jour  de  la  semaine,  le  nom  du  mois,  et  enfin  il 
donne  sur  le  quantième  une  indication  nslmlogique  àoni  la  tra- 
duction c/iro/io/o/^'vVywe  est  relativement  précise,  à  sj  ou  3  jours 
près;  c'est  ainsi (ju'Asorotanv  '-'par  exemple  (nom d'un  destin) 
s'applique  indilléremmcnt  aux  8%  ()"  et  t  o'  jours  du  mois.  Si 
on  relève  dans  le  manuscrit     une  liste  sullisamment  serrée  de 

f'  /.  c.  Voir  aussi  Notes  sur  ri'rvilitrn  .{nlaiiiinrii,  jiar  E.-I"\  Gautieh,  clans  les 
Piiljllcationx  de  l'Ecole  dox  Lellres  dWtgrr,  i()03.  —  Dans  ces  nu-mcs  put>ii- 
calions  (deveiuies  celles  clo  la  Facidlé  drs  Lettre»)  le  nianiiscril  anlaiinoro  va 
paraître  iiUeyraleiiiciil  par  les  soins  do   M.   Mondain,  j)asteiii-  à  iMndajjascar. 

(-^  Pour  ma  commodité  personnelle,  et  dans  un  (ra\aii  (|iii  n'est  pas  |)liil(i- 
lo{ji(pie,  j'emploie  rnrtliofjrajilie  usnelie  à  Aladaj;as(nr. 


100  JANVIER-FEVRIER   1911. 

dates  aussi  complètes,  on  peut  essayer  de  déterminer  le  ca- 
leridrierqui  assure  la  concordance  entre  le  jour  de  la  semaine 
et  le  quantième  du  mois.  C'est  ce  (ju'a  fait  M.  Ferrand;  il  admet 
que  cette  concordance  est 'assurée  par  le  calendrier  de  «sept 
et  ses  multiples  w.  Les  détails  qu'il  donne  pourtant  n'entraînent 
pas  la  conviction. 

Prenant  pour  base  une  liste  de  dates  empruntées  aux  Cam- 
fagnes  de  La  Case,  M.  Ferrand  conclut  :  «Pour  que  les  indi- 
cations du  texte  concordent  avec.  .  .  le  quantième,  il  faut,  je 
le  répète,  que  tous  les  mois  commencent  un  jeudi  et  n'aient 
que  28  jours  de  durée ''^  77  II  est  évident,  en  effet,  que,  si  le 
mois  a  régulièrement  h  semaines  juste,  il  commencera 
toujours,  immuablement,  par  le  même  jour  déterminé. 

A  la  même  page  et  en  note,  prenant  pour  base  une  autre 
liste  de  dates,  empruntée  cette  fois  à  mes  Notes  sur  récriture 
Antaimoro,  M.  Ferrand  conclut  :  t^Les  trois  dates  ci-dessus  im- 
pliquent un  lundi  comme  premier  jour  du  mois,  et  non  un 
jeudi.  Ceci  tendrait  à  démontrer  que  toutes  les  tribus  du  Sud- 
Est  n'avaient  pas  un  calendrier  unique  et  que  certains  grou- 
pements commençaient  le  mois  un  lundi ,  d'autres  un  jeudi,  -n 

Il  est  vraiment  difficile  de  suivre  M.  Ferrand  sur  ce  terrain; 
les  deux  groupes  de  dates  ont  beau  avoir  été  tirés  de  publi- 
cations diiïérentes,  ils  sont  empruntés  à  deux  pages  très  voisines 
du  même  manuscrit,  ils  se  rapportent  à  deux  épisodes  dans 
l'histoire  d'une  même  tribu ,  les  Antaimoro  ;  cette  tribu  était 
sous  le  commandement  d'un  chef  suprême  unique,  dont  c'est 
précisément  les  hauts  faits  qu'on  nous  raconte;  elle  était  étroi- 
tement unie ,  malgré  ses  dissentiments  politiques ,  par  une  même 
magie,  et  ce  qu'on  pourrait  appeler  une  même  culture.  Les 
deux  groupes  de  dates  ne  sont  séparés  l'un  de  l'autre  que  par 
un  petit  nombre  d'années;  puisque  le  personnage  de  premier 

C  G.  FfinnA.ND,  Le,  Calendrier  nialjraclie,  p.  n  du  tirajje  à  part. 


LE   CALENDRIER   MALGACHE. 


101 


plan,  Andrlamarofatana  est  le  même  dans  les  deux  épisodes. 
Veut-on  nous  faire  croire  que  sur  le  même  point,  chez  les 
mêmes  hommes, à  la  même  époque,  le  mois  ait  commencé  in- 
variablement à  la  fois  un  lundi  et  un  jeudi?  Pourquoi  fermer 
les  veux  sur  cette  contradiction  choquante? 

Dans  les  notes  et  le  commentaire  des  Campagnes  de  La  Case 
j'avais  relevé  une  erreur  d'un  an  dans  la  chronolo^jie  du  ma- 
nuscrit; j'entends  que  le  manuscrit,  dans  deux  passages 
voisins,  place  le  même  événement  à  deux  dates  qui  divergent 
exactement  d'une  année.  A  ce  sujet  M.  Ferrand  écrit  :  rt  Les 
indications  du  texte  sont  très  nettes;  la  rectification  de  Gautier, 
p.  168  n.  7,  est  inexacte*^',  w 

Voyons  donc  ce  texte  :  il  est  assez  court  pour  qu'on  puisse  le 
citer  intégralement.  Aux  pages  167  d'une  part  et  168  de 
l'autre,  le  scribe  Antaimoro  nous  raconte  le  même  événement; 
celte  répétition  est  très  justifiée  au  début  d'un  nouveau  cha- 
pitre; les  deux  récits  concordent  jusque  dans  les  termes,  et 
leur  date  est  la  même,  sauf  un  écart  d'un  an  juste. 

Dressons  en  un  petit  tableau  synoptique. 

Page   168. 


Page  1G7. 

Ramanirakarivo  s'enfuit  vers  le 
Noiil.  .  .  Au  mois  de  Fisakavy 
tout  le  peuple  reprend  le  clieniin 
de  Mananjary.  L'Andrianony  An- 
diiamaniiakarivo  se  fixa  à  Fisanga 
au  mois  de  Volambita.  Ouand  fut 
finie  l'année  du  !Aindi^'\  celle  du 
Mardi  commença.  Les  mois  d'Asara- 
masay,  d'Asarabe,  de  Valravatra 
passèrent;  le  peuple  planta  le  riz. 


Ce  fut  au  mois  de  Fisakavy 
qu'Andriamanirakarivo  s'en  alla  au 
Nord;  au  mois  de  Volambila  Vannée 
du  Mardi  finit.  Au  mois  d'Asara- 
masay  l'Andrianony  Ancb'iamani- 
rakarivo  bâtit  son  village  à  Fi- 
sanga. Au  mois  d'Asarabe  et  de 
Valravatra  le  ()ou|)le  ])lanta  le  riz. 


O  G.  Ferrand,  dans  le  Journal  asialiquc.  t.  XII,  juillel-aoùl  1908,  p.  'r9(> 
et  suiv. 

'■''  On  sait  que  les  Antaimoro  classent  leurs  années  eu  j;roupcs  de  se|)l,  et 
donnent  à  chacune  le  nom  d'un  jour  de  la  semaine. 


102  JANVIER-FEVRIER    1911. 

Les  indications  de  ces  textes  sont  en  effet  très  nettes,  et  je 
ne  vois  pas  comment  M.  Ferrand  a  pu  se  soustraire  à  ma  con- 
clusion. Préoccupé  de  dresser  la  liste  des  dates  il  a  sans  doute 
laissé  son  attention  se  détourner  des  faits  auxquels  ces  dates 
se  rapportent.  Un  événement  considérable  aux  proportions  de 
l'histoire  Antaimorô,  la  fondation  de  Fisanga  dans  les  mois 
de  Volambila  et  d'Asaramasay,  ne  peut  pas  avoir  eu  lieu  à  la  fois 
à  la  fin  de  l'année  du  Lundi,  et  à  la  fin  de  l'année  du  Mardi. 
Il  faut  nécessairement  faire  un  choix  entre  ces  deux  dates. 
M.  Ferrand  s'y  refuse-"  et  il  les  admet  conjointement  toutes 
les  deux  comme  éléments  de  son  calcul.  Dans  ce  calcul,  qui 
s'étend  d'après  lui  à  une  période  de  cinq  années,  il  a  donc 
laissé  se  glisser  une  erreur  d'une  année  entière. 

M.  Ferrand  a  publié  très  loyalement  les  éléments  de  son 
calcul,  c'est-à-dire  la  liste  des  dates  relevées  dans  le  texte 
Antaimorô,  et  qu'il  s'agit  de  faire  concorder  entre  elles.  J'y 
relève  ceci  (p.  lo,  ii  et  1 2  du  tirage  à   part)  :   f^  Mercredi 

Asaratan  du  mois  de  Maka.  Lire  jeudi mardi  Alahasadi. 

Lire  lundi Lundi  Adabaran rectifier  en  jeudi,  ri  En- 
tendons bien  que  ces  lectures  différentes  ne  sont  nullement 
suggérées  par  la  graphie  du  manuscrit,  ou  par  la  similitude  de 
mots  qui  eussent  pu  être  confondus;  —  non.  M.  Ferrand  rec- 
tifie mercredi  en  jeudi,  mardi  en  lundi,  lundi  en  jeudi,  uni- 
quement parce  que  sans  ces  rectifications  son  système  s'écrou- 

C  H  me  renvoie,  pour  me  convaincre  de  mon  erreur,  à  p.  i38,  ligne  3  (je 
suppose  du  moins  ([ue  c'est  Itien  là  ce  qu'il  veut  dire  car  sa  référence  est 
inexacte).  Il  ne  s'est  donc  pas  aperçu  ([ue  les  événements  auxquels  se  rapporte 
la  date  de  la  page  i38  n'ont  rien  de  commun  avec  la  fondation  de  Fisanga. 
Ça  se  passe  dans  une  autre  partie  de  l'Imoro  ,  La  Case  y  combat  de  nouveaux 
adversaires.  Entre  les  dates  préci'dentes  et  suivantes,  celle  de  la  page  i38  ne  se 
trouve  donc  intercalée  qu'au  point  de  vue  typographique,  mais  non  pas  à  celui 
d'une  liaison  chronologique  entre  les  faits.  M.  Ferrand  extrait  mécanicjuement 
du  texte  des  dates  qui  lui  paraissent  se  suivre.  Mais  ce  texte;  rous  dit  formel- 
lement que  les  faits  datés  ne  se  sont  pas  suivis.  Il  faut  absolument  se  résigner 
à  le  lire  en  l'ntier  et  à  le  comprendre. 


LE   CALF.MDRIER   MALGACHE.  103 

lerait.  Sans  doute  le  scribe  Antaimoro  était  un  étourdi.  C'est 
seulement  lorsque  le  texte  est  en  contradiction  avec  sa  théorie 
que  M.  Ferrand  s'en  souvient.  11  croit  en  avoir  le  droit  parce 
r^  que  sur  trente-sept  dates  relevées.  .  .  .  trente-trois  concordent 
exactement  55.  Trente-trois  concordances  contre  quatre  diver- 
gences, voilà  en  effet  une  assez  belle  disproportion ,  moins  frap- 
pante cependant  qu'on  ne  le  croirait  au  premier  abord.  Le 
quantième  Antaimoro  n'est  pas  en  général  indiqué  par  jour, 
mais  par  groupes  de  2  ou  3  jours.  Trois  jours,  c'est  presque 
la  moitié  de  la  semaine  :  une  pareille  notation  du  quantième 
donne  un  jeu  très  appréciable  pour  chercher  les  concordances; 
et  il  est  rtyWon  vraisemblable,  avec  un  peu  de  chance,  qu'elles 
doivent  l'emporter  en  nombre  sur  les  divergences. 

Par  surcroît,  le  chiffre  de  33  contre  k  ne  nous  paraît  pas 
acceptable  d'après  les  données  mêmes  que  publie  M.  Ferrand. 

Dans  le  texte  Antaimoro,  les  dates  ne  sont  pas  éparses  une 
à  une  à  travers  le  récit,  comme  elles  pourraient  l'être,  par 
exemple,  dans  un  manuel  européen  d'bistoire.  Quand  le  scribe 
Antaimoro  en  vient  au  récit  d'une  semaine  ou  d'une  quinzaine 
tragique,  il  date  minutieusement  l'un  après  l'autre  tous  les 
jours  successifs,  du  premier  au  dernier. 

Exemple  :  la  première  razzia  de  La  Case,  dans  l'année  du 
Dimanche,  a  commencé  le  5  du  mois  de  lliahia,  et  a  fini  le  i  i 
du  même  mois.  La  scribe  date  avec  précision  le  lundi  5,  le 
mardi  6,  le  mercredi  -y.  Il  les  date,  c'est-à-dire  qu'il  donne 
soigneusement  pour  chacun  de  ces  jours  néfastes  la  notation 
astrologique;  que  celte  notation  ait  pour  nous  un  sens  chrono- 
logique, il  n'en  a  cure. 

Il  nous  donne  de  même  dans  l'année  du  Lundi  les  dates 
précises  de  chacun  des  quinze  jours  successifs,  qui  vont  du  a  'i 
llatsiha  au  8  Volasira;  et  dans  l'année  du  Mardi  les  dates 
précises  des  i  ^i  jours  successifs  ([ui  vont  du  ()  au  -j-î  Hatsiiia. 

Voilà  bien  en  effet  les  33  indications  chronnlogicjues  de 


Il 


lOA  JANVIER-FEVRIER    1911. 

M.  Ferrand,  mais  elles  ne  nous  renseignent  que  sur  trois  points 
seulement  de  la  durée,  exactement  sur  A  mois  différents,  et 
ce  sont  en  somme  simplement  k  dates  indépendantes. 

En  résumé  :  ayons  sous  les  yeuj;  la  liste  des  dates  relevées 
par  M.  Ferrand  dans  le  manuscrit  Antaimoro:  adoptons  son 
critérium  de  concordances,  qui  est  bien  simple;  le  mois  ayant 
toujours,  sans  exception,  28  jours  (soit  quatre  fois  sept),  de 
toute  nécessité  il  doit  invariablement  commencer  par  le 
même  jour  de  la  semaine,  dans  l'espèce  le  jeudi;  prenons,  bien 
entendu,  le  texte  tel  qu'il  est,  sans  rectification;  et  voici  les 
seules  conclusions  auxquelles  nous  puissions  aboutir,  je  crois  : 

A  nm'e  du  dimanche  : 

Le  mois  de  Maka  n'a  pas  commencé  un  jeudi; 

Le  mois  de  Hiabia  a  commencé  un  jeudi. 

Année  du  lundi  : 

Le  mois  de  Hatsiha  et  le  mois  de  Volasira  ont  tous  Iqe  deux 
commencé  un  jeudi. 

Année  du  mardi  : 

Le  mois  de  Hatsiba  a  commencé  un  jeudi. 

Année  du  mercredi  (d'après  M.  Ferrand,  mais  il  se  trompe 
«l'un  an  et  il  s'agit  encore  de  l'année  du  mardi)  : 

Un  mois  indéterminé  ne  commence  pas  un  jeudi.  • 

Année  du  jeudi  [en  réalité  mercredi)  : 

Un  mois  indéterminé  ne  commence  pas  un  jeudi. 

Voilà  le  bilan  du  fragment  de  manuscrit  qui  contient  les 
campagnes  de  La  Case.  Dans  un  autre  fragment  (publié  dans 
mes  Notes  sur  l'écriture  Antaimoro)^  M.  Ferrand  a  relevé  quatre 
indications  cbronologiques,  dont  l'examen  conduit  aux  consta- 
tations suivantes  : 

Année  du  mérc/W*  (antérieure  aux  précédentes, mais  de  peu, 


LE   CALENDRIER   MALGACHE.  105 

puisque  le  roi  Anlaimoro  est  déjà  Ramarof;ilana,  que  La  Case 
a  connu)  : 

Trois  mois  indéterminés  commencent  un  lundi; 
Un  mois  indéterminé    ne  commence   ni   un    lundi   ni    un 
jeudi. 

Voilà  très  exactement  reproduits  les  éléments  de  calcul  sur 
lesquels  M.  Ferrand  appuie  sa  théorie  :  et  il  est  bien  entendu 
que  c'en  est  la  seule  base.  Elle  apparaît  donc  un  peu  fragile , 
puisque  nous  constatons  y  divergences  contre  h  concor- 
dances. La  seule  conclusion  possible  est  que  le  mois  Antaiinoro 
avait  parfois,  mais  que  parfois  aussi  il  n'avait  pas,  exactement 
2  8  jours. 

Je  ne  doute  pas  que  M.  Ferrand  ne  se  soit,  laissé  entraîner 
au  plaisir  bien  naturel  de  solliciter  les  textes. 

Le  scribe  Antaimoro  n'est  pas  très  digne  de  foi  :  M.  Ferrand 
le  sait  bien,  puisqu'il  lui  reproche  à  tout  hasard  de  s'être 
trompé  sur  des  noms  de  jour,  sur  des  quantièmes;  et  nous  avons 
vu  que  ce  scribe  commet  candidement  une  erreur  d'un  an. 
Grâce  à  sa  façon  de  grouper  les  dates,  il  ne  nous  donne  (pio 
très  peu  d'indications  chronologiques  utilisables  :  deux  par  un 
en  moyenne.  De  dates  aussi  suspectes  et  aussi  rares  comment 
pourrait-on  extraire  la  connaissance  précise  d'un  calendrier? 

M.  Ferrand  jouit  dans  les  cercles  érudits  d'une  autorité  lé- 
gitime; à  l'étude  philologique  du  malgache  et  à  celle  des  ori- 
gines il  a  apporté  des  contributions  très  précieuses.  Sur  un 
sujet  pareil,  où  tout  moyen  de  contrôle  fait  défaut  à  l'im- 
mense majorité  des  lecteurs,  une  erreur  de  cet  esprit  dis- 
tingué n'est  donc  pas  indifférente.  Néanmoins  je  ne  l'aurais 
pas  relevée,  une 'critique  stérile  ne  m'aurait  pas  paru  valoir 
l'impression. 

J'ai  toujours  pensé  que  cette  question  du  calendrier  ancien, 
comme  tant  d'autres  questions  malgaches,  trouverait  sa  so- 


10()  JANVIER-FEVRIER   1911. 

lution  à  Madagascar,  où  les  indigènes  après  tout  n'en  ont 
perdu  ni  le  souvenir,  ni  même,  dans  une  certaine  mesure, 
l'usage.  Ce  n'est  pas  une  matière  morte  sur  laquelle  nous  en 
soyons  réduits  au  témoignage  des  teMes.  J'ai  plusieurs  fois  si- 
gnalé à  l'Académie  malgache  de  Tananarivo,  l'utilité  d'une 
enquête  locale  sur  le  calendrier,  et  voici  qu'on  m'a  donné  sa- 
tisfaction. Une  enquête  sérieuse  a  été  faite;  elle  conduit  à  des 
résultats  intéressants  et  neufs;  nous  pouvons  nous  faire  main- 
tenant une  idée  nette  du  vieux  calendrier.  Ces  résultats  ont  été 
publiés  dans  le  Bulletin  de  rAcndémie  malgache,  c'est-à-dire 
dans  une  revue  qui  paraît  quelquefois,  à  Tananarivo,  et  qui 
est  à  peu  près  introuvable  de  ce  côté-ci  des  mers.  Il  me  paraît 
donc  nécessaire  d'en  donner  une  analyse;  et  pour  ce  faire  j'ai 
dû  examiner  d'abord  la  théorie  de  M.  Ferrand. 

Le  Bulletin  de  l' Académie  malgache  vient  donc  de  publier  sur 
le  calendrier  un  article  du  R.  P.  Thomas^'^  Une  note  delà 
rédaction  nous  prévient  que  l'article  était  déjà  rédigé  en  i  gof)  ; 
il  a  donc  attendu  quatre  ans  en  tiroir.  Les  résultats  d'une 
encpiête  intéressante,  complètement  terminée  en  ic)o5,  n'au- 
ront été  connus  en  France  qu'en  1910.  Et  encore  faut-il  se 
féliciter  qu'ils  aient  tout  de  même  fini  par  l'être.  A  l'avancement 
des  études  concernant  Madagascar,  c'est  un  très  gros  obstacle 
que  l'inexistence  de  communications  régulières  entre  les  mal- 
gachisants  d'Europe  et  ceux  de  Madagascar.  11  en  résulte  natu- 
rellement, de  part  et  d'autre,  l'impossibilité  d'être  jamais  au 
courant. 

De  l'article  précité  je  crois  utile  d'extraire  d'abord  un  petit 
nombre  de  faits  qui  font  définitivement  la  lumière  sur  le  calen- 
drier de  rr  7  et  ses  multiples  55 . 

M.  Ferrand  a  dressé  une  table   complète  de  ce  calendrier 

'"'  Bulletin  de  rAcadémifl  ma^jrache ,  vol.  VI,  190g,  p.  17  :  L'on<pne  des 
iioiits  de  inoin  à  Madagascar,  Noies  de  philnlnjrie  comparée.  b\a<rwents  du  /?.  /*. 
Thomas. 


LE   CALENDRIER    MALGACHE.  107 

(Jejîuis  l'année  1687  jusqu'à  i^0(.)^^'.  Je  trouve  duns  celte 
table  qu'une  année  du  lundi  va  du  2  mars  1906  au  i*""  fé- 
vrier 1905.  L'administrateur  de  la  province  de  Farafangana, 
cité  par  ïhomiis,  nous  atFH'mc  que  de  février  190/1  à  février 
1906  i'année  a  porté  le  nom  du  flimanche^-K  N'oublions  pas 
que  la  table  dressée  par  M.  Ferrand  est,  par  ailleurs,  entiè- 
rement incontrôlable  sur  toute  sa  durée.  Le  contrôle  n'en  est 
possible  qu'à  la  fin,  à  l'époque  actuelle;  il  nous  conduit  à  la 
constatation  d'une  discordance. 

Mais  voici  qui  est  encore  bien  plus  décisif. 

L'article  du  P.  Thomas  nous  apprend  que  les  Antaimoro 
ont  conservé  l'usage  très  vivant  des  quantièmes  astrologiques; 
aujourd'hui,  comme  au  xvn^  siècle,  le  mois  se  divise  en  1  9  k  grands 
destins»  et  98  et  sous-destins»;  ce  sont  les  mêmes,  ils  portent 
les  mêmes  noms,  et  ils  se  suivent  dans  le  même  ordre.  Hien 
n'a  changé.  Seulement  M.  Voyron,  administrateur  de  Farafan- 
gana, écrit  textuellement  :  ^Le  point  de  départ  pour  l'appli- 
cation des  destins  n'est  pas  le  premier  jour  du  mois,  mais  le 
jour  du  premier  quartier  de  la  lune  du  mois'^'.»  M.  Voyron, 
qui  n'est  pas  nécessairement  familier  avec  la  précision  du  lan- 
gage astronomique,  a  voulu  dire,  j'imagine,  le  jour  où  com- 
mence à  se  former  le  premier  quartier,  c'est-à-dire  la  nouvelle 
lune.  Je  ne  crois  pas  que  le  jour  exact  où  le  premier  quartier 
est  complet  soit  appréciable  à  l'œil  pour  un  indigène.  Cela  n'a 
d'ailleurs  aucune  im[)ortance.  Il  est  certain  en  tout  cas  que  le 
jour  du  premier  destin  est  déterminé  par  une  phase  de  la  lune, 
quelle  qu'elle  soit,  et  non  pas  par  le  début  d'un  mois  fixe 
de  98  jours  qui  n'aurait  avec  la  lune  aucune  espèce  de  rap- 
port. 

'"    lii'vui'  (h's   Kuiilfx   ethno^rapliiiiHi'x    de.   Inc.  ril.,  p.    h  à    1  d  du   lirnjjo 
il   pnri. 

'■-'   Ijttc.  cil. ,  p.  18  en  ndlo. 
'■^'  Loc.  cil.  ,  p.  1  ()  en  noie. 


108  JANVIER-FEVRIER   1911. 

Cette  façon  de  compter  est  actuelle  en  Imeriiia  aussi  et  elle 
y  est  attestée  depuis  trois  quarts  de  siècle'^'. 

C'est  celle  que  Flacourt  indique  implicitement  dans  l'Anosy 
du  wif  siècle,  on  l'a  vu  plus  haut. 

Enfin,  le  P.  Thqmas  attire  l'attention  sur  un  texte  qui 
m'avait  échappé,  et  qui  est  catégorique.  Houtman  en  1609  ,  à 
propos  de  la  côte  Nord-Est,  écrit  textuellement  :  ^^A  Mada- 
gascar, le  mois  commence  invariablement  avec  la  nouvelle  lune 
et  prend  fin  lorsque  apparaît  la  lune  suivante'-*,  w 

Il  est  donc  bien  entendu  que  le  calendrier  de  c^  7  et  ses  mul- 
tiples ?5  n'a  pas  d'existence  réelle,  et  il  n'en  sera  plus  question. 

Essayons  maintenant  de  dégager  ce  que  le  P.  Thomas  nous 
apprend  de  positif  sur  le  calendrier  malgache. 

Ce  qui  dans  ces  dernières  années  a  complètement  renouvelé 
celte  petite  question,  c'est  une  découverte  philologique.  Une 
des  deux  séries  de  noms  de  mois  en  usage  à  Madagascar  est 
empruntée  au  sanscrit.  L'honneur  de  cette  johe  découverte 
appartient  à  M.  Gabriel  Ferrand;  mais  il  lui  faut  désormais  le 
partager  avec  le  P.Thomas.  Dès  1906  le  P.  Thomas  était  arrivé 
sur  ce  point  par  une  voie  indépendante  aux  conclusions  de  Fer- 
rand; il  eut  simplement  le  tort  de  publier  les  siennes  quatre 
ans  après  les  avoir  formulées  en  manuscrit. 

Du  moins  nous  apprend-il  sur  l'usage  des  noms  de  mois 
sanscrits  à  Madagascar  des  choses  que  nous  ignorions. 

Les  mois  sanscrits  ne  sont  pas  restés  cantonnés,  comme  il 
était  loisible  de  le  supposer,  dans  le  coin  Sud-Est  de  la  grande 
île.  Dix-neuf  informateurs  les  signalent  dans  dix-neuf  districts 
difl'érenis,  éparpillés  sur  toute  la  surface  de  Madagascar,  aussi 
bien  à  la  côle  Ouest  que  dans  le  centre  et  l'Est.  Les  mois  sans- 

('^  Loc.  cil.,  p.  lîo  note. 

(^)  Collection  dex  ouvrages  aiiciens  concernant  Madagascar,  publiée  sous  la 
diieclion  de  A.  Grandidier,  etc..  Paris.  Comité  de  Madagascar,  1908,  l.  I, 
p.  890. 


LE   CALENDRIER  MALGACHE.  109 

crits  ont  donc  été,  suivant  toute  vraisemblance,  d'un  usage 
général  dans  l'île  entière. 

Nous  savions  que,  au  xvii''  siècle,  ils  étaient  seuls  usités 
dans  le  Sud-Est,  en  particulier  dans  l'imoro.  Le  P.  Thomas 
nous  apprend  qu'ils  y  sont  aujourd'hui  tombés  en  désuétude. 
Ils  y  ont  été  supplantés,  comme  à  peu  près  partout  ailleurs, 
par  l'autre  série  de  noms  de  mois,  celle  qui  est  d'étymologie 
arabe.  M.  l'administrateur  Voyron  écrit  que  «  seuls  quelques 
vieillards  emploient  indifféremment w  l'une  ou  l'autre  série.  Ce 
témoignage  est  précieux. 

Il  a  été  possible  de  croire,  et,  pour  ma  part,  j'avais  cru, 
que  les  Malgaches  avaient  emprunté  auxArubcs  leur  calendrier, 
(îelui  de  Tananarivo,  le  plus  anciennement  et  le  mieux  connu, 
est  resté  eq,  effet  jusqu'à  l'introduction  du  grégorien,  le  calen- 
drier musulman  pur  el  simple.  Année  lunaire  de  35/i  à 
355  jours,  mois  lunaires  de  2()  à  3o  jours  qui  errent  à  travers 
toute  l'année  solaire. 

Aujourd'hui  sous  le  calendrier  musulman  malgache  nous  en 
apercevons  nettement  un  autre,  antérieur  et  à  demi  effacé,  qui 
a  nécessairement  des  relations  avec  l'Inde,  puisque  les  noms 
de  mois  sont  sanscrits. 

Sur  ce  vieux  calendrier  nous  n'en  savions  pas  plus  long, 
mais  quelques  lignes  du  P.  Thomas  jettent  brusquement  une 
vive  lumière  : 

«Un  des  mois  antaimoro  (Alahamaly  dans  la  nomenclature 
arabe)  règle  la  concordance  de  l'année  avec  les  saisons;  car 
ce  mois  doit  toujours  correspondre  avec  le  commencement  de 
la  saison  sèche  et  la  (in  des  pluies.  Et  si  les  Antaimoro  con- 
statent .  .  .  que  ia  saison  des  pluies  persiste  dans  toute  son 
intensité  à  la  fin  du  mois  d'  Vlahamaly,  ils  redoublent  ce  dernier 
mois...  D'autre  part  un  autic  mois  peut  être  aussi  bien 
redoublé.  C'est  ainsi  que  l'année  courante  (  i  yo/i  )  aiu'a  i  .'>  mois. 
Le  mois  d'Alakarabo  aura  en  lait  soixante  jours,  parce  (|ue  sur 


110  JANVIER-FEVRIER   191  L 

ic  point  de  prendre  fin,  il  n'aurait  pas  coïncidé  avec  ia  matu- 
rité des  letchis,  s'il  avait  eu  une  durée  normale,  w 

Ainsi  donc  les  Malgaches,  à  tout  le  moins  les  Antaimoro, 
intercalent  dans  leur  année  lunaire  un  mois  supplémentaire 
toutes  les  fois  que  c'est  nécessaire  pour  la  faire  coïncider  avec 
l'année  solaire.  Leur  calendrier,  autrement  dit,  n'est  pas  solaire 
comme  le  nôtre,  il  n'est  pas  lunaire  comme  celui  des  Arabes, 
il  est  luni-solaire.  C'est  la  première  et  la  seule  fois  qu'on 
nous  ait  donné  cette  information,  mais  le  témoignage  est 
d'une  précision  documentée  qui  ne  laisse  pas  de  place  au  doute. 

Dira-t-on  que  le  calendrier  luni-solaire  est  une  introduction 
récente?  Mais  d'où  serait-il  venu?  Les  Anlaimoro  l'auraient-ils 
inventé  il  y  a  peu  d'années?  Cela  ne  leur  ressemble  guère  : 
les  acquisitions  intellectuelles  qui  ont  passé  d'outre-mcr  dans 
rimoro  (l'écriture  par  exemple)  y  ont  dégénéré,  bien  loin  de 
f,ermer  en  nouveautés  intéressantes.  Le  calendrier  seul 
aurait  évolué,  lui  qui  cependant,  par  son  caractère  astro- 
logique, est  sous  la  protection  d'une  terreur  superstitieuse! 

Que  le  calendrier  luni-solaire  ait  été  à  Madagascar  d'un 
usage  général  et  ancien  ,  je  n'oserais  pas  affirmer  qu'on  puisse 
le  prouver  rigoureusement.  Là-dessus  pourtant  on  peut  accu- 
muler des  présomptions  qui  ne  sont  pas  loin  d'équivaloir  à 
une  preuve. 

Qu'on  en  juge  :  ç^A  Marovoay,  d'après  les  renseignements 
recueillis  par  M.  Mathieu,  la  fête  des  tombeaux  des  rois  saka- 
laves  se  faisait  toujours  dans  le  mois  de  Volambita,  lequel 
tombait  toujours  en  saison  sèche,  et  correspondait  à  notre 
mois  de  juin"*.  » 

«M.  le  commandant  Leblanc  signale  que  le  premier  mois  de 
l'année  est  Volambita,  qui  tombe  toujours  en  août,  chez  les 
Antandrov.  .  .  Vers  le  mois  de  novembre,  au  début  de  la  saison 

!''  Loc.  cil.,  arli(l(>  du  R.  P.  Tiidmas,  p.  q'i,  lahlean  synopliquo  on  note. 


LE  CALENDRJEll  MALGACHE.  111 

des  pluies,  dans  la  région  d'Amborombe ,  la  première  lune  est 
Vulravutra.  Dans  l'Anosy  la  première  lune  est  en  mars^'l» 

Chez  les  Bara ,  Asaramante  correspond  toujours  à  septembre, 
d'après  M.  Demortier;  et  deux  saisons,  l'biver  et  le  printemps, 
portent  des  noms  de  mois'^'. 

Voilà  donc  cinq  provinces  différentes  où  on  nous  affirme, 
en  190/1,  que  les  mois  lunaires  reviennent  régulièrement  à  la 
même  saison  de  l'année  solaire.  On  ne  mentit)nne  pas,  il  est 
vrai,  de  1 3"  mois  intercalé.  Mais  il  faut  admettre  son  existence; 
en  tout  cas,  d'une  façon  quelconque,  les  mois  lunaires  sont 
accommodés  au  cadre  d'une  année  solaire. 

Le  calendrier  luni-solaire,  de  notre  temps,  n'est  donc  pas 
cantonné  dans  l'Imoro,  il  se  retrouve  en  des  points  très  divers. 

Dans  le  passé,  au  xvii"  siècle,  Flacourt  affirme  textuellement 
que  «le  premier  mois  (celui  de  Vatravatra)  commence  à  la 
nouvelle  lune  de  mars».  11  parle  en  général,  sans  spécifier  le 
moins  du  monde  qu'il  s'agisse  d'une  année  particulière.  11  nous 
dit  encore  que  la  circoncision  se  fait  tous  les  sept  ans^^^  ^tdans  le 
mois  de  mai  le  plus  souvent  qu'ils  nomment  Valascira». 
Jamais  il  ne  paraît  soupçonner  qu'il  puisse  y  avoir  un  écart 
entre  l'année  antanosy  et  la  nôtre.  C'est  pourtant  un  bommc 
précis  et  minutieux.  Quand  il  nous  parle  du  Ramadan ,  il 
n'oublie  pas  d'observer  :  «Ce  jeusne  n'a  point  de  mois  réglé,  et 
se  fait  lantost  en  un  mois,  lantost  en  un  autre,  rr  El  ce  serait 
assez  élrange  si  l'année  malgache  avait  été  lunaire,  puisque, 
alors  précisément,  comme  dans  le  calendrier  musulman,  il 
aurait  été  invariablement  célébré  le  même  mois.  C'est  dans  une 
nnée  solaire  que  le  Ramadan  «n'a  point  de  mois  réglé''. 

Le  témoignag'e  de  Iloutman,  le  plus  ancien  que  nous  pos- 
sédions (1602),  s'accorde  avec  celui  de  Flacourt,  avec  plus  de 

C  Loc.  cit. 

c^)   Ihi,}. 

'•')   Kdilioii  de  iGOi,  p.  (iS. 


112 


JANVIER-FEVRIER   1911. 


précision  peut-être.  Immédiatement  après  nous  avoir  parlé  en 
détail  du  recul  des  mois  d'une  année  à  l'autre  dans  le  calen- 
drier lunaire  musulman,  Houtman  nous  donné  en  double 
colonne  une  table  fixe  des  concordances  entre  les  mois  mal- 
gaches et  européens.  Faut-il  admettre  qu'il  s'est  contredit  sans 
s'en  apercevoir  à  une  ligne  de  distance? 

En  somme  Houtman  et  Flacourt,  l'un  comme  l'autre,  après 
avoir  afBrmé  positivement  que  le  mois  malgache  est  lunaire, 
ne  nous  disent  pas  explicitement  que  Tannée  élait  solaire,  mais 
ils  admettent  implicitement  qu'elle  l'était,  ce  qui  d'ailleurs, 
pour  eux  Européens ,  devait  paraître  la  chose  la  plus  naturelle 
du  monde.  Devons-nous  supposer  que  ces  deux  écrivains 
sérieux  ont  commis  l'un  et  l'autre  une  énorme  bévue,  et  exac- 
tement la  même? 

Voici  un  autre  argument  qui  me  frappe  davantage  encore. 
Grâce  au  P.  Thomas  et  à  M.  l'administrateur  Voyron,  pour 
l'Imoro  et  pour  l'année  igo/i,  nous  pouvons,  sans  incertitude, 
dresser  un  tableau  exact  des  concordances  entre  les  mois  mal- 
gaches et  nos  mois  européens.  Rappelons  que  les  mots  arabes, 
d'où  sont  dérivés  les  noms  de  mois  dans  la  première  nomencla- 
ture, désignent  les  douze  signes  du  zodiaque  : 


PREMIKRE  NOMENCLATURE 

((•nij>riint('C  à  l'arabe  ; 
sijjnes  du  zodiaque). 


Alaholsy  (Pisces). 
Alahamady  (Aries). 
Adaoro  [Tmirus). 
Aflizaozy  (  Gnmmi). 
Asorolaiiy  (  Cancer). 
Alaiiasaly  (Lco). 
Asoniljola  (Virgo). 
Adiniizaiia  (  Lihra). 
Alakai'aljo  [Scorpitis  ). 
Alakaoza  (Sagittariits). 
Adijady  ( Capriconiits). 
Adalo  [Aquarms). 


DEUXIEME 

NOMENCLATURE 

MOIS   FRANÇAIS 

(pinprunlce 
au  sanscrit  ). 

(correspondants  en  payi 
aiitaimoro  cl  en  igo^). 

Asaramasay. 
Asarabe. 

Mars 
Avril. 

Vatravaira. 

•     Mai. 

Asolry. 

Juin. 

Hatsilia. 

Juillet. 

Volasii-a. 

Aoiit. 

Fosa. 

Septembre. 

Maka. 

Octobre. 

Hialiia. 

Novembre. 

Fisakamasay. 
Fisakavy, 

Décembre. 
Janvier. 

Volambita. 

Février. 

LE   CALENDRIER   MALGACHE.  113 

Il  est  bien  entendu  que  ce  tableau  n'a  pas  la  moindre  valeur 
générale,  il  est  vrai  pour  l'Imoro  et  pour  l'année  kjoIi,  mais 
sans  doute  aussi,  d'après  M.  l'administrateur  V'oyron,  pour 
un  laps  indéfini  d'années  avant  et  après  190/1,  puisque  les 
années  Antaimoro  actuelles  sont  {grossièrement  mais  incon- 
testablement solaires. 

Le  P.  Thomas  attire  l'attention  sur  un  petit  fait  très  curieux; 
dans  ce  tableau  les  signes  du  zodiaque  sont  à  peu  près  exacte- 
ment à  leur  place.  D'après  l'Annuaire  du  Bureau  des  Longi- 
tudes de  1910  (le  seul  que  j'aie  sous  la  main),  le  soleil  est 
dans  le  signe  du  Bélier  du  2  i  mars  au  ao  avril.  Notre  tableau 
nous  donne  :  Alabamady  (^Ariesj  =  avril. 

Coïncidence  fortuite ,  dira-t-on  ;  et  c'est  bien  possible  a  prion , 
mais  il  faut  se  méfier  d'un  hasard  trop  intelligent,  et  d'une 
explication  trop  commode. 

Ces  douze  mots  arabes  malgachisés,  qui  constituent  la  pre- 
mière colonne  du  tableau,  Flacourtles  a  très  bien  connus;  de 
son  temps,  ce  n'étaient  pas  encore  des  noms  de  mois;  c'étaient 
des  a  destins  w  distribués  trois  par  trois  entre  les  quatre  saisons; 
Voici  le  tableau  qu'il  en  donne  et  oii  ce  sont  les  accolades  qui 
sont  intéressantes'''. 

IAlaliiimali  [Aries): 
Azoroii  (  Taurtis); 
Alizozo  (^Gemini). 

i'   Asarata  (Cmicpr)  : 
Alnasadc  (J.ro): 
Asomboulo  {Virgo). 

Alimiza  (Libm); 
t'i'iii(('m^)s.  ■  ■  ■  \  Alacarabo  (Scorpius); 
Macossi  [Sagitlarius). 

Alizadi  (  Capricontiis); 

Ksié <    Adalou  [.\fiinirim); 

Aldliotsi  (P/.src.vV 

t')   P.  173. 

XVII.  8 


lUrnittlBlL      ll«Ttt>«âLB 


tu  JANVIER-FÉVRIER    1911. 

L'ensembie  des  quatre  saisons,  c'est-à-dire  l'année  solaire, 
était  donc  divisée  en  douze  parties,  qu'il  faut  bien  se  résoudre 
à  appeler  des  mois;  et  cbaque  mois  avait  son^destin^?  qui 
portait  le  nom  d'un  signe  du  zodiaque.  Rappelons-nous  que 
nous  sommes  dans  l'hémisphère  Sud  oii  l'automne  correspond 
à  noire  printemps,  le  premier  mois  d'automne,  c'est-à-dire 
approximativement  avril,  était  donc  au  xvn"  siècle  le  mois  du 
Bélier,  exactement  comme  au  w''  siècle. 

11  devient  vraisemblable  que  dans  le  sud-est  de  l'ile  il  en  a  tou- 
jours été  de  même  pendant  les  deux  siècles  intermédiaires.  Les  An- 
taimoro  ont  toujours  placé  sous  l'invocation  du  Bélier  (Alahamali) 
le  premier  mois  lunaire  delà  saison  sèche,  c'est-à-dire  que,  à  côté 
de  leurs  mois  lunaires,  ils  ont  toujours  eu  une  année  solaire^'l 

A  considérer  notre  tableau,  on  constate  que  l'année  Antai- 
moro  semble  avoir  1res  peu  joué  en  deux  siècles  et  demi.  Dans 
les  manuscrits  du  wn*'  siècle,  l'année  nouvelle  commence  inva- 
riablement sur  les  confins  des  mois  de  Volambita  (Adalo)  et  de 
Asaramasav  { Alahotsy).  Au  w"  siècle  il  en  est  encore  approxima- 
tivement de  même:  wLe  1"%  2%  3',  à%  5",  y'^oa  10"  jour  qui  suit  le 
premier  quartier  de  la  lune  du  mois  Adalo,  ils  célèbrent  une  fête 
qu'on  peut  regarder  comme  l'analogue  du  premier  de  l'an'-'.» 

Le  seul  grand  changement  apparent  dans  le  calendrier 
Antaimoro   du   xvii''    au  xx''  siècle,  c'est  l'élimination    à  peu 

'■'  Le  P.  Tlionias,  citant  M.  l'administrateur  Voyron,  écrit  :  crLes  astro- 
lo[jiios  de  Farafanfjaiia ,  pins  instruits  que  ceux  do  Tlmerina,  savent  que,  pour 
conjurer  les  destins,  il  faut  :  en  alaliamady,  tuer  un  bélier,  etc.  .  .  ;  en  asoro, 
faire  cuire  le  cœur  d'un  taureau.  .  .  ;  en  asaratana,  recueillir  de  la  terre  sur  le 
trou  d'un  cralie.  .  .  ;  en  alakaosy,  couper  en  deux  une  sarbacane.  .  .  ;  en  adi- 
jadi,  prendre  des  os  de  chèvre,  etc.  .  .n  Les  souvenirs  concernant  les  signes 
du  zo(lia(jue  sont  donc  restés  très  vivants  dans  l'imoro,  y  compris  celui  des 
mois  solaires  auquel  chaque  signe  se  rapporte.  \  oir  dans  Flacourt,  p.  17^,  la 
traduction  d'un  liymne  malgache  au  zodiaque. 

'-'  Loc.  cit.,  p.  18  en  note,  d'apiès  M.  l'administrateur  Voyron.  Rappelons  que 
dans  l'Anosy,  le  commandant  Leblanc  au  xx"  siècle  et  Flacourt  au  xvii"  siècle 
sont  d'accord  pour  fixer  le  premier  de  l'an  à  la  première  lune  de  mars. 


LE   CALENDRIER  .MALGACHE.  115 

près  complète  des  mois  sanscrits  remplacés  par  les  niois 
zodiacaux.  Dans  les  manuscrits  du  wii'  siècle  une  lacune  est 
très  frappante.  Le  scribe  donne  toujours  le  «destin  du  jour», 
mais  jamais  celui  du  mois  dont  il  se  contente  d'indiquer  le 
nom.  li  faut  que  ce  nom,  à  lui  tout  seul,  ait  un  sens  en  astro- 
logie, et  qu'il  y  ait  eu  dés  celle  époque  un  rapport  (ixe  entre 
le  mois  sanscrit,  tout  lunaire  qu'il  fût,  et  un  signe  déterminé 
du  zodiaque.  Il  est  naturel  que  l'un  de  ces  deux  termes  équi- 
valents ait  progressivement  éliminé  l'autre.  Le  nom  du  «  destin  » 
mensuel  s'est  substitué  au  nom  du  mois,  parce  que  les  deux 
étaient  pratiquement  interchangeables.  Ils  se  rapportaient  l'un 
et  l'autre  à  la  même  subdivision  d'une  année  solaire. 

Nous  sommes  outillés  maintenant  pour  résoudre  une  ques- 
tion qui  a  toujours  beaucoup  embarrassé  les  malgachisants. 

Les  Malgaches  ont  emprunté  au  calendrier  musulman  le 
nom  des  jours  de  la  semaine,  ils  se  sont  assimilé  l'astrologie 
arabe,  ils  ont  célébré  le  Ramadan,  et  même  d'autres  fêles 
musulmanes'^';  la  principale  tribu,  celle  des  Merina,  a  fini 
par  adopter  complètement  les  divisions  islamiques  du  temps. 
L'influence  de  la  chronologie  arabe  a  été  si  profonde  qu'il  a 
fallu  tout  récemment  une  découverte  philologique  pour  faire 
soupçonner  l'existence  d'un   calendrier  différent  et  antérieur. 

Et  pourtant  les  Malgaclies,  Merina  compris,  non  seulement 
n'ont  pas  emprunté  l'ère  de  l'hégire,  mais  encore  ils  n'ont  pas 
emprunté  à  l'arabe  les  noms  de  mois.  Est-ce  donc  ([u'ils  ne 
les  ont  pas  connus?  Mais  il  les  connaissent  encore;  M.  l'ad- 
ministrateur Voyron  nous  donne,  pour  l'Imoro,  en  190A,  la 
nomenclature  malgachisée  des  mois  arabes  : 

AUAIIK.  MALGACHE. 

Molianem Alimoharanio. 

SmIju- Safaro. 

Holiia'  el  aoiial Rabclavoali»,  oie. 

'■''     \oir  HoiJTMAN  ,    liif.   cil. 

8. 


116  JANVIER-FEVRIER    1911. 

Non  seulement  ils  ont  connu  et  connaissent  encore  les  noms, 
mais  pendant  longtemps,  jusqu'au  xvn"  siècte  au  moins  et  peut- 
être  beaucoup  plus  tard,  ils  ont 'eu  besoin  de' connaître  très 
bien  le  comput  islamique,  pour  fixer  la  date  du  Ramadan"^ 
Qu'est-ce  donc  qui  les  a  arrêtés? 

Et  notons  qu'ils  ont  bien  pour  leurs  mois  une  nomenclature 
arabe ,  mais  ce  n'est  pas  celle  des  mois ,  c'est  celle  des  signes 
du  zodiaque. 

Les  malgacbisants  se  sont  posé  bien  souvent  cette  question 
sans  la  résoudre.  Elle  m'apparaît  toute  résolue. 

Les  mois  arabes  sont  des  divisions  de  l'année  lunaire,  les 
signes  du  zodiaque  de  l'année  solaire.  Seules  ces  dernières 
étaient  utilisables  pour  des  Malgacbes  parce  que  leurs  mois 
lunaires  devaient  se  raccorder  tant  bien  que  mal  avec  une 
année  solaire. 

En  résumé ,  dans  le  Madagascar  actuel ,  au  xix"  et  au  xx"  siècle , 
l'imerina,  sur  qui  l'attention  est  restée  longtemps  concentrée, 
est  la  seule  province  peut-être  qui  ait  eu  un  calendrier  entière- 
ment lunaire;  elle  le  doit  apparemment  aux  musulmans  como- 
riens,  avec  qui  elle  a  été  en  relations  faciles  et  suivies. 

Ailleurs  ,  dans  beaucoup  de  provinces,  tout  particulièrement 
dans  le  pays  Antaimoro,  qui  est  un  musée  d'institutions 
anciennes,  les  Malgaches  actuels  ont,  sans  contestation  pos- 
sible, un  calendrier  luni- solaire.  Les  mois  sont  lunaires, 
l'année  est  solaire,  entre  les  deux  le  raccord  se  fait  au  moven 
d'un  mois  intercalé.  Ce  raccord  est  horriblement  grossier  mais 
très  simple  :  la  fin  de  la  saison  des  pluies,  ou  bien  encore  la 
maturité  des  letchis  en  détermine  le  moment.  C'est  précisément 


'■'  FiacourI  nous  donne  la  date  prcrisc  du  Ramadan  en  i653.  Ferrand 
romnrqiie  jusicniont  que  c'est  relie  on  tout  l'Islam  jeûne  cette  année-là.  Il  croit 
nalur'eilcment  à  une  coïncidence  fortuite.  Mais  lloulmau  [Inc.  cit.)  nous  donne 
les  dates  du  Ramadan  à  Madagascar  pour  les  années  1600,  iGoi  .  i()02,  et  ce 
sont  bien  les  dales  musulmanes. 


LE   CALENDRIER   MALGACHE.  117 

là  ce  que  l'Annuaire  des  Longitudes  appelle  calendrier  luni- 
solaire,  un  type  parfaitement  connu  et  classé,  auquel  appar- 
tiennent les  calendriers  israélite  et  chinois. 

Ce  calendrier,  il  n'est  pas  rigoureusement  prouvé,  mais  il 
est  infiniment  probable  que  les  Malgaches  l'ont  depuis  des 
siècles,  et  que  c'est  précisément  lui  dont  les  noms  de  mois 
sont  sanscrits. 

Et  alors,  ce  point  acquis,  on  souhaiterait  d'aller  plus  loin. 

L'Imoro  est  le  coin  de  l'iIe  oii  ce  calendrier  est  aujourd'hui 
attesté.  Il  y  a  des  raisons  de  croire  que  l'Imoro,  en  tout  cas  la 
côte  Sud-Est,  en  fut  le  centre  de  dispersion  à  Madagascar. 
Evidemment  il  y  a  été  importé,  mais  de  quelle  partie  de  l'Asie 
est-il  venu ,  ce  calendrier  à  noms  de  mois  sanscrits?  On  sait  que 
le  calendrier  hindou  est  luni-solaire,  et  que  des  inscriptions 
sanscrites  nous  le  montrent  en  usage  à  Java  dès  le  iv^-v""  siècle'^'. 
Nous  avons  donc  là,  après  beaucoup  d'autres,  un  nouveau  té- 
moignage, tout  à  fait  indépendant,  sur  les  relations  anciennes 
de  Madagascar  avec  l'Indonésie.  Avant  la  période  des  influences 
islamiques,  il  y  a  eu  certainement  une  période  d'influences, 
c'est-à-dire  de  migrations  et  de  conquêtes  indonésiennes;  quelque 
chose  comme  une  thalassocratic  indonésienne  dans  l'océan 
Indien.  Sur  ce  grand  fait  historique  oublié,  la  connaissance 
détaillée  du  calendrier  indonésien  permettrait  peut-éire  de 
dégager  ([uelques  renseignements  précis.  11  y  a  là  un  j)elit 
champ  nouveau  qui  s'ouvre  aux  investigations. 


*''   H.   Kkrn,   Efii  Sniiskril  op.ichrifl  te  Bckasih,  diins  Hijdvafrcn  toi  ilv  Tnnl- 
Lnnd- en  Volkenliuiule  vaii  Ned.-Indiè,  ^l's. ,  X,  Saa  et  siiiv. 


VYUTHENA  256, 


PAR 


M.  SYLVAIN  LEVÏ. 


M.  Thomas,  en  apportant  une  solution,  que  je  crois  défini- 
tive, à- la  question  si  souvent  débattue  des  vivâsàh  d'Açoka 
(^Journal  asiatique ,  1910,  mai-juin,  607  et  suiv.),  a  bien  voulu 
constater,  avec  sa  courtoisie  ordinaire,  que  j'étais  arrivé  de 
mon  côté  au  même  résultat.  J'avais,  en  effet,  communiqué 
mon  interprétation  à  mes  élèves  dans  plusieurs  de  mes  cours  ; 
j'étais  allé,  par  une  coïncidence  singulière,  en  entretenir 
M.  Thomas  à  la  Bibliothèque  de  l'India  Office  quand  son 
manuscrit,  déjà  tout  prêt,  allait  être  adressé  à  notre  Société. 
Les  matériaux  réunis  par  Pischel  dans  son  admirable  Gram- 
maire des  Pràcrits  menaient  fatalement  à  la  solution.  Le  chiffre 
«  cinquante  «,  pailcâçat  en  sanscrit,  ife  peut  prendre  en  pràcrit 
que  les  formes  pannâ.m,  pannâsatn ,  paiinâ,  et  dans  les  combi- 
naisons avec  l'unité  il  se  réduit  toujours  à  pamam.  La  coiipe 
nécessaire  après  painnâ  isolait  désorniais  le  mot  hui,  et  lâli 
rapproché  de  vivàna  ne  pouvait  manquer  d'évoquer  les  formules 
usuelles  du  type  râtriin  vi/usfali.  Il  semble  dès  lors  évident 
qu'Açoka,  dans  le  passage  resté  si  longtemps  obscur,  parle  des 
nuits  qu'il  a  passées  au  dehors. 

M.  Thomas  s'est  arrêté  à  ce  point.  Je  crois  pourtant  qu'on 
peut  pousser  la  recherche  plus  loin,  et  peut-être  aussi  la  solu- 
tion. Notre  confrère,  à  qui  j'avais  exposé  mon  hypothèse,  m'a 
gracieusement  invité  à  la  produire  moi-même  eu  public.  Je 
réponds  volontiers  à  l'appel  (pi'il  m'adresse. 

Puis(|ue  Açoka  a  tenu  à  rappc'ler  dans  un  si  grand  nomhre 
de  textes  le  nond)re  de  nuits  (pi'il  a  passées  au  dehors,  on  est 
tenté  assez  naturellement  de  se  demander  si  ce  chiffre  n'avait 


120  JANVIER-FKVRIIÎR    1911. 

pas  une  valeur  plus  considérable  qu'une  simple  notation 
arilhmétique.  Pour  que  le  prince,  si  soucieux  de  se  rendre 
intelligible  à  tous,  pût  se  contente^  dans  les  édits  de  Siddapur 
d'une  formule  aussi  concise  que,  :  tyam  ca  savane  sâvâplc 
vijulhena  266 ,  il  lui  fallait  admettre  que  le  simple  énoncé  du 
cbilfre  éveillait  cbez  la  plupart  de  ses  sujets  une  idée  assez 
précise  pour  le  dispenser  d'un  énoncé  plus  complet.  Si  nous 
avons  tant  de  peine  à  comprendre  cette  formule,  c'est  qu'on 
la  comprenait  trop  facilement  au  temps  d'Açoka.  Mais  est-il 
absolument  impossible  d'en  retrouver  le  sens  ? 

La  raison  capitale  qui  a  décidé  Açoka  à  entreprendre  la 
tournée  de  déplacements  commémorée  par  tant  d'inscriptions, 
c'est  son  admission  dans  le  clergé  bouddhique.  A  Sahasram, 
à  liupnath,  à  Bairal,  à  Siddapur,  il  tient  à  rappeler  tout 
d'abord  les  étapes  de  ses  progrès  religieux.  ç<:  Pendant  plus  de 
deux  ans  et  demi,  j'ai  été  upâsaka.  .  .  Depuis  un  an,  oui, 
depuis  un  an  et  plus,  je  suis  entré  dans  le  samgha .  .  ,  55 
Admis  dans  l'ordre,  il  a  dû,  surtout  avec  le  zèle  d'un  néophyte, 
en  suivre  les  règles  essentielles.  L'année  du  moine  bouddhiste 
se  répartit  en  deux  périodes  :  l'une,  de  trois  mois,  correspond 
à  la  saison  des  pluies;  c'est  le  temps  de  la  retraite  dans  une 
demeure  fixe;  l'autre,  de  neuf  mois,  se  passe  en  tournées 
vagabondes,  sans  abri  permanent.  Moins  préoccupés  d'exacti- 
tude astronomique  que  leurs  confrères  du  brahmanisme,  les 
moines  bouddhistes  ont  conservé  la  vieille  année  de  trois  cent 
soixante  jours,  avec  trente  jours  au  mois,  et  la  division  du 
mois  en  deux  quinzaines.  Je  n'en  citerai  que  deux  preuves.  Le 
Çârdûlakarnâvadâna,  cette  encyclopédie  de  la  science  boud- 
dhique, traduit  en  cl)inois  dès  l'an  aSo,  résume  ainsi  le  calen- 
drier :  ^Trente  jours  et  nuits  font  un  mois;  douze  mois  font 
une  année»  ilrimmd  aliorâlrânii  cko  viâsah  :  dvâdaca  mâsâh 
miiwatsarah ,  p.  6/1/1,  1.  12).  Le  Kâlâkâla-sutra ,  traduit  en 
-chinois  par  Jo-lo-yen  i^Chc J'ci-clie  hhig;  ]Nj.,  7/10;  édit.  Tok., 


VÏUTHENA   256.  121 

XIV,  8,  29)  sous  les  Si-Tsin,  entre  266  et  3  iG,  partage  l'an- 
née en  trois  saisons,  hiver,  printemps,  été,  comprenant  cha- 
cune huit  quinzaines.  Dans  ce  texte,  qui  est  un  véritahle 
calendrier  rehgieux,  l'unité  de  temps  est  la  quinzaine.  Et  c'est 
en  effet  la  quinzaine  qui  commande  la  vie  du  moine,  puisque 
c'est  elle  qui  ramène  périodiquement  les  assemblées  de 
paroisse,  la  récitation  du  Prâtimoksa  et  la  confession.  Mesurées 
il  cette  unité,  les  266  nuits  d'Açoka  donnent  exactement  17 
quinzaines  écoulées.  Les  neuf  mois  de  tournée  (^cârikâ^  pres- 
crits aux  moines  font  1  8  quinzames  ;  la  dernière  s'achève  sur 
«le  jour  qui  introduit  la  saison  des  pluies r  (^vassiipanâijihâ^,  au 
lendemain  de  la  pleine  lune  d'Asâdha  ou  de  (jrâvana.  En  infor- 
mant ses  sujets  de  ses  a 56  v'wâsâh,  Acoka  leur  confirme  donc 
qu'il  est  véritablement  entré  dans  le  clergé,  comme  il  l'avait 
déclaré  dès  l'abord  ;  il  donne  ses  preuves.  La  fin  de  sa  tournée 
approche;  la  dernière  quinzaine,  qui  vient  de  commencer,  va 
le  ramener  en  bon  moine  à  sa  résidence  fixe,  où  sans  doute  la 
vie  du  siècle  le  reprendra.  Il  n'attend  pas  la  lin  pour  adresser 
ses  instructions  à  son  peuple,  car  il  tient  à  lui  parler  en  qualité 
de  «moine  errant 55  (^sâvâpite  vyiithenny  C'est,  en  effet,  la  vie 
errante  du  moine  qu'il  veut  proposer  comme  idéal  à  ses  sujets, 
et  il  entend  prêcher  d'exemple. 

On  a,  il  est  vrai,  donné  généralement  à  l'édit  une  autre 
signification  :  les  divergences  des  rédactions  parallèles  ne  sont 
pas  faites  pour  imposer  l'accord.  Le  verbe  essentiel,  qui  revient 
à  plusieurs  reprises  pour  exprimer  l'idée  fondamentale,  prend 
à  Rupiiath  la  ïovmo  p(il,/iinali ,  à  Saliasram  la  [oyiim  palaLaiiiali; 
la  découverte  des  incriptions  de  Siddapur,  au  iMysore,  est 
venue  garantir,  pm*  un  témoignage  irrécusable,  l'authenticité 
du  \evhc pnham"  dans  le  document  original,  issu  do  la  chancel- 
lerie royale.  Le  verbe  pdlakatu",  employc*  dans  le  texte  de 
Saliasram,  reparaît  souvent  dans  la  langue  d'Acoka  ;  d  y  ch'signe 
fcHort  moral,  la  bonne  volonté  active  qui  prépare  et  assur»;  le 


122  JANVIER-FEVRIER    lUll. 

triomphe  du  bien.  On  ne  saurait  donc  s'étonner  de  le  rencon- 
trer ici  encore.  L'idée  qu'il  exprime  s'adapte  sans  effort  au  ton 
général  de  l'édit.  Acoka  peut  dire,  sans  choquer  personne, 
que  la  bonne  volonté  ouvre  aux  petits  comme  aux  grands  le 
chemin  du  ciel.  Un:e  proposition,  toutefois,  persiste  à  rester 
obscure  dans  cette  hypothèse  :  c'est  celle  qui  vise  le  rappro- 
chement des  hommes  et  des  devas  dans  le  Jambudvipa. 
1\1.  Senart,  sans  dissimuler  les  grandes  difficultés  do  l'interpréta- 
tion, avait  traduit  deva  par  r^ brahmanes  et  M.  Hultzsch,  dans 
un  article  paru  tout  récemment  (^J.R.A.S.,  1910,  i3o8), 
adopte  encore  cette  traduction,  tout  en  modifiant  à  fond  le 
sens  de  la  phrase. 

Le  mot  pakamati,  attesté  par  Rupnath  et  par  Siddapur, 
implique  une  tout  autre  notion.  M.  Thomas  a  bien  saisi  la 
valeur  proprement  technique  du  mot.  «Le  composé,  dit-il, 
est  extrêmement  commun  dans  la  littérature  pâlie,  et  il  a  tou- 
jours la  même  signification,  celle  de  t^ voyager  de  lieu  en  licuw 
comme  le  contraire  de  «rester  en  un  seul  endroits.  Dans  le 
\  inaya-pitaka  seul,  il  doit  se  trouver  presque  cent  fois.  C'est 
donc  là  le  sens  qu'il  nous  faut  trouver  dans  nos  édits.  » 
C'est  aussi  ma  conception  personnelle;  mais  cette  fois  encore. 
M.  Thomas  me  semble  s'être  arrêté  à  mi-chemin  dans  la  pour- 
suite de  la  vérité  qu'il  avait  entrevue.  Il  a  bien  signalé  le  pas- 
sage capital  du  \  IIP  édil  sur  roc  où  Açoka  rappelle  avec  tant 
de  satisfaction  sa  tournée  de  piété  {dluujimayâiâ^  qu'il  oppose 
aux  tournées  de  plaisance  (^viliiiraijntà)  chères  à  ses  prédéces- 
seurs, (j'était  là  une  innovation  hardie,  et  qui  marquait  un 
grave  changement.  Il  s'agit  sans  aucun  doute  du  même  voyage 
dans  les  deux  textes.  La  conquête  du  Kalinga,  qui  avait  décidé 
la  conversion  d'Açoka,  datait  de  la  huitième  année  après  le 
sacre  (XIIL  édit);  Açoka  était  resté  ensuite  upâsaka  pendant 
deux  ans  et  demi  avant  de  recevoir  les  ordres  ;  son  départ  en 
tournée  se  place  donc  environ  dix  ans  après  le  sacre  (^fhimvn- 


VYITHENA   256.  123 

sâbhisilo  samto,  VHP  édit),  avec  une  fraction  en  surplus.  Lu  à 
cette  lumière,  l'édit  devient  un  panégyrique  du  déplacement 
religieux  à  l'instar  des  moines,  ou,  pour  parler  français,  du 
pèlerinage.  Voyons  jusqu'à  quel  point  la  traduction  complète 
peut  justifier  cette  hypothèse. 

«J'ai  été  deux  ans  et  demi  upàsaka  ;  mais  je  n'avais  pas 
beaucoup  pérégriné.  Depuis  un  an,  oui,  depuis  un  an  et  plus, 
je  suis  entré  dans  le  clergé,  et  j'ai  beaucoup  pérégriné.  »  Vient 
alors  la  pierre  d'achoppement  : 

hninâ  eu  hâlena  amisâ  sainâiià  munisd  jainbudipast  misa  dccehi  (Sid- 
dapur). 

iji  iiuâya  kâlâya  jainbudipasi  amisâ  devâ  husu  te  dfini  mis.  katâ  (Rup- 
nath). 

et.  .  .  loua  jambudipasi  aminisamdecâ  sanitd  munisâ  misamdev.  (Sa- 
liasi'am). 

Bûhler,  qui  a  le  premier  étudié  ces  textes,  avait  traduit  : 
«Pendant  cet  intervalle,  les  dieux  qui  étaient  [considérés 
comme]  de  vrais  dieux  dans  le  Jambudvipa,  je  les  ai  faits 
[je  les  ai  fait  considérer  cc#iime]  hommes  et  faux,  n  M.  Senart, 
tout  en  protestant  contre  l'étrangeté  des  idées  introduites  dans 
cette  traduction,  déclarait  qu'il  ne  pouvait  «que  se  rallier  à 
M.  lîùhler  en  ce  qui  concerne  l'analyse  des  mots  pris  isolé- 
ment, ou,  si  l'on  veut,  du  mot  misa  (ou  misain^  et  amisâ  I  ou 
amisaijty  Comme  lui,  ajoutc-t-il,  j'y  vois  l'équivalent  du  sans- 
crit misa,  amrsfni.  Bûhler,  pourtant,  s'était  gardé  de  poser 
cette  identité.  Le  mot  mml  «fauxw  n'est  connu  en  pracrit  que 
sous  la  forme  musâ  (^mosâ);  cf.  Pischel,  §  5  i  et  78.  Açoka 
lui-même  l'emploie  sous  la  forme  musa  dans  l'édit  de  Bhabra 
{iimsâvâdum).  VowY  juslilier  sa  traduction,  Biililer  s'était  gardé 
de  citer  le  sanscrit  mr.Hd,  qui  aurait  fait  dilHculté;  il  avait  posé 
(///r/.  Atitiq.,  VI,  1&9)  :  masâ  lî.  3  —  misa  -^  Stiiisk.  niisàl ,  et 
misaiit  S.  'i  —  Sansli.  misam.  For  tJie  mennuii»-  0/  mt.viiii  Lr  sec 
Pi'l.  Dut.  s.  r.  misa.  Celle  malice  digne  d'un  pandit  avait  du 


124  JANVIER-FEVRIER   1911. 

ravir  Bûhler.  Mais,  à  regarder  de  près,  le  mot  mmi  n'est  attesté 
que  dans  des  kosas  de  basse  époque  (Trikândaçesa,  Halâyu- 
dha,  Hemacandra,  Medini)  ;  ies  exemples  nombreux  qu'en 
fournit  le  Dictionnaire  de  Pétersbourg  sont  empruntés  au 
kalhâsaritsâgara  et^  à  la  Rajataranginï,  composés  tous  ies 
deux  au  Cachemire,  l'un  au  xf  siècle,  l'autre  au  xn%  et  aussi 
à  une  inscription  de  l'Inde  centrale  (Bhera  Ghat,  sur  la  haute 
Narbada),  datée  de  1 155  J.-G.  (Kielhorn,  List,  n°/ii5).  Tout 
décèle  donc  le  mot  comme  de  date  tardive  ;  on  ne  saurait  légi- 
timement s'en  servir  pour  expliquer  un  texte  d'Acoka.  Quant  à 
rex|)ression  m'mim  kr,  ([u'on  prendrait  pour  une  expression 
consacrée  à  lire  la  référence  sommaire  de  Bûhler,  le  Diction- 
naire de  Pétersbourg  ne  la  traite  pas  même  comme  une  locu- 
tion; parmi  les  exemples  du  mot  misa,  il  cite  :  misain  htm 
tadaivdsphutai/â  girâ,  Kathàs.,  6/i ,  ia5,  qu'il  traduit  littérale- 
ment :  «cine  TJiuscbung  bewirkendw.  11  serait  oiseux  d'insister. 
Au  reste,  Bûhler  lui-même  avait,  au  cours  des  ans,  oublié 
sa  propre  malice;  en  éditant  les  édits  de  Siddapur,  il  donne 
comme  la  transcription  sanscrite  -.^elena  tu  kâknàmrsâ  saiilo 
mnmisijâ  misa  [hrtâh]  demilj  [salin],  el  il  traduit:  w Pendant  ce 
temps  les  hommes  qui  étaient  [considérés  comme]  vrais  dans 
le  Jambudvqia  [ont  été  rendus  manifestement]  faux  [avec  leurs] 
dieux.  55  Malgré  le  respect  profond  qu'on  doit  à  la  mémoire  de 
Bûhler,  j'avoue  c|ue  cette  traduction  me  semble  délier  la  gram- 
maire et  le  bon  sens. 

Le  mot  iiiisa,  dans  le  pràcrit  d'Acoka,  répond  normalement 
au  sanscrit  m/cra  «mélangé 55.  La  construction  misa  deveh,  (jui 
gênait  si  fâcheusement  dans  la  version  de  Siddapur  l'interpré- 
tation de  Biihler,  rentre  au  contraire  dans  la  règle  courante  si 
on  pose  cette  identité  ;  le  mot  miçrn  se  construit  régulièrement 
avec  un  instrumental  :  visma  miçram  amrtam  c^de  l'ambroisie 
mêlée  à.  du  poison 55,  R\màv.,  V,  ST),  2.  Le  Dictionnaire  de  Pé- 
tersbourg, auquel  j'emprunte  cet  exemple,  en  cite  une  longue 


VYUTHENA    256.  125 

liste,  et  renvoie  à  Manu,  à  la  Vâjasaneyï-samhitâ,  au  Çata- 
patha-brâhmana ,  à  l'Atharva-Veda ,  au  Mahâ-Bliârata,  etc., 
en  somme  à  toutes  les  couches  de  la  littérature.  Quant  au  mot 
dera ,  il  n'a  dans  la  langue  sanscrite  que  deux  sens  réels;  il 
(îésigne  à  titre  égal  les  dieux  et  les  rois.  Jamais,  à  ma  connais- 
sance ,  il  ne  s'applique  seul  aux  brahmanes.  Le  contexte  ici 
indique  clairement  le  sens  de  «roi 75.  Açoka  vient  d'énoncer 
que,  reçu  dans  le  clergé,  il  est  parti  en  tournée.  Il  continue  : 
ç^Et  les  hommes  qui  n'étaient  pas  mêlés  aux  rois  dans  le  Jam- 
budvïpa  se  sont  mêlés  avec  eux  en  ce  temps 55  (Siddapur  et 
Sahasram)  ou,  ce  qui  revient  au  même  :  «Les  rois  qui  jusqu'à 
ce  temps-là  ne  s'étaient  jamais  mêlés  dans  le  Jambudvipa,  sont 
maintenant  rendus  mélangés  n  (Rupnath).  C'était  bel  et  bien  une 
révolution.  Les  rois  que  leur  essence  divine  tenait  à  l'écart  delà 
foule  profane,  comme  de  véritables  dieux,  venaient  d'abdiquer 
leur  privilège  avec  Acoka  ;  l'empereur  de  l'Inde  s'était  fait  le 
confrère  des  moines,  simple  aspirant  à  la  sainteté.  La  loi  du 
liouddha  avait  accompli  ce  miracle.  Rien  de  plus  naturel ,  dès 
lors,  que  la  suite  des  idfes.  ç<: C'est  là  le  fruit  du  départ  en 
tournée.  Et  on  n'a  pas  besoin  d'être  un  grand  personnage  pour 
l'obtenir.  Le  plus  chétif,  s'il  part  en  tournée,  peut  gagner  le 
j)aradis,  si  énorme  que  soit  le  profit.  Et  voilà  pourquoi  j'ai  fait 
cet  édit,  afin  que  petits  et  grands  partent  en  tournée,  et  que 
nicnie  les  peuples  des  confins  le  sachent.  55  C'est  la  même  pres- 
cription que  répète  l'édit  de  Sarnath,  en  substituant  au  verbe 
pahaiiinti  \e  verbe  riions  çt  quitter  sa  maison  57.  Après  avoir  réglé 
les  ad'aires  ecclésiastiques  et  enjoint  aux  hauts  fonctionnaires 
d'assisler  à  l'uposatha,  il  ajoute  :  «Faites  que,  dans  l'étendue 
de  votre  ressort,  partout  on  quitte  sa  maison  conformément  à 
ce  texte;  et  aussi  faites  ([ue  dans  tous  les  pays  de  protectorat  (?) 
on  fasse  (pie  l'on  quitte  sa  maison.  ^1  Comme  pour  garantir 
ridentifé  des  deux  textes,  l'édit  de  Rupnath  reprend  la  fornudc 
de  Sarnath  à  la  suite  du  texte  complet,  tel  (|u'il  se  rencontre 


126  JANVlER-FEVRlEn    1911. 

à  Sahasram  et  à  Siddapur.  On  voit  donc  pleinement  la  valeur 
des  mots,  restés  si  longtemps  obscurs,  qui  sonl  accolés  à  cctle 
recommandation  dansl'éditde  Hupnath  etqui  servent  de  conclu- 
sion à  Siddapur  et  à  Sahasram  :  c^  Celui  (|ui  fait  cette  proclamation 
a  (juitté  sa  maison  pendant  256  nuits,  w  Açoka  revendiquait  le 
droit  de  se  faire  obéir,  car  il  avait  prêché  d'exemple. 


MÉLANGES. 

LA 

DIVINATION   PAR   L'ÉCAILLÉ   DE   TORTUE 
DANS  LA  HALTE  ANTIQLITÉ  CHINOISE 

(D'APRÈS   UiN   LIVRE   DE   M.   LO   TCHEN-VV). 

Les  premiers  siècles  de  l'histoire  de  Chine  sont  fort  obscurs  ; 
ia  raison  principale  de  cette  imperfection  de  nos  connais- 
sances est  que  l'archéologie  n'a  pas  jusqu'ici  apporté  aux  textes 
littéraires  le  complément  d'informations  dont  ils  ont  besoin. 
Cet  état  de  choses  changera  sans  doute  lorsqu'on  aura  entre- 
pris de  faire  des  fouilles  dans  le  vieux  sol  où  gisent  enterrés 
les  vestiges  des  époques  di'sparues.  A  défaut  de  ces  recherches 
métliodiques  qui  n'ont  pas  encore  été  pratiquées,  un  hasard 
heureux  a  fait  découvrir,  il  y  a  une  dizaine  d'années,  tout  un 
ensemble  de  documents  qui  méritent  au  plus  haut  point  de 
retenir  notre  attention,  car  ils  paraissent  être  antérieurs  au 
premier  millénaire  avant  notre  ère. 

En  l'année  i  Scjq,  on  exhuma,  dans  des  conditions  que  nous 
ignorons,  plusieurs  milliers  de  fragments  d'écaillé  de  tortue 
et  d'os,  couverts  de  caractères  d'écriture,  dans  une  localité 
située  à  5  h  à  l'ouest  de  la  sous-préfecture  de  Ngan-ynnir  ^ 
[%  .  qui  constitue  la  ville  préfectorale  de  TclinHg-io  ^  f^^ .  dans 
le  nord  de  la  province  de  flo-min^^K   On    chercha  aussitôt  à 

C'  GeUc  iocalisalion,  dit  />o  Tclwn-iju,  est  la  seule  exacte.  Lieou  Tie-yun 
avait  cru  que  la  trouvaille  provenait  di<  ranciennc  ville  de  )'rou-li  f-(  f^  ^ 
^,  sur  io  territoire  de  la  sous-préfccliire  de  Tanir-iim  '^^  ^  :  celte assorti(»n 
est  répétée  par  M.    T-Hanj^-Lidnir  •jj^  yj^    (surnom  de  Lrait/r  /v'i->r/i'ffo?)  dans 


128  JANVIER-FEVRIER    11)11. 

tirer  un  parti  commercial  Je  cette  découverte  et  on  apporta  un 
grand  nombre  de  ces  objets  à  Péking  pour  les  vendre.  Un 
riche  mandarin.  Wang  Yi-jong  î  ||  H,  nom  posthume  Wcn- 
mhi  35t  %%  5  originaire  de  Fou-chan  jjîg  llj  dans  la  province  de 
Chnn-long,  en  acheta  un  lot  considérable.  Sur  ces  entrefaites 
éclatait  en  i()00  la  révolte  des  Boxeurs;  PFa»^ était  mis  à  mort, 
et  son  fils,  obligé  de  faire  argent  de  tout,  devait  vendre  sa 
collection  à  un  certain  Lieou  T'ie-yun  §|J  §§,  ^.  originaire  de 
Tan-fou  f^  ^  (ville  préfectorale  de  Tchen-kiang  ^  Jï,  dans 
le  Kiang-sou);  ce  dernier  devait  mal  finir,  car  il  fut  inculpé  plus 
tard  de  malversations  dans  les  affaires  du  syndicat  des  mines 
du  Clian-si  et  mourut  en  exil;  mais,  en  1 90 1 ,  il  était  dans  une 
belle  position  sociale,  et  pouvait  se  mettre  en  frais  pour  sa- 
tisfairc  sa  manie  archéologique;  il  acheta  tous  les  débris 
d'écaillé  de  tortue  et  d'os  qu'il  put  trouver  et  finit  par  en  réunir 
plus  de  5,000;  en  1908,  il  publiait  un  ouvrage  dans  lequel  il 
reproduisait,  par  les  procédés  phototypiques,  les  estampages 
d'un  millier  de  pièces -''. 

Quel  qu'eut  été  le  zèle  de  Lieou  T'ie-yun  pour  acquérir  tous 
les  fragments  qu'il  avait  pu  se  procurer,  il  s'y  était  pris  trop 
tard  pour  pouvoir  remédier  à  la  dispersion  de  la  masse  des 
documents.  C'étaient  des  marchands  du  Chan-tong  qui  avaient 
les  premiers  mis  la  main  sur  la  trouvaille;  après  qu'ils  furent 

une  disserlalion  où  d'ailleurs  il  explique  à  tort  les  fragments  d'écaillés  de 
tortue  comme  élant  d'anciennes  monnaies  (voir  la  revue  Koiio  fong  pao  ^ 
J^  ^  ,  numéro  paru  le  onzième  jour  du  troisième  mois  de  la  deuxième  année 
Siuan-t'ong,  1910). 

(')  Cet  ouvrajjc  est  intitulé  Tieyun  ts'ang  kouei  ^  ^  ^  ^  "(Ecailles  de) 
tortue  de  la  collection  de  (Lieou)  T'ie-yunv  ;  il  forme  6  fascicules  3Ô8xio3  mm. 
Il  est  accompagné  de  li  fascjcules  intitulés  T'ie-yun  ts'ang  t'ao^^  §  ^  j^ 
tf Terres  cuites  de  la  collection  de  [Lieou)  Tie-yunv;  on  y  verra  reproduits  des 
sceaux  en  argile  qu'on  apposait  autrefois  sur  les  missives  en  bois  (cf.  M.  A. 
Stein,  Ancient  Kholan ,  p.  3)8).  —  Ces  10  fascicules  se  trouvent  à  Paris  dans 
la  belle  bibliotlièque  pour  la(]uolle  les  archéologues  et  les  historiens  de  l'art 
doivent  à  M.  J.  Douret  une  gratitude  infinie. 


MELANGES.  129 

allés  à  Péking  et  eurent  vendu  une  partie  de  leur  trésor  ar- 
chéologique à  Wang  Yi-jong,  ils  durent,  à  cause  de  la  révolte 
des  Boxeurs,  regagner  au  plus  vite  leur  pays  d'origine;  ils  arri- 
vèrent à  Wei  hien  "î||  où  sont  cpielqucs-uns  des  collectionneurs 
les  plus  célèbres  de  la  Chine  et  il  est  probable  qu'ils  firent 
affaire  avec  eux;  mais,  si  nous  ne  sommes  pas  bien  informés 
sur  ce  point,  nous  savons  du  moins  qu'ils  trouvèrent  bon  ac- 
cueil auprès  des  missionnaires  américains  établis  dans  cette 
ville;  l'un  d'eux,  M.  Chalfant,  acheta ,  pour  le  musée  de  la  China 
Brandi  ofthe  Royal  Asiatic  Society  à  Shanghai,  quatre  cents 
fragments  environ  d'écaillé  ou  d'os  et  en  copia  quelques  spé- 
cimens qu'il  publia  à  la  fin  d'un  volume  intitulé  Early  Chincsc 
ivritmg  (Memoirs  ofthe  Carnegie  Muséum,  vol.  IV,  n"  i,  Pitts- 
burg,  1906).  Mais  comme,  les  inscriptions  n'étaient  pas  ex- 
pliquées, son  élude  ne  fut  pas  fort  remarquée  du  monde  savant 
qui  conservait  quelques  doutes  sur  la  haute  antiquité  des  sin- 
guliers objets  qu'on  soumettait  pour  la  première^  fois  à  son 
examen. 

En  1907.  un  Japonais,  M.  Hayashi  Taisuke  ^^|f.  a 
écrit,  au  sujet  des  documents  trouvés  à  iSgan-yang,  un  article 
dans  la  Revue  historique  japonaise  .^  ^  tJîI  îè .  mais  je  n'ai 
pas  pu  me  le  procurer.  En  1910,  M.  Lo  Tchcn-iju  i^  î^  3i , 
appellation  ('Jiou-ijiui  ;jî|^,  a  ptdjlié  ii  Péking  un  petit  volume 
de  trente-deux  doubles  pages  sur  le  même  sujet  ^'';  c'est  au 

!''  Cet  opuscule  est  inlilulé  :  lin  Chang  lchcu<r -pou  wcn  Iseu  L'un  Ê^  1^ 
^  Js  3ÎC  ^  ^  *  ^'^  '•^'''^  est ,  au  promior  abord,  quelque  peu  énij^maliqur, 
à  cause  du  sens  peu  usuel  dans  lequol  est  pris  le  mot  È  ;  il  sifjnilie  ici  rrcon- 
suitation  di's  sortsi;  c'est 'ainsi  que,  dans  le  Tclicoit  H,  à  rarticle  concernant 
le  1(1  poil  J\^  [>  (gcand  augure),  il  osl  dit  :  tr Toutes  les  fois  qu'il  y  a,  pour 
allairo  d'étal,  une  [jrando  consultation  dos  sorts,  soit  qu'il  s'agisse  do  tirer 
les  sorts  pour  nioltre  un  priiici'  sur  le  trône,  soit  qu'il  s'agisse  do  tirer  les  sorts 
à  l'occasion  do  la  conslilution  d'un  grand  liot.  cost  co  fonctionnaire  (à  savoii* 
le  grand  augure)  (pii  considère  la  partie  supérieure  (de  l'écaillé)  et  qui  prépare 
(ou,  suivant  d'autres,  qui  perfore)  la  tortue.  1  /L^^^^o    l^A^o 

XVII.  Q 


lurmiirKir    ntTio^tL». 


130  JANVIER-FEVRIER    1911. 

moyen  de  ce  livre  que  je  vais  chercher  à  donner  au  lecteur 
Européen  (|uek|ue  idée  des  résultats  qui  ont  été  ohtcnus  par 
la  science  des  archéologues  d'Extrême-Orient. 

La  divination  jouait  un  rôle  considérable  dans  la  Chine 
antique;  d'après  les  textes,  elle  se  pratiquait,  soit  au  moyen 
d'écaillés  de  tortue,  soit  au  moyen  de  tiges  d'achillée;  nous 
pouvons  ajouter  maintenant:  soit  au  moyen  d'os,  puisque  nous 
avons  des  témoins  authentiques  de  ce  troisième  mode  de  con- 
sulter les  sorts. 

Le  chapitre  llon^  fanàw  Chou  king  (irad.  Couvreur,  p.  aoh- 
ao6)  énumère  les  signes  qui  sont  fournis  par  l'écaillé  de 
tortue  et  ceux  qui  sont  fournis  par  l'achillée;  il  monire  l'im- 
portance relative  des  oracles  rendus  par  l'une  et  par  l'autre. 
Dans  le  chapitre  Kiu  /«du  Li  ki  (frad.  Couvreur,  t.  I,  p.  60- 
6a),  nous  lisons  la  formule  par  la(|uelle  on  interrogeait 
i'écaille  de  tortue  et  l'achillée  sur  le  choix  d'un  jour  propice  : 
«Pour  le  clToix  du  jour  nous  avons  confiance  en  vous,  ô  véné- 
rable tortue,  qui  suivez  des  règles  constantes  et  assurées;  nous 
avons  confiance  en  vous,  ô  vénérable  achillée,  qiu  suivez  des 
règles  constantes  et  assurées.  »  Le  Kiu  H  ajoute  que  ces  deux 
modes  de  divination  étaient  un  moyen  de  gouvernement;  c'est 
par  leur  moyen  que  le  souverain  triomphait  de  toutes  les  hé- 
sitations du  peuple  et  qu'il  imposait  à  ce  dernier  des  décisions 
que  nul  n'aurait  osé  contester.  Le  Che  king  et  le  Chou  king  citent 
plusieurs  cas,  soit  d'mtérét  public,  soit  d'intérêt  privé,  oii  on 
eut  recours  aux  procédés  de  l'art  augurai. 

Mais  si  les  textes  anciens  qui  nous  parlent  de  la  divination 
en  général  sont  nombreux,  rares  sont  ceux  qui  nous  renseignent 
sur  la  manière  dont  elle  se  pratiquait.  En  dehors  de  quelques 

h*  J^  i'I  o  W\  HÂ  î^  ff^  ^  o  Le  lilin  du  livre  de  Lo  Tcheii-ijn  doit  donc 
être  tiiidiiit  de  ia  manière  suiviinlc  :  te  Examen  des  inscriplions  de  l'époque  dos 
)^î«-C/ian/,' ,  rolalivcs  à  la  consultation  des  sorts.»  Les  mots  Yin  et  Clianjr  sont, 
comme  on  le  sait,  deux  noms  qui  s'appli(juent  à  une  seule  el  môme  dynastie. 


MELANGES.  131 

indications,  parfois  assez  obscures,  contenues  dans  le  Tcheou  li, 
ce  n'est  que  le  chapitre  CXXVIH  des  Mémoires  historiques  de 
Sseu-ma  Tsien,  le  Kouei  Iso  tchounn  ^  'M  %■  i  'Tuquel  nous 
pourrons  nous  adresser;  à  vrai  dire,  d'ailleurs,  ce  chapitre  n'est 
pas  tout  entier  de  Sseu-ma  Tsien,  et,  pour  la  plus  grande 
partie,  il  a  été  compilé  par  Tch'ou  Chao-souen  ff  >i?  ^^, ,  à  la  lui 
du  i"  siècle  avant  notre  ère;  mais  il  est  évident  que  cette 
circonstance  n'ôte  rien  à  l'intérêt  qu'il  peut  présenter.  C'est 
principalement  au  moyen  du  Tcheou-li  et  du  Kouei  tsô  tchounn 
que,  sous  le  règne  de  K'ang-hi  (1662-1-722),  un  certain  Hou 
Hiu  '^^  B^,  composa  son  p- Examen  détaillé  de  la  méthode  de 
divination  par  l'écaillé  de  tortue  w  [n  '{^  t^  ^ ,  dans  lequel  il 
reconstitue  assez  exactement  les  méthodes  pratiquées  par  les 
devins  de  l'antiquité.  Nous  avons  maintenant  des  informations 
plus  précises  encore ,  grâce  à  la  trouvaille  de  Ngan-yanp^. 

Sur  plusieurs  fragments  d'écaillé  de  tortue,  on  remarque, 
d'une  part,  des  trous  ronds  ou  ovales,  de  5  à  1  0  millimètres 
de  diamètre  qui  ont  été  pratiqués  avec  un  instnmient  tranchant  ; 
d'autre  part,  des  traces  de  brûlure.  Les  hriilurcs  étaient  des- 
tinées à  provoquer,  à  la  surface  de  l'écaillé,  des  fissures  ([ui, 
suivant  leurs  formes,  étaient  interprétées  par  l'augure;  mais, 
pour  que  ces  fissures  pussent  se  produire  plus  aisément,  on 
avait  eu  soin  au  pr(''alnble  de  faire  ici  et  là  des  trous  (pii 
rendaient  l'écaillé  plus  aisée  à  fendre. 

L'acte  de  percer  les  trous  est  celui  qui  est  désigné  dans  les 
textes  littéraires  par  l(>  mol  ^.  A  vrai  dire,  ce  terme  a  été 
mal  interprété  par  le  commentaleur  Tchetiij  K'ang-tc}ien(t  ^ 
J^  ^  (11"  siècle  p.  C.),  qui  y  a  vu  l'équivah'nt  du  mot  ^ 
«brûlera  et  qui  a  par  conséquent  confondu  l'acte  de  perforer 
avec  celui  de  brûler  (commentaire  du  chap.  Chc  s<infr  h  du 
Il  /<).  Son  explication  a  été  adoptée  par  un  grand  nombre  de 
lettrés,  et  c'est  pour(|uoi  le  P.  (Couvreur  (^-r'/wu  /.m/;,  p.  3*^7) 
est   d'accord    avec  la  glose  liMdilionnelle  lorsciue,   dans  ime 


132  JANVIER-FEVRIER    1911. 

poésie  du  Livre  des  vers  (7«  ya,  I,  ode  3),  il  traduit  les  mots 
^  ^  ^  S  comme  signifiant:  ^\\  (^Tan-fou)  grilla  notre  tor- 
tue w.  Mais  nous  voyons  maintenant  qu'il  faut  traduire  :  «il 
perfora  notre  tortue  55,  en  vue  de  consulter  les  sorts.  Ce  sens 
était  d'ailleurs  celui  qui  prévalait  avant  que  la  glose  de  Tcheng 
Kang-tcKeng  Q\\i  brouillé  les  idées.  En  effet,  Tou  Tseu-lch'oucn 
z^:  ^  ^  (f  siècle  av.  et  ap.  J.-C),  dit,  dans  son  commentaire 
du  Tclieou  /^  (article  du  tchoiiei  che,  trad.  Biot,  t.  II,  p.  77): 
^  W  M  M,^  M  '"^^6  mot  k'i  signifie  creuser  les  perforations 
de  l'écaillé  de  tortue  ?5. 

Quant  aux  brûlures,  elles  ont  été  faites  à  l'endroit  même  où 
avaient  été  pratiqués  les  trous;  c'était  déjà  l'opinion  de  Hou 
Hiu,  et  l'inspection  des  fragments  la  confirme.  Toutefois,  un 
doute  subsiste  sur  la  manière  dont  on  brûlait  l'écaillé;  d'un 
texte  du  Che  sangli  du  Yi  li,  il  résulterait  qu'on  employait  une 
torche  de  branchages  épineux  5^  f,^  :  mais,  si  nous  examinons 
les  écailles  elles-mêmes,  nous  constatons  qu'elles  n'ont  pas  dû 
être  posées  directement  sur  la  flamme,  ce  qui  les  aurait  car- 
bonisées sur  toute  leur  étendue;  elles  présentent  seulement 
des  taches  noirâtres,  comme  si  on  les  avait  touchées  en  certains 
points  avec  un  instrument  porté  au  rouge  vif. 

Quand  l'écaillé  s'était  cra(juelée,  on  enduisait  d'encre  les 
fissures  afin  d'en  faire  mieux  ressortir  le  contour.  C'est  l'opé- 
ration que  désigne  le  Tcheou  //(trad.  Bior.  t.  II,  p.  75),  quand 
il  dit  que  le  fonctionnaire  appelé  pou-che  h  M  ?  après  avoir 
allumé  le  feu  pour  mettre  en  état  la  tortue,  y  appliquait  l'encre 
lif  ^C  .W  f^  ^  ^  ^  Il  ;  de  même  dans  le  chapitre  yu  Isao  du 
Li  /«' (trad.  Couvreur,  t.  I,  p.  (iSa),  on  lit  que  le  clerc  déter- 
minait l'encre  ^  !Ê  M?  c'est-à-dire  qu'il  fixait  l'encre  dans  les 
fissures,  ^'est  à  tort  que  h;  P.  Couvreur  explique  ce  dernier 
passage  en  disant  :  «On  prenait  une  carapace  de  tortue,  on  la 
couvrait  d'une  couche  d'encre  et  on  l'exposait  au  feu.  Ensuite 
on  examinait  la  forme  des  fissures  produites  dans  la  couche 


MELANGES.  133 

d'encre  par  Taction  du  feu.  et  on  y  lisait  la  volonté  du  ciel.» 
En  réalité  les  craquelures  se  j3roduisaient  dans  l'écaillé  elle- 
même  et  l'encre  servait  seulement  à  les  renforcer. 

«  Après  c[ue  les  écaille.s  de  tortue  et  les  tiges  d'achillée  ont 
été  usées,  lisons-nous  dans  le  chapitre  K'iu  li  du  Li  ki  (trad. 
Couvreur,  t.  I .  p.  67) ,  on  les  enterre.  »  H  5^  i^  M']  M  ^-  On 
voulait  par  là  éviter  que  ces  objets  sacrés  fussent  profanés. 
L'examen  des  fragments  de  Ngan-yang  nous  apprend  que  les 
écailles  de  tortue  n'étaient  ainsi  mises  à  l'écart  qu'après  qu'elles 
avaient  servi  à  plusieurs  reprises  ;  on  ne  se  bornait  pas  à  les 
consulter  une  seule  fois;  on  les  utilisait  aussi  longtemps  (ju'elles 
présentaient  une  surface  libre  suffisante  pour  contenir  de  nou- 
velles fissures. 

Les  diverses  opérations  que  nous  venons  de  décrire  sont 
indiquées  dans  des  textes  littéraires  qui,  autrefois  obscurs,  de- 
viennent maintenant  parfaitement  intelligibles.  Mais  il  est  une 
dernière  opération  à  laquelle  nous  ne  trouvons  aucune  allusion 
nulle  part,  c'est  celle  qui  consistait  à  graver  sur  l'écaillé  même 
quelques  mots  marquant  pour  quelle  cause  avait  été  faite  la 
consultation.  A  vrai  dire  les  caractères  archaïques  qui  sont 
inscrits  sur  les  fragments  de  iSgnn-yanfr  sont  extrêmement 
difficiles  à  déchiffrer  ;  M.  Lo  Tchen-yu,  qui  est  le  premier  à  avoir 
tenté  de  les  expliquer,  est  parvenu  à  transcrire  d'une  manière 
plus  ou  moins  complète  i3/i  de  ces  formules:  malheureu- 
sement, il  n'a  pas  pris  soin  de  mettre,  à  côté  de  ses  lectures, 
les  fac-similés  des  originaux,  en  sorte  que  nous  sommes  dé- 
pourvus de  tout  moyen  de  contj-ôle.  Cependant ,  comme  certaines 
des  expressions  qu'il  a  lues  reviennent  très  souvent  et  se  re- 
trouvent sur  les  pièces  reproduites  dans  le  livre  de  Licou  Tie~ 
yun,  il  nous  semble,  après  examen,  que  les  lectures  de  M.  fj) 
Tchen-yu  doivent  être  suffisamment  exactes  pour  (ju'on  puisse 
en  tirer  quelques  conclusions  générales. 

En  premier   lieu,    nous  rencontrons   plusieurs  phrases  du 


134  JANVIER-FEVRIER    19  11. 

type  de  celle-ci  :  M.  ^  ^  M.  ^  "-nous  avons  consulté  les  sorts 
auprès  de  Tsou-yiT.  Le  nom  seul  de  la  personne  consultée 
change;  au  lieu  de  Tsou-yi ,  on  trouve  Ta-kia  ;A;'  ^  .  Tsou-sin 
Il  ^  •  Tsou-tinir  ïl  T ,  P'an-hcng  ^  )^  ,  Tsou  keng  )pl  J^  ,  elc. 
Or  ce  sont  là  des  noms  d'empereurs  de  la  dynastie  des  Yiii, 
au  deuxième  millénaire  avant  notre  ère.  Dans  certains  cas 
nous  remarquons  des  noms  qui  corrigent  ou  complètent  les 
textes  historiques;  ainsi,  le  nom  de  Wen-ting  ^  "X,  qui  figure 
aussi  dans  le  Tchon  chou  li  nien ,  nous  permet  de  supposer  que 
Sseu-ma  Tsien  a  du  se  tromper  quand  il  suhstitua  à  ce  nom 
celui  de  Tai-ling  -j^  ~X  qui  figurait  déjà  une  fois  dans  sa  liste  des 
souverains  Yin.  De  même  encore,  nous  savons  par  Sseti-ma 
7!sVe// ((rad.  fr. ,  t.  I,  p.  176),  qne  le  père  et  le  grand-père 
du  fondateur  de  la  dynastie  des  Yin  se  nommaient  respecti- 
vement Tcho7i-jm  ;i  fE*  6t  Tcliou-kouei  ^  ^  ;  or,  sur  les 
écailles  de  tortue,  on  déchiffre  les  noms  iî  et  |^  qui  indiquent, 
par  l'adjonction  du  signe  de  la  divinité  aux  caractères  je/t  et 
kouri,  que  cns  deux  ancêtres  de  la  dynastie  avaient  du  être 
divinisés.  Comme  il  est  de  règle  à  l'époque  des  Yin,  tous  les 
noms  de  souverains  se  terminent  par  un  caractère  cyclique  de 
la  série  dénaire  ;  suivant  l'cxphcation  la  plus  vraisemblable , 
ce  caractère  cyclique  est  celui  qui  convenait  au  jour  oii  était 
né  le  souverain. 

Qui  avait  le  droit  de  s'adresser  à  ces  empereurs  défunts?  Ce 
ne  pouvaient  être  que  leurs  descendants.  Ces  documents  doivent 
donc  émaner  d'un  des  derniers  empereurs  de  la  dynastie  des 
Yin.  Je  ne  crois  pas  qu'on  puisse  allirmer.  aussi  nettement  que 
le  fait  M.  Lo  Tchen-yu,  que  l'empereur  Woii-yi  |Èt;  Zj  (119^- 
1  196  ou  1 1 59-1  1  25)  transporta  sa  résidence  dans  l'endroit 
même  où  furent  retrouvés  les  fragments  d'écaillé;  mais  la  chose 
est  possible  et,  puisque  l'empereur  Wou-yi  K  2*  ?  6t  son  suc- 
cessein-  l'empereur  T'ai-ting  ic  T  î  sont  eux-mêmes  men- 
tionnés siu*  los  écailles  comme  des  ancêtres  défunts,  il  est  vrai- 


MELANGES.  135 

semblable  que  ces  fragments  doivent  être  rapportés  au  souverain 
qui  vint  après  eux.  l'empereur  Ti-iji  '^  2« ,  dont  le  règne 
commence  suivant  les  uns  en  1191.  et  suivant  les  autres 
en  1 1  11  av.  J.-C,  ces  deux  systèmes  chronologiques  n'ayant 
d'ailleurs  l'un  et  l'autre  qu'une  valeur  relative. 

Enfin,  c'est  une  chose  bien  digne  de  remarque  qu'on  em- 
ployait l'écaillé  de  tortue  pour  consulter,  non  des  divinités 
quelconques,  mais  des  ancêtres;  les  ancêtres  étaient  les  génies* 
lutélaires  qui  protégeaient  d'une  manière  invisible  leur  lignée 
et  c'est  pourquoi  on  s'adressait  à  eux  quand  on  avait  à  leur  de- 
mander conseil.  Nous  comprenons  dès  lors  mieux  ce  que  si- 
gnifie un  passage  du  chapitre  km  t'eng  du  Chou  kùifr  (trad. 
Couvreur,  p.  216)  :  le  duc  de  Tcheou  offrait  de  racheter  la  vie 
de  son  frère  aine  le  roi  Woit,  qui  était  malade  et  paraissait 
devoir  mourir;  il  s'adressa  donc  aux  mânes  de  son  père,  de 
son  grand-père  et  de  son  arrière-grand-père  pour  leur  per- 
suader qu'ils  auraient  grand  tort  de  rappeler  auprès  d'eux  le 
roi  PFow,  car  lui ,  le  duc  de  Tcheou,  était  beaucoup  plus  apte 
que  son  frère  aine  à  les  servir  ;  il  consulta  alors  les  trois  tortues 
qui.  toutes  trois,  donnèrent  des  réponses  favorables  75  h  H 
H  — "  W  ^  •  Qu'étaient-ce  que  ces  trois  tortues?  C'étaient 
cellesau  moyen  desquelles  on  avait  interrogé  les  trois  ancêtres, 
et  chacune  d'elles  devait  avoir  été  affectée  spécialement  à  l'un 
de  ces  trois  morts  illustres. 

Les  écailles  de  tortue  indiquent  assez  souvent  les  victimes 
qu'on  offrait  à  l'ancêtre  au  moment  où  on  l'interrogeait  :  sui- 
vant les  cas,  ce  sont  un,  cinq,  neuf  ou  dix  bœufs,  dix  porcs 
blancs,  ou,  dans  des  textes  dont  la  lecture  ne  paraît  pas  tout 
à  fait  sûre,  des  chiens,  des  moutons,  du  licpiide  fermenté. 

Mention  est  faite  aussi  du  jour  où  la  consultation  avait  lieu; 
ce  jour  est  indi([ué  au  moyen  du  cycle  sexagésimal  qui,  dès 
celte  époque  reculée,  s'était  substitué  au  simple  cycle  démiire 
de  la  haute  auticjuité. 


136  JANVIER-FEVRIER    1911. 

On  avait  recours  à  la  divination  principalement  pour  l'agri- 
culture et  pour  la  chasse;  voici  en  effet  quelques  formules 
prises  parmi  les  plus  claires  :  M.  ^  ^  ^  «consulté  les  sorts 
pour  savoir  si  nous  aurons  une  bonne  récolte  55;  T  B  h  ^ 
]ï|f  «le  jour  ting-sseu,  consulté  les  sorts  par  l'écaillé  de  tortue 
pour  savoir  s'il  pleuvra  15;  M,  ^  '^  W  l^t  -^  &  ^  «consulté 
les  sorts  pour  savoir  si  l'Empereur  (d'en  haut)  ordonnera  que 
ia  pluie  ne  permette  pas  d'obtenir  une  récolte  sutfisante  ?r, 
£*  ^  h  .^  M  'M  M  ^  ^^^'  jour  ki-îvei,  consulté  les  sorts  par 
l'écaillé  de  tortue  afin  de  demander  si,  quand  on  poursuivra 
des  sanghers,  on  les  prendra  71;  M,  '^  M  MM  «consulté  les 
sorts  pour  savoir  si,  quand  on  tirera  de  l'arc  sur  un  cerf,  on 
s'en  emparera  v.  Quelquefois ,  mais  bien  plus  rarement ,  il  semble 
qu'on  ait  inscrit,  non  plus  la  demande  faite  à  l'écailie  de  tortue, 
mais  la  réponse  que  celle-ci  a  rendue;  par  exemple  :  '^  M  ^ 
^  «ce  mois-ci,  il  ne  pleuvra  pasw;  "X  ^P  ^  M  «le jour  (ing- 
mao,  il  doit  pleuvoir  71;  il  est  permis  cependant  de  croire  (jue 
ces  formules  sont  incomplètes  et  que,  si  elles  étaient  rétablies 
dans  leur  forme  intégrale,  elles  reprendraient  la  forme  d'une 
interrogation. 

En  conclusion  ces  documents,  malgré  leur  aspect  fragmen- 
taire, présentent  un  grand  intérêt.  Tout  d'abord,  ils  paraissent 
bien  être  les  plus  anciens  monuments  écrits  de  la  Chine  et  ils 
permettent  de  remonter  à  un  stade  de  l'écriture  que  nous  ne 
pouvions  atteindre  jusqu'ici;  pour  suivre  les  évolutions  des 
formes  graphiques  des  caractères,  ils  apportent  des  indications 
toutes  nouvelles.  D'autre  part,  ils  sont  gravés  au  couteau  et 
on  peut  se  demander  si  c'était  là  une  pratique  réservée  aux 
écailles  de  tortue  et  aux  os,  ou  si  on  écrivait  de  la  même 
manière  quand  on  écrivait  sur  bois;  la  question  sera  peut-être 
insoluble,  car  il  y  a  peu  de  chances  pour  qu'on  retrouve 
jamais  des  ficbes  en  bois  datant  du  deuxième  millénaire  avant 
notre  ère.  A  un  autre  point  de  vue,  ces  débris  d'écaillé  et  d'os 


MELANGES.  137 

ont  une  haute  importance  :  jusqu'ici  la  dynastie  des  Yin  était 
à  demi  légendaire;  sans  doute,  Confucius  était  un  descendant 
des  Yin  et  il  déclarait  vouloir  se  conformer  aux  rites  que  pra- 
tiquaientses  lointains  ancêtres;  cependant,  quand  nous  lisions 
le  chapitre  de  Sseu-ma  Tsipïi  sur  les  Yin,  nous  constations  qu'il 
était,  comme  le  chapitre  sur  les  Hia,  presque  exclusivement 
composé  de  citations  du  Chou  /r/«^  insérées  dans  une  liste  ^gé- 
néalogique et  suivies  des  traditions  relatives  au  dernier  sou- 
verain qui  perdit  la  dynastie  par  ses  fautes;  c'est  à  peine  si 
les  brèves  inscriptions  des  vases  de  bronze  nous  permettaient 
de  tracer  quelques  linéaments  fermes  dans  l'imprécision  des 
légendes;  les  textes  exhumés  à  Ngan-yang  marquent  mieux 
la  personnalité  historique  des  Yin;  ils  nous  font  assister  à  la 
vie  de  ces  anciens  souverains  qui  partageaient  leur  temps 
entre  l'agriculture  et  la  chasse  et  qui  consultaient  leurs  an- 
cêtres sur  toutes  les  questions  qui  leur  importaient;  l'histoire 
réelle  de  la  Chine  se  trouve  ainsi  reculée  de  plusieurs  siècles. 
Enfin ,  quand  ces  débris  des  plus  anciens  âges  n'auraient  eu 
d'autre  mérite  que  de  nous  renseigner  sur  les  procédés  de  la 
divination .  ils  seraient  déjà  par  là  même  dignes  d'attirer  notre 
attention;  c'est  grâce  à  eux  en  effet  que  nous  savons  main- 
tenant avec  quelque  précision  quelles  manipulations  on  faisait 
subir  à  l'écaillé  de  tortue  pour  la  consulter;  nous  comprenons 
mieux  des  textes  qui  étaient  restés  ambigus  et  nous  pouvons 
reconstituer  des  cérémonies  qui  jouèrent  un  rôle  considérable 
dans  les  préoccupations  des  hommes  d'autrefois. 

Edouard  (Iiiavannes. 


138  JANVIER-FEVRIER    lUll. 

NOTE   PRÉLIMINAIRE 

SUR  LES  DOCUMENTS  EN  TOKHARIE^ 
DE  LA  MISSION  PELLIOT. 

Les  documents  recueillis  en  Asie  centrale  par  les  Allemands, 
les  Anglais,  les  Français,  les  Russes  ont  ressuscité  plusieurs 
langues  entièrement  oubliées  ou  disparues.  L'une  d'enlre  elles, 
provisoirement  désignée  sous  le  nom  de  tokharien  (par  inter- 
prétation d'un  colophon  de  manuscrit  turc)  enrichit  la  famille 
indo-européenne  d'un  rejeton  lointain,  original,  à  peine  re- 
connaissable  sous  les  transformations  qu'il  a  subies.  Pourtant, 
les  noms  de  nombre,  les  noms  de  parenté  sont  restés  trans- 
parents :  Irai  «  trois  n  ;  okdh  «  huit  v  ;  pncar  ^^  le  père  »  ;  niâcnr  «  la 
mère  v  etc.  Les  Allemands  ont  recueilli  dans  la  région  de  Tour- 
fan  une  collection  considérable  de  textes  en  tokharien.  _MM.  Sieg 
et  Siegling,  qui  les  ont  étudiés,  y  ont  reconnu  deux  dialectes 
bien  caractérisés  qu'ils  ont  désignés  par  les  lettres  A  et  B.  Le 
dialecte  A  est  le  plus  archaïque  ;  il  a  conservé,  entre  autres  traits 
anciens,  une  déclinaison  nominale  très  riche;  c'est  à  ce  dialecte 
qu'appartiennent  la  plupart  des  textes  réunis  aujourd'hui  à 
Berlin.  Le  déchiffrement  en  est  peu  avancé  ;  MM.  Sieg  et  Sieg- 
ling ne  disposaient  pour  l'interprétation  que  de  gloses  en  san- 
scrit dispersées  çà  et  là  dans  les  manuscrits.  Les  fragments 
recueillis  par  la  mission  Pelliot,  tant  à  Douldour-Aqour  qu'à 
Touen-houang,  sont  au  contraire,  tous  sans  exception,  en  dia- 
lecte B.  Un  fragment  recueilli  par  Stein  près  de  Khotan,  lors 
de  son  premier  voyage,  est  aussi  dans  ce  dialecte;  il  semble 
donc  que  la  distribution  géographique  des  trouvailles  donne  au 
dialecte  A  la  préférenct^  dans  l'extrême-nord  du  Turkestan,  au 
dialecte  B  dans  le  contre  et  [o  sud. 


MELANGES.  139 

La  grotte  de  Touen-houanga  fourni  deux  feuillets  bilingues, 
d'un  texte  de  médecine  sanscrit,  en  vers,  accompagné 
d'une  traduction,  vers  par  vers,  en  tokharien.  Les  fouilles  de 
Douldour-Aqour  ont  donné  un  feuillet  mutilé  du  Dhannnpada 
sanscrit,  traduit,  pàda  par  pâda,  en  tokharien.  Avec  ces  res- 
sources, j'ai  tenté  de  déterminer  la  nature  des  fragments  écrits 
uniquement  en  tokharien.  Tous  ceux  quej'ai  examinés  jusqu'ici 
(à  peu  de  chose  près  le  total  des  trouvailles)  sont  d'inspira- 
tion bouddhique.  11  ne  saurait  être  question  d'en  donner  ici 
une  liste  détaillée.  Qu'il  suffise  d'indiquer  qu'on  y  trouve  deux 
morceaux  tirés  du  Vinaya,  deux  rédactions  versifiées  de  sutras 
(l'un  sur  Nanda),  plusieurs  fragments  en  vers  sur  les  récom- 
penses et  les  punitions  des  actes  après  la  mort,  des  débris  de 
traités  cosmologiques.  Le  Dluirmnpada,  si  répandu  dans  sa 
rédaction  sanscrite,  est  représenté  en  tokharien  par  un  feuillet 
de  traduction ,  et  surtout  par  un  abrégé  où  l'esprit  de  chaque 
section  est  résumé  en  un  seul  vers.  Le  plus  surprenant  encore 
est  de  rencontrer  des  restes  de  deux  drames  bouddhiques,  dont 
l'un  a  pour  sujet  la  vie  du  Bouddha  lui-même;  ces  œuvres,  si 
elles  ne  sont  pas  traduites  d'originaux  sanscrits  inconnus  ou 
perdus,  attestent  l'influence  directe  de  la  dramaturgie  indienne 
hors  de  l'Inde  et  comblent  une  lacune  dans  l'histoire  des  rap- 
ports enire  le  théâtre  de  l'Inde  et  le  théâtre  chinois.  La  méde- 
cine est  une  annexe  du  bouddhisme;  les  missionnaires  l'utili- 
saient alors  comme  aujourd'hui  au  service  de  la  propagande. 
Elle  est  représentée  par  deux  fragments,  dont  l'un  est  bilingue. 
La  sorcellerie  se  range  naturellement  entre  la  religion  et  la 
médecine;  un  texte  curieux,  et  complet,  en  partie  sanscrit,  eu 
partie  tokharie;i,  donne  le  rituel  d'une  conjuration  contre  les 
ennemis. 

Il  importe  d'observer  (jue,  pour  aucun  de  ces  textes,  on  n'a 
pu  relever  jusqu'ici  de  correspondant  dans  le  sanscrit,  ni  le 
pâli,  ni   le  chinois,  ni  h'  lilx'lain.   Il  apparail  donc  (pie  celle 


UO  JANVIER-FEVRIER    1911. 

langue,  dont  l'existence  vient  à  peine  d'être  révélée,  a  été  l'or- 
gane d'une  civilisation  avancée  et  prospère,  et  que  le  boud- 
dhisme de  l'Asie  centrale,  au  contact  des  religions  nouvelles 
qu'il  y  rencontrait,  avait  pris  sur  place  un  développement 
original,  peut-être  aux  dépens  de  l'orthodoxie. 

Sylvain  Lévi. 


COMPTES  RENDUS, 


M.  JvsTKOw  jr.  Die  Religion  Babylomeks  ia»  /Issyiî/eivs,  t.  II,  livraisons  8 
à  i5,  p.  i-Gai.  — •  Giessen,  Alfred  Topelmann,  1906-1910  (1  M.  5o  la 
livraison). 

Le  D"^  Jastrow,  professeur  de  langues  sémitiques  à  l'Université  de 
Pennsylvanie  (Philadelphie),  poursuit  la  traduction  allemande  ou  plulôt 
ia  nouvelle  édition,  considérahlement  augmentée,  de  son  grand  ouvrage 
sur  la  religion  de  la  Babylonie  et  de  l'Assyrie. 

Dans  un  premier  volume  de  559  pages,  il  avait  étudié  la  mythologie 
habylonienne  et  assyiienue  proprement  dite  et  une  partie  de  la  littérature 
religieuse  :  incantations,  prières  et  hymnes. 

C'est  encore  cette  littérature  qui  fait  le  sujet  des  huit  fascicules  sui- 
vants. Ils  ne  compiennent  que  trois  nouveaux  chapitres  :  xvni,  xi\ 
et  x\  en  partie  seulement.  Les  Babyloniens  vivaient  dans  une  anxiété 
continuelle  sur  les  dispositions  de  la  divinité  à  leur  égard.  De  là,  les 
noml)reuses  lamentations  et  prières  de  pénitence  par  lesquelles  ils  cher- 
chaient à  les  lléchir,  les  oracles  dans  le.squels  ils  les  consultaient  pour 
connaître  leur  volonté,  et  enfin  l'étude  des  présages  qui  devait  leur 
révéler  l'avenir,  c'est-à-dire  le  cours  des  événements,  tels  qu'ils  étaient 
déterminés  par  les  dieux. 

Le  chapitre  xviii,  p.  1-187,  est  consacré  aux  lamentations  et  prières 
de  pénitence  (Klagelieder  und  Bussgehete). 

Tout  en  nous  avertissant  avec  beaucoup  de  prudence,  à  plusieurs 
rt'|)rises  (p.  10,  106,  etc.),  que  ces  distinctions  ne  sont  pas  nettes  en 
réalité,  no  sont  même  pas  fondées  sur  la  nature  des  choses  (p.  106). 
Jastrow  divise,  pour  la  conunodité  de  l'étude,  ces  lamentations  et  prières 
en  trois  classes  :  1°  les  er-schem-ma ,  qu'après  hésitation  il  délinil  des 
ff hommages  (Huldigungen)  aux  dieux...  avec  le  but  spécial  de  dé- 
tourner la  colère"  ;  p"  les  lamentations  proprement  dites  ou  psaumes  de 
pénitence,  que  les  Bain  Ioniens  appelaient  er-sclia-Loii-mal ,  c'est-à-dire 
prières  pour  l'apaisement  du  co'iu-.  Les  unes  et  les  autres  étaient  em- 
ployées siuldut  dans  le  culte  pulilic  et  dans  un  but  d'intérêt  général;  cm 
les  trouve  donc  de  préférence  sur  la  bouche  des  rois  et  des  princes  : 
3"  la  troisième  classe  au  contraire,  dont  le  nom  babylonien  est  perdu,  parait 
avoir  servi  iiidiiïéremnienl  pour  le  culte  public  et  pour  le  cidle  privé. 


\ 


U2  ■    JANVJER-FEVRlKn    1911. 

dans  toutes  les  circonstances  où  il  fallait  calmer  ou  détourner  la  colère 
des  dieux  eu  les  implorant  (p.  6-7). 

Les  lameu talions  publiques  brodent  en  réalité  sur  un  fonds  stéréotype 
et  commun,  qui  dérive  probablement  d'un  i-ituel  de  Nippour.  Mais 
beaucoup  de  celles  qui  nous  sont  parvenues  sont  adaptées  au  culte  de 
.Mai-douk.  Elles  proviennent  donc  sans  doute  des  archives  du  temple  du 
dieu  de  Babylone. 

Le  fonds  commun  est  attesté  par  l'éuumération  des  dieux,  villes  et 
temples  qui  en  forme  un  des  thèmes;  Tadaplation.  par  les  variantes  que 
[)i'ésente  cette  énuméralion  dans  le  rang  assigné  aux  dieux,  leur  nonibre 
et  leurs  épilhètes. 

Les  lamentations  ou  psaumes  de  pénitence  d'un  caractère  plus  per- 
sonnel (troisième  classe  ),  sont  le  produit  le  plus  élevé  du  sentiment  reli- 
gieux babylonien.  Au  point  de  vue  purement  littéraire,  elles  laissent  bien 
loin  derrière  elles  les  lamentalions  pour  le  culte  public.  Cependant ,  même 
là,  le  Babylonien  ne  s'est  pas  élevé  jusqu'au  monothéisme  (p.  io5).  Si 
le  suppliant  parle  de  son  dieu  irrité  on  de  sa  déesse  irritée,  sans  les  dé- 
signej'  d'une  façon  plus  précise,  c'est  uniquement  ou  pour  que  la  pi'ière 
puisse  servir  en  toute  occurrence  —  il  sullisail  d'ajouter  le  nom  du  dieu  . 
—  ou  parce  qu'il  ne  les  connaît  pas,  parce  qu'il  ignore  quelle  est  la 
divinité  qu'il  a  offensée. 

En  lisant  les  plus  belles  effusions  des  pi'ètres  ou  des  scril>es  de  Baby- 
lone, le  D'  Jastrow  s'est  souvenu  tout  naluiellemcnl  des  Psaumes  sacrés. 
Il  repousse  sagement  toute  influence  directe  des  compositions  babylo- 
niennes ou  assyriennes  sur  les  chants  bibliques,  et  il  proclame  le  carac- 
tère plus  moral  et  plus  élevé  des  Psaumes.  Tandis  que  le  Babylonien  se 
lamente  avant  tout  et  ne  prie  et  ne  fait  j)énitence  que  secondairement, 
et  taudis  que  ses  dieux  agissent  au  gré  de  leui-  bon  plaisir,  le  sentiment  de 
la  |iénitence  domine  dans  les  Psaumes,  et  le  psalniiste  a  conscience  que 
Dieu  lui-même  agit  selon  les  lois  de  l'absolue  justice.  L'élément  magique 
et  incantatoire,  totalement  absent  des  Psaumes,  se  retrouve  d'ailleurs 
dans  les  plus  belles  prières  babyloniennes. 

D'un  autre  côté  cependant ,  le  D'  Jastrow  admet  que  les  Babyloniens  ont 
\m  e\ei-cer  une  certaine  influence  littéraire  sur  les  Hébreux  même  avant 
l'exil.  11  termine  ce  chapitre  par  quehpies  rapprochements  intéressants 
entre  les  textcïs  babyloniens  et  les  Psaumes  bibliques. 

Dans  le  chapitre  xix,  p.  i38  à  'îo-i,  le  D'  Jastrow  traite  des  oracles. 
Les  Babvloniens  tenaient  avant  tout,  nous  l'avons  vu,  à  connaître  le 
bon  plaisir  des  dieux.  Lue  des  f'ouclions  sacerdotales  les  plus  impor- 
tantes avait  donc  poui-  but  de  (Ii-ternii4)er  quel  était  ce  bon  plaisir. 


COMPTES  nENDUS.  l4â 

Des  prèlies  spéciaux,  le  barû  ou  ^voyantu  et,  d'après  l'auleur,  aussi 
le  zatfiqu  (?)  ''^ ,  devaient  selon  les  circonstances  demander  aux  dieux 
quelle  était  leur  volonté,  si  la  délivrance  du  mal  se  produirait,  si  le 
démon  de  la  maladie  quitterait  le  corps  du  malade,  si  telle  entreprise 
l'éussirail,  ce  qu"d  adviendrait  des  projets  de  l'ennemi .  si  telle  ou  telle 
cérémonie  rituelle  aurait  un  heureux  effet,  etc. 

Ils  employaient  pour  cela  deux  moyens  :  i°  l'un  immédiat,  l'oracle  ou 
consultation  directe  des  dieux;  2"  l'autre  médiat,  l'étude  des  présages. 

La  consultation  directe  avait  lieu  dans  toutes  sortes  de  circonstances 
publiques  et  privées,  par  exemple  si  on  voulait  connaître  le  jour  favo- 
rable pour  commencer  une  construction,  —  mais  plus  particulièrement 
dans  les  maladies  et  malheurs  quelconques,  pour  apprendre  le  moyeu 
d'apaiser  la  divinité,  dans  les  questions  intéressant  l'Ktat,  dans  les  cala- 
mités publiques ,  dans  les  grandes  entreprises  du  roi,  ses  constructions 
el  ses  guerres,  dans  les  invasions  ennemies. 

Tous  les  rois  ou  princes  babyloniens  ont  consulté  les  dieux,  depuis 
les  plus  anciens,  Sargon,  Naram-Sin,  Goudéa.  jusqu'à  Nabonide,  le  der- 
nier de  tous  (p.  iAa-i45).  Il  en  a  été  de  même  des  rois  d'Assyrie. 
Gomme  ceux  de  Babylone,  ils  ont  consulté  surtout  les  dieux  Samas 
(dieu  du  soleil  )  et  Adad  (dieu  de  l'atmosphère),  les  j)rincipales  divinités 
des  oracles.  Asarhaddon  et  Assurbanipal  nous  ont  laissé  de  vériUd)les  col- 
lections, encore  incomplètement  connues,  de  ces  consultations  sur  leui's 
entreprises,  recueils  précieux  de  renseignements  sur  l'histoire  des  inva- 
sions des  Mèdes,  des  Gimmérieus  et  des  Scythes  (As/ciiza)  en  Assyrie 
(p.  i/ig,  i5i,  181). 

Fidèle  à  sa  méthode  habituelle,  le  D'  Jastrow  tennine  son  étude  de  la 
littérature  des  oiacles  par  de  larges  extraits  des  textes  (p.  176-909). 

Le  chapitre  xx  s'étend  de  la  page  -ioS  à  la  page  696.  Encoi-e  ne 
finit-il  pas  avec  la  W'  livraison.  G/ost  un  véritable  traité  de  la  science 
des  piésnges  el  de  leur  interprétation  chez  les  Babyloniens. 

L'homme  observait  tout  ce  qu'il  pouvait  voir  dans  le  ciel,  tout  ce  qui 
jwuvait  tomber  sous  ses  sens  sur  la  terre,  et  tout  ce  qu'il  observait  avait 
une  signilicalion  pour  l'avenir,  était  un  présage.  Kn  conséquence,  pour 
se  mrtti'c  à  même  de  résoudre  toutes  les  occurrences  possibles  en  ces 

('^  A  la  suite  do  .Icn'inias,  il  traduit  zaqiqii  par  ffle  prêtre  Zaqiqun  dans  la 
prière  d'Assmbanipal  à  Nabou,  K.  1  'S-"),  faro,  -iS,  au  lieu  d<>  le  Iraduiro,  rommo 
on  le  fait  d'ordinairo,  par  "soiifTIoi.  Apiôs  avoir  oxaminc  do  nouveau  ce  texte, 
que  j'ai  traUM-rit  cl  traduit  dans  mes  Tr.rtr*  n'Iijni'u.r  ns.iiiiirns  rt  linlnjlunii-nx , 
i9oii ,  p.  aS-3()  .j'hésite  à  aduietlre  l'inlerprétation  de  Jérémias  cl  de  Jastrow. 
Toiil  nu  itioins,  ils  n'ont  pas  le  dioit,  scudde-l-il,  «l'i'lre  1res  alliruialifs. 


Ui  JANVIER-FEVRIER   1911. 

malières,  ies  iulerpiètes  oHiciels  des  présages,  ies  prêlres,  avaient  dû 
former  des  collections  cousidérahles  de  pre'sages  accompagnées  de  leur 
signification  respective.  C'est  ce  qui  explique  Ténorme  quantité  (ïoinina 
trouvés  dans  les  fouilles,  en  particulier  clans  les  ruines  de  INinive. 

Il  ressort  du  contenu  de  ces  tablettes  que  les  prêtres  babyloniens  se 
sont  surtout  occupés  des  ]irésages  tirés  de  lexamen  du  foie  et  des  phé- 
nomènes célestes.  Le  D'  Joslrow  étudie  donc  d'abord  ces  deux  catégories 
de  présages. 

A  son  avis,  l'hépatoscopie  ou  science  des  présages  tirés  de  l'examen  du 
foie  est  basée  sui-  une  conception  populaire,  tandis  que  l'astrologie  ou 
science  des  présages  tirés  de  l'observation  des  phénomènes  célestes  a  une 
base  plus  scientifique  dans  une  certaine  mesure. 

Si  dans  Tétude  des  présages  tirés  du  règne  animal,  le  foie  joue  le  rôle 
d'oigane  révélateur  par  excellence,  c'est  que,  selon  le  D'  Jastrow,  dans 
la  croyance  populaire  le  foie  était  le  siège  de  la  vie  et  de  lame. 

Les  Babyloniens  l'auraient  donc  observé  dès  une  époque  très  ancienne, 
au  moins  au  temps  de  Sargon  l'Ancien  et  de  JNaram-Sin ,  soit  vei's 
3ooo  environ  avant  Jésus-Christ.  Nous  voyons  par  la  reproduction  en 
brique  d'un  foie  de  mouton ,  trouvée  dans  la  bibliothèque  d'Assurbanipal , 
qu'ils  divisaient  sa  surface  postérieure  en  5o  parties,  et  qu'à  chacune  de 
ces  parties  était  attaché  un  présage  spécial  (p.  318).  Pour  interpréter 
ces  présages,  les  prêtres  se  basaient  sur  la  position  des  phénomènes  à 
droite  ou  à  gauche,  sur  la  cohésion  ou  au  contraire  la  dissociation  des 
concepts  et  des  figures ,  enfin  sur  les  anciennes  collections  d'observations 
et  d'interprétations  (p.  ^kh-'ih^). 

En  divers  endroits  de  son  travail  et  particulièrement  à  la  page  3io, 
le  D'  Jastrow  décrit  leurs  jirocédés  et  les  conclusions  favorables  ou  défa- 
vorables auxquelles  ils  aboutissaient.  Mais  il  doit  reconnaître  que  nombre 
de  points  lestent  encoi'e  obscui-s. 

L'observation  du  ciel  ne  repose  ])as,  comme  celle  du  foie,  sur  ime 
croyance  populaire,  mais  sur  des  spéculations  qui,  pour  naïves  qu'elles 
soient,  n'en  supposent  pas  moins  un  degré  plus  élevé  de  culture  et  un 
ensemljle  de  connaissances  qui  constitue  déjà  comme  un  système  scienti- 
fique en  un  sens  très  large  (p.  62 1-/128). 

A  un  autre  point  de  vue  encore,  l'astrologie  diffère  de  l'hépatoscopie  et 
autres  divinations.  Dans  les  présages  tirés  du  foie,  la  divination  s'exerce 
sur  des  objets  choisis  et  disposés  par  l'homme.  Au  contraire  celle  fondée 
sur  l'observation  du  ciel  interprète  des  objets  ou  des  phénomènes  qui  ne 
dépendent  pas  de  sa  volonté,  ne  sont  pas  choisis  par  lui  mais  s'imposent 
à  lui. 


COMPTES   RENDUS.  U5 

Ce  sont  avant  tout  les  astres,  puis  les  nuages, les  vents,  les  tempêtes, 
les  éclairs,  les  averses,  les  inondations,  le  cours  des  fleuves,  les  essaims 
de  saulei'clles. 

Les  Babyloniens  les  ont  observe's  et  inlerjirétés  de  bonne  heure.  Le 
D'  JastroAV  retrouve  des  allusions  aux  pratiques  astrologiques  dans 
Goudéa ,  et  il  cite  à  l'appui  de  l'antiquité  de  ce  genre  de  divination  les 
copies  faites  par  l'ordre  d'Assnrbanipal  (vu"  siècle  av.  J.-C.)  des  an- 
ciennes collections  cVomina,  telle  que  la  série  ciiuma  Anu  Enlil  qui 
remonte  peut-être  à  Sargon l'Ancien ,  des  listes  d'étoiles,  des  calendriers 
(ïomi)ia,  des  tablettes  des  levers  héliaques  de  quelques  étoiles  fixes,  des 
listes  de  dieux.  Les  rapports  officiels  adressés  aux  rois  par  les  astro- 
logues ,  par  exemple  sous  les  Sargonides  (fin  du  vui"  et  vu°  siècle  av.  J.-G.) , 
supposent  eux-mêmes  d'anciens  modèles  babyloniens. 

La  lune  tenait  le  premier  rang  dans  leurs  observations.  Tout  était  pré- 
sage dans  ses  apparitions  et  dans  ses  aspects  :  apparition  le  3o°  jour  du 
mois,  mauvais  présage;  non-apparition  le  i3°  jour,  présage  favorable: 
apparition  simultanée  du  soleil  et  de  la  lune  le  lA"  jour,  présage  favo- 
rable encore;  au  contraire,  toute  disposition  anormale  de  la  lune,  qu'il 
s'agisse  d'une  véritable  éclipse  ou  seulement  d'un  obscurcissement,  était 
un  mauvais  signe. 

Ils  observaient  encore  l'opposition  de  la  lune  et  du  soleil,  le  degré 
d'éclat  de  la  lune,  la  position  des  planètes  relativement  à  la  lune,  l'exis- 
tence d'anneaux  autour  de  la  lune,  la  position  du  soleil  et  des  planètes 
vis-à-vis  de  ces  anneaux,  la  forme  des  cornes  de  la  lune,  la  couleur  de 
la  nouvelle  lune  et  des  cornes ,  etc. 

Les  lettres  et  les  rapports  olficiels  prouvent  que  les  astrologues  atta- 
cbaicnt  surtout  une  grande  importance  à  la  connaissance  exacte  :  i°  du 
milieu  du  mois,  pour  pouvoir  (ixcr  la  date  de  la  pleine  lune,  car  le 
jour  de  la  pleine  lune  était  néfaste,  et  il  fallait  s'y  abstenir  de  toute 
entreprise;  2°  de  la  fin  du  mois,  pour  pouvoir  fixer  la  date  de  la  dis- 
parition et  du  retour  de  la  lune. 

Pour  les  présages  tirés  du  soleil,  les  documents  sont  plus  rares  :  les 
Babyloniens  attachaient  moins  d'importance  à  son  observation  et  à  celle 
des  planètes. 

Les  rapports  oflicicls  et  les  collections  (Voiniiia  se  bornent  à  l'obser- 
vation d'un  nombre  limilé  de  phénomènes  solaires  :  halo  et  auneaux 
solaires,  obscurcissement  par  influences  atmosphériques,  éclipses  solaires, 
position  du  soleil  relativement  h  la  lune  et  aux  planètes,  sou  cours  nor- 
mal, phénomènes  s'écartant  en  a|)parence  du  cours  normal. 

L'obscurcissement  subit  du  soI(m'I  a|)rès  son  lever  étail  un  présage  très 

xvu.  10 


ivrinurniB   n&TioiiALB. 


U6  JANVIER-FÉVRIER   1911. 

mauvais;  de  même,  les  raies  lumineuses,  raffaiblissement  de  l'éclat  do 
l'astre  et  surtout  ses  éclipses.  D'après  les  descriptions,  il  est  très  difficile 
de  distinguer  entre  les  e'clipses  véritables  et  les  simples  obscurcissements. 
En  tout  cas,  l'éclipsé  vraie  ou  apparente  était  un  mauvais  présage,  aux 
significations  multiples  et  variées  pour  chaque  mois  (p.  687  et  suiv.). 
L'apparilion  du  soleil  voilé,  le  1"  jour  du  mois  surtout,  était  également 
susceptible  d'un  grand  nombre  d'interprétations,  selon  le  mois  et  selon 
la  couleur  du  nuage. 

Dans  les  dernières  pages  de  la  XV*"  livraison  (p.  6 12-62/1),  le  D'  Jastrow 
aboi'de  l'étude  des  présages  tirés  des  planètes.  Il  commence  par  \  énus , 
la  plus  importante  comme  étoile  du  matin  et  étoile  du  soir.  Sa  dispari- 
tion comme  étoile  du  matin  était  un  mauvais  présage,  tandis  que  son 
couchei'  liéliaque  comme  étoile  du  soir,  avec  invisibilité  de  courte  dm'ée , 
pouvait  être  un  présage  favoi'able. 

Comme  je  l'ai  déjà  remarqué ,  le  D'  Jastrow,  inspiré  en  cela  par  une 
})cusée  très  scientifique,  aime  à  mettre  ses  lecteurs  en  contact  a\ec  les 
textes.  11  illustre  donc  son  ex})osilion  par  des  citations  d'une  étendue 
considérable.  Mais  il  ne  se  borne  pas  à  reproduire  des  traductions  toutes 
faites,  il  corrige,  améliore  les  travaux  de  ses  devanciers,  les  supplée  au 
besoin.  Tout  son  ouvrage  est  émaillé  dénotes  philologiques,  où  il  cherche 
à  justifier  ses  vues.  Ces  notes  témoignent  d'un  labeur  acharné,  mais 
elles  n'entraînent  pas  toujours  la  conviction,  ce  qui  n'a  rien  d'étonnant 
dans  une  matière  si  difficile  et,  par  endroits,  si  neuve. 

Ainsi,  dans  le  Journal  asiatique  de  juillet-août  1910,  j'ai  montré  que 
le  j)oèuie  du  Juste  souffrant  n'était  pas  le  récit  des  souffrances  d'un  roi,  et 
que  la  traduction  du  D'  Jastrow  était  plus  d'une  fois  inexacte'''.  Je  pour- 
rais en  dire  autant  pour  quelques  passages  de  la  lamentation  citée 
p.  80  et  suiv.  (=  Rawlinsox,  t.  IV,  pi.  5^);  ligne  34,  il  faut  lire  : 
"Que  l'écriture  du  dieu  Ea  apaise  ton  cœurîi,  et  non  :  «Par  l'ordre  d'Ea 
que  ton  cœur  s'apaise n;  ligne  42,  le  D'  Jastrow  a  lu  à  tort  ina  na-ri 
di-id-dra-su  au  lieu  de  ina  na-ri-ti  it-ra-m  ffsauve-le  du  maraisn.  Sa  note 
7,  p.  87,  est  donc  fausse.  —  A  la  ])age  98,  les  notes  10  et  11  sont 
beaucoup  troj)  affirmatives  et  eu  tout  cas  donnent  une  idée  inexacte  de 
rhy])othèse  que  j'ai  émise  sur  le  j)assage  visé.  —  D'après  la  traduction 
que  le  D'  Jastrow  donne  lui-même  du  texte  cité  page  682,  il  ne  s'agit 
pas  de  la  fuite  de  la  femme  de  l'astrologue  mais  de  la  fuite  d'une  esclave 

('^  Dans  cet  article.  Journal  axiattqup,  julllot-aont  1910,  p.  1^11,  1.  91, 
lire  ^ih-bir-ru  qal  de  cOrni'i ,  el  traduire  le  passage  correspondanl,  p.  107, 
I.  5  :  tria  où  on  rend  le  jiigemcul  des  hommes^. 


COMPTES   RENDUS.  147 

quelconque  du  roi.  II  fait  [)i-euve  dans  cette  interprétation  d'une  imagi- 
nation quelque  peu  féconde. —  P.  600,  note  5,  ta-ta-ma-ra  el  taitiarlu  ne 
viennent  pas  de  taindni  mais  de  :amdru  rrvoir ,  observer n  ,  dont  ta-la-ma-ra 
est  la  2°  personne  parfait  ou  imparfait  ifteal. 

Ces  me'prises  ne  choqueront  pas  évidemment  le  grand  public.  11  sera 
plus  sensible  aux  défauts  de  composilion  qui  déparent  cet  ouvrage.  On 
pouriait  le  prendre  comme  caractéristique  de  la  distance  qui  sépare 
les  conceptions  d'un  Allemand  de  celles  d'un  Français  en  matière  de 
composition  lilléraire. 

Cet  énorme  travail  ne  comprend  que  trois  chapitres,  l'un  d'eux  compte 
plus  de  /ioo  pages  (aoS  à  ôai),  et  encore  n'est-il  pas  fini!  C'est,  je 
pense,  un  record.  Et  dans  ces  Aoo  pages,  c'est  toujours  le  même  titre 
qui  règne  en  haut  de  la  page.  L'auleur  n'a  même  pas  pris  la  peine  d'y 
reproduire  les  titres  des  trop  rares  sections  du  chapitre. 

11  aurait  dû  introduire  un  plus  grand  nombre  de  divisions  et  les 
annoncer,  avec  plus  de  netteté,  au  début  de  chaque  chapitre.  Il  aurait 
dû  aussi  mieux  coordonner  les-  notions  qu'il  a  recueihies  dans  les  (extes 
mais  qu'il  a  trop  souvent  dispersées  ou  répétées  un  peu  ])artout.  Pour 
n'en  citer  qu'un  exemple,  il  est  question  des  fonctions  des  prêtres,  inter- 
prètes officiels  des  oracles ,  aux  pages  1/19-1^0,  loG,  iq'i,  ■fîoo-aoï. 

C'est  une  bonne  chose  sans  doute  que  de  j)roduire  des  textes,  mais 
c'en  est  encore  une  meilleure  de  les  faire  précéder  d'introductions  qui  en 
dégagent,  en  classent  et  en  coordonnent  les  informations  utiles,  en  qucl- 
(pies  pages  aussi  claires  et  aussi  |)récises  que  le  sujet  le  permet. 

Enfin,  cei'taines  notes  sont  d'une  longueur  exagérée;  elles  atteignent 
parf(»is  une  page  (p.  '^Si),  deux  pages  même  (p.  rîBS-aSy). 

Il  est  donc  peu  vraisemblable  que  les  profanes,  en  France  au  moins, 
lisent  volontiers  un  ouvrage  qui  aurait  pu  revêtir  une  forme  plus  at- 
trayante. Mais  il  restera  un  instrument  de  travail  très  apprécié  des 
spécialistes  de  l'histoire  des  religions.  Lorsque  les  Indices  annoncés  leur 
permettront  (h;  l'utiliser  plus  facilement,  ils  y  recouiront  comme  à  une 
mine  d'informations  des  plus  abondantes,  ne  serait-ce  ([uc  pour  la  biblio- 
graphie. II  leur  sullira  alors  de  quehpies  instants  poiu"  recueillir  le  fruit 
de  l'énorme  labeur  que  s'est  inqiosé  le  D''  Jastrow  en  se  condannianl  ;\ 
lire  et  à  dépouiller  les  œuvres  de  tous  ses  devanciers  sur  chacun  des 
sujets  qu'il  aborde. 

Ajoutons  que,  à  quelrpies  exceptions  près,  par  oxenqile  dans  son  ad- 
niii'ation  un  peu  exagérée  pour  lis  théories  mises  en  avant  par  \\  inckler, 
Zimmcrn  et  Jéivmias  (p.  /ji8-Ai()),  l'auteur  se  montre  généralement 
modéré  el  sage  dans  ses  conclusions.  Il  n'hésite  même  pas  à  se  séparer 

to. 


\h8  JANVIER-FEVRIER    1911. 

de  Wiuckler  et  de  Jérémias  sur  la  question  si  débattue  de  l'antiquité 
d'une  astronomie  babylonienne  sc?V»///?(y«('.  A  la  suite  du  P.  Kuglcr,  il 
refuse  de  ci'oire  à  celte  antiquité  (p.  ASa  et  /»55),  ne  serait-ce,  dit-il, 
que  devant  l'absence  d'une  terminologie  scientifique  (p.  Syy). 

François  Martin. 

Post-scriptum.  —  Le  P.  Landcrsdorfer  0.  S.  B.  vient  de  publier  dans 
les  Biblischc  Slndicn  (Herder,  Fribourg-en-Brisgau)  une  étude  intéres- 
sante sur  le  Livre  de  Job  et  le  poème  du  Juste  souffrant  babylonien  :  Eine 
babijlonischc  Quelle  fur  das  Buch  Job?  i38  pages  in-8''.  Il  conclut,  à  bon 
droit,  p.  1.38,  que  rien  ne  permet  d'affirmer  la  dépendance  littéraire  de 
Job  du  poème  babylonien.  F.  M. 


Ak   OuriiNE  OF  AssiitiAh'  GnAMMAit,  by  Theopliilus  G.    Pinches.  —  London, 
Henry  J.  Glaisher,  1910;  in-12,  vni-6/i  pages. 

Jusqu'ici  on  manquait  d'une  grammaire  assyrienne  élémentaire  oii 
les  termes  assyriens  fussent  reproduits  dans  les  caractères  originaux, 
rr L'esquisse  de  grammaire  assyriennen  publiée  par  M.  Pincbes  vient  fort 
beureusement  combler  cette  lacune  :  tout  en  s'initiant  aux  règles  gram- 
maticales, le  débutant  pourra,  par  l'étude  de  ce  petit  volume,  se  fami- 
liariser avec  la  lecture  des  caractères  cunéiformes. 

L'exposé  grammatical  est  accompagné  d'une  liste  de  signes,  d'une 
liste  des  caractères  babyloniens,  de  la  liste  des  noms  de  mois  et  enfin 
de  quelques  textes.  Cette  dernière  partie  n'est  pas  la  moins  intéressante 
du  volume.  C'est  une  agréable  surprise  de  trouver  dans  ce  précis  de 
grammaire,  soit  des  textes  médits  (p.  11  et  62),  soit  tout  au  moins  une 
édition  revue  et  améliorée  de  textes  connus  [hh  et  63).  Parmi  ces  textes 
quelques-uns  sont  des  contrats  babyloniens  avec  légende  araméenne. 
Particulièrement  intéressants  sont  les  extraits,  publiés  p.  6/1,  de  textes 
scolaires  qui  donnent  la  lecture  de  noms  propres.  A  signaler  par 
exemple  :  '"'su-tum='"^A-ra-ba-tum.  Cette  équivalence  peut  aider  à  déter- 
miner la  lecture,  récemment  discutée  par  Ungnad  {Z.D.M.G.,  LXII, 
p.  791  et  suiv.),  de  l'élément  su  =  *-t:^]-ba  dans  les  noms  propres.  Il 
est  probable  que,  dans  ce  groupe,  >-XJ|  se  lit,  non  pas  cr  ou  ri,  mais 
eri.  Comparer  >-^]]-is=  cris  [cri-is)  et  ''Sin-f^^-ba-am  C Sin-eri-ba- 
am)  en  variante  de  ''Sin-e-ri-ib  (Cun.  Tcœts,  IV,  pi.  i5  «,  1.  G  et  12). 

Fr.  Thureau-Dangin. 


COMPTES  RENDUS.  U9 

Catalogue  of  the  Ahahic  aud  Persiau  Mauvscbipts ,  in  the  Oriental  Public 
Library  al  Banhipore.  Vol.  IV  :  Arabie  médical  ivorhs ,  preparcd  by  M.vulavî 
'Azîml'd-dîx  Ahmad.  —  Calcutta,  Bcngal  Secrétariat  Book  Depot,  1910; 
1  vol.  {jrand  in-S",  vii-908  pa<je<î. 

Comme  pour  les  tomes  déjà  publiés  du  catalogue  de  la  bibliothèque 
orientale  publique  de  Bankipore,  M.  Denison  Ross  a  teuu  à  présenter  au 
public  savant  son  collaborateur,  Maulavî  'Azhim-ed-din  Ahmed,  dont 
le  nom  figure  seul  sur  le  titre  comme  ayant  préparé  la  publication  du 
volume.  Le  choix  qui  a  été  fait  de  ce  savant  musulman  pour  étudier  une 
partie  aussi  spéciale  que  celle  de  la  médecine ,  provient  de  ce  qu  il  ap- 
partient à  une  famille  distinguée  du  Behar  qui,  depuis  quatre  généra- 
tions, pratique  la  médecine  indigène,  et  de  ce  que,  en  dehors  de  ses 
connaissances  en  langue  arabe,  il  est  tout  à  fait  au  courant  du  système 
pratiqué  par  les  haldins  qui  exercent  leur  profession  au  milieu  des  mu- 
sulmans de  l'Inde.  Eu  outre,  il  est  suffisamment  formé  aux  méthodes 
de  l'érudition  européenne  pour  pouvoir  se  flatter  d'avoir  approfondi  cer- 
tains sujets  restés  obscurs  avant  lui. 

Ces  ouvrages  arabes  n'occuperont  pas  beaucoup  les  médecins  de  nos 
jours,  mais  ils  sont  indispensables  à  la  connaissance  de  la  médecine  au 
moyen  âge  et  à  l'histoire  de  son  rattachement  aux  doctrines  grecques. 
Bien  que  la  préface  parle  d'anciennes  copies,  je  ne  vois  guère  que  le 
Tadhkirat  el-Kahhdlin  de  Jesu  Haly  ('Isa  ben  'Ali)  qui  mérite  ce  nom;  il 
a  été,  en  effet,  copié  en  555  (1 160);  on  peut  y  joindre  la  partie  chirur- 
gicale du  Kitdb  el-taçrif,  de  Khalef  ben  'Abbàs  el-Zehràwi  (datée  de 
684-1190).  Un  beau  manuscrit  illustré  du  Kitdh  el-hachdïch  do  Dios- 
coride,  non  daté,  ne  peut  guère  descendre  plus  bas  que  le  v'  siècle  de 
l'hégire,  parce  qu'il  provient  de  l'hôpital  fondé  à  Chii-az  par  le  Chir- 
wàn-cliàh  Akhlasàn  Manoutenihr,  le  protecteur  du  poète  khûqàni.  Les 
ligures  des  plantes  et  de  quelques  animaux  sont  peinles;  à  côlé  de 
la  transcription  des  noms  grecs  eu  lettres  arabes ,  on  rencontre  parfois 
des  noms  écrits  en  caractères  grecs.  Les  autres  sont  plus  modernes , 
et  un  certain  nombre  presque  contemporains. 

Quelques  erreurs  se  sont  produites  dans  la  transcription  des  lilrcs 
arabes  :  p.  xh  ^  kildb-u-fi  'l-wabd,  lire  kitdb"";  p.  1 -.? ,  lidmilii's-saua'ali , 
lire  sind'a;  p.  36,  tndîàral  u  'l-liiililidliii ,  lire  kahhdlin;  p.  87,  dshribdlt , 
Vire  ashriba;  p.  128,  (in-nicliatir  :-:iililtliji/alt ,  lire  zalnijtja  et  cl".  Dozv, 
Supplément;  p.  187,  IdUibu-shdJi  Ji' t-ljbb ,  Vn-e  hildb""  slidj";  p.  liy,  md 
Id-ijasa'u't-tablbu-juhUihu,  lire  't-liiblba;  p.  187,  (/fl/w/is/,  lire  quldimi; 
p.  i^"],  baytrali,  lue  baïlara;  p.  -joo,  hilab  u'I-atpval  ii'l-h-dfii/ali  clc. , 
lire  il-hdfiija  et  ish-shdfuja.  Cl.  Uuaut. 


150  JANVIER-FEVRIKR   1911. 

S.iDDAit  Nash  and  Saddaii  Bundeuesh.  Editecl  hy  Ervad  Bamanji  Nasarvanji 
Dhadhar,  m.  a.,  pulilished  by  the  Trustées  of  the  Parsec  Punchayet  funds  and 
propei-ties  —  Bombay,  Britiî^h  India  Press,  Byculia,  1909,  in-12,  xxxi- 
178  pages.  .  • 

Le  Aéhat  des  éludes  zoroastriques  en  Europe  est  marqué  par  la  tra- 
duction latine  du  Sad-dtr  due  à  Thomas  Hyde  (Oxford,  1700),  qui  resta 
l'unique  source  de  renseignements  jusqu'au  moment  où  Anquelil 
Duperron  rapporta  de  l'Inde  l'Avesta  et  la  manière  de  le  lire  et  de  l'in- 
terpréter. Depuis  lors,  la  lecture  du  Sad-der  est  restée  quelque  peu 
négligée.  Les  fidéi-commissaires  chargés  de  l'administration  des  fonds 
de  la  communauté  parsie  de  Bombay  ont  jugé  bon  de  comprendre  les 
Sad-der  (car  il  y  en  a  plusieurs)  non  encore  publiés  parmi  les  ouvrages 
relatifs  à  la  religion  parsie  qu'ils  se  proposent  de  faire  paraître,  et  ils  ont 
chargé  M.  Ervad  Dhabhar  de  la  publication  du  Sad-der  en  prose  et  du 
Sad-der  Buudihish.  Sad-der  signifie  crcent  portes»,  c'est-à-dire  cent  cha- 
pitres. La  cité  élevée  par  Zoroaslre  est  comparée  à  une  ville  où  cent 
portes  donnent  accès;  cent  sujets  principaux,  religieux  et  moraux,  sont 
incorporés  dans  ces  ouvrages ,  d'où  leur  nom.  La  rédaction  en  vers,  celle 
qu'a  connue  Thomas  Hyde,  est  postérieure  à  la  rédaction  en  prose;  il  y 
en  a  même  deux,  le  Sad-der-i  Nazhm  composé  sur  le  mètre  motaqdrib 
et  le  Sad-der-i  Bahr-i  tawil  (au  long  mètre)  écrit  sur  le  mètre  rainai  à 
huit  pieds.  Le  premier  parait  avoir  été  rédigé  à  Kerman,  en  1/196,  par 
Iran -chah,  fils  de  Malek-châh;  le  second  serait  dû  à  la  plume  de 
Rustem-i  Isfendiyàr  du  Khorasan  el  de  Behzâd-i  Rustem  en  i6o5. 
Quant  à  la  rédaction  en  prose,  contrairement  à  ce  qu'en  pensait  West 
et  pour  des  raisons  données  p.  vni,  n.  1,  elle  aurait  été  l'œuvre  de  trois 
dastours,  Vardast,  Medyomâh  et  Syàvakhsh  à  l'époque  de  la  conquête 
arabe. 

Le  nom  du  Sad-der  Buiulihish,  que  West  a  voulu  expliquer  diffé- 
remment, signifierait  qu'à  l'imitation  du  Bundihish  pehlevi,  cet  ouvrage 
commence  par  la  description  de  la  création  du  monde  et  se  termine  par 
un  chapitre  sur  l'eschatologie.  Sa  composition  est  intermédiaire  entre 
celle  des  deux  Sad-der  en  prose  el  en  vers.  L'étude  qu'en  a  faite 
M.  Ervad  Dhabhar  prouve  que  Spiegel  {Die  tradilionelle  Literatur  der 
Parsen,  p.  iSa)  avait  raison  quand  il  conjecturait  qu'il  était  identique 
avec  le  Slulijest-nâ-slmiji'st.  Les  manus(*rits  qui  ont  servi  de  base  à  la 
publication  se  trouvent  dans  des  bibliothèques  particulières  de  Parsis 
à  Bombay  et  à  Nausarî.  Le  plus  ancien  texte  du  Sad-der  Bundihish  fait 
[)arlie  du  rivdyet  de  Kâmdin  Kbambayeh  apporté  de  Yezd  en  89G  de 
l'ère  de  Yozdegird  (i^qS);  les  matières  y  sont  pêle-mêle,   sans  aucun 


COMPTES   RENDUS.  151 

ordre.  L'édilion  acluelle  a  suivi  la  division  en  paragraphes  et  seclions 
adopte'e  par  Uest  dans  sa  Iraducliou  (t,  XXIV  des  Sacrcd  Boohs  of  the 
East).  Une  innovation  intéressante  est  à  signaler  :  le  texte  persan,  con- 
trairement à  l'usage  généralement  suivi  en  Orient,  commence  par  la 
gauche  du  livre  ouvert  au  lieu  de  commencer  par  la  droite.  L'édition  est 
fort  correcte  et  fait  honneur  à  l'attention  minutieuse  apportée  par  l'édi- 
teur à  la  correction  des  épreuves. 

Cl.  HCART. 


Edward  G.  Browne.  Tz/js  PERsiiy  revolvtiqn  of  igo5-iQog.  ■ —  Cambridge, 
Uiiiversity  Press,  1910;  in-8°,  xxyi-h'jo  pages. 

Pdijdidè  hdd  machvovtè-ï  Iran!  rr Vive  la  Constitution  persane !i^  En 
un  élégant  cartouche  carré,  ces  mois  magiques,  tracés  en  helie  écriture 
nastdliq,  symbolisent  le  contenu  de  l'ouvrage  dans  lequel  le  savant  pro- 
fesseur de  Cambridge  vient  de  rassembler  les  principaux  faits  de  l'histoire 
de  la  révolution  de  Perse.  Débordants  d'un  enthousiasme  naïf,  les  Pei'sans 
se  sont  jetés  corps  et  àme  dans  la  politique  active,  et  les  rêveurs  qui, 
il  y  a  peu  d'années  encore,  songeaient,  entre  deux  bouffées  tii'ées  du 
qahjQÛn,  à  la  paix  universelle  prèchée  par  Béha-ollàh  interné  à  Snint-Jean- 
d'Acre.  se  disputent  aujourd'hui  sur  la  meilleure  manière  de  tirer  leur 
pays  de  l'ornière  où  il  était  sur  le  point  de  verser. 

C'est  un  livre  d'histoire  que  M.  Edward  G.  Browne  a  voulu  faire,  et 
grâce  à  ses  soins  et  à  son  exacte  documentation ,  nous  avons ,  dans  ce 
gros  volume,  les  meilleurs  renseignements,  puisés  à  bonne  source,  sur 
ce  laps  de  quatre  amiées  d'oîi  peut  sorlir  la  rénovation  du  vieil  Iran, 
endormi  sur  ses  lauriers  plus  de  vingt  fois  séculaires.  Le  pi-emier  cha- 
pitre renferme  une  biographie  du  Sèyyid  Djèmàl-oddin  connu  sous  le 
surnom  ethnique  d'cl-Afghànî ,  bien  ([u'il  ne  fût  pas  Afghan,  étant  né, 
d'après  le  général  Houtoum-Schindier,  non  à  As'ad  abàd  près  de  Kàbnul , 
mais  à  Asad-àbàd  près  de  Hamadàn.  On  sait  le  rôle  joué  par  ce  prédi- 
cateiu' de  Tuninn  paiiislamique.  L'histoire  de  la  concession  tlu  tiimhrki , 
le  boycottage  et  les  troubles  ([ui  la  suivirent,  l'assassinat  de  Nà(,'ir-od(iin 
Chah,  l'octroi  de  la  charte  par  Mozhalfar-oddin  Cihàli,  l'arrangement 
anglo-russe  pour  le  partage  des  régions  d'inlluence,  le  coup  d'Etat  du 
28  juin  1908,  le  siège  de  Tébriz,  le  soulèvement  des  j)rovinces  et  la 
niaiche  des  Haklityàris  sur  Téhéran,  l'abdication  de  Moliammed-'AU 
Chah  et  l'intronisation  d" Ahinad  Cliàli.  tous  ces  év<Micniouts  qui  se  suc- 
cèdent rapidement  pendant  ce  court  espace  de  lenqjs,  forment  autant  de 
chapitres  séparés  dans  cette  revue  générale. 


152  JANVIER-FEVRIER   1911. 

Deux  appendices  complètent  utilement  la  documentation  de  l'ouvrage 
et  nous  donnent  une  masse  de  renseignements  qui  seraient  des  plus  utiles 
aux  chorclieurs.  Ce  sont  d'abord  la  traduction  en  anglais  des  bases  de  la 
Constitution,  telles  que  le  firman  du  5, août  1906,  les  lois  électorales 
du  9  septembre  1906  et  du  1"  juillet  1909,  les  lois  fondamentales  du 
3o  décembre  1906.  Puis  viennent  des  notices  biographiques  sur  certains 
personnages,  les  uns  peu  connus,  les  autres  célébrés  à  l'envi  par  la 
presse  européenne,  IJàdji  Sayyàh,  FuroùgUî,  Antoine  Kitâbdji,  Shap- 
shâl-Kliân ,  Satlâr-Khàn  et  tant  d'autres.  Ceux  qui  ont  connu  le  chéïkh 
Abmad  Roùhi  de  Kirmàn  trouveront,  dans  une  note  substantielle,  tout  le 
récit  de  l'arrestation  par  le  gouvernement  ottoman,  delà  remise  aux 
autorités  persanes  et  de  l'exécution  secrète  de  l'infortuné  poète  et  agita- 
teur. Quarante-six  illustrations  hors  page,  reproduction  de  photogra- 
phies, nous  offrent  un  ensemble  inestimable  de  documents  figurés  de 
premier  ordre.  En  dehors  des  portraits  de  presque  tous  les  person- 
nages cités,  on  trouvera  une  vue  du  Bahàristàn  après  le  bombardement, 
des  vues  du  camp  des  Bakhtyàris  sous  les  murs  d'ispahan,  des  consti- 
tulionalistes  réfugiés  en  hast  à  l'ambassade  de  Turquie,  le  fac-similé  du 
fetwd  sur  les  droits  des  Zoroastriens ,  des  reproductions  de  cartes  postales 
illustrées  représentant  diverses  scènes  de  la  révolution,  un  fac-similé  de 
la  carte,  dressée  par  les  Persans,  du  siège  de  Tébriz,  et  enfin  une  carte 
géographique  montrant  les  limites  des  sphères  d'influence  de  l'Angleterre 
et  de  la  Russie. 

Cl.  HUART. 


»,Uiii!  ^^-j  HisTOinE  DE  LA  CiviLiSATiny  do  M.  Cliarles  Seignouos,  professeur 
à  ia  Sorbonne ,  traduite  en  arabe  par  jNIohammed  Kurd-'Alî.  —  Le  Caire, 
imprimerie  Ezh-Zliàhir,  s.d.  (1908);  in-8^  920  pages  (avec  changement  de. 
la  justification  à  partir  de  ia  page  ig). 

Pour  vulgariser  parmi  ses  compatriotes  un  bon  résumé  d'histoire 
universelle,  M.  Kurd-'Ali  a  eu  l'excellente  idée  de  prendre  Vllistoirp  de 
la  Cioiiisatioii  de  M.  Seignobos  et  d'en  traduire  la  première  partie:  les 
deux  autres  suivront  plus  tard.  On  sait  que  les  Arabes,  dont  l'érudition 
a  de  la  peine  à  se  dépêtrer  du  moyen  âge  oriental,  ignorent  tout  de  la 
Grèce  ancienne  et  de  Rome,  et  à  plus  forte  raison  de  l'histoire  ancienne 
de  l'Orient.  Afin  de  mettre  les  musulmans,  désireux  de  s'instruire,  à' 
même  de  se  rendre  compte  du  dévelop[)ement  des  études  hislori([ues  et 
de  sortir  du  cadre  éli'oit  ol  suranné  du  Tarikh  cJ-'ibar  dlbn-Klialdoun, 
le  choix  de  ce  manuel  était  fort  heureux.  C'est  ainsi  que  les  lecteurs  de 


COMPTES   RENDUS.  153 

langue  arabe  pourront  passer  en  revue  successivement  les  Aryens  et  les 
Sémites,  l'Egypte  ancienne,  l'Assyrie  et  la  Babylonie,  les  Phéniciens, 
les  Israélites,  les  Pei'ses,  les  Grecs  et  les  Piomains  (y^jj",  p.  117). 

Un  certain  nombre  de  transcriptions  peuvent  prêter  à  redire.  Ainsi 
aj^U!  vj^  ne  signifie  pas ,  comme  tout  Arabe  le  croira  à  la  première 
lecture,  rr les  guerres  matérielles n,  mais  rr les  guerres  médiquesn  :  j'eusse 
préféré  *j«>^i!,  pour  éviter  toute  chance  d'erreur,  d'autant  plus  que 
nous  avons  déjà);  transcrit  par  ^^  dans  ^^:>^y^  HpôSoro»  (p.  88). 
ï.^\  <_>-^  est  rrla  guerre  du  Péloponnèse^  ;  ce  nom  médiéval  de  Morée, 
emprunté  au  turc  osmanli  qui  le  tient  du  grec  byzantin,  détonne 
quelque  peu.  Dans  la  transcription  des  noms  des  rois  achéménidcs.  il 
règne  quelque  incohérence.  ^.>.<5l~.5'b^l  (sz'c),  p.  io3,  est  Arlaxercès, 
mais  ^j^^lSiS (ibid.)  est  Cyrus  le  jeune  et  non  Cambyse,  comme  on  pour- 
rait s'y  attendre;  comparer  ^ù,y>  (•'><c),  p.  88,  qui  est  bien  Cyrus.  En 
rapprochant  cette  graphie  du  nom  d'Artaxercès  de  ^w-s.5ww>^  Xercès 
(p.  88),  on  voit  clairement  que  ces  noms  sont  transcrits  d'après  le  fran- 
çais: l'auteur  ignore  que  Xercès  est  une  graphie  facilitante  pour  Zép^-)}?. 
Le  ff  Grand  Roii  est  rendu  par  âJici)!  yUU^;  voilà  une  expression  turque 
que  les  Persans  seront  peu  flattés  de  voir  appliquée  à  leurs  ancêtres. 
,^5^^j  (p.  iGo)  n'est  pas  la  ville  de  Bombay,  mais  Pompée.  JUJ!  3i».j 
(p.  i63)  est  ffla  Gaulen. 

Cl.  HuART. 


Abu  MuFiAMMAD  'Abdiillah  bin  As'ad  al-Yàfrî.  JSIaiih.imv  l'-'iuu'i-mi'dila, 
edited  by  E.  Denison  Ross.  Fasc.  I  {Bibliolheca  indica,  ncw  Séries,  11°  laiG). 
—  Calcutta,  Baptist  Mission  Press,  1910;  in-8°,  ix-(j6  pages. 

Le  Pansement  des  maladies  incurables  est  une  réfutation  de  la  doctrine 
rationaliste  des  Mo'tazélites  écrite  au  xiv°  siècle  de  notre  ère  par 
l'iuiam  el-Vâfi'i,  qui  fonda  la  branche  des  Qâdiriyya  appelée  de  son  nom 
Yafi'iyya.  Né  au  Yémen  vers  l'an  698  (1998),  il  étudia  à  Aden  et  y  ren- 
conli-a  le  chéïkh  el-Tawàchî  qui  fut  son  guide  spirituel  dans  la  voie 
mystique  du  soufisme.  11  vécut  la  pliqiarl  du  lenqis  à  la  .Mpc([ue,  où  il 
mourut  en  768  (iSOy).  Le  manuscrit  dont  M.  DtMiison  lloss  s'est  servi 
pour  l'édition  qu'il  offre  au  public  est  jusqu'ici  le  sinil  complcl ,  la  l>ii»li(»- 
thèque  royale  de  Berlin  n'en  |)ossédant  qu'un  abrégé  de  la  seconde 
partie;  il  appartient  ù  la  Société  asialicpie  du  Bengale;  les  jwints  dia- 
criti(pios  y  so'nt  rares  et  plusieurs  pa{>('s  out  clé  eudoimnagtVs  par  les 
insectes;  il  y  maïupie  plusieurs  feuillets,  mais  un  ancien  pi)ssesseur  du 
volume,  qui  avait  un  exemplaire  intact  sous  les  yeux,  a  eu  soin  d'in- 


154  .     JANVlER.-FEVniER    1911. 

cliquer  le  nombre  exact  de  feuillets  manquants.  Malgré  Tétat  défectueux 
de  ce  manuscrit  unique,  M.  D.  Ross  a  eu  raison  d'en  entreprendre 
l'édition,  à  raison  de  l'intérêt  qu'oflVe  cet  ouvrage.  Le  premier  fascicule, 
qui  vient  de  paraître,  comprend  quai'ajite-cinq  feuillets  sur  cent  vingt- 
deux,  soit,  environ  ini  cinquième  de  l'ouvrage  complet. 

Le  Marhnm  n'est  p.as  un  traité  dogmatique  divisé  en  chapitres  et  sec- 
tions numérotés  :  c'est  plutôt  un  ensemble  de  traités  où  chaque  thèse 
est  l'objet  d'une  discussion  séparée.  C'est  ainsi  qu'au  début  nous  avons 
lé  texte  d'une  question  posée  à  l'auleur  par  certains  jurisconsultes  de  la 
secte  chi'ïte  des  Zaïdiyya,  dont  ou  sait  le  rôle  prépondérant  au  Yémen,  et 
la  discussion  qui  piépare  la  réponse.  D'autres  rubriques  indiquent  que 
l'auteur  s'attaque  aux  diOiciles  questions  de  la  prédestination  des  actions 
des  hommes,  du  mérite  et  du  démérite  dont  ceux-ci  doivent  néanmoins 
conserver  le  bénéuce  ou  le  dommage ,  en  un  mot  à  l'accord  de  la  pres- 
cience de  Dieu  et  du  libre  arbitre,  pierre  d'achoppement  des  théologiens. 

L'édition  est  soignée  ;  on  y  voudrait  un  peu  phis  de  voyelles  indiquées , 
surtout  dans  les  vers  cités,  dont  le  mètre  aurait  pu  avec  avantage  être 
noté  en  marge  ou  à  la  ligne.  Celte  publication  fait  honneur  à  M.  De- 
nison  Ross,  que  nous  sommes  heureux  de  pouvoir  féliciter  de  son  zèle 
pour  la  science  malgré  les  fonctions  administratives  dont  il  est  investi 
ot  qui  risquent  de  lui  prendre  le  meilleur  de  son  temps. 

Cl.  HuART. 


Conpus  scniPTonJM  ciniisriAyonuM  nniEUTALiUM ,  ciirantibus  I.-B.  Chabot, 
I.  GuiDi,  H.  HyvEHNAr.  —  Scriptoros  aotliiopici,  Séries  altéra,  Tomus  VIII  : 
Liber  Axumae,  ediflil  et  interpretalus  est  K.  Go.xti  Rossini.  —  Parisiis , 
Lipsiae,  hdccccx. 

Avant  le  travail  de  M.  Coati  Uossini  on  connaissait  déjà  un  Lwre 
(l'Ahsoum.  Sous  ce  titre,  J.  Rruce  d'abord,  et  après  lui  A.  Dillniann 
désignaient  à  la  fois  le  kebra  Nagast  et  l'ensemble  des  documents  histo- 
riques relatifs  à  la  ville  d'Aksoum  qui  se  trouvent  à  la  suite  de  cet  ou- 
vrage dans  la  plupart  des  manuscrils.  Avec  raison,  M.  Conli  Rossini  a 
restreint  cette  délinition,  et  réservé  le  nom  de  Litre  (VAksouin  à  la  série 
de  notices  concernant  l'ancienne  cité  royale.  Ainsi  ramené  cà  des  propor- 
tions justes  et  logiques,  son  recueil  reste  d'un  capital  intérêt  et  constitue 
une  des  plus  importantes  contributions  à  l'histoire  d'Ethiopie. 

M.  Conti  Rossini  a  puisé  ses  documents  à  plusieurs  sources.  En  pre- 
mier lieu  au  riche  manuscrit  n"  ify-i  de  la  collection  d'Abbadie.  conte- 
nant des  extraits  empruntés  auv  léuillets  primitivenient  laissés  en  blanc 


COMPTES   RENDUS. 


155 


de  l'Évaugëliaire  d'or  d'Aksonm.  el  remplis  par  la  suile  d'auaotalions 
successives  et  précieuses.  Les  mauuscnls  2-2  5  et  97  de  la  même  collec- 
tion lui  ont  aussi  fourni  un  nond:)re  respectable  d'articles,  ainsi  que  le 
manuscrit  n°  XXVI  d'0\ford.  décrit  par  Dillmann.  D'autres  notices  enfin 
ont  été  rapportées  par  lui  d'Erythrée  et  d'Abyssinie. 

Le  Liber  Axutnae  est  divisé  en  trois  parties.  La  première  comprend 
i3  chapitres,  presque  tous  d'un  g'rand  intérêt  à  des  titres  cUvers.  C'est 
d'abord  une  poétique  légende  sur  la  fondation  de  la  cathédrale  d'Aksoum 
et  une  énuméralion  des  curiosités  de  la  ville  (chap.  1).  La  cathédrale  est 
ensuite  décrite  en  détail  (chap.  9).  Des  informations  très  explicites  sont 
données  sur  les  ressources  du  sanctuaire.  A  l'occasion  de  certaines  fêtes 
ou  solennités,  des  redevances  déterjuinées  devaient  être  payées  par  dif- 
férents districts  et  villages  d'Ethiopie  (chap.  3-4,  6-8,  11  el  i3).  Des 
corvées  et  servitudes  étaient  également  dues,  que  rappelle  le  cha|)itrc  5. 
L'église  s'appelait  Syon ,  était  consacrée  à  la  \  ierge  et  renfermait ,  coumie 
l'indique  le  chapitre  9 ,  un  nombre  considérable  d'objets  d'art.  Le  docu- 
ment n°  10  est  assez  obscur  :  c'est  une  liste  de  noms  de  prêtres  et  de 
leurs  dignités.  Le  chapitre  l'J  entin  est  d'ordre  liturgique;  il  énumèrc 
les  fêtes  commémoratives  célébrées  à  la  cathédi-ale  d'Aksoum. 

La  deuxième  partie,  la  plus  longue,  est  aussi  la  plus  importante  au 
point  de  vue  historique.  M.  Gonti  Rossini  a  rassemblé  là  100  notices. 
y\  rexce[)tion  du  n"  80  qui  est  le  dénondjrement  du  personnel  ecclé- 
siastique dans  une  église  particulière,  il  s'agit  de  donations  royales  ou 
féodales ,  accomplies  la  plupart  en  faveur  de  la  cathédrale  d'Aksoum  et 
quelques-unes  au  bénéfice  de  certains  couvents.  Ces  donations  consis- 
taient le  plus  souvent  en  terrain,  plus  rarement  en  des  objets  matériels. 
M.  Gonti  Rossini  les  a  public'cs  selon  l'ordre  chronologique,  autant  du 
moins  qu'il  est  possible  de  le  restituer.  Presque  tous  les  rois  d"l'îthio[)io 
sont  représentés  par  un  ou  plusieurs  actes,  savoir  ; 


Ella  Abreha  et  Asbeha,  i-a. 

(iabra  Masqal,  3-4. 

Anbasà  Wedem,  5-6. 

Sayfa  Arad,  7-8. 

Dàwit,  9-1 1. 

Veshaq  ,12. 

Zar'a  Yàqob,  i3-:î-:!. 

Ra'eda  Màryàni ,  >j3. 

La  reine  Walatta   Màryàm,   >.>.'i. 

Lelina  Dcnjjcl,  •}.î>-1\'î. 


Galàwdèwos ,  h  8-5 1 . 
Minas,  5ti. 
Sai'sa  Dengel ,  53-59. 
Susenyos,  Go-61. 
Fàsiladas,  6-2. 
Ivàsu,  63-64. 


Ieze(ivas 


iy< 


;,  65. 


Takia  Giyorgis. 
(ligàr,  73-7(). 
^ohaimes.  io3. 


(ly-CM). 


156  JANVIER-FEVRIER    1911. 

Celte  dernière  donation  (n°  io3)  fut  faite  de  nos  jours,  puisque 
Yohannes  régna  de  18G8  à  1889.  Quant  à  celles  qui  ne  sont  pas  rap- 
pelées ici,  elles  émanent  de  rds,  de  princes  ou  de  chefs. 

Des  docnments  historiques  et  juridiques,  au  nombre  de  ik,  forment 
la  troisième  partie.  Quelques-uns  doivent  être  signalés  d'une  façon  spé- 
ciale. Tel,  par  exemple,  un  sommaire  chronologique  des  principaux 
événements  qui  se  sont  accomplis  en  Ethiopie  depuis  l'arrivée  du  métro- 
polite Ahba  Salàmù  jusqu'aux  dernières  années  du  règne  de  Sarsa 
Dengel  (n"  9).  Tel  encore  le  n"  3,  un  fragment  de  chronique  résumée, 
depuis  le  règne  de  Na  od  jusqu'à  celui  de  Galâwdêwos.  Une  ordonnance 
de  morale  publique,  proiiudguée  en  ibkk  par  ce  dernier  loi,  constitue 
le  n"  5.  Un  autre  édit  (n"  61,  relatif  à  ia  cathédrale  d'Aksoum  et  à  son 
clergé,  est  dû  à  Sarsa  Dengel.  Un  procès  au  sujet  de  diverses  taxes  indû- 
ment perçues  sur  les  couvents,  au  temps  de  Susenyos,  donne  lieu  à  une 
relation  curieuse  (n"  7  ).  Le  n°  8  contient,  en  une  double  recension ,  le  récit 
de  la  persécution  dont  les  Jacobiles  d'Ethiopie  furent  victimes  au  début 
du  xvii"  siècle.  Enfin,  sous  le  n"  19,  on  lit  un  éloge  du  ràs  Walda 
Sella  se ,  qui  vécut  sous  les  règnes  de  Hezeqyâs  (1 789-1 79/i)  et  de 
Takla  Giyorgis  ;  il  mourut  en  1816.  Le  n"  70  de  la  deuxième  partie 
enregistre  une  donation  faite  par  lui  à  la  cathédrale  d'Aksoum. 

J'ai  essayé  de  donner  un  aperçu  de  ce  que  renferme  le  livre  de  M.  Conti 
Rossini.  Ce  travail  a  dû  coûter  de  sérieux  efforts  au  savant  éditeur.  En 
plus  d'un  endroit,  le  texte  était  difficile  à  restituer,  et  la  traduction  de 
M.  Conti  Rossini  est  parfois  conjecturale.  Sans  réticences  d'ailleurs,  il 
l'avoue  telle,  quand  il  y  a  lieu.  Dans  d'autres  cas,  il  ne  tente  même  pas 
une  traduction  qu'il  sait  impossible.  Mais  il  a  soin  de  suppléer  aux  la- 
cunes, aux  obscurités,  aiL\  incertitudes,  par  les  annotations  sobres, 
solides  et  nombreuses  qui  accompagnent  chacun  des  paragraphes  de  la 
version  française.  Aussi  convient-il  de  reconnaître  que,  dans  l'état  actuel 
de  la  philologie  éthiopienne,  nul  ne  pouvait  s'acquitter  mieux  que 
M.  Conti  Rossini  do  la  lourde  tâche  qu'il  a  entrepris-e.  Sous  un  petit 
volume  il  a  rassemblé  une  très  riche  quantité  de  matériaux  divers,  sur 
lescjuels,  pendant  longtemps,  les  éthiopisauts  auront  à  exercer  leur  sa- 
gacité. Le  Lihcr  Aœiimne  est  en  effet  une  mine  prodigieuse  à  mettre  en 
exploitation.  Quand  il  aura  été  étudié  à  tous  les  points  de  vue  auxquels 
il  doit  l'être,  il  fournira  des  renseignements  d'ordre  vai'ié. 

D'abord  l'histoire  religieuse  et  politique,  ainsi  que  ia  géographie 
d'Ethiopie  en  recevront  des  éclaircissements  inappréciables.  A  cet  elfet, 
il  serait  dès  maintenant  nécessaire  d'analyser  chacune  des  donations  de 
la  deuxième  partie,  d'en  dégager  les  noms  propres  et  de  les  grouper  en 


COMPTES  RENDUS.  157 

des  tableaux  de  concordance  chronologique,  indiquant  les  différents  di- 
gnitaires eccle'sias(iques  et  civils  qui  étaient  en  fonctions  sous  chaque 
règne.  La  donation  u"  53,  par  exemple,  donnerait  lieu  au  tableau  sui- 
vant ,  un  des  plus  simples  : 

ROI.  KOMS.  DIGNITÉS. 

„         T^        1  ,   Gabra  Mârvàm  (donataire).  Qaiisa  flabaz. 

barsa  Dengel  ,x     i    at-im*!  w      *         i 

II  I  1     n       IN  \    Amda  Mika  cl.  Héraut  ra val. 

(Mdak    Sagad),  jj^^^^^^^  Mi,^.,,.,_  ^^,i,^, 


fin  1.578. 


tara. 
Takla  ScUis  (chef  du  Sirê).  Nebura  éd. 


Dans  le  même  ordre  d'idées,  il  faudrait  établir  une  série  d'index  des 
noms  de  personnes  et  des  noms  géographiques,  qu'il  s'agira  d'identifier 
peu  à  peu  dans  le  temps  et  dans  l'espace  :  d'une  part,  noms  de  rois ,  de 
fonctionnaires,  de  dignitaires,  de  gouverneurs,  de  chefs,  de  métropolites, 
de  supérieurs  de  couvents,  de  moines,  de  prêtres:  d'autre  part,  noms  de 
provinces,  de  districts,  de  régions,  de  villes,  de  villages,  etc.  Davantage 
encore  il  y  aurait  lieu  de  dresser  la  liste  des  charges  ecclésiastiques  et 
civiles.  Sur  la  plupart  d'entre  elles  nous  ne  savons  aujourd'hui  rien  de 
positif  Le  temps  et  des  documents  du  même  genre  que  le  Liber  Axumae 
apporteront  sans  doute  les  lumières  indispensables. 

Ce  n'est  pas  d'ailleurs  sous  ce  seul  rapport  que  le  Liber  Axwnae  con- 
tribuera, dans  une  large  mesure,  à  enrichir  le  lexique  éthiopien.  Outre 
des  noms  de  charges  et  de  dignités,  il  contient  aussi  des  termes  de  toutes 
sortes,  au  sujet  desquels  on  ne  peut  encore  rien  avancer  sinon  des  con- 
jectui'cs  plus  ou  moins  plausibles.  Il  y  a  là,  en  effet,  un  vocabulaire 
nouveau  concernant  rairhileclure  et  la  construction,  les  poids  ot  les 
mesures,  les  substances  naluielles  et  les  produits  confectionnés,  les 
impôts  et  redevances,  etc.  Ces  termes,  peu  ou  pas  coimus,  se  retrouve- 
ront sans  doute  dans  d'autres  ouvrages  inédits  et  prêteront  à  des  investi- 
galions  (ulures.  Mais  dès  maintenant  il  faut  les  recueillir  en  des  listes  ou 
des  index  faciles  à  manier. 

()naM(i  des  inventaires  de  ce  genre  auront  été  joints  au  Liber  A.vintiac, 
le  travail  de  iM.  Conti  Uossini  j)irndra  toute  son  importance  et  toiili^  sa 
valeur.  L'une  et  l'autre,  on  le  verra,  sont  de  premier  ordre. 

A.  CuÉlUNOT. 


158  JANVIER-FÉVRIER   1911. 

UlUSUM   AETIIIOl'ICAniJJI  Scnil'TOVES    OCCIDENTALES  lyEDITÏ  ,1    SiECLl.O   XVl   AD  .1  7.1  , 

curante  G.  Beccari,  S.  1.  -  Vol.  X  :   Rdniiones  et  Efi^tolae  Variorum.  Pars 
Prima.  Libci'  I.  —  Romae,  G.  de  Luigi,  1910;  in-Zi". 

Avec  le  dixième  volume  de  sa  précieuse  collection,  le  P.  Beccari  com- 
mence Ja  publication  d'une  série  de  documents  de  courte  étendue,  con- 
sistant en  lettres,  relations,  îuénioires  et  instructions.  Une  première 
partie  aura  rapport  à  la  mission  des  jésuites  portugais  en  Ethiopie,  et 
comprendra  quatre  livres,  correspondant  aux  quatre  périodes  de  celle 
mission.  Le  premier  de  ces  livres  forme  précisément  le  volume  qui 
vient  d'être  publié. 

C'est  un  recueil  de  167  pièces,  intéressant  une  durée  de  plus  de 
60  ans,  de  i53A  à  iSgS.  Presque  toutes  sont  rédigées  en  langue  portu- 
gaise,  mais  le  P.  Beccari  a  donné  de  chacune  d'elles  un  sommaire  en 
latin.  La  plupart  sont  des  lettres  émanant  des  Pères  de  la  mission,  ou 
bien  à  eux  adressées.  On  y  trouve  aussi  des  bulles  et  missives  papales, 
des  relations  sur  l'état  politique  et  rebgieiix  de  l'Abyssinie,  et  un  certain 
nombre  de  lettres  signées  des  rois  de  Portugal  et  des  rois  d'Ethiopie. 

Ces  documents,  tous  inédits,  ont  été  extraits  des  archives  portugaises, 
des  archives  de  la  Société  de  Jésus  et  de  diverses  bibliothèques,  comme 
la  Valicane  et  le  British  Muséum.  Sur  un  grand  nombre  de  points  ils 
confirment  les  récits  dos  PP.  Paez  et  d'Almeida,  ou  jetiènl  une  bmiière 
nouvelle  sur  des  faits  qui  n'avaient  été  que  brièvement  enregistrés  par 
ces  auteurs.  D'autre  part,  ils  contiennent  des  renseignements  qu'on 
chercherait  en  vain  ailleurs.  Ces  événements  jusqu'ici  peu  ou  pas  du 
tout  connus,  le  P.  Beccari,  dans  sa  préface,  les  a  signalés  avec  soin  et 
les  a  groupés  dans  leurs  rapports  hislorifpies.  11  a  dressé  en  outre  de 
très  utiles  listes  chronologiques  et  complété  son  œuvre  2)ar  un  index 
alphabétique  détaillé. 

Trois  magnifiques  fac-similés  d'autographes  ornent  ce  volume,  qui 
ne  le  cède  en  rien  aux  précédents  quant  à  l'exécution  matérielle. 

A.  GlÉRINOT. 


G.  A.  Grierson.  A^  lymoDucTioy  ro  tiie  MaitiiilI  iualect  of  tue  BiiiâiiI 
LANGVAGE  AS  sPOKEN  IX  NonTii-BiiiÂit ,  n''  edltiou,  pari  I  :  Grammar  (Jour- 
nal of  the  Asialic  Sociefij  nfBcngal,  vol.  V,  extra  n°  2).  —  Calcutta,  i»)09; 
xviii  -  3o5  pages. 

Le  dialecte  maithili  esl  parlé  par  quelque  dix  millions  d'hommes  dans 
le  Tirhul  et  les  districts  de  Piirnea  et  de  Bhagalpur;  son  domaine  est 
borné   au   Sud   par  celui   du    dialecte  magahi,  avec  lequel  il  forme  le 


COMPTES  RENDUS.  159 

groupe  oriental  des  dialectes  bihâri;  la  bliojpuri,  qui  le  borde  à  l'Ouest, 
forme  à  elle  seule  le  groupe  occidenlal  et  méridional.  A  l'Est  la  mailliili 
conGne  au  bengali  et,  çlu  cùlé  Nord,  aux  dialectes  tibétains  de  l'Himalaya. 
Des  trois  dialectes  l»ilulri,  c'est  la  maitbili  qui  possède  le  système  gram- 
matical le  plus  compliqué.  M.  Griei'son  a  rapporté  ailleurs  (L/h^.  Surccij, 
vol.  V,  p.  n,  Biliôrl,  p.  k)  cette  conq)lexité  au  conservatisme  brabma- 
nique  et  paysan  des  habitants  du  ïirhut,  proverbial  depuis  l'antiquité; 
le  Bhojpuri  au  contraire ,  batailleur,  travailleur  et  migrateur,  refuserait 
de  s'embarrasser  de  ces  minuties.  Quoi  cju'il  en  soit,  la  domination 
brahmanique  a  au  moins  fait  delà  mailliili  un  dialecte  littéraire;  il  va  de 
soi  que  l'étude  et  l'édition  des  principaux  textes  ont  été  entreprises  d'abord 
par  M.  Grierson  lui-même;  depuis,  uue  émulation  trop  rare  dans  l'Inde 
semble  avoir  réveillé  la  générosité  des  princes  et  la  curiosité  des  savants 
indigènes  ■''. 

Les  publications  de  textes  dont  nous  parlons  se  placent  dans  l'in- 
tervalle de  vingt-neuf  ans  qui  sépare  les  deux  éditions  de  la  gram- 
maire maitbili;  dans  le  même,  intervalle  aussi,  les  sept  grammaires^'', 
et  le  dictionnaire  comparatif  de  la  ijibâri  '^'\  ce  dernier  enlroj)ris  avec 
M.  Hoernle,  et  dont  très  malbeuieusement  deux  fascicules  seuls  ont  paru. 
Ainsi  la  compétence  pratique  de  M.  Grierson  sur  ces  dialectes  s'approfon- 
dissait, tancii?  que  d'autre  part  l'étude  des  autres  dialectes  de  l'Inde, 
dont  le  plus  éclatant  témoignage  est  le  Linguistic  Survey,  lui  permettait 
par  la  comparaison  d'en  concevoir  la  place  et  d'en  dégager  le  système. 
De  tous  ces  travaux,  la  présente  édition  a  profité;  et  il  n'est  point  éton- 
nant dès  lors  d'en  parler  comn*e  d'un  ouvrage  nouveau. 

Au  reste,  il  suilit  de  comparer  les  dimensions  des  deux  volumes  :  la 
seconde  édition  est  presque  triple  de  In  j)remière.  Celle-ci  donnait  une 
description  nette  et  sûre,  mais  sècbe,  du  dialecte  :  ce  n'était  guère  qu'une 
collection  de  paradigmes.  La  présente  édition  au  contraire  est  enrichie 
d'exemples  fflnnondu-ablesr,  l'auleur  le  dit  avec  une  fierté  légitime,  tous 
tirés  de  la  littéraliu'c  écrite.  Ces  exemples  d'une  part,  d'autre  part  les 
nombreux  recours  à  l'usage  parlé,  donnent  une  impression  vivante  de 
l'emploi  des  formes,  dont  l'exposé  pur  rebute  souvent  par  sa  complication 
et  son  apparence  abstraite.  Des  additions  considérables  concourent  au 

'''  On  li'ouvorn  la  listo  de  ces  pnl)iications  dans  la  grannnairo  mailliili, 
p.  xvui,  cf.  p.  XIV  cl  XV,  ou  dans  le  Lmg-.  Survey,  vol.  V,  part  ii ,  p.  19. 

'-)  Scven  graiiimars  oj  ihc  Dialccts  aixl  Sub-diaJec(s  nf  tJie  liiliilrï  languafre, 
i883  et  suiv. 

(^5  A  comparative  dicUonari/  of  ihe  Hihân  hwfrtuijrc ,  part  I,  i885;  part  11, 
i88(). 


\ 


160  JANVIER-FEVRIER    1911. 

même  effet;  ainsi  surtout  toute  la  description  plionéfique  du  premier  cha- 
pitre. Le  paragraphe  consacré  à  l'accent  est  entièrement  nouveau  ;  nouvelle 
aussi  la  fine  description,  annoncée  seulement  dans  le  supplément  delà 
première  édition,  des  quatre  a,  des  deux  e  et  des  deux  o  :  on  sait  que  dans 
l'Inde  à  ^  est  plus  postérieur  que  a  W[,  et  cela  de  toute  antiquité:  mais  la 
réalité  est  plus  compliquée  ;  il  existe  en  maithili  un  à  5"  long  et  un  à  ST  bref; 
à  vrai  dire  ce  sont  des  phonèmes  instables  :  le  premier  est  de  pai-  son  ori- 
gine une  diphtongue  (si  du  moins  le  cas  de  la  a'  personne  du  pluriel  -fili, 
ancien  -ahu,  est  bien  unique;  l'auteur  ne  le  dit  pas  expressément,  S  6), 
et  le  second  est  dû  à  l'action  d'une  loi  rythmique  que  l'auteur  expose  plus 
loin  (§  Sa)  et  dont  nous  avons,  par  exemple,  en  français  un  analogue  : 
c'est  l'abrègement  progressif  de  d  dans  pâte,  pâté,  pâtissier,  pâtisserie; 
quant  aux  e  et  ô  brefs,  il  est  permis,  pour  une  fois,  de  regretter  que  les 
exemples  donnés  n'en  soient  pas  plus  nombreux  :  à  en  juger  ])ar  paetah 
elpaolah"  il  semblerait  que  le  fait  ne  se  produise  qu'en  diphtongue,  place 
où  l'abrègement  est  tout  à  fait  naturel  et  en  quelque  sorte  fatal.  Un  autre 
phénomène  phonétique  exposé  pour  la  première  fois  dans  la  présente 
édition  (S  27)  est  l'opposition  des  deux  traitements  du  groupe  :  voyelle 
+  nasale  +  occlusive,  donnant  soit  :  voyelle  nasale  +  occlusive,  soit  : 
voyelle  +  consonne  nasale,  par  exemple  :  skr.  aiiga'^-  maith.  âg  ou  âii; 
skr.  simha  >  sïgh  ou  sïiih. 

Il  est  important  de  noter  que  les  séries  en  question  sont  toutes  deux 
usitées  dans  la  plupart  des  cas,  sans  qu'il  soit  possible  d'établir  une 
règle  de  choix.  Le  fait  n'est  pas  isolé  :  il  existe  dans  les  noms  et  dans  les 
verbes  plusieurs  séries  de  thèmes  ayant*une  valeur  sensiblement  équi- 
valente. Défait,  en  ce  qui  concerne  les  noms,  il  semble  bien  que  les 
formes  primaires  soient  plus  généralement  réservées  à  la  langue  écrite; 
d'autre  part  les  formes  dérivées,  rf  longues  5i  et  rr  redondantes  «  ont  une 
nuance  de  signification  —  diminutive  ou  péjorative  —  identique  dans 
l'usage  :  mais  l'usage  même  de  la  forme  a  redondante  r,  est  plus  famifier 
ou  vulgaire  que  celui  de  la  forme  frlongue55  (§  ^2,  /i8-5o).  Dans  les 
verbes  le  double  ou  triple  emploi  est  plus  patent  :  rrces  formes  ne  sont 
pas  des  particularités  locales,  mais  elles  peuvent  souvent  être  employées 
par  le  même  sujet  parlant  selon  que  son  caprice  ou  le  rythme  de  la  phrase 
le  dicte.  En  beaucoup  de  cas,  ajoute  l'auteur,  je  ne  peux  y  découvrir 
aucune  nuance  de  signification  «  (S  lyi). 

Cette  équivalence  de  sens  s'explique  par  la  multiplicité  des  formes 
disponibles.  Un  coup  d'œil  sur  les  principes  du  verbe  mailhib  —  principes 
dégagés  nettement  par  M.  Grierson,  et  illustrés  constamment  par 
l'exemple  —  donnera  une  idée  de  cette  multiplicité.  La  caractéristique 


COMPTES  RENDCS.  161 

principale  du  verbe  maitliili  est  l'importance  donnée  au  caractère  hono- 
rifique ou  non  honorifique  des  formes.  Celle  distinction  remplace  entière- 
ment celle  du  nombre;  ou  plutôt  se  substitue  à  elle,  caries  formes  jespec- 
lueuses  sont  d'anciennes  formes  plurielles  (§  188)!  Elle  conditionne  celle 
du  genre  :  car  les  formes  personnelles  du  verbe  ont  un  genre ,  au  moins 
celles  de  2"  et  3' personnes  dont  le  comple'ment  est  rrnon  honorifiquen;  mais 
le  sujet  de  t"  personne,  par  humilité,  les  compléments  rrvous,  lui,euxn, 
par  respect,  ne  doivent  pas  être  déterminés  avec  celte  précision  (S  186). 
De  plus  les  formes  s'accordent  non  seulement  avec  le  sujet,  mais  avec 
le  complément,  direct  ou  indirect  :  en  sorte  qu'elles  se  répartissent  en 
quatre  groupes,  suivant  que  le  sujet  et  le  complément  sont  ou  non 
rr  honorifiques  n.  Si  l'on  ajoute  que  les  verbes,  comme  les  noms,  onl  lem-s 
formes  rrlonguesi  et  w redondantes n  ,  du  moins  dans  les  formes  à  complé- 
ment non  honorifique;  et  si  l'on  tient  compte  de  la  trrègle  de  ratfrac- 
tionn  (§  191)  suivant  laquelle  toute  désinence  qui  devrait  contenir  la 
diphtongue  -ai  change  ai  en  ou  quand  le  complément,  direct  ou  non ,  est  à 
la  9"  personne ,  on  se  fait  une  idée  de  la  complexité  du  verbe  maithih.  Il  va 
sans  dire  que  toutes  les  formes  ne  sont  pas  également  employées  et  que 
M.  Grierson  note  soigneusement  les  cas  particuliers.  —  Pour  le  reste, 
le  système  verbal  est  édifié  sur  les  mêmes  bases  que  celui  des  langues 
congénères  :  à  savoir,  l'ancien  présent  et  les  participes  présent,  futur  et 
passé. 

Ce  que  le  non-spécialiste  regrettera  le  plus  dans  cet  excellent  ouvrage, 
c'est  l'interprétation.  On  ne  saurait  en  blâmer  Fauteur,  car  l'omission 
est  certainement  volontaire.  On  pourrait  plutôt  lui  reprocher  d'avoir  en 
quchpies  endroits  manqué  à  la  règle  qu'il  s'était  lui-même  imposée  : 
au  paragraphe  qS,  il  était  inutile  de  rappeler  Yiipad/iniâinija  sanskrit  à 
propos  de  la  prononciation  i\e^[i^  piilijp  ;  inutile  aussi,  et  trompeur, 
de  rappelei-  (note  p.  la)  le  prâkril  mâgadhî  à  propos  du  passage  de  fij 
à  n;  le  phénomène  n'est  qu'un  cas  delà  loi  phonétique,  exposée  ci-dessus. 
.  du  double  traitement  du  groupe  consonne  +  occlusive;  et  il  est  d'ailleurs 
beaucoup  moins  usuel  que  les  autres.  Au  reste  le  prâkrit  mâgadliï  joue 
peut-être  dans  le  livre  un  rôle  qui,  si  restreint  qu'il  soit,  est  encoriMrop 
considérable  :  il  n'est  pa's  du  tout  démontré,  comme  le  dit  M.  Grierson 
au  paragraphe  87,  que  lebihâi-i,  le  bengali,  l'assamais  et  l'oriya  "des- 
cendent directement^  du  prâkrit  mâgadliî;  il  est  tendancieux  de  par- 
ler d'un  irapabhramça  mâgadhî  prâkrit?)  (S  78)  dont  on  ignore  tout,  à 
})ropos  de  désinences  connues  comme  appartenant  A  rrrapabhraiiiça-ï 
tout  couit;  il  est  imprudent,  alors  cpTon  omet  d'explicpier  nond)re  de 
laits  i'acilement  explicables  (mais  pas  s[»('cialemont  par  la  niâgadliî!),  de 

XVH.  1 1 

tu  ni  «mit     RATIOIALII. 


162  JANVIER-FEVRIER  1911. 

rappeler  le  fameux  nominatif  eu  -e  à  propos  d'une  désinence  nominale  -c 
isolée  même  dans  la  vieille  langue,  et  qui  s'applique  à  l'accusatif  aussi 
bien  qu'au  nominatif  :  en  fait,  l'exemple  donné  par  M.  Grierson  est  un 
accusatif.  Voilà  ce  qui  resterait  du  nominatif  en  -e  :  mais  oiî  sont  et  le  / 
caractéristique  du  prâkrit  mâgadhî,  et  le  descendant  de  hage  [=  skr. 
aliam,  vayam)!  Au  contraire  r  est  normal  au  Bihar  comme  ailleurs,  et 
l'on  dit  en  maithili  ?nè  rTmoi»? ,  hatri  ffucus» ,  comme  on  dit  eu  hindi  par 
exemple.  Le  seul  fait  qui  paraît  militer  en  faveur  de  la  théorie  de 
M.  Grierson  est  l'emploi  dans  l'écriture,  signalé  S  25 ,  du  caractère  ST  poiu- 
représenter  s  aussi  bien  que  ç,  et  cela  alors  que  s  est  la  prononcialion 
unique  dans  les  tadbhavas  :  il  est  tentant  de  voir  là  un  usage  graphique 
survivant  à  une  évolution  phonétique.  Mais  cette  évolution  ne  s'entend 
pas  nécessairement  comme  fait  M.  Grierson.  En  tout  cas,  si  c'est  la  mâ- 
gadhî qui  est  à  l'origine  de  la  maithilï,  il  faut  avouer  ff  qu'elle  a  bien 
changé  sur  la  routen  :  el  dès  lors  Ihypothèse  est  sans  utilité  scientilique. 
Pai-  contre  la  survivance  graphique  du  ç  mâgadhî  —  si  c'est  bien  de 
cela  qu'il  s'agit  —  ne  contiedirait  aucunement  l'hypothèse  dune  uni- 
formisation générale  des  prâkrits  —  ou  des  apabhramças  — aboutissant  à 
une  sorte  de  rrRomaniaTï  indo-âryenne,  d'où  à  leur  tour  se  seraient 
détachés  les  dialectes  modernes  :  hypothèse  qui  concorde  avec  ce  que 
nous  savons  de  la  formation  des  grands  empires  au  début  du  moyen  âge 
indieu  —  celui  des  Guplas,  celui  de  Harsa,  —  et  surtout  hypothèse 
beaucoup  mieux  utilisable,  M.  Grierson  le  sait  lui-même  pour  l'avoir  im- 
plicitement appliquée  dans  plus  d'une  occasion,  que  celle  du  dévelop- 
pement indépendant  des  prâkrits. 

Jules  Bloch. 


Tuf.  Br.MiLi  laxovage.  Pari  I.  Inti  oduction  and  Grammar,  par  Desïs  de  S.  Biîaï, 
1.  C.  S.  —  Calfutta ,  Superint.  Govemnienl  Priniing,  1909;  in-8°,  vni- 
937  payes. 

Ce  livre  n'est  pas  seulement  une  description  riche  et  claire ,  l'une  des 
meilleures  i)armi  les  grammaires  des  parlers  indiens;  son  importance 
est  capitale,  du  fait  qu'a])rès  lui  on  peut  tenir  pour  d('^(inifivement 
démoiilrce  la  parenté,  enlrevue  par  Caldwell,  affirmée  par  Lassen  el 
par  Trumpp,  encore  imparfaitement  établie,  faute  de  matériaux,  par 
M.  Sten  Konow  dans  le  Linguistic  Survey  of  India,  la  jiarenté  du  braluii 
avec  les  langues  di-avidieunes.  11  sullît  de  regai'der  la  carte  de  ces  langues 
dans  le  volume  du  Surceij  qui  leur  est  consacré  (vol.  IV,  en  face 
la  page  377)   pour  se  lendre    compte    combien    est    invraisemblable 


.   COMPTES  RKNDUS.  163 

a  priori  celle  théorie;  en  plein  Beloucliislan ,  sur  terrain  iranien,  il  est 
vi-aimenl  difficile  d'admeltj'e  la  présence  d'un  dialecte  allié  aux  langues 
(le  rinde  péninsulaire,  et  isolé  d'elles  par  toute  la  niasse  des  parlers 
aryens.  Il  faut  pourtant  se  rendre  à  révidence.  Le  petit  nombre  même 
des  preuves  —  elles  sont  rares  autant  qu'elles  sont  sûres — concorde  avec 
l'isolement  du  dialecte.  L'ex-klian  de  Kalat,  souveiain  de  la  confédération 
des  Brahui,  n'y  reconnaissait  lui-même  que  six  tribus  (dont  la  sienne, 
s'entend)  comme  étant  de  race  purement  brahui;  trois  selon  lui  étaient 
belouchi,  trois  afghanes,  deux  persanes,  quatre  jat,  deux  entîn  au- 
tochtones. Telle  la  race,  de  l'aveu  même  de  son  chef,  telle  la  langue 
ou  du  moins  son  vocabulaire;  dans  la  numération  qui,  comme  le  fait 
observer  M.  Denys  Bray,  en  donne  en  petit  toute  l'image,  les  trois  pre- 
miers noms  de  nombre  seuls  — peut-être  même  seulement  les  noms  })our 
rrdeuxTi  et  rr trois ^  —  sont  dravidiens;  le  reste  est  iranien  jusqu'à 
ff mille fl,  le  lak  et  la  liror  étant  empruntés  à  l'Inde  :  les  Brahui  re- 
connaissent celte  vérité  en  insistant  sur  le  fait  que  les  trois  premiers 
noms  de  nombre  sont  bien  à  eux,  tandis  que  leurs  voisins  prétendent 
leiu'  avoir  appris  à  compter  à  partir  de  quatre.  M.  D.  Bray  nous  {)roniet 
poui'  un  autre  volume  la  démonstration  détaillée  de  la  relation  du  brahui 
au  dravidien:  en  attendant  ce  volume  qui,  s'il  témoigne  de-  la  même 
richesse  d'information  et  de  la  même  précision  dans  la  descri|)tion,  ne 
peut  manquer  de  faire  époque  dans  la  grammaire  comparée  du  dravidien, 
il  est  dès  à  présent  possible  d'entrevoir  la  place  qu'occupe  le  brahui 
dans  l'ensemble  du  groupe. 

(lomme  ou  peut  s'y  attendre,  étant  donné  son  isolement,  les  traits 
qui  lui  sont  propres  sont,  ou  paraissent  provisoirement,  les  plus  nom- 
breux: certains  sont  notables,  comme  l'absence  de  genre  granunalical 
dans  les  noms  (S  19 ,  78),  ou  le  fait  que  le  génitif  est  traité  comme  un 
adjectif  déclinable  (.S  54)  :  faits  anormaux  en  dravidien,  et  dont  le 
second  j)résentc  une  analogie  frappante  avec  les  parlers  indo-ùryens.  De 
même  la  |)honélique.  dans  son  obscurité,  laisse  entrevoir  des  correspon- 
dances déroulantes  :  en  brahui  /,  nous  est-il  dit  plusieurs  fois,  de- 
viendrait .s  en  certains  cas:  il  en  est  de  même,  semble-t-il,  de  r  (asi 
ffunn,  iniisi  fflioisfl  :  lani.  oijrii  à  côté  de  oru,  iiiûijrn,  en  regard  de 
bi'.  ira  (rdeiiXTi:  tam.  irandn;  cf.  br.  iir  frinaisonn:  tam.  etc.  ûr  rrvillagen, 
br.  (l-èr  nquii  :  lam.  ij-âr  d'une  part,  et  de  l'autre  br.  -s-h-  niorphèmc! 
du  phniel:  lam.  -r-^'-);  purement  brahui  aussi,  l'assourdissemenl  de  j' 
inler\ocaliqueatlesl('  dans /./((//  n-oreillc-  .  gondi  hùti ,  eau.  kni  de:  i\f-k 
rreuxn  :  lam.  avn-;  -//-morphènic  du  causalif:  tau),  -ri-  (inaiscoulredil  par 
let'du  lutin-,  voir  p.  17).  Ces  faits,  d'autres  (încore  dont  nous  aurons  sans 

1 1 . 


164  JANVIER-FEVRIER    1911. 

doute  l'explication  dans  le  prochain  volume,  ont  amené  M.  Sien  Konow 
dans  sa  classification  des  langues  dravidiennes  [Ling.  Survey,  IV,  p.  285) 
à  faire  du  braliui  un  dialecte  tout  à  ftiit  isolé.  Mais  il  existe,  notées  déjà 
pour  la  plupart,  dans  le  volume  de  M.  Sten  Konow  et  dans  la  grammaire 
de  M.  Denys  Bray,  à  laquelle  M.  Sien  Konow  lui-même,  nous  dil-on,  a 
quelque  peu  collaboré  (préface,  p.  ii),  d'autres  correspondances  dont  le 
rapprochement  permet  de  déterminer  quelles  sont  celles  des  langues 
dravidiennes  auxquelles  le  brahui  se  rattache  le  ])lus  directement,  et 
par  là,  vérifier  une  fois  de  plus  sa  parenté  avec  elles. 

Trois  mois,  Irhaf  'roreiHei,  hjirm  nœûr, ,  khal  crpierrè"  présentent  un 
kh  (c'est-à-dire  ia  spirante  sourde  x)  là  où  le  dravidien  a  généralement  k  : 
le  brahui  partage  celle  particularité  avec  lekurukh.  A  n  du  tamoul  et  du 
canarais.  le  brahui  répond  dans  le  même  mot  khan  par  une  dentale: 
c'est  encore  le  cas  du  kurukh  et  aussi  du  gondi,  du  malto,  du  kui  et  du 
tclugu.  Comme  le  gondi  et  le  kurukh  (partiellement),  le  brahui  répond 
par  /•,  par  exemple  dans  le  mot  këragh  rren  bas'^,  au  phonème  can.  1^ 
tel.  (/  =  kui  J  =  tam.  i,  I.Le  brahui  oppose  le  b  initial  (bâ  rrbouche,  ba- 
n\emvT>)  au  «du  tamoul.  du  malayalam  et  du  telugu;  le  brahui  est 
d'accord  sur  ce  point  avec  le  kurukh ,  le  malto ,  le  kui ,  et  celte  fois  avec 
le  canarais.  —  Si  de  la  phonétique  nous  passons  à  la  morphologie , 
nous  retrouvons  dans  les  mêmes  dialectes  des  analogies  avec  le  brahui. 
Le  pronom  de  i"  personne  n'a  en  brahui  qu'une  forme  de  pluriel , 
tandis  que  le  dravidien  distingue  généralement  les  formes  rrinclusiven 
et  rrexclusiver);  or  cette  innovation  importante  se  retrouve  en  gondi  et 
en  canarais.  Le  d  de  dër  rquilr,^  inconnu  au  tamoul  et  au  telugu,  se 
retrouve  en  canarais  et  en  tulu;  la  cérébrale  de  at  rr  combien  t  semble 
correspondre  à  celle  du  can.  c.s/w,  kurukh  yrryjr?-,  s'opposanl  à  la  dentale 
du  tamoul  ellinci  et  du  telugu  enda  (peut-être  s'agil-il  ici  d'un  fait  pho- 
nétique). L'absence  de  thème  oblique  au  singulier  (8  33)  est  fréquente 
en  telugu,  mais  constante  en  kurukh  et  en  malto.  L'oblique  pluriel  se 
forme  par  la  suffixation  d'un  /,  qui  se  retrouve  en  gondi;  l'inslriunenlal 
se  forme  avec  t  :  le  kui  a  /,  le  kurukh  /.  Le  suffixe  du  pluriel  est  soit  -/.-,  qui 
se  retrouve  tel  quel  en  gondi,  soit  -.s7.-,  qui  se  retrouve  aussi  en  gondi  et 
en  kui.  Les  formes  verbales,  où  d'adleurs  le  système  dravidien,  recon- 
naissable  dans  Fenscmble,  a  été  fortement  remanié  dans  le  détail  (cf.  la 
note,  p.  1 39  ) ,  pi'ésenlenl  peu  de  concordances  directement  conslatables  ; 
notons-y  cependant  un  morpiième  du  jnissé  -/,-  (jui  se  retrouve  en 
kurukh  et  en  malto. 

En  regard  de  ces  c()rres|)ondances.  très  rares  semblent  les  cas  où  les 
formes  du  iiiahui   Irouvenl  leurs   analogues  dans  le  dravidien  du  Sud 


COMPTES   RENDUS.  165 

à  l'exclusion  des  autres  dialectes.  M.  Deiiys  Bray  rapproche  le  suflixe 
d'accusatif  -e  de  tara,  -ei,  mal.  -e  :  mais  la  forme  malayalam,  comme  on 
sait,  n'est  qu'un  de'veloppement  re'cent  delà  tamoule:  et  la  phonétique 
des  voyelles  est  trop  mal  établie  pour  qu'on  puisse  choisir  par  exenq)le 
entre  lamoul  -ei  et  canarais  -a.  De  même  il  n'y  a  peut-être  pas  qu'en 
tamoul  que  l'on  puisse  retrouver  l'équivalent  du  morphème  thi  cau- 
satif-//-  (p.  11  :  cf.  Caldwell,  p.  169)  ou  de  celui  du  parfait  -un- 
(§  9  25;  cf.  Caldwell,  p.  Sgi  et  suiv. ). 

Or  si  l'on  reporte  sur  la  carte  des  langues  dravidiennes  les  correspon- 
dances ci-dessus  notées ,  on  n'a  pas  de  peine  à  constater  qtie  les  lignes 
d'isoglosses  et  d'isomorphes  se  placeraient  avec  la  plus  grande  régularité 
si  le  canarais  s'étendait,  au  Nord,  sur  le  domaine  actuellement  occupé 
par  le  raarathi  et  peut-être  jusqu'au  Rajasthan ,  et  comme  si  le  braluii ,  ou 
le  langage  dont  il  serait  un  dialecte,  était  contigu  à  la  fois  au  gondi 
et  au  canarais.  Il  est  même  curieux  que  sur  deux  points  le  brahui 
semble  se  ranger  plutôt  avec  les  langues  du  centre  de  l'Inde  qu'avec  celles 
de  l'Ouest.  Le  passage  de  v  initial  à  b,  qui  se  retrouve  en  canarais,  en 
knrukh,  en  malto  et  en  kui,  est  un  phénomène  bien  connu  dans  les 
langues  indo-âryennes  modernes;  on  sait  que  seuls  y  échappent  le 
kaçniiri  à  l'extrême  Nord,  et  le  groupe  occidental  :  siudhi,  guzrati,  ma- 
ratlii:  d'autre  ])art  un  examen  rapide  des  listes  et  des  textes  munda  du 
Siii'cpy  ne  m'a  pas  permis  d'y  trouver  un  exemple  de  v  initial;  ce  (jiii 
prouve  à  tout  le  moins  qu'il  y  est  rai-e.^  Tout  se  passe  donc  comme  si 
le  brahui  faisait  sur  ce  point  partie  des  dialectes  de  l'Inde  centrale;  le  v 
a  été  rejeté  aux  frontières  extrême-nord,  ouest,  extrême-sud  (tamoul, 
telugu).  A  vrai  dire,  sur  ce  point,  le  penjabi,  proche  voisin  du  brahiu, 
s'accorde  avec  lui  ;  mais  il  n'en  est  pas  de  même  pour  la  nasale  n  :  le 
brahui  n'a  de  nasale  cérébrale  que  dansles  mots  d'emprunt;  or  le  penjabi 
comme  d'ailleurs  le  pasto,  dialecte  iranien  contigu  au  brahui,  possède  la 
nasale  cérébrale.  D'autre  part,  ici  encore,  en  parcourant  le  Smjwi/,  je 
n'ai  pas  retrouvé  de  h  cérébral  en  raunda  (peut-être  est-ce  par  suite  d'une 
notation  imparfaite?),  sauf  en  groupe  (nd).  Tout  se  passe  donc  conmio 
si  le  brahui  était  reporté  à  l'est  du  groupe  j)eiijabi-sindhi-giizrati-maratlii 
où  n  est  normal,  pour  prendre  sa  place  parmi  les  dialectes  de  l'Inde 
centrale. 

Faut-il  conclure  h  une  migration  brahuie  partie  de  l'Inde  centrale? 
11  est  tentant  de  rappeler  que  la  classilicalion  indigène  des  tribus  brahui 
distingue  les  autochtones  des  vrais  Brahui,  et  fait  venir  ceux-ci  de 
l'étranger  (d'Alep  en  fait);  par  contre  leurs  habitudes  actuelles,  malgré 
des  transhumances  régidières  et  une   relative  instabilité  dans  un  rayon 


166  JANVIER-FEVRIER    1911. 

donné,  sont  plutôt  sédentaires  (p.  5).  Mieux  vaut  sm-  ce  point  attendre 
ie  second  volume,  où  M.  Denys  Bray  promet  de  nous  apporter  la  solution 
du  problème  ethnographique  qui,  pour  une  fois,  éclairera  peut-être  le 
problème  linguistique  lui-même. 

Ce  qui  fait  l'intérêt  de  cette  question,  c'est  tpie  de  la  solution  qu'on 
y  donne  dépend  l'idée  qu'on  peut  se  faire  de  la  carte  linguistique  de 
l'Inde  ancienne,  au  moment  de  l'invasion  du  sanskrit,  et  par  suite,  des 
inlluences  (pii  ont  agi  sur  le  développement  du  sanskrit  lui-même. 
L'apparition  en  sanskrit  d'une  catégorie  phonétique  nouvelle,  celle  des 
cérébrales;  d'autre  part  l'extension  énorme  de  /,  à  peu  près  absent  du 
Pig-veda,  avaient  déjà  frappé  Galdweli,  et  il  avait  déjà  expliqué  ces  par- 
ticularités par  riniluence  d'habitudes  linguistiques  diavidiennes.  M.  Sten 
Konow  s  est  rallié  a  celte  théorie  et  l'a  exposée  dans  le  Survey  (p.  978- 
981  ):  et  il  est  difficile  en  effet  d'échapper  à  la  force  de  ce  rapproche- 
ment, surtout  si  l'on  comble  par  la  pensée  l'intervalle  compris  entre  le 
Belouchistan  et  le  domaine  du  canarais  et  du  gondi. 

A  vrai  dire  c'est  là  une  de  ces  explicafions  qui  permettent  de  se  lliire 
une  idée  des  choses  dans  l'ensemble,  mais  n'en  rendent  pas  compte  dans 
le  détail.  La  recherche  des  homophones,  qui  devrait  conduire  à  des 
rapprochements  explicatifs,  aboutit  au  contraire  à  des  constatations 
étranges.  Gomment  expliquer  que  /  indo-européen  ne  soit  pas  devenu 
normalement  r  dans  hdla  rruoim,  alors  qu'il  devait  précisément  y  être 
aidé  par  l'existence  d'un  thème  har-,  de  même  sens,  en  dravidien?  H 
paraît  tentant  d'expliquer  la  cérébralisatiou  en  pràkrit  et  dans  les  langues 
modernes,  de  la  dentale  de  pat-  f  tomber-" ,  par  l'existence  d'une  racine 
dravidiennc/M(/signiliant  ffsecouchem''  :  mais  que  dire  ôehrui-  rrcouper" 
devenant  hatt-  en  prâkrit  et  dans  les  dialectes  indo-âryens,  lorsque  la 
racine  homophone  du  dravidien  I>n(t-  veut  dire  "attacher a?  Le  brahui, 
en  tout  cas,  ne  semble  pas  devoir  apporter  d'importants  éléments  à  la 
démonstration  tie  la  théorie  :  on  a  vu  plus  haut  comment  /  et  r  y  sont 
imparfaitement  conservés,  et  comment  parmi  les  cérébrales  la  nasale  an 
moins  a  complètement  disparu.  Mais  si  les  nouvelles  recherches  de 
M.  Denys  Bray  donnent  le  moyen  d'expliquer  la  position  géographique 

C  N.  Sten  Konow  a  tout  réccmmenl  {J.  H.  A.  S. ,1911,  p.  h)  cru  pouvoir  sé- 
parer pkr.  pad-  de  .skr.  pal-  et  le  raltacljer  au  jjasgali  pilt-  et  au  lituanien 
piilu,  pklti.  Mais  le  p-  initiai  du  mot  basgali  peut  représenter  aussi  l)ien  un 
ancien  ph-  qu'un  ancien  p-  (pi-  :  skr  pi  trboiren  ;  mais  pôl  :  skr.  phala  ttsoc  de 
cliarrue'5;  v.  p.  17);  et  précisément  le  p-  du  lituanien  représente  sûrement 
ici  un  ancien  ph-.  Le  rapprochement  proposé  par  M.  Sten  Konow  n'cl  donc 
'pas  probant. 


I 


COMPTES   RENDUS.  167 

(lu  braluii,  il  aura  quand  nièaie,  par  l'étude  d'un  minime  dialecte  dû 
Reloucliistan ,  éclairé  Tliistoire  linguistique  de  Tlnde  tout  entière. 

J.  Bloch. 


Textes  d'auteubs  ghecs  et  i.iTifis  relatifs  à  L'ExTithrE-OniEMT  (Inpnis  le 
n'  xiècle  av.  J.-C.  jusqu'au  in'  siècle,  recueillis eL  traduits  par  George  Ciiedks. 
—  Paris,  Ernest  Leroux,  1910;  ln-8°,  xxxi-i83  pages  avec  0  cartes,  un 
index  des  noms  d'auteurs  et  un  index  géograpbicjue. 

Le  présent  volume  est  le  premier  d  une  collection  intitulée  Docuiiienis 
historiques  et  géographiques  relatifs  à  l'Indochine  publiés  sous  la  direction 
de  MM.  Henri  Goiidiek  et  Louis  Finot,  dont  la  publication  élait  vivement 
désirée  et  impatiemment  attendue  par  tous  les  orientalistes,  histoiiens  et 
géographes  qui  s'intéressent  à  l'Indochine.  C'est  une  particulière  bonne 
fortune  que  des  savants  tels  que  l'éditeur  des  Trnvels  of  Marco  Polo  et 
l'ancien  directeur  de  l'Ecole  d'Extiême-Orient  aient  bien  voulu  accepter 
la  direction  de  cette  œuvre  considérable:  nous  sommes  ainsi  assurés  (pie 
la  tâche  entreprise  sera  accomplie  avec  soin,  méthode  et  science,  et 
menée  à  bonne  fin. 

Ainsi  que  l'indique  le  titre,  les  textes  grecs  et  latins  s'étendent  du 
iv'  siècle  avant  au  xiv'  siècle  après  notre  ère.  En  vingt  pages  d'inie  sub- 
stantielle introduction,  M.  Cœdès  nous  indique  le  cas  qu'il  faut  faire  des 
témoignages  a[)portés,  la  confiance  qu'on  doit  accorder  à  tel  auteur 
plutôt  qu'à  tel  autre,  la  valeur  et  l'inédit  des  renseignements  fournis 
par  celui-ci  et  celui-là.  A  propos  de  l'étude  de  Pijnappel  sur  la  géographie 
ptoléméenne  de  l'archipel  indieu  et  surtout  du  récent  livre  du  colonel 
(ierini,  M.  Coedès  fr montre  le  danger  —  je  dirai  nn-me  l'absurdité, 
ajoute-t-il  —  du  procédé  ([ui  consiste  à  vouloir  traduire  en  bloc  une  carte 
de  Ptolémée.  On  a  beau  disposer  d'une  ou  de  deux  identifications  cer- 
taines servant  de  points  de  r(;père  absolument  surs,  ce  n'est  pas  une 
raison  sullisante  pour  que  des  calculs  plus  ou  moins  ingénieux  per- 
metteiu  le  redressement  et  la  traduction  de  la  carte  entière  (p.xxiv-xxv)fl. 
On  ne  saïu-ait  mieux  dire.  En  raison  nu^me  de  la  diversité  de  ses  source.*, 
la  topon(jmasli(pie  et  les  indications  du  géographe  alexandrin  ne  peuvent 
pas  (Hre  toujours  exatles  et  fidèles.  Aussi,  comme  le  remar(pie  juste- 
ment M.  G(i'd(''s,  la  in(''lliode  philologique  et  historique  de  Uichtiiofen 
a-t-elle  seu!e  donné  des  résultats  décisifs  parce  (pi'elle  a  été  a|»|)li(pK'e 
à  des  toponyn;es  isolés  et  non  à  la  carte  d'Exirc-me-Oricnt  (ont  entière. 

M.  Cd-dès  n'avait  en  vue  (pie  la  colleclion  el  la  iradtu-lion  des  loxies 
grecs  et  latins  l'elatifs  à  l'ExIrc^'uie-Oiicnt  ;  il  s'est  donc  abstenu  de  tenter 


s 


168  JANVIER-FEVRIER    1911. 

l'identification  des  noms  géographiques  anciens.  Celle  réserve  s'imposait , 
car,  à  c[uelques  exceptions  près,  les  textes  ne  prêtent  pas  à  des  conclusions 
définitives.  Il  aurait  fallu  apporter  dans  la  discussion  le  témoignage  des 
voyageurs  et  géographes  chinois,  arabes  et  européens:  ce  sera  l'objet  des 
volumes  suivants.  Celui-ci  est  excellent  à  tous  égards,  et  les  orientalistes 
sauront  gré  à  M.  Co'dès  de  leur  avoir  fourni  un  instrument  de  travail 
pratique  et  sûr. 

Ed.  de  Boor,  l'édi'eur  du  texte  de  Théophylacte  (première  moitié  du 
vu*"  siècle),  a  adoplt'r  Xovëhdv  comme  leçon  correcte  et  mentionne  la 
variante  XouaaSïi'  i  p.  i/ii).  C'est  au  contraire,  la  variante  qui  donne 
le  nom  exact  de  l'ancienne  ville  chinoise  identifiée  avec  Si-ugan-fou.  Les 
géographes  arabes  permettent  de  choisii-  entre  les  deux  leçons  des  textes 
grecs  :  Xo^ixcihiv  =  y!«Xî-  h/ioiiuhln  qui  est  mentionné,  par  exemple, 
dans  la  Relation  da  voijdfjes  faits  par  les  Arabes  et  les  Persans  dans 
l'Inde  et  à  la  Chine  (p.  70  du  texte,  p.  66  de  la  traduction,  note 
i33  cl  passim);  le  Livre  des  merveilles  de  l'Inde  (p.  92  et  9i5  sub  verbo 
yl.>^):  \e  Manuel  de  cosmographie  arabe  du  nioi/en  âge  de  Sams  ad-dïn 
Abu  'Abdallah  Mohammad  ad-Dimaskï  (sub  verbo  y^-xj-  de  l'index 
alpliabétique  du  texte,  que  Mehren,  l'éditeur  et  traducteur,  a  lu  Kham- 
dân  ) ,  etc. 

P.  XXX.  Au  sujet  de  la  signification  du  nom  de  Java,  cf.  également  le 
récent  article  de  M.  N.  Adriani,  De  naam  der  gierst  in  Midden  Celebes 
in  Tijdschrift  voor  Indischc  taal- land-  en  volkenkunde,  Batavia,  1909, 
deel  Ll,  aflevering  3-4. 

Gabriel  Ferrand. 


CHRONIQUE 

ET   NOTES   BIBLIOGRAPHIOUES. 


La  Société  inntliématifjiœ  de  Calciiftd.  —  Lfae  société  matliémaliiiiie 
vient  (le  se  fonder  à  Calcutta  sous  les  auspices  non  seulement  de  memhres 
de  l'enseignement  matliémalique,  mais  aussi  de  magistrats,  d'ingénieurs, 
de  commerçants ,  dont  les  noms  indiquent  en  très  gi-ande  majorité  une 
origine  indigène.  Cette  société  vient  de  l'aiie  parvenir  en  Europe  le  pre- 
mier numéro  de  son  Bulletin,  daté  d'avril  dernier. 

Or  le  contenu  de  ce  premier  fascicule  est  bien  digne  d'attention. 
Notons  d'abord  qu'il  se  termine  par  des  revues  bil>liogra|)hiques  fort 
bien  documentées  et  tout  à  fait  au  courant  de  l'état  actuel  de  la  science. 
Mais  il  convient  surtout  d'insister  sur  les  articles  originaux,  au  nombre 
de  trois  (articles  de  M.  E.  C.  Cullis,  Ganesli  Prosad,  Syamadas  Mukho- 
padbyaya).  Ces  mémoires  insérés  dans  le  fascicule  dont  il  s'agit  pré- 
sentent une  nouveauté  et  un  intérêt  qu'on  ne  rencontre  pas  toujours 
dans  les  publications  similaires  d'Europe.  Les  auteurs  —  et  les  indi- 
gènes ne  se  sont  pas  montrés  les  moins  sagaces  —  se  sont  adress'és  à  des 
questions  importantes  et  n'ont  pas  reculé  devant  des  problèmes  difficiles. 

Les  formes  retentissantes  et  souvent  redoutables  sous  les(|uelles  s'est 
manifesté  récemment  le  réveil  de  l'Asie  et  en  particulier  de  l'Inde,  ne 
doivent  pas  faire  {)ei'dre  de  vue  l'activité  i)acifi([ue  par  laquelle  ce  pays 
montre  aussi  sa  tendance  à  vivre  de  sa  vie  pi'opre  et  à  [)rendre  sa  place 
au  soleil.  Cette  forme  d'activité  a  droit,  elle,  à  toute  notre  sympathie, 
et  c'est  avec  un  plaisir  exempt  d'arrière-pensée  que  l'on  en  peut  signaler 
les  effets.  (Remic  générale  des  sciences ,  90  décembre  1909.) 

—  La  question  de  l'hindouisme.  —  T/une  des  questions  qui  font  couler 
le  plus  d'encre  en  ce  moment  dans  la  presse  indigène  de  l'Inde  est  la  dé- 
finition de  l'hindou isnre.  Comme  il  convient,  le  rajeunissement  de  l'in- 
térêt porté  à  ce  vieux  problème  est  dû  à  une  cii'cnlaii-e  du  Gouvernement 
relative  au  prochain  recensement.  Il  ne  s'ajp't  plus  colle  fois-ci  comme  en 
1901  de  réclamations  isolées  de  castes  au  sujet  de  la  place  (pi'on  leiu" 
attribue  dans  la  hiérarchie  sociale;  il  s'agil  d'une  (pu^slion  fr(pii  louche 
des  millions  de  gensi ,  et  particulièrement,  à  ce  qu'il  send)!e,  les  moins 


170  .  JANVIER-FK.VRIRR    1911. 

directement  intéressés.  On  sait  que  la  pratique  éttiit  jusqu'à  présent  de 
compter  comme  hindoues  des  tribus  ou  des  castes  que  Thindouisme  reje- 
tait comme  impures;  on  n'osait  classer  francliemenl  à  part,  sous  le  nom 
dVanimistes^ ,  que  certaines  tribus  sauvages  ne  prétendant  pas  se  rat- 
tacher à  rhindouisme.  M.  Gail,  qui  dirige  les  opérations  du  nouveau 
recensement,  a  demandé  par  une  circulaire  du  i  a  juillet  1910  aux  fonc- 
tionnaires placés  sous  ses  ordres  s'ils  ne  pourraient  pas  l'aider  à  déter- 
miner les  règles  d'un  nouveau  classement,  plus  rigoureux;  il  soumellait 
en  particulier  à  leur  approbation  les  toals  suivants  :  m"  Les  mendjres 
(le  la  caste  adressent-ils  un  culte  aux  grands  dieux  de  l'iiin  louisme? 
"i"  Leur  permet-on  d'entrer  dans  les  temples  hindous  et  d'y  ïnre  des 
oiïrandes?3°  Les  Brahmanes  authentiques  (^00^/ i?ra/iw<«ns)  consentent-ils 
à  leur  servir  de  prêtres?  h"  Ou  s'adressent-ils  pour  cela  à  des  Brahmanes 
inférieurs  (deguided)']  Si  oui,  ceux-ci  sont-ils  reconnus  pour  Brahmanes 
par  d'autres  que  la  caste  intéressée,  ou  ne  sont-ils  Brahmanes  que  de  nom? 
o"  Les  castes  pures  acceptent-elles  l'eau  de  leurs. mains?  G"  Sont-elles  souil- 
lées (a)  par  leur  contact,  (b)  par  leur  approche?^  11  y  a  sans  doute  dans 
le  questionnaire  et  dans  la  circulaii'e  des  notions  flottantes,  et  ceux  qui 
ont  touché  au  sujet  savent  combien  il  est  difficile  qu'il  en  soit  autrement. 
Cependant  la  presse  nationaliste  discute  les  termes  de  la  circulaii'e  avec 
un  zèle,  voire  avec  une  partialité  que  les  questions  purement  scienti- 
(iques  provoquent  généralement  à  un  moindre  degré  dans  l'Inde;  on 
d('moiitre  dans  le  Bongalec  que  M.  Gait  éciit  sous  l'empire  de  préjugés 
chrétiens,  (jue  l'hindouisme  n'est  pas  une  église  fermée,  que  les  règles 
touchant  le  contact  et  la  pureté  rituelle  sont  de  pure  hygiène,  que  les 
rapjjorts  de  caste  à  caste  enfin  sont  d'origine  sociale  et  non  religieuse; 
à  (pioi  M.  Gait,  sans  doute  ne  contredirait  pas.  Mais  l'agitation  ne  se 
borne  [)as  à  la  pi'esse  :  on  a  repi'oché  à  M.  Gait  de  s'adresser  aux  fonc- 
tionnaires, non  aux  groupements  i-eligieux  compétents.  Et  voici  que  le 
5  décembre  se  tient  à  Bénarès  une  assemblée  de  pandits  présidée  par 
Mahâmahopâdhyaya  Çivakumâra  Gâslri,  et  à  laquelle  assistent  câmârs, 
doms  et  autres  rrimpursTi;  on  y  démontre  en  prenant  à  témoins  Manu, 
Yâjnavalkya  et  autres  autorités,  que  les  rfimpurs'i  sont  de  vrais  Hindous; 
on  insiste  là  aussi  sur  le  point  que  l'impureté  est  all'aire  sociale  et  non 
religieuse  et  que  les  vrais  Icnh  de  l'Iiindouisme  résident  dans  la  crémation 
des  morts,  dans  le  port  de  la  crête  de  cheveux  au  sommet  de  la  tête 
(çihhd),  etc.  La  science  ne  gagnera  pas  grand' chose  a  ces  controverses. 
Mais  il  est  instructif  de  voir  dans  l'Inde  les  discussions  religieuses 
prendre  naissance  dans  les  circonstances  politi(]ues  :  car  le  fond  do  l'af- 
faire, du  |)ointde  vue  indigène,  est  que  depuis  que  l'on  appelle  aux  conseils 


CHRONIQUE  ET  NOTES  BIBLIOGRAPHIQUES.  171 

des  (lifïére!ils  gouverncineuls  des  indigènes  choisis  par  comniunaiilés  et 
par  confessions,  ies  Hindous  craignent  de  voir  leur  majorité  devenir 
moins  écrasante  ;  et  en  fait  ce  sont  des  Musidmans  qui  posaient  publique- 
ment la  question  dans  une  députatiou  à  lord  Morley  en  janvier  1909, 
all(^guant  que  les  inexactitudes  du  recensement  les  mettaient  en  état  d'in- 
fériorité injustifiée.  J.  B. 

—  M,  F.  Macler,  professeur  d'arménien  à  l'Ecole  des  Langues  Orien- 
tales, vient  de  commencer  (chez  M.  Leroux,  éditeur)  la  publication 
d'une  Petite  bibliothèque  arménienne  qui,  comme  ï Armenische  Bibliotliek 
du  regretté  A.  Joannissiany  et  la  Bibliothèque  arménienne  de  ^L  Tclioba- 
nian,  est  destinée  à  faire  connaître  au  public  européen  la  littérature 
arménienne.  Le  premier  volume  paru  est  la  traduction  d'un  petit  roman 
d'un  auteur  qui  a  une  grande  situation  parmi  ies  écrivains  actuels  de 
l'Arménie  russe,  M.  Chirvanzadê;  la  traduction  a  été  faite  par  M.  Tcho- 
banian,  avec  le  talent  et  le  bonheur  d'expression  qu'on  lui  connaît, 
li'aspect  de  ce  premier  volume  (Paris,  1910,  in-18,  xm-188  pages, 
prix  3  fr.)  est  excellent.        -  A.  M. 

—  La  communication  faite  à  l'Académie  des  Inscriptions  par  M.  le 
commandant  d'Ollone  sur  les  résultats  de  sa  mission  en  Chine  a  été  liire 
à  part  sous  le  titre  de  litre  de  Recherches  archéologiques  et  linguistiques 
dans  la  Chine  Occidentale.  Paris,  A.  Picard,  1910,  16  pages,  0  ligures. 


l'IvHIODlQUES. 
Al-Machriq ,  d(''cembre  1910: 

Le  Livre  hiédit  du  Hamzah  pai'  Abi  Saïd  Al-Ansàri  [suite),  édité  par 
le  P.  li.  CiiiîÏKiio.  —  P.  A.  lUiîiUTii.  L't'migrant  syrien  en  AnuTicpic.  — 
P.  L.  GiiEÏKiio.  Christianisme  et  littérature  avant  l'Islam  (suile).  —  Les 
historiens  musulmans  et  la  bibliothèque  d'Alexandrie. 

Al-Moktabas,  vol.  V,  fasc.  y  : 

Controverse  enice  le  philosophe  arabe  Al-Kannaï  et  le  grammairien 
Al-Sirali.  —  Issaf  Al-Naciiachibi.  Les  Arabes. 

I''asc.  8  : 

Les  guerres  inteslines  à  Damas  au  xu"  siècle  de  llu^gire,  d'après  un 
manuscrit.  —  Les  mois  syiiaco-aiabes.  —  La  renaissance  de  la  Syrie. 


172  JANVIER-FEVRIER    1911. 

Fasc.  9  : 

Œuvre  inédite  de  l'auteur  arabe  Ibn  Al-Karili.  —  Les  questions  reli- 
gieuses et  les  questions  temporelles.  —  Loi  sur  la  formation  des  sociétés 
dans  l'Empire  Ottoman. 

Fasc.  1 0  : 

Les  biographies  musulmanes  du  vni"  siècle  de  l'hégire  [Etude  sur  iin 
manuscrit],  —  Les  Musulmans  et  les  Polonais  (Notes  historiques  et 
sociales).  —  M.  Moikauzel.  Les  mots  vulgaires  d'origine  littéraire  et  les 
mots  littéraires  d'origipe  vulgaire. 

Anthropos,  vol.  VI,  fasc.  i  : 

P,  Anastase  Marie.  La  découverte  récente  des  deux  livres  saci'és  dos 
Yézîdis,  —  J.-B.  CiLAin.  Notes  sur  la  médecine  annamite.  —  P.  Hausler. 
Streiflichler  in  die  Urreligion  der  arischen  Inder. 

Archives  Marocaines,  vol.  XVII  : 

E.  Miciiaix-Bellaire.  Quelques  tribus  de  montagnes  de  la  région  (bi 
Habt. 

Bulletin  de  la  Commission  archéologique  de  l'Indochine , 
1  ()  1 0 ,  9  : 

L.  FiNOT.  Inscriptions  du  Siam  ot  de  la  péninsule  Malaise  (Mission 
Lunet  de  LaJDnquière).  -  Les  bas-rebeCs  de  Bapuon.  —  Nécrologie  :  le  (îé- 
néral  de  Beylié. 

Epigraphia  indica,  vol.  IX,  fasc.  8  : 

52.  GopiNATUA  Rao  and  T.  Raghaviah.  Krisbnapuram  plates  of  Sada- 
sivaraya.  —  53.  Hira  Lal.  Arang  copper-plate  of  Bhimasena  11  [an- 
née 282  de  l'ère  Gupta  =  601  a.  d.].  —  Index,  Additions  and  Cor- 
rections. 

Vol.  X,fasc.  9  : 

A.  LÏDERS.  A  List  of  Brahmi  Inscriptions  from  the  earliest  limes  lo 
about  A,  D.  /ioo,  wilh  the  excej)tion  of  those  of  Asoka  (suite). 

Impérial  and  Asiatic  Quarterly  Review,  January  1911  : 

L.  A.  Waddell.  Tibelan  invasion  of  India  in  6^7  a.  d.  and  ils 
results.  —  SvED  Abdul   Maju).   Tlie  Moslem  conslilulional  Theory  and 


CHRONIQUE  ET  NOTES  BIBLIOGRAPHIQUES.  173 

rcforms  in  Turkey,  Persia ,  and  InHia.  —  Prof.  Mills.  Yasna  XXVllï.  — ■ 
H.  Beveridge.  Some  verses  by  ihe  Emperor  Bâbur.  —  M.  A.  Macalliffe. 
The  lioly  scriptures  of  Ibe  Sikbs.  —  E.  H.  Parker.  Central  Asia.  — 
J.  F.  Scheltema.  Mubanimadan  Inlluences. 

Indian  Antiquary,  Jauuary  1911: 

D.  R.  Bhandarkar.  Foreign  éléments  in  the  Hindu  population.  — 
Ganapati  Rav.  Is  lobacco  indigenous  to  India? 

Journal  of  the  American  Oriental  Society,  vol    XXXI,  fasc.  1  : 

H.  Jacobi.  Tlie  Dates  of  Ibe  Pbilosopbical  Sûtras  of  tbe  Brabmans.  — 
George  A.  Barton.  Hilprecbl's  Fragment  of  tbe  Babylonian  Déluge 
Story.  —  M.  Bloomfield.  Some  Rig-Veda  Répétitions.  —  G.  Everett 
GoNAPJT.  Tbe  R  G  H  Law  in  Pbilip[)ine  Languages.  —  M.  G.  Kyle.  ïbe 
rrField  of  Abramii  in  ibe  geogra[)bical  List  of  Sbosbenq  1. 

Journal  o£  the  Roysil  Asiatic  Society  of  Great  Britain  and 
Ireland,  January  1911  : 

Sien  KoNow.  Notes  on  tbe  Classification  of  Basbgâli.  — H.  Savce.  Tbe 
Cuneiform  Inscriptions  of  Van,  Part  VIll.  —  Annette  Beveridge.  The 
Bi'ibar-Nama  :  a  passage  juged  spurious  in  tbe  Haydarabad  Manuscri[)l.  — 
E.  Ciiavannes.  L'inscription  funéraire  de  Ts'ouan  Pao-tseu.  Réponse  à 
M.  Farjenel.  —  J.  F.  Fleet.  Aryabbata's  System  of  expressing  nnmbcrs, 

—  J.  H.  Marshall.  Arcliœological  Exploration  in  India,  1909-1910. — 
A.  Cowley.  Anotber  unknown  Language  from  Eastern  Turkeslan. 

Miscellaueoiis  Communications  ;  E.  Hultzsch.  Tbe  Sâûclii  Edict  of 
Asoka.  —  T.  MiCHELsoN.  On  some  irregular  uses  of  me  and  te  in  l']pic 
Sanskrit,  and  some  related  problems.  —  A.  B.  Keith.  Note  on  the  above. 

—  V.  Lesîsy.  P^'urtber  note  on  the  Gcnitivc-accusative  Construction  in 
Marathi.  —  R.  Narasimiiaciiar.  Daltaka-sûlra.  —  .1.  F.  Fleet.  R(>niai'ks 
on  Mr.  Narasimhacbar's  note.  —  R.  Narashihachar.  Tbe  Keladi  Râjas 
of  IkkfM'iand  Bedrûr.  —  F.  0.  Sciirader.  Tbe  translation  of  tbe  tenu 
Bbagavat.  —  G.  A./îrierson.  A  case  of  Hindu  syncretism.  -  Noie  on 
Dr.  Sien  Konow's  article  on  Bashgali.  —  B.  G.  Mazindar.  l'dânam.  — 
T.  \\ .  lUns  Davu)s.  Does  AI-Ghaz/ali  use  an  Inchan  niela|)b()r.  — 
A.  F.  iUidoH  IloER^LE.  Note  on  the  n'Fnknown  Languages ?i  of  l"asl-Tur- 
kesian.  -  L.  A.  Waddell.  Tibetan  Invasion  of  India  at  (i'iy.  -  Sleal  of 
\\u\  Dalai  Lama.  —  E.  A.  Walsii.  Seal  of  Ihc  Daiai  Lama.  — 
L.  A.   Waduell.  AncienI   huhan  anatomical  drawings   from  Tibet.  — 


174  JANVIRR-FÉVRIKR   rOll. 

J.  F.  Fleet.  The  standard  Heiglit  of  au  ladian  man.  —  C.  0.  Blagden. 
Taw  Sein  Ko.  Early  use  of  tlie  Buddliist  Era  in  Burma.  —  J.  F.  Fleet. 
Remarks  on  Ihe  precediug  two  notes.  — ^  W.  Irvine.  Tlie  Klialur  of 
Kliallan  Tribes.  —  D.  B.  Macdonald.  Lost  MSS.  of  ihe  rfArabian  Nighlsn 
and  a  projected  édition  of  Ihal  of  Galland.  ■ —  Gh.  G.  Torrev.  The  newly 
discovered  Arabie  texl  of  rrAli  Baba  and  ihe  forly  Ihievesr.  —  La  Fon- 
dation de  Goeje.  —  First  Universal  Races  Gong-ress. 

—  Le  Monde  oriental ,  vol.  III ,  fasc.  3  : 

G.  R.  SuNDSTRoM.  kaunedoni  om  lakemedel  ocli  deras  anvandning 
bland  infodiugarne  i  Mansa.  —  P.  Leander.  Die  vermutete  Pausal- 
del)nung  o  >-  â  im  Hebriiisthen.  —  A.  A.  Fokker.  Arabie  and  M;  lay. 

—  K.  V.  Zetterstéen.  Some  paris  of  the  New  Testament  Iranslafrd  inlo 
modem  Nubian  by  a  native.  —  Martin  Hartmann.  Aus  der  Gesellschafl 
des  verfallenden  'Abbâsidenreichcs.  —  K.  V.  Zetterstiîen.  An  Arabie  Ma- 
nusci'ipl  supposed  to  eonlain  the  Zubdal  el-likra  fi  ta'rîh  el-higra. 

Vol.  IV,  fasc.  3  : 

K.  B.  WiKLUND.  De  lapska  och  linska  ortnamuen  vid  Kiruua  och  Tor- 
nelriisk  [Noms  de  lieux  lapons  et  finnois  à  K.  et  T.].  —  .1.  Kolmodin. 
Mcine  Studienreise  in  Abessinien  1908-1910.  Vorli'uifiger  Bericht.  — 
K.  V.  Zetterstéen.  Bibiiographieal  notes,  II.  [Sur  le  dîwAn  de 
Hàfiz]. 

Le  Maséon,  vol.  XI,  n°  9  : 

A.  Roussel.  Râmâyana.  Eludes  philologiques.  —  M.  N,  Dhalla.  The 
use  of  ordeals  among  the  ancienl  Iranians.  —  A.  Roussel.  Le  langage 
des  Fuégiens  h  la  fin  du  wii"  siècle  et  au  commencement   du  \vni% 

—  D'  Rivet  et  H.  Beuchat.  Affinités  des  languies  du  Sud  de  la  Colombie 
et  du  Nord  de  l'Equateur  (fin). 

Revue  Africaine,  n°  Q79,  A°  trimestre  1910  : 

Pierre  M\kti\o.  Les  descriptions  de  Fromentin  (suite).  —  A.  Joly. 
Ruines  et  vestiges  anciens  dans  les  provinces  d'Algei'  et  d'Oian.  — 
Biarnav.  Etude  sur  les  Bet'l'ioua  du  Vieil-Arzeu  (suilc). 

Revue  de  l'Orient  chrétien,  vol.  V  (XV),  1910: 

M.  BuiiiRE.  Ijîx  légende  syriaque  de  Nestorius.  —  L.  I>i:ko>.  Histoire 
d'Abraham  le  Syrien  (y//<).  — S.  (îrkrai  t.    La  |)ri('rc   du   Loiiginos.  — 


\ 


CHROiMQUE  ET  NOTES  BIBLIOGRAPHIQUES.  175 

F.  Nau.  Hîi{jio{ji'aphie  syriaque.  —  P.  Dib.  L'iniliation  chrétienne  dans 
le  rite  maronite.  —  L.  Df.laporte.  Catalogue  sommaire  des  manuscrits 
copies  de  la  BiMiothèque  nationale  de  Paris.  —  S.  PKTRiDi:s.  Le  Syn- 
axaire  de  Marc  d'Kpbèse.  —  F.  Nai  .  I>e  texte  grec  de  trois  homélies  de 
Nestorius  et  une  Homélie  inédile  sur  le  Ps.  96.  —  F.  Nal.  La  version 
syriaque  de  la  vision  de  Théophile  sur  le  séjour  de  la  \  ierge  en  Egypte. 

—  P.  DiB.  Deux  discours  de  Gyriaque,  évéque  de  Behnésa,  sur  la  fuite 
en  Egypte.  —  L.  Lerov.  La  dormition  de  la  Vierge.  —  S.  Grébaut. 
Littérature  éthiopienne  pseudo-clémentine.  —  F.  Nau.  La  cosmographie 
au  vu''  siècle  chez  les  Syriens.  —  L.  Leroy  et  P.  Dib.  Un  apocryphe  car- 
chouni  sur  la  captivité  de  Bahylone.  —  F.  Nal.  La  letlre  de  Nestorius 
aux  hahilanls  de  Constantinople.  --E.  Blochet.  Bahylone  dans  les  histo- 
riens chinois,  —  P.  Dib.  Jules  d'Aqfahs. —  K.  .1.  Basmadjian.  —  Histoire 
du  Père  EHe  de  Kharpout.  —  F.  Nai  .  Saint  Cyrille  et  Nestorius.  — 
M.  Brùmie.  Histoire  du  couvent  de  Babhan  Hormizd  de  1808  à  i832. 

Revue  du  Monde  musiilman,  vol.  XII,  fasc.  1 1  ,  novembre  1  910  : 

A.  GoiR.  Le  Cheikh  El-Hadj  Mhammed  ben  Bou  Ziyan.  —  Ismaf'l 
Hamet.  Littérature  arahe  saharienne.  —  D.  Menant.  Les  Khodjas  du 
Guzarate.  —  Gustave  Cirilli,  H,  Gade\,  A.-L.-M.  Nicolas.  Noies  et 
Documents  :  Du  régime  de  la  propriété  en  Turquie.  -  Les  Salines 
d'Aoubîi.  -  Le  Chéïkhisme. 

Fasc.  19,  décembre  1910: 

A.  Le  Ciiatelier.  Ouverture  de  cours.  —  Trois  maîtres  des  études 
musulmanes:  L.  B. ,  Martin  Hartmann:  -  Martin  Hartmann.  Les  Etudes 
musulmanes  en  Allemagne  :  -  L.  B.,  Gloses  chinoises-arabes,  par  ^L  M. 
Hartmann  ;  -  L.  B. ,  Chrisliaan  Snouck-Hurgronje  ;  -  Antoine  Cabaton. 
L'Enseignement  supérieur  aux  Indes  Néerlandaises  et  le  Professeur  Dr.  C. 
Snouck-Hurgronje;  -  L.  B. ,  Edward  G.  lîrowne  ;  -  La  lîévolution  per- 
sane, par  M.  E.  G.  Browne.  —  L.  Massignon.  De  Jamal  Oud  l)in  au 
Zahaui.  —  A.  Colr.  Le  Cheikh  El-Hadj  Mhanmied  ben  Bou  Ziyan  (II). 

—  (îiiii.AN.  Michel  Pavlowitcii,  L.  B.,  Ben-Lamonda.  Notes  et  Docunienls: 
Assassinat  de  Nasr  Ed-Din  Gliali  Kadjar.  -  La  situation  agraire  en  Perse 
il  la  veille  de  la  lîévolution.  -  L'Annuaire  du  Vilayct  de  Mossoul.  -  iUx 
Discours. 

Rivista  degli  Studi  oriental!,  vol.  III,  fasc.  3  : 

G.  Mef.om.  Alcuni  tenii  semantici  liaiti  dalh^  vosti  presso  i  Semili.  — 
H.  V.  \medivoz.  An  Arabie  version  ofa  llallad  ol"  Schiller. —  E.  Grikeim. 


176  JANVIER-FEVRIER    1911. 

Lisla  dei  mss.  arabi,  nuovofomlo  délia  Biblioteca  Arabrosiaua  di  IMilano 
[suite).  —G.  Levi  della  Vida.  Seuteuze  pitagoricbe  in  versione  sii'iaca. 

-  Nota  a  R.  S.  0.,  III,  7  ss.  —  Bolktliiio  :  IIL  Asia  Minore,  Elaiu,  ecc. 
Lingua  e  letleratura  Georgiana.  -  IV.  Lingua  e  letteratura  Armcua. 
Lingue  e  ietteralure  Indo-irauicbe. 

T'oung  Pao ,  vol.  \1 ,  n°  û  ,  octobre  1910: 

H.  GoRDiER.  La  politique  coloniale  de  la  France  au  début  du  second 
Empire  (Indochine,  1 852-1 858)  [s?/!'/e]. —  Léopold  de  Sacssire.  Les 
origines  de  Tastronomie  chinoise  (suite).  —  Georges  Maspero.  Le 
royaume  de  Champa  [suite). 

iN°  5 ,  décembre  1910: 

Suite  des  articles  précédents.  —  J.  Marqiart.  Die  nichlslawischen 
(allbulgarischen)  Ansfb-iickc  in  der  bulgarischen  Fiirslenlisle. 

Zeitschrift  der  Deutschen  Morgenlàndischen  Gesellschaft, 
vol.  lAlV,  lasc.  h  : 

Richard  Hartmann.  Die  Strasse  von  Damaskus  nach  Kairo.  —  Paul 
Ualpt.  Elul  uud  Adar.  —  Ed.  Konig.  Die  babyloniscbe  Schrift  und  die 
Spraclie  und  die  Originalgestalt  des  bebrâischen  Schrifttums.  —  T.  Bloch. 
Eiue  in(bsclie  Version  der  iranischen  Sage  von  Sâm.  —  T.  Bloch.  Die 
zoroaslrischeii  Gottheiten  auf  den  Miinzen  der  Kusana-Konige.  — 
Fr.  SciiiLTHEss.  Noch  einraal  zum  ffBuch  der  Gesetze  der  LaiiderTî.  — 
H.  Jacobi.  Ein  zweites  Wort  ùhev  die  vakrokti  und  das  Alter  Dandin's. 

—  K.  OttoFRANiCE.  Die  Sutlauipâta-Gàlhàs  mit  ihren  Parallelen ,  Teil  111. 


\ 


INÉCROLOGIE. 


PAUL  REGNALD. 

Avec  l'année  1910,  s'est  dleint  M.  Paul  Rognaud,  ancien  professeui' 
de  sanskrit  et  de  grammaire  coni[)arée  à  i'Université  de  Lyon.  Il  était  né 
en  i838. 

C'est  assez  tard ,  en  1882  ,  que  P.  Piegnand  élait  entré  dans  renseigne- 
ment. 11  y  apportait  un  esprit  non  seulement  en  pleine  maturité,  mais 
encore  d'une  vigueur  peu  conmiune,  que  les  banales  scolarités  pas  plus 
que  les  vains  examens  ou  concours  n'avaient  ni  amoindrie  ni  énervée.  11 
élait  ancien  élève  de  l'Ecole  des  hautes  études,  où  il  avait  été  le  disciple 
de  Bergaigne,  et  dont  il  avait  obtenu  le  diplôme  par  un  ouvrage  où  Ton 
})uisera  longtemps  encore,  V Exposé  chronoloi>ique  et  sysiémaliquc ,  d'après 
les  textes,  de  la  doctrine  des  principales  Upanishads  (fasc.  28  et  34  de  la 
Bibliothèque  de  l'Ecole  des  hautes  études,  Sciences  historiques  et  philo- 
logiques, 187/1-1 876). 

Les  années  qui  suivirent,  il  donna  une  traduction  des  Stances  de 
Bliart rhari  [iS'jd)  et  du  Mrcchakatiha  ou  rrChariot  de  terre  cuite-,  le 
célèbre  drame  hindou  (1877).  Il  conquit  enfin  le  grade  de  docteur 
es  lettres  avec  une  thèse  fort  remarquable,  ([ui  fut  couronnée  par  l'Aca- 
démie des  Inscriptions  et  Belles-Lettres,  et  reste  un  livre  de  premier 
ordre  :  Lu  r/iéforiquc  stniskrito  cxposcc  dans*  son  développement  historique 
et  ses  rapports  avec  la  rliétoriqiic  classique  (  1  88^»  ). 

Jusque-là  P.  Regnaud  s'était  sjn'cialisé  dans  la  littérature  sanskrite. 
Mais  (piand  il  fut  appelé  à  l'Université  de  Lyon,  les  nécessités  de  son 
enseignement  l'obligèrent  à  dédoubler  ses  ellbrls.  A  côté  de  l'indianisme 
une  seconde  disci|)line  lui  était  imposée  :  la  linguistique.  Dans  l'un  cl 
l'autre  domaine,  il  n'allait  pas  tardera  se  révéler  comme  un  novateiu- 
et  un  initiateur. 

En  dehors  de  ses  leçons  de  grammaire  et  de  littérature  sanskriles, 
c'est  vers  les  plus  anciens  textes  hindous,  les  Védas,  qu'il  dirigea  ses 
recherches  personnelles.  Bien  vite,  sou  esprit  audacieux  ol  imaginalil 
s'acconnnoda  mal  des  méthodes  habituelles  d'exégèse.  Ni  la  tradition  hin- 
doue, ni  les  travaux  modernes  des  savants  occidentaux  ne  lui  donnaiiMit 
satisfaction.  De  Bergaigne  il  avait  appiis  à  voir  dans  les  bynuies  vediipies 
des  chants  iiturgiipies.  Gomme  il  arri\e  la  plupart   ihi  tem|is,  eu  des 

xvM.  la 


urntui  mr    :i*TtoaALA. 


178  JANVIER-FEVRIER   1911. 

cas  de  ce  genre,  il  ouïra  la  méthode  du  maître.  Les  Védas  apparurent  à 
ses  yeux  comme  une  description  métaplioiique  et  mille  fois  variée  du 
sacrifice.  Et  qu'était  le  sacrilice  védique?  Rien  d'autre  au  délnil  que  la 
répétition  du  geste  utilitaire  et  ordinaire  qui  consiste  à  allumer  le  feu 
domestique.  Par  la  suite,  et  de  multiples  causes  aidant,  la  signilicaliou 
primitive  des  hymnes  védiques  s'obscurcit  :  les  mythes  prirent  naissance, 
et  avec  eux  la  poésie,  la  littérature.  P.  Regnaud  dépensa  des  efforts  ré- 
pétés à  démontrer  sa  thèse.  Le  premier  ouvrage  qu'il  publia  sur  le  sujet. 
Le  Rig-Véda  et  les  Origines  (le  la  mythologie  indo-européenne  (Annales  An 
Musée  Guimet,  Bibliothèque  d'études,  t.  I,  1892),  fut  accueilli  comme 
le  sont  en  général  toutes  les  nouveautés  trop  hardies.  P.  Regnaud  n'eu 
persista  pas  moins  dans  la  méthode  qu'il  croyait  légitime  et  féconde.  En 
1894,  avec  Les  premières  formes  de  la  religion,  et  de  la  tradition  dans 
l'Inde  et  la  Grèce,  il  donna  un  exposé  très  soigné  des  idées  qui  lui  étaient 
chères.  Un  peu  plus  tard,  en  1898,  il  publiait  quelques  Etudes  védiques 
cl  post-mliques.  En  1900  enfin,  il  ti'aduisail  et  commentait,  selon  les 
j)rincipes  qu'il  avait  inaugurés,  le  neuvième  maudala  du  Rig-Véda,  et 
ce  ti'avail  était  dans  son  esprit  le  premier  volume  d'une  version  inté- 
grale du  Rig-Véda  {Le  Hig-]  éda,  texte  et  traduction,  t.  I,  Neuvième  man- 
dala ,  Le  ( Aille  véditjue  du  Soma,  Paris,  Maisonneuve,  1900).  C'est  dans 
l'introduction  et  les  notes  préliminaires  à  cet  ouvrage  cjii'il  faut  chercher 
la  pensée  définitive  de  l'auteur  sur  ses  méthodes  d'exégèse  védique. 

En  linguistique,  le  même  esprit  de  novation  caractérise  P.  Regnaud. 
Jusqu'en  1886  environ,  il  cherche  en  c[uel(]ue  sorte  sa  voie.  Les  Essais 
de  linguistique  évolutioniiiste ,  qui  n'étaient  que  le  recueil  de  divers  mé- 
moires parus  depuis  1 883 ,  •témoignent  de  ses  incertitudes,  non  moins 
que  son  beau  livre  sur  \  Origine  et  la  Philosopitie  du  langage  (Paris, 
FischbacJier,  1888;  •^°  édition,  1889).  11  lui  était  impossible  de  se  rallier 
aux  théories  de  Schleicher,  de  Ropp  ou  de  Brugmann.  Aussi  chercha- 
l-il  à  soumettre  la  grammaire  comparée  des  langues  indo-germaniques 
aux  principes  qui  avaient  renouvelé  les  sciences  naturelles.  Il  fonda  celte 
mélhode  linguistique  qu'il  appelait  la  méthode  historique  et  évolution- 
uiste.  11  serait  long  d'énumérer  les  articles  et  notices  qu'il  écrivit,  de 
1888  à  189/1,  '^'"^^  divers  périodiques  tels  que  la  Revue  de  linguistique, 
la  Bihliotlièque  de  la  Faculté  des  Lettres  de  Lyon,  la  Revue  philosophique ,  la 
Revue  de  philologie  fiaitçaise.  En  1896,  à  quelques  mois  dinlei'valle, 
parurent  sa  Phonétique  historique  et  comparée  du  sanskrit  et  du  :cnd,  et 
ses  hlémenls  de  grammaire  comparée  du  grec  et  du  latin  (eu  ■?  volumes). 
D'une  façon  systématique  et  harmonieuse,  P.  Regnaud  y  atlirme  sa 
méthode,  d'ailleius  simple  et  logique.  Toutes  les  variations  phonétiijues 


NECROLOGIE.  179 

sont  ramenées  à  deux  lois  fondamentales  :  la  loi  d'affaiblissement  et  la 
loi  de  compensation  on  d'équilibre.  Le  second  de  ces  ouvrages  eut  un 
certain  succès,  au  moins  à  l'étranger,  et  fut  tiaduit  en  espagnol.  Ce  fut 
un  encouragement  pour  l'auteur.  En  1898,  il  publia  ses  Eléments  de 
grammaire  comparée  des  priiicipatt.r  idiomes  geniiniiiques.  Bientôt  il  porta 
ses  efforts  du  côté  de  l'étyinologie.  A  part  le  travail  matériel,  c'était 
comme  un  jeu  pour  lui  d'appliquer  sa  mélliode  aux  diverses  branches  de 
la  grammaire.  Son  Biclionnaire  clijmologiqiie  de  la  langue  allemande  fut 
édité  en  190/1,  et  en  1908  son  Dictionnaire  éti/mologique  du  latin  el  du 
grec  dans  ses  rapports  ai ec  le  latin.  Entre  temps,  il  étendait  sa  méthode 
du  domaine  delà  linguistique  à  celui  de  la  logique.  Son  Précis  de  logique 
cvolutionniste  (  1897)  et  son  opuscule  sur  L'origine  des  idées  éclairée  par 
la  science  du  langage  (1904)  en  sont  le  témoignage. 

A  plus  d'une  reprise,  au  cours  de  sa  carrière  universitaire,  P.  Regnaud 
sut  grouper  autour  de  lui,  non  seulement  des  auditeurs,  mais  des  dis- 
ciples et  dos  adeptes.  C'eût  été  une  joie  pour  lui  de  fonder  une  école. 
Celte  satisfaction  lui  aura  été  refusée.  La  vie,  et  aussi  la  mort,  dispersa 
ceux  qui  fuient  ses  élèves.  Les  uns,  envers  qui  la  destinée  ne  se  monira 
pas  clémente,  se  Airent  dans  l'obligation  d'abandonner  des  études  qui 
leur  étaient  chères  à  plus  d'un  titre.  D'autres,  à  qui  sourit  In  fortune,  ne 
jugèrent  pas  à  propos  d'affirmer  et  d'assurer  la  ti'adition  commeuçanle. 
C'est  donc  en  quelque  sorte  au  hasard  de  l'avenir  qu'a  semé  P.  Regnaud. 
Mais  il  fut  un  laborieux  ouvrier,  et  sa  vie  fut  un  apostolat  scienlilique. 
Longtemps  l'Lniversité  de  Lyon  gaidera  le  souvenir  de  sou  enseignement 
personnel  el  de  ses  idées  originales. 

P.  Regnaud  avait  quitté  sa  chaire  en  1908.  A  Mantoche,  près  de 
Gray,  dans  la  petite  maison  ancestrale  dont  le  jardin  incline  en  pente 
douce  vers  la  Saône,  il  s'est  éteint  dans  le  calme  cl  la  sérénité  de  l'œuvre 
accomplie.  Au  maître  |)our  qui  j'eus  de  l'alleclion ,  j'adresse  un  cordial 
adieu  I 

A.   CiLÉRlNOT. 


I  :>  . 


SOCIETE  ASIATIQUE. 


SEANCE  DU  13  JANVIER  1911. 

En  l'absence  de  M.  Senarl,  la  séance  est  ouverte  à  li  lieures  et  demie 
sous  la  présidence  de  M.  Ciiavannes. 

Etaient  présents  : 

MiM.  Allotte  DE  LA  FuVe,  Amar,  Bacot,  Blocii,  Bodrdais  ,  BorvAT, 
A.-M.  BovER,  p.  BoYKR.  Gabaton,  J.-B.  GiiAnoT,  DK  Gharencey,  Decour- 
DEMANCiiE,  Delaporte,  Deny,  Devèze  ,  Dussadd  ,  Fevret,  Fin'ot,  P  odcher  , 
Gaudefroy-Demombynes,  Gauthiot.  de  Gexouillac,  Gecthner,  Graffin, 
Halévy,  Hlart,  Mayer  Lambert,  Lang,  Lefebvre  des  NoiiTTES,  S.  Lévi, 
Liber,  Macler,  Meillet,  Nau,  Pelliot,  J.-B.  Périer,  Reby,  Toussaint, 
ViNSON,  VissiiîRE,  membres;  Thureaq-Dangin,  secrétaire. 

M.  Rapson,  professeur  à  l'Université  de  Gambridge,  assiste  à  la  séance. 
Le  procès-verbal  de  la  séance  du  9  décembre  est  lu  et  adopté. 

Sont  reçus  membres  de  la  Société  : 

MM.  Alfred  Durand,  administrateur  des  colonies,  ancien  chargé  du 
cours  de  malgache  à  l'Ecole  des   langues  orientales; 

Gérard  Devèze,  diplômé  de  l'Ecole  des  langues  orientales; 

le  marquis  Barrigue  de  Fontainieu,  diplômé  de  l'Ecole  des 
langues  orientales,  ancien  membre  de  l'Ecole  française  d'Ex- 
trême-Orient, présentés  par  MM.  Vinson  et  Yissière; 

Jean  Paulhan,  chargé  de  cours  à  l'Ecole  des  langues  orientales, 
présenté  par  MM.  Senart  et  P.  Boyer; 

Gharles  Maybon,  secrétaire  de  l'Ecole  française  d'Extrême-Oiient, 
présenté  par  MM.  Finot  et  Pelliot; 

Attia  Waiiby  Bey,  présenté  par  MM.  Ghavannes  et  Revillaul. 

Les  ouvrages  suivants  sont  offerts  à  la  Société  : 

Par  M.  Foucher  :  La  Madone  bouddhique  (mémoire  paru  dans  la  Collec- 
tion Piot);  — par  M.  Naii  :  Neslmius,  A  •  lirre  d'Iléraclide  de  Dmiias ,  tra- 
duit <'n  français  |)ar  F.  Nau,  avec  le  concours  du  B.  P.  Uedjan  cl  «le 
M.  Brière ,  suivi  du  texte  grec  de  Trois  lioinélics  de  Nestorius  snr  les  tenta- 
tions de  Noire-Seigneur  et  de  trois  appendices  (lettre  à  Gosme,  présents 
envoyés  d'Alexandrie,  lettre  de   Nestorius  aux  habitants  de   Gonstanli- 


182  JâNVIER-FKVRI.ER    1911. 

nople);  —  par  M.  Thuriîau-Dant.in,  un  volume  intitulé  :  Lettres  et  Con- 
trats de  l'époque  de  la  première  dynastie  babylonienne. 

Une  lettre  de  la  Préfecture  de  la  Seine ,  adressée  au  président  de  la 
Société,  l'informe  que  les  nouveaux:  statuts  sont  approuvés. 

M.  Gaitiuot  fait  une  communication  à  propos  de  l'écriture  sogdienne. 
M.  Allotte  de  la  Fuïe  présente  une  observation. 

M.  Halévv  explique  quelques  noms  de  fleuves  suméro-akkadiens. 

M.  DE  Genouillac  étudie  la  question  de  l'ancienneté  du  cheval  en  Ba- 
bylonie.  Des  observations  sont  présentées  par  AIM.  Allotte  de  la  Fuïe 
et  Halévv. 

M,  Nal  cite  un  exemple  de  la  prononciation  occidentale  du  syriaque 
au  Vf  siècle  (  voir  l'annexe  au  procès-verbal). 

La  séance  est  levée  à  6  heures  un  quart. 

ANNEXES  AU  PROCÈS-VEllBAL. 


\ 


ONOMASTIQUE  FLUVIALE  SUMERO-ACCADIENNE. 

Comme  tant  d'autres  peuples  anciens,  les  Babyloniens  divinisaient  les 
courants  d'eau  de  leur  pays.  Ces  dieux  étaient  au  nombre  de  sept,  ayant 
à  leur  tète  les  deux  plus  considérables,  le  Tigre  et  l'Euphrate.  On  les 
regardait  comme  des  fils  du  dieu  de  l'Océan.  Yau  (=  Yamu  =  Yawu^  □'' 
frmer,  océan  ")  et  de  son  épouse  Damki  (livxt}).  Les  cinq  autres  étaient 
représentés  par  les  principaux  canaux  qui  arrosaient  de  leur  eau  fertili- 
sante la  plaine  sablonneuse  qui  occupe  l'espace  intermédiaire.  Le  court 
hymne  consacré  à  leur  éloge  et  employé  dans  un  but  de  guéiison 
magique,  conserve  toujours  son  intérêt,  bien  qu'il  soit  connu  depuis 
longtemps.  Il  est  écrit  en  double  rédaction;  la  mention  du  Tigre  est 
perdue  dans  une  fracture  de  la  tablette  : 

Eaux  sacrées  [eaux  du  Tigre.  .  ., 

Eaux  de  l'Euphrate  qui  vers  un  lieu  [pur.  .  ., 

Eaux  qui  dans  l'océan  fidèlement  s'assemblent. 

La  bouche  sacrée  de  Yau  les  glorifie; 

Les  sept  fils  de  l'Océan ,  ce  sont  eux  ; 

Je  loue  ces  eaux,  j'exalte  ces  eaux  ,  je  glorifie  ces  eaux. 

En  présence  de  votre  père  Yati , 

En  présence  de  votre  mère  Damki , 

(Jii'il  (le  malade)  soit  lavé,  purifié,  resplendissant! 


SOCIÉTÉ   ASIATIQUE.  183 

Celte  vénéralion  mythologique  qui  classe  forniellemeut  le  réseau  Ihi- 
vial  (le  la  Babylonie  dans  la  famille  divine  du  dieu  sémitique  éponyme 
de  rOcëan  fait,  naturellement,  déjà  supposer  d'avance  que  le  nom  que 
porte  chacun  d'eux  aura  également  un  cachet  sémitique,  mais  la  vrai- 
semblance seulement  ne  sufh't  point  parce  que  le  peuple  qui  s'est  établi 
sur  ses  rives  dans  des  temps  relativement  modernes  peut  lui  avoir  im- 
posé un  nom  de  sa  création  n'ayant  rien  de  commun  avec  celui  que  les 
anciens  habitants  lui  avaient  donné.  La  prudence  conseille  donc  de  sus- 
pendre tout  jugement  préconçu  jusqu'à  un  mûr  examen  philologique 
des  noms  en  question.  La  vérité  apparaîtra  alors  d'elle-même. 

Accordons  la  préséance  à  l'Euphrate. 

En  assyro-babylonien  le  nom  de  l'Euphrate  s'écrit  :  ^•—  "]]'-  "^^i 
complexe  qui  par  suite  de  la  double  valeur  de  bu  et  àepu  propre  au  pre- 
mier signe  peut-être  transcrit  aussi  bien  bu-rat-tu  c^ae  pu-ral-tu ,  mais  le 
doute  disparaît  en  comparant  la  forme  du  mot  en  transcription  alpha- 
bétique chez  les  peuples  voisins  :  hébreu  et  araméen  DIS -^  pcrdtli , 
perse  ufralid,  grec  Etn^parr;*,  avsibe  c:>\yifourat.  Aucune  hésitation  n'est 
donc  possible  :  la  lecture  correcte  et  unique  est  pitraUu. 

Dans  cette  forme  babylonienne  la  syllabe  linale  tu  représente  nécessai- 
rement la  désinence  du  genre  féminin ,  laquelle  est  en  même  temps  la 
plus  authentique  garantie  du  sémitismedu  nom  propre.  Mais  d'où  vient 
le  t  précédent?  La  persistance  de  l'orthographe  empêche  d'y  voir  un 
simple  caprice  de  scribe.  La  lexicologie  babylonienne  permet  de  penser 
aux  quatre  étymologies  suivantes  : 

puratlii  ^  piirnt-tu ,  racine  PTD  pW  fr  séparer (?)n. 
piirattu = purahtu .  (nniD),  racine  niD  prh  nse  réjouir  (?)t^. 
purattu  =  pura'tu  (dN'ID),  racine  NIDp-'  tr rejeton  ti,  cf.  pj'r'»/. 
piirattu =puradtu {D~nï>) ,  racine  ~ns  pi-d  fr aller  rapidement,  être  fort, 
violenta. 

En  rélléchissant  on  se  voit  obligé  d'écarter  les  trois  premières  tenta- 
tives :  une  racine  ms  n'est  en  usage  dans  aucune  des  langues  sémitiques 
connues;  la  chute  du  n  doux  est  do  règle  en  assyro-babylonien,  mais 
elle  n"a  jamais  pour  conséquence  de  redoubler  la  consonne  suivante;  la 
chute  de  l'aleph  entraîne  assez  souvent  ladite  réduplication,  mais  elle 
linit  par  tomber  et  ne  laisse  aucune  trace.  Ajoutons  que  le  X  radical 
aurait  élé  conservé  en  araméen  ot  en  hébreu,  surtout  en  hébreu,  par  la 
boiuie  raison  qu'une  petite  rivière  du  nom  de  rilp  existe  aux  environs 
de  .I('rusal('!n  (.[('réniie,  xiu,  6-7).  Si  le  N  t'Iait  radical,  on  aurait  écrit 
riiXTp  connue  nXIP^.  La  seide  dérivation  de  "n-}  ne  laisse  rien  à  dé- 


184  JANVIER-FEVRIER    1911. 

sirer.  A  l'occultaliou  puratlu  pour  puradlu,  comparer  celle  de  liéb.  nnx 
pour  riTnN*  et  étli.  walal  frfilleB  pour  tvaîadt. 

En  face  de  ce  nom  propre  sémitique  indiquant  directement  un  concept 
adéquat  à  la  nature  d'un  grand  cours  d'eaii ,  le  fcsumérien  n  n'a  pour  le  dési- 
gner que  des  périphrases  dont  les  plus  anciennes  sont  :  a-ûg-hura-nunu  et 
a-:ig-ti(l-liih-)iun-ki.  L'une  et  l'autre  donnent  lieu  à  de  curieuses  observa- 
tions. L'idéogramme  délerminalif  commun  n-:ig  =  ndru  rffleuve^  signifie 
au  propre  :  reau-bouillonner^  (de  ainmu  rrmer,  océinnr, +  zigu  rrsoufflen) 
et  se  lit  id  ou  en  abrégé  i  (de  cdu,  idu  rr cours  d'eau,  floti).  —  Première 
série  d'observations  :  i"  trois  éléments  sémitiques  se  combinent  pour 
exprimer  l'idée  de  fflleuvc!  ;  2°  celte  combinaison  ne  se  lit  pas  comme 
elle  est  écrite:  un  terme  propre  ])our  dire  irlleuve,  rivière'i  manque 
dans  le  rr  sumérien^. 

L'expression  essentielle  s'elTectue  au  moyen  de  deux  combinaisons  de 
signes,  à  savoir  a-rat  =  eau  f  canal  (=  rdtu  rrcanal'-,  îOnT),  périphrase 
au  lieu  de  nom  propre.  En  donnant  au  signe  a  la  valeur  bur  ou  bu  et  le 
sens  de  rreau-"  —  les  sumérisles  se  passent  de  gloses  —  on  obtient  la 
lecture  bu-rat,  mais  on  oublie  que  ce  ne  peut  correspondre  à  l'Euphrale 
qu'eu  admettant  que  les  Sumériens  ont  tablé  sur  le  nom  emprunté  à 
leurs  voisins  sémites  et  fait  le  calembour  avec  des  syllabes  sémites,  car 
bur  rr  puits,  eau'n  est  encore  sémitique  ("l's). 

La  troisième  combinaison  consiste  dans  le  groupe  a-zig  ud-hib-nun-ki 
tffleuve  de  Zimbir  =  de  Si[)par«.  A  celui  qui  sait  que  la  ville  de  Sip|)ar 
est  située  à  l'extrême  nord  d'Akkad,  c'est-à-dire  de  la  Babylonie  sémi- 
tique, il  paraîtra  extraordinaire  que  des  non-sémites  dérivent  le  nom  de 
leur  llenve  de  celui  d'une  ville  sémitique;  c'est  une  vétille,  répondront 
les  suméristes.  Les  plus  hardis  assureront  même  que  le  nom  de  Sippar 
est  pris  au  sumérien  Zimbir,  complexe  qui,  inintelligible  comme  un  mot 
intégral,  est  pour  tout  esprit  avisé  un  calembour  qui  joue  sur  le  nom  réel 
existant  encore  de  nos  jours  sous  la  forme  de  Sefêra. 

Le  rr  sumérien  n  n'est  pas  moins  avide  de  périphrases  pour  ce  qui  con- 
cerne la  manière  de  désigner  le  Tigre.  Il  y  a,  il  est  vrai,  id-hni-hnl  rr  fleuve 
Courant  bruyant ^trèe  rapide  et  bruyant 51,  mais  on  ne  le  rencontre  pas, 
à  ce  que  je  crois,  dans  les  textes  archaïques.  11  reflète  par-dessus  l'assyrien 
halàlu  frpercerri  et  rrfaire  du  bruit^^  (cf.  'r'^n  et  ^Vn).  La  haute  anti- 
quité fait  exclusivement  usage  du  complexe  id-bar-tig-gar  que  les  sylla- 
baires ordonnent  de  lire  idigiui  (^i-di-ig-iia)  ou  idigiiu  [i-di-ig-nK).  Les  deux 
vaiiantes  se  ramènent  purement  à  un  fait  de  graphie  puisque  le  signe  nu 
a  aussi  la  valeur  na.  Au  premier  aspect  déjà  le  phonème  idigna  montre 
une  analogie  indubitable  avec  le  nom  babylonien  idiglat  dont  le  sémi- 


SOCIÉTÉ   ASIATIQUE.  185 

tisme  est  de  nouveau  garanti  par  le  t  du  genre  féminin  qui  ne  se  joint 
jamais  aux  mots  étrangers,  bar-tig-gar  signifiant  fr coupure-bord- faire  n 
pcul-êlre  une  allusion  aux  canaux  qui  en  déliouchenl  et  ne  saurait  con- 
slilucr  un  nom  propre  primitif.  Reste  le  phonème  cité,  idigna,  déguisé 
du  mot  réel  idiglat.  Or  de  même  que  niD,  ce  terme  qui  formait  jusqu'ici 
un  mystère  impénétrable  est  devenu  d'une  clarté  parfaite  depuis  peu  :  c'est 
l'hébreu  Vpin ,  et  avec  le  t  féminin  :  n^pin  ,  qui  permet  de  rétablir  la  forme 
babylonienne  prélittéraire.  Il  y  a  là  un  babylonisme  à  noter,  c'est  l'alté- 
nualion  de  ri  /  en  i  d;  la  forme  primitive  et  sémitique  générale  élait 
n'/pnn  (I,  9  ijte'al).  Le  verbe  '?t::i ,  infinitif  h'QVi'X  gilmuJii ,  livre  le  nom- 
adjectif  §///««/«  ffparfîiit,  distinguée,  mais  permute  t  eu  d  au  contact  de 
la  palatale  douce  ^-^  ainsi  :  agdainar,  tadgamar,  igdamar,  etc.  Par  la 
même  raison,  dès  que  le  /.'  (p)  avait  assumé  dans  la  bouche  du  peuple 
babylonien  le  son  du  §•  (;i),  la  graphie  n7J~n  ,  ou  plutôt,  en  y  joignant 
la  disparition  encore  plus  ancienne  du  n ,  la  seule  forme  idglt  est 
devenue  prédominante  et  elle  se  présente  à  nous  en  eiïel  sous  l'épellalion 
i-di-ig-lat  t^  ^j^  *'M\-^  V  ;  p'"s  tard ,  à  cause  de  l'abandon  du  /  initial , 
diglai  ^  aram.  n'?^~,  arabe  ïLLL^ .  Pour  la  vocalisation  ambiante  du  d 
transformé  de  /,  nous  avons  un  excellent  parallèle  en  :  (Belit)  ki-di-mu-ri 
=  (Beiit)  hilmuri  [ifteal  de  kamàru  ^abattre,  vaincre^]  rrfdame  de  la) 
vicloiren. 

En  résumé,  le  nom  du  Tigre  est  un  mot  babylonien  régulièiement 
formé  et  signifie  rflleuve  qui  fertilise  les  champs-,  sémitique  {>énéral 
'?pri  =  i)abylonien  iidu,  cklu.  Les  phonèmes  hiératiques  soi-disant  su- 
méi'iens  a-zig  idigna  et  a-zig  idigjîu  en  ont  été  tirés  d'une  façon  aitilicielle 
cl  n'ont  jamais  fait  partie  d'une  langue  naturelle. 

J.  FL\i,Évv. 


VS   EXEMPLE 
DE  LA   PRONONCIATION  OCCIDENTALE  DU  SYRIAQUE  AU  Vf  SIECLE. 

La  vie  de  Syméou  le  fou,  moine  syrien  du  vi"  siècle,  écrite  par  Léonce, 
évêque  de  Néaj)olis  (île  de  Chypre)  entre  les  années  5()o  et  G68.  ren- 
ferme la  phrase  suivante  :  Aa§s;(pe,  À<;^èfx,  6  èaliv  M»)  /tiTroO ,  (xijrep 
{ActaSS.,  juillet,  1,  ().  i/i8;Mig\e,  Patr.gr.,  t.  \GIll,col.  lOyy).  Nous 
avons  cherché  ce  passage  dans  le  seul  mauiiscril  de  la  vie  de  Syméou 
qui  se  trouve  à  Paris  et  nous  avons  trouvé  Aa  Se^P^  ^'f*^X  ("^^-  l'i^'^^ 
fol.  tyo  v°),  c'est-à-dire  la  même  prononciation  (avec  une  interversion 
fautive  de  deux  consoiuies):  la  prononciation  n'est  donc  pas  le  l'ait  d'une 
cori'ecliou  des  éditeurs. 


186  JANVIER-FÉVRIER    1011.  1 

Grâce  à  la  liiuluclion  ajoutée,  on  recoiuiait  aussitôt  les  mots  sy- 
riaques : 

et  on  constate  qu'ils  étaient  lus  avec  la  prononciation  dite  aujourd'hui 
orientale,  hors  le  l  pron,oncé  d,  qui  est  peut-être  d'ailleurs  une  ancienne 
faute  de  transcription  (S  pour  6). 

F.  Nau. 

SÉANCE  DU   10  FÉVRIER   1911. 

En  l'absence  de  M.  Senart,  la  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie, 
sous  la  présidence  de  M.  Chavannes. 

Etaient  préseuls  : 

•  MM.  Allotte   de  la  Fuye,  Amar,   Bacot,  Barrigie  de  FoxTAmiEu, 

BlANCIIET,  BlOCH,   BoURDAIS,  BoUVAT.    p.    BoYER,  CaBATON,   J.-B.    (jIIABOT, 

DE  Charencey,  Decoirdemanche,  Deny,  Devèze,  Durand,  Ferrand,  Fixot, 
Foucher,  Gaudefroy-Demombynes,  Gauthiot,  de  Genouillac,  Halévy, 
Ismaël  Hamet,  Huart,  Mayer  Lambert,  Lang,  S.  Lévi,  I.  Lévy,  Liber, 
Mazon,  d'Ollone,  Pelliot,  J.-B.  Péru:r.  Beby,  Meillet,  Schwab,  Vinson, 
membre.^;  Thureai-Dangin,  secrétaire. 

M.  Chavannes,  en  ouvrant  la  séance,  dit  toute  la  part  cpie  la  Société 
prend  au  deuil  récent  de  son  président. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  du  i  3  janvier  est  lu  et  adopté. 

Une  lettre  du  Ministère  de  l'Instruction  publique  annonce  l'ordon- 
nancement d'une  somme  de  5oo  francs  h  titre  de  subvention  à  la 
Société  pour  le  premier  trimestre  de  1911. 

Les  ouvrages  suivants  sont  offerts  à  la  Société  : 

Par  M.  Chavannes  ;  trois  volumes  contenant  la  traduction  de  C/h*/ f«i/s 
contes  et  apologues  extraits  du  Tripilaka  chinois;  —  par  ^L  Allotte  de 
LA  Fuye:  un  mémoire  sur  les  Monnaies  incertaines  de  la  Sogdiane  et  des 
contrées  l'oisines  (extrait  de  la  Revue  numismatique):  —  par  M.  Thureau- 
Dangin:  le  premier  volume  de  Y  Inventaire  des  tablettes  de  Tello  conser- 
vées au  Musée  Impérial  Ottoman;  —  par  M.  de  Genouillac  :  le  deuxième 
volume  du  même  ouvrage. 

M.  SciiwAB  dépose  une  lettre  dans  la([uelle  M.  Archambaull  donne  des 


I 


SOCIETE   ASIATIQUE.  187 

renseignements  sur  la  mission  aichéologique  qu'il  diiige  en  Nouvelle- 
Calédonie. 

Une  proposition  d'échange  avec  la  revue  Der  Islam  est  acceptée. 

Par  une  lettre  adressée  au  président,  M.  Gauthioï  demande  qu'à 
l'avenir  il  ne  soit  statué  sur  les  présentations  de  membres  que  dans  la 
séance  qui  suit  les  présentations  et  en  l'absence  des  candidats.  Après  un 
échange  d'observations  entre  MM.  Chavannes,  Schwab,  Vinson  et  Gau- 
ïiiioT ,  l'examen  de  cette  proposition  est  renvoyé  à  la  prochaine  séance. 

M.  Halévv  étudie  l'origine  de  quelques  noms  de  divinités  babylo- 
niennes. MM.  Amar  et  BouRDAis  présentent  quelques  observations. 

M.  ViNsoN  fait  une  communication  sur  le  pluriel  primitif  en  -m  dans 
les  langues  dravidiennes.  Des  observations  soiU  présen  tées  par  M  M .  Allotte 
DR  LA  FuïE  et  Decourdemaxche. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 

ANNEXE  AU  PROCÈS-VERBAL. 


LE  PLURIEL   PRIMITIF  EN  -M 
DANS   LES   LANGUES  DRAVIDIENNES. 

Le  signe  géni-ral  de  pluralité  en  dravidien  est  évidemment  -//«/  ou 
-liai,  cf.  tam.  hal,  gai;  mal.  hah,  can.  galu;  tél.  lu;  tulii  kulii  ;  kudagu 
-nga,  -à,  -yn  ;  gondî  k,  hg ;  kui  itga,  kka,  ska;  les  autres  langues  in- 
cultes ne  paraissent  pas  avoir  de  signes  spéciaux  pour  le  pluriel,  cepen- 
dant le  toda  a  des  formes  intéressantes  en  -dm,  comme  adàm  frils,  eux, 
ces  choses-là,  ceux-lài,  iidiidin  rrles  éloilesi^.  A  propos  de  ce  dernier 
mot,  je  ferai  remarquer  en  passant  (jue  mbi  rrétoilen  signilie  aussi  ffj)ois- 
sonn  et  dérive  du  radical  min  crbrillem. 

Il  résulte  également  de. ce  tableau  quelesulHxe  est  formé  de  deux  élé- 
ments, le  premier  commençant  par  l'explosive  gutturale,  le  second  ter- 
miné par  /  cérébral;  Caldwell  rapprochait  ce  dernier  de  ellàm  rrtout. 
tousn,  (pii  est  a])panMité  à  vllcl  frlimitc'- .  dérivé  comme  lui  d'iui  radical 
cl  où  l'e  initial  marque  lindélini  ou  l'interrogation  :  mais  une  objection 
sérieuse  peut  être  opposée  :  le  /  radical  étant  purement  dental,  tandis 
i\w -gai  on  -kal  se  termine  par  une  cérébrale.  11  faut  noter  d'ailleurs 
que  ellàm  est  proprement  un  pluriel  gt'uéral  ou  un  collectif  qui  varie 
en  cllir  ffvous  tousn  et  clldr  rreux  tousn. 

(pliant   nii  |)remi(M'  l'IémcMU  .  la  gulturale  est  le  sicge  expressif  d'un 


188  JANVIER-FEVRIKR    1911. 

mouvement,  c'est  le  suffixe  du  datitet  du  présent  ancien  aoristique;  dans 
la  dérivation  des  radicaux  verbaux,  il  intervient  avec  une  idée  évidente  de 
mouvement,  cf.  vamhgu  rr  adorer,  vénérer  t^,  todahgu  rr commencer n, 
vilahgu  ff luire,  être  lumineux ii  auquel  se  rattache  sans  doute  vel  ff blanc, 
éclatante,  veljj  rrargentn,  etc.  Or,  l'idée  de  mouvement,  d'extension, 
d'augmentation  est  incontestablement  liée  à  celle  de  pluralité. 

Une  autre  forme  de  pluriel  est  r,  mais  elle  est  d'un  usage  restreint  et  . 
d'ailleurs  lelativemont  moderne,  puisqu'elle  s'applique  uniquement  aux 
noms  féminins  et  masculins.  La  distinction  des  genres  était  inconnue 
aux  Dravidiens  primitifs  et,  quand  elle  s'y  est  introduite  sous  l'influence 
de  l'aryanisnie,  elle  ne  s'est  appliquée  qu'aux  noms  d'hommes,  de 
femmes  et  d'êtres  anthropomorphes;  les  noms  d'enfants  restent  neutres 
et  s'appliquent  même  parfois  aux  petits  des  animaux  et  aux  jeunes  arbres  ; 
en  télinga,  les  noms  de  femmes  sont  même  neutres  au  singulier;  en  ta- 
moul  la  terminaison  neutre  am  peut  être  remplacée  par  la  terminaison 
masculine  an:  on  peut  dire  indilléremmenl  nilam  ou  bien  nilan  frsol". 
Les  noms  masculins,  féminins  ou  neutres,  même  ceux  d'emprunt,  ont 
une  forme  primitive  sans  acception  de  genre  :  araçan  «roï-r,  a  été  formé 
àcaraçu,  idognm  'rmondeTi  de  iilngn ,  iiiagaii  rrfilsi!  et  magd  rfdler)  do 
maga  ff  enfant  n.  Ce  sont  donc  là  des  formes  récentes  et  sans  intérêt  pour 
nous  aujourd'hui ,  quelle  que  soit  leur  origine. 

Mais  il  est  une  autre  forme  (|ui  doit  retenir  toute  notre  attention,  c'est 
un  pluriel  en  -m,  qui  apparaît  comme  la  plus  ancienne  manifestation  de 
l'idée  plurielle.  Les  pronoms  de  première  et  de  seconde  personne,  ainsi 
que  le  pronom  réfléchi,  sont  terminés  au  singulier  par  n  et  au  pluriel 
par  m  :  cf.  tam.  ndn,  ydn—  nàm,  yàm  ;  mal.  non-  nàm ,  can.  dn  —  dm; 
tél.  nênu  -  néinii;  tuju  ydnx  -  nânu,  ycnkiilu;  kudagu  ndnti  -  ciiga, 
imhga ;  gondi  nannd  —  nammd ;  oraon  ou  kurukh  en  -  dm,  ndm;  kul 
ou  khand  dnu  —  dmu,  aju;  malto  en  -  ém,  ndm;  kôta  dne  -  dme, 
ndme;  et  toda  dn  -  dm,  ôm,  ém,  pour  la  première  personne.  Pour  la 
seconde,  on  aurait  :  tam.  ni  -  nir,  ntngal ;  mal.  ni-  nihhal ;  can. ni-  nim ; 
tel.  nivu  -  mini:  tuju  i  -îrii,  nikulu;  kudagu  ninu  -  nliign;  gondi 
immd  -  immdl ;  kurukh  nin  —  nim;  kuî  iiiu  -  iru;  malto  nin  -  nim; 
kota  ni  -  nime ,  nive  ;  et  toda  ni  —  ntma.  Il  faut  y  joindre  le  réfléchi 
ffsoiii  :  tam.  tdn  -  (dm;  mal.  idn  —  idm ;  can.  tdn  -  tdm;  tel.  tdnu  -  idm; 
tulu  tdnu  -  taiikiiln;  kudagu  tcmu  -  tangn  ;  kui  tdnu  -  tdru ,  etc. 

Je  iap|)elle  à  ce  propos  que  la  première  personne  se  rapporte  au  dé- 
monstratif éloigné  a,  vague,  indéfini,  imprécis,  ne  tombant  pas  sous 
l'observation  directe,  et  que  la  seconde  personne  dérive  du  démonstratif 
prochain  i  (pi'on  voit,  (pi'on  louche,  qu'on  a  sous  la  main. 


SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.  189 

Dans  la  conjugaison  antique,  il  y  avait  des  pluriels  en  -»n;  si  nous  en 
jugeons  par  les  formes  archaïques  que  l'on  rencontre  clans  les  textes  les 
plus  anciens,  le  singulier  était  ti  et  le  pluriel  um.  Je  citerai,  par  exemple, 
le  tamoul  iireikkô  fftlis-je'N  ou  rr dit-on "N,  çéygôydn  ftferai-je'h  ,  çei/gum 
rr nous  ferons  1 ,  çeijdum  ou  même  çcijgudum  cnous  avons  fait».  L'impd- 
ratif  pluriel  ancien,  devenu  le  singulier  honorifique  ou  respectueux, 
est  m  ou  plutôt  um  :  kodttm  tr  donnez  n,  çpijyum  ff faites  n  ;  on  en  a 
formé  un  pluriel  pléonastique  par  l'addition  de  gai  :  çeyijumgal ,  /coduiignl. 
On  trouve  des  exemples  de  formations  semblables  dans  les  troisièmes 
personnes  neutres  des  futurs  aoristiques  actuels;  elles  sont  composées 
du  radical  et  de  la  terminaison  um  tant  au  singulier  qu'au  pluriel  et  elles 
servent  également  de  participes.  Or,  nous  rencontrons  dans  les  vieux 
poètes  des  pluriels  en  ungal  :  iduiigal  ff(ces  choses)  donneront».  Ces 
pluriels  doubles  sont  d'usage  courant  dans  les  pronoms  ;  lorsqu'en 
tamoul  ndm,  nîr,  tàm  sont  devenus  des  respectueux,  on  en  a  dérivé 
nàhgal,  nihgal ,  tdngal ;  il  faut  remarquer  qu'à  la  seconde  personne  le  m 
reparaît  sous  la  forme  du  «  guttural.  Nàngnl  a  pris  le  sens  particulier 
de  rrnous  autres»  exclusif  et  luhn  a  gardé  la  signification  plurielle.  Dans 
la  conjugaison,  les  terminaisons  du  respectueux  sont  ôm  pour  la  pre- 
mière personne,  ir  pour  la  seconde,  «r  pour  la  troisième  masculine  ou 
férainirae,  et  celles  du  pluriel  ôm,  îrgal,  àrgal.  Mais  dans  la  prononcia- 
tion po])ulaire,  au  moins  sur  la  cote  orientale,  on  dit  pour  la  seconde 
et  troisième  personnes  honorifiques  et  plurielles,  ihgô,  iiigo,  dngô,  dngo; 
ces  formes  rappellent  la  terminaison  régulière  du  pluriel  des  substantifs 
en  kudagu,  en  gondi  et  en  kuî  :  -ng ,  -nga,  ngd ,  abrégées  sans  doute  de 
-ngnl.  Ici  se  pose  la  question  :  le  n  devant  gai  est-il  organique  ?  est-il 
une  nmtalion  du  r?  est-il  un  adoucissement  euphonique  introduit 
après  la  chute  du  r  ?  Je  suis  pour  ma  part  de  la  première  opinion,  quoi- 
que la  tendance  générale  du  dravidien  soit  d'intercalçr  une  nasale  eupho- 
nique entre  une  explosive  douce  et  une  voyelle  [)récédente. 

Le  tamoul  et  le  malayâla  ont  un  sullixe  pluriel  spécialement  appliqué 
aux  noms  de  personnes  :  uidr;  tambi  rr frère  cadet»  et  ptirusan  rrmari» 
font  an  pluriel  tambimdr,  ptn'usamar.  Caldwell  assimile  ce  mdr  au  sullixe 
verbal  de  la  troisième  personne  plurielle  mav,  mandr,  qui  peut  être  pris 
subslanlivemcnt  et  à  la  dérivative  vur  qui  forme  des  collectifs  numéraux 
[iidlrar  rr(jualre  personnes»)  et  il  \f  voit  le  dénionslralif  «(vn-  rfcouv-là-. 
Ne  seiait-il  pas  plus  lalionnel  de  le  considérer  comme  im  pluriel 
double  formé  de  m  ou  um  et  de  ar?  Tainbimdr  serait  une  rédiiclion  de 
Inmbii/uiiidr.  (le  (pii  confirmerait  celte  hypothèse,  c'est  la  iorme  jiuru- 
mnmdr;  les  grannnaires  indigènes  disent  que  la  terminaison  um  du  futur 


190  JANVlER-FÉVlUEIt   1911. 

peut  perdre  son  u  après  /  on  n  :  cnnuiii  rfcjui  dil^  et  çelluin  rrqui  vai 
peuvent  s'abrëger  en  enm,  çemn. 

Caldwell  ramène  les  pluriels  en  -m  au  conjonclif  m»*  rein  (tamoul  et 
raalayâla  :  canara  am,  mn,  û;  télinga  u,  nu):  il  faut  remarquer  que 
celte  particule  est  aussi  la  terminaison  du  futur  neutre  indépendant  de 
loute  idée  de  temps,  de  genre  et  de  nombre:  d'autre  part  mn,  analogue 
au  sanskrit  ca  et  au  latin  que  s'ajoute  régulièrement  à  tous  les  mots  de 
la  phrase;  quand  le  latin  dit  pnter  ftliiisi/iic ,  le  lamoul  traduit  tagappa- 
iiiiit  magannm.  D'autre  part,  um  joue  dans  la  pioposilion  le  rôle  de  déter- 
minant et  de  collectif  absolu;  on  dira  par  exemple  nàiium  irmoi-même. 
moi  aussi  T) ,  ndm  iruvarum  rr  nous  deux  (et  non  d'autres)  n,  immùu'd'um 
digdl  vuldii  rfces  deux  (animaux)  sont  nos  bœufs»;  sans  uni,  cela  vou- 
drait dire  qu'il  y  a  d'autres  bœufs  présents  tandis  que  iiin  indique  qu'il 
y  en  a  deux  seulement. 

N'oublions  pas  les  pluriels  en  dm  (hi  loda  et  rapproclions-cn  cHdiii 
«•tout,  tous  t.  Peut -on  à  ce  propos  examiner  les  i-ares  mots  lamouls  en 
dm  :  haddm  rrsueur  érotiijue  de  l'éléphaiitTî  (cf.  kaddm  rr front,  rut, 
crucheTi);  hijdm  (rfoule»;  kaldm  rr  colère,  éclat  i  ;  kardm  ou  kard  w  croco- 
dile a;  liildm  ou  tidd  «•bascule";  mardm  ou  mard,  nom  donné  à  diverses 
essences  d'arbres  (cf.  niarani  "arbre,  boisn),  etc.?  Ce  sont  sans  doute  là 
des  pluriels  collectifs  comme  cUdni  contracté  probablement  de  rlld  -  (r) 
-  uni.  Ella  est  peut-être  pour  cU'dld  ou  ellnlld  rrce  qui  n'a  pas  de  limite îi  ; 
le  sens  propre  de  cl  paraît  être  cf  horizon,  ligne  terminale  n,  car  il  a  pris 
les  significations  de  ffjour,  nuit,  journée,  signe,  méprisTî. 

On  peut  voir  que  la  plupart  des  mois  que  je  viens  de  citer  ont  deux 
formes.  Tune  probablement  singulière  en  d  ou  an ,  la  seconde  sans  doute 
|)luriellc  en  dm.  A  varie  d'ailleurs  en  avu  qui  est  ])eut-être  le  prototype 
de  (im  :  cf.  çuravu  et  çurd  ffrequinn,  nihirii  et  uild  rlune»:  on  a  même 
maffa  (avec  a  bref)  et  magam  rrenfant".  Quant  à  la  contraction  de  elld- 
l'iim  en  ctldm,  elle  est  normale  :  les  participes  futurs  en  dvum  se  rédui- 
sent d'ordinaire  eu  dm  :  uldcum  rrqui  se  promène»  devient  >tldm,ei  même 
on  a  dm  pour  dgiim.  rrqui  devient  ». 

Les  langues  dravidiennes  ont  été  arrêtées  dans  leur  développement 
formel  et  sont  entrées  dans  la  vie  histoiique  au  commencement  de  la 
période  d'agglutination  :  c'est  pourquoi  beaucou])  de  suffixes  de  relations 
sont  encoi-e  très  nettement  distincts.  Le  verbe  n'avait  développé  (pie 
deux  formes  temporelles,  un  passé  défini  et  un  présent  aoristiipie,  carac- 
térisés par  l'addition  au  radical  d'une  explosive,  gutliuale  pour  l'aoriste 
et  dentale  |)our  le  passé,  forte  à  la  voix  iransilive  et  faible  à  la  voix 
intransilive.  On  y  ajoutait  um  on  m  |)ouf  distinguer  de  lindividualilé 


\ 


.  SOCIETE  ASIATIQUE.  1<J1 

la  colicclivité  inclusive.  Plus  tard,  on  siiffixa  les  pronoms  eux-mêmes, 
lorsqu'il  s'agissait  des  deux  premières  peisonnes;  des  exemples  se 
rencontrent  encore  dans  les  poèmes  modernes  :  mudittunàm  rmous 
avons  terminé»,  vdjgunam  ^nous  vivrons  heureux n,  pour  mudittôin, 
vàjvom. 

Il  résulte  de  tous  ces  faits  que  le  pluriel  primitif"  dravidien  avait  pour 
suflixe  m  poiu'  uni ,  particule  collective.  Mais  ce  u'e'tait  pas  un  signe  de 
pluralité,  comme  ceux  qui  sont  employés  dans  les  langues  mo- 
dernes. Le  dravidien  primitif  ne  connaissait  ni  genre,  ni  nombre;  comme 
chez  tous  les  peuples,  l'idée  de  nombre  s'est  formée  par  la  constatation 
de  l'individualité  et  sa  distinction  de  la  collectivité:  les  Dravidiens,  par 
exemple,  ont  dit  d  ou  dn  rmoi»,  [  ou  m  frio'in  ,  puis  ils  ont  dit  d-iim 
abrégé  en  dm  rrnousn  et  i-um  abrégé  eu  im  «-vous»,  avec  le  sens  de 
rrle  reste  et  moi,  le  reste  et  toi»  ;  de  ià  aussi,  surtout  à  la  seconde  per- 
sonne, s'est  produite  l'exclusion  et  en  même  temps  le  duel.  Galdwcll 
pense  que  le  duel  a  précédé  le  pluriel;  ce  n'est  pas  tout  à  fait  exact,  et  il 
me  semble  que  le  duel  n'a  pu  se  développer  que  lorsqu'on. a  commencé 
à  distinguer  et  à  délenuiuer  les  nombres  :  la  numération  primili\e 
ne  compreniiit  partout  que  un,  dcii.x ,  ({uelquefois  trois  et  plus  raiemciit 
quatre;  au  delà  c'était  l'infini  ou  l'indélini,  à  peu  près  comme  lorsque 
nous  disons  cent  ou  mille  pour  indiquer  un  grand  nombre,  une  quanlilé 
considérable  et  indélerminée.  Ainsi  à  l'origine  du  langage,  il  n'y  avait 
pas  et  ne  pouvait  pas  y  avoir  de  pluriel  véritable,  le  nombre  gramma- 
tical était  une  dilïérence  plutôt  (ju'une  somme,  en  ce  sens  que  la  préoc- 
cupation principale  de  celui  qui  j)arlait  était  de  manifester  sa  personna- 
lité indépendante  ;  c'est  ce  qui  explicjue  notamment  des  formations 
comme  celles  de  l'arabe  où  les  pluriels  normaux,  dits  pluriels  brisés,  sont 
en  réalité  des  collectifs  indéfinis  qui ,  grammaticalement,  se  confondent 
avec  des  singuliers  et  ont  vie  traités  comme  tels  dans'  les  langues  qui  les 
ont  empruntés,  en  liindouslani  par  exemple  où  dluvdl,  atrdf,  lunvdb, 
jawdhir,  etc.,  sont  des  singidiers  (jui  prennent  les  terminaisons  ordi- 
naires du  pluriel. 

Çaldwell  suppose  que,  uni  signifiant  fret»,  ndni  et  nim  pouvaient  avoir 
primitivement  le  seiue  de  crmoi  et  (autre  chose),  toi  et  (autre  chose)')  ; 
mais  uni  n'est  pas  réellement  ffet»,  c'est  le  signe  de  la  réunion,  do  l'en- 
soiiible,  de  la  C()nq)réliension  totale,  et  alois  ndni  et  n'ini  sont  plutôt  rrnioi 
compris,  toi  comprisi.  Ainsi  la  conception  de  l'Iionnue  primitif  est 
d'abord  celle  de  sa  personnalité,  puis  de  sa  |)arti(ipatlon  à  la  vie  géné- 
rale et  c'est  alors  le  collectif,  le  pluriel  inclusif;  ensuite,  il  sépare  l'indi- 
vidu, le  subjectif,  de  la  masse  objecti\e,  cl  le  duel  j)rend  naissance:  plus 


192  JANVIER-FÉVRIEB   1911. 

tard,  il  distingue  des  unités  dans  cette  masse  objective,  ce  qui  est  l'ori- 
gine du  pluriel  véritable. 

Beaucoup  de  langues  ont  des  forme?  analogues.  En  basque,  par 
exemple,  le  sufllxe  du  pluriel  est  k,  mais  j*ai  trouvé  au  moins  un  exemple 
de  son  remplacement  par  un  collectif  eto,  employé  d'ailleurs  aujourd'hui 
seulement  pour  fret»;  à  Saint-Pée-sur-Nivelle, j'ai  entendu  appeler  b'mis- 
tiak  un  lieu-dit  que  le  cadastre  avait  inscrit  bisiistieta.  Eia  au  surplus 
n'est  pas  le  seul  collectif  en  usage;  il  y  a  aussi  aga  et  cgi,  qui  indiquent 
le  premier  l'abondance  et  le  second  l'excès.  Je  traduirais  donc  Ezpelcla 
ffles  buis^o,  Harrieta  rdes  pierres  ii ,  Lharraga  rrla  fresnaie^i ,  Zumaresga 
ffle  bois  d'ormes n  et  Zumalakarregi  rr l'endroit  où  il  y  a  trop  de  boiu- 
dainen. 

Julien  ViNsoN. 


NOUVELLES   ACQUISITIONS  DE    L\   BIBLIOTHEQUE  (^). 


I.  Livres. 

Abou  Obeïd  el-Bekri.  Description  de  l'Afrique  septentrionale.  Texte  arabe 
revu  sur  quatre  manuscrits  et  publié,  .  .  par  le  B°°  de  Slane.  Deuxième 
édition.  —  Alger,  Adolphe  Jourdan,  1911,  in-8°.  [Gouvernement  géné- 
ral de  l'Algérie.  ] 

AbiVl-Mahasin  iBN  Tagiirî  Birdî's  Amials.  .  .  edited  by  William  Popper 
(Vol.  11,  Part  2,  No.  a).  —  The  University  Press,  Berkeley,  1910, 
gr.  in-8°.  [Université  de  Californie.] 

Allotte  de  la  Fuye  (Colonel).  Etat  des  décès  survenus  dans  le  personnel 
de  la  déesse  Bau  sous  le  règne  d'Urukagitia  (D.  P.,  1 38)  (Extrait).  — 
Paris,  Ernest  Leroux,  1909,  gr.  in-8".  [A.] 

Annual  Report  of  the  Archœological  Department,  Southern  CÂrclc , 
Madras,  for  the  year  igog-igio.  —  Madras,  Government  Press,  1910, 
in-fol.  [Gouvernement  de  l'Inde.] 

Annual  Progress  Report  of  the  Archœological  Suriwi/or,  Northern  Circle, 
for  the  year  ending  3ist  March  igjo.  —  AUahabad,  Luker,  1910,  in-fol. 
[Gouvernement  de  l'Inde.] 

*  Archives  Marocaines.  Publication  de  la  Mission  scientifique  du  Maroc. 

(''  Les  piililications  marquées  d'un  astérisque  sont  celles  qui  sont  reçues  par 
voie  d'échaujje.  Los  noms  des  donateurs  sont  Indiqués  à  la  suite  des  titres  : 
A.  —  auteur;  Ed.  =  cdileur;  Dir.  —  Direction  d'une  Société  savante,  d'un 
ctablissemcnt  scicnlili(|uc  ou  d'une  rcNUc;  M.  L  ['.  =  Ministère  de  rinstrurlio!i 
publique. 


i 


SOCIETE   ASIATIQUE.  193 

Volume  XVII  :  Quelques  tribus  de  montagnes  de  la  région  du  Habl,  par 
E.  Michaox-Bellmre.  —  Paris.  Ernest  Leroux,  1911  .  in-8°. 

Barnett  (L.  D.).  a  Catalogue  of  the  Kannada,  Badaga,  and  Kurg 
Boolis  in  the  Library  oftlie  Britisli  Muséum.  —  Londou,  sold  at  theBrilish 
Muséum,  1910,  in-/i".[Dir.] 

Bibliothèque  de  l'Ecole  des  Hautes  Etudes.  Sciences  historiques  et  philo- 
logiques, 1  Sô^fasc.  :  A.  de  Boi  ard  ,  Etudes  de  diplomatique  sur  les  actes  des 
notaires  du  Chdteletde  Pans, —  Paris,  H.  Champion,  i9io,in-8''.  [M.  1.  P.] 

Blagden  (C.  D.).  Quelques  notions  sur  la  phonétique  du  talain  et  son  évolu- 
tion historiqtie  (Extrait). —  Paris,  Imprimerie  nationale,  1910,  in-8\[A.] 

Blumhardt  (J.  F.).  A  supple7nentary  Catalogue  of  Bengali  Books  in  the 
Library  of  the  British  Muséum  acquired  during  the  years  1886-igio.  — 
London,  sold  at  the  British  Muséum,  1910,  '\\\-h°.  [Dir.] 

BoNiFACY  (A.).  Tirailleurs  tonhinois  et  partisans  (Extrait).  —  Hanoï, 
Imprimerie  d'Extrême-Orient,  1910,  gr.  in-8°.  [A.] 

—  Les  génies  thériomorphes  du  xa  de  Uuong-Thuong  (  Exti'ait  ).  —  Hanoï , 
Imprimerie  d'Extréme-Orieut,  1908,  gr.  in-8°.  [A.] 

Brandstetter  (Benward).  Sprachrergleichendes  Charakterbild  eines 
ivdonesischen  Idiomes.  —  Luzern,  Haag,  1911 ,  in-8°.  [A.] 

Catalogue  ofthe  Persian  and  Arabie  Manuscripts  in  the  Oriental  Public 
Library  at  Bankipore.  Volume  H.  Persian  Poetry.  Kamal  Khojandi  ta 
Faidi.  Prepared  by  Maulavv  Ardul-Muqtadir  (under  the  supervision  of 
Denison  Ross).  —  Calcutta,  The  Bengal  Secrétariat  Book  Depot,  1910, 
in-8°.  [Gouvernement  de  l'Inde.] 

Calalogus  der  Koloniale  Bibliothek  van  hcl  Kon.  hisliluut  voor  de  Tuai-, 
Land-  en  Volkenhundc  van  Ned.  Indië.  2"  Opgate  van  Aariwisten.  —  s'Gra- 
venhage,  Martinus  NijhoIT,  1910,  in-8°.  [Dir.] 

Charpentier  (Jarl).  Studien  zur  indischen  Erzâhlungsliteratur.  I  : 
Paccekabuddhageschichten.  Inaugural  dissertation ..  .  —  Uppsala,  Akade- 
misclie  Bnclidruckerei ,  1908,  in-8".  [Université  d'Upsal.  | 

CiiAVANNES  (Edouard).  Cinq  cents  contes  et  apologues  extraits  du  Tripitaka 
chinois  et  traduits  en  f  tançais,  publiés  sous  les  auspices  de  la  Société 
Asiatique.  —  Paris,  lùnest  Leroux,  1910-1911,  3  vol.  10-8°.  [A.] 

GoEi)î;s  (George).  Textes  d'auteurs  grecs  et  latins  relatifs  à  l'Extrême- 
Orient,  recueillis  et  traduits.  —  Paris,  Ernest  Leroux ,  1910,  in-8".  [Ed.] 

Compendium  of  Philosophij ,  being  a  Translation...  ofthe  Abhidham- 
mattha-Sangaha  by  Shwe  Zan  Aung.  Uevised  and  edited  by  Mrs  Uiivs 
Davids.  —  London,  Henry  Frowdc,  1910,  in-8".  [Éd.] 

XVII.  i3 


IvrnlMrftlP.    9l*T10XtLK. 


194  JANVIER-FÉVRIER   1911. 

Comptes  rendus  de  la  Bibliothèque  publique  impérinle pour  igofi  et  iQo3 
fen  russe).  —  Saint-Pétersbourg,  1910,  2  vol.  in-8°.  [Dir.] 

Corpus  scriptorum  chrisliaiwrum  orientalimn.  Scriptores  aethiopici  :  VI. 
Annales  rcguin  lyrlsu  II  et  Iijo'as,  edidit  Ignatius  Giidi.  —  Vill,  Versio  : 
Documenta  ad  illustra lulam  liistoriam.  I.  Liber  Adumae,  iulerprelatus  est 
K.  CoNTi  RossiNi.  —  Scriptores  syri,  séries  secunda.  tomus  CI  :  Dionysits 
Bar  Salîbî  in  Apocahjpsim ,  Actus  et  Epistulas  catliolicas ,  iulerprelatus  est 
J.  Sedlacek.  -  Parisiis.  Garoius  Poussielgue,  igog.in-S", 

CoiRANt  (Maurice).  Bibliothèque  Nationale.  Département  des  Manuscrite . 
Catalogue  des  livres  chinois ,  japonais ,  coréens,  eic.,fi\sc,  6  et  7.  —  Paris, 
Ernest  Leroux ,  1910,  iu-S".  [  M.  I.  P.  ] 

Documenta  historica  quihus  res  natiomim  sq)tentrio)ialium  illustranlur,  edi- 
dit Acadeniia  Scientiarum  Fenuica.  —  Helsinki,  1910,  9  vol.  in-S".  [Dir.] 

Ecole  pratique  des  Hautes  Etudes,  Section  des  sciences  historiques  et 
philologiques.  Annuaire  igio-igi  1.  —  Paris,  Imprimerie  nationale, 
1911,  in-8°.  [M.  I.  P.] 

E.  J.  W.  Gibb  Mémorial,  volume  XIV.  1  :  Tarikh-i  Gutlda,  by 
Hamdd'ilàh  Mcstawfi-i-Qazwi'ni.  Volume  I  (Texl),  with  introduction 
by  E.  G.  Browne.  —  Leyden,  E.  J.  Brill:  London.  Luzacand  Go.,  1910, 
in-8".[Dir.] 

Enctjclopédie de  l'Islam.  Dictionnaire.  .  .  publié  avec  le  concours  des 
principaux  orientalistes,  par  M.  Th.  Hoitsma  et  R.  Basset,  7°  livraison. 

—  Leyde,  E.  J.  Brill;  Paris,  Alphonse  Picard  ettils,  1910,  \n-h°.  [Dir.] 

Faïtlovitch  (D'  .lacques).  Qucr  durch  Abessinien.  Meine  ziveite  Reise 
:-«  den  Falaschas.  —  Berlin,  M.  Popelauer,  1910,  pet.  in-8°.  [Éd.] 

Ferarîîs  (S.).  La  médaille  dite  de  Fourvières  et  sa  légende  hébraïque 
(Extrait).  —  Lyon,  H.  Lardonchet,  1910,  in-8°.  [A.] 

Fischer  (D'^  A.).  Die  marokkanische  Berggesetz.  und  die  Mannesmann'- 
sche  Konzcssionsurhunde.  Nachveis  ihrer  Unanfechlbarheit.  —  Berlin, 
Reuther  undReichard,  1910,  in-8°.  [Ed.] 

FouciiER  (A.).  La  Madone  bouddhique.  —  Fondation  Eugène  Piot  (Extrait). 

—  Paris,  Ernest  Leroux,  1910,  gi-.  in-i"  [A.] 

Gazetteers.  —  Bcngal  Gazetteers.  Volume  XXI  :  Feudatorij  Stades  of 
OHssa,  by  L.  E.  B.  Gorden-Ramsav.  —  Aol.  XXII  :  Santal  Parganas,  by 
L.  S.  S.  O'Malley.  -  Galcutta ,  Bengal  Secrétariat  Book  Depot,  1910,  in-8". 

Central  Provinces  Dish-ict  Gaiettecr.  Raipur  District.  \o\.  A,  Descriptive, 
edited  by  A.  E.  Nelson.  —  Bombay,  Biitish  India  Pi-ess.  1909,  in-8°. 
[Gouvernement  de  l'Inde.] 


I 


i 


SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.  195 

District  Gazellccrs  ofEastemBengal  and  Assam  Bogra,  by  J.  N.  Gupta. 
—  Allahabad,  at  the  Pioneer  Press,  1910,  iii-8". 

District  Gazetteer  of  the  United  Provinces.  Vol.  X\Il  :  Shahjakanpur , 
by  H.  11.  Nevill.  —  Vol.  XXIV  :  Jhansi,  by  D,  L.  Drake-Brockman.  — 
Vol.  XXXI  :  Gorakhpiir,  by  H.  R.  Nevill.  -  Allahabad,  1909,  in-8^ 

The  Gazetteer  of  Bombaij  Citij  and  Island.  Vol.  I-Ill.  -  Bomljav.  al  (lie 
Times  Press ,  1910,  in-8°. 

Ptinjab  States  Gazetteer.  Vol.  XXII  A  :  Chamba  State,  iviih  maps.  - 
Vol.  XXïX  A  :  Atlock  District,  ivith  maps.  —  Laliore,  pidnled  al  ihc  Civil 
and  Military  Gazelle  Press,  1910,  in-8". 

Gezelu  s  (Birger).  Japan  i  vàsterlàndsk  framstallning  till.  omkring  tir 
lyoo,  ett  geograjiskt-kartografisht  Jorsôh.  Akademisk  Aniandling-.  Linko- 
pink,  A.-B.  —  Oslgola  Corrcspoudaulens  Boklryckerei ,  1910,  111-8". 
[  Uoiversité  d'Upsal.  ] 

GoLDzniER  (Ignaz).  Vorlesungcn  itber  den  Islam.  —  Heidelberg,  Cari 
Wioler,  1910,  111-8"  [Ed.] 

Govemment  of  Bombay,  General  Department .  Archœologij.  Progress 
Report  of  the  Archœological  Survey  of  India,  W  cste)'n  Girclc,for  tlie  ijear 
cnding  Stst  March  ;^io.  —  S.  1.  (Bombay),  1910,  in-t'ol.  [Dir.] 

JoHANSSON  (Karl  Ferdinand).  Inbjundning  till  flosofe  Dohtorspro- 
motion.  .  .  Bitogad  Skrift  :  Solfageln  i  Indien,  en  religionshislorisL-mijlo- 
togislc  studie.  —  Uppsala ,  Akademiska  Boklryckericl ,  1910,  iil-8". 
[Université  d'Upsal. J 

Kalila  und  Dimna,  Syriscli  und  Deulscli  von  Friedricli  Sciiulthess.  - 
Berlin,  Georg  Beinier,  1911,  •?  vol.  in-8".  [Ed.] 

Katalog  dcr  Ausstellung  ron  Ilundsclrriften  ans  den  islamischen  Kullur- 
krcit  im  Fiirstensaal  der  A.  Ilof-  uml  Slaatsbibliolhek,  —  Miinclieu,  1910, 
in-8".  [Dir.] 

KoLMODiN  (J.).  Mcine  Siudienreise  in  Abessinien  i goS-igio.  \  orlauliger 
Berichl  (Kxli-ail).  —  Uppsala,  Almqvisl-VViksclls,  1910,  gr.  in-8". 

Kloiu  KowsKi  (A.),  (îouvernenienl  gc^néral  de  riudocbino.  Session 
ordinaire  du  Conseil  sfipcrieiir,  1910.  Discours  prononcé  le  ■>.()  octobre 
if)io.  —  Hanoï-llaïpbong,  impriinerie  (rKxlréine-Orient,  1910,111-8". 
[Gouvernemenl  général  do  rindocliine.  | 

LniTK  DE  Vasconoellos  (.1.)-  0  dontor  Storclc  e  a  litleraliira  portiigiicsa. 
Kslndo  hislorico-bibliogralico.  —  Uisboa,  Typograpbia  da  Aculoinia  Ueal 
das  Sciencias ,  1910,  in-8'.  [Académie  de  Lisbonne. | 

i3. 


I 


196  JANVIER-FEVRIER    1911. 

LiNDBLOM  (Joliannes).  Senjudiskl fromhetslif  enlighl,  Salotnos  Psaltare. 
Akademisk  Afliandling.  —  Uppsala,  Aimqvist- Wiksells ,  1909,  in-8°. 
[Université  d'Upsal.] 

Mattsson  (Emanuel).  Etudes  phonologiques  sur  le  dialecte  arabe  vulgaire 
de  Beyrouth..  Thèse  pour  le  doctorat.  —  Upsal,  K.  V.  Appelberg,  1910, 
iii-8°.  [Université  d'Upsal.] 

Mémoires  publiés  par  les  membres  de  l'Institut  français  d'archéolog-ie 
orientale  du  Caire.  T.  XVIII  :  Henri  Gaviiuer  ,  Le  Livre  des  rois  dl'gijpte , 
II,  1.  —  T.  XXVIII  :  Louis  Massignon,  Mission  on  Mésopotamie  [1907- 
1908J,  t.  I.  —  Le  Caire,  1910,  gr.  in-ù".  [M.  I.  P.] 

Nestorius.  Le  Livre  d'Héraclide  de  Damas,  traduit  en  fi-auçais  par 
F.  NAu,avec  le  concours  du  R.  P.  Bedjan  et  de  M.  Briîîre.  —  Paris, 
Letouzey  et  Ané,  1910,  in-8°.  [Trad.] 

Neuvième  Congrès  international  de  Géographie.  Compte  rendu  des  tra- 
vaux. .  .  par  Arthur  de  ClaparIîde.  T.  III.  —  Genève.  Société  générale 
d'Imprimerie,  1911 ,  in-8".  [Dir.] 

Ollone  (Commandant  d').  Recherches  archéologiques  et  linguistiques 
dans  la  Chine  occidentale  (  Extrait).  —  Paris ,  Alphonse  Picard  et  (ils ,  1910, 
in-8°.  [A.] 

Parker  (H.).  Village  Folk-Taies  of  Ceylon.  Vol.  I.  —  London,  Luzac 
and  Co.,  1910,  in-8°.  [Éd.] 

Phra  Ariyamlni.  P/jfrt  Ârt//i«  D/««?7nrt6o«.  — Bangkok,  R.  S.  i9  9,in-8°. 
[Vajiraiîâna  National  Library.] 

Printz  (Wilhelm).  Bhâsâ-Wôrter  in  Ntlakantha's  Bhâratabhâvadipa  itnd 
in  anderen  Sanskrit-Koinmentaren.  —  S.  1.  (Berlin),  1910,  in-8".  [A.] 

* Rapporlen  van  de  Commissie  in  Nederlandsch-Indië  voor  Ondhcidkundig 
Ondcrioek  op  Java  en  Madocra,  1908.  —  Batavia  ,  Albrechl  en  Co.,  1910, 
in-8°. 

Record  of  Fort  St-George,  Diary  and  Consultation  Book ,  Mililary  Depart- 
ment. —  Sundry  Book  of  lô'jj-jS.  —  Coimtry  Correspondence,  Public 
Departm(Mit,  lyôi.  —  Madras,  Government  Press,  1910,  in-fol. 
[Gouvernement  de  l'Inde. ] 

Sacred  Books  of  the  Buddhists ,  \\\.  Dialogues  of  ihe  Buddha,  translaled 
from  the  Pâli  of  tlie  Diglia  Nikàya,  by  T.  W.  and  C.  A.  F.  Rhys  Davids, 
Part  11.  —  London,  Henry  Frowde,  1910,  in- 8".  [A.] 

iSALEMAiNN  ((j.).  Zw  Kiilik  dcs  Coder  Cumanicus.  —  Sainl-Pélci'sbourg, 


SOCIETE  ASIATIQUE.  197 

Buchdruckerei  der  Kaiserlichen  Akadeinie  der  Wissenscliaften ,  1910, 
in-8°.  [Éd.] 

ScHOLANDER  (Haiis).  Del  îsraelitiskn  Offrets  upplôsning.  —  Lund,  Hâkan 
Ohlssons,  1909,  ia-8°.  [Université  d'Upsal.] 

Sélections  from  the  Records  of  tlie  Madras  Government.  Dulch  Records, 
Nos.  11-12.  —  Madras,  Government  Press,  1 9 10, in-fol.  [Gouvernement 
deTlnde.] 

Sepher  ha-Zohar .  .  .  traduit  pour  la  première  fois  sur  le  texte  chaldaïque 
et  accompagné  de  notes  par  Jean  de  Pauly.  OEuvre  posthume  publiée 
par  les  soins  de  Emile  Laflma-Giraud.  Vol.  V,  -  Paris,  Ernest  Leroux, 
1909,  in-8°.  [Don  de  M.  Emile  Lafuma-Giraud.] 

Slodschz  (N.).  Elégie  de  Moïse  Rimos ,  martyr  juif  à  Palerme  au  xvi' 
siècle  (Extrait).  —  Palermo,  Virzi,  1910:  gr.  in-8°.  [A.] 

Snouck-Hurgronje  (G.).  Michnël  Jan  de  Goeje.  Traduction  française 
par  Madeleine  Chauvin.  —  Leide,  E.  J.  Brill,  1911,  in-8'\  [Ed.] 

Thureau-Dangin  (  Fr.  ).  Musée  du  Louvre.  —  Département  des  antiquités 
orientales.  Lettres  et  contrats  de  l'époque  de  la  première  dynastie  baby- 
lonienne. —  Paris,  Paul  Geuthner,  1910,  in-8''.  [A.] 

Vassel  (Eusèbe).  Les  deux  inscriptions  puniques  de  Tanesmat  (Extrait). 

—  Tunis,  Société  anonyme  de  l'Imprimerie  rapide,  1910,  in-S".  [A.] 

—  Quelques  traits  de  mœurs  des  indigènes  tunisiens.  —  S.  I.  n.  d., 
iii-8".  [A.] 

II.     PÉniODlQUES. 

* Academia  Reaidas  Sciencias.  Açtas  das  Sessôes  da  primeira  Classe. 
Vol.  I  (1899-1 90^).  —  Lishoa,  1908,  in-8°. 

—  Boletim  da  segunda  Classe.  Vol.  III,  i-k.  —  Lisboa,  1910,  in-8°. 

*  Académie  des  Inscriptions  et  Belles- Lettres.  Comptes  rendus  des  séances, 
août-septembre-octobre  1910.  -  Paris,  Alphonse  Picard  et  lils,  1910, 
in-8". 

Acta  Pontifcii  Instituti  Bibitci,  Nuntia  de  rébus  Inslituti.  Vol.  I.  n"'  \-l\. 

—  Romae,  Typis  polyglottis  Vaticanis,  1910,  gr.  in-8°.  [Dir.] 

*  L' Afrique  française ,  octobre-décembre  1910,  janvier  1911.  —  Paris, 
1910-191 1,  in-/i°. 

*  American  Journal  of  Archœology ,  XIV,  li.  —  Norwood,  Mass.,  iqto, 
in-8°. 

*  Ttie  American  Journal  of  Pliilology ,  N"  \oJi.  —  Baltimore,  The  John 
Ilopkins  Press,  1910,  in-8". 


198  JANVIER-FEVRIER    1911. 

*The  American  Journal  of  Scmitic  Langiwges  and  Litcvatures ,  XXVII,  9. 
—  Chicag-o,  The  l  niversily  ol' Hiinois  Press,  1911,  in-8°. 

* Analecta Bollaiidiana ,  XXIX,  A.—  Bruxelles,  Société' des BoUaadistes, 
1910,  m-8°. 

*  Annales  Acadcmiœ  Scientiarum  Fennicœ ,  Ser.  B,  tom.  III. —  Helsinki, 
1910,  in-8°. 

"AnOiropoH,  V,  5-6,  VI,  1.  —  St-Gabiiel-Môdling  bei  Wien,  1910, 
'm-k\ 

* Archiv  fiir  Religio7iswissciischaft,  XXX,  /».—  Leipzig,  B.  G.  Teubner, 
1910,  in-8°.  • 

*  L' Asie  française ,  octobre-décembre  1910,  janvier  1911.  —  Paris. 
1910-1911,  in-Zi". 

*  Atli  délia  R.  Accademia  dei  Lincei.  Notizie  degli  scaoi  di  antichità , 
1910,  5-8.  —  Ronia,  1910,  'm-li°. 

* Baessler  Arcliiv.  Baud  I.  Hefl  9.  und  Beihefl  1.  —  Leipzig  und 
Berlin,  B.  G.  Teubner,  1910,  gr.  in-A". 

* Bessarione ,  fasc.  1  i3-i  i4,  —  Borna,  Libreria  E.  Coletlî,  1910,  in-8". 

*  Bijdragen  tôt  de  Taal-,  Land-  en  Volhenlîunde  van  Nederlawlseh-Lidië , 
LXV,  1-2.  —  s'Gravenhage,  Martinus  Nijhoff,  1910,  in-8°. 

* Bolelin  de  la  Real  Academla  de  la  Historia,  LVII,  1-6.  —  Madriil, 
Fortanet,  1910,  in-8°, 

Bolletlino  délie  pubblicazioni  italiane  ricevute  per  dii'itto  di  stampa,  Num. 
119-121.  —  Firenze,  R.  Bemporad  e  ûglio,  1910-1911,  in-8". 
[Bibliothèque  Nationale  Centrale  de  Florence.] 

*  Bulletin  de  l'Académie  impériale  des  Sciences  de  Saint-Pélershourff , 
1910,  n^'i^-iS;  1911,  n"  1.  —  Saint-Pétersbourg,  i9io,in-4°. 

Bulletin  de  lu  (commission  archéologique  de  l'Indochine,  année  1910, 
2°  livraison.  —  Paris,  Ernest  Leroux,  1910,  in-8°.  [M.  I.  P.] 

Bulletin  de  l'Association  amicale  franco-chinoise ,  II,  /i.  —  Paris,  Paul 
Dupont,  1910,  in-8°.  [Dir.] 

*  Bulletin  de  l' Institut  EgDptien ,  5"  série,  IV,  1.  —  Alexandrie,  Société 
de  publications  égyptiennes,  1910,  in-8". 

*  Bulletin  de  l'Institut  français  d'Archéologie  orientale,  VII,  9.  —  Le 
Caire,  1910,  ïn-lx". 

*  Bulletin  de  littérature  ecclésiastique ,  novembre-décembre  1910,  jan- 
vier 1911.  —  Paris ,  Lethielleux ,  1910-1911.  in-8". 

*  Bulletin  of  the  Archeeological  Instilute  of  America ,  I,  2  et  4  ,  Il ,  1.  — 
Nnnvood .  Massachusetts ,  1910,  in-8°. 

* Bif:antinische  Zeitxchrift,  XIX,  3-4. —Leipzig,  1910,  in-8°. 


SOCIETE  ASIATIQUE.  19» 

Epigraphia  Indica,  IX,  8;  X,  a  et  h.  —  Bombay,  British  Iiidia  Press, 

1910,  iQ-4°.  [ Gouvenienieiil  de  l'Inde.] 

*The  Geographical  Journal,  November-December  1910,  Janiiarv-Fe- 
braary  1911.  —  London,  1910-1911.  in-8". 

*La  Géographie,  i5  novembre-i5  décembre  1910,  1 5  janvier  1911. 
—  Paris,  Masson  et  C'°,  1910-1911,  gr.  in-8°. 

*Le  Globe,  t.  XLIX,  Mémoires.  —  Genève,  R.  Burkhardt,  1910,  in-8". 

VHexa gramme,  n"  hh-k^.  -  Paris,  1910,  in-8°.  [Dir, ] 
*Uiiitoria  e  Memorias   da   Academia  Real  das   Sciencias  de   Lishon , 
9°  classe,  XII,  Parte  II,  n"  1.  —  Lisboa,  1910,  in-4°. 

*  The  Impérial  and  Asialic  Quarterly  Review ,  January  1911.—  Woking , 

1911,  in-S". 

*The  Indian  Antiquary ,  Decem])er  1910  ,  January  1911.  —  Bombay, 
British  India  Press,  1910,  in-^i°. 

*  Journal  and  Proceedings  of  the  Asiatic  SocieUj  of  Bengal ,  V,  9.  — 
Calcutta,  Baptist  Mission  Press,  1910,  in-8''. 

Journal  asiatique,  septembre-octobre  1910.  —  Paris,  1910,  in-8". 
JoMnm/ f/es  Srtt'«H^s,  octobre-décembre  1910,  janvier  1911.  —  Paris, 
Hachette  et  C'°,  1910-1911,  in-V'  [M.  I.  P.] 

*  Journal  ofihe  American  Oriental  Society,  XXXI,  1.  —  New  Ilaven, 
1910,  in-8''. 

The  Journal  of  the  Anlhropological  Society  of  Bombay,  VIII,  7.  — 
Bombay,  British  India  Press,  1909,  in-8°. 

*  Journal  of  the  G  ipsy  I^ore  Society ,  new  séries,  IV,  2.  —  Liverpool , 
T.  and  A.  Gonstable,  1910,  in-8'. 

*The  Journal  of  the  Royal  Aniatic  Society  of  Great  Britain  and  Ireland, 
January  1911.  -   London,  1911,  in-8"  [Dir.] 

The  Light  of  Truth  of  ihc  Siddhànla  Dîpikâ  and  Agamic  Review,  \1, 
1-4.  —  Madras,  ffMeykandaU''  Press,  1910,  in-A".  [Dir.J 

*Lu:ac's  Oriental  List  and  Book  Review,  XXI,  5-i9.  -  London, 
1910,  in-8°. 

*Al-Machriq,  novembre-décenil)re  1910,  janvier  191 1.  —  Beyrouth, 
1910-191 1,  in-8". 

Mechroutielle  (f  Constitutionnel  Ultomann  ,  n'"  ii-i'i.  —  Paris,  1  ()  1  o  , 
in-8".  [Dir.  I 

Mélanges  japonais ,  u"  98,  -  Tokyo,  Librairie  Sansaisha  ,  1910,  iii-8". 


200  JANVIER-FEVRIER    1911. 

* Mittellungen  (1er  Deutschen  Gesellschaft  fur  Nalur-  tind  VôUcerhunde 
Oslasiens,  XII,  a.  ~  Tokyo,  Hol)UDslia,  1910,  iii-8°. 

* Mitteiluiigen  des  Seminars  fur  Oiienlalische  Sprachen  an  der  Kônig- 
liclien  Friedrich-Wilheltns-Universitât  zii  Berlin.  Jahrgang  XIII.—  Berlin, 
Gporg  Reimer,  1910^  3  vol.  in-8°. 

*  Mitteiliiiigeii  uiid  Nnchrichten  des  Deutschen  Palaestinavereins ,  1910,  5. 

—  Leipzig,  K.  Bsedeker,  1910,  in-8". 
*Al-Moktabas,  V,  6-9.  -Damas,  1910,  in -8". 

*  Le  Monde  oriental ,  111,  3;  IV,  3.  —  Uppsaia,  Akadem.  Bokhandeln. 
1909-1910,  in-8°. 

Le  Miiséon,  nouvelle  se'rie,  XI,  a.  —  Louvain,  J.-B.  Istas,  1910, 
in-8".  [Dir.J 

La  Nouvelle  Europe,  26  décembre  1910.  —  Paris,  Librairie  nationale, 
1910,  in-/i.  [Dir.] 

Nouvelles  Archires  des  missions  scienlijiques  et  littéraires,  XVIIl,    /i-5. 

—  Paris,  Imprimerie  nalionale,  1910,  in-8".  [M.  1.  P.] 

Orientalische  Bibliographie ,\W\ ,  3.  —  Berlin.  Reutlier  und  Reicbard , 

1910,  in-8''. 

*  Palestine   Exploration   Fund.  Qnarterly  Stalement,   January   1911. 

—  Londou  1911,  pet.  in-8". 

*  Poli/biblion ,  novembre-décembre  1 9 1 0 ,  janvier  1911.  —  Paris ,  1910- 

1911,  in-8". 

Les  Questions  modernes,  11°  1.  —  Paris,  1910,  in-8°.  [Dir.] 

* Rendiconti  délia  Reale  Accademia  dei  Lincei,  Classe  di  Scienze  morali, 
storicbee  filologicbe,  série  quinta,  XIX,  5-io.  —  Ronia,   1910,  in-8". 

*  Reçue  africaine,  n"'  278-979.  —  Aiger ,  Adolphe  Jourdan ,  1910,  in-8°. 

*  Revue  archéologique ,  mm-s-décemhre  1910.  —  Paris,  1910,  111-8". 

*  Revue  biblique  internationale,  janvier  1911.  —  Paris,  Victor  Lecoffre , 
1911,  in-8°. 

*Revue  critique,  hk"  année,  n"'  43-52;  65'  année,  11°'  i-5.  —  Paris, 
Ernest  Leroux ,  1910-1911,  in-8°. 

*  Revue  d'ethnographie  et  de  sociologie,  n°'  8-10.  —  Pai'is,  Ernest 
Leroux ,  1 9 1  o ,  gr.  in-8  ". 

Revue  d'histoire  et  de  littérature  religieuses,  novembre-décembre  1910, 
janvier  1911.  —  Paris,  Emile  Nourry,  1910,  in-8°.  [Dir.] 

*  Revue  de  l'Orient  chrétien,  1910,  3-/i.  —  Paris,  A.  Picard  et  fils, 
1910,  in-8°. 


SOCIETE   ASIATIQUE.  201 


'Revue  des  études  juives ,  n"  121.  —  Paris,  Diulacher,  1911,  in-8". 

'Revue  du  monde  musulman,  décembre  1910.—  Paris,  1910,  in-8°. 

"Revue  indochinoise ,  année  190^  et  octobre-décembre  1910.  —  Hauoï, 
1910,  in-4"*. 

Revue  sémitique ,  octobre  1910.  —  Paris,  Ernest  Leroux,  1910,  in-S". 

*Rivistn  degli  studi  orientali,  III,  3.  --  Roma,  presso  la  Regia  Univer- 
sità,  1910,  in-8". 

*Sitzungsherichte  dcr  Kais.  Ahademie  der  Wissenschaften  in  Wien. 
Philosophische-historischeKIasse,  i64,  9-3;  i65,  1-9;  i64,4-i;  166,  (x. 
—  Wien,  Alfred  Hôlder,  1910,  in-8°. 

* Sitzungsberichte der  Kôniglich  Preussischen  Akademieder  Wissenschaften , 
1910,  XL-LIV.  —  Rerlin,  1910,  in-/i°. 

*  Sphinx, UlY,  4-5.  —  Uppsala,  Akademiska  Rokhandein ,  1910,  in-8°. 

*Tijdschift  voor  Taal-,  Lnnd-  en  Volkenkunde  uitgegeven  door  Rala- 
viaasch  Genootschap  van  Kunsten  en  Wetenschappen ,  LÎI,  3-6.  —  Batavia, 
Albrecht  en  Co.,  1910,  in-8". 

*  Transactions  and  Proceedings  of  the  Japan  Society  of  London ,  I\,  1.  — 
London,  Kegan  Paul,. Trench,  Triibner  and  Co.,  1910,  iu-8''. 

*  VerhnndcJingen  van  het  Rataviaasch  Genootschap  van  Kunsten  en 
Wetenschappen,  LVIII,  3.  —  Batavia,  Albrecht  en  Co„  1910,  in-/»". 

*  Wiener  Zeitschrift  fur  die  Kunde  des  Morgenlandes ,  XXIV,  2-3.  — 
Wien,  Alfi-ed  Holder,  1910,  in-8°. 

*  Zeitschrift  der  Deutschen  Morgenlàndischcn  Gcsellschafi ,  LXIV,  k.  — 
Leipzig-,  F.  A.  Brockhaus,  1911,  in-8". 

*  Zeitschrift  des  Deutschen  Palaeslina-Vereins ,  1910,  1.  —  Mitteilungen 
und  Naclirichlen,  1910,  1.  —  Leipzig,  K.  Btedeker,  1910,  iii-8''. 

Zeitschrift  filr  hebrœische  RibUographie ,  XIV,  5.  —  Frankfurl  a.  M.. 
J.  KaulTmann,  1910,  in-8°. 

Az-Zouhour,  1,8-12.  —  Le  Caire,  1910-191 1,  in-8".  [Dir.] 


202  JANVIER-FÉVRIER   1911. 


DECRET. 

Le  Président  de  la  République  française, 

Sur  le  rapport  du  Ministre  de  rintt^rieur  ; 

Vu  l'ordonnauce  royale  du  i5  avril  18^9  portant  reconnaissance  de 
la  Société  Asiatique  comme  établissement  d'utilité  publique  ; 

Les  délibérations  de  l'Assemblée  générale  du  17  juin  1909  et  du 
16  juin  1910; 

Les  Statuts  de  l'Association  ;  l'avis  du  Préfet  de  la  Seine  ;  l'avis  du 
Ministre  de  l'Instruction  publique  en  date  du  9  a  janvier  1909,  ensemble 
les  autres  pièces  de  l'affaire  ; 

Le  Conseil  d'Etat  entendu  ; 

Décrète  : 

Art.  1.  —  L'Association  dite  Société  Asialique  sera  dorénavant  régie 
par  les  Statuts  anuexés  au  présent  décret. 

Art.  2.  —  Le  Ministre  de  l'Intérieur  est  chargé  de  l'exécution  du 
présent  décret. 

Fait  à  Paris,  le  30  décembre  1910. 
Signé  :  A.  FALLIÈRKS. 


Par  le  Président  de  la  République  : 

Le  Président  du  Conseil , 
Minintve  de  l'Intérieur  et  des  Cultes , 

Signé:  Aristide  BRIAN D. 


Pour  amplialion  : 

Le  Chef  du  Bureau  du  Secrétariat, 

Signé  :  L.  TABARANT. 


STATUTS. 


[.  —  But  et  Composition  de  l'Association. 

Art.   1.   —  L'Association   dite   Société  Asiatique,   fondée   en   1822, 
a  pour  but  de  concourir  au  développement  des  études  orientales. 
Sa  durée  est  illimitée. 
Elle  a  son  siège  social  à  Paris. 


SOCIETE  ASIATIQUE.  203 

Art.  2.  —  Les  moyens  d'acliou  de  lAssociation  sont  : 

Les  communications  ou  discussions  orales  dont  ses  réunions  offrent 
l'occasion  à  ses  membres  ; 

Les  ouvrages  dont  elle  entreprend  l'impression,  et  notamment  la 
publication  du  Recueil  intitulé  Journal  Asiatique,  qui  est  servi  gratuite- 
ment à  ses  membi'es  : 

Les  subventions  qu'elle  se  réserve  d'accorder  à  toutes  publications 
qu'elle  juge  utiles  à  son  objet  : 

La  bibliothèque ,  que ,  dans  des  conditions  déterminées  par  le  Conseil , 
elle  met  à  la  disposition  de  ses  membres. 

Art.  3.  —  La  Société  se  compose  : 

De  membres  titulaires  en  nombre  illimité  ; 

De  membres  honoraires  dont  le  nombre  ne  doit  pas  dépasser  trente. 

Pour  être  membre  titulaire,  il  faut  être  présenté  par  deux  membres 
de  la  Société  et  agréé  par  le  Conseil. 

La  cotisation  annuelle  est  de  oo  francs.  Elle  peut  être  rachetée  en 
versant  une  somme  de  4oo  francs,  payable  soit  en  une  fois  soit  en 
quatre  annuités. 

Le  litre  de  membre  honoraire  peut  être  décerné  par  le  Conseil  à  des 
savants  étrangers  éminents.  Les  membres  honoraires  ne  peuvent  faire 
partie  de  l'Assemblée  générale  ni  du  Conseil  ;  ils  ne  sont  tenus  de  payer 
aucune  cotisation. 

Sont  en  outre,  contre  versement  d'une  cotisation  annuelle  de  3o  francs, 
admises  au  service  des  publications  de  la  Société,  dans  les  mêmes  con- 
ditions que  les  membres  titulaires,  les  personnes  morales,  telles  que 
Sociétés,  Bibliothèques,  etc.  Toutefois,  leur  cotisation  ne  peut  être 
rachetée. 

Art.  4.  —  Lu  qualité  de  membre  de  la  Société  se  perd  : 

1°  Par  la  démission; 

a*  Par  la  radiation  prononcée,  pour  non-payement  de  la  cotisation 
ou  pour  motifs  graves,  par  le  Conseil,  —  le  membre  intéressé  ayant 
été  préalablement  appelé  à  fournir  ses  explications.  —  sauf  i-ecours  à 
rAss(>mblée  générale. 

II.  AdMIMSTHATION  et   FoNniIONNEMKNT. 

Art.  f).  —  La  Sociétii  est  administrée  par  un  Conseil  éhi  |)ar  rAsst'n)bl<''«' 
générale  et  choisi  parmi  les  membres  titulaires. 


204  JANVIER-FEVRIEH    191  1 

Il  est  composé  comme  suit  : 

Uu  président  : 

Deux  vice-présidents  ; 

Un  secrétaire  ; 

Un  rédacteur  du  Journal  Asiatique, 

qui  constituent  le  Bureau  de  la  Société  ; 

Un  secrétaire  adjoint  ; 

Un  bibliothécaire  ; 

Uu  trésorier  ; 

Trois  commissaires  des  fonds  ; 

Vingt-quatre  membres  ordinaires. 

En  cas  de  vacance,  le  Conseil  pourvoit  au  remplacement  de  ses 
membres,  sauf  ratification  par  la  jilus  prochaine  Assemblée  générale. 

Le  renouvellement  du  Conseil  a  lieu  par  tiers  pour  les  vingL-qualre 
membres  ordinaires,  lesquels  sont  renouvelables  par  séries  qui  ont  été 
une  l'ois  pour  toutes  fixées  par  le  sort  ;  il  a  lieu  tous  les  ans  poui'  les 
autres  membres. 

Les  membres  sortants  sont  rééligibles. 

Il  pourra  être  nommé  à  vie  un  ou  ))lusieurs  présidents  honoraires. 

L'Assemblée  générale  désigne  chaque  année,  parmi  les  membres  du 
Conseil,  deux  censeurs  chargés  d'examiner  et  de  vérifier  les  conq)tes  de 
l'exercice  écoulé  sur  lesquels  ils  présentent  un  rapport  à  l'Assemblée 
générale  qui  en  suit  la  clôture. 

Art.  6.  —  Le  Conseil  se  réunit  en  séance  ordinaire  une  fois  par  mois, 
sauf  dans  le  mois  où  a  lieu  l'Assemblée  générale  et  dans  la  période  des 
vacances.  11  se  réunit  extraordinairement  chaque  fois  qu'il  est  convoqué 
par  le  Président  ou  sur  la  demande  de  la  moitié  de  ses  membres. 

La  présence  du  tiers  des  membres  du  Conseil  est  nécessaire  pour  la 
validité  des  délibérations. 

Tous  les  membres  de  la  Société  sont  admis  aux  séances  ordinaires  du 
Conseil  et  peuvent  y  faire  des  communications.  La  fixation  de  Tordre 
du  jour  appartient  au  Président  sauf  recours  devant  le  Conseil. 

Il  est  tenu  procès-verbal  des  séances.  Les  procès-verbaux  sont  signés 
par  le  président  et  le  secrétaire. 

Art.  7.  —  Le  Conseil  est  chargé  de  l'administration  de  la  Société, 
et  notamment  : 

H  veille  au  recouvrement  et  à  l'emploi  des  fonds  :  il  dirige  les  travaux 
littéraires  qui  rentrent  dans  l'objet  de  la  Société,  ordonne  l'impression 


SOCIETE  ASIATIQUE.  205 

des  ouvrages  qu'il  reconnaît  utiles  ;  accorde  des  encouragements  et  sub- 
sides, et  prononce,  lorsqu'il  le  croit  convenable,  des  acquisitions  de 
livres,  de  documents  ou  manuscrits. 

11  désigne  cinq  de  ses  membres  qui,  avec  le  Bureau,  constituent  la 
Commission  dite  du  Journal  chargée  d'assister  le  Rédacteur  dans  la 
publication  du  Journal  Asiatique.  Le  mandat  de  ces  cinq  membres  est 
annuel  ;  il  peut  être  indéfiniment  renouvelé. 

Art.  8.  —  L'Assemblée  générale  des  membres  titulaires  de  la  Société 
se  réunit  au  moins  une  fois  par  an  et  chaque  fois  qu'elle  est  convoquée 
par  le  Conseil  ou  sur  la  demande  du  tiers  au  moins  de  ses  membres. 

Son  ordre  du  jour  est  réglé  par  le  Président. 

Son  bureau  est  celui  de  la  Société  qu'elle  élit  annuellement. 

Elle  entend  les  raj)ports  sur  la  gestion  du  Conseil  d'Administration, 
sur  la  situation  financière  et  morale  de  la  Société. 

Elle  approuve  les  comptes  de  l'exercice  clos,  vote  le  budget  de  l'exer- 
cice suivant,  délibère  sur  les  questions  mises  à  l'ordre  du  jour  et  procède 
aux  élections  statutaires. 

Les  rapports  et  les  comptes  sont  insérés  au  Journal  Asiatique  qui  est 
distribué  à  tous  les  membres. 

Il  est  tenu  procès-verbal  des  Assemblées  générales,  tant  ordinaires 
qu'extraordinaires.  Les  procès-verbaux  sont  signés  par  le  Président  et  le 
Secrétaire. 

Art.  9.  —  Les  dépenses  sont  ordonnancées  par  le  Président  ou  un 
membre  de  la  Commission  des  fonds  délégué  par  lui. 

L'association  est  représentée  en  justice  et  dans  tous  les  actes  de  la  vie 
civile  par  le  Président. 

Le  représentant  de  la  Société  doit  jouir  du  plein  exercice  de  ses  droits 
civils. 

Art.  10.  —  Les  délibérations  du  Conseil  relatives  aux  acquisitions, 
échanges  et  aliénations  des  immeubles  nécessaires  au  but  poursuivi  par 
l'association,  constitutions  d'hypothèques  sur  lesdits  immcnbh^s,  baux 
excédant  neuf  aimées,  aliénations  de  biens  dépendant  du  fonds  de 
réserve  et  emprunts 'doivent  élre  soumises  à  l'approbation  <  le  l'Assemblée 
générale. 

Art.  11.  —  Les  délibérations  du  Conseil  d'Administration  relatives  à 
l'acceptation  des  dons  et  legs'  ne  sont  valables  qu'après  l'approbation 
administrative  donnée  dans  les  conditions  prévues  par  l'article  ()io  du 
Code  Civil  et  les  articles  5  et  7  de  la  loi  du  fi  février  1  ()(>i. 


206  JANVIEll-FEVRIER   1911. 

Les  dt^libérations  de  l'Assemblée  générale  relalives  aux  aliénations  ties 
biens  dépendant  du  fonds  de  réserve  ne  sont  valables  qu'après  l'approba- 
tion du  Gouvernement. 


Art.  12.  —  Les  trois  commissaires  élus  constituent  avec  le  trésorier 
la  commission  dite  des  fonds ,  cliargée  de  veiller  spécialement  à  la  gestion 
financière  de  la  Société.  Cette  commission  nomme  son  président. 

La  commission  des  fonds  reçoit  les  comptes  du  Trésorier,  les  contrôle , 
donne  son  avis  sur  toutes  les  questions  importantes  d'oi'drc  financier. 

C'est  elle  qui  soumet  au  Conseil  les  comptes  de  l'exercice  expiré  dont 
l'approbation  par  l'Assemblée  générale,  statuant  après  rapport  des  cen- 
seurs, sert  de  décharge  au  Trésorier,  et  qui  prépare  le  projet  du  budget 
de  l'année  suivante. 

Elle  donne  son  avis  sur  tout  emploi  extraordinaire  des  fonds  de  la 
Société  que  déciderait  le  Conseil  en  cours  d'exercice. 

Elle  propose  les  valeurs  dont  il  devrait  être  fait  acquisition. 

Les  ordres  d'achat  et  de  vente  des  \aleurs  sont  signés  du  Pré.sident  de 
la  Société  et  du  Président  de  la  commission  des  fonds. 


III.  —  Fonds  de  réserve.  —  Les  ressources  annuelles. 

AnT.  13.  —  Le  fonds  de  réserve  comprenil  ; 
i'  La  dotation  existante; 

•2°  Le  i/io  du  revenu  net  des  biens  de  la  Société; 
3°  Les  sonmies  versées  poin*  le  rachat  des  cotisations  ; 
k"  Le  capital  provenant  des  libéralités,  à  moins  que  l'emploi  immédiat 
n'en  ait  été  imposé. 

Art.  16.  —  Le  fonds  de  réserve  est  placé  en  rentes  nominatives 
sur  l'Etat,  ou  en  obligations  nominatives  dont  l'intéi-èt  est  garanti  par 
l'État. 

Il  peut  être  également  employé  à  l'acquisition  des  immeubles  néces- 
saires au  but  poursuivi  par  l'Association, 

Art.  15.  —  Les  ressources  annuelles  de  l'Association  se  composent: 
1°  Des  cotisations  et  souscriptions  de  ses  membres; 
9°  Du  produit  de  la  vente  des  publications  et  al)onnemenlsau  Journal; 
3"  Des  subventions  qui  pouiTont  lui  être  accordées  ; 


SOCIETE  ASIATIQUE.  207 

li°  Du  produit  des  libéralités  dont  l'emploi  immédiat  a élé imposé;  des 
ressources  créées  à  titre  exceptionnel,  et,  s'il  y  a  lieu,  avec  l'agrément 
des  autorités  compétentes  ; 

5°  Du  revenu  des  biens  et  valeurs. 


IV.  —  Modification  des  statuts  et  Dissolution. 

Art.  16.  —  Les  Statuts  ne  peuvent  êtie  modifiés  que  sur  la  proposition 
du  Conseil,  en  vertu  d'une  délibération  prise  à  la  majorité  des  9/3  des 
membres  présents,  ou  sur  la  demande  du  i/k  des  membres  titulaires, 
soumise  au  Bureau  au  moins  un  mois  avant  la  séance. 

L'Assemblée  doit  se  composer  du  quart  au  moins  des  membres  on 
exercice.  Si  cette  proportion  n'est  pas  atleinle,  l'Assemblée  est  convoquée 
de  nouveau,  mais  à  quinze  jours  au  moins  d'intervalle  :  et  cette  fois, 
elle  peut  valablement  délibérer,  quel  que  soit  le  nombre  des  membres 
présents. 

Dans  tous  les  cas  les  Statuts  ne  peuvent  être  modifiés  qu'à  la  majorité 
des  membres  présents. 

Art.  17.  —  L'Assemblée  générale  appelée  à  se  prononcer  sur  la 
dissolution  de  la  Société,  et  convoquée  spécialement  à  cet  effet,  doit 
comprendre  au  moins  la  moitié  plus  un  des  membres  en  exercice. 

Si  cette  proportion  n'est  pas  atteinte,  l'Assemblée  est  convoquée  de 
nouveau,  mais  à  1 5  jours  au  moins  d'intervalle,  et  celte  fois  elle  peut 
valablement  délibérer,  quel  que  soit  le  nombre  des  membres  présents. 

Dans  tous  les  cas  la  dissolution  ne  peut  être  votée  qu'à  la  majorité  des 
'j/3  des  membres 

Art.  18.  —  En  cas  de  dissolution  volontaire,  statutaire,  prononcée 
en  justice  ou  par  déci et,  l'Assemblée  générale  désigne  un  ou  plusieurs 
commissaires  chargés  de  la  liquidation  des  biens  de  l'Association.  Elle 
attribue  l'actif  net  à  un  ou  plusieurs  établissements  analogues,  publics 
ou  reconnus  d'utilité  publique.  Ses  délibérations  sont  adressées  sans 
délai  au  Ministre  de  l'Intérieur  et  au  Ministre  de  l'Instruction  publique. 

Art.  19.  —  Les  délibérations  de  l'Assemblée  générale  prévues  aux 
art.  16,17  et  18,  ne  sont  valables  qu'après  l'approbation  du  (louverne- 
menl. 


208  JANVIER-FEVRIER    1911. 

V.  —  Surveillance  et  Règlement  intérieur. 

Art.  20.  —  Le  Président  devra  faire  connaître  dans  les  trois  mois  à 
la  Préfecture  tous  les  changements  survenus  dans  TAdministralion. 

Les  registres  et  pièces  de  comptabilité  de  l'Association  seront  présentés 
sans  déplacement,  sur  toute  réquisition  du  préfet,  à  lui-même  ou  à  sou 
délégué. 

Le  rapport  annuel  et  les  comptes  sont  adressés  chaque  année  au 
Préfet  de  la  Seine,  au  Ministre  de  l'Intérieur  et  au  Ministre  de  l'Instmc- 
tion  publique. 

Art.  21.  —  Le  Ministre  de  l'Instruction  Publique  aura  le  droit  de 
faire  visiter  par  ses  délégués  les  établissements  fondés  par  l'Association 
et  de  se  faire  rendre  compte  de  leur  fonctionnement. 

Art.  22.  —  Les  règlements  intériem-s  qui  seraient  établis  par  le 
Conseil  d'Administration,  après  approbation  de  l'Assemblée  générale, 
seraient  adressés  au  Ministre  de  l'Intérieur  et  au  Ministre  de  l'Instruclioii 
publique. 

Vu,  pour  être  annexé  au  décret  du  ao  décembre  1910  : 
Le  Ministre  de  l'Intérieur. 

Pour  le  Ministre  et  par  délégation  : 

Le  Directeur  de  l'administration 
départementale  et  communale, 

Signé  :  MARINGER. 

Pour  amplialion  : 

Le  Chef  du  Bureau  du  Secrétariat, 

Signé  :  L.  TARARANT. 


Le  gérant  : 
\i.    FlNOT. 


^0^ 


JOURNAL  ASIATIQUE 

MARS-AVRIL   1911. 


L'AGE    DE   MAHOMET 

ET 

LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SÎRA, 

PAR 

H.  LAMMENS. 


Dans  ses  efforts  pour  déterminer  l'âge  de  Mahomet,  la  tra- 
dition musulmane  a  abouti  au  résultat  suivant  :  le  Prophète 
aurait  vécu  de  60  à  65  ans.  Entre  le  minimum  de  60  et 
le  maximum  de  65  années,  se  placent  les  diverses  solutions 
adoptées  par  les  rédactions  de  la  Sîra.  Après  avoir  appelé  les 
calculs  astronomiques  à  son  secours,  le  savant  égyptien  Mah- 
moûd-cffendi  place  l'année  de  l'hégire  en  Syi  de  notre  ère  et 
accorde  à  Mahomet  «61  années  solaires  ou  63  années  lunaires 
vagues 55(^1  «Peine  inutile !w  Ainsi  ont  prononcé  des  juges 
compétents '^l  Si,  avec  le  prince  Gaetani'^^,  nous  admettons 
pour  la  chronologie  prophétique  une  erreur  possible  de  trois 
années,  nous  nous  voyons  ramenés  par  la  tradition  islamile, 

'"'  Cf.  Mémoire  sur  le  calendrier  arabe  avant  l'islaniisnie  et  sur  In  naissance 
et  Vàge  du  Prophète  Malinniel ,  dans  Académie  royale  île  lleljrique.  Mémoires  des 
savants  élranfrers,  t.  XXX,  p.  i-4.^). 

*'-'   Noi.DKKE-SciMVALLY,  (lescliichle  iles  Qoraiix,  I,  (ibi ,  ii.  -j. 

'•*'   Auiinli  deir  Islam,  I,  siiy. 

XVII.  lA 


l^trmitrKir    ^<Tto^\tr. 


210  MARS-AVRIL   1911. 

par  l'astronomie  et  par  l'orientalisme  aux  chiffres  extrêmes  de 
60  et  de  65  ans^'^,  comme  à  des  barrières  qu'il  serait  témé- 
raire de  franchir. 

Dans  sa  très  substantielle  étude,  Hh  Mekhaansche  Feest 
(p.  66),  le  professeur  Snouck  Hurgronje  constate  les  préjugés 
ayant  faussé  la  chronologie  de  la  Sîra.  Selon  lui  rda  question 
mérite  d'être  soumise  à  un  examen  détaillé??.  Comporle-t-elle 
une  solution  définitive?  Nous  ne  le  pensons  pas  plus  que  lui. 
Mais  il  nous  parait  avantageux  de  montrer  l'inconsistance  de 
l'opinion  traditionnelle.  Il  faut  chercher  mieux  et  dans  une 
autre  direction  qu'on  n'a  fait  jusqu'ici. 

Mahomet  lui-même  a  ignoré  son  âge  et  ne  semble  pas  s'en 
être  préoccuperai  II  serait  facile  de  le  prouver,  le  calcul  par 
années  lui  demeura  pratiquement  étranger,  comme  il  le  fut 
aux  Arabes  préislamites  et  aux  Compagnons  du  Prophète,  tous 
indifférents  à  la  chronologie*^'.  Ce  souci,  la  tradition  a  pensé 
devoir  le  leur  prêter  et  ce,  quand  les  discussions  clu'onolo- 
giques  commencèrent  à  prendre  de  l'importance  dans  le  jeune 
empire'^'.  A  ce  moment  on  s'est  mis  en  peine  de  dater  les  prin- 
cipaux faits  de  la  Sha,  en  y  portant  les  mêmes  préoccupations, 
ayant  si  étrangement  défiguré  la  légende  prophétique.  Comme 
on  s'était  partout  empressé  d'y  mettre  des  noms  propres,  on 
a  voulu  aboutir  ici  à  des  chiffres  variés  et  précis.  Celte  arith- 
métique ne  vaut  ni  plus  ni  moins  que  l'ensemble  de  la  vie  de 
Mahomet. 


j— J..*>J1 .  11)11  Gaiizi,  Ms.  BibIJolliikjuo  khéclivialo,  Sajivai  as-Sajwa,  1,  80. 

'-'    Cf.  NoLDEKE-SciIWAI.LY,   /oc.  SHjJ.  fîV.,    W .Z.K.M.  ,   \U\  ,     289. 

(''  Dans  les  récils  historiques  des  Bédouins  contemporains ,  les  dates  font 
partout  défaut.  Cf.  Al.  AIlsil,  Arabia  Petraca,  III,  27.  Pour  le  1"  siècle  de 
rislam,  comparer  la  remarque  de  VVellliauscn  :  rTageszeiten  werden  ofters 
anjjogeben,  Kulçiiderdalea  niclit;i  [  Hcligids-vppu.sitiunapartnen ,  69,  n.  9). 

'*'  Cf.  notre  article  :  Qnran  el  Iradition,  comment  fui  cotnposée  la  vie  de  Malm- 
mel ,  extrait  de  Recherches  de  science  religieuse,  1910 ,  janvier-février. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     211 

Même  en  admettant  en  matière  chronologique  l'existence  de 
témoignages  directs,  il  faut  tenir  compte  de  la  mentalité  très 
différente  de  deux  générations  :  celle  ayant  fourni  les  témoi- 
gnages, et  l'autre  les  ayant  recueillis  et  interprétés.  La  pre- 
mière n'avait  jamais  songé  à  l'importance  d'une  chronologie. 
Mais  ne  voulant  pas  être  en  reste,  elle  a  donné  au  petit  bon- 
heur des  réponses  quelconques  aux  interrogations  des  tnhiîs. 

Ceux-ci  et  leurs  successeurs  ont  pris  sur  eux  d'élaborer  dans 
un  véritable  système  chronologique  les  vagues  détails,  la  rmUs 
indîgestaque  moks  livrée  par  leurs  Anciens. 

I 

Comme  point  de  départ,  la  Tradition  s'est  généralement 
prononcée  pour  Vannée  de  Œléphani^^^  ;  elle  représenterait  celle 
de  la  naissance  de  Mahomet.  A  quel  fait  précis  correspond 
cette  étrange  appellation?  Ne  dériverait-elle  pas  en  dernière 
analyse  du  Qoran  (105,  i)?  Vu  la  dépendance  de  la  Sira  à 
l'égard  du  texte  sacré,  on  a  toujours  le  droit  de  soupçonner 
une  pareille  relation.  Si  cette  connexion  devait  être  positivement 
exclue,  alors  la  date  de  l'Eléphant  pourrait  répondre  à  une  réa- 
lité concrète.  Certains  vers  anciens  et  d'une  suffisante  authenti- 
cité engageraient  à  l'admettre (-'.  Mais  en  toute  hypothèse,  il 
devient  impossible  '*'  de  raccorcrer  cette  date  avec  notre  ère. 

Pour  ajouter  encore  à  la  confusion,  la  tradition  elle-même 
se  montre  hésitante,  quand  elle  s'avise  de  préciser  la  relation 
exacte  entre  cette  date  de  l'Eléphant  et  la  naissance  de  Maho- 

'''  On  parle  aussi  du  ;omj"  du  Fil.  Ibn  Sa'd,  Talxui.,  1',  69-63.  D'après  Ibra- 
liim  ibn  al-Moiidir,  le  mailre  {saili)  du  célèltre  Holiàri.  ir personne  ne  met  en 
doule  la  date  de  rKU-pliantn.  FaiyolmÎ,  Al-Aljlxir  nl-uiitrifhja  (nis. 'A.sir  eff. , 
Gonslanliiioplo);  Tau.,  Ainnilcs,  l,  (jG(i-t)6'7. 

'-'   (Jl.  <iWiî/,,  lldinwdu,  VII,  Tjy-fio,  cilations  [ioéli()ues. 

'■■''  Conip.  les  synchronismes  donnés  par  Mas'oi'dî,  Tnnbih  (éd.  ne  Gowb), 
asH-afl»),  aSo.  D'autre  part  lo  ()oran  présente  le  l'ait  avec  lotis  le,>  cliarnies  de 
la  fable  comme  s'il  s'agissait  d'un  trai(  appartenant  à  lliistoiie  ancienne. 


la. 


212  MARS-AVRIL   191  1. 

met.  Un  Abrégé  anonyme  de  la  »Sim'^^  résume  ainsi  les  diverses 
opinions  :  ç^Le  Prophète  serait  né  cette  année -ià  même, 
5o  jours  ou  9  mois  après  le  départ  de  l'Eléphant,  ou  encore 
10,  i5  ou  même  2  0  ans  plus  tard.??  Faiyoûmî^-^  mentionne 
également  une  opinion,  admettant  dix  années  d'intervalle 
entre  les  deux  événements '^l  Gela  nous  donne  une  marge 
considérable. 

Pour  achever  d'exciter  notre  défiance,  nous  nous  heurtons 
à  l'abus  des  nombres  parallèles  et  symélrujucs  dans  les  rédac- 
tions de  la  Sîra^'''.  Impossible  de  jongler  plus  naïvement  avec 
les  chiffres f^l  Contentons-nous  de  quelques  exemples.  Nous  les 
choisirons  de  préférence  parmi  les  personnages' en  rapports 
intimes  avec  le  Prophète. 

Ainsi  Hadîga  lui  aurait  donné  quatre  fds  et  autant  de  filles'*''. 
A  la  mort  de  Mahomet,  les  i8  ans  de 'Aisa  se  décomposaient 
ainsi  :  y  avant  et  9  après  son  mariage '^^  D'après  certains  bio- 
graphes, les  20  ans  de  la  carrière  prophétique  se  partagent  en 
deux  sections  égales  :  10  ans  à  la  Mecque,  10  ans  à  Médine. 
D'autres,  tout  en  admettant  pour  cette  période  28  ans,  y  dis- 
tinguent 10  ans  à  la  Mecque,  10  à  Médine.  Pendant  ces 
20   ans  il   demeura   sous   l'influence   de  GabrieP^^;   les  trois 

C'  Ms.  anon.  11°  5o5i,  Paris,  Bibl.  nat. ,  p.  i']''. 

'^'  Op.  et  loc.  cit.;  Ibn  Sa'p,  Tabaq.,  1',  62,  met  «25  nuits"  entre  Mahomet 
et  l'Eiéphant,  «65  jours"  plus  ou  moins  après  cet  événement;  Mjis'oùdî,  Tan- 
bîh,  228-229. 

'^'  Dans  l'histoire  préislamique  de  la  Mecque  on  s'eflbrce  de  tout  ratta- 
clier  à  la  date  de  l'Eiéphant.  Maqdisî,  Ansdb  al-Qorasiyn  (ms.  'As'ir  eiï.),  parle 
également  de  «dix  ans  d'intervallen,  entre  les  deux  faits. 

'*'   Cf.  Caetani,  Annali,  III ,  87,  n.  2. 

'*'  Hakîm  ibn  Hizâm  affranchit  100  esclaves  avant  et  après  l'islam;  en  pèle- 
rinage il  amène   100  victimes,  consacre  100  chameaux  à  la  guerre  sainte,  etc. 

(•^î  Tab. ,  Annales,  I,  1767;  QonÂ'i, '0//oM>i  a/-MaVn-!/"  (ms.  'Omoûmiya, 
Constantinoplc). 

'"   IJoiiÀRÎ,  i'aMt,  111 ,  210,  5. 

("'  Tab.,  Annales,  1,  )2/i5-i9iG,  12/18-12^9;  Ibn  Sa'd,  Tabaq.,  I',  12(1- 
1  i!7.  Le  vers  de  Sirma  —  voir  plus  bas  —  a  aussi  servi  à  accréditer  cette  opinion. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     213 

années  précédentes  Asrafîl  aurait  joué  ce  rôle^'l  Celle  opinion 
étrange,  et  déclarée  telle  par  beaucoup  d'exégètes^^^,  permet  de 
constater  l'attraction  exercée  par  les  nombres  parallèles.  Les 
deux  contemporains  qoraisites  de  Mahomet,  Hakîm  ibn  Hizàm, 
Howaitib  ibn  'Abdarozzâ^^',  i'ansârien  poète,  Hassan  ibn  Tâbit 
auraient  vécu,  tous  les  trois,  60  ans  avant  et  autant  après 
l'islam ^'l  La  ra^^me  particularité  est  rapportée  de  'Adi  ibn 
Hâtim,  de  'Abd  llair  ibn  Yazîd,  de  Salmâ  ibn  Naufal.  Nous 
pourrions  nous  amuser  à  compléter  la  série,  si  le  jeu  en 
valait  la  peine '^'. 

Tout  en  acceptant  de  confiance  ces  1  90  ans,  certains  auteurs 
musulmans  ont  avoué  l'impossibilité  d'arriver  à  trouver  le 
compte  pour  Hassan ^"^  Que  n'onl-ils  poussé  plus  loin  leurs 


C  Même  parallélisme  dans  les  noms.  AboA  Bakr  s'appelait  'Atiq,  il  eut 
doux  frères  :  Mo'taq  et  'Otaiq;  Tab. ,  Annales,  I,  ai 33-3  1 3^.  Les  fils  d'Aboii 
LaliaL,  qui  auraient  renvoyé  les  filles  de  Mahomet,  s'appelaient  'Otba  ot 
Mo'attib. 

(^)  Cf.  loc.  cit. 

'''  Ibn  'Abdalbabr,  htîàh  (ms.  Bibl.  kh.),  t.  1-,  Ma(jdisî,  Anxâh  al-Qnvasujii 
(  ms.  'Asir  elf. ,  Constanlinople);  Moslim,  Salnli,  I,  ^^7;  Osd,  11,  /io-^ii,  'j^y  \ 
Ibn  Gauzî,  Montazam,  II,  77''  (ms.  'Asir  eff.);  Tab.,  111,  2619,  aSf?^,  aSaf). 
L'an  2  H.,  Howaitib  —  alors  octogénaire  d'après  le  calcul  traditionnel  — 
accompagne  les  caravanes;  Ibn  Sa'd,  Tabaq. ,  II",  25,  1. 

('''  Autre  poète,  le  célèbre  poète  'Omar  ibn  A.  Rabi'a  :  /io  ans  di''bauclié, 
ho  ans  ascète;  A'^.,  I,  36,  bas;  cf.  Noi.deke,  W.Z.K.M.,  XIII,  189-283. 

'"''  Nawawî,  Tahdih,  616;  Tab.,  III,  2319,  2325,  235i,  236i;  Ibn  Gauzî, 
Mnitlrnatii  (ms.  'Asir  e(T. )  xuh  anno  68.  Le  Juif  Al'ak,  assassiné  par  Mahomet, 
aurait  aussi  compté  120  ans;  Sibt  ibn  GAizi,  Mir'at  (ms.  Kuprulu),  II,  213. 
D'après  le  Monlazani,  suf>  anno  5o  (nis,  'Oraoùmiya),  Hassan  ibn  Tàbit  aurait 
vécu  îo^i  ans,  durée  exacte  do  la  vie  do  son  père,  aieul,  trisaïeul.  On  ignore 
s'il  est  mort  l'an  /io  ou  5i  H.,  niais  on  inainlirnt  généralcmenl  Tiige  de 
120  ans!  Islîàl),  t.  I,  ifolice  de  Ilass;in. 

(")  ()x(l ,  II,  /ii-'i->;  Ibn  Sa'd,  Tnhaq.,  V,  335  d.  I.  Comp.  les  calculs  do  /!/;•., 
IV,  3.  Hassan,  moil  en  Ao  ou  5o/5A  H.,  aurait  connu  Nàbigà  Dobiànî,  n'a 
pu  vivre  60  ans  dans  l'islam,  comme  après  beaucoup  d'aiitros  l'assure  Maqdisi, 
Ans(ll)  al-Aiis(ir  (uis.  'Onioùniiya  ).  Au  nionicnt  de  riii'giro  ;  il  so  trouvait  dans 
la  force  de  l'àgo.  llàsim  et  'Abdalmollalib  auraient  également  atteint  «20  ans  ; 
Bai.âdoiu,  Annàli  (ms.  Paris),  .'{7,  'u>. 


2U  MARS-AVRIL   1911. 

invesligalions!  Ijababî  l'a  fait,  à  propos  de  Salmân  al-Fârisî, 
un  spécimen  encore  plus  merveilleux  de  longévité  ou  de 
Mo\immaroûn,  comme  on  est  convenu  d'appeler  ces  Malhu- 
salems  arabes.  Ils  auraient  sans  nul  doute  abouti  au  même 
résultat.  Après  avoir  constaté  l'unanimité  de  la  tradition  pour 
accorder  à  Salmân  un  minimum  de  i5o  ans,  Dahabî  n'bésite 
pas  à  faire  cet  aveu  :  «Quand  j'ai  voulu  établir  le  contrôle, 
je  n'ai  pu  dépasser  le  chiffre  de  80  ans'^l»  Nous  savons 
d'ailleurs  à  quelles  fins  on  a  voulu  vieillir  Hakîm  ibn  Hizâm 
et  le  poète  Hassan.  Au  premier  il  fallait  faire  raconter  la  scène 
où  'Abdalmottalib  se  vil  sur  le  point  d'immoler  'Abdallah,  le 
père  de  Mahomet''^l  Hassan  était  destiné  à  attester  l'apparition 
de  Véloile  d'Ahmad,  le  pendant  de  l'étoile  des  mages ''^.  Tous 
devaient  pouvoir  ajouter  :  «Jifil  bl^,  j'avais  atteint  l'âge  de  rai- 
son w.  Un  autre  —  nous  aurons  à  nous  en  occuper  —  Qabât  ibn 
Asiam  avait  contemplé  de  ses  yeux  la  fiente  verdâtre,  laissée  à 
la  Mecque  par  l'éléphant  abyssin  ^^'.  Malheureusement  Hakîm 
prétextera  plus  tard  sa  jeunesse  pour  n'avoir  pas  plus  tôt  em- 
brassé l'islam  :  «J'avais  devant  moi,  dira-l-il,  l'exemple  des 
vieux  Qoraisites,  tous  attachés  à  leurs  erreurs-^'.  55  Si,  comme 
on  le  prétend,  il  était  né  l'an  1  2/1 3  avant  l'Eléphant,  il  devait 
à  la  vocation  (cajca^)  de  Mahomet  compter  plus  de  5o  ans.  On 
voit  la  valeur  des  calculs  de  la  Tradition  et  combien  peu  elle 
s'inquiète  de  s'accorder  avec  elle-même. 

Dans  la  chronologie  prophétique  on  découvre  partout  des 

(•)  jj^jUUI  \}^  L«  xi!  v4li3  JJi  jjc  ci'JL-?';  *i';  Ibn  'Aqîla,  'Anivâ»  aa- 
sa'dda  (ms.  'Asir  efl.  ). 

(^'  Ibn  Gauzî,  Montazam,  II  (ms.  'Asir  eff.),  7/1  ,  76". 

'*'  Ag.,  IV,  loc.  cit.;  Ibn  Gauzî,  Monlazmn,  loc.  cit. 

(*'  Tau.,  Annales,  1,  967;  Osd.,  IV,  189-190. 

'^'  Ibn  Gauzî,  Montazam  (ms.  'Omoùmiya,  Constantinoplc),  sh^  «((ho  5'i. 
Pour  les  60  années  passées  dans  Tislam  on  les  compte  [j.i*^^i))  |  »^j^  (^ 
L'->..iLà  )t^^  ;  INawawî,  Tahdib,  aiB-aiG.  Ilakim  ibn  Ilizâm  n'embrassa  l'islam 
qu'à  la  reddition  de  la  Mecque. 


i 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     215 

procédés  analogues  et  l'intluence  des  chiffres  symétriques. 
Pour  la  vie  de  Mahomet,  le  nombre  de  60,  une  fois  accepté 
comme  un  minimum'^',  s'est  vu  détailler  comme  suit  :  ho  ans 
avant  la  vocation  -[-  1 0  ans  à  la  Mecque  -j-  1 0  ans  à  Médine^^l 
Si  certains  auteurs  se  prononcent  pour  i3  ans  à  la  Mecque, 
ils  font  intervenir* Asraf il  et  Gabriel  pour  rétablir  la  symétrie 
entre  les  1  0  ans  de  la  Mecque  et  ceux  de  Médine-^^  ou  bien 
ils  assignent  —  contre  l'opinion  commune  —  1 3  ans  à  la 
période  médinoise^^^. 

Partout  ils  veillent  soigneusement  à  conserver  la  symétrie  f^^. 
Gela  nous  vaut  pour  Badr  70  morts  et  70  prisonniers^''"'.  Aux 
70  Qoraisites  tués  à  Badr  correspondront  les  70  Musulmans 
tombés  à  Oliod^"',  la  revanche  mecquoise  de  Badr.  Par  70  éga- 
lement les  Ansârs  comptent  leurs  morts,  comme  à  Bîr  Ma'oûna , 
dans  les  batailles  islamiques  '^l  Les  sièges  des  petits  établisse- 
ments juifs  de  l'oasis  de  Médine  durent  i5  jours;  ceux  autre- 
ment importants  de  Haibar  et  de  Tâif  exigent  environ  le 
double,  soit  un  mois!  Ainsi  le  veut  le  parallélisme'^'. 

Mahomet  —  c'est  la  supposition  la  plus  commune  —  aurait 

(''  Pour  ce  nombre  chez  les  Sémites,  cf.  Vigourodx,  Dict.  de  la  Bible,  s.  v. 
nombre. 

<^'   BouÂRÎ,  Sahih,  IV,  i3;  Moslim,  Sahih,  11,  a  19. 

(3)  (^f_  Tab.,  1,  1268-1349.  Voir  plus  haul. 

('■'  Balàdorî,  Atmlb  (ms.  Paris),  GB-lig;  Tirmidî,  Samd'il,  ms.  Bibl.  khéd.; 
\m  'Abdalbarr,  Isttdb,  8",  ms.  Bibl.  khéd. 

(^)  Dans  la  Sira,  les  principaux  événements  survienncnl  un  Lundi  de 
Rabî'  1",  naissance ,  mort ,  vocation ,  départ  de  la  Mecque ,  arrivée  à  Médine,  etc.  ; 
Tab.,  Annales,  1,  i255;  Hanbal,  Momad,  V,  999;  Ibn  Sa'd,  Tabaq.,  P,  (ig; 
QoTAiBA,  Ma'drif,  55;  Mas'oîidî  ,  Tanbîh,  •î-îÇ),  281. 

(">  A  Oliod  sept  Qoraisites  et  sept  Ansàrs  ont  tenu  ferme;  c'est  l'éfîalité  ab- 
solue dans  l'éloge;  Wâoidî  (Kremer),  287. 

(''  Ya'qoûbî,  II,  46;  à  Honain  ou  compte  70  morts;  Ibn  Sa'd,  Tabaq.,  Il', 
111,  d.  I.,  112,  1. 

W  Cf.  WÂQiDi  (Wellh.)  i53;  Ibn  Sa'd,  Tabaq.,  Il',  3o. 

W  Pour  la  période  préislamite,  /io  ans  est  la  durée  des  longues  guerres, 
distinctes  des  razzias  banales,  comme  In  lutte  di<  Rakr-Tnirjib,  celle  de 
Galafàn. 


210  MARS-AVRIL    1911. 

compté  environ  5o  ans,  au  moment  de  l'hégire.  Quand  elle 
veut  préciser  ce  chiffre,  la  Tradition  se  prend  à  hésiter  entre 
53  et  55,  d'accord  avec  ses  incertitudes  sur  Tâge  exact  du 
Prophète,  au  moment  de  sa  mort  :  63  ou  65  ans'".  Comme 
l'ohserve  i\I.  Grimme'^^,  le  dernier  chiffre  est  le  plus  faible- 
ment garanti,  s'il  est  permis  de  parler  de  garantie  en  cette 
matière'^'. 

Mais  ce  chiffre  63  excite  de  légitimes  défiances.  Dans  les 
annales  de  l'islam  primitif  il  réapparaît  avec  la  régularité  d'un 
cHché.  Un  jour  en  chaire,  le  calife  Mo'âwia  aurait  dit  :  «Je 
viens  d'atteindre  ma  63'"  année,  l'âge  où  sont  morts  Mahomet 
et  ses  deux  premiers  successeurs ''^  w  II  aurait  pu  y  joindre  les 
noms  de  son  rivarAli'^*  et  d'autres  grands  Compagnons,  leurs 
contemporains,  comptant  à  leur  mort  ç^ quelque  6o  ou 
•yo  ans'^^i.  Or  dans  le  style  de  la  Sîrn,  la  première  approxi- 
mation se  voit  fréquemment  précisée  et  traduite  par  63  ans^^l 
Tout   cela    trahit  la  convention  et  l'horreur  des    recherches 


'')  Choix  de  Iiadit  dans  Tirmidî,  Sttmail,ms.  B.  Icliéd. 

(^'   Mohammed,  1,  ^7,  n.  2. 

'^)  Comparer  Al-Bîroûnî,  Chronologie  (éd.  Sacliau),  3o,  7-15. 

'^'  Hanbal,  Mosnad,  IV,  96;  Tab.,  Annales,  I,  2129. 

'^'  Ibn  Sâ.'î>,  Tahaq.,  VI,  6;  Moslim,  Sahih,  II,  219.  Pourtant  au  moment 
de  rhëgire  on  dît  Mahomet  de  môme  âge  qu'Aboii  Bakr,  rs^  Jâ>e  J;  I.  liisvM, 
Sira,  386,  7.  Nous  y  reviendrons. 

'•*'  Ibn  Sa'd  ,  Tabaq ,  VI ,  7  :  trois  exemples ,  cités  en  une  page.  D'après 
NôLDEKE-ScHWALLY,  op.  Cit.,  122,  n.  7,  'Alî  n'aurait  compté  que  58  ans.  En 
réalité  nous  ignorons  l'année  de  sa  naissance.  Los  grands  Saliâbis,  mêlés  à 
i'Iiistoire  de  Koùfa  ,  comptent  «quelque  60  ou  70  ansn  ou  hicn  «70  ansn  tout 
court,  pour  varier.  Ainsi  Sa'd  ibn  Abi  Waqqàs,  Ibn  Mas'oiul,  Mogîrâ  ibn 
So'l)a,  etc.  Quand  on  se  hasarde  à  énoncer  un  cliiflTre,  ce  sont  ceu\-]à.  Cf. 
Ibn  Sa'd,  Tabaq.,  V,  7,  i.  3,  21  ;  8,  i.  9  ;  9,  5;  12,  i3,  etc.  A  'Omar  outre 
03  on  donne  aussi  61  et  même  «quelque  03  ansn,  Ibn  Sa'd,  Tahaq,  IIP,  2t).^>- 
aOô;  à  Aboû  Bakr  fcOo,  03  ou  05  ansn,  Ibn  'Asàkir,  Vlll  (ms.  Damas),  notice 
d'Aboù  Bakr.  Le  célèbre  maulà  Soiiaib,  l'ami  do  Aisa,  Safwàn  ibn  al-  Mo'atlil 
sont  morts  à  trquebpie  Oo»  ou  «<pielquc  70  ansn.  \()ir  leurs  notices  dans 
Isltdh,  ms.  B.  khéd. 

(')  'I'ap..,  III,  23in,3,  K);  •ùUi,  fi,  21:  a32.^,8;2323,  3. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRO.NULOGIE  DE  LA  SIRA.     217 

exactes.  La  donnée  des  63  ans  doit  donc  être  acceptée  sous 
bénéfice  d'inventaire. 

Celle  de  B5  ans  n'est  peut-être  pas  mieux  fondée.  C'est  l'âge 
de  Hadîga  et  autres  épouses  du  Prophète '^^5  en  somme  une 
nouvelle  transcription  en  chiffres  de  la  formule  traditionnelle 
«6o  ou  yo  ans  55,  une  façon  de  couvrir  l'ignorance  où  l'on  se 
trouvait  sur  la  chronologie  de  l'âge  héroïque.  Ainsi  a-t-on 
fait  pour  Bilâl,  l'affranchi  et  amid'Aboû  Bakr'-l  Quand  on  veut 
aller  au  fond  de  certains  calculs,  enregistrés  parla  Sîra,  on 
y  retrouve  fréquemment  la  combinaison  Go/63/65  '■*'.  D'après 
un  texte  étrange,  cité  par  Ibn  Sa'd,  r^un  siècle  comprendrait 
120  ans.  Le  Prophète  reçut  sa  mission  dans  le  siècle,  dont 
la  dernière  année  vit  mourir  Yazîd  fils  de  Mo'âwia  ^'''55.  Ce  ca- 
life étant  mort  entre  63  et  65  de  l'hégire,  notre  auteur  a  du 
penser  à  ces  nombres;  de  même,  pour  vérifier  sa  théorie  sur  la 
durée  d'un  siècle ,  il  paraît  s'être  borné  à  doubler  le  chiffre  60. 
A  ses  yeux  la  principale  signification  de  ces  nombres,  c'était 
de  représenter  autant  d'évaluations  de  l'âge  du  Prophète. 

Les  seuls    qui   se  hasardent  à  prononcer  un  chiffre  exact 


'■'  Tab.,  III,  3296,  9i5i;  Ibn  Sa'd,  Tahaq.,  VIII,  11,  86;  Mas'oûdî, 
Tanbîh,  2  33. 

<■'''  Ibn  Sa'i),  Tahaq.,  111',  170;  d'autres  le  disent  le  Vjj  d'Ai)OÙ  Bakr, 
c'est-à-dire  de  même  âge  que  lui.  Bilàl  est  un  de  ces  Saliâl)is  appartenant, 
comme  'Omar,  au  cycle  d'Aboù  Bakr. 

(^'  Pour  varier  on  assifjne  ()6  ans  à  'Aisa,  Go  à  Hafsa.  Saliva  devait  avoir  do 
Oo  à  65  ans.  Pour  le  r.erclo  intiniede  Maliometon  s'i'caile  rarenienlde  cesrliilVres: 
cf.  Ibn  Sa'd,  Jabaq.,  Vlll,  56,  60,99.  On  a  fait  une  exception  pour  Maimoùna, 
ceile-ci  ayant  survécu  trop  longtemps.  A  l'époque  de  leur  mariage  avec  Ma- 
homet, les  ffmères  des  croyants?'  comptent  cf([n(<lqiie  3o  ansi  ou  a 35  ans?i  ; 
ainsi  Onnn  llaiiilia,  Omm  Salama  ,  Zainali  liint  Galis',  etc.;  Ibn  Sa'd,  Tahaq., 
Vlll,  70,  10;  81,  9.  Onaïul  ils  se  marient,  le  Prophète  et  son  père  'Alulallali 
aillaient  en  tons  deux  95  ans.  Pour  les  chiffres  60  et  70  dans  la  Tradition, 
cf.  Haiiiaoî,  .l<l(ih  (nis.  R.  kliéd.),  1",  et  Goi.DZiiiKn,  lÀIrraliiriri-schirlilc  dfr  Si'a, 
p.  9.  Pour  les  (>.")  ans  d(>  'Aisa,  cf.  BAi.Ànoiii,  Ausàh,  985,  971. 

<'')  .l'adopte  la  correction  di'  r/'ililciir  MiUworli,  lus  Sa'd,  Tahaq..  I', 
197. 


218  MARS-AVRIL   191  I. 

pour  la  vie  de  Maliomet,  non  seulement  sont  des  autorités 
suspectes,  mais  ils  l'ont  seulement  connu  à  la  fin  de  sa  car- 
rière :  c'est  le  cas  de 'Aisa  et  d'IBn  'Abbâs'^^  Lies  témoins  de 
sa  première  prédication  ont  généralement  évité  de  s'expliquer 
catégoriquement;  ou  Lien  ils  s'en  sont  tirés  en  jouant  sur  la 
double  signification  de  kabîr  :  f^Qui  de  toi  ou  du  Prophète, 
demanda-t-on  à  son  gendre  'Otman,  était  le  plus  âgé?»  Il 
répondit  :  «Le  Prophète  était  plus  grand,  mais  j'étais  plus 
ancien  de  naissance  '-'.  »  Cette  réplique  a  dû  paraître  fort 
spirituelle,  puisqu'on  en  a  abusé.  Au  même  'Olmân  la  Tradi- 
tion la  fait  adresser  par  unSahâbî'^*,  nommé  Qabât  ibn  Asiam 
des  Banoû  'Amrou  ibn  Lait  et  plus  tard,  toujours  par  Qabât, 
au  calife 'Abdalmalik  ■''.  D'où  obhgation  pour  nous  ou  de  rajeunir 
Mahomet  ou  de  vieillir  Qabât  au  delà  des  hmites  de  la  vie 
humaine.  Même  en  plaçant  cette  conversation  la  première 
année  du  califat  de  'Abdalmalik ,  Qabât  aurait  dû  compter 
1 1 0  ans.  Mais  du  poète  Nàbiga  Ga'di  n'a-t-on  pas  fait  le  com- 
temporain  du  grand  Nâbiga  et  de  Ahlal  f^'  ! 

Dans    toute  la   Sira  une  seule  donnée  paraît  acceptable  : 
les  dix  années  écoulées  entre  l'hégire  et  la  mort  de  Mahomet. 


'''  Cf.  Qoran  et  Tradition,  p.  9.  Ibn  'Abbâs  serait  né  3  ans  avant  Thégirc 
et  en  aurait  compte  i3  à  la  mort  de  Mahomet;  Ibn  'Abdalbabr,  htidh  (ms.  B. 
khéd.),  I,  8".  On  a  fait  l'impossible  pour  avancer  la  naissance  de  ce  père  de  la 
Tradition  écrite. 

(^)  ^!iU-ll  i  *-'-*  r*-^'  ^'  }  (s*^  j^^'  cs^'  •  Cl".  .x^lyUl  ^U»  (ms.  Berlin), 
ija".  Réponse,  prêtée,  avec  des  variantes,  à  plusieurs  Saliàbis.  Le  hadit  vit  de 
certains  clichés.  Des  Tàbi'îs  ont  affecté  de  les  reprendre  à  leur  compte  : 
:iULc  L.5i  ^  Lilu/ i>.5l  Ljl;  luN  Sa'd,  Jabaq.,  VI,  65,  la;  i3o,  20,  On  a  lait 
naître  "Otmàn  l'an  6  de  l'Eléphant;  Maqdisî,  Ansdb  al-Qorasiyn  (ms.  'As'ir 
eff.).   Serait-ce  une  nouvelle   preuve   que   Mahomet   est  né  après  cette  date  ? 

(^'  De  plusieurs  années  l'aîné  du  Prophète,  puisqu'il  avait  vu  la  fiente  de 
l'Eléphant.  Voir  plus  haut.  Cf.  Tab.  ,  Annales,  1,  967,  1,  etc. 

('"'   Osd,lY,  189-190;  Tab.,  Annales,  I,  967,  17;  'Iqd-,  I,  278. 

(^'  Tab.,  III,  2897;  cf.  notre  Chantre  des  Omiades,  175. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     219 

Encore,  d'après  une  opinion  mentionnée  par  Maqrîzî  ^^^ 
faudrait-il  réduire  ces  années  à  huit,  ou  compter  i3  ans,  con- 
formément à  une  autre  opinion ,  signalée  plus  haut  ^-l 

Le  Prophète  serait  mort  à  Médine,  le  i3  de  Rabf  f ,  an 
11  de  l'hégire  =  8  juin  682^^^.  Cela  fixerait  son  arrivée  en 
cette  ville  vers  622  de  notre  ère:  622,  682,  deux  dates  mé- 
ritant d'inspirer  une  confiance,  d'ailleurs  relative.  Quant  à  la 
période  antérieure ,  celle  de  la  Mecque ,  elle  demeure  enve- 
loppée des  plus  épaisses  ténèbres.  Pour  les  dissiper  on  a  fré- 
quemment eu  recours  au  vers  d'un  certain  Sirma  au  sujet  de 
Mahomet f*'  : 

«Il  séjourna  parmi  Qorais,  prêchant  penàani quelque  dix  ans, 
essayant  de  trouver  un  croyant,  un  compagnon.» 

On  pourrait  écrire  l'histoire  exégétique  de  cette  décon- 
certante expression  :  kk^  ïj-jiKS.  ^j>^.  Ce  serait  sans  doute 
lui  faire  trop  d'honneur.  Les  exemples,  cités  plus  haut'''\ 
permettent  de  deviner  l'élasticité  du  vocable  ^j^.  Cela  veut 
dire,  en  style  de  la  Sira  :  plus  d'un  et  moins  de  dix  ''^'K  Sirma 
y  a-t-il  voulu  renfermer  un  autre  sens  ?  Supposition  bien  in- 
vraisemblable, lorsqu'il  est  question  de  chiffres  chez  un  poète 
arabe.  A  cette  époque  et  dans  le  même  milieu  ne  voit-on  pas 
Hassan  ibn  Tâbit  mettre  un  nom  propre  pour  un  autre, 
s'adaptant  moins  bien  au  mètre  prosodique'"''?  Mais  dans  la 
pénurie  de  renseignements  sérieux ,  la  curiosité  des  biographes 

(')  Imtn',  T  (ins.  Knpruki,  Constantinople  ).  Voici  comment  d'après  cotte 
opinion  on  rèf[ie  la  chronologie  de  la  Si'ra  :  le  .i<Ji-^^  à  i5  ans-(-  10  ans  à 
la  Mecque,  enfin  8  ans  à  Médine. 

(*'   BalIdobi,  Aiim/i  (ms.  Paris),  68-69. 

(•^'  Cf.  WCsTENKKLD,  Vergleichungs-Tabellen. 

(*'  L  HisÂM,  Sira,  35o;  Tab.,  Annales,  1,  1347;  AzraoI  (éd.  WiIstenfeli»), 
377. 

(•■'   D'autres  suivront  plus  bas. 

<"'   (îf.  notre  Qoran  el  Tradition,    p.  9-10. 

(■)  WÂQiDi  (Wellii.),  33i;  Ibn  ^Kn,'Tnhaq.,  Il',  59,  a-f). 


220  MARS-AVRIL    1911. 

s'est  emparée  du  vers  de  Sirma '^^  pour  l'adapter  chacun  à  son 
système  chronologique  '^*. 

Une  tradition ,  attribuée  à  Ibn  'Abbâs''',  parle  de  k  t  5  ans  et 
plus,  comme  de  la  durée  de  la  révélation,  reçue  à  la  Mecque». 
Une  autre'**  réduit  cette  période  à  8  ans'^^  Avec  raison,  sans 
doute,  la  Sîra  distingue  entre  les  débuts  de  cette  révélation  et 
ceux  de  la  prédication  publique.  La  poésie  de  Sirma  néglige 
cette  distinction. 

Pour  toute  la  période  mecquoise,  impossible  de  ne  pas  re- 
lever l'inconsistance  des  chiffres.  Seule  la  durée  de  la  carrière 
médinoise  paraissait  suffisamment  connue  :  lo  à  ii  ans,  ou 
«quelque  lo  ansr,  comme  on  l'a  peut-être  évaluée ''''.  D'après 
le  système  du  parallélisme  arithmétique*^*  on  l'a,  sans  hésiter, 
appliquée  à  la  période  antérieure.  Le  poète  ansârien  —  s'il  a 
jamais  existé  —  n'a  probablement  pas  connu  d'autre  rensei- 

C  Comme  nos  sources  en  conviennent  en  ajoutant  après  J'autoritc  princi- 
pale :  ok^i   I  j^^  .n^aju»!^  . 

(-)  Ibn  al-Atîr  ,  Kàmil ,  II ,  Zii  ,  se  prononce  pour  1 3 ,  Ibn  'AbLâs  pour  1 5  ans , 
Tab. ,  Annales,  I,  12/18.  On  a  suivi  le  même  jirocédé  pour  les  autres  faitï^  de 
la  Sîra  (sur  le  sens  et  l'emploi  de  ^-^,  cf.  Tab.,  Tafsîr,  Xll,  lai).  Comparer 
Ibn  Sa'd,  Tahaq.,  II',  71,  19  «quelque  dix  jours»,  mais  on  ajoute  j^.yi.fi  Jl-M? 
à  Hodaibiya  «quelque  i,ooo",  quand  le  minimum  des  participants  était  de 
1,/ioo;  Ibn  Sa'd,  TaOaq.,  11,  71-78,  76,  1.  Maliomet  a  choisi  celle  expression 
élastique  dans  la  seule  prophétie  risquée  par  lui,  Qoran,  30,  i-3.  Le  sièjje 
de  Haibar  avait  duré  «quelque  dix  jours» ,  QoTAiBA,  Madrif,  53,  c'est-à-dire 
un  mois,  comme  on  dit  généralement.  A  Qobà  Mahomet  séjourne  «quelque 
dix  jours»,  comprenez  plus  de  i5  jours,  et  certains  iiadil  eu  conviennent, 
mais  la  Tradition  cherche  à  cacher  cet  arrêt;  SaJ'wal  as-Sa/wa  (ms.  B.  khéd.), 
I,  ^19''.  Comparer  Ibn  Sa'd,  Jabaq.,  Il'  91,  1;  11^,  93,  nouveaux  exemples 
de  cotte  formule,  surtout  Mas'oûdî,  Tanbih,  287. 

(■''   Ibn  Sa'd,  Tabaq.,  1',  i5t,  18,  etc.;  'Fab.,  Annales,  1,  laiS. 

(")  Ibn  Sa'd,  Tabaq.,  1',  iSa,  23-a5. 

(^'  Donc  presque  de  moitié. 

('■'   Comme  avait  fait  Sirma  pour  la  période  mocquoise. 

(''  Encore  un  exemple  :  'Ali  avait  (piatre  frères,  tous  séparés  par  dix  an« 
d'intervalle  s^l  i  Ij^^xj^^,  ajoute  le  o^jL-il  «.^U».  dTr.v  Katîr,  vol.  111. 
ms.  R.  khéd. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     221 

gnemenl'^'.  Les  mohaddit  s'en  sont  autorisés^-'.  Selon  leur  façon 
plus  ou  moins  large  d'interpréter ^^^  les  «quelque  lo  answ,  ils 
ont  obtenu,  au  moyen  de  l'addition  des  lo  ou  i  i  années  de 
Médine,  les  chiffres  de  20 ,  de  aS ,  ou  de  25  ans.  Cela  con- 
duisait jusqu'à  la  vocation  de  Mahomet.  Restait  à  trouver 
ho  ans.  Dans  leur  détresse,  les  traditionnalistes  se  sont  aidés 
d'une  expression  du  Qoran  (10,  i-y),  adressée  par  Mahomet 
auxQoraisites  dans  une  sourate  mecquoise^^'.  t^  Auparavant  j'ai 
séjourné  parmi  vous  l'espace  d'un  ''omor,  fJi'^^Kn  Dans  l'inté- 
rêt de  leur  calcul  ils  ont  décidé  :  a.  la  particule  auparavant 
comprend  l'espace  compris  entre  la  naissance  et  la  vocation  de 
Mahomet;  b.  le  terme  Wor  correspond  exactement  à  ko  ans. 
Ils  arrivaient  de  la  sorte  à  parfaire  le  total  de  6 0-6 5  ans, 
selon  l'interprétation  particulière  donnée  au  vers  de  Sirma^''^ 
Comment  ne  pas  sentir  la  faiblesse  de  toute  cette  argumen- 
tation? Si  le  verset  qoranique  offre  un  sens,  ce  doit  être  le 
suivant  :  «J'ai  longtemps  séjourné  parmi  vous.» 

Ce  terme  de  yé,  avec  on  sans  l'article,  revient  fréquemment 
dans  le  Qoran,  toujours  avec  la  signification  de  vie,  d'existence 
ou  de  génération  humaines  ^^',  c'est-à-dire  une  période  indéter- 
minée, comme  la  comprenaient  les  Arabes  d'alors,  et  ceux 

C'   Voir  les  calculs  irijfénieux  de  Grimme,  op.  cit.,  I,  h"],  n.  9. 

(^'  «Ils  ont  compté,  dit  lejt  Gauzî  [Sajwal  a.y-SaJ'wa ,  I,  ^0""''),  10,  i.S 
ou  1 5  ans.  n  Lui-même  se  décide  pour  1 3  ans  :  3  ans  de  prédication  privée  et 
10  ans  do  iiiinistôrc  pul)lic. 

'■'*'  Cf.  Qoran  cl  Tradilion,  loc.  cit.  Ibn 'AiiDAi.cvnR,  hli'db{m^.B.  Kliéd.).  8", 
donno  /i8  ans  à  iMaliomet  vers  l'époque  du  cioi.^.  D'après  cette  opinion,  il  au- 
rait dû  mourir  septuagénaire. 

('■'   Entiéremont  m(H'(pioise;  cf.  Noldeke-Scuwally,  op.  cit.,  i58. 

t^'  Cf.  Tau.,  Tafsîr,  XI,  Oo-Gi. 

(")  Ou  Sonna,  on  trouve  les  deux  vocalisations  dans  les  manuscrits.  Cf.  Li- 
sàiial-Arah,  XV,  s.  v.  ^ya,  a;'.7-a3i.  Pour  le  cliill'ro  '10  clicz  les  Séniilet», 
cf.  NoLi)i:Ki;-S(:iivvAt,LV,  op.  cit.,  p.  G8.  La  conversion  de  'Omar  portii  à  '10  le 
cliilfro  des  nuisulmniis;  Unsai-y  al-'Asuia  (ms.  lîerlin),  8''. 

i')   Qoran,  10,  72;  2Ï,  /i5;  22,  5;  26,  17;  27,  /.5;  28,  /jô;  35,  1  a. 


222  MARS-ÂVniL   1911. 

d'aujourd'hui,  médiocrement  partisans  du  calciii  par  années. 
Celles-ci  les  intéressaient  moins  cpie  les  saisons,  ces  divisions 
naturelles  de  l'année  civile  ou  astronomique.  Decctte  dernière 
ils  avaient  pratiquement  perdu  le  souvenir,  et  pour  eux  le 
terme  kx^  était  devenu  synonyme  de  disette  et  d'épreuve  ^^^ 

Le  Qoran  mentionne  fréquemment  les  années.  Il  les  dit  dé- 
terminées par  la  marche  du  soleil  et  de  la  lune*^'.  Mais  en  de- 
hors de  cette  indication,  il  préfère  laisser  à  cette  mesure  du 
temps  une  valeur  indéterminée.  A  la  Bihle  il  aime  à  emprunter 
l'expression  de  1,000  ans'"',  plus  rarement  100  ans'^',  pour 
désigner  une  période  indéfinie.  A  la  même  source  il  a  em- 
prunté les  ko  années  passées  par  les  Israéhtes  au  désert^^'. 
Ailleurs,  il  place  au  bout  du  même  laps  de  temps  le  plein  dé- 
veloppement moral  de  l'homme,  quand  en  son  âme  s'éveillent 
le  sentiment  de  sa  responsabilité  et  les  besoins  religieux'^'.  La 
Tradition  a  pu  penser  à  ce  verset,  lorsque,  pour  préciser 
l'époque  d'un  pareil  phénomène  chez  le  Prophète,  elle  a  assi- 
gné cette  valeur  numérique  au  vocable  '^omor.  Toutes  les  hypo- 
thèses sont  permises  dans  ce  chef-d'œuvre  de  subtilité  qu'est 
le  hadit*'".  Ajoutez  les  7  années  d'abondance  et  de  disette  en 

(''  Ag.,  XIX,  5,  bas;  Bohtorî,  Hamâsa,  n"  h'i^.  Voir  les  dictionnaires; 
comp.  le  liadit  :  «Envoie  à  Modar  des  années  [de  diseUe],  comme  les  années 
de  Joseph",  les'<epl  années  maigres;  Ibn  S\'d,  Tabaq.,  II\  87,  28;  cf  les Sahîh, 
l'expression  y^xÀ*~w«,  éprouvés  :  cj,>s4I  ^>  a>l^!  ^  y^xJ.*»4l  ;  Ibn  (iauzî  ,  iSa/frvti 
as-Safwa,  I,  /17'',  ig".  Cf.  âjJs^s:  iU*-;  sig.,  XI,  83;  Dârimî,  Mosnad  (éd.  li- 
ihogr.),  p.  262.  On  trouve  JU-«,  -Le  et  simplement  -Le;  Labîd,  Mo'alUuia, 
vers  88;  Tab.,  Annales,  III,  2895,  10.  Dans  le  Qoran,  il  est  malaisé  de  déter- 
miner la  synonymie  de  |.Lfi  et  de  iiUk,,  cf.  2,  261;  9,  127;  12,  ^9,  etc. 

!2)    Qnran,  10,  5;  17,  i3. 

(3)  Qoran,  2,  90;  22,  46;  29,  i3;  32,  4;  70,  /i. 

C)    Qoran,  2,  261. 

('•)   Qoran,  5,  ai. 

e*)  Qoran,  A6,  li.  Comp.  Ibn  Sa'd.  Tnhaq.,  VI,  70,  26,  mettant  à  ho  ans 
tria  perfection  de  la  jeunesse"  ^L^-<i  o^.«LSj. 

'"'  Cf.  Qoran  et  Tradition,  p.  10.  Pour  IVmploi  des  mois  et  dos  années 
dans  le  Qoran,  cf.  Opitz,  Dip  Mi'dizin  ini  Koran ,  p.  16-17. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     223 

Efjypte  (12,  ^7),  celles  passée  spar  les  sept  Dormants  dans  leur 
caverne,  où  il  lui  arrive  d'hésiter  entre  les  chiffres  de  io3  et 
112  ans'''.  Noé  demeura  R  1,000  ans  moins  5o  ans»  à  évan- 
géliser  ses  contemporains  (29,  i3). 

En  dehors  de  ces  cas,  Mahomet,  comme  il  a  toujours  évité 
dans  ses  révélations  de  prononcer  des  noms  propres,  se  refuse 
à  fournir  des  chiffres;  les  expressions  vagues  «d'années, 
quelques  années  »  suffisent  a  cet  esprit  peu  précis.  C'est  la  du- 
rée, assignée  par  lui,  au  séjour  de  Joseph  en  prison,  à  celui 
de  Moïse  au  pays  de  Madian  et  en  Egypte'^*.  Le  nombre  des 
mois,  déclare-t- il ,  est  de  douze '^',  — •  cette  remarque  a  pour 
hut  d'exclure  le  7iâsi  ou  mois  intercalaire  [Qoran,  9,  87) 
mais  il  n'ajoute  nulle  part  que  ce  total  constitue  une  année''*'. 

Pourquoi  l'aurait-il  fait?  Les  Arabes  ont  sans  doute  observé 
les  mesures  du  temps  qu'on  appelle  les  jours,  les  mois  et  les 
années.  A  leurs  yeux,  ces  dernières  ont  surtout  conservé  une 
valeur  théorique.  Elles  leur  rappellent  des  périodes'^'  de  mal- 
heur ou  le  retour  de  l'époque  du  pèlerinage  annuel.  De  là, 
dans  leurs  anciens  poètes,  le  fréquent  emploi  de  Ipggn,  au  lieu 
d'année,  un  vocable  évité  par  ces  derniers. 

En  revanche  ils  insistent  sur  l'opposition  du  jour  et  de  la 
nuit,  ils  aiment  à  marquer  leur  constante  alternative,  la  suc- 
cession régulière  et  ininterrompue  des  saisons.  Seules,  elles 
ont  une  signilication  pratique  pour  ces  esprits  réalistes,  dans 
l'existence  de  ce  peuple  de  pasteurs  et  de  caravaniers,  perpé- 
tuels nomades  devant  Allah  :  «ils  calculent  d'après  le  cours  des 
astres  un  temps  abstrait,  stagnant,  dont  le  mouvement  ne  dé- 

C  Qoran,  18,  10,  a^i. 

(■-)  Qomii,  20,  /J9;  '16,  17;  ;U»,  ;5. 

'•^'  Qoran,  9,  36;  /tig^^a  — année;  ibid.,  28,  97. 

('"'  Il  insinue  cette  conclusion,  Qoran,  9,  37.  Ibn  Sa'd,  Tabaii..  11',  i33,  '10, 
la  lui  fait  énoncer,  (jf.  Snouck,  Hcl  Mekl,aannclie  Frcxl,  GG. 

^^'  (jonip.  jCà-~w'I    JU3  j-UJI  ioLoI  L»[^  y^;     Aboù   'Ohiid,     Ganh  al-liadù 

(  ms.  kuprnin),  :!27  ''. 


224  MARS-AVRIL   ,1911. 

place  rien  sur  cette  terre  immobile  5?  (V"  de  Vogué).  Pour  ces 
hommes  en  contact  permanent  avec  l'immuable  désert,  le  ca- 
lendrier perd  de  sa  valeur;  s'ils  s'intéressent  aux  météores  cé- 
lestes, c'est  en  vue  de  leurs  déplacements,  de  leur  propre  sub- 
sistance et  de  celle  de  leurs  troupeaux.  Ces  préoccupations 
leur  rendent  indifférente  l'évaluation  exacte  du  temps;  ce  der- 
nier ne  représentant  pas  à  leurs  yeux  de  la  monnaie,  ils  ne 
s'inquiètent  pas  de  partir  on  d'arriver  avec  plusieurs  jours  de 
retard.  Un  seul  retard  leur  paraissait  sensible  :  celui  du  rabi\ 
d'où  dépendait  leur  existence'". 

Pour  s'en  convaincre  il  suffit  d'ouvrir  le  Qorau.  De  nom- 
breux passages  attestent  une  observation  fervente,  mais  naïve 
de  la  nature.  En  énumérant  les  signes  (iot  )  de  la  puissance 
divine,  il  revient  avec  complaisance  sur  la  succession  du  jour 
et  de  la  nuit,  sur  le  soleil  et  la  lune,  obligés  par  Allah  de 
fournir  leur  course  et  de  marquer  ainsi  la  distinction  du 
temps'-',  ou  comme  il  s'exprime,  d'apprendre  aux  hommes  «le 
nombre  des  années  elle  calcul''^'»  chronologique.  Le  Prophète 
ne  peut  assez  s'extasier  devant  cet  ordre  providentiel,  «effa- 
çant le  signe  de  la  nuit  pour  le  remplacer  par  le  signe  éclatant 
du  jour,  pendant  lequel  les  fidèles  doivent'^'  s'assurer  (les  ef- 
fets de)  la  munificence  de  leur  Seigneur  15  (17,  i3).  Comme 
tous  les  esprits  d'une  médiocre  fécondité  littéraire'^',  il  tourne 
et  retourne  ce  thème,  il  montre  Dieu  ce  repliant  le  jour  sur 
la  nuit,  et  la  nuit  sur  le  jour 55  (39,  7),  forçant  le  soleil  et  la 

(')  Cf.  noire  mémoire  sur  la  Bâdia  et  la  liira,  dans  Mélanges  de  la  Faculté 
orientale  de  Beynnith,  IV,  91-112. 

W   Qoran,  6,  i3,  96-97;  36,  87-/10;  M,  87;  55,  6-8. 

W    Qoran,  10,  6;  17,  i3. 

(^'  C'est-à-dire  travailler  ponr  assurer  leur  existence.  Cf.  saint  Jean,  ix,  !i; 
D.  NiELSEN,  Die  altarabische  Mondreliijion,  83  et  suiv. 

(^)  Quand  il  pense  avoir  trouvé  une  tournure  heureuse,  il  la  ressert  à  sa- 
tiété. D'après  Hirschfeld,  New  Researches  inlo  ihe  Exegesis  of  the  Qoran,  (iO, 
72  ,  cette  insistance  sur  les  caLl  «sijjnes,  miracles  pliysicfues'i,  voudrait  piouver 
rinulilité  des  autres  miracles  pour  établir  sa  mission. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     225 

lune  à  faire  leur  service'^'.  Il  jure  par  ces  météores,  comme  il 
jurerait  par  le  Créateur  ^^l^  IJ  est  loin  de  montrer  le  même  in- 
térêt aux  mois,  aux  années,  divisions  artificielles,  unités  chro- 
nologiques, ayant  produit  sur  son  intelligence  une  impression 
trop  superficielle  pour  y  avoir  marqué. 

Les  anciens  poètes  '^*  arabes  ont  éprouvé  exactement  les 
mêmes  sentiments,  exprimé  la  même  admiration  devant  le 
double  phénomène  nocturne  et  diurne,  toujours  ancien,  tou- 
jours nouveau  yljoCsJ^  "'•  ^^ur  leur  passé,  les  bardes  du  désert 
aiment  à  jeter  un  regard  mélancolique.  Ce  passé,  ils  ne  se  le 
figurent  jamais  comme  une  théorie  d'années.  Cette  abstrac- 
tion ne  disant  rien  à  leur  imagination  positive,  ils  nous  parlent 
de  la  succession  des  jours  et  des  nuits;  elle  a  emporté  leur 
jeunesse,  dévoré  leur  vigueur'^'.  Ils  s'en  consolent  d'ailleurs. 
Jadis  le  jour  et  la  nuit  n'ont-ils  pas  triomphé  du  sage  Loq- 
mân?  Doû'l  Isba',  un  des  plus  anciens  de  ces  poètes,  le  dé- 
clare sans  ambage  :  l'homme  succombe  sous  l'assaut  combiné 
du  jour  et  de  la  nuit''''.  Toute  notre  existence  mortelle  ici-bas 
se  réduit  à  deux  jours,  moins  encore,  à  un  jour  et  une  nuit! 
Ces  deux  ennemis,  sans  jamais  vieillir,  voient  tout  vieillir, 
tout  périr  autour  d'eux'"'.  Ils  ont  terrassé  les  peuples  de  'Ad 
et  de  Tamoûd,  Himiar,  les  Tobba'  et  Odaina,  le  puissant  sei- 
gneur de  Palmyre;  conire  leurs  attaques,  le  héros  demeure 
désarmé,  les  plus  puissantes  forteresses  ne  peuvent  tenir.  Ne 
possèdent-ils  pas  la  clef  de  toutes  les  serrures ''^^  ? 

(')   Qoran,  39,  'y;  45,  3-5;  57,  6  el  passim. 

W   Qoran,  7/i,  36-38;  8A,  16-iH;  89,  1-6  clpassim. 

(^'  Sur  certains,  posU'rieurs  à  Tislain,  on  peut  admettre  linlluoncc  du 
Qnran.  A  partir  des  Marwànidcs,  cette  inlluonce  {îajjno  de  plus  on  plus  et  di- 
minue d'autant  leur  valeur  sous  le  rapport  historique  et  sociaL 

''"'   HoiiTouî,  llainàsa  [C'A.  Chciklio),  n°'  6in,  /la'i,  '127,  ^99. 

(^)  HoMïoiu',  ihid.,  n'"  /ii3,  ^ii5,  /iiG,  /118. 

("'   RoiiTouî,  Ihtd.,  n°'  /117,  'jao. 

<''   IJoHTonî,  ifiiiL,  n"'  ^laa,  /ia3,  '»:îA,  'i3(i. 

"'   HoMToni,  lltoiuisii,  n"  /|'j5,  /ia8. 

XVII.  i5 


iMrHmriiit    x(Ti(i:\ti.a 


226  MARS-AVRIL    1911. 

Il  semble  donc  difFicile  de  le  nier  :  le  calcul  par  années  ne 
fut  pas  familier  aux  anciens  Arabes;  de  la  division  du  temps, 
ils  ont  surtout  retenu  la  plus  petite.  Pour  eux  k  mesure  chro- 
nologique usuelle  demeure  le  jour '^*.  En  dehors  de  ce  dernier 
point  de  repère,  la  durée  apparaît  comme  le  désert,  une 
étendue  sans  bornes,  sans  interruption,  que  le  regard  de  leur 
intelligence  ne  se  préoccupe  pas  de  sonder.  Pourquoi  leurs 
poètes  n'ont-ils  toujours  gardé  la  même  réserve?  La  valeur  des 
années  leur  échappe  totalement.  Voilà  pourquoi  ils  affirment 
orerolundo  avoir  vécu  des  centaines  d'années'-'  :  3oo,  /loo  ans 
ont  passé  sur  leur  tête  et  ils  attendent  toujours  *^^',  plus  vieux 
qu'Alexandre  le  Grand,  fatigués  de  se  teindre  la  barbe '''*  !  Par 
bonheur  ils  avouent  en  même  temps  y  voir  double'^'.  Quand 
il  s'agit  de  la  notion  du  temps,  c'est  quintuple  qu'il  aurait  fallu 
dire  ! 

Rien  ne  nous  autorise  donc  à  tabler  sur  le  verset  qora- 
nique  (10,  17)  :  '^07nor  peut  signifier  20,  26,  comme  35  ou 
ho  années,  ou  plus  simplement  une  période  d'une  longueur 
indéterminée.  Mais  à  l'époque  où  la  rédaction  de  la  Sîra  com- 
mença à  se  fixer,  on  sentit  le  besoin  de  solutions  nettes.  Le 
contact  avec  les  «possesseurs  de  l'écriture 55  avait  révélé  partout 
l'existence  d'une  chronologie  ferme.  On  ne  voulut  pas  rester  en 

(')  Hamâsa,  n"'  hih,  h'xh^  mentionne  pourtant  les  mois  et  les  années  J»^^, 
-le,  mais  sous  leur  dénomination  la  plus  vague;  le  n°  Aaa  contient  SXm 
mais  avec  l'addition  ^U^ ,  donc  dans  le  sens  de  disette.  C'est  moins  une  mesure 
chronologique  qu'une  succession  de  saisons  malheureuses,  eu  réalité  une 
année,  où  le  rabf  a  fait  défaut  !  Comp.  Tab.  ,  III ,  2895 ,10,  âju<  -Le ,  année  de 
disette. 

(2)  Hamâsa,  n""  /160,  /.61 ,  ^65,  hCyS. 

W  ibid.,n''  1068. 

W  Ibid.,  n"  981. 

'*'  Ibid.,  n°'  1 069-1  o6i.  Manzoùr  ibn  Zabbàn ,  appelé  Manzour,  parce  que 
quatre  ans  on  aurait  attendu  sa  naissance,  Ag.,  XI,  5/i,  10  d.l.  De  là  les 
théories  des  Arabes  sur  les  longues  gestations  :  ils  calculaient  mal  les  années  ! 
Cf.  QoTAiBA,  Ma'drif,  198;  Ibn  Sa'd,  Tabaq.,  VI,  a  10;  Gàhiz,  Haiawdn,  VII, 
Ito. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     227 

arrière.  Ce  besoin  valut  à  J^l,  un  des  synonymes  de  '^omor, 
la  signification  de  60  ans.  Après  avoir  composé  l'hémistiche 

^^joJit  yx)^l  iiSl^j'^',  le  poète  Nâbiga  al-Ga'dî  a  bénéficié  de 
180  ans.  A  un  autre  de  ses  confrères  on  a  accordé  120  ans 
pour  avoir  «usé  trois  turbans*'^^?.  Toute  cette  exégèse  lexico- 

graphique  possède  la  même  valeur  :j*c,  J^Î,*xlS-, on  revient 
toujours  aux  chiffres  parallèles  de  ho  ou  60  ans.  Cette  insis- 
tance sur  les  années  contraste  avec  le  procédé  des  anciennes 
Smi,  où  l'on  semble  les  ignorer^'",  pour  calculer  de  préférence 
par  mois.  Pendant  la  période  médinoise,  au  lieu  de  dater  les 
événements  par  la  2",  3%  h"  année  de  l'hégire,  elles  parlent 
du  2  5",  27",  33",  h']%  59^  mois  depuis  le  înahgar  de  Ma- 
homet ("). 

Ainsi  une  fois  de  plus  nous  surprenons  la  Tradition  usant 
de  son  procédé  habituel  :  pour  se  former  une  opinion  elle 
interroge,  non  les  souvenirs  des  contemporains,  mais  la  poésie 
et  le  Qoran.  Vouloir  confirmer  par  ces  deux  sources  l'indica- 
tion conventionnelle  des  6 0/6 5  ans,  c'est  renverser  la  marche 
du  processus.  C'est  imiter  les  rédacteurs  de  la  Srra.  Dans  leur 
ignorance,  ceux-ci  se  sont  empressés  de  compulser  le  Livre 
d'Allah  et  les  recueils  poétiques'^',  sauf  à  se  donner  à  l'aide  de 

C  GoLDZiHER,  ^>*il  <->\s^,  "^y ,  11,  avec  les  annotations  de  l'auteur;  .1^., 
lV,i3o. 

^^1  SiGiSTÂNÎ ,  ^jf-l'  v^^i  "î^)  8 ,  avec  la  remarque  :  jjyt^»-?)'  J-^J^■  *^LlJ!  ool5' 
*iA«.  Le  turban  était  l'indice  des  grands  saiijd,  pour  cola  souvent  qualifiés  de 
^-^.  Cf.  luN  Sa'd,  Tahaij.,  II',  Gi ,  9  ;  laa ,  1 1  :  le  Prophète  confère  la  JUU 
aux  chefs  dos  grandes  expéditions;  cf.  notre  Califat  de  ïaitd,  I,  319,  etc. 

<*'  Pour  l'importanre  des  mois  chez  les  Arabes,  cf.  D.  Nielsen,  Die  alt- 
ara/)isrhe  Mandi-ctininii,  pt  ho. 

('''  Cf.  IiiN  Sa'd,  Taliaij.,  Il',  ai,  aA,  aT),  /|3,  5(),  etc.  Coiiip.  (Joran, 
46,  1/1.  A  partir  de  l'an  (5  i\t'  Hn'giiv,  la  Sird  reprend  généralement  le 
calcul  par  annoc. 

(^'  Voir  les  textes  cités  plus  bas.  Pour  les  emprunts  poétiques,  comparer  un 
aveu  dans  Ibn  Sa'd,  /«/wr/.,  Il',  f);),  a-5,  au  sujot  d'uue  sariya;  un  vers  de 
Hassan  ibn  'Pàbil  l'a  l'ail,  mais  à  lor( ,  attribuer  à  Miiplàd. 


228  MARS-AVRIL   1,911. 

hadit,  fabriqués  ad  hoc,  l'air  de  puiser  directement  dans  le 
trésor  du  témoignage  contemporain.  En  résumé,  le  vers  de 
Sirma,  le  verset  du  Qorcin  (10,  17.),  la  période  décennale  de 
Médine  :  avec  ces  trois  éléments  de  très  inégale  valeur  a  été  résolu 
le  problème  de  l'âge  de  Mahomet.  On  a  pu  procéder  d'une 
façon  encore  plus  sommaire  et  sans  renoncer  au  système  des 
nombres  symétriques.  La  période  prophétique  a  été  impartia- 
lement partagée  en  deux  sections  sensiblement  égales.  Puis 
pour  toute  l'époque  antérieure  au  mab'al,  ou  vocation,  on 
s'est  décidé  à  doubler  les  20  années  obtenues  par  le  pre- 
mier calcul.  Le  résultat  a  donné  60,  63  ou  G5,  selon  l'inter- 
prétation plus  ou  moins  hbérale  du  terme  ^i,  fourni  par 
Sirma  Aboû  Qais. 

Que  penser  de  la  contribution  poétique  de  Sirma?  La  pa- 
ternité n'en  est  pas  d'abord  assurée.  On  en  a  également  fait 
honneur  à  Hassan  ibn  Tâbit.  De  l'aveu  d'Ibn  Hisâm  '*',  on 
aurait  dans  la  Qnsîda  de  Sirma,  introduit  des  vers  du  Tagli- 
biteAfiioûn,  de  son  vrai  nom,  Soraim  ibn  iMa'sar;  Soraim, 
Sirma,  la  confusion  est  facile.  L'existence  de  Sirma'-'  n'est  pas 
mieux  prouvée  que  l'authenticité  de  ses  vers  '^'. 

Dans   la   Sîra,    rien    de    suspect   comme    ces  histoires  de 

('>  Stra,  p.  35o,  d.  i.  35i,  1.  L'auteur  cite  quantité  de  vers  apocryphes. 
Il  a  parfois  la  loyauté  d'ajouter  alors  une  noie  défavorable,  comme  lorsqu'il 
introduit  des  modifications;  comp.  46â,  i63,  5i6,  5i8,  53o,  etc.  On 
voit  combien  on  s'est  évertué  pour  faire  concourir  la  poésie  à  la  confection  de 
la  Stra. 

t^'  Yâqoût,  Mo'gam,  III,  567,  le  connaît  seulement  comme  çs^LsJi)!  »-»yo . 

A  son  occasion  aurait  été  révélé  le  verset  qoranique  :  «io  Jl  aXJ  J^.!  .  Cf.  les 
yljiJl  Jjy  vW-^'î  comme  le  n"  111  ,  ms.  Noûrî  'Otmàni,  p.  i''  :  on  l'y  ap- 
pelle f^jta    w^^!. 

.  W  Comp.  hliàh  (ms.  R.  khéd.).  7''  :  ^^  (  jJ^)  ti-b  ^^  c:^Loi)l  »J^j6  Loj^ 
caLjljJI  JXl  !.Xiâ  j  t5^Lo_ji)l  ù-jLMi  jv£  (sK~=îî  {^  'f'^^-tr^  (jT  uW**"  •  Ailleurs  on 
les  cite  sans  isnâd.  On  \oil  ici  la  source  ansàrienno  et  comment  l'antiquité  de  la 
transmission  ou  de  Yisiidd  —  à  supposer  son  aullienlieitc  —  ne  dépasse  sans 
doute  pas  Sofinn. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     229 

lunûf,  avec  leurs  apocryphes  et  fastidieux  développements.  Or 
Sirma  se  trouve  être  un  de  ces  vagues  personnages,  inventés 
pour  les  besoins  de  la  cause,  destinés  à  servir  de  précurseurs 
à  Aboû'l  Qàsim,  et  faire  croire  à  l'existence  d'un  culte  hanîfite, 
affirmée  par  le  Qoran.  Ni  son  nom,  ni  sa  konia,  ni  ceux  de  son 
père  ne  sont  fixés  '^l  Etait-il  Ausite  ou  Hazragite  ?  Sirma  repré- 
sente-t-il  un  ou  deux  Médinois'-'?  On  l'ignore  également.  Qu'on 
ait  voulu  le  rattacher  au  clan  médinois  des  Banoù  Naggâr, 
cela  atteste  surtout  le  dévouement  bien  connu  de  ces  derniers 
à  la  cause  islamique.  Son  curriculiim  vitœ  n'est  pas  mieux 
élucidé,  à  l'exception  des  généralités,  mises  sur  le  compte  de 
tous  les  hanîf'.  On  se  décide  communément  à  le  faire 
mourir  la  première  année  de  l'hégire. 

D'une  façon   plus  ou  moins  consciente,    on  l'a  confondu 

(')  t^^Liî_Ji)l  ^^-fJi  ^j->  iLj»yMs  ^.-^  ^!  ;  Ibn  'Abdalharr,  htUdb  (ras.  Noûri 
'Otmàni,  Conslanlinople)  :;l.s^Ji  jjJ  <50s.c  (^  ^^t  j-Jl  ^1  ^^,  SUyo  j^j-?!; 

T.VB.,   I,    I2/I7  :    j-^jj|   ^-^1    (^\    ^^   iUyo      ou    j-Jl    ^I    *-«yo  ;  SlBT    IBN  G.Vl'ZI  , 

Mir'al,  H,  193',  19.3''  (ms.  Kuprulu)  du  ^J~i  j^  j— Jl  ^1  ^^  iitya  j^  ^\ 
t5>^  jjj  dJL»  j^  *^jo,  on  ajoute  ^--o  Lj!  (^Sj,  MaodisI,  Ansdb  al-Aiisàr 
(ras.  'Omoùmiyà)  ou  ii»y^  ^\  (Ag.,  VUI,  io5)  tout  court. 

(-)  Cf.  Osd,,  ni,  17-19; /s/r«i,  aux  endroits  cités.  On  cite  une  doublure  de 
Sorma  :  ^1^?^-"  (^^  ^j*  J.j  J^j  <^^)^^  ï^yo  ^j!  .  Puis  on  énnmère  toutes  les 
variantes  possililes  de  ce  namh ,  où  revient  constamment  la  konia  -*^  ^! . 
Enfin  une  note  marginale  déclare  que  ce  doit  être  le  même  que  le  premier 
Sorma ,  parce  que  ce  nom  ne  se  rencontre  pas  parmi  les  Ranoù  Màzin;  htibsùr, 
ms.  cité. 

'■^'  SiBT  IBN  (iAuzi,  MAijDisi ,  loc.  cU.  Simia  est  le  pendant  m^inois  du 
lianîf  mecquois,  Zaid  ibn  'Amrou  ibn  Nofail ,  après  lequel  on  le  cite  volon- 
tiers. Cf.  SiBT  IBN  Gauzî,  loc.  cit.,  Hizàiml  al-Adah,  H,  bl^'^-^^lt^r,  Ajf.,  Mil. 
io5;  Tab.,  Annales,  I,  1 9/17-t  2.'i8  ;  !yr\s'oi"jni ,  Prairies,  IV,  i4i.  MA(.inisi, 
Ansdh,  loc.  cit.,  donne  de  lui  d'autres  vers  lianif,  à  allure  très  apocryphe. 
Aroû  Dabb,  Sarli  as-Si'ra  (ms.  Heriin);  le  ms,  n"  8^9,  Tan'lj ,  \\.  klièd.  : 
^'-iajill  cjLcJl  ^  ^Li^JCu/M! .  VIsii'dli,  ms.  cité,  notice  de  Sorma,  !<•  dit  fils 
d'Aboù  Anas  :  u>-^Jwc  ^^i  L-!  /ÂC)  ....  JJL«  ,  ._<  H».,^  ,  ._>  ^^ï  ^A  ,_jl  iwJI 
AJ^  ij>  S^yo  «.^.jiÀ*-?  JU  Lfj  5  *i:-JO  x^wli.  Le  volumi>  111  donne  une  notice 

d'Alïoù  ()ais.  I)'ii[)rès  (Jatàda,  il  scrail  iU y^a  ^v.' JJL«   .^ï^'l:  c'est  d'uillour 
même  personnnjje,  les  détails  fomnis  èl.mt  idi-nliqucs. 


s  l.> 


230  MARS-AVRIL   1911. 

avec  d'autres  lianîf  médinois,  comme  Aboù  Qais  ibn  al-Aslat, 
tout  aussi  mythiques'^'  et  également  auteurs  de  vers  consacrés 
à  Mahomet.  La  Tradition  trahit  ici  sa  dépendarlce  à  l'endroit 
de  la  poésie.  Quand  celle-ci  fait  défaut,  elle  n'hésite  pas  à  la 
fabriquer^'-'.  La  Sîrà  d'Ibn  Hisâm  fourmille  de  ces  morceaux 
apocryphes.  S'il  fallait  dans  une  proportion  décroissante  for- 
muler l'importance  des  éléments  constitutifs  de  la  Vie  oj/iclclic 
do  Mahomet,  je  l'énoncerais  dans  l'ordre  suivant  :  le  Qoran, 
la  poésie,  la  tradition  orale.  On  peut  faire  une  exception  pour 
la  période  médinoise  où  la  Tradition  prime  la  poésie.  Quoi 
qu'il  en  soit,  les  critiques  musulmans  se  sont  estimés  heureux 
de  citer  les  précieux  smvâhid  de  Sirma  et  d'en  tirer  des 
déductions  chronologiques.  Cette  préoccupation  les  a  empêchés 
d'y  reconnaître  une  satire  déguisée '^^,  d'origine  ansàrienne, 
destinée  à  flétrir  l'incrédulité  des  rivaux  qoraisites'*'.  Certains 
auteurs  de  traditions  avouent  sans  détour  l'emprunt  poétique. 
On  discutait  sur  la  durée  écoulée  depuis  la  révélation  jusqu'à 
l'hégire;  Ibn  'Abbâs  se  prononça  pour  une  période  de  i3  ans. 
Mais,  lui  objectait-on,  'Orwa  ibn  Zobair  compte  seulement 
«dix  ans 55.  —  «C'est  vrai,  fit  Ibn  'Abbâs;  il  s'est  inspiré  de 
l'opinion  du  poète^^'.»  Impossible  de  convenir  mieux  combien 


(')  On  en  fait  (les  ^jj^yjj» ,  nouvelle  circonstance  suspecte,  Ibn  Hagab,  hdbai 
II,  Û86-/487;  Osd,  III,  17-18;  ils  sont  au  nombre  des  «orakolnden  Su'arà''^; 
GoLDZiuER,  Afjhandhingen ,  II,  p.  xiv,  n.  li. 

('^)  Ibn  Sa'd,  Tabaq.,  IV'-,  9-1-90;  Wellhadsen,  Shizzen,  IV,  16;  Goldziher, 
[hkamlluiigmi ,  loc.  cit.,  et  dans  la  revue  Dcr  Islam,  II.  io3. 

(^)  Goldziher,  M. S.,  I,  9G.  Scuwallv,  op.  cit.,  p.  tJS,  admet  l'authenticité 
des  vers  de  Sirma.  Hassan  ibn  Tàbit  se  vante  de  répondre  aux  satires  de 
Qorai.s.  Voir  son  divan  (ms.  B.khéd.,  n°  39),  V  qasîda.  L'apocryphe  de  Sirma 
trahit  par  la  facture  des  vers  une  époque  postérieure  aux  Omaiyadcs.  Cf. 
Hassan  ibn  Tàbit  (éd.  Hirchfeld),  xix,  xxn,  xxv,  lxxix,   11. 

(*'  Voir  le  même  thème  dans  Hassan  ibn  Tàbit,  x,  Inc.  cit..  Lo  faussaire  a  pu 
s'en  inspirer,  Tab.  ,  III,  9610,  26i3-a'ii/i.  Le  divan,  allrii)ué  h  Sirma, 
célèbre  les  gloires  des  Ansàrs,  Ag.,  Vlll,  10.^1. 

(^)  -^LsJI  Jy»  ^jA  sovi.!  Lc!>  Ibn  'Abdaibarr,  Isli^dli,  ms.  cité. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     231 

dans  ses  calculs  chronologiques  la  Sira  dépend  de  Sirma,  sans 
en  excepter  Ihn  'Abbâs'^'. 

A  notre  avis,  un  préjugé  a  énormément  contribué  à  fausser 
ce  calcul  et  celui  de  l'orientalisme ,  engagé  à  la  suite  de  la  Tra- 
dition. On  a  sans  motifs  allongé  d'une  dizaine  d'années  environ 
l'existence  du  Prophète. 

Quand  l'homme  a  dépassé  la  cinquantaine,  il  lui  manque 
généralement  les  illusions  ou  l'énergie  nécessaires  pour  se 
créer  une  nouvelle  existence.  L'exode  de  la  Mecque  comportait 
cette  dernière  détermination.  Cette  considération  n'a  pas  em- 
barrassé la  Tradition ,  et  bravement  elle  date  la  hi^rn  de  la 
53/56*  année  du  Prophète.  L'étude  de  la  Sira  laisse  plutôt 
l'impression  contraire.  A  sa  mort,  Mahomet  se  trouvait 
dans  la  force  de  l'âge  et  il  fut  surpris  par  cet  événement '^^, 
d'ailleurs  précipité  par  ses  excès. 

On  se  sent  confirmé  dans  cette  conviction ,  quand  on  exa- 
mine la  longévité  attribuée  à  certains  contemporains  et  aînés 
du  Prophète.  Parmi  eux ,  le  nombre  aurait  été  grand  de 
ceux  qui  lui  survécurent  au  point  de  faire  admettre  la  fréquence 
des  centenaires  ou  des  quasi-centenaires  au  Higàz.  La  Tradi- 
tion, on  l'a  déjà  vu,  ne  s'effraie  pas  de  cette  conclusion.  A 
l'instar  de  la  Bible  elle  a  voulu  posséder  ses  Patriarches  pré- 
islamiques. L'imagination  arabe  et  la  jactance  des  poètes  anciens 
lui  ont  fourni  les  matériaux  de  ces  légendes.  Elles  alimentent 

C  Moslim  (cf.  ScHVVAM.Y,  op.  cit.,  69)  blànie  également  ceux  qui  préfèrent 
le  vers  do  Sirma  à  la  tradition.  On  voit  l'influence  qu'il  a  exercée.  Un  liadil 
montre  Ibn  'Abbàs  fréquentant  Sirma  pour  apprendre  les  vers  :  wll  séjourna 
parmi  Qorais'.n  Cf.  ^ij^ji)!  c_.L«Jt  ^  ^io..,y-ti.^l ,  ms.  B.  khcd..  p.  a.  C'est  un 
anachronisme  :  à  la  mort  de  Sirma,  Ibn  'Abltàs  était  encore  on  nourrice.  Il 
vint  seulement  à  Médine  après  \o  falk,  c'est-à-dire  sept  ans  après  la  mort  de 
Sirma.  11  est  curieux  de  constater  comment  tout  aboutit  à  lui.  Sous  lo  ralifo" 
Mahdî,  circulait  un  divan,  attribué  à  Sirma,  cf.  A]r.,  Mil.  ino. 

^^'  On   ne  le   voit  régler  aucuno  des  j;raves  questions  on  suspens,  sa  suc- 
cession, etc.  Cf.  noire  Triiiiuvlral ,  dans  M.F.O.,  IV,  1  i3  et  suiv. 


232  MARS-AVRIL   1911. 

la  littérature  spéciale  des  Moammaroim,  à  laquelle  l'apologé- 
tique musulmane  porte  un  intérêt  très  marqué'^'.  Sans  ouvrir 
ici  un  débat  sur  ce  sujet,  nous  devons  examiner  jusqu'à  quel 
point  l'extraordinaire  longévité  des  Compagnons  cadre  avec 
l'hypothèse  d'un  Prophète,  mort  sexagénaire,  comme  l'affirme 
l'opinion  courante. 

Par  contre  on  a  singulièrement  rapproché  sa  naissance  et 
celle  de  ses  oncles^-'  :  Hamza,  présenté  comme  son  frère  de 
lait;  'Abbâs,  destiné  à  lui  survivre  longtemps.  Pour  diminuer 
entre  les  deux  l'écart  d'âge ,  la  Tradition  s'est  décidée  à  faire 
naître  'Abbâs  trois  ans  seulement  avant  son  neveu  '^'.  Les  com- 
binaisons subtiles  abondent  dans  ce  chef-d'œuvre  d'ingénio- 
sité qu'on  appelle  la  Sîni^'^K  On  n'a  jamais  le  droit  d'y  sup- 
poser la  recherche  désintéressée,  même  quand  on  se  voit 
hors  d'état  d'assigner  le  pourquoi  de  certaines  assertions, 
comme  les  i/io  ans  libéralement  accordés  à  'Abdalmottalib '^^ 
La  Tradition  n'a  jamais  travaillé  au  hasard,  mais  toujours  en 
vue  d'une  thèse  déterminée.  C'est  une  tâche,  réservée  à  la  cri- 
tique, de  découvrir  graduellement  ces  thèses  ou  tendances 
particulières. 

Par  quelle  série  de  calculs  on  est  arrivé  à  prolonger  jusqu'à 
la  soixantaine  la  carrière  de  Mahomet,  nous  le  savons  maintenant. 
Celte  conclusion,  érigée  en  dogme  historique,  est  le  fons  ma- 
lorum  omnium,  elle  a  engendré  la  plus  effroyable  confusion 
chronologique.  D'autre  part,  pour  les  besoins  de  la  cause,  la 
Sh-n  s'est  décidée  à  avancer  la  naissance  de  nombreux  Com- 

'')  Cf.  l'introduction  de  Goldziher  à  son  édition  du  Kitdb  al-Mo'ammarîn. 

t-'  Ainsi  Abon  Tàlih  serait  mort  à  l'âge  do  '\H  ans;  Mas'oi'oî,  Prairies,  iV, 
/|G;  cf.  Wkixuausen,  Shizz^eit,  IV,  27. 

W  WÀQiDÎ  (  Wellh.).  54:  Ibn  Sa'd.  Tnha,i.,  IV,  p.  i!:Tap,.,  IH,  2.3  1  1  ajoute 
finement  :  J^  U^». 

''■'   Cf.  notre  Qoran  et  Tradition,  p.  10. 

(*)  Faivoûmî,  AhOàr  (ms.  "Asir  efl".  ),  p.  3'.  Dans  son  Tanlnli ,  a3a  ,  Mas'oiidî 
accorde  à  Almri  Tàlili  frquelfpio  .Su  ans?).  Cf.  IslCàli(m^.  cil/'),  p.  8". 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     233 

pagnons.  Leur  témoignage  était  indispensable  pour  attester  la 
réalité  de  faits  merveilleux.  Comme,  par  ailleurs,  ces  person- 
nages ont  longuement  survécu  au  Maître ,  on  voit  d'où  provient 
le  nombre  considérable  de  nonagénaires  et  de  centenaires 
dans  les  annales  primitives  de  l'islam.  Une  erreur  historique 
ne  peut  aller  seule.  La  Sîra  n'a  pas  vu,  ou  a  refusé  de  voir, 
cette  complication. 

Parmi   ces   témoins   ainsi   vieillis   nommons  :  'Ammâr  ibn 
Yâsir,  né  la  même  année-^^'  que  le  Prophète;    Solaimân   ibn 

Sorad,  le  chef  des  pénitents  ou  (j_^|^-»,  tué  sous  le  califat  de 
Marwân  I"'-^;  Abou  Sofiân,  un  des  chefs  incontestés  de  la  Mecque, 
lorsque  le  Réformateur  commença  à  s'y  produire,  le  véritable 
saih  de  Qorais,  non  seulement  par  l'influence,  mais  par  la 
maturité  des  années.  L'autorité  était  à  ce  prix  dans  les  milieux 
arabes,  où  l'on  se  défiait  des  saiyd  jeunes.  En  mentionnant 
Mahomet,  Aboû  Sofiân  lui  donne  la  qualification  de  neveu  ('^, 
une  façon  de  parler,  attestant  une  différence  d'âge  appréciable. 
On  s'accorde  d'ailleurs  à  le  faire  naître  l'an  i  o  antérieurement 
à  l'Éléphant  ('). 

D'après  une  tradition,  citée  plus  haut,  le  futur  calife 'Otman 
aurait  été,  lui  aussi,  l'aîné  d'Aboû'l  Qasim.  Une  autre  pourtant 


C  Ou  môme  auparavant,  Tab.  ,  HI.  3.317,  8.Arf|am,le  propriétaire  du  dàr 
(le  ce  nom,  si  célèbre  dans  les  annales  de  l'islam  primitif,  mourut  en  5.'! '55  H. 
La  date  de  naissance  no  se  trouve  nulle  part  indi(|uée,  mais  ce  lut  un  dos  plus 
anciens  musulmans;  Ibn  Sa'd,  Tahaij.,  III',  i^S-i^'i.  Plus  loin  nous  attirerons 
l'attention  sur  la  date  nécroloffique  54-55  H.  D'après  Par.  ,  III.  933S, 
Arqam  serait  mort  en  5'i;  dans  Vmde.r,  l'éditeur  de  Goeje  met  la  date  55. 

'-'  Yv'ooiBÎ,  H,  19.  Ilm  Sorad,  du  vivant  de  Mahomet,  comptait  déjà 
x-JLc  ^,  il  meurt  en»combaltant  à  la  tête  des  y^l^ï,  donc  en  pleine  vijjuour. 
Son  titre  de  Saliàbî  me  paraît  contestable;  il  le  doit  à  sa  ferveur  .si'ito;  Irn 
Sa'd,  Talinq.,  IV',  3o,  5;  Ibn  llAi'iAn,  Isnlia,  II,  a53-:i54;  il  serait  mort  à 
93  ans,  d'après  Mawawî,  Tahdih,  3oa;  (hd.,  Il,  35:>;'!'ab.,  III,  93.'?'i. 

'^'  Ya'ooi'bî,  II,  57,  5,  etc. 

(*'  MaorIzI,  hnln\  III  (ms.  Kiiprulu).  Toutes  ces  dates  ont  élé  calculées 
après  canp  (t  furent  ifirinrées  des  contemporains, 


23/1  MARS-AVRIL    191  1. 

ie  fait  naître  l'an  6  de  l'Eléphant '^^  Quoi  qu'il  faille  en  penser, 
entre  'Otmân  et  son  Leau-père  il  n'a  pu  exister  une  notable 
disproportion  d'âge  :  témoin  l'extrême  déférence  de  ce  dernier 
pour  cet  Omaiyade,  deux  fois  son  gendre.  Hakim  ibn  Hizâm 
était  né  treize  ans  avant  l'Eléphant '-1  II  faut  en  dire  autant  de 
l'affranchie  0mm  Aiman,  si  nous  voulons  lui  maintenir  son 
titre  de  gouvernante,  iijusU^,  du  petit  Mahomet '^^.  Les  deux 
banquiers  qoraisites,  Safwân  ibn  Omalya,  Howaitib  ibn 
'Abdarozza,  Qais  ibn  'Asim^'*^,  le  célèbre  saiyd  de  Tamîm  (•''', 
'Amrou,  le  futur  conquérant  de  l'Egypte,  le  poète  Hassan  ibn 
Tâbit  étaient  ou  les  aînés  de  Mahomet  ou  ses  égaux  d'âge,  au 
moment  oii  ils  prirent  contact  avec  l'islam.  Or  tous  ces  per- 
sonnages —  la  naissance  de  certains  serait  antérieure  de 
i3  à  i5  ans  —  s'il  faut  en  croire  les  hadît,  lui  survécurent 
de  20  à  Zio  ans;  d'aucuns  même,  comme 'Adî  ibn  Hâtim,  So- 
laimân  ibn  Sorad  et  Qabât  ibn  Asiam,  de  6o  ans'''^ 


C   MaqdisÎ,  Ansàh  al-Qurasiyn  (ms.  'Asir  ell. ). 
"(■^)  Ibn  Sa'd,  Tafmfj.,  VIII,  lo. 

(■■')  Morte  sous  le  califat  de 'Otmân ,  Ibn  S.v'i»,  Tabaq.,  VIII.  iG'i;  cï.  notre 
Mo' envia,  4i3,  n.  7. 

('■'  Tab.,  III,  289/1,  aSaS,  235i,  2/119.  Hassan,  Hakim,  Howaitib,  Mahrama 
ibn  NaufaI,  etc.,  les  centenaires  célèbres  de  la  S/ia,  meurent  Tan  54  H.; 
cf.  Tab.,  III,  9323-2837.  D'où  vient  cette  coïncidence?  Les  a-t-on  fait  mourir 
alors  parce  que  centenaires  ou  les  a-t-on  déclarés  centenaires  parce  que  morts 
à  cette  date?  Leurs  notices  dans  Vhtî'âh  (ms.  cité)  conviennent  qu'on  ignore 
Tannée  exacte,  mais  on  incline  toujours  vers  5/i!  Balâdorî  ,  Ansâb,  59. 

(^'  Voir  sa  notice  dans  Ag.,  XIII,  1/19,  etc.;  ses  longues  guerres  avant  l'is- 
lam, i5/i;  on  atteste  de  lui  L<y^  ùi^,  il  fut  saiyd  avant  et  après  l'islam,  1/19, 
7  d.  1.:  tout  oblige  à  lui  accorder  l'âge  mur  lorsqu'il  connut  le  Prophète. 

("'  Pour  Qabàt  ibn  Asiam  .voir  plus  haut.  INc  avant  Mahomet,  il  repond  à 
une  interrogation  du  calife  'Abdalmalik,  Tab.,  Annales,  I,  967.  Au  ^annoùk  il 
aurait  commandé  j^y^^JoJLsîJI  ^^o^^l.  Cf.  Osd,  IV,  189-190.  'Adi  ibn  Hàtim  se- 
rait mort  l'an  68  H.  Cf.  Ibn  Sa'd,  Tahaq.,  V,  i3;  Tab.,  III,  2861.  Au  Yar- 
moùk,  conformément  à  la  Tradition,  il  aurait  dû  compter  90  ans!  Autre  Sa- 
Iiàbî  mort  à  l'àge  de  ici  ans,  Tab.,  III,  2826,  11.  Gàbir  ibn  'Abdallah  meuri 
âgé  de  ijh  ans.  Il  a  été  vieilli  en  vue  des  traditions,  qu'on  vo\dait  lui  faire  at- 
tester, comme  Ibn  Ga'far,  le  lils  du  'Faiyâr,  par  les  Si'ites,  pour  lui  laisser  le 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.      235 

De  là  pour  la  Tradition  la  nécessité  de  les  vieillir.  Ainsi 
'Ammâr,  AboùSofiân,  'Abbàs,  'Otmân  seraient  morts  nonagé- 
naires ''l  Assertion  en  désaccord  avec  la  vigueur  déployée  par 
eux  jusqu'à  la  fin  de  leur  vie,  par  'Abbâs  à  la  journée  de  Ho- 
nain,  par  Aboù  Sofiân  à  la  bataille  du  Yarmoûk,  par  'Ammàr 
ibn  Yâsir,  'Adî  ibn  Hâtim,  'Amrou  ibn  al-'Asi  à  Siffin.  Ce  der- 
nier aurait  dû,  à  l'âge  de  plus  de  96  ans,  faire  pour  le  compte  de 
MoYiwia  la  conquête  de  l'Egypte  ^-K  Voilà  beaucoup  d'impossi- 
bilités. On  les  diminuerait  considérablement  en  rajeunissant^^^ 
le  Prophète,  comme  d'autres  considérations  nous  y  engagent. 

Lorsque  la  quatrième  année  de  l'hégire  t'^,  peut-être  mémo 
plus  tard,  Mahomet  offrit  sa  main  à  0mm  Salama,  cette  veuve 
prétexta  son  âge  pour  détourner  cet  honneur.  Or  la  Maljzoû- 
mite  n'avait  pas  atteint  la  quarantaine  ou  plus  exactement 
K quelque  3o  ans»,  selon  la  formule  consacrée,  Mahomet  lui 
répondit  :  «Je  suis  logé  à  la  même  enseignerai»  En  d'autres 
termes,  nous  sommes  sensiblement  du  même  âge.  Une  foule 
d'indices  confirment  cette  interprétation.  Ainsi  sa  faveur  auprès 


temps  d'avoir  personnellement  connu   le     Fropliète;  Tau.,   HI,    9889,    1.8; 
2  34o,  1. 

O  MaqdisÎ,  Ansâb  al-Qorasiijn  ('Asdr  eff.);  Ibn  Gaczî,  Talqih,  ig*".  'Ammàr 
ibn  Ydsir  anrait  compté  98  ou  9A  ans-,  Nawavvî,  Tahdîh,  48(5;  Tabafj.,  III', 
189. 

(-'  Comme  voudrait  Rayàsî,  l'IdnL  (Ms.  B.  kliéd.),  1,  Uçf".  Au  ttHandatp 
un  dos  plus  vaillants  guerriers  ([oraisites  aurait  compte  90  ans;  Iiin  Sa'd.  Ta- 
lifuj.,  IP,  ^9,  (').  Safwôn  iliu  Oniaiya  avait  an  moins  IVigc  du  Propliôlo:  il  mourl 
l'an  h-^  II.;  Maodisî,  Ansn/i  al-QiirmUjiii  (nis.  'Asir  éd.).  llowailil»  ibn  'Alxlal- 
'ozz;"i  se  bat  vaillamment  à  llonain  (cl'.  Iiin  Sa'd,  Tabaq. ,  11',  97,  '1),  il  aurait 
été  pourtant  octogénarre;  Tab.,  9317-9818,  9857,  9861. 

(^)   De //««/(/««  10  a/i.v ,  pour  employer  fexpression  reçue. 

C"'  \Vàqii)Î  (Wollli.),  \r)9.  La  date  ni  l'ordre  des  mariages  de  Maliomel  no 
sont  encore  lixi's.  Voir  plus  bas. 

(*'  IIanhal,  Mositad,  IV,  98,  /i;  V,  i  90.  Ailleurs  on  lui  fait  dire  :  tfJe  suis 
plus  âgé  que  toi.  n  /A(V/.,V,  1  :i  1  ;  Iiin  Sa'd,  Tabnq.,\\\\,  (il,  G3,  6'l ,  G7  ; 
morle  eu  ^)\)  11.,  àgce  de  84  ans;  Iiin  (jauzî,  Montazam,  Il  ('A.s'ir  elV.),  87". 


236  MARS-AVRIL   1011. 

de  Mahomet  contrebalance  d'abord,  celle  de  la  sémillante 
'Aisa('). 

A  sa  mort,  dit  un  hadit,  Mahomet  était  corpulent  et  dans 

toute  la  vigueur  de  la  jeunesse  <^*j^I^  J'^t^'  JcilS^'-l  Un  an 
auparavant  le  chef  bédouin,  Amir  ibn  at-Tofail  l'appelait 
rde  jeune  Ooraisite  55  (_r^  (^  ts^'^^-  Quand  il  arriva  à  Médine, 

nous  apprend  la  Tradition,  parmi  tous  ses  sectateurs,  le  seul 
vieillard  était  Aboû  Bakr^*'.  La  jeunesse  de  Mahomet  empêcha 
alors  les  Ansârs  de  le  distinguer  de  son  compagnon.  Lui- 
même  ne  se  jngeait  pas  autrement,  A  Médine,  il  se  vit  une 
nuit  transporté  au  Paradis;  arrêté  devant  un  palais  réservé, 
lui  dit-on,  à  un  jeune  Qoraisite  :  «Ce  doit  être  pour  moi 55, 
pensa  le  Prophète.  Or,  c'était  l'éternelle  demeure,  préparée  à 
son  fidèle  'Omar^''^ 

A  la  mort  du  Prophète,  on  ne  compta  pas  plus  de  vingt  poils 
grisonnants,  dans  sa  chevelure  comme  dans  sa  barbe '''l  Sur 
ce  point  tous  les  renseignements  concordent.  Quoique  l'usage 

C   Situation  en  désaccord  avec  l'hypothèse  d'un  âge  avancé. 

î*^  On  peut  encore  traduire  :  comme  le  plus  jeune  des  hommes.  0mm  Sala- 
ma  était  une  heaul('',  nouvel  indice  en  faveur  de  sa  jeunesse;  Ibn  Sa'd,  Taliaq.  , 
VIII,  66,  17,  etc. 

(^)  Ibn  (iauzî,  Wafa  (ms.  Leiden),  157';  1.  Hisâm,  Sira,  987,  7  d.  I.  Cf.  Ibn 

Sa'd,  Tahaq.,  VlII.  10,  1.  iQ-aS;  qualifié  de  oLi,  plusieurs  années  après  le 
.ioî.^,  de  ^'ikà.  à  Médine  ;  voir  plus  bas. 

(*'   SiBT  IBN  (jAuzî,  Mirai  (Kuprula)  :  S:;  ^<!  ^^  laii!  ajLsîsJI  j  ^-t^-  Cf. 

Maodisî,  Ansâb  al-Qoraéiyii  :  *Là-o  ^  Jl^^j  wil«^.-l  M\  Jj..«,^  cjlaï=l  ^^1  yO. 
Ibn  'Aqîla,  ».>Lji->JI  y'>>.c  ('Asir  ell.)  déclare  Aboû  Bakr  beaucoup  plus  âjjé  que 
Maliomet  :  le  premier  ayant  entendu  des  arbres  prophétiser  sa  venue.  No  pas 
oublier  pourtant  qii'iui  enfant  posthume  naquit  à  Al)où  Bakr. 

(^'  Hanbal,  Mosiiad,  III,  103,  107,  179,  263.  'Omar  aurait  été  son  cadet 
de  i3  ans;  Gaetani,  Animli,  I,  i63.  La  Tradition  a  encore  ici  exagéré.  A 
l'époque  de  sa  conversion,  'Omar  apparaît  dans  loule  la  fougue  de  la  première 
jeunesse. 

W  Hanbai,,  MoHnad,  III,  100;  Ualq  an-Nahi  [m^.  Leiden),  989-a9i;  Tad.. 
Annales,  1,  i7()'!-i793. 


1 


I 


L'AGE  DE  iMAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     237 

de  la  teinture  fût  recommandé  par  Mahomet  lui-même,  il  ne 
vécut  pas  assez  longtemps  pour  devoir  y  recourir  :  a^aj  ^ 
dUi"'.  A  la  question  :  le  Prophète  atteignit-il  la  vieillesse? 

làtui  (j'S'l,  un  Sahâbî  répondit  :  «Il  fut  trop  jeune  pour  méri- 
ter   cette    qualification  t)   JJi  (^  cl^ii  ^jl^  f"^^.     A    l'encontre 

d'autres  prophètes,  ses  prédécesseurs,  comme  Noé,  Abraham, 
il  ne  fut  pas  compté  au  nombre  des  vieillards  ^^'.  Contre  celte 
assimilation  son  extérieur  qvA.  protesté.  Il  venait  de  voir  naître 
son  dernier  fils  Ibrahim  et  n'avait  pas  renoncé  à  l'espoir  d'une 
nombreuse  postérité,  cette  caractéristique  des  Prophètes  d'après 
le  Qoran^'*\  La  mort  seule  l'empêcha  de  contracter  plusieurs 
mariages  nouveaux,  les  fiancées  étant  arrivées  trop  tard.  La 
fin  de  sa  carrière  coïncide  précisément  avec  de  nombreuses 
combinaisons  matrimoniales. 

En  face  de  son  cadavre,  Aboû  Bakr,  après  avoir  assuré  son 
élection  au  califat,  viendra  pousser  cette  exclamation  :  «0  mon 
fils  !  w  &LjoI^  f^),  inconciliable  avec  l'hypothèse  d'un  Prophète 
plus  que  sexagénaire.  Au  moment  de  sa  première  arrivée  à 
Médine,  après  l'hégire,  son  aspect  juvénile  empêchera  de  le 
faire  reconnaître  par  les  Ansârs  et  par  les  Bédouins  ^''',  rencontrés 
sur  la  route  de  la  Mecque  à  Médine.  A  son  ami  Aboû  Bakr, 
monté  en  croupe  derrière  lui,  les  nomades  adresseront  inva- 
riablement la  même  question  :  «Quel  est  donc  ce  jeune 
bomme,  assis  devant  toi?»  A  la  Mecque,  au  début  de  son  mi- 

(')  On  v-~^l  ^iJL>j  yù ,  IIan-bvi,,  Mosnail ,  II.  atO,  aT)!,  a6a;  IJolij  aii-\alji, 
Inc.  cit. 

(^)   Hancal,  Mosnad,  IV,  187,  190;  Tab..  Annales,  I,  1799-1793. 

<•'*'   (fl^j-?'j  j-jJO  4;j-~sJI  JU^  ^j.*  lt>j.>oi.«  ^^jio  yii,  IJalq  an-Nabi,  p.  959. 

(*'   Cf.  Qoran  el  Tradition,  i3-ii. 

(*'   Cf.  notre  Triumvirat,  i35,  n.  9. 

("'  Les  référoncos  seront  données  |ilii>  l.nil ,  ([nand  uons  raconterons  ranivée 
à  M(''(liiit'.  Le  IkmIi'I  se  montre  ici  préucciipc  de  [nonver  diez  le  Pr()|ilièl('  la  vi- 
j[iienr  |)liysi([iic  jiis([ii'au  dernier  ninnieiil.  Est-il  [liiis  croyaltle  sm-  le  fait  de 
(io-GT)  ans,  surtout  ajirès  les  ronlradiclions  releM'es  [dus  haut? 


238  MARS-AVRIL    19,11. 

nistère  pubiic,  les  Qoraisites  le  traitent  également  de  ^oWm^'^ 
Les  Arabes,  interpellés  par  lui  aux  foires  voisines  de  la 
Mecque,  se  préviennent  mutuellement  en  criant-:  «Gare  au 
jeune  Qoraisite '-M  w  On  peut,  il  est  vrai,  interpréter  le  vo- 
cable golâm  par  ç? esclave».  Mais  en  cette  voie  la  Tradition 
orthodoxe  hésiterait  à  nous  suivre.  A-t-elle  ignoré  le  hadît,  où 
Mahomet  est  censé  promettre  à  ses  sectateurs ,  comme  limites 
d'une  vie  normale,  une  période  de  60  à  y o  ans'^'?  Ce  hadît 
peut  expliquer  pourquoi ,  quand  il  s'agit  de  fixer  la  durée  de 
la  vie  du  Maître,  elle  se  tient  à  égale  distance  des  deux 
chiffres,  et  aussi  ses  efforts  pour  donner  à  ses  déductions  l'ap- 
pui moins  problématique  de  témoignages  soi-disant  contempo- 
rains. 

Concluons  :  parmi  les  chiffres  traditionnels,  les  plus  mo- 
destes pour  la  vie  de  Mahomet  s'éloignent  moins  de  la  réalité. 
Il  faut  vraisemblablement  les  baisser  encore  d'une  dizaine  d'an- 
nées, peut-être  même  de  20  ans.  Une  curieuse  tradition  lui 
fait  dire  :  «Pour  chaque  prophète  la  date  de  sa  mission  corres- 
pond à  la  moitié  de  l'âge  de  son  prédécesseur.  Au  début  de  sa 
vie  publique  'Isa  comptait  ho  ans^^^.  Moi  j'ai  été  envoyé  à  l'âge 
de  20  ans^^'.«  Hadît  embarrassant  pour  la  chronologie  tradi- 

(')  -5\i  OU  ÇiLii.  Pour  la  synonymie  de  t^Li,  cf.  Ag.,  XII,  i56,  19. 

(-)   ji-jy»    r»^^  !j< js^l ,  Irn   Sa'd,    Tahaq. ,  VI.   «7.    iS:    Ibn  Gadzî,    Wafa 
(ms.  Leiden),  5o\ 

*■''  Cité  par  Goldzihed,  ylhhandlungen ,  11,  p.  xxx-xxxi.  Dans  la  Sira  ics  per- 
sonnages qualifiés  de  ^^£  complent  environ  so  ans.  Cf.  Ibn  Sa'd,  Tabaq., 
Il",  i36,  9;  Ibn  Gabzî,  Wafa  (ms.  Leiden),  l58^  Mahomet  qualifié  de  go- 
làm,  dans  un  liadit,  apparlenanl  à  la  période  médinoise,  Dàrimî,  Mosiiad  (éd. 
iilliograpliiée),  88,  1. 

('')  Est-ce  une  allusion  à  saint  Jean,  vu,  i)^  :  «Tii  n'as  pas  5o  ans  et  tu  as  vu 
Aliraliam»  ?  Pourtant  le  célèbre  Ansârien  Mo'àd  ibn  (îabal  serait  mort  à  o3  ans 
crfâge  de  Jésusn,  Ibn  Sa'd,  Tabaq.,  111-,  i2.5. 

f'')    ^, >    ■•«— V^   (g^^^i-i^S   'y^*~>y  fyi  fj-«   1— **^-»-:    S.^-*-;    Lï'>J'    •^'^   ^'    <^'    'i^l-f!  ^ 

^jjyiijj  OkXxjj,  Tab.  ,  Annales,  I,  li/io. 


L'ÂGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SÎRA.     239 

lionnelle  de  la  Sirà.  On  a  donc  clierclié  à  l'y  adapter  de  force. 
C'est  le  but  de  la  variante  suivante  du  même  hadît,  cité  d'après 
r//./(/  ;  ç^  Chaque  prophète  atteint  la  moitié  de  l'âge  de  son  pré- 
décesseur; or  le  Christ  a  vécu  196  (s/c)ans'".w  En  racontant 
le  pèlerinage  d'adieu,  il  s'est  agi  de  déterminer  le  nombre  de 
victimes  immolées  par  Mahomet.  La  Tradition  hésite  entre  les 
chiffres  suivants  :  7,  3o,  60,  G/i,  63.  Le  dernier  ftest  en  re- 
lation avec  le  nombre  supposé  d'années  que  le  Prophète  aurait 
atteint  ce  jour-là;  il  est  symbolique;  les  autres  démontrent 
comment,  après  la  mort  de  Mahomet,  on  se  décidait  arbitrai- 
rement au  sujet  de  circonstances  qu'on  ignorait  ^^^  55.  Avec  cette 
absence  de  sens  historique,  on  arrive  forcément  au  but  voulu  : 
la  moyenne  de  63  ans!  Mais  pourquoi  Allah  n'aurait-il  pas 
exaucé  la  prière  de  son  envoyé,  redoutant  par-dessus  tout  l'hu- 
miliation delà  vieillesse^''? 

En  rajeunissant  Mahomet  de  dix  ans,  nous  nous  rappro- 
chons en  dernière  analyse  de  la  date  indiquée  par  Barlie- 
branis^'*'  pour  la  naissance  de  Mahomet  :  l'an  892  des  Séleu- 
cides,  correspondant  à  l'an  58o  de  Jésus-Christ '^l  II  n'aurait 
donc  pas  dépassé  l'âge  de  62  ans.  La  primitive  tradition  mu- 
sulmane a  avoué  son  impuissance  à  fixer  la  date  exacte  de  la 
naissance  de  Mahomet.  Seize  ou  dix-sept  ans  après  la  mort  du 
Maître,  lorsque  le  calife  'Omar  songea  à  établir  l'ère  musul- 
mane, il  se  heurta,  comme  nous,  à  la  même  dilliculté.  Comme 
chez  les  chrétiens,  sa  première  pensée  fut  de  dater  à  partir  de 

'''   MoiïLATiv,  [sàra  (ins.  'Oiiinnmiijci ,  Gonslanliiiople). 

C)  cj-^-",  HiNiiAt,,  Mnsnad,  111,  ;i;59,  cl.i.;  N vsÂ'l ,  SoiHtil  (ms.  Noùrî'Otmà- 
iii)  :  JLjLéCwy!!  v^^;  (iÂi.iiz,  llaiawdii,  IV,  5^1. 

l''   SiMiuck,  op.  cit.,  td'^. 

^'''  Mitlli(Mii(Mis('ni(^nl  cel,  auteur  oiililic  de  nous  iiifliqucr  coniiiiciil  il  a  oliU-uu 
son  calcul.  Pour  1(!  ttinulid ,  la  Tiadiliou  iu<li(|Ui>  d'ordiiialro  Tan  M8a 
d'Alexandre,  Mas'oùdî,  Tunlu'li,  a;!S-:!U).  De  r(i|iiiiiiMi  dt!  Rarludtra'us  rappro- 
cher celles  (|ui  uiell(>nl  tf  1  o  ans  d'inlervalle  eiilre  li-  iiuuiliil  cl  ri''li|ilianlT). 
Voir  plus  liant. 

C*'   Z^(/y«a.s/iV'.s,  éd.  Salliani ,  i()(i. 


240  MARS-AVRIL   1911. 

ia  naissance  du  Fondateur  religieux.  S'il  lui  préféra  l'exode  de 
la  Mecque,  ce  fut  pour  obtenir  une  base  moins  vacillante 
dans  un  événement  plus  rapproché  et  observé  par  de  nombreux 
contemporains  '^l 

II 

Il  resterait  à  jeter  un  rapide  coup  d'oeil  sur  la  chronologie 
de  la  Sîra  elle-même,  c'est-à-dire  sur  la  suite  des  principaux 
événements,  comme  elle  se  trouve  fixée  dans  la  rédaction  offi- 
cielle de  la  Vie  du  Prophète.  Il  ne  peut  être  question  d'assi- 
gner à  chacun  la  date  exacte  :  autant  vaudrait  reprendre  en 
détail  toute  la  Sîra,  mais  seulement  de  montrer  par  quelques 
exemples  comment  en  cette  matière  on  s'est  déterminé  par 
des  calculs  a  priori. 

Ici  encore  il  faut  maintenir  comme  inspiration  première  le 
Qoran''-\  en  admettant  une  distinction  entre  les  deux  grandes 
périodes  :  celle  de  la  Mecque  et  celle  de  Médine.  Dans  cette 
dernière,  s'il  nous  paraît  téméraire  d'exclure  toute  tradition 
orale,  il  faut  également  se  garder  d'en  exagérer  l'importance! 

Moins  favorablement  se  présente  la  période  mecquoise'^'. 
En  se  donnant  pour  mission  de  combler  le  vide  de  ces  années, 
la  Sîra  a  consulté  les  sourates  mecquoises  les  plus  nombreuses, 
mais  aussi  les  plus  laconiques,  les  plus  poétiques  du  recueil. 
Leur  inspiration  impersonnelle  fait  regretter  le  ton  plus  précis, 
plus  froid  des  révélations  médinoises,  où  viennent  s'intercaler 
des  fragments  de  l'autobiographie  prophétique.  La  Tradition 
s'est  aidée  des  sourates  mecquoises  pour  répandre  sur  cette 

C'  Cf.  Al-Bairoûnî,  Chronologie  (éd.  Sachau),  p.  3o.  L'hégire  fut-elle  éla- 
Mio  en  fan  16-17,  le  fut-elle  par  'Omar,  comme  toutes  les  grandes  institu- 
tions? .Nous  radmellons  provisoirenienL  II  resterait  éjjalement  à  déterminer 
quand  Mahomet  a  supprimé  le  ndsi  ou  mois  intercalaire.  La  date  exacte  de 
Qoran,  9,  36-37,  est  inconnue.  Cf.  Nôldeke-Scuwally,  op.  cit.,  y 23. 

'^'   Cf.  notri'  Qoran  cl  Tiadilio». 

'•'''  Cf.  iNoi-DKKK-SciiwALi.ï,  Gesck.  (Ics  Qorans,  06-67;  comp.  .^8. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.      241 

longue  section  de  la  carrière  du  Maître  le  mouvement  et  la 
vie,  vie  d'ailleurs  factice.  A  cette  intervention,  à  ce  zèle  in- 
tempestif, nous  devons  une  masse  d'événements,  où  le  manque 
de  témoignages  directs  et  authentiques  se  fait  vivement  sentir. 
Nous  y  avons  gagné  comme  une  sorte  d'Evangile  de  f enfance  de 
Mahomet. 

A  rencontre  des  modernes,  les  plus  anciens  biographes, 
comme  Ibn  Ishâq  et  Ibn  Hisâm  fournissent  pour  la  période 
mecquoise  peu  d'indications  chronologiques;  le  plus  souvent 
ils  se  contentent  de  renseignements  généraux '^^  :  avant  ou 
après  la  vocation  de  Mahomet,  l'émigration  en  Abyssinie.  Cette 
réserve  montre  combien  incertaine  leur  paraissait  la  matière. 
Leurs  successeurs  ont  voulu  tout  préciser.  A  5o  ans  et  .3  mois 
Mahomet  reçoit  la  visite  des  ginn  de  Nisibe;  à  5  i  ans  et  9  mois 
il  accomplit  le  voyage  nocturne  ou  isra  -'.  Une  telle  précision 
ne  peut  inspirer  confiance. 

Le  mariage  avec  Hadîga  et  sa  prolixe  légende  sortent  de  la 
même  officine.  Cette  Qoraisite  aurait  pu  être  la  grand'mère  de 
Mahomet  en  un  pays  où  l'on  comptait  des  aïeules  de  22  ans. 
Pourquoi  aucun  verset  qoranique,  aucune  poésie  contempo- 
raine ou  de  la  période  omaiyade  ne  viennent-elles  attester 
l'existence  de  cette  grande  commerçante,  tàgira,  comme  l'ap- 
pelle la  Sira  ?  Celle-ci  hésite^  fort  opportunément  quand  il 
s'agit  de  déterminer  l'époque  de  ce  mariage  et  l'Age  respectif 
des  deux  conjoints.  La  différence  entre  les  chiffres,  donnés  à 
ce  propos,  va  de  20  à  28  ans. 

Même  incertitude  quand  il  s'agit  d'indiquer  l'année  de  la 
naissance  des  enfants  du  Pi'0|)hèle  et  l'ordre  de  leur  venue  au 
monde.  Ijaissoiis  de  coté  (Jasini  ;  sa  personnalité  repose  avant 
tout  sur  la  konia,  AboiVI  (JAsini,  du  Prophète.  Auisi  du  nom 
d'7\hori  Tàhb,  l'oncle;  de    Mahomet ,   l'on   a  déduit  l'existence 

C  Cf.  Scinv ALr.Y,  0^).  ciV.,  ()C),   i/i.^). 

C^'   Ibn  GauzÎ,  Safwat  nii-SdJaa,  I,  37". 

X\II.  ili 


ItmiuTtiir    xitnMi.R. 


242  MARS-AVRIL    1911. 

d'un  fils,  nommé  Tâlib,  absolument  introuvable.  Pour  les 
filles  nous  sommes  plus  favorisés.  L'opinion  la  plus  répandue 
parmi  les  orthodoxes  consiste  à  présenter  Zainab  comme  l'aî- 
née; Fâtima  serait  la  cadette.  Au  sujet  de  Roqaiya  et  0mm 
Koltoûm  règne  la  plus  grande  divergence  d'opinion.  Pourquoi 
s'esl-on  accordé  à  considérer  Zainab  '^^  comme  la  plus  âgée  des 
filles?  Parce  que  la  première  elle  paraît  avoir  trouvé  un  époux. 
Mahomet  —  ainsi  a  raisonné  la  Tradition  —  a  sans  doute 
commencé  par  établir  son  aînée.  Pour  Fâtima,  une  argumen- 
tation analogue  lui  a  valu  d'être  déclarée  la  cadette  d'Aboû'l 
Oâsim.  Cette  enfant,  assez  mal  douée,  dut  patienter  jusqu'après 
Ohod,  avant  de  rencontrer  un  acquéreur.  Gela  lui  donnait  plus 
de  9  0  ans  à  l'époque  de  son  mariage  avec  'Ali.  La  conclusion 
ne  pouvait  faire  le  compte  de  la  Si  a.  Moins  enthousiaste  pour 
les  'Alides,  la  Sonna  s'est  pourtant  rebiffée  par  égard  pour  la 
personne  du  Maître.  Pouvait-elle  admettre  cette  indifférence 
pour  l'honneur  de  devenir  son  gendre,  le  père  de  ses  petits- 
enfants?  On  a  donc  travaillé  à  rajeunir  Fâtima,  et  pour  cela 
on  l'a  placée  la  dernière  dans  l'ordre  des  filles.  A  tout  prix  la 
fiancée  de  'Alî  ne  pouvait  pas  compter  plus  de  i5  ans''^^  :  âge 
énorme  dans  un  pays  où  entre  9  et  i  2  ans  une  fille  devait 
être  établie  *^^  !  Nous  aurons  à  revenir  sur  les  enfants  de  Maho- 
met. Ces  indications  suffiront  pour  juger  la  valeur  des  rensei- 
gnements traditionnels  sur  l'âge  respectif  de  la  postérité  de 
Mahomet  et  sur  cette  partie  de  la  chronologie  mecquoise. 

'''  Si  toutefois  elle  n'est  pas  la  contrepartie  sunnite,  opposée  à  la  vénération 
idolàtrique  de  la  Si'a  pour  Fàlima.  Seule  Texislence  de  celte  dernière  est  soli- 
dement établie  grâce  à  sa  descendance.  Zainab  serait  née  quand  son  père 
comptait  3o  ans;  Târîh,  ms.  8/19 ,  B.  khéd. 

'-'  A  condition  de  lui  donner  une  mère  sexagénaire.  Nos  auteurs  se  débat- 
tent entre  les  65  ans  de  Iladiga  et  les  i5  qu'on  ne  voulait  j)as  dé])asser  pour 
la  fiancée  de  'Aiî. 

'^'  De  nos  jours  encore,  même  cliez  les  sédentaires  de  la  Pélrée,  la  fille  est 
mariée  à  10  ans,  Musii,,  Arahia  Pclraea,  111,  i8i. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     2A3 

Nous  laissons  de  côté  la  retraite  dans  la  maison  d'Arqam, 
les  longs  démêlés  des  Qoraisites  avec  les  Hàsimites  au  sujet  de 
Mahomet.  Avant  d'examiner  la  chronologie  de  ces  faits,  il  fau- 
drait établir  leur  valeur  historique.  Et  l'émigration  en  Abyssi- 
nie^^^î  La  Sîra  parle  même  d'une  double  émigration  africaine. 
La  criti([ue  a  heureusement  simplifié  ce  dédoublement.  Mais 
le  fait  lui-même  demande  à  être  mieux  étudié,  pour  permettre 
la  critique  de  la  date  traditionnelle,  d'ailleurs  fort  vague, 
comme  toutes  celles  de  cette  période  ^^l 

Nous  ne  sommes  pas  plus  avancés  pour  la  date  des  pre- 
mières conversions  musulmanes  :  Zaid,  'Alî,  Aboû  Bakr,  Sa'd 
ibn  Abi  Waqqas.  Cette  abondante  littérature  a  été  alimentée  et 
faussée  par  l'esprit  de  tendance *'l  'Omar  aurait  fait  le  ào"  mu- 
sulman. Encore  un  chiffre  quelconque.  Avec  la  conversion  de 
Hamza,  précédant  de  quelques  jours,  il  doit  voiler  d'une  dis- 
crète lumière  l'adhésion  tardive  de  ces  illustres  personnages. 
Chaque  famille,  chaque  parti  voulurent  avoir  leurs  repré- 
sentants dans  la  primitive  église  islamite.  Les  titres  de  per- 
sonne n'étant  à  l'abri  de  la  critique,  on  s'entendit  tacitement 
pour  laisser  passer  toutes  ces  prétentions.  Elles  protestaient 
indirectement  contre  l'indifférence  religieuse  des  Qoraisites, 
un  thème  exploité  par  les  rivaux  ansâriens.  Cet  ensemble,  suf- 
fisant pour  déterminer  la  Tradition,  explique  le  succès  de  ces 
combinaisons  chronologiques  et  en  diminue  d'autant  la 
valeur  historique. 


f'  Hypothùse  fort  commode  pour  explujiier  l'al)sence  de  Ga'l'ar,  frère  de 
'Ali ,  et  do  tant  d'autres  personnaffes  iliusires  1 

(*'  Cf.  ScHWAu.y,  op.  cil.,  p.  70. 

(•^'  Cf.  NÔLDKKK,  Z.D.M.d.,  l89^^,  p.  iH,  elc.  Le  favori  Zaid  a  6lô.  je  le 
soupçonne,  [{randi  par  la  Sunna,  pour  être  opposé  à  'Ali.  A  son  lils  Osània, 
le  Prophète  témoijjnc  non  moins  d'alfection  qu'aux  enfants  do  Fàtima.  Dans 
les  deux  cas  on  répète  les  mêmes  traits;  on  en  fait  aulant  pour  les  enfants 
de  Zaiiial».  Nous  nous  trouvons  ici  en  fare  d'une  mauduvre  de  la  Tradition 
orlliodoxc. 

16. 


244  MARS-AVRIL   1911. 

Pourquoi  le  voyage  à  Tâif,  les  visites  aux  foires,  maivâsim, 
voisines  de  la  Mecque  —  à  en  supposer  la  réalité  —  ont-ils 
été  placés  peu  avant  l'hégire  ?  Parce  qu'on  a  voulu  laisser  au 
Prophète  le  temps  d'exécuter  un  commandement  d'Allah  : 
K  Prêche  à  la  mère  des  cités  et  aux  environs  55,  avant  de  lui  faire 
prendre  le  chemin  de  Yatrib.  Aux  mawâsim  il  allait  se  rencon- 
trer pour  la  première  fois  avec  ses  futurs  auxiliaires  médinois. 
Comme  dans  un  drame  bien  ordonné,  il  fallait  amener  au  moment 
voulu  cet  épisode,  l'amorce  naturelle  de  la  période  médinoise  '^K 

Huit  ou  dix  ans?  La  Tradition  se  prononce,  on  l'a  vu,  pour 
ce  dernier  chiffre,  quand  il  s'agit  de  fixer  la  durée  de  cette  pé- 
riode. Pour  le  Prophète,  jusque-là  monogame,  elle  donne  le 
signal  d'une  grande  activité  matrimoniale.  Les  mariages  se 
succèdent  à  de  courts  intervalles  :  'Aisa,  Hafsa,  les  deux  Zai- 
nab.  .  .  Faut-il  admettre  une  simple  coïncidence,  si  les  pre- 
miers resserrent  ses  liens  personnels  avec  ses  deux  successeurs 
immédiats?  Multiplier  les  relations  des  «deux  'Omars^i  avec  le 
Maître,  c'est  là  une  des  préoccupations  constantes  de  la  Tradi- 
tion. Pour  0mm  Salama,  son  mari,  on  le  savait,  avait  été 
blessé  à  Ohod.  On  a  donc  uni  sa  veuve  au  Prophète  postérieu- 
rement à  cette  bataille.  Maimoûna  vient  généralement  la  der- 
nière*-^' dans  la  série  des  épouses  oificielles,  ^\es  mères  des 
croyants  w,  peut-être  pour  fournir  à  'Abbâs,  demeuré  à  la 
Mecque,  l'occasion  déjouer  un  rôle  en  cette  circonstance.  Nous 
nous  demandons  s'il  ne  faudrait  pas  réserver  la  dernière  place 
à  0mm  Habîba*^'?  Son  mariage  aurait  formé  le  premier  acte 

''^  ScHWALLY,  op.  cit.,  58,  poup  cctte  période,  admet  quelques  (t traditions 
exc[jétiques  iiidulùtabiesi^ ,  par  exemple  (pic  tria  sourate  /i8  se  rapporte  à  la 
paix  de  Ho(lail)iyan.  Maljfré  la  monlioii  de  Kl'arl)rc  et  de  la  l)ai'a'î  en  celte 
sourate,  j'avoue  conserver  encore  des  tloules  à  cet  égaT-d. 

'*)   Sa  mort  survint  aussi  la  dernière. 

<•'''  Elle  reçoit  /ioo  dinars  comme  douaire,  et  non  /loo  dihrems,  comme  les 
épouses  précédentes.  Cola  dénoie  une  é])oque  où  Mahomet  était  de\enu  riche, 
et  aussi  riiiq)orlanoe  atlachéo  à  cello  union. 


I 


L'AGE  DE  iMAIlUMKT  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.     2/i5 

dans  la  comédie,  jouée  à  propos  de  la  reddition  de  la 
Mecque  et  où  Aboû  Sofiân  devait  figurer  un  des  principaux 
acteurs.  Mais  la  Sira  n'a  pas  observé  le  rapprochement  graduel 
d'AboiVl  Qâsim  et  du  saih  de  Qorais,  à  partir  du  traité  de  Ho- 
(laibiya, 

La  suite  des  grandes  journées  islamicjues  se  présente  géné- 
ralement dans  l'ordre  suivant  :  Badr  ouvre  la  série,  viennent 
ensuite  Ohod,  le  siège  de  Médine,  Monta,  la  reddition  de  la 
Mecque,  Honain,Tâif,  Taboûk.  Cette  suite  peut,  je  crois,  être 
maintenue.  Seuls  deux  noms,  Badr  et  Honain,  sont  prononcés 
dans  le  Qoran^^\  Ce  recueil  semble  également  faire  allusion  à 
Ohod  et  au  Handaq.  Ohod  ayant  été,  comme  on  le  savait,  la 
revanche  qoraisite  de  Badr,  cette  dernière  bataille  a  dû  précé- 
der. Le  Qoran  (3,  119)  suppose  d'ailleurs  cette  antériorité. 
Honain  et  Tâif,  s'expliquant  seulement  après  la  soumission  de 
la  Mecque,  ont  dû  suivre  cet  événement.  A  Taboûk  on  a  rat- 
taché l'incident  du  rtmasgid  dissident  55,  apparemment  pour 
le  faire  cadrer  avec  la  chronologie  suggérée,  crovait-on,  par  le 
Qoran  (^9,  107),  où  l'épisode  se  trouve  narré  à  la  fin  des  ver- 
sets relatifs  à  Taboûk  '-'.  Si  la  conquête  de  Haibar  suit  de  près 
l'expédition  de  Hodaibiya ,  c'est  encore  en  vertu  d'une  sugges- 
tion du  Qoimti  (âS,  18-20),  établissant  une  connexion  entre 
ces  deux  événements. 

On  ne  se  trouve  pas  mieux  fixé  sur  les  époques  de  l'année 
nu  saisons,  ayant  coïncidé  avec  ces  faits  militaires.  Ainsi,  pour 
le  siège  de  Médine  par  les  Qoraisites,  le  hadît,  interprétant  le 
Qoran,  parle  de  nuits  froides,  orageuses,  quand  par  ailleurs  il 
semble  que  les  moissons  avaient  été  rentrées.  A  Honain  la  tem- 


C  3,  119;  9,  af).  Ce  sont,  il  fallait  s'y  attoiidre,  deux  virtoiros.  A  causo 
(]os  Qoraisites,  Mahomet  a  ôvilé  de  iiienlioDiier  Ic/alli  et  peut-élrc  aussi  Hodai- 
biya. 

(*>  Comp.  WÂoinî  (Krcmor),  ifio,  n  :  le  fait  est  mis  en  rolalion  avec  la 
bataille  de  Hadr. 


246  MARS-AVRIL  1911. 

pérature  aurait  été  d'une  chaleur  excessive;  d'autres  autorités 
signalent  par  contre  un  temps  pluvieux  (^^. 

Les  exégètes  musulmans  ignorent  comme  noua  quand  Ma- 
homet a  supprimé  le  nâsi  ou  mois  intercalaire.  Cette  incerti- 
tude n'a  pas  empêche  les  rédacteurs  de  la  Sîra  d'adopter  une 
chronologie  fixe.  Les  mois,  écoulés  avant  cette  suppression, 
ils  les  ont  dénommés  comme  si  elle  avait  déjà  eu  lieu'-'  et  ont 
ainsi  introduit  une  nouvelle  cause  de  confusion. 

Les  wofoûd  ou  députations  des  Arabes  devaient  appartenir  à 
la  dernière  année  de  la  période  médinoise.  Le  Qoran  paraît  y 
faire  allusion  dans  une  sourate  (110),  placée  à  la  fin  du 
recueil'^'.  Sur  ce  point  Qoran,  Tradition  et  critique  se  trouvent 
d'accord.  Cet  accord  est  trop  rare  pour  ne  pas  le  constater.  Si 
par  ailleurs  il  fait  défaut,  cela  tient  à  l'origine  de  la  Sîra. 

Celle-ci  doit  sa  naissance  non  à  la  curiosité  historique  — 
un  sentiment  étranger  aux  Arabes  —  mais  à  l'exégèse  qora- 
nique.  Cette  dernière  a  tout  d'abord  occupé  les  premiers 
musulmans.  Ils  ont  eu  à  cœur  d'établir  le  sens  des  versets  du 
Livre,  devenu  le  code  de  leur  vie  rehgieuse  et  politique.  La 
masse  d'allusions,  contenues  dans  le  texte  sacré,  a  donné  nais- 
sance à  une  floraison  d'anecdotes,  d'autant  plus  exubérante 
qu'on  s'éloignait  de  la  génération  contemporaine  des  révéla- 
tions. Dans  le  Qoran  (68,  /i)  Allah  dit  à  Mahomet  :  rTu  as  un 
grand  caractère.  »  A  cette  expression  nous  devons  la  vaste 
bibliothèque  des  Sam.aU^^\  pour  nous  contenter  ici  de  cet 
exemple. 

Ce  travail  exégétique  accompli,  on  se  trouva  avoir  collec- 
tionné   quantité    de   faits,    relatifs    à    la   personne    ou    aux 


('^  Cf.  Ibn  Sa'd,  Tabaq.,  II',  lia,  ii3;  peut-être  parce  que  certaines  riwô- 
yât  ont  calculé  l'année  sans  tenir  compte  du  nnsi. 
''^'  Snouck,  op.  cit. ,  65. 

(^'  Pour  rà[;e  de  ce  morceau,  cf.  Noldeke-Schwally,  ap.  cit.,  919. 
(*)  Cf.  notre  Qoran  et  Trculition,  iq-ao. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.      Ul 

gestes  de  Mahomet.  Collection  volumineuse  assurément,  mais 
d'une  authenticité  discutable,  par  suite  des  préjugés  ayant 
déterminé  son  origine.  L'idée  \int  alors  de  réunir  à  part  les 
sections  narratives,  de  les  ranger  sous  certains  chefs,  de  façon 
à  obtenir  un  récit  suivi.  Il  en  est  sorti  le  Kitâb  al-Magâzi  ou 
des  campagnes  de  Mahomet.  Pour  l'islam,  religion  mihtante, 
il  présentait  un  intérêt  capital;  dans  le  Qoran  les  allusions 
abondaient  et  les  souvenirs  étaient  relativement  récents.  L'in- 
lluence  de  l'Evangile  fit  faire  un  nouveau  pas.  Mahomet  et  les 
premiers  Compagnons  s'étaient  figuré  le  Nouveau  Testament 
comme  un  recueil  de  lois,  dans  le  genre  de  la  Thora,  ou  de 
sourates,  rappelant  celles  du  Qoran.  En  apprenant  à  connaître 
l'Evangile  de  près,  leurs  successeurs,  les  Tâbns  découvrirent 
un  récit  des  actions,  une  véritable  vie  du  Christ.  A  leur  tour, 
ils  voulurent  posséder  la  Sîra  de  Mahomet.  Pour  l'obtenir,  ils 
élargirent  le  plan  des  Magâzi;  ils  l'enrichirent  des  innom- 
brables anecdotes,  réunies  par  les  exégètes  sur  la  période 
mecquoise  et  sur  celle  de  Médine,  non  encore  utilisées  dans  les 
Magâzi.  Voilà  comment  s'élabora  la  Sîra  :  œuvre  d'inspiration 
exégétique  au  lieu  d'être  une  histoire  dans  le  vrai  sens  du  mot; 
compilation  extraite  des  tafsîr  qoraniques  et  non  pas  composée 
sur  documents  réunis  ad  hoc. 

De  cette  origine  la  trace  est  demeurée.  Fréquemment  une 
attention  ordinaire  sutlit  pour  reconnaître  le  fil  exégétique, 
reliant  ces  hadit  isolés  au  «Livre  d'Allah  w.  Nous  avons  essayé 
de  le  montrer  ailleurs '^^. 

La  chronologie  devait  se  ressentir  de  ce  vice  d'origine  :  elle 
dérive  en  majeure  partie  du  Qoran.  De  là  son  incertitude.  Si 
les  noms  propre's,  à  l'exception  de  deux,  font  défaut  dans 
le  Livre  d'Allah ,  les  événements  historiques  y  sont  encore 
moins  bien  datés,   à  part  certaines   batailles  et  des  événe- 

(''    Cf.  Qoran  ri  Trailillnit. 


248  MARS-AVRIL    1911. 

ments  de  la  vie  domestique  :  le  tout  appartenant  à  la  période 
médinoise. 

Les  Arabes  ont  suivi  le  même  procédé  pour  l'histoire  pro- 
fane. Dans  les  innombrables  riwàyàt  du  Kitâb  al-Agàm,  le  seul 
noyau  historique  sérieux  est  constitué  par  les  vers  anciens, 
sauvés  du  naufrage  de  la  littérature  préislamique.  Ils  forment 
les  uniques  archives  des  Arabes,  t_>^î  (j[>:>:>,  comme  les  aurait 
appelés  'Omar.  La  prétendue  tradition  orale  des  tribus  se  con- 
fond pratiquement  avec  ces  archives  poétiques  confiées  à  la  mé- 
moire des  râwia.  Autour  de  ce  noyau  solide  est  venu  se  grouper 
un  conglomérat  de  notices,  de  commentaires,  réunis  par  les 
nnssâba  ou  généalogistes,  par  les  auteurs  d'aiyâm  an-nâs  «l'his- 
toire générale  75,  et  d'aiyâm  al-arah,  l'histoire  nationale.  Sur  la 
valeur  de  cette  soi-disant  érudition  historique,  les  orientalistes 
sont  fixés,  depuis  Gaussin  de  Perceval.  Parfois  la  citation  poé- 
tique sert  de  point  de  départ;  mais  on  la  trouve  aussi  mêlée 
incidemment  au  milieu  ou  à  la  fin  de  la  narration,  comme  une 
confirmation  de  son  authenticité. 

Qu'on  ne  se  récrie  pas  sur  l'audace  de  ce  rapprochement, 
les  musulmans  n'ayant  pu  traiter  avec  cette  désinvolture  la  vie 
de  leur  Prophète!  Ce  serait  oublier  la  mentalité  des  Compa- 
gnons, leur  prêter  notre  conception  de  l'histoire.  A  leurs  yeux 
Mahomet  fut  le  plus  grand,  le  dernier  des  propliètes,  son 
livre  «la  parole  d'Allah 55.  Tout  se  trouvant  dans  tout,  le  Qoran 
ne  devait-il  pas  d'abord  renseigner  sur  la  vie  de  l'auteur, 
comme  faisaient  la  Thora  pour  les  anciens  prophètes,  l'Evangile 
|)0ur  le  Christ?  Interrogé  sur  la  bataille  de  Badr,  'Abdar- 
rnhmân  ibn  'Auf  renvoie  ses  interrogateurs  au  Qoran.  «Lisez, 
(fit-il,  vous  vous  figurerez  être  présents f^^.  w  La  favorite 'Aisa , 
sollicitée  de  décrire  le  caractère  de  son  mari,  s'étonne  de 
cette  curiosité  injustifiée  :  «N'êtes-vous  pas  Arabes?  répliqué- 
es  Cf.  (hiinii  cl  Iraililinii ,  j).  1  fi. 


L'AGE  DE  MAHOMET  ET  LA  CHRONOLOGIE  DE  LA  SIRA.      249 

t-elle  aux  tâlnîs  réunis,  ouvrez  donc  le  Qoran,  vous  y  trou- 
verez le  portrait  d'Aboul  Qàsim  !  ^'^5  Historiques  ou  non,  ces 
hadît  trahissent  naïvement  le  procédé  suivi  et  l'étroite  dépen- 
dance de  la  Sîra  à  l'endroit  du  Qoran. 

Quand  il  s'est  agi  de  fixer  les  traits  de  la  figure  historique 
du  Maître,  les  plus  anciens  Iradilionnalistes  ont  commencé  par 
ouvrir  ce  recueil.  S'ils  se  sont  préoccupés  des  témoignages  des 
contemporains,  c'a  été  pour  les  harmoniser,  pour  les  faire 
cadrer  avec  les  assertions  du  livre  d'Allah.  Dieu  parlant  dans 
le  Qoran,  comment  aller  jusqu'à  contrôler  ce  témoignage, 
omni  excepùone  major,  par  les  souvenirs  de  mortels  faillibles? 
Pour  la  tradition  orale  du  f  siècle  de  l'hégire,  le  cadre 
étroit  du  Qoran  s'est  transformé  en  lit  de  Procuste.  Les  témoins 
oculaires  eux-mêmes  ont  fini  par  ne  plus  voir  que  par  les  yeux 
de  Mahomet'-). 

Nous  pensons  l'avoir  montré  pour  la  question  chronologique, 
discutée  dans  les  pages  précédentes.  A  vrai  dire,  nous  avons 
surtout  collectionné  des  points  d'interrogation,  montré  le 
caractère  artificiel,  l'absence  de  sens  critique  des  systèmes 
adoptés  par  la  Slra.  Résultat  négatif!  Puisse-t-ii  ébranler  la 
confiance  de  la  critique  et  engager  les  érudits  à  chercher  la 
solution  dans  une  autre  direction  !  11  ne  peut  être  question  de 
rejeter  tout  en  bloc.  Ce  serait  sacrifier  en  même  temps  les 
importantes  parcelles  de  vérité  historique  qui  s'y  trouvent 
mêlées.  Au  lieu  de  renverser  la  lourde  construction  élevée  par 
la  Tradition  ,  contentons-nous  de  la  démonter  pierre  par  pierre, 
|)0ur  examiner  la  valeur  des  matériaux  employés.  Opération 
fastidieuse  mais  indispensable!  Laissera-t-elle  subsister  de  quoi 

•''   Cf.  Ibn  Sa'd,  Ta/xiq.,  vol.  I ,  ms.  de  Top  Kapoù  ou  du  Vieux  sérail ,  Conslan- 
I   linople  :  ylyiJt  \yJL3  ^^  J^^  i^>U\;  Nouai»!,  Mliàia,  II,  i  (i"   sorlion  (nis. 
Kiipiiilii,    (ionstanlinoplo),    iiiiiond)ral>les  liadit  on  co  sens,  ronimo   dans   la 
majorité  des  SaitiniL 

'■-'    Qovaii  cl   Tradition,  p.  (i. 


250  MARS-AVRIL    191  1. 

«édifier  un  modeste  monument  à  la  mémoire  d'un  des  hommes 
les  plus  extraordinaires  de  l'Orient  médiéval?  Les  matériaux  à 
examiner  sont  tellement  considérables;  d'autre  part,  le  travail 
de  revision  se  trouve  encore  trop  peu  avancé  pour  permettre 
de  donner  une  réponse  définitive. 


PROLEGOMENES 
À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARARES 

PAR  KHALÎL  IBN  AIBAK  AS-SAFADI, 

PUBLIÉS  ET  TRADUITS 
D'APRÈS   LES    MANUSCRITS    DE    PARIS  ET   DE   VIENNE, 

PAR   M.   EMILE  AMAR. 


L'introduction  qu'As-Safadi  a  placée  en  tête  de  son  œuvre 
maîtresse,  encore  inédite,  je  Dictionnaire  des  hommes  célèbres 
de  i'Islâm,  intitulé  :  Ije  Complet  sur  les  décès  [litt.  :  Le  livre  qui 
donne  inlépralemcnt  les  nécrologies  ou  les  décèsl^  (  ^^Li^lj  ^jî^JI  (_>b:^) , 
avait,  de  bonne  heure,  attiré  l'attention  des  orientalistes. 
Flûgel  l'avait  signalée  dans  son  catalojjue  des  manuscrits  de 
Vienne ''',  comme  un  document  important  pour  l'histoire  litté- 
raire. D'autres  orientalistes  songèrent  à  la  publier.  On  an- 
nonça, en  1901,  qu'une  édition  de  ces  prolégomènes  était  en 
préparation^^',  (^e  travail  n'a  pas  été  entrepris  pour  des  raisons 
qiie  j'ignore.  La  publication  de  ce  texte  arabe  a  été  si  désirée, 
que  j'ai  cru  utile  d'en  donner  enfin  aux  arabisants  une  édition 
critique,  accompagnée  d'une  traduction  française  annotée'-''. 


C  Die  arahisrhcn  Ilandschriften  der  K.  K.  HofbUiliothek  zu  Wien ,  II  (i865), 
p.  399-330  (n°  ii03). 

('^)  Hahtwu;  Di;iiKNitoiniii,  Le»  manuscrits  arabes  de  la  Collection  Schefer  à  la 
UilAiothi'que  nationale  (1901),}).  3 1 . 

(^'  Le  sysltMiie  do  Iranscriplion  adopté  pour  les  articulations  qui  n'ont  pas 
leurs  équivalents  exacts  en  fiançais,  est  le  suivant  : 

^  </i;  ^  dj;  ^h;  t  ^^>  ^  '^^!  J'  ^>  'JP  ?'■  lT  'A'  "^  ?;  là  ?»•£'.■  £  ff'»."  OJ  1- 
J  /,  ;  s  II  ;  i£  initial  ou  consonne  y;  formant  diplitonjjuo  avec  a  :  ».  —  Seules 
les  trois  voyelles  n,  o  {11),  i  ont  été  employées  dans  la  transcription. 


252  MARS-AVRIL   1911. 

Le  jurisconsulte,  le  poète,  le  philologue,  l'historien,  le 
haut  fonctionnaire  qu'était  As-Safadî,  a  laissé  dans  la  litté- 
rature arabe  un  nom  trop  connu  et  une  œuvre  trop  considé- 
rable pour  qu'il  soit  besoin  de  le  présenter  longuement  au 
lecteur.  Né  à  Safad  en  696  de  i'hégire  (1296  de  J.-C),  il  fit 
des  études  aussi  variées  qu'approfondies  à  Damas,  sous  la  di- 
rection de  maîtres  justement  réputés,  tels  que  Djamâl  ad-Dîn 
Ibn  Nubâta '^^,  pour  la  poésie,  Abu  Hayyan''^',  pour  la  philo- 
logie, Ibn  Djamâ'a'^'  et  Al-Mizzî''^,  pour  le  droit  sâfi'ite,  Adz- 
Dzahabî*^^,  pour  l'histoire,  et  occupa  enfin  divers  postes  dans 
l'administration  et  les  finances,  à  Safad,  au  Caire,  à  Alep  et  à 
Damas  ''''.  Il  mourut,  âgé  de  68  ans ,  en  l'année  76/1  de  l'hégire, 
correspondant  à  l'année  i363  '"'^  de  l'ère  vulgaire. 

Son  œuvre  colossale  —  M.  Brockelmann'^'  en  a  catalogué 
trente  ouvrages  formant  près  de  cent  volumes  —  embrasse 
tous  les  genres  littéraires  que  l'auteur  avait  étudiés  dans  sa  jeu- 
nesse. Mais  c'est  surtout  la  poésie,  et  la  poésie  légère,  la 
prose  rimée  ou  cadencée  et  la  biographie  qu'il  a  cultivées. 
Dans  ce  dernier  genre ,  son  grand  ouvr;jge.  Le  Complet  sur  les 
décès,  qui  existe  en  entier,  mais  disséminé  dans  toutes  les 
bibliothè([ues  de  l'Europe,  aurait  mérité  d'être  édité,  si  son 
immense  étendue  ne  rendait  cette  entreprise  presque  impos- 


C  Voir  sur  col  auteur  les  renseignemenls  et  les  références  données  par 
M.  Rrockelmann,  GeschiclUe  dcr  arnbischen  Litternlur,  H,  10-12.  —  Sur  son 
homonyme  et  aïeul,  cf.  op.  cit.,  I,  99,  et  aussi  le  ms.  araho  9066,  de  Paris, 
aux  folios  io4  à  1 13. 

(■■''     BliOr.KKLMANN,    Op.   Vit..,    Il,   1  0(). 
(')    BnOGKKLMANN  ,    up.   Cit.,    11,76. 

(^'   Bbockelmann,  op.  cit.,  11,  ()/i. 

(^'  Brockelmann,  op.  cit..  Il,  l\Ç>. 

C*'  Cf.,  pour  plus  de  détails,  Rrockki.mann,  «p.  cit. ,  II,  3i ,  et  le  ms.  aralte  de 
Paris,  n°  3070,  fol.  56  et  suiv. 

O  C'est  sans  doute  par  une  erreur  typofjraplii(|ue  (jue  M.  Brockelmann 
donne  la  date  i3s3.  Cf.  np.  cit.,  p.  39  ,  lijjne  3. 

W    Op.  cit.,  p.  ;59  33. 


PROLÉGOiMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       253 

sible.  En  toat  cas,  l'ayant  étudié  de  près,  je  crois  utile  de  rec- 
tifier l'idée  erronée  que  l'on  se  fait,  depuis  longtemps,  sur  le 
contenu  de  cet  ouvrage.  Ce  n'est  pas,  comme  le  dit  le  Cata- 
logue des  manuscrits  arabes  de  Paris '^^,  «un  Supplément  au 
dictionnaire  biographique  d'Ibn  Khallikân'^'n.  As-Safadi,  qui 
est  postérieur  à  cet  auteur,  mort  en  681  {1282),  a  refon- 
du l'ouvrage  de  son  prédécesseur  comme  ceux  de  plusieurs 
autres  biographes  célèbres,  tels  que  Dzahabî'^^,  Ibn  MâkùlcV^^, 
Ibn  Baskuâl  •''^  et  beaucoup  d'autres,  de  sorte  que,  tout  en 
donnant  la  biographie  des  hommes  célèbres  dont  s'est  occupé 
Ibn  khallikàn,  il  y  ajoute  celles  de  tous  les  personnages  omis 
ou  néghgés  de  propos  délibéré  par  son  prédécesseur,  ou  qui 
lui  sont  postérieurs.  C'est  donc  moins  un  supplément  qu'un 
ouvrage  destiné,  dans  la  pensée  de  son  auteur,  à  remplacer 
aussi  bien  Ibn  Khallikàn  f|ue  toutes  les  biographies  spéciales 
ou  générales  qui  l'ont  précédé  lui-même.  Ce  qui  a  accrédité 
longtemps  l'opinion  que  l'ouvrage  d'As-Safadi  n'était  qu'un 
supplément  à  celui  d'Ibn  Khallikàn,  c'est  le  mot  ivafaynt,  qui 
figure  à  son  titre.  On  a  pensé  qu' i/-lF«/?  kl  ivajayât  d'As- 
Safadî,  ne  pouvait  être  qu'un  supplément  aux  Wafayât  d'Ibn 
Khallikàn,  comme  le  Fnivât  al-ivajayàt  d'Ibn  Sâkir  al-Kutubi, 
qui  est  certainement  un  supplément.  Mais  le  plus  léger 
examen  de  l'œuvre  d'As-Safadi  sullit  pour  montrer  (|u'elle  con- 
stitue un  recueil  tout  à  fait  indépendant,  no  faisant  suite  à 
aucun  auteur  antérieur. 

C'est  en  tête  de  ce  grand  ouvrage  biographique  qu'As-Sa- 
fadî  a  placé  la    inuqadditna ,    dont  le   texte  est  ci-après.  Ces 

Cî   (Jiilaldiriu!  (Irs  mss.  nrnfies  de  la  BiliUothèque  nationale,  n°  ïîoOa-G. 

(*^  M.  II.  Di'iriihoifrjf ,  |toiil-(Hi('  sur  la  foi  du  (latalojjuc  de  Paris,  a  ron- 
sidéi'c  égalcmciil  ccl  oiivra[{e  «(iinuie  un  suiipli'mciil;  \oir  IjC»  iiiss.  ani/irs  île 
la  (]oll.  SchrJ'ci;  \).  '.U ,  lijjne  5. 

W   Cf.  note  .5. 

C'     RuiKKKr.MANN,  0^.    cit.,  1,    lî.5'l. 
t'*'     BnOCKELMANN,  op.   flV.,     1,3^40. 


254  MARS- AVRIL    1911. 

prolégomènes  débutenl  par  une  doxologie  écrite  dans  un  style 
très  recherché  et  en  prose  rimée.  Comme  cela  arrive  toujours, 
les  nécessités  de  l'allitération  obligent  l'auteur  à  exprimer  sa 
pensée  d'une  manière  très  alamhiquée  et  qui  nuit  beaucoup  à 
la  clarté  dans  tout  ce  passage.  Je  vais  analyser  ici  cette  préface, 
avant  de  donner  le  texte  entier  des  prolégomènes. 

As-Safadî,  commence  par  faire  l'éloge  des  grands  hommes 
de  l'Islam  ç^  dont  les  savants  sont  comparables  aux  prophètes 
d'Israël;  dont  les  émirs  égalent  les  souverains  de  la  Perse, 
pour  la  magnificence  et  la  munificence  '''  n.  Il  fait  ensuite  l'éloge 
des  sciences  historiques,  et  trace  le  phin  de  son  propre  ouvrage, 
en  le  piésentanl  comme  une  très  vaste  collection  de  biographies 
des  hommes  célèbres  de  l'Islam,  w  Je  n'y  omettrai,  dit-il,  aucun 
des  khalifes  orthodoxes,  aucun  des  notables  parmi  les  ashâb 
(compagnons  du  Prophète),  les  tàbi  (suivants),  les  princes 
les  émirs,  lesqàdîs,  les  gouverneurs  de  provinces,  les  vizirs, 
les  lecteurs  du  Qoran,  les  traditionnistes,  les  jurisconsultes, 
les  cAa/Ms,  les  dévots,  les  inspirés,  les  saints,  les  grammai- 
riens, les  littérateurs,  les  écrivains,  les  poètes,  les  médecins, 
les  savants,  les  hommes  d'esprit  et  d'intelligence,  les  chefs  de 
sectes,  les  hérétiques,  les  penseurs  hétérodoxes,  les  hommes 
marquants  de  chaque  science '^^.  » 

Dans  ce  vaste  plan ,  on  trouvera  sans  doute  des  biographies 
d'hommes  peu  importants,  comparés  à  d'autres.  Mais,  comme 
l'a  dit  le  grammairien  Khalîl,  «pour  arriver  à  la  connaissance 
de  ce  qui  est  nécessaire  en  grammaire,  on  est  obhgé  d'ap- 
prendre bien  des  choses  moins  indispensables.  II  en  est  de 
même  de  toutes  les  sciences.  »  C'est  ainsi  que  l'auteur  s'excuse 
des  longueurs,  parfois  inutiles,  de  son  ouvrage ^^l 

'-'   Ce  passage  a  été   copié   par   Hadjî    Khalfa  ,   Lexicon    hihliogmphicum, 
t.  VI,  p.  il  7.  Cf.  infra,  p.  268. 


PROLEGOMENES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARARES.       255 

Quanta  la  disposition  matérielle  des  biographies,  l'auteur 
a  adopté  l'ordre  alphabétique,  sauf  néanmoins  une  exception, 
justifiée  par  la  qualité  du  bénéficiaire  :  au  lieu  de  commencer 
par  la  lettre  alif,  le  livre  s'ouvre  par  une  longue  et  intéressante 
biographie  de  Mahomet.  Mais,  aussitôt  après  tous  les  Ma- 
homets,  on  revient  à  l'ordre  alphabétique,  qui  est  suivi  durant 
tout  le  cours  de  l'ouvrage.  Malgré  l'étendue  de  la  notice  qu'il 
a  consacrée  à  Mahomet,  As-Safadî  s'excuse  de  sa  brièveté  en 
rappelant  la  multiplicité  des  ouvrages  qui  ont  été  composés 
sur  ce  sujet. 

Ce  passage  vaut  la  peine  d'être  traduit  ici  en  entier,  car  il 
complète  sur  un  point  spécial  la  bibliographie  donnée  plus 
loin,  à  la  onzième  section. 

i 

^y-^   ^  v_ÀJi)l  (Jf35;-J'   tjLiL^  JljCJ   aMI  X^^  ^^-Lç-g-^l   /^wUJt^l 
(j^i>^Jt  (j^^  Lailii  -Ui)l  Ujsry^ii  *-frJ.^  ^-^^'^^  ^^'  ;L^^  *7^S***^' 

j^-»^  (j->i)^^^4-sCjt  cyUxWî  (^^  •*•  (j^^^  j4^  ^^-ï^  ^^  ^^^j^' 


256  MARS-AVRIL   1911. 

»<  ^  ^    £ 

^1  ^-»c>Lï-U  Kaw^  *hs^  '^î  45^  cs-s^'  xX*s  t_>^^  .-.(^jLw.Ji 
....  "  ^     ^  ^ 

Ijl^Jl  iJ^'.iS^   .-.  ^^XJI-l!  Jo^x..f^l  ^^UXÎ  |j5/lLi)î  cjU^^   .-.^-x^lï 

qO  à>.A.^w>*^  .•.j.jb,.n  tX>.c  /»ii)   ^tXJI  /olâi^  .'.  (KjjtXÂXwy!  (-AjkLaàfc.  y><i^ 

(_5;^Uiî  ^  J'iJi  y^C^  •'•  «j-waA^  ^P^J'  *^■^^  làslil  «j*-*«^  •■•  (^^^»>J^ 
JsJa-wé*  /j-^  4Xj;^  ^^iXJî  -#^-A3  Lâ-iLil  -L>oiJ!  Ijl^>m;^J    j^S^'^    J^l-ci^-J'^ 

S   '*'   j 

"  ^  "  5       ^'^ 

.'.^^^  (j^ÀJ  kiU*>o  ^^A*Xj    U-a.*  AÀÀao^  ^  ^■t:*^  i^y  (A^^^   •'•  rfr^^ 

<x_>^LjL»^  .•.A_koL^i  -.5Î  ^_«  «.jc^KfcJi  ^Lii^Ji  *_a.axJI  (^Ji  U  Ji  liXA 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARARES.       257 

Le  premier  qui  ait  composé  un  ouvrage  sur  les  expéditions  du  Pro- 
phète [al-maghàzi)  est  'Urvva  ibn  az-Zubaii"*''.  Après  lui,  viennent  iMûsa 
ibn  'Uqba  '''  et  'Abd  Allah  ibn  Wahb  ''>.  Quant  à  la  biographie  du  Pi-o- 
phète,  le  premier  qui  en  ait  composé  une  est  Ibn  Isliâq'*'.  Cette  bio- 
graphie a  été  transmise,  d'après  lui,  par  un  grand  nombre  d'auteurs 
avec  des  additions  ou  des  retranchements. Parmi  ces  auteurs,  on  trouve: 

1°  Ziyâd  ibn  'Abd  Allah  al-BakkiVi  t^' ,  maître  d"Abd  AUcAh  ibn  Hi- 
sâm'"',  qui  a  composé  un  abrégé  de  la  vie  du  Prophète  (wtJ//rA<a«?V  as- 
Sir  a  )  ; 

2°  Salama  ibn  al-Fadl  al-Abras  <'' ; 

3°  Muhammad  ibn  Salama  al-Ilarrânî  ''^; 

k"  Yûnus  ibn  Bukair  al-Kûfi(''; 

5°  Abii-1-Qàsim  as-Suhailî  ''"'  a  composé  l'ouvrage  intitulé  :  ar-raud 

(^^  C'est  le  fils  du  fameux  Az-Zoubair  ibn  ai-'Awvvàm ,  le  Compagnon  de  Maho- 
met. Il  mourut  en  98  ou  9/1  de  l'hégire  (712  ou  7i3).  Sa  biographie  est  don- 
née par  Ibn  Khallikàn,  éd.  Wïstenfki.d,  notice  4 2 7.  Cf.  aussi  Hammer-Purg- 
STALL,  LiUeratiirgpschichte  der  Araber,  II,  179. 

'^'  Sur  l'auteur  (mort  en  1^6  =  758)  et  sur  1  œuvre,  voir  Rrockelmann,  I, 

'^^  Abu  Muliammad  'Abd  Allah  b.  Wahb  b.  MusUm  al-Qurasi  al-Fihrî,  juris- 
consulte célèbre  qui  florissait  en  Egypte.  Né  au  Caire  en  isli  ou  126  de 
l'hégire  (7^2  ou  7^3),  il  mourut  dans  sa  ville  natale  en  198  (  8i4).  Voir 
Ibn  Kliallikân,  éd.  Wlstenfei.d,  notice  828,  Hammer-Purgstall,  Lùferari/r- 
gcscli.,  t.  III,  p.  198,  et  les  manuscrits  arabes  de  Paris,  n°  9066,  fol.  112,  et 
n"  9io3,  fol.  28. 

(*'  Mouhammad  ibn  Islià([  (i  191  =768)  Une  bonne  notice  sur  cet  auteur 
est  donnée  par  Safadi,  dans  le  ms.  de  Paris  n°  586o,  fol.  182.  Sur  sa  Vie 
du  Prophète,  voir  la  bibliographie  dans  Rrockelmann,  1,  i35. 

'■■''i  Cf.  Rrockelmann,  I,  i35;  Ibn  Kliallikân,  éd.  WCstenfeld,  notice  2^7,  et 
Hammer-Purgstall,  III,  lioS.  Il  mourut  en  i83  (799). 

f")  II  s'agit  sans  doulc  ici  d"Al)d  al-Malik  (et  non  d"Abd  Allàb)  b.  Hi§âm  , 
l'auteur  bien  connu  de  la  Vie  du  Prophète,  qui  mourut  en  ai8  (88'i).  Sur 
cet  auteur  et  son  œuvre,  voir  Rrockelmann,  I,   i35. 

^''  Il  était  (jàiii  de  Rayy.  C'est  le  seul  renseignement  que  j'aie  trouvé  sur  cet 
auteur.  Cf.  Tddj  nl-'anh,  \\\\  ,  p.  888, et  Mas'idî  , /liv'iVî'.s'.sï'mcn/,  Irad.,  p.  36i. 

<"'  C(>  trailitiomii-stc,  Hont  nous  n'avons  |)as  le  livre,  csl  morl  en  191  (807) 
cf.  DzAiiABÎ,  Tadihintl  (d-lliiJJ'àz ,  l,  •.!89,  et  Jubatpil,  \1,  iVi. 

("'  Ce  traditionniste  est  mort   en  19g  (81  4);  cf.  OzaiiabI,  op.  vit.,  1.  299. 

''"'  Sur  l'antcur,  dont  le  nom  est 'Abd  ar-Rabinàn  b.  'Abd  Allàb,  mort  en 
58i  (118.5),  voir  les  références  données  par  ^HO(:KKl.M\^N,  I,  '118,  et  ajou- 
ter une  intéressante  notice  donnée  par  le  manuscrit  arabe  de  Paris,  n"  aoC6, 
fol.  1/19  r".  Sur  son  (inivre,  voir  Rrockelmann,  1,  ihid.  il  p.  i8,5. 

XVII.  17 


l'irniurnir    ^\ti»Mi  r. 


258  MARS- AVRIL    1911. 

al-unuf,  qui  est  un  commentaire  de  la  Vie  du  Prophète  (as-Sira),  dont 
il  a  été  parlé  ci-dessus: 

6°  JNotre  maître,  Sams  ad-Din  adz-Dzahabî  a  composé,  d'après  le 
précédent  ouvrage,  un  livre  intitulé  Bulbul  ar-raud  (Le  Rossignol  du 
jardin  )('); 

7°  On  trouve  dans  les  Tabaqnl  al-kuhrd  (Les  Grandes  Classes)  d'ibn 
Sa'd  une  longue  biographie  [sira)  du  Prophète  '^'•, 

8°  Les  Dald'il  an-nubuivwa ,  par  Aboû  Zura  ar-Râzi  <^^; 

9°  Les  Dald'il,  par  As-Saraquslî  <'''  ; 

10°  Les  Dald'il,  parle  hdjlz  Abu  Nuaim,  en  deux  volumes  (^'; 

1 1°  Les  Dald'il  an-nnbuwwa ,  par  An-Naqqâè,  l'auteur  du  commentaire 
(ta/sir)  du  Qoran^'''; 

19°  hes  Dald'il an-nubuirwa,  \)ar  Xt-Tabdii'àni^^^; 

1 3°  Les  Dald'il,  par  Abu  Dzarr  al-Mâhkî  '''  ; 

ifi"  Les  Dald'il ,  par  l'Imâm  al-Baihaqî,  en  six  gros  volumes  ^°^; 

'')  Sur  l'auteur,  voir  plus  loin,  dans  la  ii'  section,  le  n°  i35  et  la  note. 
Hadjî-Kualfa,  Lnxicoii  bihlio^raphicum  (t.  111,  p.  ^87),  au  chapitre  consacré  à 
l'ouvrage  du  Suliailî ,  ne  fait  pas  mention  du  Rossignol. 

'■^)  Sur  l'auteur,  voir  plus  loin,  dans  la  11°  section,  le  n°  2o5  et  la  note. 
Sur  l'œuvre,  voir  Buockelmann,  1,  i36.  On  sait  que  ce  vaste  recueil  est  en  cours 
de  piiblication  sous  lu  direction  do  i\l.  Ed.  Sacliau. 

'^*  Abu  Zur'a  'Obaid  Allah  h.  'Ahd  al-Karim,  fameux  traditionnisto,  mort  en 
ttsh  (858).  Cf.  DzAHABi,  Tabaqdt,  IX,  35. 

**'  Hadji-Khalfa  (111,  aSG-aSy)  ne  fait  pas  mention  de  ces  Z>a/a'«/ dans  le 
chapitre  consacré  à  cette  littérature. 

*^'  Sur  l'auteur,  voir  plus  loin,  dans  la  1  i""  section,  le  n"  256  et  la  note. 
Sur  l'ouvrage,  qui  est  conservé  au  British  Muséum  et  au  Caire,  voir  Brockel- 

MANN,  I,  362. 

'•^^  Sur  l'auteur,  Abu  Bakr  Muliammad,  lils  de  Hasan  an-Naqqàs  (2GG- 
36i  =  879-962),  voir  Ibn  KhaLIikàn,  éd.  Wdstenfeld,  notice  638.  Son  com- 
mentaire du  Qorau  existe  au  Caire,  voir  Brockelmann,  I,  52 1.  Les  Dald'il,  que 
nous  n'avons  pas,  sont  citées  par  Ibn  Khallikân,  loc.  cit.- —  Safadî  a  donné 
une  notice  sur  cet  auteur  dans  son  Wàjï  bd-wafaydt.  Cf.  ms.  araba  de  Paris , 
n°  58.6o,  fol.  23a. 

^''  Solainiiin  h.  Aluuad  (t  260  =  870).  Nous  n'avons  pas  ses  Dald'il.  Cf. 
Brockelmann,  1 ,  167. 

<*)  Sur  l'auteur,  Abu  Dzarr,  inoit  en  432  (10/12),  voir  Dzauabî  ,  Tabaqdt, 
XIll,  66;  Ibn  al-Athir,  Chrunicon,  1\,  352  (cf.  Brockelmann,  I,  ]35). 

'"'  Sur  l'auteur,  qui  est  mort  en  458  (=1060),  sur  son  ouvr.i;i[e,  et  sur 
l'étude  qui  en  a  été  faite  par  K.  Nylanders  (  Leiden,  1892),  voir  Brockelmann, 
I,  363. 


PROLÉGO-AIÈNES  À  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       259 

.     i5°  A'Idm  an-nubuiviva ,  par  Abù-l-Mutamf,  qddi-l-djamâa''^^; 

16°  Aldm  an-nuhavwa ,  parle  philologue  Ibn  Qutaiba-''; 

17°  Parmi  les  ouvrages  les  moins  longs  qui  aient  été  composés  sur  ce 
sujet  (la  Vie  du  Prophète),  ou  peut  citer  un  petit  livre  d'Ibn  Fâris'^', 
l'auteur  à' al-Mudjmal  fil  -lugha ; 

18"  yls-Srt/HrtV/ (Les  nobles  qualités  du  Prophète),  par  At-Tirmidzî, 
dont  le  nom  est'Abd  Allah  ibn  Muslim '"'.  J'ai  copié  moi-même  cet  ou- 
vrage et  je  l'ai  lu  devant  mon  maître  Djamâl  ad-Dîn  al-Mizzi; 

19"  As-Samd'il,  par  le  hdfiz  al-Mustaghfiri  an-Nasafi '^' ; 

20"  Sifal  an-nabi'  (  Portrait  du  Prophète) ,  par  le  qàdi  Abû-1-Bakhtarî  '^': 

21"  Al-Ahklâq,  parle  qàdi  Ismaîl  al-Màlikî *'^ ; 

22°  As-Sifd,  par  le  qâdi  lyàd  **>; 

2  3°  Al-Wajd'  (L'Acquittement  intégral),  par  Ibn  al-Djauzi,  en  deux 
volumes  '''  ; 

f'î  Ce  traditionniste  est  cité  par  Mas'ûdî,  Avertissement,  trad. ,  p.  i3i.  Cf. 
Hammer-Purgstall,  Littéral urgeschichte ,  V,  807. 

^-'  Ce  fameux  auteur  (7276  =889)  est  trop  connu  pour  qu'il  soit  besoin 
de  donner  ici  sa  biographie.  Nous  n'avons  pas  son  ouvrage.  Cf.  Brockelmans, 
I,  120  et  suiv. 

<''  Il  s'agit  ici  du  philologue  Alimad  b.  l<'àris  (t  3().5  =  ioo5),  qui  est 
connu,  en  effet,  par  sou  œuvre  maîtresse  le  Mudjmal  fU-lugiia.  Nous  n'avons 
pas  sa  Vie  du  Prophète.  Cf.  Brockelmakn,  I,  i3o. 

e*)    Mort  en  279  (899).  Sur  l'auteur  et  l'œuvre,  voir  Brookelmann,  I,  169. 

*^'  Il  s'agit  ici  d'Abù-l-'Abbàs  Dja'lar  b.  Muliammad  an-Nasafî,  mort  en 
/i32   (10/10).  Cf.  DzAHABi,  Taljuqài,  XIII,   6.0;  Wistenfeld,  Gcsch. ,   n°i92. 

'■''1  Sur  ce  fameux  jurisconsulte,  dont  le  nom  est  Walib  b.  Wahb,  qui  fut  qâdî 
do  Baghd;"idz  sous  Hàroùn  ar-Rasid ,  voir  l'inléressanto  nolire  d'Ibn  Kliallikhâu, 
éd.  VVi  sTicNi'Ki.D,  n"  796,  et  noire  traduction  du  l''al>hri,  p.  33o,  n.  9.  Sa 
Sifal  an-nabi  est  filée  par  Ibn  KiiAU.ikÂN,  ihid. 

''^  Ce  qàdî  se  nommait  Ismà  il  b.  Isliàq  b.  Isnià'il  b.  Ilammàd  b.  Dirham 
b.  Bàbak  al-Ba^rî  al-Azdi  ai-Djabdami.  Né  en  199  ou  900  (81  A  ou  81  5),  il 
mourut  à  Bagbdiidz  en  982  (895),  dont  il  fut  grand  qàdi  sous  le  règne  de 
Mu'tamid.  Je  trouve  une  intéressante  notice  sur  cet  auteur  dans  le  ms.  arabe 
de  Paris  n"  9  1  oS ,  fol.  97  r".  Parmi  les  18  ouvrages  que  son  biographe  lui 
attribue,  le  hilàb  nl-aLhldii  n'est  pas  menlictnné.  A  oir  encoie  Iim  ai.-Atiiîr,  ^II, 
211,  et  DzAiiAiii,  Tabaijiît,  IX.  n"  i93. 

(*'  Sur  l'auteur,  voir  plus  loin,  dans  la  1 1'  section,  h-  11"  918  cl  la  note.  Sur 
son  ouvrage,  qui  a  été  injprimé  au  Caire  et  dont  il  existe  un  très  grand  noml)re 
de  nianusciils,  voir  Bikkjkixm  vnn  ,  I,  3O9. 

<"'  Sur  l'uuteur,  voii'  plus  loin,  dans  la  n'  section,  le  n'  108  et  la  uote. 
Sur  l'ouvrage,  dont  le  titre  entier  esl  :  ^La.a^l  JoLi*  i  *L»jJI  i_'U5^,  BsockiiL- 
MANN,  l,  5o3. 

'7- 


260  MARS-AVRIL    1911. 

26°  Al-Iqtifâ',  par  Ibn  Miinayyir ''',  le  prédicateur  [khatib]  d'Alexan- 
drie ; 

26°  Nnzm  ad-durr  (Les  perles  enfilf^es-),  par  Ibn  'Abdal-Barr'^'; 

96°  SiVrt  (Viedu  Prophète),  par  Ibn  Ilazm'^'; 

27°  Hadjdjat  aJ-tvadd  (Le  Pèlerinage  des  adieux),  par  le  même. 
C'est  un  excellent  ouvrage  ■*'  : 

28°  Sîra,  parle  saikh  Saraf  ad-Dîn  ad-Dimyâtî '*'; 

29°  Sira  (Vie  du  Prophète),  par  le  hâfz  "Abd  al-Ghanî f*^'.  C'est  un 
résumé  ; 

So"  'Uyvn  al-atliar  fi-l-maghâztxvas-samd'il  was-siyar,  par  notre  maître 
Yimâm,  le  hâjiz,  Fatli  ad-Dîn  Muhammad  ihn  Saijyid  an-Nds.  Je  l'ai  trans- 
mise, d'après  lui,  pour  partie  d'après  l'enseignement  oral  que  j'ai  reçu 
de  \ui{sa7tiaan) ,  et,  pour  la  totalité,  d'après  la  licence  qu'il  m'a  donnée 
à  ce  sujet  (idjdzatan)  ^''^ ; 

3 1  "  Fath  ad-Dîn ,  l'auteur  précité ,  a  composé  une  autre  Sira  abré- 
gée '*',  que  je  lui  ai  entendu  lire  de  sa  propre  bouche; 

(''  Sur  l'auteur,  Nasir  ad-Din  Alimad  b.  Muliammad,  né  en  620  =  1923, 
mort  en  683  =  i  28^  ,  voir  les  références  données  par  Brockelmann,  op.  cit,  I, 
4i6  et  iSi,  et  ajouter  une  intéressante  notice  donnée  par  le  ms.  arabe  de 
Paris  n"  2068,  fol.  i25  {al-manhal  as-sâj't,  d'Abû-l-Maliâsin  ibn  Taghrî 
Bardi).  Nous  n'avons  pas  son  Iqtifa. 

(-'  Sur  l'auteur,  voir  pins  loin,  dans  la  1 1"  section,  le  n"  216.  Quant  à  l'ou- 
vrage, c'est  probablement  celui  qui  est  conservé  au  Caire  (II,  77),  sous  le  titre 
de  :  jis-.J!j  ts^^jU'  i  ^i-^'  v'-^;  cf.  Brockelmann,  I,  368. 

W  Sur  ce  fameux  auteur,  mort  on  /i.56  =  io64,  voir  les  nombreuses  réfé- 
rences données  par  Brockelmann,  op.  cit.,  I,  ioo.  Nous  n'avons  pas  sa  Vie  du 
Prophète,  ni  son  Pèlerinage  des  adieux. 

'*'  Voir  la  note  précédente. 

(^'  Sur  l'auteur,  donl  le  nom  est  'Abd  al-Mù'min  b.  Kbalaf  (6i3-7o5  = 
12  17-1306),  voir  Brockelmann,  II,  hd ,  et  ajouter  deux  intéressantes  notices 
contenues  dans  les  ms.  arabes  de  Paris  n"  2071,  fol.  go  r°  à  gi  v°  {al-manhal 
as-sàfi,  d'Abû-1-Mahâsin  b.  Taghrî  Bardi),  et  n°  585g,  fol.  11g  v°  à  191  v" 
[A'wân  an-nasr  wa  a'yân  al-asr,  de  Khalîl  ibn  Aibak  as  Safadi).  Nous  n'avons 
pas  sa  Vie  du  Pi-ophèle. 

('^>  Il  s'agit  ici  du  tradilionniste  'Abd  al-Ghanî  b.  'Abd  al-Wàhid  al-Djammâ'ili 
(f  600  =  i2o3),surqui  on  peut  consulter  Brockelmann,  I,  357.  Son  ouvrage  est 
intitulé  :  ad-durra  al-mudiyifa  fi^s-srrn  an-nahnwiyya. 

P'  Sur  l'auteur,  Muliammad  b.  Abi  Bakr,  mort  en  73i  (i33i),  et  sur  son 
œuvre  dont  le  titre  exact  est  :  i!^L*i  j.^  y^^i  **^;  >>-^ï-»'  ^\yyè.  J  ySi)!  (j^^c 
ji-Jl  JjUi  cjji!  g  ,  et  dont  il  existe  de  nombreux  manuscrits,  voir  Brockel- 
mann, II,  71. 

'*)  Cetle  lie  abf-ègéc  du  Prophète  est  sans  doute  celle  qui  est  connue  sous  le 


PROLEGOMKNES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       261 

32°  Notre  maître ,  i'îVwrtm,  le  hdfiz,  Sams  ad-Dîn  adz-Dzahabî  a  consacré 
en  tête  de  son  Tarikh  aî-tshlm  un  tome  aux  Maghdzi  (Expéditions  du 
Prophète),  et  un  tome  à  la  Sira  (  Vie  du  Prophète).  J'ai  lu  ces  deux  tomes 
devant  lui  '''  ; 

33°  On  trouve  dans  le  Tarikh  (Annales)  d'ibn  Djarir  (Al-Tabarî), 
plusieurs  chapitres  consacrés  à  Tépoque  du  Prophète  '"'^  ; 

34°  Un  gros  tome  de  Tarikh  Dimasq  (Histoire  de  Damas),  par  Ibn 
'Asâkir,  est  consacré  à  ce  sujet'''; 

35°  L'ouvrage  d'ihn  Abî  Saiba'^'  contient  aussi  une  bonne  partie 
relative  à  la  vie  et  aux  expéditions  du  Prophète. 

Tout  cela ,  sans  parler  de  ce  qu'on  trouve  dans  les  six  Recueils  authen- 
tiques (sihdh)  de  traditions,  touchant  les  nobles  qualités,  les  expéditions 
et  la  biographie  du  Prophète. 

Les  prolégomènes  proprement  dits  comprennent  onze  sec- 
tions {Jj-"^)  qui  présentent  de  l'intérêt  notamment  au  point 
(le  vue  de  la  grammaire  et  de  la  bibliographie.  Sous  ce  dernier 
rapport  surtout,  As-Safadî  paraît  avoir  connu  les  meilleurs 
ouvrages  historiques  qu'un  auteur  écrivant  à  son  époque  pou- 
vait avoir  à  sa  disposition.  Au  reste,  voici  l'intitulé  de  chacune 
(le  ces  sections  : 

Section  L  Sur  les  divers  computs  et  calendriers  en  usage 
chez  les  Arabes,  les  Persans,  les  Juifs,  etc. 

Section  If.  Exposé  grammatical  sur  la  manière  d'écrire  la 
date. 


litre  de  Nùral-'uyùn  et  sur  laquelle  on  peut  voir  Brockelmann,  loc.  cit.,  à  la  note 
précédente. 

C'  Sur  l'auteur  et  l'œuvre,  voir,  dans  la  1 1°  section,  le  n°  i  35  et  la  iiolc. 

'^'  Sur  l'auteur  eti'œuvre,  voir  plus  loin,  dans  la  1 1'  section,  le  n"  too  ot 
la  note. 

•')  Sur  l'auteur  et  l'œuvre,  voir  ihid. ,  n"  53  et  la  note. 

''*'  Il  s'ajfit  ici  probaI)lement  d'Abù  Bukr  h.  Alti  Saiba,  Iraditionniste  men- 
tionné, sans  indication  de  date,  par  le  Tàdj  al-'nnh  (1,  p.  3  ^(),  I.  :i3),  et 
(|uî  est  rantcin'  d'un  muxnail.  Cel  aiitc.ir  csl  mort  en  '.135  (f^'i<));  cl".  Ilviui 
KlULFA,  V,  53;>;  BnOCkELMANN,   I,   5  1  ()  ;  DZAIIAIIÎ,    Tdhaii. ,  VIII,   •\o. 


262  MARS-AVRIL   1911. 

Section  III.  Sur  la  manière  d'indiquer  par  écrit  la  date  d'un 
événement. 

Section  IV.   Sur  les  ethniques  ou  noms  relatifs  (oL*ii). 

Section  V.  Sur  le  nom  propre ,  le  nom  patronymique  {kunya 
iUi^),  le  surnom  honorifique  i^laqah  t-oU),  et  la  manière  de 
les  disposer  en  même  temps  que  l'ethnique. 

Section  VI.  Sur  l'orthographe,  l'écriture  et  certains  signes 
abréviatifs  ou  conventionnels. 

Section  VII.   Sur  le  plan  des  ouvrages  historiques. 

Section  VIII.   Considérations  grammaticales  sur  le  mot  aU^ 

«  décès  ?5. 

Section  IX.   Sur  l'utilité  de  l'histoire. 

Section  X.  Sur  les  qualités  que  doit  posséder  un  bon  his- 
torien. 

Section  XI.  Bibliographie  historique  (Histoire  de  l'Orient, 
Histoire  du  Maghreb,  Histoire  de  l'Egypte,  Histoire  du  Yémen 
et  du  Hedjâz,  Histoire  générale.  Histoire  des  khalifes,  Histoire 
des  rois,  Histoire  des  wizirs  et  des  gouverneurs,  Histoire  des 
qâdis.  Histoire  des  savants,  Histoire  des  poètes,  ouvrages 
historiques  divers). 

J'ai  eu  pour  établir  le  texte  : 

i"  Un  manuscrit  de  la  Bibliothèque  de  Vienne,  coté  i  i63 
au  catalogue  de  Flûgel,  et  dont  j'ai  obtenu  communication 
grAce  à  l'entremise  de  M.  Omont,  conservateur  du  département 
les  manuscrits  à  la  Bibliothè(jue  nationale.  .Je  prie  ce  savant 
l'accepter  mes  très  vifs  remerciements.  Ce  manuscrit,  qui  est 
l'une  écriture  médiocre,  s6  rachète  par  une  correction  relative- 
ment salisfaisante.  C'est  celui  que  je  désigne  par  la  lettre  V. 


PROLEGOMENES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       263 

9°  Le  manuscrit  de  Paris,  58Go  du  fonds  arabe ^^' (Collec- 
tion Schefer),  que  je  désigne,  dans  les  notes,  par  la  lettre  P. 

Ce  manuscrit,  d'une  écriture  agréable  et  très  lisible,  pèche 
par  le  nombre  trop  considérable  des  fautes  et  des  mauvaises 
leçons ,  dues  pour  la  plupart  à  l'ignorance  du  copiste. 

3°  Le  manuscrit  de  Paris,  coté  /i8o3  au  catalogue  des  nou- 
velles acquisitions.  Je  le  désigne  par  la  lettre  S  (supplément). 

L'introduction  d'As-Safadî  occupe,  dans  ce  recueil  de  frag- 
ments ,  les  folios  /i  9  à  62. 

Ce  manuscrit,  qui  me  paraît  assez  ancien,  n'est  pas  daté. 
Au  recto  du  folio  h  9 ,  qui  est  le  premier  du  fragment  conte- 
nant l'introduction  d'As-Safadi,  on  lit  la  note  suivante,  écrite 
d'une  autre  main  : 

*La>j^^    (jL^i)!  /o-^];-J    *-^    J-5^   j^JsJUaJî  dLo!  yji)  ci^Li^L)  ^\^ 

g-Lim^  ,LJ^^J!_5    *iX^Î^  J^i_5    ^^j-xjcjUÎI^    iJ^\  ^  ^-^W 

^^yL=^  <_«^'jL>J    ^y*^'i  c-^A>Ji    (^Uwl  /y£  /j^ÀlaJI   OUmO  (j^   p)o(amjI^ 

Le  complet  sur  les  décès,  par  Ibn  Aibak  as-Safadi;  [ouvrage]  dans 
loquel  il  a  réuni  les  biographies  des  notables  et  des  hommes  les  i^lus 
distingués  du  lem|)s,  ()armi  les  compagnons  du  Prophèle,  les  suivants, 
les  rois,  les  savants,  les  médecins,  les  saikhs,  les  poètes.  Cette  notice 
est  exti'ailf  du  Ka^'  az-zunûn  'an  asàmt-l-kniub  ival-funùn  de  KÀtir 
TsKMiBi,  (hîfunt ''*." 

D'après  une  autre  note,  le  fragment  contenant  l'Introduc- 
tion serait  autographe,  (^ela  me  paraît  douteux,  car,  malgré  sa 
correction  rebitive,  il  renferme  encore  des  fautes  grossières, 

^''  Cf.  H.  Derenbourg,  Les  manuscrilii  arabes  de  la  Colleclinn  ScIw/it,  \).  3o; 
E.  Blociiet,  Calaldifiie  de  la  collection  des  innnuxcrilx  orientanar,  araOc» ,  persans 
et  lares ,  foiinéi'  par  M.  Srhefer  et  ac<ii(isf  p<ir  l'Etal  (l'.iris,  ii)iio),  p.  11. 

'-'   (il.  IIadjI  KiiALt'.v,  \i,  ^17. 


264  MARS- AVRIL    1,911. 

que  l'auteur  écrivant  lui-même  n'aurait  sûrement  pas  com- 
mises. En  tout  cas  c'est  là  une  question  qui  ne  pourrait  être 
résolue  que  par  la  comparaison  de  ce  fragment  avec  les  auto- 
graphes avérés  d'As-Safadî ,  c'est-à-dire  les  manuscrits  1781 
et  1 7  3  3  de  Gotha ,  et  1 7  2  2  de  l'Ëscurial  ^^l  Toutes  les  variantes 
ont  été  notées. 

Pour  les  renseignements  hiographiques  et  bibliographiques 
sur  les  auteurs  cités  au  cours  de  ce  travail,  je  me  borne  géné- 
ralement à  renvoyer,  dans  la  traduction,  à  l'ouvrage  indis- 
pensable de  M.  Cari  Brockelmann,  Geschîchte  der  arahischen 
Lilteratur  (2  vol.,  Weimar,  Berlin,  1898-1902).  Il  est,  en 
effet,  inutile  de  multiplier,  sans  profit,  les  notes  au  bas  des 
pages,  alors  qu'une  seule  référence  au  travail  de  M.  Brockel- 
mann ^^'  suffit  pour  donner  toutes  les  indications  nécessaires. 
Je  ne  m'écarte  de  cette  règle  que  dans  les  cas,  forcément 
peu  nombreux,  où  je  peux  donner  un  renseignement  qui  ne  se 
trouve  pas  chez  Brockelmann.       .  • 

C'  Cf.  Derenbourg,  Les  inanuscrils  arabes  de  la  Collection  Scliejer,  p.  3i; 
Brockelmann,  op.  cit. ,11,  82. 

'-'  Les  indications  de  M.  Brockelmann  permettront  de  recourir  aux  sources, 
toutes  les  fois  qu'on  désire  avoir  des  renseignements  plus  détaillés  que  ceux 
qu'il  donne  lui-même. 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       265 

— o^>c= — 

Jlâ       «jwj       (j_;K_ii*_£5  *_iL«  UyÀjo  8tXil  oOl5^  <)U/>  i.:>.s»^^i   JxÀJ! 
'"'  s.  Ce  mot  manque.  —  '*''  P  yjySiJis . 

INTRODUCTION  COMPRENANT  PLUSIEURS  SECTIONS. 


SECTION  PREMIERE. 

Du  temps  des  Banû  Kinâna^'^,  les  Arabes  avaient  adopté 
comme  point  de  départ  de  leur  ère  la  mort  de  Ka'b  ibn 
Luayy^-*.  Puis,  quand  arriva  l'année  où  eut  lieu  la  bataille  de 
l'Elépbant^^',  ils  datèrent  à  partir  de  cet  événement.  L'inter- 
valle entre  ces  deux  événements  fut  de  cent  vingt  ans^*'. 

")  CeUe  tribu,  dont  l'ancôtre,  Kinàna,  naquit  vers  101  avant  l'ère  vulgaire 
(cf.  Galssin  de  I'ergeval,  Essai  sur  l'Hisloire  des  Arabes  avant  Vîslàm,  p.  19'?- 
19/i,  et  VV.  MuiR,  Tlic  Life  of  Mahomet,  I,  cxcvi),  descend  do  'Adnàn,  i'an- 
cèlre  de  tous  les  Arabes,  par  la  branche  dont  les  auteurs  sont  Ma'add,  Mutlar, 
Al-Yàs,  Mudrika  et  Khuzaima.  Cf.  la  table  généalogique  des  tribus  isma'ilitos 
dans  Annali  delV  Islam,  corapilali  da  Leone  Caetani  ,  principe  di  Teano,  introd., 
8  Al,  table  1,  et  S  53,  ainsi  que  les  auteurs  qui  y  sont  cités. 

<''  Ce  personnage  descend  de  Kinàna  par  An-Nadr,  Màlik,  Fihr,  Ghàlib  et 
Luayy,  son  père.  11  naquit  vers  999  ou  3oo  de  Tère  vulgaire.  Cf.  Caussin  de 
Perckval,  1,  p.  a3o,  et  Prince  de  Teano,  op.  cit.,  introd.,  8  'i  1  et  69. 

*''  Sur  cette  expédition  fameuse  qui  aurait  été  conduite  par  le  vice-roi  du 
Yémen,  Abraliali,  contre  la  Mecque,  voir  les  versions  rapportées  par  les  tra- 
ditionnistes  arabes  dans  Teano,  op.  cit.,  intiod. ,  S  69,  108,  109  et  117.  Celle 
expédition  aurait  eu  lieu  en  5^0  de  notre  ère,  ptiis(iue,de  l'aveu  de  la  majorité 
des  historiens  arabes,  c'est  cette  ainice  que  naquit  Mahomet.  Voir  Caissin  de 
Perceval,  op.  cit.,l,  38a;  Tabarî,  Annales,  elc,  l,  967-9G8.  Cf.  Tkano,  op. 
cit.,  introd.,  8  laS. 

(*'  En  tenant  compte  de  cet  intervaili"  et  eu  adoptant  l'année  .^j^o  comme 


266  MARS-AVRIL   1911. 

fa] 

4^w_ai.  »L>Î  L^l  Ia.&!>l  «tX/o  «jUjJ  (J»*:?t*'  t:^-«^3'  f*.^i^  (j^  ^T^  (J^  ^' 

i^  wopi  Uî^  t->b  ^^j^!  a^  î*xXd>  LàfT^b  »^Axa.  JwoiJI  -Is  ylS'iiî 


L'auteur  de  Kitâb  al-aghânî,  Abû-1-Faradj  '^^,  a  dit  :  çt  Lors- 
que mourut  Al-Walid  ibn  al-Mughîra  ibn  'Abd  Allab  ilui 
'Amr  ibn  Makhzûm,  la  tribu  de  Qurais  adopta  la  date  de  sa 
mort  comme  point  de  départ  de  son  ère,  et  cela  pendant  un 
long  laps  de  temps,  à  raison  de  la  considération  dont  elle  l'en- 
tourait. Lorsque  arriva  l'année  où  eut  lieu  l'expédition  de 
l'Eléphant,  ils  l'adoptèrent  comme  date.  C'est  ainsi  que  la 
chose  est  racontée  par  Ibn  Dâb'^l 


date  de  l'expédition  de  fÉléphant,  la  mort  de  Ka'b  ibn  Luayy  se  placerait 
vers  /i5o  (570  —  i20  =  i5o).  Il  aurait  vécu  ainsi  i5o  ans,  si  l'on  adopte,  avec 
Caussin  de  Perceval  (cf.  note  a),  que  Ka'b  naquit  en  299  ou  3oo  avant  Tère 
vulgaire. 

<')  Sur  l'auteur  et  l'œuvre,  voir  Brogkelmann,  Geschichte  der  arabischen  Lit- 
tm-atnr,  I,    166. 

'-)  Toute  cette  rbronologie  est  bien  incertaine  et  l'ourmille  d'erreurs.  Le  pas- 
sage du  Kitdh  al-aghdin  (XV,  11)  cité  au  texte  donne  à  entendre  qu'Al-Waiid 
est  mort  bien  avant  la  guerre  de  l'Eléphant,  puisque  jusqu'à  cet  événement 
son  décès  servait  de  date  dans  la  tribu  de  Qurais.  Or,  d'après  Tabarî  (I, 
laGi),  Ibn  Klialdùn(II,  appendiie  16)  et  d'autres  auteurs,  Al-Walid  mourut 
à  la  Mecque  pendant  la  première  année  de  l'hégire  (622),  c'est-à-dire  52  ou 
53  ans  après  l'expédition  de  l'Eléphant  (570  de  .I.-C).  Cf.  Prince  de  Teano, 
op.  cit.,  Année  1,  §  83,  et  Index,  v"  Al-Walid.  11  était  né  vers  5^17  de  l'ère  vul- 
gaire (cL  Caussin  de  Pkrcevai. ,  Essai,  I,  tabl.  viii).  En  admettant  qu'il  lut 
mort  non  en  62  2 ,  comme  l'aflirment  la  plupart  des  historiens  arabes ,  mais  l'année 
môme  de  l'expédition  de  l'Eléphant,  il  n'aurait  eu  à  celte  date  que  28  ans 
(570-5^7  =  28).  Comment  la  mort  d'un  jeune  homme  de  28  ans  a-t-elie  pu  être 
considérée  comme  un  événement  si  important  qu'on  l'a  adopté  comme  point 
de  départ  d'une  ère  nouvelle?  La  diiliculté  serait  encore  plus  grande,  si  l'on 
admet,  avec  rAghdin,  qu'Ai- Walid  est  mort  bien  avant  l'année  de  l'Eléphant. 


PROLEGOMENES  A  LETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       267 

("'  P.  Manque. 

«  Az-Zubayr  ibn  Bakkâr'^',  au  contraire,  raconte  que  ia  tribu 
de  Qurais  avait  adopté,  comme  date,  la  mort  de  Hisâm  ibn 
al-Mughîra  ^-',  pendant  neuf  ans.  Il  en  fut  ainsi  jusqu'à  l'année 
où  ils  construisirent  la  Ka'ba  ^^^  ;  ils  prirent  alors  cette  année 
comme  point  de  départ  de  leur  ère.  55 

('^  Qâdi  de  la  Mecque,  historien  généalogiste  de  ia  tribu  de  Qurais 
(t  256  H.  =  870  J.-C).  Voir  sur  cet  auteur  :  G.  Brockelmann,  hiit.  Gesch.,  I, 
p.  i4i;  Ibn  KhallikÂn,  éd.  WiIstenfeld,  notice  289.  On  trouve  encore  sur  cet 
auteur  une  notice  intéressante  dans  le  ms.  d'As-Safadî,  n°  2o64  (fol.  80  r") 
de  la  Bibliothèque  nationale.  —  Sur  tout  ce  passage  concornant  la  date,  cf. 
l'opuscule  de  Soyùli,  intitulé  :  g^^'  jt^c  ig>U^l  cjUS^,  éd.  Gh.  F.  Seybold, 
où  toutes  ces  traditions  sont  rapportées;  voir  aussi  Ibn  al-Athîh,  Chronicon,  I, 
g-i  1;  Maoiùzî,  Khitat,  trad.  P.  Casanova,  p.  aS  et  suiv.;  Mas'ûdî,  Avertissement, 
p.  26.3  et  suiv.;  Al-BIrcnî,  Chronologie,  p.  36  et  suiv. 

<^'  Ce  personnage  est  le  frère  d'Al-VValid  b.  Al-Mughira  dont  il  a  été  ques- 
tion plus  haut,  et  il  était  encore  vivant  eu  ^S6  de  l'ère  vulgaire  (cf.  Caussin 
i)K  PioncEVAi,,  Esmi,  I,  3ii,  1.  l'i)  époque  à  laquelle  il  commandait  une  aile 
de  rarmée  quraisite,  dans  la  bataille  de  Samtù,  livrée  à  la  tribu  des  Hawàzin 
{op.  cit.  p.  iJoy).  Cette  date  est  vraisemblable,  puisque,  d'après  les  historiens 
arabes,  Mahomet  assistait  à  cette  bataille  et  avait  alors  i5  ans.  Or  la  nais- 
sance de  Mahomet  est  placée  géntiralement  vers  670  ou  .^71.  La  date  de  58(i 
(.^)7i  -f  i'^>)i  ^  laquelle  Hisàm  b.  al-Mughîra  commandait  l'armée  quraisite,  est 
donc  exacte.  Il  doit  y  avoir  cepindant  une  confusion  entre  les  deux  frères, 
Hisilm  et  Al-Walid,  imputaiile  plutôt  à  Ibn  Dàb,  cité  par  l'auteur  de  Kitdb  al- 
nirluiiiî  {\o]v  supra,  p.  ;!(>()),  puisque  al-VValid  b.  al-Mughirah  vivait  encore  au 
moment  de  la  reconstruction  de  la  Ka'/ni  {(\ob)  et  ([u'il  eu  fui  le  princi|)al 
ouvrier.  Cf.  Caussin,  fessai,  p.  3Ao.  La  version  de  Zubaii'  b.  Bakkàr,  ([ui  s'est 
occupé  spécialement  des  généalogies  do  QuraiS,  est  plus  exacte.  Elle  est  con- 
lirmée  par  Mas'i'dI,  Avertissement  (trad.  Cahua  de  Vaux),  p.  n8/!i. 

'^)  La  recouslructiou  à  Ia<|uell(i  il  est  l'ail  allusion  ici,  est  celle  (|ui  n  ou  lieu 
au  temps  de  Mahomet  (il  était  alors  âgé  de  Sf)  ans),  vers  fio5  de  l'ère  vul- 
gaire. Sur  cetle  loconstruction  et  les  circonstances  miraculeuses  qui  rncc.onq)a- 
giièrent,  rf  CA^ssl^,  Kssui,  I,  p.  338  et  suiv. 


2C8  MARS-AVRIL    lOl  1. 

(J-?    s-*'-*-—'    *.^_^  ci'    *Xx^   (jjï^   ét*^    »Xi^  IJlY-*-'   ii>    '■^^^V*-*-''    ^:?^  (J^^ 


Les  descendants  d'Ismâ'îl  (sur  lui  soit  le  salut  !)  adoptèrent, 
comme  point  de  départ  de  leur  ère,  le  c^feu  d'Abraham 55  (sur 
lui  soit  le  salut!),  jusqu'à  la  construction  de  «la  sainte  maisons 
{^c  est -à-dire  :  la  Ka'ha)  ;  puis  [la  construction  de  la  Ka'ba] 
jusqu'à  la  dispersion  des  Ma'addites;  enfin  la  dispersion  des 
Ma'addites,  jusqu'à  la  mort  de  Ka'b  ibn  Luayy. 

Les  hommes  ont,  en  effet,  l'habitude  de  fixer  la  date  au 
moyen  des  événements  notoires  ou  des  faits  mémorables. 

C'est  ainsi  que  certains  Arabes  adoptèrent,  comme  point  de 
départ  de  leur  ère,  l'année  de  la  morve  (Vîm  al-khunân^,  à  cause 
de  sa  célébrité. 

An-Nâbigha  al-DjaMîd)  a  dit  : 

Si  quelqu'un  s'informe  à  mon  sujet,  qu'il  sache  que  j'étais  du  nom- 
bre des  adolescents  à  l'Epoque  de  la  Morve. 


">  Sur  ce  poète,  voir  Kitàb  al-aghàni [éà.  BûlÀu),  IV,  p.  i33,  où  il  est  cité 
à  propos  d'épigrammes  lancées  coatre  lui  par  Lailà  al-Akhyaliyya;  Reisk,  dans 
ses  notes  sur  Abù-1-Fidà,  I,  63;  cf.  Sacï,  Chreslomathie,  II,  /u  1,  et  Anlh(>h}i;-iP 
Ijrammalicale ,  p.  129,011  est  cité  un  joli  vers  de  Nàbigha ;  cf.  aussi  de  Hammeii- 
PiJUGSTALL,  LilloraturgescliiclUfi  der  Arnber,  I,  517,  et  IV,  7^)8;  Ibn  Qotaiba, 
Kùâb  rts-srr,  p.  1G9;  Tàdj  al-'arùs,  IX,  i()3. 


PROLÉGOMÈNES  X  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       269 
y!5Li  (Jk_£  o\_*_J^  dJ^  Juoi  yl>3  -j-^L»  ^J^'  U"*>»^  S;>*^'  oôOj 

(^  c^-^U'  (j'  ^>fr*J5  ^^J»  /o^-^'iï*^  Jlj»^     [ry^  ï  *jS>-!  i^^^»"  '«^ 
iuoL^'^  *ju«  o!i)l  Ai'SAj"    ^*xjLX**<iJI  g^b     Jl  -!$UJi  A-vXfi  -:>)  j^Jà. 

(")  V    caJJ^.    —    C")  P    tjjbL^^.    —    (')  S.    Les  deux  mots   précédents 
manquent.  —  (^)  V  J^^l .  — '  (')  S  *j^JOLi:-«i)l . 


Il  s'est  écoulé  cent  ans  depuis  l'année  de  ma  naissance,  plus  une 
année,  après  cela,  et  deux  pèlerinages'''. 

Et  pourtant,  les  vicissitudes  du  temps  m'ont  aussi  peu  entamé  qu'elles 
entament  une  épée  yéménite. 

Anciennement  les  Arabes  fixaient  la  date  d'après  les  étoiles 
(^midjimi).  C'est  de  là  que  dérive  l'expression  nndjâjumlu  :  j'ai 
échelonné  les  payements  de  telle  somme  pour  un  tel,  afin  qu'il 
la  paye  en  plusieurs  échéances  {nudjùmy 

D'après  un  auteur,  les  Juifs  ont  dit  :  r  Le  laps  de  temps  écoulé 
depuis  la  création  d'Adam  (sur  lui  soit  le  salut!)  jusqu'à  l'ère 
d'Alexandre'^'  est  de  trois  mille  quarante-huit  ans  (3,o/i8).  » 
D'après  les  Chrétiens,  il  serait  de  cinq  mille  cent  quatre-vingts 
ans(5,i8o)(''l 

'*'  C'i'st-A-dire  do^jx  autres  années,  ce  qui  lui  donne  io3  ans.  Ces  vers  «ont 
rapportés  dans  le  mis.  ïn)>'<Ç)  (Kildh  al-nivil'il  d'Ai.-'AsKuii),  fol.  7(5  v°;  le  Tàdj , 
l.  I\,  p.  193-,  Lisait,  \VI,  001;  Mas'i'idI,  Arcrlisspini'iit ,  Irad.  37'!,  où  l'on 
Irouve  l'explication  du  nom  donné  à  l'ère  eu  question.  Mois  voir  l'explication 
difl'érente  (pi'eu  donne  le  Tàtlj ,  loc.  cil. 

(■-'    Voir  plus  loin,  p.  370,  note   ». 

'^'    .'),i8i  d"a[)rès  Mas'i'idî, /Jivi/wscmrdf ,  trad.  (iviuiv  dk  \\i\,p.  •>()."). 


270  MARS-AVRIL   1911. 

^L-A-i  yLS^ (^iXj!  jLy-»  -U  |*^j  ^L^o  (jfi  »^j-)u*-LI  iUUJ^  g';^  o^;^' 

gsL'ij  yLojAxJ  j-mj  ci-^isT  g';lj^  ji>iâ*î'  y^r*^'  d  ^^«Xl,l      yù^SX>J^\ 
(")  S.  Manque.  —  «^^  S  *j^ja5L,i)l . 


Quant  à  l'intervalle  exact  qui  s'est  écoulé  de  la  descente 
d'Adam  du  Paradis  sur  la  terre,  jusqu'à  la  date  de  la  nuit  qui 
a  précédé  le  vendredi  où  eut  lieu  le  Déluge,  il  est,  d'après 
les  Juifs,  de  mille  six  cent  cinquante  ans  (  i,65o),  d'après  les 
Chrétiens,  de  deux  mille  deux  cent  quarante-deux  ans (2, 2/1  a), 
et,  d'après  les  Samaritains,  de  mille  trois  cent  sept  ans 
(1,307). 

Un  autre  auteur  a  dit  :  «  Le  laps  de  temps  qui  sépare  la 
création  d'Adam  et  le  jour  du  Déluge  est  deux  mille  deux  cent 
vingt  ans  (  2,2 2 0 )  et  vingt-trois  jours.  •>•> 

Quant  à  l'ère  d'Alexandre ,  dont  il  est  question  dans  le 
Qoran '1' Sublime,  et  à  celle  de  Nabonassar   (Boklit-^assar), 

'''  Alexandre  n'est  pas  expressément  mentionné  dans  le  Qoian.  Dans  ce  livre 
il  n'est  question  (surate  xviii  ,  versets  82  et  suiv.)  que  d'un  personnage 
appelé  Dzù-I-Qarnain,  wriiomme  aux  deux  boucles  (ou  nu  deux  cornes)'!  ;  mais 
la  majorité  des  commentateurs  s'accorde  pour  identifier  ce  personnage 
avec  Alexandre  le  Grand.  D'autres,  au  contraire,  disent  que  ce  Dzù-1-Qarnain 
est  un  roi  liimyarile  contemporain  d'Abraham,  cl.  Gaussin  de  Pkrckval,  1,  05 
et  suiv.  On  voit  qu'As-Sat'adi  est  plutôt  partisan  de  la  première  opinion. 


PROLÉGOMÈNES  X  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       271 

ca-^Îj-XJI  (oLS^-sî?  »L^^  ^r*^^  ^-^  if^^^'  Ij-^;^  <J?-S-s2  yU>laJî 

U^JLCcJ  rSpà  g;U3U  c^î^!  cil^^:.  ''^^i  \i  ^i^53i  c:.l^^ 
o«-Js?j   yLi^JaJl  y-jo  UiXa.._^  sb^vA.^  <îOuL^j)l   UxîTTj   otli*.   <ii  kiiîi» 

elles  sont  connues'^'.  Au  contraire,  la  date  du  Déluge  est  igno- 
rée. Nous  avons  donc  voulu  la  vérifier  et  la  fixer  exactement. 
En  conséquence ,  nous  avons  vérifié  cette  date  au  moyen  des  mou- 
vements des  astres  (planètes)  et  de  leurs  positions  moyennes  ^^', 
depuisl'époque  du  Déluge,  à  laquelle  Ptolémée  a  placé  les  posi- 
tions moyennes  des  planètes,  dans  l'Almageste.  A  l'aide  de  ces 
deux  principes,  nous  avons  vérifié  la  date  du  Déluge,  au  moyen 
des  mouvements  des  astres,  de  la  même  façon  (jiie  les  mouve- 
ments des  astres  se  vérifient  au  moyen  des  dates,  par  applica- 
tion directe  de  la  règle.  Nous  avons  alors  renversé  celte  règle 
et,  ayant  additionné  les  laps  de  temps  et  ayant  exactement 
déterminé  tout  cela,  nous  avons  trouvé  entre  le  Déluge  et 
Nabonassar  —  en  années  solaires  et  avec  la  plus  grande  pré- 


<•'  Cf.  Mas'ijdî,  Aveilisseinent,  p.  aOf). 

'*'  Ce  mol  bLwji  ne  ligure  pas  avec  ce  sens  dajis  les  dirtionnaires  arabes.  La 
phrase  on  il  est  employé  a  été,  sanscii)ule,  empruntée  à  Ai,-Biui'iNi  (('.hronnlngie, 
jtartie  arabe,  p.  'tf),  trad.  ;m[jlaise  (bï  M.  Kdoiiard  Svciivt  ,  [>.  •.!()),  qui  dit  (pie 
les  trposilions  moyennes^  [llie  mcun  j)larc>t  of  llic  xUirs)  ont  été  établies  pai'  l'as- 
tronome Abu  Ma'èaral-Balkliî,  d'après  la  date  du  Délu}je  : -b:*.!  -f.)^^  ^-^^  JI5 
<-S\^\  bLwjl  tU^  (s^  tyîiM'  vû-«-*>j'-  La  luème  citation  se  trou»e  chez 
MaohIzI,  kliilat ,  I,  9()(),  I.  ly,  et  dans  la  traibicli(m  de  M.  (]asvmiva,  p.  37. — 
Sur  Abu  Ma'sai',  voir  Bhockki.mann,  I,  p.  aai. 


272  MARS-AVRIL  1911. 

/wA-S'^XJij  /wA-jLjI^  ioLj^AwJj  (j)"^*J^  r_^-»<Xjî  vS?»-  «^JV  urii^y^^  i^^i 
_j_tfij   l*>UÙ  U^olfi    (Jl  /jxivjiji  (_gi>   ^vO^  '•^'-^^^    ^  '■Ù^i>  iJ'A  UiV  /OJ  ^^^Lw 

*_jM*_j     3Lj^_^^_xJÎ  jj^  «Jou**  otJi  f»:»)  (jiilfi  <-r*^3  J^^  y^^^  ij^  (Jy^. 

cision  possible  —  un  intervalle  de  deux  mille  quatre  cents  ans, 
plus  deux  tiers  et  un  quart  d'une  année  (  9,^00  +  -V^  +  V^)' 
de  Nabonassar  à  l'ère  des  Syriens,  qualre  cent  trente  ans 
(/i3o).  Nous  en  avons  fait  l'addition,  et  l'intervalle  entre  le 
Déluge  et  [Alexandre]  Dzû-1-Qarnain  s'est  trouvé  être  — ■ 
après  réduction  des  fractions  —  de  deux  mille  neuf  cent  trente- 
deux  ans  (2,982) '^l  Puis  y  ayant  ajouté  l'intervalle  qui  existe 
entre  Dzû-1-Qarnain  et  nous,  jusqu'à  cette  année-ci,  qui  est 
l'année  671  de  l'bégire,  cela  a  donné,  depuis  Adam  (sur  lui 
soit  le  salut!)  jusqu'à  ce  jour,  un  total  de  six  mille  sept  cent 
soixante-dix-neuf  ans  (6,779),  avec  la  plus  grande  précision 
possible^-'. 

(')  Mas'ûdî,  Arevtissement ,  trad.  Carra  de  Vaux,  p.  265,  donne  9995  ans, 
en  comptant  jusqu'à  l'avènement  d'Alexandre.  Mais  l'auteur  nous  avertit  (/./.) 
que  certains  font  commencer  l'ère  d'Alexandre  à  la  7*^  année  de  son  règne.  Or 
si  on  ajoute  7  à  2,995  ,  on  obtient  les  2,939  de  Safadî. 

'"-'  Mas'ûdî,  qui  écrivait  en  3i5  de  l'héfifire,  dit  que  l'intervalle  qui  le  sépa- 
rait d'Alexandre  était  de  1968  ans.  Si  l'on  y  ajoute  les  5, 1 8 1  qui  séparent  Adam 
d'Alexandre,  on  obtient  6,^^59  ans,  comme  total  séparant  Adam  de  Mas'ùdi. 
Safadî  écrivant  826  ans  plus  tard,  on  obtient, en  ajoutant  ce  nombre,  6,77.'),  ce 
qui  se  rapproclie  sensiblement  du  cbillre  donné  au  texte. 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       273 
/w„A_>^  A_Â_*<rf  A_j Lf-kAfc»  -SAwwJ!  LgvAAfi  ^^^  (^^T^   (i)"^^  *■***'  (J^O > 

LM(y_A.A-£  (^u»J^^    i^ii   LvfrJ^   kXMi   ib  U\**^   -^5\amJ)    LjyAAfi   ^'^j'^J   <S*'J'^ 


Wahb^^'  a  dit  :  «Adam  a  vécu  mille  ans.  w  D'après  la  Tliora, 
il  aurait  vécu  neuf  cent  trente  ans  (g3o).  Entre  Adam  et  le 
Déluge  de  Noé,  il  s'est  écoulé  deux  mille  deux  cent  quarante 
ans  (2,2/10)^'^);  entre  le  Déluge  et  Abraham  (sur  lui  soit  le  salut!) 
neuf  cent  quarante-sept  ans  (9^7)'^'?  et  entre  Abraham  et 
Moïse  (sur  eux  soit  le  salut!)  sept  cents  ans  (700 )f^';  entre 
Moïse  et  David  (sur  eux  soit  le  salut),  cinq  cents  ans  (5oo)'^'; 
entre  David  et  Jésus  (sur  eux  soit  le  salut!),  onze  cents  ans 
(1,100)''^';  entre  Jésus  et  Mohammed  notre  prophète  (sur  eux 
soient  les  bénédictions  et  le  salut  d'Allah  !),  six  cent  vingt  ans 
(620)''''.  Au  demeurant,  Allah  sait  mieux  que  personne  ce  qu'il 
en  est. 

(•'  li  s'agit  apparemment  de  Walib  b.  iMmiabbih  (t  1 1  2  ou  1 1 '1  ou  116). 
Voir  BnocKELMANN,  I,  65;  Ibn  Khallikân,  éd.  Wlstenfeld,  notice  71)6; 
DK  Hammer,  Lhleraturircxchichle ,  H,  177,  a 28. 

(^'    2,9^2  d'apn^'s  Mas'îdî,  Avertissement,  p.  281.  ' 

W    1,081.  Md. 

(''   De  la  naissance  d'Abraliam  à  la  mort  de  Moise  âiS  ans,  ib'ul. 

(■•'  De  Moïse  à  David  ^79  ans,  Mas'ûdî,  op.  cit.,  286. 

(*'    i,o53  d'après  Masùdî,  Aie.  cit. 

C  Mas'îidI,  Avcrtissetiienl ,  donne  629  ans  et  3()i  ans,  en  complaiit  depuis 
la  naissance  de  Jésus  jusqu'à  l'Iiégire  (p.  a85),  et  Ooo  jours,  sans  préciser  les 
point  limites  (p.  280). 

XVII.  ,8 


tniiturnir    ^  lTiii%  \i*. 


Tih  MARS-AVRIL   1911. 

jjL^jJaJî   sXxàJù]  vXxf  <îoi)  ia^tJi  g^b  g'^î^l  -Joj.yl  ^(j<><ian>  acV 

(a)  * 

(°)  Tout  ce  passage ,  depuis  le  mot  (.o^ïl  ,  manque  dans  ies  mss,  P  V. 

La  plus  ancienne  ère  en  usage  'parmi  les  hommes. 

Un  auteur  a  prétendu  que  l'ère  la  plus  ancienne  est  celle 
des  Coptes,  car  elle  commence  après  la  fin  du  Déluge.  La  plus 
récente  des  ères  connues  est  celle  de  Yezdédjerd,  fils  de 
Sahryâr^^',  le  roi  perse.  C'est  une  ère  que  les  Musulmans  ont 
adoptée,  quand  il  conquirent  le  pays  des  Cosroës,  c'est-à-dire 
le  pays  qui  est  appelé  Irânsalir'-'. 

Quant  à  l'ère  inaugurée  par  Al-Mu'tadid'^J,  je  ne  crois  pas 
qu'elle  ait  dépassé  les  limites  de  T'Irâq. 

Entre  ces  deux  ères  [extrêmes]  se  placent  l'ère  des  Copies, 
des  Rûm,  des  Perses,  des  Banû  Isrâ'îl,  l'ère  de  l'expédition^*' 
de  l'Eléphant. 

(''  Celle  ère  dale  du  milieu  de  l'an  632  de  J.-G.  Cf.  Caussin,  Essai,  111, 
A60,  noie  1.  Ex^ictement  le  mardi  16  juin  GSa  :  Noeldeke,  Gesch.  der  Perser 
und  Arab.,  p.  à'èU. 

(^'  Sur  l'étendue  que  les  géographes  orientaux  donnaient  à  ce  pays,  voir 
l'extrait  de  Yàqùt  apud  Bariuer  de  Metnard,  Dictionnaire  géographique  de  la 
Perse,  p.  63. 

(3)  Voir  plus  loin,  p.  a8/i. 

''''  Le  texte  dit:  tr  L'ère  de  Tannée  de  TÉléplianln.  Sur  la  date,  voir  ci- 
dessus,  p.  265,  note  3.  Sur  les  autres  ères,  voir  Mas'îdî,  op.  cit.,  36/1-266. 


PROLEGOMENES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       275 
(^^-^  Li\  (Ji  wiUi  c.«— s-»**  yl-S^  iwi^  ci\^  iC^ui  J^yi  ^^  j^  jj 

(•)   p  Ljil .  —  (*>)  P.  Manque. 


Les  gens  adoptèrent  ensuite,  comme  point  de  départ  de 
leur  ère,  l'année  de  la  Hidjra  (Hégire,  ou  émigration  de  Maho- 
met à  Médine). 

Le  premier  qui  ait  daté  les  écrits  à  partir  de  l'Hégire  est 
'Omar  ibn  al-Khattàb  (([u'AUah  soit  satisfait  de  lui!),  en 
Rabî'  i"''  de  l'année  i  G  [de  l'Hégire].  La  raison  en  fut  qu'Abû 
Miàsâ  al-As'arî '•'  écrivit  à  'Omar:  «Il  nous  arrive  des  lettres 
de  la  part  de  l'Emir  des  Croyants,  sans  que  nous  sachions  à 
laquelle  de  ces  lettres  nous  devons  nous  conformer.  Ainsi 
nous  en  avons  lu  une  datée  de  Sa'bân;  mais  nous  ne  savons 
pas  duquel  des  deux  Sa'bân  il  s'agit  ;  est-ce  le  Sa'bân  passé 
ou  le  prochain  '-*  ?  55 

'Omar  (Allah  soit  satisfait  de  lui!)  résolut  alors  d'écrire  la 
date  (l'ère).  Il  voulut  la  faire  commencer  au  mois  de  Ramadan, 
mais  il  s'aperçut  que  les  mois  sacrés  tomberaient,  dans  ce  cas, 

^"  Sur  co  cdinpairnon  du  Prophcle  el  le  nVIe  <|u'il  joua  dans  les  premiers 
temps  do  l'islam,  voir  la  Iraductiou  (VAI-Fal:lin\  p.  1/17  cl  la  note  3. 

*'-'  Ce  parajjraplii'  a  été  eiupruiilô,  par  Saladi  à  Ain'  llii.Ài,  At/Askvni,  Kildh 
al-nmail  (ms.  df  Paris  n"  .')()8()  |  collorl.  Sclu-fer],  fol.  a()  r"  ol  v").  (]omp.  lo 
récit  d'IiiN  AL-Aiiiiii,  dhronicon,  1,  y. 

18. 


276  MARS-AVRIL   191  1. 

(')  P  V.  Les  23  mots  précédents  manquent. 

en  deux  années.  -Il  lit  alors  commencer  l'ère  au  mois  de  Muhar- 
ram,  qui  est  le  dernier  des  mois  sacrés  dont  il  fit  ie  premier 
mois ,  afin  que  les  mois  sacrés  fussent  groupés  dans  une  même 
année  ^'^. 

Le  Prophète  avait  émigré  un  jeudi,  quelques  jours  étant 
écoulés  du  mois  de  Muharram  ^■-'.  Il  demeura  en  émigration  — 
voyage  et  séjour  compris  jusqu'au  jour  où  il  pénétra  dans 
Médine  —  deux  mois  et  huit  jours. 

Al-'Askarî  '^^  a  dit,  dans  le  Kkâb  al-aivaiW^^  que  le  premier  qui 

(''  Voir  la  note  précédente. 

'^'  D'après  ia  majorité  des  auteurs  arabes,  Vhégire  (l'émigration  véritable) eut 
lieu  au  commencement  de  Rabî'  i",  tandis  que,  d'après  notre  auteur,  cette  date 
serait  celle  do  l'arrivée  du  Prophète  à  îMédine.  Mais  Safadi  n'indique  pas  son 
autorité.  Sur  cette  question,  qu'on  peut  considérer  comme  non  encore  résolue, 
voir  Caussin  de  Perceval,  Essai,  III,  p.  i6  et  suiv. ;  Prince  de  Teano,  Annali, 
I,  p.  345  et  suiv.,  où  l'on  trouve  une  bonne  discussion  de  toutes  les  opinions 
émises  sur  cette  question. 

'^'  Abu  Hilàl  Al-IIasan  b.  'Abdallah.  .  .al-'Askari,  grammairien  et  littérateur, 
mort  en  SgB  de  l'hégire  (ioo5  de  J.-C).  Cf.  Brogkelmann,  1,  ia6,  et  de  Ham- 
MER,  V,  45 1.  Sur  l'œnvre  de  cet  auteur,  on  peut  ajouter  aux  renseignements 
donnés  par  M.  Brockelmann,  que  le  Kitàb  as-san'alain  etc.  (n°  a  de  ia  notice 
de  Brockelmann)  a  été  édité  au  Caire,  par  Muliammad  Amîn  al-Khànigi 
((^UL),  et  que,  sur  le  Kitdb  at-tashtf  {n'  9  de  la  même  notice),  on  peut 
consulter  la  communication  de  M.  Rrônnle,  au  Congrès  des  Orientalistes  de 
Rome,  III,  2,  p.  6-8. 

<'''  Sur  cet  ouvrage,  voir  Richard  Gosciie,  Die  Kitdb  al-awail,  eine  litlei-ar- 
hitlorische  Studie ,  in-8°,  Halle,  18G7.  Cf.  Brockelmann,  I,  197.  Sur  un 
ouvrage  du  môme  nom,  par  Sulaimân  at-Tabarânî  (t  36o  H.),  voir  Brockelmann, 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       277 

-^-Jl  (j!^  -^  |V;^  ^%^  CJ^S^  »->^^  ibU>Aj  ,j  dUxîî  ^xLaJb'  (j**.cwJî 
Ajcj]pi  iOuJI       ^^    l^s.j   ^^yiK&^    ii^m  cyLJtyC^  (J-iy--  *^^'      isU*- 

c)  V  blvi'.   —  (')  V  i. 

recula  le  netrûz  est  Al-Mutawakkil.  «Al-Mulawakkil,  dit-il,  se 
promenait  au  cours  d'une  de  ses  parties  de  chasse  quand  il 
vit  un  champ  de  céréales  encore  vert.  w'Ubaid-AIlàh  ibn  Yaliyâ''^, 
«dit-il,  m'a  demandé  l'autorisation  de  commencer  la  perception 
f^du  A7<a;Y^  (impôt  foncier),  mais  je  vois  que  les  récolles  sont 
«  encore  vertes.  »  On  lui  lit  savoir  que  cet  état  de  choses  avait  pré- 
judicié  au  peuple,  qui  en  était  réduit  à  contracter  de  ce  fait  des 
obligations  et  des  emprunts.  «Est-ce  là,  demanda  le  khalife, 
«un  rèjjlement  nouveau,  ou  bien  en  a-t-il  toujours  été  ainsi  ?w 
On  lui  répondit  que  c'était  nouveau;  puis  on  lui  fit  savoir  que 
le  soleil  parcourait  entièrement  le  ciel  en  trois  cent  soixante- 
cinq  jours  et  un  quart  de  jour  (365  +  i/^)'  ^^  ^"^  ^^^  ^^""' 
lulercalent  tous  les  quatre  ans  un  jour  qu'ils  retiennent  dans 
le  calcul,  en  sorte  que,  pendant  trois  années  consécutives,  ils 
donnent  au  mois 'de  Stibàl  (février)  vingt-huit  jours;  mais  la 

I,  519.  Le  passage  cilé  au  lexlc  se  trouve  daus  le  ms.  unique  de  Paris  rxjSG 
(Collect.  Scheler),  fol.  i38  v°  à  1/10  v". 

C'   Wizîr  (rM-Miilawakkil.  i'X.   Iim  Kiiai.mkîn,  éd.  VViisTKNFKi.n,  notice  i33; 
Al-F(iklm,  éd.  Di;m'.Niioiiiiii ,   n.  3fl(),  '.\'i'.\ ,  Iradurlioii ,  ji.  '1 1  3  et  suiv.  et  h'M\. 


278  MARS-AVRIL   1911. 

l_gJiLx-w  /»JO  j^tX))  ^y*àJu\  {JM>jSj  ^_J**J^Ji  OOO^  U>^'^j^>w>^j  »JtM*.J 
ju*_a3J)      )<>»wlt>^    't-6^  *-»-»«  T**'*^  *AM<^  liijL*  ,J6  jj  (j**<\**J)  *-».*«  Lyf^^ 

(°)  P  y^.  —  WPS  J-xiJI.  —  (■=)  P  IJvS,;  s  V  IJvJCiûj.  —  ('•)  P  V  s 

quatrième  année,  celle  qu'on  appelle  bissextile  (^kabîs'j,  il 
résulte  de  la  totalisation  de  ces  quarts  de  jour  un  jour  entier, 
en  sorte  que  Suhât  (février)  se  trouve  avoir  vingt-neuf  jours. 

«Les  Perses,  au  contraire,  intercalaient  l'excédent  d'un  mois 
résultant  de  la  différence  entre  leur  année  et  l'année  solaire,- 
tous  les  cent  seize  ans  (  1 16).  Cet  embolisme,  malgré  sa  lon- 
gueur, est  plus  exact  que  celui  des  Rûm,  parce  qu'il  approche 
plus  du  résultat  que  donne  le  calcul  de  l'excédent  de  l'année 
solaire. 

«Puis,  lorsque  vint  l'Islam,  on  cessa  de  faire  usage  de  l'em- 
bolisme  et  il  ne  fut  plus  observé  et  cela  préjudicia  au  peuple. 
Mais,  à  partir  du  règne  de  Hisam,  il  fut  remis  en  vigueur. 
Les  dihqân^^^  (seigneurs  persans)  vinrent,  en  effet,  trouver  tous 
ensemble  Khâlid  ibn  'Abd  Allah  al-Qasrî'^',  lui  exposèrent  la 

f^'  Sur  celte  noblesse  campa^jnarde  des  dihqân,  voir  les  curieux  détails  don- 
nés par  M.  NoELDEKE  dans  sa  Geschtchte  der  Perser,  p.  l\ho. 

(■^'  Gouverneur  de  T'Iriiq  sons  Hiâàm  I).  'Al»d  al-Malik.  Voir  Al-Fahhrt,  éd. 
Dkrknboijro,  p.  i^y.  Une  biographie  de  ce  personnage  se  trouve  dans  le  ms. 
arabe  de  Paris,  n"  9o6i,  fol.  à  v°.  Comp.  ma  traduction  d'Al-FaUtH,  p.  ;>ii 
et  la  note. 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARARES.       279 


,Xh^^J!  pL,l  yl^  Cto    >i53l  i  »il^  .,^1  Ui  dlxj-  M\  Jy  ^^ 
(°)   Coran,  ix,  87.  —  C')  S  ^  ^j?. 


situation  et  lui  demandèrent  de  reculer  le  neirûz  d'un  mois. 
Khâlid  écrivit  à  Hisàm  ibn  'Abd  al-Malik  qui  était  alors  kha- 
life. «Je  crains,  répondit  Hisâm,  que  cela  ne  rentre  dans  ces 
c^ paroles  d'Allah  (qu'il  soit  exalté  !)  :  ^Le  nasî^^^  est  un  surcroît 
«d'impiété'^'.» 

«Puis  lorsque  arriva  le  règne  de  [Hârùn]  ar-Rasîd,  les 
dihqân  vinrent  trouver  Yaliyà  ibn  khàlid  al-Barmaki,  et  lui 
demandèrent  de  reculer  le  neirâz  d'un  mois.  Yahyâ  résolut  de  ce 
faire,  mais  ses  ennemis  le  calomnièrent,  en  disant  :  «Il  défend 
«  les  intérêts  de  la  religion  des  mages '^l  »  Yahyâ  abandonna  alors 
«son  projet,  et  les  choses  restèrent  en  l'état  jusqu'à  ce  jour.  55 

'')  Ce  mot  désigne  tantôt  rouiholismc  (ou  intercala  lion)  tantôt  l'action  do 
reruler  un  mois  sacré,  en  le  remplaçant  par  un  autre,  autrement  dit,  la 
remise  de  Toljservation  des  mois  do  trêve.  Caussin  dk  Pkrceval,  I,  2^6 ,  semble 
dire,  d'après  les  auteurs  arabes,  que  cette  remise  de  l'observation  de  la  trêve 
ne  pouvait  s'apjiliquer  (|u'au  mois  de  Muharrain ,  qu'on  remplaçait  par  Safar. 
On  verra  plus  loin  (\y.  9.S6-'^H'])  que  d'aprôs  notre  aulenr  on  pouvait  remollre 
celte  observation  de  Safar  à  Rabî  1",  et  ainsi  de  suite. 

(■^)  Qoran,  ix,  87.  Ces  paroles  s;  trouvent  éjjalomont  dans  le  discours  pro- 
noncé par  iMabomet  dttvaul  les  Musulmans  réunis  au  mont  'Arafat,  pendant  lo 
pèlorinajje  dit  «des  adieux^  {hndjiljal  al-inuht')  [8  mars  (!3a].  (If.  Caussin, 
III,  .'^o/i,  d'après  la  Siral  ar-raxiti ,  (I'Ibn  IIisÀm  Voir  plus  loin  ,  p.  ^87,  une 
longue  citation  de  ce  discours  de  Maliouiot. 

(^>  Los  Barmakides,  ou  Barmécides  selon  la  transcription  vicieuse  qui  a  pré- 
valu, étaient  d'origine  persane,  et  on  les  a  toujours  accusés  d'/^tro  restés  alla- 
cbésà  la  religion  des  mages.  Cf.   ma  traduction  (VM-l''akhn\  p.  'îfjfl    et  note  2. 


280  MARS-AVRIL   1911. 

^LsxJ!  ^Ji  ^yi\  jSyiil  y^^li  ,._^ll  Jî  éii>  J^  J^  «>^  c_yèU 

l_;«  iXAaxxil  4^ Jo:^!  Ui^  (^y-^  J^^;  ï  ;^*^  V^  ^'^^  ^^  ci** 

w 


t^  Al-Mutawakkil  fit  venir  alors  Ibrahim  ibn  al-'Abbâs'^'  et  lui 
ordonna  de  dresser  un  écrit  reculant  le  ne/rwe,  après  qu'on 
aura  fait  le  calcul  des  jours.  On  résolut  de  le  reculer  jusqu'au 
vingt-septième  jour  de  Hazîrân  (juillet).  Ibrahim  dressa  l'écrit 
en  conséquence.  C'est  un  écrit  célèbre  parmi  les  rasail 
d'ibrâhîm. 

«Quant  à  Al-Mu'tadid,  il  ne  fit  qu'imiter  ce  qu'avait  fait  Al- 
Mutawakkil,  si  ce  n'est  qu'il  a  raccourci  le  délai  en  plaçant  le 
neirûz  au  onzième  jour  de  Hazîrân  (juillet). 

«Al-Buhturî'-'  fit  alors  les  vers  suivants,  à  la  louange  d'Al- 
Mutawakkil  : 

La  gloire  t'apparfieiit  entièrement,  et  la  plus  petite  de  tes  entreprises 
est  immense. 

Le  jour  du  neirûz  est  revenu  à  l'époque  qu'avait  fixée  Ardésîr. 

")  Il  s'agit  ici  de  Sùlî,  dont  le  nom  était,  en  elTet,  Ibrahim  h.  al-'Abbàs  b. 
Mubaramad  b.  Sùl.  Sur  cet  auteur,  voir  plus  loin,  dans  la  11"  section,  le 
n"  1  8  9.  et  la  note  correspondante. 

''•')  Sur  ce  célèbre  poêle  (t  99/i  =  H97),  voir  Biiockf.i.m  vnn  ,  I,  80. 


PRULEGOMEiNES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       281 

(^J  rfv-d>^-jt^  J_5>_X_ii   LT^^  t^yiïa^      (J^il^LJI  (^^ij?  ^^  «X^l   Jld 
viXJ«X^   <9lJ  «X-^^cïo  ikfiU^^  AajLico  u>lâJ^  ^)^^  /j*oK~fc.  ^      «^^^ 

^  al  *¥  u\^j-Mt.^^    x^\\  ^e^«>v.A^  r*^^^  r*'^'^   tl)y  ^^^i  ciM^'^ 

("'  Ce  deuxième  héinisticlie  est  incompiet  dans  les  trois  mss.  S  Ijj'-a»..  Voir 
la  note  qui  accompagne  la  traduction  de  ce  passage.  —  e"'  ^^J^UJI .  —  <"'  V 
^j-Ufi.  ^  ''''  P.  Manque.  —  '"^  S  l>Jl3>.  —  <''  Les  3  mots  précédents  manquent 
dans  S. 


C'est  toi  qui  l'as  rendu  à  son  état  primitif,  alors  qu'il  était  éf^-ai-é, 
ambulant  '''. 

«Ahmad  ihn  Yahyà  al-Baiâdzuri '-'  a  dit:  «J'assistai  à  l'au- 
«dience  d'Al-Mulawakkil,  jjendant  qu'Ibràhîm  ibii  'al-'Abbàs 
«lisait  l'écrit  qu'il  avait  rédigé  sur  le  reculement  du  neirùz.\[- 
«  Mutawakkil  témoignait  de  l'admiration  pour  la  beauté  de  la 
«forme  et  l'élégance  des  idées,  et  les  assistants  approuvaient. 

«Je  fus  alors  en  proie  à  la  rivalité  et  je  dis:  «Emir  des 
«Croyants  !  il  y  a  dans  cet  écrit  une  faute.  5j  On  l'examina  alors 
de  nouveau ,  puis  on  me  dit  :  «  Nous  ne  la  voyons  pas  ;  quelle  est- 
«elle  'h-)  Je  répondis:  «Ibrahim  a  fait  commencer  l'année  persane 
«par  la  nuit,  alors  que  les  Perses  calculent  la  date  en  commen- 
«  çant  par  le  jour.  He  jour,  chez  eux ,  est  de  vingt-quatre  heures  — 

^'1  Le  dernier  membre  de  la  |tliraso  manijui'  daii-  le  texte  arabe;  jf  l'ai 
rélaltli  d'après  le  Kilùh  al-awail  d'Aitii  lhi,'u,  M.-'Askvni  (iiw.  .')i)8()  de  Paris, 
fol.  i3()  v°)  auquel  ce  passage  a  été  euiprunté. 

(*)     t  Q7<)  ('^9'j),   cf.    BnilCKKI.M  \NN,    I,    l'i-.l. 


282  MARS-AVRIL   l'oil. 

("'  P.  Ces  deux  mots  manquent.  —  ('''  P  ooixil^.  _  (')  S  P  a^-iv,^.  — 
C''  V  (^t^,.  —  W  V  ^o^.  _  (0  p  V  ^.^.  —  (f)  S.  Ce  mot  manque. 


«  qui  comprennent  le  jour  et  la  nuit  —  et  constitue  une  fraction 
«des  trente  fractions  dont  se  compose  le  mois.  Les  Arabes,  au 
c^ contraire,  calculent  la  date  en  commençant  par  la  nuit,  car 
«leur  année  et  leurs  mois  sont  lunaires;  or,  on  commence  à 
«voir  le  croissant  de  lune  pendant  la  nuit.w 

«On  reconnut,  dit  Al-Balâdzurî,  la  justesse  de  mes  paroles, 
«et  Ibrahim  avoua  son  erreur  et  dit  :  «Cela  ne  rentre  pas  dans 
«mon  domaine.  55  Je  me  sentis  alors  soulagé  de  la  rivalité  qui 
m'avait  tourmenté.  55 

«Puis  Al-Mutawakkil  fut  tué  avant  l'arrivée  de  la  nouvelle 
année:  le  pouvoir  passa  à  Al-Muntasir'^',  et,  le  besoin  d'argent 
se  faisant  sentir,  on  demanda  l'impôt  aux  contribuables  d'après 
l'ancien  système.  Quant  au  système  établi  par  Al-Mutawakkil, 
il  fut  aboli  et  on  ne  le  pratiqua  plus,  jusqu'à  ce  que  le  pouvoir 
eût  passé  à  Al-Mu'tadid.  Celui-ci  dit  à  Yahyâ  ibn  'Ali,  l'astro- 

(')  Klialife    'al>bàsîde    (9/17-958  =  861-869).  Voir    ma    traduction    dM/- 
Fahh'n,  p.  Ai 5  et  suiv. 


PROLEGOiMENES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARARES.       283 
^!y.=i    ^[juii\   Lgj-XAW  /yMOk.^       L^A.5^a».   X^  (J^T*^'  <.:>Axai.  OijçXi  ^îy=^ 


f 


<"'  V  L^Jô^ .  —  '*''  V.  Manque  ;  P  S  jJI .  La  leçon  que  j'ai  adoptée  est 
celle  du  manuscrit  même  du  Kitdb  al-awaU,  dont  tout  ce  passage  est  extrait. 
—  (')  P  *xiljy.  —  t'')  P.  Manque.  —  ("'  V  xuJ\^. 


nome''':  «Les  réclamations  du  peuple  au  sujet  du  M^rw/^' (impôt 
fc  foncier)  sont  devenues  très  nombreuses.  Comment  se  fait-il  que 
«les  Perses,  malgré  leur  science  et  leur  belle  civilisation,  aient 
«  placé  l'ouverture  de  la  perception  du  kharàdj  à  une  époque 
«cil  il  n'est  pas  possible  aux  contribuables  de  le  payer?» 

«Je  lui  expliquai  alors,  dit  Yal.iyâ  l'astronome,  la  question 
«et  j'ajoutai:  «11  faudrait  que  la  perception  du  kharàdj  fût  re- 
«  placée  à  l'époque  où  elle  se  faisait,  qu'elle  fût  fixée  à  tel 
«jour  d'entre  les  jours  des  Rûm,  en  sorte  qu'elle  ne  soit  plus 
«sujette  à  variation.?!  Le  khalife  me  dit  :  «Va  trouver  'Abd 
«  Allah  ibn  Sulaimân  '^^  et  mets-toi  d'accord  avec  lui  sur 
«ce  point.»  Je  me  rendis  alors  auprès  d"Abd  Allah  et  m'en- 
tendis avec  lui.  Nous  calculâmes  cette  date  de  l'ouverture  du 
hhnrtuij  ;  elle  échut  le  onzième  jour  de  Hazirân  (juillet).  La  ques- 

C  Sur  ce  célèbre  astronome,  voir  Ibn  Khvllikàn,  Wafaijdt,  éd.  WiIstknfkld  , 
notice  8i3,  il  mourut  en  l'année  3oo  (919).  Cf.  Rrockelmann,  I,5aQ. 

C^)  VVizir  d'AI-Mu'tadid.  Voir  li-  ms.  aral.o  do  Paris,  n"  flufifi,  fol.  So-i.  il 
mourut  en  9S8  (()on),  cl.  Al-lùil,hrt',  éd.  I)Kni;Nnorno,  p.  'Ah'j  et  3'if)  (où  il  ost 
nommé  'IJbaid  Allnli).  Il  se  trouve  également  cité  sous  ces  deux  formes  de 
nom  différentes  dans  Ibn  KiMLMkÀN,  éd.  WiisTKNFKt.n ,  notices  1 11  ot  97H.  Comn. 
ma  traduction  d'/l /-/''«/. /ir/,  p.  Mi-?.. 


284  MARS-AVRIL    lOll. 

^^y^   0»-Li»>    *-^-*-J   »w>iw^  <^Os-:»-i)   i4.«:.»->   |*^.>  ^^!    t>«.xiXxlî   JJb  0<j^ 

A-aJ»^   ci'   (^-^^  ^^-^    ^M  (^Y^^*^   M'^'-S^'    ^-S^^'    '^■w^    8yàk.li   ^jIm^aJ 
(jl — i-jî^  (jLXjLo  dlJ*Xl  ^^Aa«  »Xi  yl5^  «îuJl  »iJ»  (j*»>x!l   C^jD  (^tXJI 

r      Mt        ('''      .  r  M  V      "1^       .......    (-=)    ........ 

(°)   Jil^^l  .—  ('■)   S  ;  A  en  plus  ^^^.—  ^'^   V  yp^Jki;,.  —  C^)   P  V  ^UJ! . 

tion  fut  définitivement  réglée  en  conséquence,  et  le  résultat 
consigné  dans  les  àuvàn  [de  la  comptabilité].»    • 

•s Le  neirùz  persan,  au  moment  où  Al-Mu'tadid  l'a  déplacé, 
tondîait  le  vendredi  onze  '^^  Safar  de  l'année  deux  cent  quatre- 
vingt-deux  (282=896)^2^,  correspondant,  parmi  les  mois  des 
J{ùm,  au  onze  Msrt/j  (avril).  Al-Mu'tadid  recula  donc  le  neirûz, 
conformément  à  ce  qu'exigeait  l'embolisine,  de  soixante  jours, 
en  sorte  qu'il  revint  à  l'époque  où  les  Perses  l'avaient  placé.  Il 
s'était  écoulé  alors  deux  cent  trente-deux  (282)  années  per- 
sanes, équivalant,  en  années  arabes,  à  deux  cent  trente-neuf 
ans  et  un  peu  plus  de  dix  jours.  Après  ce  reculement,  le 
neirûz  est  tombé  le  mercredi  treize  '^^  (  >  8  )  Rabf  n  de  l'année 
deux  cent  quatre-vingt-deux^''   (12  juin  8c)5   de  l'Ere  vul- 

(')   Littéralement  :  onze  nuits  étant  écoulées. 

(^'   Cf.  le  récit  de  Mas'ûdî,  Avertissement,  288-389. 

^■^)  Littéralement  :  treize  nuits  étant  écoulées. 

('"'  Le  ms.  5980  (le  Paris,  fol.  1  ho  v",  donne  aOo  (  Al-'Askarî  ,  Kilàh  al-nwnil):, 
mais  voir  Mas'i'dî,  Avortissempnt,  a88-989.  qui  confirme  la  date  donnée  au 
texte  ci  dessus. 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       285 
(■)  s  ÂJLw.  —  C')   Ooran,  ix,  87.  —  (''  P;  A  en  plus  *;. 


gaire)'^^,  correspondant  au  onze^^^  Hazmm  (juin).»  Ici  s'arrê- 
tent les  paroles  d'Al-'Askarî. 

«Je  dis,  au  sujet  de  ces  paroles  d'AUàli  (qu'il  soit  exalté!): 
c^ Certes  le  nmî^^^  est  un  surcroît  d'impiété,  etc.  75,  deux 
opinions  ont  été  émises  sur  la  signification  du  mot  nasî^'^\ 
D'après  la  première,  cela  signifierait  k l'action  de  reculer w.  En 
effet,  AJ3Û  Zaid  a  dit  :  nasatu-l-ibila  \ini-l-haud  signifie  :  «J'ai 
reculé  les  chameaux  par  rapport  à  l'abreuvoir,  w  Or  le  nasî 
désignait  précisément  la  remise  d'un  mois  à  un  autre. 

R  D'après  la  deuxième  opinion,  cela  signifie  a  augmentation  ». 
En  effet,  Outrub  '^^  a  dit  :  n(isa(t  Allàliufl-l-adjal  signifie  :  «  Allah 
a  augmenté  le  délai  (c'est-à-dire  la  vie  de  quelqu'un).» 

'''  C'est  la  date  que  donnent  les  Vevgîeichun^rx-TabeUcn  de  VVi'sTENFKi.n. 

'^'  L'auteur  donne  onze  au  lieu  de  douze,  probablement  parce  qu'il  con- 
sidère que  la  nuit  appartient  au  jour  précédent,  dans  le  calcul  des  linm ,  et 
que  l'on  est  ainsi  dans  le  onzième  jour,  le  douzième  ne  commençant  que  le  len- 
domain. 

'■''   Voir  plus  liaut,  p.  979,  note  1. 

'*'  Ces  opinions  sont  exposées  tout  au   long  par  le  Lisàn  al-'avab  et  le  Tàdj 

«/  -  '«)•»« ,  V  ^'-^  • 

*'**  Grammairien  célèbri'  de  l'I'^coli'  de  B^isra ,  sou  vi'iitable  nom  <''(;iil 
Mulianunad  b.  Alunad  al-Muslanir  (t  9o()  =  ba  1).  Sur  cet  luit^'ur  cl  sou  iruvri-, 
voir  |{iio(;m;i.mann,  oj».  v\l.,  1,  ioa-i()3. 


286  MARS-AVRIL   1911. 

(a  1  ^ 

<^t  tJ-^.Àj  Jî^'  (J^  Y^i  ^'^^  JIaAJI^     i^lii)!  liJjj^  x>4«;Kj^ljtx)  (ji 
»-«—*£>  J!  -^l-i^Jî  ^L„«^_sw  '^j-swU  »-xi  J,\j.^jiJ\  kiUi  (»!?7^  by*"' 

(J!  »^_iw! j-i_Ao  /*ts^  <]}  i^^ua».î  ii>ï^  jÀ^  {jyy^^  if^^^  u.>^^*î^ 

«L'opinion  la  plus  solide  est  la  première  ''*.  En  effet,  on  dit  : 
nusï'at  nl-maratu  pour  :  «la  femme  est  devenue  enceinte ?5,  à 
cause  du  retard  de  ses  règles.  On  dit  aussi  :  nasatu  al-lahana 
«j'ai  délayé  le  laitfl,  c'est-à-dire  «je  l'ai  conservé  (retardé)  au 
point  que  l'eau  y  est  devenue  abondante». 

«  Les  Arabes  croyaient  jadis  au  respect  des  mois  sacrés,  qu'ils 
tenaient  de  la  religion  d'Abraham  (sur  lui  soit  le  salut  !),  et  il 
leur  était  pénible  de  cesser  la  pratique  de  leurs  moyens  d'exis- 
tence et  de  renoncer  à  l'incursion  et  à  la  guerre  pendant  trois 
mois  consécutifs.  Ils  ont,  en  conséquence,  recuU  (^nasa'ù^, 
c'est-à-dire  remis  l'inviolabilité  d'un  mois  à  un  autre.  Ainsi,  il 
reculèrent  l'inviolabilité  de  Muharram  à  Sa  far,  de  sorte  qu'ils 
déclaraient  Muharram  profane  et  Safar  sacré.  Quand  ils  avaient 
besoin  de  déclarer  Safar  profane ^"-^,  il  en  transportaient  l'invio- 

(•^  La  vérité  est  que  les  deux  opinions  sont  parfait eracnt  exactes,  puisque, 
comme  nous  l'avons  vu  ci-dessus,  le  nasi  dcsignait  tantôt  i'intercaiation  d'un 
mois  dans  chaque  quatrième  année,  qui  se  trouvait  avoir  i3  mois  au  lieu  de 
19,  tantôt  la  remise  de  l'observation  du  mois  sacré  Muharram  à  Safar,  et 
ainsi  de  suite.  Voir  supra,  p.  979,  et  cf.  Mas'îdI,  Averti hss nient,  p.  290-291, 
Prairies  d'or,  III,  116. 

(^'  Je  crois  que  l'auteur  s'est  trompé  en  parlant  de  f^j^',  bien  que  nos 
trois  manuscrits  soient  d'accord  sur  ce  point.  Il  a  voulu  dire  le  coulraiie,  c'est- 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       287 

-JL^Jl^  iL^  ^ji^  »J^_*.JLJI  ^b>  i^\*.l\yKA  i^'%  -^  iot>^l  l^;^  |^-^ 
(')  V.  Manque.  —  C")  S  yljou.1-  —  «  V  ç^o^.  —  C'  P.  Manque. 


labililé  à  Rabî'f  ,  et  ainsi  de  suite  pour  chaque  mois,  jusqu'à 
ce  que  l'inviolabilité  parcourût  tous  les  mois  de  l'année. 

«Puis  rislàni  vint,  alors  que  le  mois  de  Muharram  était  re- 
venu à  son  époque  primitive,  et  cela  après  un  long  laps  de 
temps.  L'Apôtre  d'AUàli  prononça  alors  une  allocution  pendant 
le  «  pèlerinage  d'adieu  :''  (Itndjdjnt-al-ivada^,  dont  voici  les  termes  : 
«Certes  le  temps,  dans  sa  révolution,  est  revenu  tel  qu'il  était 
au  jour  où  Allah  créa  les  cieux  et  la  terre.  L'année  a  douze 
mois,  dont  quatre  sont  sacrés,  savoir:  trois  consécutifs,  Dziï- 
l-()ada,  f):ù-l-Hidjdja  et  Muharram,  et  un  isolé.  Radjah  de  Mu- 
dar,  qui  est  entre  Djumada  et  Sa'ban  '•'.  » 

«  Puis  le  Prophète  lit  la  station  à  'Arafa,  durant  le  pèlerinage 
d'adieu,  le  neuvième  jour  (de  Dzû-l-Hidjdjaj,  et  prononça  une 
allocution  à  Mina  le  dixième  joiu\  Il  apprit  aux  lidèles  que  les 
mois  intercalaires  s'étaient  compensés  entre  eux,  grâce  à  la 

à-dire  J^JLsr".  On  ne  comprendrait  |>as,  en  effet,  pourquoi  on  rcnuMIrait  à  RabC 
l'inviolahililo  de  Safar,  si  l'on  u  liesoin  de  déclarer  ce  mois-ci  inviolable. 
'•'   Cf.  lo  récit  de  NLvs'tDÎ,  Averli$seiiioiit ,  p.  ai^a. 


288  MARS-AVRIL   1911. 

*  (I))  w 

-0-^  liL»    **w^î  ^j^5o  fJS^  iijLo  0^  ÀxAjo      ^3   rfv*J  «^-^  J**  (jj^ 

(l'I  -^  - 


C)  p.  Ce  mot  manque.  —  C'  P  Jl.x^.  —  C)   V  ^^.  —  (">  V  j^. 


révolution  du  temps,  et  que  les  choses  en  étaient  revenues  au 
point  sur  lequel  le  calcul  des  mois  a  été  basé,  le  jour  où 
Allah  créa  les  cieux  et  la  terre.  Il  leur  recommanda  d'observer 
scrupuleusement  ces  mois,  pour  qu'ils  ne  varient  plus  dans 
l'avenir.  7j 

Les  premiers  qui  instituèrent  le  nnsî  (embolisme  ou  remise 
des  mois  sacrés)  furent  les  Banû  Mâlik  ihn  Kinâna,  ou  les 
'Abd  ibn  Fuqaim,  issus  de  Kinâna"'.  Le  premier  qui  pratiqua 
le  nasî  fut  Nu'aim'-'  ibn  Tha'laba,  issu  de  Kinâna.  Quand  on 
célébrait  le  pèlerinage  '^'  et  que  les  pèlerins  se  proposaient  de 
quitter  Mina'''',  Nu'aim  se  levait  et  prononçait  une  allocution 
en  ces  termes  :  et  II  n'y  a  aucun  moyen  de  révoquer  ce  que  je 

'"'  J'ai  corriffé  ainsi,  d'après  Caussin  de  Perceval,  I,  aio,  2^7,  269,  et  III, 
3oi,  et  le  Tddj ,  I,  12  4- 12  5. 

'-'  Sarîr,  d'après  Muliammad  al-Djarkasî,  apud  Caussin,  I,  2^17.  D'après 
le  Kitdb  al-awd'il  (ms.  de  Paris  5986,  foi.  22  v°,  1.  5),  c'est  Hudzaila  1).  'Abd 
b.  Fuqaim,  dit  al-Qalammas.  Corap.  le  Tddj  al-'arûs,  I,  12^1  in  fine,  qui  con- 
firme cette  o[)inion.  Peut-être  convient-il  de  corriger  le  texte,  et  de  lire 
Fuqaim,  au  lieu  de  Nu'aim,   correction   d'ordre  tout   à  fait    paléographique 

{^^  =  ^•^^)- 

'''  Littéralement /ete,  solennité;  n)ais  il  s'agit  du  pèlerinage  des  païens, 
auquel  l'auteur  n'a  pas  voulu  donner  le  nom  do  Hndjdj. 

'*'  Le  mol  Mind  ue   se  trouve  pas  dans  le  texte,  mais  le  mot  ,,X'0  sminra 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ETLDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       289 

(îLJL_A«i)l     'y_j_it^_jLj^     ;'^3^'  ij,^"^  r»^T=^  r»^'  r^  u'^  Jjj^  *^ 
(j_^  yl3^  '^;'-^b  ^-4^)^^  l^jO^^  ;^3^'  I^JOU  J^iW  JU  y|^  'j'-a^j^'^ 

(*)  p  V  v'-T»-'  •  La  leçon  est  séduisante,  mais  voyez  le  Tddj,  I,  i  aS.  —  (""^  P 
^b^s)|.  _  W  p  y^^^.  _  m  P  8jL^.  —  W   V.  Manque. 


décide  ;  nul  ne  peut  m'adresser  de  reproches  ni  m'accuser.  55 
Les  païens  lui  répondaient  :  ^Lahhaïkal  (nous  voilà!  à  tes 
ordres  1)55 

Puis  ils  lui  demandaient  de  reculer  la  trêve  d'un  mois, 
durant  lequel  ils  feraient  la  guerre.  Nu'aim  leur  répondait  : 
«Le  mois  de  Safav,  cette  année,  est  sacré  ^'l  55  Les  païens 
dénouaient  alors  les  cordes  de  leurs  arcs,  retiraient  les  fers  de 
leurs  lances  et  les  pointes  de  fer  de  leurs  flèches.  Mais  s'il  disait 
(jue  Safar  était  profane,  ils  nouaient  les  cordes  de  leurs  arcs, 
garnissaient  leurs  (lèches  de  fer  et  entraient  en  campagne. 

A  Nu'aim,  succéda  Djunâda  ibn  'Auf,  que  le  Pro|)hète 
(qu'Allah  répande  sur  lui  ses  bénédictions  et  lui  accorde  le 
salut  !)  connut  '-'.  On  l'appelait  .4/-  Qalammas  (la  mer)  '^l  Selon 

est  un  terme  teclinique,  indiquant  le  retour  de  Mxnà.  Le  Ia^a^.^!  Ja,%:s:,  sous 
le  mot  *t,->ô,  dit,  en  décrivant  celle  coutume  :  (J.^  ^^  !^^>Njo  !3U  trlorsqu'ils 
(initient  Mina». 

'•'   Eu  ronséqucncc  Mtihavrain ,  qui  le  précèile,  devient  profane. 

'^'  Cf.  (Iaijssin,  ni),  liiiid.,  1,  ti'i'^.  Djnnàda  n'osl  pas,  ronunc  le  prétend 
Safadi,  le  sncresseur  immédiat  de  Nu'aiin  (ou  Sarîr);  il  succéda  à  son  père 
'Auf  ibn  Umayya,  (pii  oui  lui-nn'ino  |)lusi(MU's  prédécoss(>urs.  (If.  lor.  cil.; 
Teano,  Annali  delV  hlàm ,  I,  ()(),  ol  Ttidj ,  I,  p.  ia'i-i;>5;  Mas'ûdî,  Avt'vùxsi'- 
meiU,  390-991. 

(■^'  Mer  de  science,  par  métaphore  ((Iatssin,  I,  9/10).  (]ela  si{jnilio  aussi  : 
/(,'  ClipJ'.  Ce  siihiiquel  fut  porté,  pour  la  [iremiore  fois,  par 'Amir,  issu  de  Ki- 
nàna  (Inc.  cit.),  et  l'usuito  par  tous  ceux  <pii  faisaient  le  nn.it.  Il  n'est  donc  pas 

XVII.  19 


290  MARS-AVRIL    1911. 

^       1^  ^  j5^  î(^u»-Jî   L<j  (^  Jjî      ^1  jl-^î  *J  JUj  yli^  ^^ 

^-A-La-j  »^-«yJî  ^iJ  )^\_5  »jj.-<y-Jl  Qj-Aiùi  o-=^^^_5  cxsJ^Î  S:>*^'  4^^ 

'i5-«-*  ^-îij^î  i^yo  ^l^-^'^  cj^^  C5^*^  (J^  «j-cyJ'^  SJ^^  «S  ^^ 


d'autres,  le  premier  qui  fit  le  7iasî  serait  'Amr'^^  ibn  Luhayy  ibn 
Qama'a  ibn  Djundub. 

SECTION  DEUXIÈME. 

Les  Arabes  disent  anakhlu  ei  ivarrakhiu^^^  en  convertissant 
le  hamza  en  tvâw,  car  le  hcnriza  correspond  au  wâw  quant  au 
lieu  d'articulation.  Le  hamza  émane,  en  effet,  du  fond  du 
gosier '^^  et  le  ivàw  de  l'extrémité  de  la  bouche  ''^',  le  liamza  en 

particulier  à  Djunâda,  comme  le  laisse  entendre  notre  auteur.  D'après  le 
Kilàb  al-awuil  (ras.  de  Paris,  n°  6986,  foi.  29  v°,  1.  5)  le  chef  du  nasi,  à 
ravèneiuent  de  l'Islam,  s'appelait  Abu  Tliumdtna.  Cf.  Tddj ,  loc.  cit.  Or,  c'est  la 
Kunya  de  Djunàda.  Voir  Teano,  1,  99,  et  Tddj ,  loc.  cit. 

")  La  généalogie  de  ce  personnage  est  controversée.  Celle  qui  est  donnée 
dans  le  texte  est  peut-être  la  plus  exacte.  Caussin  de  Perceval  {Essai,  I,  222) 
le  fait  vivre  vers  207  de  l'ère  vu'gaire.  C'est  ce  personnage ,  alors  tout-puissant 
à  la  Mecque,  qui  aurait  introduit  le  culte  des  idoles  à  la  Ka'ba,  et  no- 
tamment celui  de  Hobal.  Voir  Wellhacsen,  Reste  arabischen  Heidenlums, 
p.  1  ^  et  suiv.  Voir  la  critique  do  ce  passage  dans  Prince  de  Teamo  ,  Annali 
dell'  Islam,  1,  92  ,  note  .'). 

'^'  Ce  passage  est  emprunté  à  Abu  Hilàl  Al-'Askarî,  Kitàb  al-awà'il,  ms.  de 
Paris  n"  5986,  fol.  7 G  v",  où  l'auteur  dit  que  de  son  temps  déjà  la  forme 
warrakiitu  ne  s'employait  plus  guère. 

'^)  C'est  en  effet ,  une  plosive  laryngale,  qui  existe,  par  exemple,  en  al- 
lemand (prononciation  du  Nord)  :  der  Adlet\  Cl.  P.  Passï,  Petite  phonétique 
comparée,  p.  70,  u°  190. 

'*)   On  ne  voit  pas  la  parenté  dont  parle  Safadi ,  le  wàœ  est  une  fricative  bi- 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       291 
5*X_ffL3^  (J^^/t-C  LàçTjyjj  l2sCSb  jtX^aXî  (j_^^  tiJ^-!^  cj"**  *^^*-^5  *XaÉ.îj 

--  W   v»  *  y 

dLjL»  dJi  c>-j^  lit  )[^-^  <*-?;!5  u^  ^-^  «-ly^  ^^  :>*x*îî 

(■)  P  jjs£ .  -  (•■)  s  V  v>s! . 

est  donc  le  correspondant.  C'est  ainsi  qu'on  dit,  également  : 
'ad  pour  ivad,  'udjùh  pour  wi(djûh^^\  'uthûb  pour  wiilhûb,  et 
'fl/;fl^  pour  wahad.  D'après  ce  principe,  le  nom  d'action  sera 
tarîkh  ou  taivrîkli ,  avec  le  même  sens. 

En  matière  de  date,  il  est  de  principe,  chez  les  grammai- 
riens, de  dater  à  partir  de  la  nuit  et  non  du  jour,  parce  que  le 
croissant  de  lune  n'est  visible  que  de  nuit.  Ensuite,  ils  donnent 
[au  numéralif]  la  terminaison  féminine  pour  le  masculin  et 
la  terminaison  masculine  pour  le  féminin,  selon  la  règle  appli- 
cable aux  numératifs.  En  effet,  tu  dis  :  tlitilàtluilN  gh'dnuur 
(trois  ^-'jeunes  gens)  et  nrhniuljawâr'"  (quatre'-^'  jeunes  filles). 

Sachant  cela,  lu  diras  quand  il  s'agit  de  trois  à  dix  :  iJudàlhu 
layâl'",  'arhau  la(jât",  et  ainsi  de  suite  jusqu'à  la  fui  de  la  pre- 

laùiale  accompagnée  d'un  relèveuieut  de  la  langue  vers  le  palais  mou.  Cf. 
P.  Passï,  oji.  cit.,  p.  81.  Il  est  \rai  que  c'est  le  fond  de  la  langue  qui  se 
soulève,  c'cst-à-dirc  la  partie  la  plus  rapprorluie  du  larynx;  il  y  a  dune  j)ro\i- 
inité  f't  non  similitude.  Voir  aussi  le  Tddj  al-'arvs  \/  ^^L 

'■'  L'autiMir  du  la^::-;^!  la^s:  dit  k/  9^)  (|Ui'  «elle  convereion  du  triitr  en 
liamza  est  Iréqucnle,  loulcs  les  lois  (jue  le  wùw  doit  être  allocti'  du  son  h, 
(dainina).  Voir  aussi  le  Ttitlj  (il-'iinix,  l\,  '1 1  S  ,  i  *^j,  qui  rapporte  la  même 
opiniou  d'apiès  Ihu  as-Sikkit. 

'^)   Trois  au  féuiinin. 

'■^'   Quatre  au  masculin. 

»9- 


292  MARS-AVRIL   1911. 

-'  fa  I  ^  «-  ^ 


mière  dizaine.  Pour  les  jours,  tu  diras,  de  trois  à  dix  :  thalâthatu 
ai/yâm'",  'arbaatu  ayi/âm'",  jusqu'à  la  fin  de  la  première  di- 
zaine. 

Si  vous  demandiez  :  «  Pourquoi  a-t-on  fait  cela ,  alors  que  le 
féminin  est  une  branche  (dérivé)  du  masculin ,  ainsi  que  cela  est 
établi  au  chapitre  des  mots  indéclinables,  étant  donné  que  le  fé- 
minin est  un  accident  dans  lu  morphologie  h^,  je  répondrais  : 
«C'est  parce  que,  dans  les  noms  de  nombres,  le  primitif  doit 
être  du  genre  féminin,  vu  quo  le  nombre  est  une  collection;  or 
c'est  le  masculin  qui  est  le  primitif;  on  lui  a  donné  alors,  dans 
ce  cas,  la  terminaison  féminine,  tandis  que  le  nom  de  nombre 
féminin f'  demeure  sans  terminaison  féminine,  parce  qu'il  est 
dérivé,  et  que  la  distinction  (entre  le  masculin  et  le  féminin)  ne 
s'obtient  qu'au  moyen  de  créments,  lesquels  sont  mieux  sup- 
portés par  le  masculin,  parce  qu'il  est  de  forme  plus  simple 
que  le  féminin,  v 

On  dit  :  yavtmi  wâliid,  yawmonî ,  thnJâthat"  ayyâm"' ,  et  ainsi 

('^  Tous  les  manuscrits  portent  Z5j4l«le  masculin )i ,  mais  le  sens  exige  lio^il 
«le  fominini,  sans  aucun  doute. 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       293 

[y^^I  j^UJ!  J^  (j^  *U.  Lo  U»li  ylrf  Jl  ^jIaS! 

Jj!a.A-sfc.  LCaj  XkS  \y^       Liyû  J*XJ«XJJ)  iy«       <<*m^-^    ^jO 

l^-Ljè   ê^i  j^il  cx-Ài  (jU  à'vXcU  y_^'  i^  jJUmJI  »>j5vA=»j  yciiJi  <X>Li 


de  suite,  jusqu'à  dix,  sans  annexer  les  mots  ivahid  et  ùhnàni  h 
un  spécificatif. 

Quant  à  la  construction  qu'on  rencontre  dans  le  vers  sui- 
vant : 

Ses  bourses  sont  si  pendantes  qu'on  les  pronrli-ait  pour  un  vase  de 
vieille  femme  contenant  deux  coloquintes  ('',  [Mètre  radja:.] 

elle  est  du  ressort  de  la  poésie;  or  la  licence  poétique  ne  peut 
pas  constituer  une  règle. 

Si  tu  demandais  :  «Pourquoi  a-t-on  fait  cela?w,  je  répon- 
drais :  «(l'est  parce  que,  si  on  adoptait  cette  dernière  construc- 
tion, cela  reviendrait  à  annexer  la  chose  à  elle-même.  En  elVet, 
lorsque  tu  dis  :  'ithnâ  yaivmnini  ou  ivâhidu  nidjut",  les  yairmùm 
(deux  jours)  sont  eux-mêmes  les  ithnâni  (les  deux)  et  al-ivàh'uhi 
(un)  est  lui-même  ar-radjuhi  (l'homme).  Or,  en  disant  yaivm"" 

'"'  JJàJL^  UjLà  au  lieu  de  ^jUJiiu.^ .  D'après  le  Tàdj  al-'arùs ,  X ,  i  i  'i , 
\J  (s'^3^,  qui  rite  ce  vers,  lo  duel  ^^buo-tt  (avec  le  c»)  s'emploie  qunnd  on 
|)arli'  des  lexticuhfs,  taiulis  (jue  yLj.aiJI  sijjniiie  les  bourses.  Lo  vers  est  éj|a- 
Icnicnl  donné,  sans  variantes,  par  Siiuiwuiii  («'d.  DKnKNiiouBc),  II,  p.  iHa 
et  2  10. 


29/i  MARS-AVRIL    1911. 

Cl'         ^ 

(J!  »-w,i-nJ!  (jl  ii-S'^XJJi  (^  i*Xxî!  i^Lol^  *.A^Î  (touJ  *Jî  :>*K*JI 
iLÀ_Crl  iLjC_AM^  r-ô-'*'^  '^^*'*^^  J^^  *^;'^  r»'^^  A'S'^iAi"  [jJUii  aAxÎÎ  ?_>!?■ 
ay_i_5rjî  x_«.js?  *.jiLiJî  ilx»  xji)     iTj»  iij!^'  <Jl*j'  aJjj  U^  ^ji>?-^.j 

x_^_sr  iLj!5\Jjl   yJy»  JwyiS'eyUliail  ^  ^!vïi)l  9-y*^  ^15^1^  ^.LSl 
(')   o^It.—  C»)   Oftran,   ii,  928.   —   C^'   P  ^^y-^y^!. 

(un  jour)  et  i^ndjulâm  (^àeu\  hommes),  tu  as  suffisamment  indi- 
qué le  nombre  et  le  genre.  Il  n'en  est  pas  de  même  avec 
'nyyâm  (jour.?)  et  ridjàJ  (hommes)  à  partir  de  trois,  car  ces 
mots  s'appliquent  aux  petites  et  aux  grandes  quantités.  On  doit 
donc  leur  annexer  le  nom  de  nombre  pour  qu'on  sache  quelle 
est  la  quantité.  » 

De  trois  à  dix,  les  noms  de  nombre  se  mettent  en  rapport 
d'annexion  avec  les  pluriels  de  paucité.  Ainsi  on  dit  :  thàlathalu 
'ayyâm,  'arhdatu  adjmâl,  kJuimsatu  aèhur,  sitUitu  arghifa  (six  pains). 

Et  l'on  ne  pourrait  pas  invoquer  ici  ces  paroles  d'Allah  : 
tJialàlhatu  quriV^^^  (trois  menstruations),  oii  il  a  donné  comme 
spécihcatif  au  nombre  trois  un  pluriel  de  grande  pluralité, 
parce  que  le  sens  est  que  chacune  des  femmes  répudiées 
doit  attendre  l'expiration  d'un  délai  de  viduité  de  trois  retours 
de  menstrues;  de  sorte  que,  le  total  des  retours  de  menstrues 
des  femmes  répudiées  étant  un  nombre  considérable,  on  a 
donné  comme  spécihcatif  au  nombre  trois  le  pluriel  de  grande 
pluralité. 

C    Qoran,  11,  928. 


PROLEGOMENES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       295 


*  (b)  ■" 

»^..^jt]!  Jsjo  (j^  4-»^'  iiXxIÎ  jj  |_jJLï^  iij:5A5  ^)t«4^  Ji]^  jjer  (^^v^Ai 

("'   Oorfln,  XXIX,  43.  —  C")  P  (^  ^. 


Il  n'y  a  pas  de  contradiction  entre  ie  passage  ci-dessus  et 
ces  paroles  d'Alltih  '^^  :  Allah  yaiawajfâ  al-anfusâ  (Allah  fait 
mourir  les  âmes].  On  a  employé,  dans  ce  dernier  cas,  le  plu- 
riel de  paucité  (^(infus,  au  lieu  de  nufâs),  malgré  que  les  âmes 
atteintes  par  la  mort  fussent  en  grand  nombre,  pour  indiquer 
que  cette  besogne  est  peu  de  chose  par  rapport  à  ce  que  peut 
faire  Allah,  qu'il  soit  exalté!  En  sorte  que  faire  mourir  toutes 
ces  âmes,  dont  le  grand  nombre  et  la  multitude  sont  connus  et 
avérés,  est,  pour  la  toute-puissance  d'Allah,  comme  s'il  s'agis- 
sait de  faire  mourir  quelques  âmes  d'un  nombre  inférieur  à 
dix  (2). 

On  ne  peut  pas  construire  un  nom  de  nombre  inférieur  à 
six  avec  deux  spécificatifs,  l'un  du  genre  masculin,  l'autre  du 
genre  féminin,  car  chacun  des  deux  spécificatifs  est  un  plu- 
riel; or  le  plus  [)etit  pluriel  est  trois. 

Dans  les  noms'di;  nombre  composés,  à  partir  de  dix  jusipi'à 
vingt,  c'est-à-dire   onze  et  le   reste  de   la  dizaine,    on  dit  : 

C  Qiiran,  xxix,  43. 

'*'  Puisque  le  piiiriol  i\o  paiicitd  s'appliqnr»  aux  nombrof  compris  onlro  3 
et  10. 


•296  MARS-AVRIL    lUll. 

^^  c^a-a-jUc-JI  toUjfb  /Ov>iijeJ!  <J!  sJvjtJ  U^  ixLJ  iij^wfi  cij^^Ajj  AfiL*( 

u 
*;_iii    /»_-o  cU-A-jl-JùJI   0<X.*>^    iL/iiwC  Uuul^   ij-it^  ^>Xa».)   /w»  (wxSj^ 

(al  ■^  - 

^j->^^J\    ^j_^C*0  ^j^jjL^I;,  jS'J^U    s    »->^?    ^i    J^^'    ^    i  ^^^}: 

'"'  s.    Les    2    mots    précédents    manquent.    —    C")  P    S  ^As*  ^j^y^-    — 

iJida  'asrnta  lailal'"'  (onze  nuits),  'ilhnatn 'asrata  saat""  (douze 
heures),  thaldtha  \israta  lailat""  (tn^ize  nuits),  etc.,  jusqu'à 
vingt,  en  laissant  subsister  le  signe  du  féminin  dans  les  deux 
mots  de  ihdâ  '^asrata  et  ithnatâ  \drata,  et  en  le  supprimant,  pour 
le  reste,  du  premier  numératif,  quand  il  s'agit  du  féminin^". 

Pareillement,  on  dit  :  ahada  \imra  yaivmn"  (onze  jours), 
ûhnâ  \isara  yawma"  (douze  jours)  et  ihnUthnla  'asam  yaivma" 
(treize  jours),  et  ainsi  de  suite  jusqu'à  vingt,  en  supprimant 
le  signe  du  féminin  dans  les  deux  premiers  termes,  et  en  le 
maintenant,  au  contraire,  dans  le  premier  numératif,  pour 
toute  la  suite,  quand  il  s'agit  du  masculin. 

Les  hommes  du  Hidjàz  prononcent  \isrn  avec  un  sm  quies- 
cent,  tandis  que  les  Banû  Tamîm  le  prononcent  ''asira  avec  un 
sîn  affecté  de  la  voyelle  i^-\ 

(')  En  d'autres  termes,  à  partir  de  treize,  les  noms  de  nombre  féminins 
perdent  le  »  du  premier  numératif. 

(^'  Cf.  SoYi'iTi,  Muzhir,  éd.  Caire,  II,  i'i.3,  qui  ajoute  :  ffll  on  esl  qui 
prononcent  'asara.n  Tddj  al-'arous,  t.  III,  p.  899  :  ftLo/icsrrt  (!)est  la  pronon- 
ciation usitée  dans  le  Ncdjd.'î 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       -207 

Ji  j._^yt  (^  JJi»  jJLs  U  c^^^^I^li  iJs^  i;;:iif  :^  ^i  u^ 

^;J_^^^_;LjJi  ^l)i  ^j-4  (i-^  ij^  ^^^  y^^  *^^'  i  ^^  '^  *r^'' 

/j—Jk-jcJCJi        (jLO  Cx_3j.-*  «Jj-^  (j^  3oLL«J       ^^ÀxJt  OkX:*.   [i\^ 

^j  Ih-»L>  ^15^9  *^  Jla^;'  i,^  *^lio  li/^  «soi)  iàAÀji  i     ^^y?->* 

(•)  s  Xo^ï.  —  ('■'  s  tjL5,.  —  W  s  ^y?^.  —  C*  P  a  en  plus  :  Ij^j 
ÂiLèi)l  jM  t-»y-" .  Le  copiste  a  dû  se  tromper  de  ligne  et  écrire  deux  fois  ce 
membre  de  phrase,  dont  la  vraie  place  est  plus  loin. 


Pour  les  noms  de  nombre  compris  entre  dix  et  vingt  et  pour 
les  dizaines  suivantes,  jusqu'à  quatre-vingt-dix,  on  leur  donne 
comme  spécificatif  un  [singulier]  mis  à  l'accusatif.  Ainsi,  on 
dit  :  ahaàa  \imva  kawkaha"  (onze  étoiles),  arhahia  hiilat" 
(quarante  nuits). 

Mais  direz-vous  :  «Pourquoi  n'a-t-on  pas  appliqué  à  ce 
spécificatif  la  même  règle  que  pour  les  noms  de  nombre  qui 
vont  de  un  à  dix''^?»  Je  réponds  :  «En  ce  qui  concerne  les 
noms  de  nombre  compris  entre  onze  et  vingt,  le  dernier  numé- 
ratif  eut  dû  avoir  le  tanivin,  lequel  n'a  été  supprimé  qu'à  rai- 
son de  ce  que  ce  numératif  est  un  mot  composé.  De  sorte  que  le 
tannin  demeure  [virtuellement]  dans  le  mot,  puisqu'il  n'a  été 
remplacé  par  aucun  élément  de  nature  à  détruire  son  inlUi- 
ence;  il  subsiste  donc  virtuellement.  Aussi  le  mot  qui  lui  sert 
de  spécilicalif  ne  peut-il  être  mis  en  rapport  d'annexion ,  car 
celui-ci  ne  peut  se  rencontrer  avec  le  tannin  qui  se  trouve  dans 
les  noms  de  nombre  singuliers  ''^l  » 

<•'   C'est-à-dire  en   mettant  le  nom  de  la  chose  nnmlirée  ;ui   pluriel  et   au 


d 

^'^'    Ainsi   li>  nom  d(>   nomhro  siiiffuiiei'  tvoix  a  le   Innwiii  liMN(jiril  inI  isolé, 


29H  MARS-AVRIL    1911. 

(°)  V  çj^ji^ .  —  <*''  P.  Manque.  —  ('^  V.  Ce  mot  manque. 


Quant  aux  numératifs  compris  entre  vingt  et  quatre-vingt- 
dix,  la  raison  en  est  que  le  nnn  [final  de  ces  numératifs]  tient 
lieu  du  tamvtn  qui  se  trouve  dans  les  numératifs  singuliers;  et 
c'est  pour  cela  que  ce  nûn  disparaît  en  cas  de  rapport 
d'annexion,  tout  comme  le  tamvîn  ^''.  Aussi  le  spécificatif  (nom 
de  la  chose  nombrée)  écliappe-t-il,  lui  aussi,  à  l'annexion 
pour  se  mettre  à  l'accusatif. 

Dans  les  noms  de  nombre  au-dessus  de  vingt,  on  interpose 
le  wâiv  conjonctif  [entre  les  deux  numératifs],  tandis  qu'on 
l'évite  dans  les  noms  de  nombre  compris  entre  dir  et  vingt. 
Ainsi,  on  dit  :  nhad""  tvdisrnna  (vingt  et  un),  mais  nhnda 
\imra  (  onze  ==  un-dix  ) . 

K Quelle  en  est  la  raison? 55,  demanderiez-vous.  Je  réponds  : 
«  On  a  supprimé  le  ivâw  dans  les  noms  de  nombre  au-dessus  de 

Sci'iKi;  mais  dès  qu'il  est  suivi  du  nom  de  la  cliose  nombrée,  autrement  dit  du 
spécificatif,  il  perd  ce  tanwîn  à  cause  du  rapport  d'annexion  :  JL^^  iLàSLS  .  Il 
doit  en  être  de  môme  dans  les  numératifs  de  onze  à  vingt,  parce  que  le 
deuxième  mot  de  ces  numératifs  composés  est  censé  avoir  le  tanwîn,  qui  n'a 
disparu  matériellement  qu'à  cause  du  i-r-^Py  ou  état  composé. 

(''  Exemple  :  «Les  vingt  de  Zaid"  ^^  iy^i  ^^^^  suppression  du  niin.  Il 
est  évident  que,  dans  cette  con.struction ,  la  chose  nombrée  doit  être  déjà 
connue,  pour  rendre  possible  la  détermination  du  numéralif  par  Vidafa.  Cf. 
S.  DR  Sacy,  Grammaire  arabe  (9"  édit. ),  II,  819,  n°  5^7. 


PROLÉGOiMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       299 
"  «xJL?   tijv_i_>  IIM  »:>yUi  iÎJ^fi^i  laii  (Jx  L^-o»  L^liJ  :>l:»-i)i 

("'  V  p.  Ce  mot  manque.  —   C"'  S  a,  au  lieu  de  L^jUs,  U-xt?.  —  C'  V 
^_^! .  _  (à)  s.  Ce  mot  manque.  —  <''  P  I>juJ.' 


r/«'.r,  par  assimilation  avec  dix  et  les  numératifs  singuliers  pré- 
cédents, parce  qu'ils  en  sont  rapprochés,  par  suite  des  noms 
de  nombre  singuliers.  Mais,  à  partir  de  vingt,  les  numératifs 
étant  éloignés   des   numératifs  singuliers,    on   a  employé  le 

Wâw.  55 

Si  vous  demandiez  :  «Pourquoi,  dans  les  dizaines,  n'a-t-on 
pas  tiré  [un  nom  de  dizaine]  du  mot  ithnnni  (deux),  de  même 
qu'on  a  tiré  ihnlàihma  (trente)  de  ihalatha  (trois),  et  ainsi  de 
suite  jusqu'à  quatre-vingt-dix? 55,  je  réponds  :  ç^ C'est  parce  que 
le  mot  ithnihii  se  décline  au  moyen  d'un  alif,  quand  il  est  au 
nominatif,  tandis  que  le  mot  Sèrûna  (vingt)  se  comporte  comme 
un  pluriel  régulier  et,  en  conséquence,  se  décline  au  moyen 
du  wâiv,  au  nominatif.  De  sorte  que  si  l'on  avait  adopté  cette 
dérivation,  le  nom  de  dizaine  tiré  de  itiinâni  aurait  eu  besoin 
d'avoir  deux  décfinaisons''^.  Aussi  a-t-on  adopté  le  duel  de 
'(wira  (dix)  et  l'on  a  dit  'isriinn  (vingt).  55  —  t  Mais,  objecteriez- 

(')  Pour  distinguer  ijLil  «dtnix''  de  tj^l ,  qui  serait  rcvin|;l'',  imi  supposant 
que  cette  forme  existât. 


300  MARS-AVRIL   1911. 

w 

'")  P  Xs^Jj;  V  iÇsJLi-.  —  C"^  Les  deux  mots  précédents  manquent  dans  S. 


VOUS,  on  aurait  dû  dire,  dans  ces  conditions,  "nmràni^^^  avec  la 
voyelle  fatha  i^a^  sur  le  '^ain,  le  Un  et  le  ra  ,  puisque  ce  mot  est 
un  duel  de  '^akftm.  v  Je  réponds  :  «  [On  ne  l'a  pas  fait]  parce  que 
le  principe,  dans  le  cas  présent,  était,  comme  je  l'ai  déjà 
dit,  de  tirer  le  nom  de  la  dizaine  du  mot  ithnâni.v  Or  la  pre- 
mière lettre  du  mot  ithnâni  a  la  voyelle  kesra  (t);  on  a  donc 
donné  le  kesra  à  la  première  lettre  du  mot  ^isrhin,  rendu  quies- 
cent  le  sîn  pour  alléger  le  mot,  et  donné  le  kesrn  (/)  au 
rà',  par  assimilation  avec  les  pluriels  régidiers,  qui  se  forment 
par  l'adjonction  du  wâiv  et  du  nûn.  Ne  voyez-vous  pas  que  le 
rtV  reçoit  la  voyelle  damma  (m)  lorsque  le  mot  est  an  nomi- 
natif ÇisRvnay^ 

D'autre  part  le  mot  '^asdra  peut  se  mettre  au  féminin,  tandis 
que  son  pluriel  ne  le  peut  pas.  Aussi,  dans  le  cas  du  pluriel, 
a-t-on  donné  le  kesra  (i)  à  la  première  lettre  de  ce  mot,  parce 
que  le  kesra  est  de  la  même  catégorie  que  le  yâ  '-'. 

'')  La  leçon  y^yi.*  est  impossible,  si,  comme  ledit  rautcur,  on  doit  consi- 
dérer ce  mot  comme  un  duel  de  »yii . 

^-'  Or  le  yd  est,  notamment  dans  les  verhcs,  le  signe  du  féminin.  Ev.  :  ^^ï 
«lcve-loi75,  on  s'adrossant  à  une  femme. 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       301 

(a)  ->  ''* 

(^j_^;c.._;JU  l^xx^-  ^   '  y^:>  Js^yU  c:,j^^  iy^L  l%^ç^- 


(») 


s  sjvjo.  —  (>>)  V  yï^l .  —  (■=)  V.  Ce  mot  manque. 


On  dit  : 

mi'alu  yaivm"'  (cent  jours)  et  miatâ  yaivin'"  (deux  cents 
jours),  en  mettant  le  nom  de  la  chose  nombrée  (le  spéci- 
ficatif)  après  cent  jusqu'à  mille  [flf)  et  au-dessus,  au  génitif 
[singulier]  comme  complément  anneclif.  On  ne  lui  a  pas  appli- 
qué la  même  règle  qu'aux  numératifs  compris  entre  dix  et 
(jvntre-vinirt-di.r.  Si  vous  demandez  pour  qu'elle  raison  on  a  fait 
cela,  je  réponds  :  «C'est  parce  que  le  mot»î/^rt  (cent)  a  été  assi- 
milé à  nèara  (dix),  étant  donné  que,  comme  lui,  il  forme  un 
7iœud^^K  De  même  cent  a  été  traité  comme  qualre-vin^rt-dix 
parce  qu'il  le  suit  immédiatement.  Aussi  le  spécificatif  de  cent 
a-t-il  été  mis  en  rapport  d'annexion,  par  assimilation  avec  dix, 
et  au  singulier,  au  lieu  du  pluriel,  par  assimilation  avec  quatre- 
vinirt-dix.  » 


'*'  On  iippelie  ainsi ,  non  pas  soulenionl  les  dizaines  (  oalyi.^  )  comnir  ilil 
Sacy  (par  exemple.  Gravi,  ar.,  I,  417),  mais,  d'après  noire  anleur,  le  premier 
nombre  de  rliaqne  ordre,  antro  que  ceini  des  nnilés.  Ainsi,  on  onlre  de> 
dizaines,  cent  et  inilli'  sont  des  inrinls  [:>j'îc  )  piure  que  tliiuun  d'enx  ferme, 
tmouc  ronlfi'  ipii  le  pr»'cède.  Voir  infra,  p.  3o3. 


302  MARS-AVRIL    191  1. 

X  t  .<l-)    ^Jj-fr-f  y^^    ^y^'^  *^V^      ^^^  ^■^'^  ^j'^  ^^  ci>^'  l^LS^ 
Ià_iL-Lj  *ULX-^I  o^-Li  viUi  j  aAjJ!  U  oJi  yli  ^J.fft<»  ^"iki  i^Ui 


(») 


V.  Ce  mot  manque.  —  ^^^  Qoran,  xl,  69.  —  ^'''  P  l>ijh>. 


On  dit  :  thalnthu  nu  al'"  (trois  cents),  arbau  miaV  (quatre 
cents)  jusqu'à  la  fin  de  l'ordre  des  centaines,  en  donnant 
comme  spécificatif  [au  premier  numératif]  un  mot  au  singulier, 
au  lieu  du  pluriel''-',  auquel  cas  on  aurait  dit  :  thalâlhu  m'iîna 
(trois  cents) '^^. 

K Quelle  en  est  la  raison  55,  diriez-vous  ?  Je  réponds  :  «C'est 
qu'on  s'est  contenté  du  singulier  à  la  place  du  pluriel.  Ainsi, 
Ailâh  (qu'il  soit  exalté!)  a  dit  :  thumma  yuhhridjukum  tijt"^^\ 
(Ensuite,  il  vous  fera  sortir  en  jeune  ^«rçon^  c'est-à-dire  al/dt" 
[en  jeunes  garçons]  ).  n 

De  même,  un  poète  a  dit  : 

Remplissez'*'  une  partie  de  votre  ventre ^^^  et  vous  vous  abstiendrez  de 
mal ,  car  vous  vivez  à  une  époque  de  disette.  [  Mètre  wrlfir.  ] 

C'  En  effet,  de  trois  à  dix,  le  nom  de  la  chose  nombrée  se  met  au  pluriel  : 
Ex:  JLJ  ^'ikj  trois  femmes,  tandis  qu'on  dit  .  iL>L«  ^ù^^  trois  cents. 

''^'  Cette  construction,  que  Tauteur  considère  comme  impossible,  existe  ce- 
pendant, bien  qu'elle  soit  d'un  emploi  très  rare.  Cf.  Sacy,  Grain,  av.,  II,  822. 

(■*)  Qoran,  XL,  69.  BaidÀwÎ,  Conwi.  du  Qoran,  (Vl.  Fleischer,  II,  21O,  dit 
que  le  singulier  a  été  employé  parce  que  le  texte  vise  surtout  l'espèce  [djins), 
OH  encore  parce  que  cela  se  rapporte  à  chacun  de  ceux  à  qui  l'on  parie. 

'*)  Mot  à  mot  :  mangez  dans.  C'est  par  conjecture  que  j'ai  traduit  ce  vers  isolé, 
dont  le  premier  hémistiche  est  donné  par  Baidàhî,  op.  laud.,  I,  98. 

'')   Au  lieu  de  vos  ventres. 


PROLEGOMENES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       303 

(a)  ~/  ^  * 

(j_a-jLam  iLjU  ci>!%'  /frQJQ^  ^  îyUJ^  "^LwJT)!^  'i-j^  Lï  *X3  ^i  ^J^ 

oLJt   I^Lj»^  d^~^  <i^  V-^^ *^^  ^^'-*-ff*^^  if^yyj  (^wyuw  i^mo^  aJmw  iijL«vM 

c'   Qoran,  xviii,  \k.  —  <'')  S  iiUj.  —  «  P.  Ce  mot  manque. 


Pourtant  Hamza  et  Al-Kisâ'i^^^  ont  lu  :  walahithû  fi  hahfihim 
thalâtha  miati  simna^'^^  (et  ils  demeurèrent  dans  leur  caverne 
trois  cents  ans),  en  mettant  le  mot  nii'ati  en  rapport  d'annexion 
avec  sinîna^^K  Or  il  y  a  là  une  annexion  du  spécificatif  à  un 
pluriel.  De  sorte  que,  d'après  cette  lecture,  et  selon  le  système 
de  ceux  qui  admettent  que  le  pluriel  commence  avec  deux  et 
les  nombres  au-dessus,  la  plus  courte  durée  du  séjour  [des 
liomii.es  dans  la  caverne]  aura  été  de  six  cent  neuf  ans,  vu  que  le 
spécilicatif  est  en  rapport  d'annexion  avec  un  pluriel. 

On  dit  :  nlfu  Idijlnl'"  (mille  nuits),  en  traitant  le  mot  alf,  au 
point  de  vue  de  la  spécification,  comme  mî*a(cent).  Si  vous  en 
demandez  la  raison,  je  réponds  :  r C'est  parce  que  «//"(mille) 
est  un  nœud  de  même  que  mi'a  (cent).w 

'')  (Jélèfjres  lecteurs  du  Qoran  et  jjiamuiairiens. 

C  Qoran,  wiii,  ai  :  crKl  ils  cleiiK-urèieul  dans  leur  caverne  Irois  cents  ans, 
I  plus  neuf  ansj.n 

*^*  Ce  qui  impliqof  (|ue  .tiinnn  est  bien  an  {f('>nitif  et  (|ue  la  construction 
de  cent  avec  lo  plnritl  de  la  chose  noniltrée  est  possiMe.  Au  contraire,  d'après 
ceux  (|ui  lisent  |j>JLt»<  ibL«  ci^Slà,  l'annexion  étant  désormais  impossible,  on  ne 

peut  plus  considérer  ^-^-^  (|nc  comme  un  accusatil"  sous  la  dcpeiulanco  de 
«i»i^i,  (|uiexi{;e,  enotl'et,  un  pluriel.  Cl.  Sacy,  Gram.  «r. ,  1.  4''3  (note)  et 
BaidâwI,  1,  .56o,  (pii  approuve  la  lecture  de  Hani/.a  et  dAl-kisà'î. 


30A  MARS-AVRIL    191  1. 

aJLaJ  oilTo^Aji-  I^JU^  Soi^  ^5l.U  i^\  ^  '>^'is.  ^i)i  ^^i)  d^JLs 

iU^i)!  ^^sâ  iç,y^\  JJiXXi  iivXfiii 


e-*-jJ_>  w^*x_iî  i^»X-xIi  y!  ^y'ij  <Xi^     iL53:5U!  ^^^  oi))  À^^^i? 


(») 


S  oaJ^-  —  ''■'  P  /^;  S  ;.;i^:iJ.  —  ("^   Ço?-aH,  m,  129. 


On  dit  :  thaldthatu  ahif  lailaV  (trois  mille  nuits)  en  mettant 
alf  au  pluriel,  alors  qu'il  est  précédé  d'un  nom  d'unité. 
Accompagné  d'un  nom  d'unité,  «//"(mille)  ne  se  met  pas  au 
singulier  comme  nu  a  (cent). 

Si  vous  objectez  que  cela  contredit  le  raisonnement  que  j'ai 
donné  précédemment,  je  réponds  :  fx Mille  est  une  extrémité 
comme  un  est  une  extrémité,  car  un  est  le  commencement  et 
mille  la  fin;  ensuite  les  mêmes  séries  de  nombres  recom- 
mencent; c'est  pour  cela  que  «//(mille)  a  été  traité  comme  les 
unités.  57 

Avertissement.  —  Le  mot  alj  (mille)  est  masculin^".  La 
preuve  en  est  dans  ces  paroles  d'Allàb  —  qu'il  soit  exalté  !  —  : 
«  Votre  Seigneur  vous  enverra,  comme  renfort,  cinq '-^  mille 

'''   Cf.  Sacy,   Anthol.  grainmat.,  p.  3.5  de  la  partio  arabe. 
(■-'    Cinq  au  masculin  :  H-^ . 


PROLEGOMENES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       305 

*  ^       (a)   ^ 


■5   -^  fi))    .         •  "  ,  ■" 

J^ilU»,  o}-*.^c_à  jU_JI  -^OJt  Ju^  »bi)!  .:L.-U>.i1  '"  oL^U 

(°)   P  ^^^.  —  (>>)   s    !J^.   —   W  S  P  S  jiw;  V  ,«-o.  —  Ci   P  o^o-.  — 
(')  PciLàJI. 


anges  '''.  -n  Or,  il  a  été  établi  que  le  numératif  se  met  au  fémi- 
nin, lorsque  la  chose  nombrée  est  du  genre  masculin,  et  au 
masculin ,  lorsque  la  chose  nombrée  est  du  genre  féminin  ^^'. 

On  ne  saurait  invoquer  ici  cette  façon  de  s'exprimer  :  hâdzihi 
alfu  dirham"'  (voici  mille  dirhems),  car  le  démonstratif  ne  se 
rapporte  qu'aux  dirhems,  et  non  au  mot  ^///  (mille).  L'équiva- 
lent logique  de  cette  construction  serait  :  hâd:ilii-d-drâhimu 
alf""  (ces  dirhems  sont  mille).  De  même,  les  Arabes  disent  : 
alf""  mmm!"'^^^  (un  mille  complet)  et  alf""  aqrau  (un  mille 
complet). 

Lorsque  tu  veux  déterminer  le  numératif  mis  en  rapport 
d'annexion  avec  le  nom  de  la  chose  nombrée,  tu  ajouteras 
l'article  à  ce  deuxième  nom  ;  tu  détermines  ainsi  le  premier: 

C    Qoran,  m,  i  u  i. 

(^'  Celte  démonstration  jnsi[ir:'i  la  lin  du  [laraj^mplie  est  (>nipnmtéo  à  la 
Dun-at-al-ghaww(ts  de  IlAnÎRÎ,  que  l'auteur  s'ohstinc  à  ne  pas  nommer.  Cf. 
S.  DE  Sacy,  Âitlholnjjii;  grammaticale  arabe,  partie  araho,  |).  rc".  et  Irailiictioii, 

P-  7^- 

*•''  Les  leçons  des  trois  manuscrits  sont  incontestablement  fautives;  il   faut 

lire  Â*3  et  ^y>' .  C^omp.  Sacï,  Anlhologie  l-Ic.  ,  parliu  araho,  p.  ro  ■  (A.  ^^^-^ 
la^^^l  sous  y   g-ï  . 

XVU.  30 

l4liutirniii    RATIunfcl.Rt 


306  MARS-AVRIL   1911. 

^i  JU  Juû^!  i'^Ls.  dU^^  <».d.;j^Jl  aZLo^  JLx^l  îLTs:^  ^ 

(°)  S  rf^JlU!.  —  C")  V  oLX.. 


exemple  :  thalâthotu-r-rùJjâl  (les  trois  hommes)  et  miatu-d- 
dirhami  (les  cent  dirhems).  C'est  comme  lorsque  tu  dis  : 
ghulâmu-r-radjuli  (le  jeune  domestique  de  l'homme).  C'est 
ainsi  que  Dzu-r-Rumma  a  dit  : 

Esl-ce  que  le  trépied  de  pierre  et  ces  vestiges  abaiulonnés  me  ren- 
dront le  salut '''  et  dissiperont  mon  aveuglement'*'?  [Mètre  tawil.^ 

Il  ne  serait  pas  permis  de  dire  al-khamsatu  dràhinf  (les  cinq 
dirhems),  car  l'annexion  a  pour  hut  de  déterminer;  or  la  déter- 
mination du  premier  mot  par  l'article  le  dispense  de  cette 
annexion, 

(''  Cette  interrogation  est  très  fréquente   dans  les  vieux   poèmes  arabes. 
Témoin  ce  vers  de  Djarir  : 


«Saluez  ces  chères  demeures  et  interrogez  leurs  vestiges;  mais  les  malsons 
désertées  donnent-elles  jamais  de  nouvelle?"  Le  mètre  est  du  I=u-.~>i .  Cf.  Tàdj 

('^'  Ce  vers  est  donné  aussi  dans  S.  de  Sacy,  Gram.  av.,  II,  p.  333,  avec  la 
variante  ^LJJJI  au  lieu  de  ^y>fJ\ ,  ce  qui  ne  change  pas  beaucoup  le  sens,  ni 
du  tout  le  mètre.  Au  contraire,  dans  le  premier  hémistiche  le  ^  qui  commence  le 
vers  a  été  omis,  ce  qui  est  tout  à  fait  impossible,  au  point  de  vue  de  la 
métrique. 


PROLEGOMENES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       307 

(cl 


r,i) 


^  ■*  ^  y 

(°)  s  iuju:;.  —  C-)  S  ^UU.  —  (=>  V  ^U.  —  (••)  P.  Ce  mot  manque.  — 
(')  P.  Ce  mot  est  répété  deux  fois.  —  (')  P  JùJLjf.  —  (')  S  ^U;,. 

Quant  aux  numéralifs  qui  ne  se  mettent  pas  en  rapport 
d'annexion  avec  le  nom  de  la  chose  nombrée,  l'article  s'ajoute 
au  premier  numéralif ,  comme  dans  al-hliamsata  "asard  dirham'"' 
(les  quinze  dirhems),  car,  sans  l'article,  il  n'y  aurait  pas  de 
détermination. 

On  trouve  cependant  quelques  exemples  qui  suivent  une 
règle  contraire. 

Avertissement.  —  La  correction  exijje  que  lu  dises  :  'indl 
tluunàuî  msivaV  (j'ai  huit  femmes),  ihaiminia  \tsrata  djànijat"" 
(dix-huit  concubines)'^'  et  thamânî  nuati  dirham"  (huit  cent 
dirhems).  En  efl'et,  le  yâ  est  ici  (dans  ihamânî)  cehii  qiii 
termine  les  mots  défectueux;  or  ce  yà  subsiste  quand  le  mot  est 
en  rapport  d'annexion  ou  à  l'accusatif,  de  la  même  façon  que 
le  yâ  du  mot  qm}"". 

Mais  vous  pournez  objecter  que  ce  vers  d'Al-.Vsà  : 
J'ai  bu  huit  cl  liuit,  plus  dix-huit  '',  plus  deux  et  (juaire  '^', 

'•'   Ou  jeunes  rouîmes  csrlaves. 

(*)  »_ix  yli'  au  lieu  de  5-û.c   jLc. 

'^)  Ce  vers  est  ci  lé  par  le  Tiulj  al- unis  )J  ^J£  ,  d'après  \e  Salidh  de  Djauhari, 

an. 


308  MARS-AVRIL    191  1. 


W  p  X5U.   —  C")   s  J^.  —  W  *y .  —  ;■')   Qoran,   lv,   a 4. 

est  en  contradiction  avec  la  règle  ci-dessus.  Je  réponds  que 
cela  rentre  dans  la  catégorie  des  licences  poétiques.  C'est  ainsi 
que  cet  autre  poète  '^'  a  dit  : 

Alors,  prenant  mon  sabre,  je  volai  à  la  têle  d'excellentes  chamelles 
dont  les  pattes (->  de  devant  battent  constamment  la  roule.  [Mètre  wdjir.] 

Le  poète  entendait  dire  al-aulî. 

Pourtant,  il  en  est  qui  lisent  :  ivalahu-l-djawârv  al-mun- 
saàtu^^^  «à  lui  appartiennent  les  vaisseaux  de  haut  ]}ord7), 
avec  le  damma  (voyelle  u)  du  ra. 

(i  suivre.^ 

et  l'auteur  fait  observer  que ,  dans  le  diwân  d'Al-A'sà,  on  trouve  la  variante: 
^J^yii^  .  Voir  aussi  le  Muhit  al-muhît,  I,  199,  \/    ^^ji . 

'"'  Le  poète  auquel  il  est  fait  allusion  est  :  ^^j  -^a^^J^  jj?  (5«?)  ^^  j-y»^" 
^^^•m'^S  j— i-x-j  [jj  j^  (^  ^x^i)!  ^^  âSji33  ^^  oJLi.  cité  sans  autres  renseigne- 
ments dans  le  Tâdj  al-'arûs,  sous  v/'  (J~t^'  d'après  al-Ubdb  d'As-Saghânî, 
et  sous  \J  ^j£ ,  où  ce  vers  est  cité  avec  la  variante  cyJaj  donnée  également  par 
le  Sahâh  et  par  le  Lisdn  al-'arab  sous  1/  Ia.>à..  Aussi,  dans  Sisawaiui-Deren- 
BouRG,  I ,  p.  98.  Ce  vers  est  encore  cité  par  le  Muhit  al-muhît,  1 ,  1 99 ,  y/  ^ji ,  avec 
la  variante  c:>Jai  comme  dans  le  Tddj ,  et  de  nouveau  par  SîiiAWAini,  op.  cit., 
Il,3i8. 

'^'  Sans  yâ  final  au  mot  >xj'- 

'■^)  Qoran,  lv,  a/t.  Les  commentateurs  ne  sont  pas  d'accord  sur  le  sens  du 
mot  cyLiJUI  que  d'aucuns  prononcent  cifUiJU! .  Voir  les  différentes  explications 

proposées  par  le  Mit/tît  a/-'"?'/»'?,  H,  C-v^iV/  Lio.  Aussi,  Tddj  al-'arûs,  môniu 
racine-,  Baibâwî,  II,  p.  3o2. 


MÉLANGES'. 

NOTE 
SUR  LE  LIVRE  DES   101   NUITS  o. 

Ce  recueil  de  contes,  qui  était  peu  connu,  a  une  importance 
particulière.  Son  titre  semble  indiquer  qu'il  s'agit  d'un  Livre 
(les  Mille  et  une  Nuits  en  réduction.  L'auteur  anonyme  du 
manuscrit  s'est  évidemment  inspiré  du  titre  de  la  collection 
célèbre;  il  en  a  également  emprunté  le  cadre,  c'est-à-dire 
l'histoire  liminaire  et  la  conclusion  dont  le  sujet  est  trop  connu 
pour  être  rappelé  ici;  mais  les  deux  ouvrages  sont  indépen- 
dants l'un  de  l'autre,  «les  deux  collections  ne  dérivent  pas 
immédiatement  d'une  source  commune'-^?.  Cette  constatation 
montre  l'intérêt  que  présente  la  traduction  de  cet  ouvrage 
arabe  pour  les  études  de  folk-lore  comparé. 

Cadre  à  part,  le  livre  des  Cent  et  une  Nuits  se  compose  des 
dix-huit  histoires  suivantes  :  I.  Histoire  de  Mohammed  hen 
'Ahd  Allah  el-Oairouani  et  de  sa  désobéissance  aux  dernières 
volontés  de  son  père;  IL  Histoire  de  Vainqueur  du  Sort,  de 
sa  fdle.  Joie  des  Palais,  et  de  ses  aventures  avec  Wadah  le 
Yéménite;  IH.  L'ile  du  Camphre;  IV.  Histoire  du  vizir  Barmé- 
kide  et  de  son  fils,  de  leur  fuite  et  de  l'alchimiste;  V.  Histoire 
du  jeune  marchand  du  Caire  et  de  Merveille  de  Beauté;  VI.  His- 
loire  du  roi  et  de  ses  trois  fils;  VIL  Histoire  du  jeune  homme 
aux  colliers  de  perles;  VIII.  Histoire  d'Ktoile  de  Lumière,  (ils 
(le  Maître  du  Pouvoir;  IX.  Histoire  de  Soléiman  hen  'Abd  el- 
Mélik  hen  Mervva'n;  \.  Histoire  des  quatre  compai^nons;  XL 
Histoire  du  roi,  des  sept  vizirs,  de  la  favorite,  du  hisdu  roi  et 

<"'   Les  Cent  et  une  Nuits,  Irad.  de  l'arahc  par  M.  GAiiDKFnoY-DKMOMnYNKS.  — 
Paris,  l*].  Giiilmolo,  in-H",  \v-3.')îi  paf[es,  ii|i  i  ,  S  IViinc';. 
"^)   P.  i3  el  ^x^-'^(\. 


310  MARS-AVRIL    1911. 

du  sage  Sindabad;  \Ii.  Histoire  du  roi  et  du  dragon;  XIII. 
Histoire  du  cheval  d'ébène  ;  XIV.  Histoire  de  Zafer  ben  Lâhiq; 
XV.  Le  jeune  marchand  et  sa  femme;  XVI.  Les  quatre  hommes 
et  Haroun  ar-Rachid;  XVII.  Histoire  de  Maslama  ben  'Abd 
el-Mélik;  et  XVIII.  Histoire  de  la  ville  de  Cuivre  et  des  flacons 
de  Salomon. 

L'histoire  de  l'île  du  Camphre  f*^,  que  j'étudierai  seule  en 
détail,  est,  dans  le  présent  ouvrage,  le  pendant  des  voyages  de 
Sindbad  des  Mille  et  une  Nuits.  L'auteur  des  Cent  et  une  Nuits 
a  fait  plusieurs  emprunts  à  des  ouvrages  géographiques,  et  ces 
emprunts  sont  de  telle  sorte  qu'il  est  facile  de  retrouver  les 
textes  qu'il  a  presque  littéralement  reproduits.  Voici,  au  reste, 
l'histoire  de  l'ile  du  Camphre  : 

Un  vieillard  se  présente  à  la  cour  de  Kesra  Anouchirvan 
et  raconte  au  roi  de  Perse  ses  aventures.  rt[Je  viens,  dit-il,]  du 
pays  de  Sind  et  de  l'Inde  et  de  la  terre  de  Chine.  Je  m'appelle 
Sâ'da  ben  Amalek  al-Asghar,  et  j'ai  trois  cents  ans  :  il  n'est 
point  sur  la  mer  une  île  où  je  n'aie  abordé;  il  n'est  pas  sur  la 
terre  un  pays  que  je  n'aie  parcouru;  je  vais  sans  cesse  de  con- 
trée en  contrée,  d'île  en  île,  et  c'est  ainsi  que  je  parvins  en 
Chine.  J'arrivai  tout  d'abord  dans  une  ville  que  l'on  appelle 
al-Barka  (la  brillante *2^)  et  qui  est  la  première  ville  de  la  Chine. 
En  nous  apercevant,  le  peuple  vint  a  notre  rencontre  avec  des 
massues  et  des  lances,  et  nous  entendions  dans  la  ville  une 
immense  clameur.  Nous  approchâmes  de  la  ville,  dont  la  gran- 
deur nous  émerveillait,  et  l'on  nous  conduisit  au  palais  du  roi 
qui  s'appelait  Hamdân.  Nous  marchâmes  longtemps  dans  cet 

'')  P.  68-77. 

(-'  Cf.  L'Abrégé  des  tnerveilles,  traduit  de  l'arabe  par  Carra  de  Vacx,  Paris, 
1898,  in-8°,  p.  38-39.  «Dans  la  même  mer  (de  Sanf=  Campa)  ost  al-Rar- 
râka  (sic),  la  luillanle;  c'est  une  ville  superbe  en  pierre  blanrlie  (Vlatantc;  on 
y  entend  des  cris  et  des  chants,  et  l'on  n'y  voit  pas  d'habitants.  Les  marins  y 
sont  parfois  descendus  et  ont  pris  de  son  eau;  ils  l'ont  trouvée  blanche,  lim- 
pide, douce  au  {joût,  avec  une  senteur  de  camphre.» 


f 


MELANGES. 


311 


édifice  dont  ia  splendeur  défie  toute  description,  et  les  gardes 
nous  amenèrent  enfin  à  une  porte  qui  donnait  dans  l'enceinte 
réservée  du  palais,  qu'entouraient  de  hautes  murailles  et  d'im- 
menses bâtiments.  (Suit  la  description  de  l'intérieur  du  palais.) 
Le  chambellan  nous  laissa  seuls  un  instant  et  alla  demander 
au  roi  l'autorisation  de  nous  introduire;  l'ayant  obtenue,  il 
nous  fit  entrer.  r> 

Le  récit  qui  précède  a  été  emprunté  soit  à  Abu  Zayd  Hasan 
de  Sirâf,  soit  à  Mas'ûdî,  qui  rapportent  ainsi  le  voyage  d'un 
Arabe  en  Chine  : 


ABU    ZAYD. 

Il  '"'  y  avait ,  à  Basra ,  un  homme 
(le  la  tribu  des  Koraysites  appelé 
Ibn  Waliab,  et  qui  descendait  de 
Habbâr,  lUs  de  al-Aswad.  La  ville 
de  Basia  ayant  été  luinée ,  Ibn  Wa- 
hab  quitta  le  pays  et  se  rendit  à 
Sîrâf. 

En  ce  moment,  un  navire  se  dis- 
posait à  partir  pour  la  Gliino.  Dans 
de  telles  circonslances,  il  vint  à 
Ibn  Waliab  l'idée  de  s'end)arquer 
sur  ce  navire.  Quand  il  fut  arrivé 
en  Chine,  il  voulut  aller  voir  le  roi 
suprême.  //  se  mit  donc  en  route 
pour  Khomd(l)i''\  et,  du  porl  de 
Khânfil'''  à  la  ca[)itale,  lo  li'ajel  dit 
de  deux  mois. 


MAS^ÛDÏ. 


A  '*^  l'époque  où  se  passa  à  Basra 
l'aventure  du  chef  des  Zandjs,  dont 
tout  le  monde  a  eu  connaissance, 
un  Koraysite  noble  et  riche,  des- 
cendant de  Habbâi-,  lils  de  al-As- 
wad ,  se  rendit  à  la  ville  de  Sïrâf. 

De  là,  il  s'embarqua  pour  les 
mers  de  l'Inde,  et,  après  un  lonjT 
voyage  par  eau  et  par  terre,  il  ar- 
riva endn  à  la  Chine,  et  alla  à 
Khânffi*^'.  Ensuite,  la  fantaisie  lui 
prit  de  visiter  la  résidence  roijalc 
qui  était  alors  Haindân,  l'une  des 
cités  les  [)lus  considérables  de  ces 
pays. 


(''  Bclatioii  des  voyafri-it  faits  par  les  Arabe»  et  les  Persans  dans  l'Inde  et  à  la 
Chine  dans  le  ix"  siècle  de  Cèvi'  chvélienne .  .  .,  traduits  cl  annolés  par  IJkinaiîd, 
Paris ,  1 8^1  .^) ,  t.  I ,  p.  7()C  Le  texte  de  Al)ri  Zayd  est  du  conunencfineut  du  \°  siècle. 

(^'  Si-njjan-fou. 

(')  Hoii{jkon{j. 

<*'  Les  Prairies  d'or,  texte  arabe  et  traduction  par  Haiiiiiki\  de  MerNAnn  et 
Pavet  de  CoiiRTEiLLE,  Paris,  i86i ,  in-H",  t.  1,  p.  3i2-3i.H.  Lo*  Prairies  d'or  ont 
été  écrites  vers  q'io.  ^ 

(*'  Tcxluolleineul  :  trOe  là,  il  s'embarqua  à  dcsiinalion  de  la  mer  do  l'Inde. 


312  MARS-AVRIL    1911. 

«Il  lui  fallut  attendre  longtemps  à  la  porte  impériale,  con- 
tinue Abu  Zayd'^',  bien  qu'il  s'annonçât  comme  étant  issu  du 
même  sang  que  le  prophète  des  Arabes.  Enfin,  l'empereur  fit 
mettre  à  sa  disposition  une  maison  particulière,  et  ordonna  de 
lui  fournir  tout  ce  qui  lui  serait  nécessaire.  En  même  temps,  il 
chargea  l'officier  qui  le  représentait  à  Khânfû  de  prendre  des 
informations  et  de  consulter  les  marchands  [arabes]  au  sujet 
de  cet  homme,  qui  prétendait  être  parent  du  prophète  des 
Arabes,  à  qui  Dieu  puisse  être  propice!  Le  gouverneur  de 
Khânfû  annonça,  dans  sa  réponse,  que  la  prétention  de  cet 
homme  était  fondée.  Alors  l'empereur  l'admit  auprès  de  lui...  jj 

Gomme  l'a  montré  Reinaud'-J,  Mas'ùdi  a  reçu  cette  informa- 
lion  et  quelques  autres  de  Abu  Zayd  Hasan.  Mais  la  phrase  que 
j'ai  souHgnée  par  des  italiques  dans  les  trois  récits,  semble 
indiquer  que  l'auteur  des  Cent  et  une  i\uits  a  plutôt  copié 
Mas'ûdî  que  Abu  Zayd.  La  leçon  fautive  yi<>^^  Hamdôn  pour 
^jlo^5^  kliomdân,  dans  les  Cent  et  une  l\itits  et  les  Prairies  d'or, 
me  paraît  tout  à  fait  démonstrative  à  cet  égard. 

r^Le  souverain,  assis  sur  son  trône,  continuent  les  Cent  et 
une  Nuits,  avait  l'aspect  le  plus  imposant;  quarante  jeunes 
femmes,  rangées  à  sa  gauche  et  à  sa  droite  agitaient  des  éven- 
tails de  soie  légère;  le  roi  portait  une  couronne  d'or  rehaussée 
de  perles,  de  pierres  précieuses  et  de  rubis;  ses  épaules  étaient 
couvertes  d'une  robe  brochée  d'or;  devant  lui,  ses  esclaves 
étaient  rangées,  semblables  à  des  gazelles.  >5  Ce  passage,  qui 
ne  figure  ni  dans  Abu  Zayd,  ni  dans  Mas'iidi,  est  une  interpo- 
lation manifeste.  Il  me  paraît  pouvoir  être  rapproché  de  cet 
extrait  de  Kazwinï  :  «;  Mûsâ  ben  al-Mobarak  de  Siràf  prétend 

Il  accomplit  son  voyage  en  Iransliordant  d'un  navire  dans  l'autre,  [voyageant 
sans  interruption]  d'un  pa)S  dans  un  autre.  Après  avoir  traverse  les  royaumes 
di-  rinde,  il  parvint  à  la  (iliine.?? 

<')  MasTidT  s'exprime  dans  des  lermos  »peu  près  identiques. 

^>   Helalinn,  t.  1,  p.  \vi-\\i. 


MELANGES.  ;^13 

qu'il  u  pénétré  [dans  les  îles  Wâkwâk  qui  font  partie  du  Zâ- 
badj]  et  qu'il  a  vu  [la  reine]  assise  sur  un  trône,  complètement 
nue,  ayant  une  couronne  d'or  sur  la  tête,  entourée  de  quatre 
mille  jeunes  fdles  esclaves,  également  nues'^^»  A  la  nudité 
près  de  la  reine  et  de  ses  suivantes,  la  scène  est  identique;  la 
concordance  partielle  du  chiffre  de  ces  dernières,  quarante 
dans  un  récit,  quatre  mille  dans  l'autre,  est  aussi  à  noter. 

«Le  chambellan,  continuent  les  Cent  et  une  Nuits,  fit  devant 
lui  les  salutations,  que  nous  répétâmes;  le  roi  nous  répondit 
des  paroles  de  bienvenue  que  nous  ne  comprîmes  point;  puis 
il  s'entretint  longuement  avec  son  chambellan  qui,  se  tournant 
enfin  vers  moi,  me  demanda  qui  j'étais,  d'où  je  venais  et  quel 
était  le  but  de  mon  voyage.  Je  répondis  que  j'avais  entendu 
vanter  la  justice  et  la  magnificence  du  roi,  et  le  bonheur  dont 
il  faisait  jouir  ses  sujets;  j'avais  ainsi  souhaité  de  voir  cet  heu- 
reux pays  et  d'avoir  part  aux  générosités  du  souverain  ;  je 
retournerais  ensuite  dans  ma  patrie,  s'il  plaisait  à  Allah.» 

Dans  Abu  Zayd  et  Mas'ndi,  ce  passage  se  trouve  à  la  fin  du 
récit  de  l'entrevue  de  Ibn  Waliab  avec  le  roi  de  Chine.  Voici 
comment  le  raconte  Mas'fidi  :  «11  [le  roi]  me  demanda  ensuite  : 
«Pourquoi  as-tu  abandonné  ton  pays  dont  le  séjour  et  la  po- 
rt j)ulation  ont  plus  d'analogie  avec  toi  que  n'en  a  le  nôtre?»  Je 
lui  racontai  les  événements  de  Basra,  et  comment  j'étais  arrivé 
à  Siràf.  «Là,  contiimai-je,  je  désirais  te  voir,  ô  roi!  car  j'avais 
«entendu  parler  de  l'état  prospère  de  ton  royaume  et  de  la  pcr- 
«fection  d'un  gouvernement  qui  régit  à  la  fois  tous  les  sujets. 
«J'ai  voulu  voir  cet  empire  et  le  connaître  de  mes  propres  yeux. 
«Maintenant,  s'il  plaît  à  Dieu,  je  retournerai  dans  mon  pays, 

'')  kilnh  'adjâiji/i  nl-makklïthât ,  Livre  dos  inorvoillos  dos  créatures,  p.  |.\ , 
dont  le  loxlc  arahc  a  ôlé  puhliô  par  l*".  Wisthnkeld  (Giilliii{{oii,  iS'h),  in-.S") 
sous  le  litre  de  Zal.arijd  lien  Muliainmcd  lirii  Maliinitd  rl-dnziriiii's  KnmiKijrra- 
pkia.  Kazwïnï  a  reproduit  celle  liisloire  dans  sou  Allutr  dl-hilnd ,  Le'^  nionu- 
uieuls  des  p(i\s,  ('(lil.  h".  VVisTKNi'KLD,  <i6llin|{eii ,    iS/iS,  iii-S",  p.  f-f. 


3U  MARS-AVRIL   1911. 

«dans  le  royaume  de  mon  cousin;  j'y  raconterai  ce  que  j'ai  vu 
IX de  l'état  florissant  de  cet  empire,  de  sa  vaste  étendue,  de 
td'équité  de  l'administration,  qui  s'étend  à  tous,  et  de  tesgran- 
^des  qualités,  ô  excellent  prince!  Je  répéterai  chaque  belle  parole 
«et  j'y  vanterai  chaque  bonne  action '''.  n 

«Le  chambellan,  continuent  les  Cent  et  une  Nuits,  me  dit 
alors  que  le  roi  me  faisait  demander  si  je  connaissais  le  plus 
puissant  des  rois  de  la  terre.  Je  répondis  qu'il  y  en  a  cinq  : 
«  Celui  dont  les  domaines  sont  le  plus  répandus  est  le  roi  de 
«l'Irak,  car  il  est  au  milieu  du  monde  et  les  autres  rois  font 
«cercle  autour  de  lui.  —  Cela  est  vrai,  dit  le  chambellan,  c'est 
«  ce  que  nous  trouvons  dans  nos  livres.  —  Ensuite,  continuai-je, 
«vient  votre  roi,  que  voici,  et  qui  est  surnommé  le  roi  des  gens 
«civilisés.  Il  est  suivi  du  roi  des  Turcs,  qui  est  surnommé  le  roi 
«  des  bêtes  féroces ,  c'est-à-dire  des  bêtes  féroces  humaines  ;  vient 
«ensuite le  roi  de  l'Inde,  surnommé  le  souverain  des  éléphants; 
«puis  le  roi  de  la  sagesse,  qui  est  le  souverain  de  l'Egypte,  car 
«c'est  de  ce  pays-là  que  vient  la  sagesse;  enfin,  le  roi  des 
«Roums,  qu'on  nomme  aussi  le  roi  des  hommes,  parce  que  les 
«hommes  de  son  pays  sont  plus  beaux  et  de  plus  agréable  figure 
«que  ceux  d'aucun  autre  pays.  Tels  sont  les  principaux  rois;  les 
«  autres  sont  au-dessous  d'eux.  11 

D'apri^s  Abu  Zayd  et  Mas'ùdi,  le  roi  de  Chine  interroge  le 
voyageur  sur  les  Arabes  et  lui  demande  comment  ils  ont  pu 
renverser  l'empire  des  Perses.  Mais  on  se  rappelle  que  le  narra- 
teur des  Cent  et  une  Nuits  est  à  la  cour  de  Kesra  Anouchirvan; 
le  passage  en  question  a  donc  été  supprimé.  Dans  la  relation 
des  deux  géographes  arabes,  le  roi  de  Chine  demande  à  Ihn 
Wahab  comment  il  classe  tous  les  souverains  du  monde.  «Je 
n'en  sais  rien»,  répondit  le  Koraysite.  Là-dessus,  dit  Mas'ndî, 
le  roi  s'adressant  à  son  interprète  :  «Dis-lui  que  nous  comptons 

'■'   Les  Prairies  d'or,  t.  1,  p.  820. 


MELANGES.  315 

cinq  rois;  le  plus  puissant  de  tous  est  celui  qui  gouverne l'^'lrâk, 
car  il  occupe  le  milieu  du  monde  et  les  autres  puissances  l'en- 
tourent; aussi  le  nommons-nous  le  roi  des  rois.  Après  cet 
empire  vient  le  nôtre;  nous  le  regardons  comme  celui  des 
hommes,  parce  qu'aucun  royaume  n'est  mieux  gouverné,  ni 
plus  régulièrement  administré;  nulle  part  aussi  les  sujets  ne 
sont  plus  obéissants,  et  voilà  pourquoi  nous  sommes  les  rois 
des  hommes.  Après  nous  vient  le  roi  des  bêtes  féroces;  c'est 
notre  voisin,  le  roi  des  Turcs,  qui  sont  parmi  les  hommes  ce 
que  les  bêtes  féroces  sont  parmi  les  animaux.  Il  est  suivi  du 
roi  des  éléphants,  ou  celui  de  l'Inde,  que  nous  reconnaissons 
comme  le  roi  de  la  sagesse,  parce  que  la  sagesse  est  originaire 
de  ce  pays.  Le  dernier  enfin  est  le  roi  de  Rùm,  que  nous 
regardons  comme  le  roi  des  beaux  hommes  '^',  car  aucun  pays 
ne  possède  des  hommes  d'une  taille  plus  parfaite  et  d'une 
figure  plus  belle.  Tels  sont  les  principaux  rois;  les  autres  sont 
au-dessous  d'eux,  w 

Gomme  l'a  fait  remarquer  M.  Gaudefroy-Demombynes '^', 
Sâ'da  annonce  qu'il  y  a  cinq  grand  rois  et  en  nomme  six.  Le 
sixième  est  le  roi  d'Egypte  auquel  l'auteur  des  Cent  et  une  l\uits 
a  donné  en  attribut  la  sagesse,  enlevée  au  roi  de  l'Inde  qui 
n'est  plus  que  le  roi  des  éléphants.  L'emprunt  de  ce  passage 
aux  Prairies  d'or  est  aussi  évident  que  les  précédents.  Enfin, 
dans  les  Cent  et  une  Nuits,  c'est  le  voyageur  arabe  qui  parle, 
alors  que  dans  Abu  Zayd  et  Mas'udi ,  le  koraysite  n'a  pas  pu 
répondre  à  la  question  du  roi  de  Chine. 

«Ouand  le  roi  connut  mes  paroles,  continuent  les  Cent  et 

C  Les  édili'urs  de^'' ftainex  d'Ov  ont  traduit  inexactement  JL^JI  par /«ri- 
lassim.  Reinadd  (Relation,  t.  I,  |i.  S  fi)  l'a  rendu  par  lieaux  Ixnnmeit  et  fait 
jtislomenl  romanpier  en  note  (t.  II,  p.  45,  note  157)  que  «dans  le  liln»  donné 
à  l'empereur  do  la  Gliine,  le  mot  homme  (dans  le  texte  arahe  ^UJt)  (li'>si<Tiie 
l'espèce  et  ré|)ond  au  homn  des  Latins-,  ici  (texte  jU^jJI),  il  .s'a|;it  imiipietiieat 
du  sexe.  C'est  le  vir  des  Latins». 

O   Note  de  la  |iaife  7  i . 


316  MARS-AVRIL    1911. 

une  Nuits,  il  les  approuva  fort,  et  il  ordonna  que  l'on  me 
donnât  une  hospitalité  magnifique.  Le  chambellan  me  condui- 
sit aussitôt  dans  un  palais  qui  allait  être  ma  demeure,  et  où 
je  passai  un  mois  entier  sous  l'hospitalité  royale.  Au  bout  d'un 
mois,  je  voulus  prendre  congé;  le  roi  me  fit  remettre  des 
cadeaux  magnifiques.  .  .  ^i 

On  comprend  mal,  d'après  les  Cent  et  une  Nuits,  l'appro- 
bation du  roi  de  Chine  que  Sâ'da  n'a  mis  qu'au  second  rang 
des  grands  rois  du  monde.  C'est  que  ce  passage  n'est  pas  à  sa 
place.  Il  suit  dans  Mas'udi  le  pompeux  éloge  que  vient  de  faire 
Ibn  Wahab  du  souverain,  de  l'administration  et  du  pays  de  la 
Chine"'.  ^Le  roi,  ilatté  de  ce  discours,  dit  Ibn  Wahab  dans 
les  Prairies  d'Or,  me  fit  donner  de  riches  présents  et  de  magni- 
fiques vêtements;  on  me  conduisit  par  la  poste  à  Khânfû,  et  le 
roi  écrivit  à  son  gouverneur  de  me  bien  traiter,  de  me  mettre 
au  premier  rang  parmi  les  personnages  distingués  qui  l'entou- 
raient, et  de  me  combler  de  faveurs  jusqu'à  mon  départ.  Je 
restai  donc  auprès  de  lui,  vivant  dans  l'abondance  et  dans  les 
plaisirs  jusqu'au  moment  où  je  quittai  la  Chine '-'.71 

Dans  les  Cent  et  une  Nuits,  Sâ'da  demande  au  roi  de  la 
Chine  de  lui  fournir  les  moyens  de  se  rendre  à  l'île  du  Camphre 
«voisine  de  la  Cliinew,  qui  renferme  les  trésors  du  grand 
Amalek.  Le  roi  fait  équiper  un  navire;  on  arrive  à  l'île  du 
(^amplire,  mais  il  est  impossible  à  l'Arabe  d(3  soulever  la  pierre 
qui  recouvre  le  trésor.  Sâ'da  retourne  alors  en  Chine  et  supplie 
le  roi  de  l'aider  ç^à  soulever  cette  pierre  5;,  Celui-ci  équipe  une 
seconde  expédition  et  désigne  deux  cents  hommes  pour  accom- 
pagner le  chercheur  de  trésors.  Au  bout  de  dix  jours  de  navi- 
gation, l'eau  venant  à  manquer,  ^^on  aborde  dans  une  île  afin 
de  renouveler  la  provision  de  l'équipage.    On   y   trouva    en 

'■'    Vidf!  supra,  p.  3i3. 

(-'  T.  I,  p.  3ao-3ai.  Cf.  (•{ralomont  IhlaUnn,  t.  1,  p.  SS-8(),  on  Alm  Zayd 
sVxprime  en  tonnes  i(lcnli(pios. 


MELANGES.  317 

abondance  les  fruits  et  les  fleurs  exquises  de  l'Inde;  des  ruis- 
seaux leur  fournirent  l'eau  à  profusion.  Cependant  le  vieillard 
[Sâ'da]  contait  à  ses  compagnons  qu'il  y  avait  dans  les  parages 
de  cette  île  une  population  d'anthropophages,  qui  après  avoir 
mangé  leurs  victimes,  embaument  leurs  têtes  avec  du  camphre 
et  des  plantes  odoriférantes,  les  suspendent  dans  leurs  maisons 
et  les  adorent,  car  ils  ne  connaissent  point  Allah,  le  vrai  Dieu. 
Quant  ils  ont  une  résolution  à  prendre,  ils  se  prosternent 
devant  ces  têtes  et  les  interrogent;  celles-ci  alors  se  mettent  à 
parler  et  répondent  à  leurs  questions  par  la  voix  des  démons 
qui  les  habitent».  Ce  passage  est  emprunté  presque  mot  pour 
mot,  à  Ibn  al-VVardi,  qui  s'exprime  ainsi: 

«On  exporte  de  l'île  de  Salâhit^''  le  sandal,  le  nard  et  le 
camphre.  Les  voyageurs  rapportent  que,  dans  les  îles  à  cam- 
phre, se  trouve  un  peuple  d'anthropophages.  Ils  prennent  les 
crânes  [de  ceux  qu'ils  ont  mangés]  et  les  remplissent  de  cam- 
phre et  d'aromates;  ils  les  suspendent  ensuite  dans  leurs 
maisons  et  les  adorent.  Lorsqu'ils  ont  l'intention  d'entreprendre 
quelque  chose  ou  quelque  affaire,  ils  se  prosternent  devant  ces 
crânes  et  leur  demandent  conseil  et  avis;  et  ils  en  reçoivent 
une  réponse  qui  leur  dit  si  [l'entreprise  projetée]  réussira  ou 
non  (2).  jj 


O  (tCette  île  [de  Râmnî=Sumalra],  dit  Sulaymân,  est  mouillée  par  deux 
mers:  la  mer  de  Harkand  [{jolfc  du  Ben{>ale]  et  celle  de  Salâliil  {Relntiini , 
t.  I ,  |).  8).n  L'île  de  Salâliil  ou  Saiâhit,  d'où  la  mer  de  ce  nom,  nVsl  pas  encore 
idenliliée;  mais  elle  est  évidemment  à  rechercher  dans  kvs  parajjes  du  détroit 
de  Malaka. 

'-'  Kitnf)  kharldat  al-adjâxjih  wa  farhlal  al-gharâyi!) ,  éd.  du  flaire,  ia8o  = 
i8()3,  in-S",  |).  frr  in  fine. 

L'auteur  anonyme  du  MoLlitassar  al-' mljinjU) ,  Iraduil  par  M.  (iuuiv  di:  Vaix 
{UAbréfri'  dex  merimllns,  Paris,  1898,  in-8",  p.  70),  rapporte  le  même  fait 
eUmoji|'aplii(pie  dans  des  termes  idenlitjuos  cl  l'a  sans  doule  aussi  empi-uiit(''  à 
Ihn  al-Wardï. 

J'arrête  ici  les  comparaisons.  La  iiii  ileriiisloire  île  l'île  ilu  tiaiiiphi'e  na  plus 
aucun  rapport  avec  l'objet  spécial  de  cette  note. 


318  MARS-AVRIL   1.911. 

Ibn  al-Wardî  a  vécu  de  1290  à  18/19.  L'emprunt  évident 
fait  au  Kharïdat  aJ-ndjâyih  par  l'auteur  des  Cent  et  une  Nuits 
date,  par  conséquent,  ce  dernier,  ouvrage.  Dans  sa  forme 
actuelle,  il  n'a  pas  pu  être  rédigé  antérieurement  à  la  seconde 
moitié  du  xiv"  siècle^  mais  les  manuscrits  utilisés  par  le  tra- 
ducteur sont  certainement  moins  anciens,  sans  qu'il  soit  pos- 
sible de  préciser  davantage. 

Les  dix-sept  autres  histoires  sont  du  domaine  du  folk-lore 
pur.  Les  folk-lorisles  sauront  le  plus  grand  gré  au  savant  pro- 
fesseur d'arabe  de  leur  avoir  rendu  accessible  le  Livre  des  Cent 
et  une  Nuits  dont  j'ai  indiqué  déjà  l'importance.  Elle  apparaît 
pleinement  dans  les  notes  étendues  qui  suivent  chaque  conte  : 
la  note  du  conte  sur  la  ville  de  Cuivre,  par  exemple,  a  vingt 
pages  en  petits  caractères. 

La  version  française  du  Livre  des  Cent  et  une  Nuits  est  élé- 
gante et  fidèle,  ainsi  qu'on  l'attendait  du  traducteur.  M.  Gau- 
defroy-Demombynes  a  dédié  son  livre  à  M.  René  Basset,  doyen 
de  la  Faculté  des  Lettres  d'Alger.  L'œuvre  est  digne  du  maître 
des  études  arabes  et  folkloristiques  en  France. 

Quelques  corrections  : 

P.  X,  1.  /i ,  lire  occidentales  au  lieu  de  orientcdes;  p.  xii  et  66 
en  note,  lire  Ghazâli;  p.  3,  note,  au  lieu  de  op.  laud.,  lire 
Le  prologue-cadre  des  Mille  et  une  Nuits,  les  légendes  perses  cl 
le  Livre  d'Lùlher,  in  Revue  biblique  interna lionale,  janvier  et  avril 
1909;  p.  69,  lire  Sada;  p.  72,  note,  au  lieu  Aq  plomb,  lire 
élain;  p.  169,  note,  lire  ghec;  p.  268 ,  lire  moueddhin;  p.  3  1  3, 
note,  hre  le  Zendj  au  lieu  de  le  Zend;  j)assim,  à  a  été  fauti- 
vement imprimé  pour  â. 

Gabriel  Ferrand. 


MELANGES.  319 

NOTE 

SUR  LE  PROLOGUE  DE  LA  DIDASCALIE  ARABE 

ET  SUR  QUELQUES  APOCRYPHES  ARABES 

PSEUDOCLÉMEiVTL^fS. 

La  rédaction  de  la  Didascalie  arabe  insérée  par  Abou-Maqâ- 
rah  dans  son  recueil '^^  était  caractérisée  par  un  prologue  et  par 
quelques  chapitres  additionnels  ^2).  Dans  le  prologue  on  trouve 
la  phrase  suivante  ^^'  sous  laquelle  nous  mettons  les  deux  tra- 
ductions de  M.  Funk  : 

Und  die  Anagnoslen  als  Léser,  uud  die  Psalteu  als  singend  mit  Ver- 
slaiidnis,  iind  die  Taklunisen,  und  die  Steher,  uad  die  ïibrigc  Ciemeinde. 

Anagiioslae  ut  iectores,  psaltae  ul  cantantes  cum  intelligentia ,  olîiciosi 
et  osliarii  et  reliquus  populus. 

Le  mot  inconnu  est  souvent  écrit  ^^^j^^JL}]  dans  les  ma- 
nuscrits; on  l'a  presque  toujours  traduit  par  «  acolyte  «,  mais 
M.  Funk  a  fait  remarquer  que  les  Eglises  orientales  ne  connais- 

C  Elle  fait  parti  >  ilo  la  coUoction  canonique  compilôp  au  commcnconiont  du 
XIV*  siècle  par  Abou-Mafjàrali,  clans  les  monastères  de  Scété  et  au  Caire,  et 
conservée  en  particulier  dans  les  manuscrits  arabes  a5i  et  3 Sa  de  Paris. 

(^)  M.  Funk  a  traduit  deux  fois  ce  prolojjue  et  ces  chapitres,  d'abord  en  alle- 
mand, dans  Die  aposlnlischon  Koiistitiitioiien,  Roltonburj;  ani  Necknr,  1891, 
p.  917-921,  QaG-ïiSt)'  puis  en  latin,  dans  Didascalia  et  Consul utiones  Aposlo- 
lorum,  t.  II,  p.  190,  Paderborn,  1905. 

f^)  Editée  [)lusieurs  fois,  nous  utilisons  Th.  1^.  Platt,  The  Ethinpic  Didascalia, 
Londres,  i83/i,  p.  xiii,  elle  ins.  aAS  de  Paris,  fol.  97.  Les  quatre  premioi>  nmls 
sont  cités  par  Ihn  el-Assal  (d'après  la  rédaction  Maip'uali).  (il.  I.  GuiDi,  Fellm 
Nagast.  VIII,  3,  Irad.,  p.  90,  1.  7-8,  et  le  tout  est  cité  ibid.,  p.  gC),  1.  in-i3. 


320  MARS-AVRIL    191  1. 

soient  pas  cet  ordre  mineur  et  a  proposé  k  portier  w;  on  a  songé 
aussi,  avec  encore  moins  de  succès,  aux  exorcistes  et  aux 
diaconesses  ^^K  .  . 

Une  autre  version  arabe  (?)  de  la  Didascalie,  faite  sur  le  copte 
et  traduite  ensuite  en  éthiopien,  ne  porte  pas  ce  mot  et  tend 
donc  déjà  à  montrer  qu'il  a  été  introduit  à  tort.  On  lit  en 
effet  (2)  : 

Et  les  lecteurs  aussi  et  les  chantres  avec  art  et  les  Nipilôbânôs  et  le 
reste  aussi  du  peuple ... 

Une  version  arabe,  encore  inédite,  fait  reconnaître  dans 
Nipilôbânôs  une  simple  transcription  du  copte  ni-philoponos^^', 
les  (pikoiiovoi,  que  M.  Funk  a  traduit  par  ojficiosi.  M.  Funk 
a  cru  que  ce  mot  correspondait  à  Taklunisen,  mais  il  corres- 
pond plutôt  au  suivant  iUylîî.  En  tout  cas  l'un  des  deux  mois, 
qui  reste  sans  parallèle,  a  toute  chance  d'être  superflu.  La 
solution  nous  est  fournie  par  la  version  syriaque  récemment 
éditée  ^^'  : 

Et  les  ivTyvwal a.1  comme  lecteurs,  et  les  ^^aAraj  comme  chantres  avec 
intelligence  et  avec  constance,  et  le  reste  des  peuples.  .  .  . 

Le  mot  arabe  inconnu  Tahlôn  ou  Nahlôn  est  la  transcription 
du  syriaque  Saklon  qui  a  été  traduit  et  transcrit  (peut-être  par 

("  Cf.  Funk  ,  loc.  cil. 

(-)  Cf.  Platt,  hc.  cit.,  p.  1  ,  et  ms.  Abbadic  n°  79,  fol.  1. 

(•'''  Le  copte  forme  le  pluriel  des  noras  grecs  en  mettant  l'article  ni  devant 
le  srnjfulier. 

<'"'  Cf.  M.  D.  GiBSON,  The  Didascalia  Apostolorum  in  Syriac,  Londres.  i()o3, 
p.  1.  Ce  prolo'fue  ne  figure  que  dans  im  manuscrit  syriaque,  il  manque  iii  par- 
ticulier dans  rOdition  Paul  de  Lagarde. 


MELANGES.  321 

deux  hommes  différents)  pour  en  faire  dans  le  second  cas  une 
sorte  de  pluriel  analogue  aux  précédents.  De  même  le  mot 
syriaque  suivant  JUoauar>o  est  plutôt  transcrit  que  traduit  par 
le  mot  arabe,  peu  usité  en  ce  sens,  A^yiJU .  L'inconnu  Talduniscn 
n'est  donc  plus  qu'une  ditlograpliie. 

La  discussion  précédente,  un  peu  longue,  a  du  moins  l'avan- 
tage de  nous  conduire  à  un  essai  de  classification  des  versions 
de  la  Didascalie. 

Le  texte  original***  pouvait  porter  que  chacun  devait  remplir 
la  fonction  à  lui  confiée  : 

Avayvcjjcri (XI  d)s  dvayivciaxovrss ,  \|/aXTa:  côs  il^aXXovTSs  auve- 

TÙOS^-^  KO.)  (plXoTTOVCOS ,  Kai   TO  XoiTTOV  TOV  XiXOV  .   .   . 

Le  grec  a  été  traduit  littéralement  en  syriaque;  il  a  été  tra- 
duit aussi  en  copte  avec  quelques  simplifications  et  l'introduc- 
tion des  (piXoTTovoi  «les  zélés 55,  très  célèbres  en  Egypte  vers  la 
fin  du  v"  siècle-'^',  en  place  de  l'adverbe  Ç>iXo7r6vMs. 

Plus  lard,  le  syriaque  a  été  très  mal  traduit  en  arabe  (Di- 
dascalie d'Abou-Maqârah);  le  traducteur  a' transformé  les  deux 
derniers  adverbes  en  noms  communs  et  s'est  à  peu  près  borné  à 
les  transcrire,  comme  il  l'avait  fait  auparavant  pour  a^j^^ûais^) 
et  a&^ai3.  On  a  ajouté  encore  la  traduction  du  premier  mut 
(dittographie). 

Le  copte  de  son  côté  a  été  la  source  d'une  nouvelle  version 

<''  Il  no  s'aj^it  pas  lU^  la  Didascalie  primitive,  car  l'ancienne  version  latine  — 
(l'aecord  ;i\cc  la  vci-sioii  sjriaijuc  cl  les  Constitutions  apostoiiipies  —  inonlre 
qu'elle  n'avait  pas  de  ])r(ilo{jiii'.  11  ne  s'ajjit  donc  ici  ([uc  d'un  ii'iiiaiiicnuMit 
intermédiaire  entre  la  Didascalie  et  les  Constitutions. 

'*'  Cf.  Ps.  xLvi,  8.  Quant  au  mot  suivant,  M.  Tunk  a  aussi  écrit  dans  sa  pré- 
face [Didaxcalia,  t.  11 ,  p.  xwii)  c[u'il  pr(T(''rail ,  après  réllexiun ,  remplacer  o(ficl-t:<i 
par  (piAoiiovo}s. 

'•^'  Voir  la  ]ir  de  Sévèi'e  d'Aiitiorlir  dans  l'nind^ric  orionliilr .  I.  I.  p.  -l'i. 
(j'csl  vers  celli'  cpoipn'  «'l  peu  après  (pu-  ri']j;li>-('  jaccliilc  (raduis;iil  les  (iu\ra"es 
\\vws  en  co])te. 

XVII.  o  I 

t^rniurnir    >Mt.i*»ir. 


322  MARS-AVRIL    1911. 

arabe  (?)  qui  s'est  bornée  à  transcrire  ni-philopo?ios  «les  philo- 
ponoi»  parce  que  ces  f^  zélés  w  n'existaient  plus  depuis  long- 
temps*'' et  que  ce  mot  n'avait  plus' de  sens  pour  le  traducteur 
arabe.  Enfin  cette  seconde  version  arabe  a  été  traduite  en 
éthiopien  et  ce  dernier  traducteur  a  conservé  le  mot  ni-philo- 
ponos. 

A  un  point  de  vue  plus  général,  la  collection  canonique 
arabe  d'Abou-Maqârah  renferme,  entre  autres  documents, 
rOctateuque  et  la  Didascalie,  ouvrages  dont  la  rédaction  est 
attribuée  à  Clément  de  Rome.  .11  a  été  démontré  que  les  deux 
premiers  livres  de  l'Octateuque  sont  une  traduction  du  sy- 
riaque'^', et  nous  avons  pu  constater  que  les  six  derniers 
livres  étaient  aussi  un  décalque  du  syriaque  conservé'^'. 
Pour  la  Didascalie,  nous  savons  que  ses  caractères  littéraires 
sont  les  mêmes  (aussi  mauvais)  que  ceux  de  l'Octateuque *'*'; 
on  sait  encore  que  ses  chapitres  additionnels,  dont  on  a  long- 
temps ignoré  la  source,  sont  empruntés  au  Testamcntum 
syriaque*^';  puisque  nous  venons  de  voir  que  son  prologue  est 

<''  Une  traduction  arabe  n'a  été  faite,  en  effet,  que  l'an  inii  des  Martyrs 
(1294).  Cf.  Raumani,  Testamentiim,  Mayenee,  1899,  p.  xiv;  A.  Baumstark, 
Oriens  christianus ,^ome ,  t.  III  (1908),  p.  201. 

'^^  Cf.  P.  DiB,  Les  versions  arabes  du  Teslainentum,  dans  Revue  de  rOrient 
chrétien,  t.  X  (  igoB),  p.  /ii 8-^28.  Voici  les  caractères  de  cette  version  :  trC'est 
une  traduction  servile,  au  style  aussi  peu  châtié  que  possible,  confus,  obscur... 
Les  phrases  ne  sont  pas  bien  liées  entre  elles  et  sont  très  souvent  incomplètes. 
Quant  aux  règles  de  la  grammaire,  elles  y  sont  méconnues  presque  à  chaque 
ligne.  Aussi  a-t-on  beaucoup  de  peine  à  comprendre  cette  traduction  si  l'on  ne 
se  trouve  pas  aidé  par  un  autre  texte."  lùid.,  p.  iaS. 

(3)  Ibid. 

'*)  Car  nous  avions  songé  à  en  faire  préparer  une  édition  pour  la  Patrologie 
orientale,  mais  celte  traduction  de  la  Didascalie  a  été  caractérisée  aussi  dure- 
ment (pi(!  celle  du  TeslanienLuin  (livres  I  cl  II  de  l'Octateuque);  voir  la  note 
anléprécédenle. 

^*'  Cf.  FuNk,  hc.  cit.  Les  chapitres  xxxv,  xxxvi,  xxxvii,  xxxix  de  la  Didascalie 
arabe  son l  les  chapilies  1,  19,  20,  22",  28  du  Testatnentnm.  Le  chapitre  xxxviii 
correspond  à  1,  2  2\   28"  interpolés. 


MELANGES.  323 

traduit  du  syriaque,  on  peut  supposer,  avec  grande  vraisem- 
blance, qu'elle  a  été  traduite  tout  entière  (avec  plus  ou  moins 
de  liberté),  sur  un  texte  syriaque.  Ce  texte-ci,  à  cause  des 
additions  et  suppressions  de  l'arabe,  ne  paraît  identique  à 
aucun  des  manuscrits  syriaques  conservés,  c'est  pourquoi  la 
démonstration  de  la  dépendance  ne  peut  pas  être  faite  avec 
rigueur,  comme  pour  l'Octateuque  de  Clément,  et  reste  une 
hypothèse  ^^l 

En  somme,  les  deux  ouvrages  pseudo-clémentins ,  désignés 
sous  les  noms  d'Octateuque  de  Clément  et  de  Didascalie  d'Abou- 
Maqàrah,  sont  à  ajouter,  à  notre  avis,  à  la  liste  des  ouvrages 
arabes  qui  sont  traduits  du  syriaque. 

F.  Nau. 


UNE   Sï/VNCE   JAINA   ET   BOUDDHIQUE. 

Il  y  a  un  joli  vers  dans  le  Résumé  des  sue  systèmes,  ouvrage 
jaina  dont  M.  Luigi  SuaH  nous  donne  une  édition  très  soignée, 
avec  toute  la  diligence  où  condescend  la  Bibliotheca  Indica^-'  : 

paJisapâto  na  me  Vire  na  dvemh  Kapilâdisu  [ 
yukùmad  oucanam  yasya  tasya  kâryah  pariijrahuh  || 

C'est-à-dire  :  kJo  n'ai  pas  de   préjugé  en   faveur  de   Ma- 

'"'  La  Ncrsiiin  aral)«  Burg.  Siro  Go,  fol.  !>3o,  dont  M^'  Graflîn  vit>nl  de 
nous  romottrc  une  reproduction,  porte  :  ^^  ^  i  :  (j-JUy»  ^^y;^^>.»«>sJaa.-ill 
x«^illj  „j^3_LjLI!  .  Elle  ne  rorrespond  pas  ici  à  Tétliiopien.  (domine  elle  date 
soulemonl  do  lagi,  on  peut  suj)posor  peul-ctro  que  cette  plirase  est  moins 
une  traduction  du  copiée  (prune  adaptation  de  l'autre  Iraducfion  arabe  dis- 
cutée plus  liant.  On  eu  retrouve  tous  les  mots,  a\ec  rouiplacement  du  mol  Al~ 
TaLliiiiixi'ii  pai'  M-jilohitiKDi. —  La  niarrlie  in\erse  n'est  pas  im|iossilile  à  cause 
des  lunlaisies  (pie  les  copistes  arabes  se  permettent  tinp  smnent. 

'*'  Saflilayçnnasnnniccaijah  satikah  by  Haril)lui(lra.  .  .,  p.  iio.  Le  premier 
fascicule  est  de  i^oT);  le  second  de  11(1)7;  le  troisiiMUe  existe  en  épreuves  jus- 
ipi'à  la  pajje  a 56  (()•.!  pajjes  eu  ti'ois  ans). 

ai . 


324  MARS-AVRIL   1911. 

hâvïra,  ni  d'aversion  pour  Kapila  et  les  autres  :  il  faut,  en 
effet,  adhérer  au  [maître]  dont  la  parole  est  justifiée  en  rai- 
son. » 

C'est  un  des  propos  les  plus  raisonnables  qu'aient  tenus  les 
Jainas.  Mais  il  est  possible  que  les  Jainas  aient  démarqué  une 
formule  bouddhique. 

En  effet,  Maiïjughosahâsavajra,  l'auteur  du  Siddhânta  dont 
Wassilieff  a  donné  un  admirable  sommaire ''',  explique  fort 
bien  que  la  pure  raison  {^prajnà^  doit  guider  le  philosophe,  et 
il  n'est  pas  en  peine  de  citer  des  autorités.  Les  SiUtântas  pour- 
raient le  servir;  il  se  contente  d'alléguer  les  Stotras,  les 
K  Hymnes». 

D'abord  le  Viçesastava''^'  :  «J'abandonne  les  autres  maîtres  et 
j'ai  recours  en  toi,  ô  Bhagavat.  Et  pourquoi?  Parce  qu'il  n'y 
a  pas  en  toi  de  défaut,  parce  que  tu  possèdes  [toute]  qua- 
lité. V 

Ensuite  le  Devâtiçayastolra '^^  :  «Je  n'ai  pas  de  partiaHté  en 
faveur  du  Bouddha,  ni  d'aversion  pour  Kapila  et  les  autres; 
celui  dont  la  parole  est  justifiée  en  raison,  il  faut  le  prendre 
pour  maître.  » 

La  première  ligne  se  rétablit  aisément  et  sûrement  : 

paksapâlo  na  me  Bitddhe  na  dvesah  kapilâdisu. 
La  seconde  correspond  moins  exactement  au  texte  jaina  et 

(''  Buddhisnius,  p.  988  (261).  —  Le  Dsham-jang-hschadim  du  texte  alle- 
mand correspond  à  Q  £_54  ■  ï^^^^'  "^raz"^'  =  hjam-dbym'is-bshad-pa  =  Manju- 

jrhomhâsa.  Mais  le  D'  P.  Cordier  s'est  assuré  que  le  vrai  nom  de  cet  écrivain 
contient  une  imale  en    ?  "  ^  ' ,  °vajra. 

^^)  C'est  le  premier  stotra  du  Rstod-tshogs.  La  correction  sujjjjérée  par  le 
D'  P.  Cordier  dans  son  merveilleux  catalo{jue  du  Tandjour,  viçisia",  ne  parait 
pas  nécessaire.  Voir  Târanâtha,  p.  65.  Il  s'agit  de  la  supériorité  (  Von-ang)  du 
Bouddha. 

('''   Quatrième  stolra  du  Bstod. 


MELANGES.  825 

la  traduction  en  est  peu  assurée;  du  moins  nous  donne-t-elle 
jjuhlimadvacana  et  parigraha'^^K 

On  lira  avec  intérêt  dans  Târanâtha^^^  l'histoire  de  l'auteur 
du  Devâtiçayastotra,  un  brahmane  çivaïte,  converti  au  Boud- 
dhisme par  Mahâdeva  lui-même,  mais  préparé  à  cette  évolu- 
tion par  la  recherche  philosophique. 

Louis  DE  LA  Vallée  Poussin. 

C  Los  lectures  du  Btsod  sont,  m'assure  M.  F.  W.  Thomas,  celles  de  mon 
édition  du  Siddhânla  (un  xylo{;raplic  d'Ourjja?)  : 

bdag  ni  saiis  rgyas  pliyogs  mi  hdzin  | 
I  ser  skijn  sogs  la  mi  sdaii  yan  | 
I  gan  shig  ^ngs  par  Idan  pahi  tshig  | 
j  de  nid  ston  par  yons  su  hdzin  | 

(2)  Târanâtha,  p.  6.5. 


COMPTES  RENDUS. 


Les  Psavmes  de  Salomon ,  introduclion,  texte  grec,  traduction  et  notes,  par 
J.  ViTEAu,  avec  ies  principales  variantes  de  la  version  syriaque,  par 
F.  Martin.   —  Paris,  Leiouzey  et  Amé,  1911  ;  un  vol.  in-8°  de  i3o  pages. 

Jérusalem  à  l'époque  des  Hasmonéens  entre  i53  et  kS  avant  J.-C,  la 
lutte  des  partis,  l'intervention  de  Pompée  et  la  prise  du  temple  en  63, 
voilà  le  cadre  historique  où  il  faut  replacer  ces  dix-huit  psaumes.  Ils  sont 
l'œuvre  d'un  Juif  pieux  de  Jérusalem  qui  y  a  enfermé,  avec  l'écho  des 
événements  contemporains,  ses  idées,  doctrines,  sentiments  et  espé- 
rances. Témoin  important  de  la  vie  des  Juifs  d'alors,  il  est  aussi  le  der- 
nier des  psalmistes. 

Le  texte  he'breu  original  est  aujourd'hui  perdu.  C'est  de  la  version 
grecque  que  M.  Viteau  nous  donne  ici  le  texte  et  la  traduction  appuye's 
sur  une  étude  complète  des  manuscrits.  La  version  syriaque  ''',  découverte 
et  publiée  en  1909  par  M.  Harris,  d'après  un  manuscrit  sur  papier  qui 
doit  provenir  des  environs  du  Tigre,  n'est  elle-même  qu'une  traduction 
du  grec,  mais  ses  variantes  sont  nombreuses  et  importantes.  Son  texte 
grec  ne  devait  pas  être  complètement  identique  à  celui  de  nos  manu- 
scrits. M.  Martin  donne  ces  variantes  en  français. 

Seules,  en  elïet,  les  traductions  en  français  devaient  entrer  dans  la 
collection  de  Documents  pour  l'étude  de  la  Uiblo ,  publiée  sous  sa 
direction.  C'est  ce  qui  a  eu  lieu  pour  les  trois  premiers  volumes ,  Le  livre 
d'IIénoch,  Histoire  et  Sagesse  d'Ahikar  l'Assyrien  et  YAscension  d'haïe. 
L'impression  des  textes  éthiopiens ,  syriaqnes  ou  autres  de  langue 
orientale  dépasserait  les  liiniles  de  la  collection.  Mais  désormais  les 
textes  grecs  ou  latins  des  originaux  ou  des  anciennes  versions  y  seront 
admis.  C'est  une  heureuse  innovation. 

Plus  de  hoo  pages  pour  18  psaumes,  c'est  un  cliilVre  élevé.  Aussi 
bien  M.  Viteau  a-tril  cherché  h  rendre  son  édition  complète  :  analyse 
des  psaumes:  résumé  commode  fie  l'histoire  juive  de  l'opoipie  d'après 
Josèphe,  et  en  regard  la  date  de  composition  des  psaumes  de  ()9  h  '17  ; 
caractère  artificiel  du  recueil,  constitué  après  coup,  sans  resj)ect  pour 

C    The  Odes  and  Psalms  (if  Snhunnii  ,  (Inmbridgc,  iyog. 


32S  MARS-AVRIL    1911. 

l'ordre  des  événements  et  de  la  composition,  mais  s'ouvrant  par  la 
guerre  malheureuse  qui  cause  la  chute  de  la  royauté  pour  se  fermer 
sur  une  vision  messianique;  surtout,  étude  des  doctrines  sur  Dieu,  les 
anges,  l'homme,  le  juste  et  le  pécheur,  les  fins  dernières ,  .l'état  politique 
et  religieux  du  pays ,  et  le  messianisme. 

M.  Vileau  se  souvient  quil  était  l'auteur  d'Etudes  sur  le  grec  du  Nou- 
veau TesUnneiU  plus  de  dix  ans  avant  les  Théories  d'Adolf  Deissmann,  et 
son  chapitre  sur  l'histoire  du  livre  contient  une  étude  très  détaillée  de  la 
langue  grecque  employée  par  le  traducteur.  Proche  de  la  langue  des 
Septante,  elle  doit  représenter  le  grec  courant  d'Alexandrie. 

La  bibliogi-aphie  raisnnnée  qui  s'étend  dans  les  chapitres  vi  à  viii, 
aussi  bien  ([ue  les  notes  nombreuses  et  la  table  alphabétique  font  de  ce 
volume  un  bon  instrument  de  travail. 

L.  Legrain. 


MÎRZÂ  MehdÎ-KhÂn.  The  MabÂni  'l-lvghat,  beiug  a  grammar  of  the  Turkt 
language  in  Persian.  Texte  persan  pubiié  par  E.  Denison  Ross  (Bibliotheca 
Indien,  new  Séries,  n'isaS).  —  Calcutta,  igin;  in-8°,  xxiv-iia  pages. 

Dans  la  préface  de  son  Dictionnaire  turk-oriental  (qui  paraît  complè- 
tement inconnu  à  l'éditeur  du  Mabdni'l-loghat,  puisqu'il  ne  trouve  pas 
le  moyeu  de  le  citer  une  seule  fois),  Pavel  de  Courteille  a  attiré  l'atten- 
tion sur  le  dictionnaire  appelé  Sanglàkh  et  dû  à  la  plume  de  Mîrzâ  Mehdî- 
Khàn ,  rhistorien  de  Nàdir-Châh.  Gel  ouvrage  est  excessivement  rare  et 
Pavet  de  Courteille  n'en  a  connu  qu'un  abrégé,  le  Khoîdçè-ï 'Abbdsi, 
manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale,  également  rare.  Plus  heureux 
(jue  le  savant  français,  M.  Denisou  Ross  a  acquis  d'un  Persan,  il  y  a 
quelques  années,  une  co])ie  du  lexique  de  Mehdî-Khân,  laquelle  est 
devenue  ensuite  la  [iropriétédu  Gibb  Mémorial  Fuitd  et  forme,  avec  celles 
(hi  lUilisli  Muséum  et  de  la  Bodléïenne,  le  troisième  manuscrit  connu. 
La  grammaire  du  turc-oriental  que  nous  avons  actuellement  sous  les 
yeux  constitue  l'introduction  de  cet  ouvrage,  et  nous  devons  savoir  le 
plus  gi-and  gré  au  directeur  de  la  iimdrassah  de  Calcutta  de  nous  la  com- 
nuini(pier,  en  attendant  la  publication  intégrale  du  Sanglàkh. 

On  ne  sait  presque  rien  de  l'auteur:  on  ne  connaît  ni  la  date  de  sa 
naissance,  ni  cello  de  sa  mort;  il  est  né  à  Astéràbâd,  et  s'appelait  pro- 
prein(>nt  Nizhâm-oddin  Moliammod  Il<t(h.  11  écrivit  en  iidi  (17A7) 
Ihisloiro  de  Nadir-Chàh,  qui  l'a  renthi  ((•ièbre;  il  a  composé  également, 
sous  11"  lilrc  (le  Ihyiirni-i  Nndirl,  un  lotir  de  forrc  liltérairo  à  l'imilalion 


COMPTES   RENDUS.  329 

(le  l'histoire  de  Waçcâf.  Secrétaire  particulier  et  chroniqueur  du  couqué- 
raut,  il  fut  par  lui  chargé  d'une  mission  diplomatique  auprès  du  sultan 
de  Turquie  ;  il  prêta  son  concours  aux  prêtres  arméniens  chargés  par 
Nâdir-Châh  de  préparer  une  traduction  de  la  Bible  en  persan.  Le  Sanglàhk 
lut  terminé  par  lui  en  1 172  (lyôS-iyoQJou  1 173(1759-1760), caries 
dou-v  dates  coexistent  dans  le  manuscrit. 

Admirateur  passionné  des  œuvres  de  Mir  'Alî-Chîr  Névâyî,  Mîrzà 
Mehdî-Khân  a  consacré  son  dictionnaire  à  l'explication  des  mots  difficiles 
qui  se  rencontrent  dans  cet  auteur,  et  sa  grammaire  est  naturelle- 
ment celle  du  dialecte  dont  s'est  servi  le  grand  ministre-poète.  La  liste 
des  ouvrages  de  ce  dernier  qu'il  donne  (p.  h)  n'est  pas  tout  à  fait  com- 
plète, car,  en  outre  des  quatre  divans  (n"'  i3-i6  de  la  liste  de  Belin, 
Journal  asiatique  de  1861,  t.  I,  p.  234),  on  n'y  retrouve  pas  les  n°'  1. 
A,  18  (le  Mohàkèmel  ul-loghaléïn  publié  par  Quatremère  et  analysé  par 
M.  Bouvat),  24,  25  de  la  liste  de  Belin  et  les  ouvrages  signalés  à  la 
page  2  36,  loco  citato.  Le  W aqj'-ndme-ï  mèdrèsè-ï  ikhidçiyyc  doit  être  le 
même  que  le  *joLs^  (n"  23).  Le  titre  de  caU.U>«  n'a  pas  de  correspondant 
sur  la  liste  de  Belin.  Le  iitre  du  troisième  divan  Ix«<jJl  ^j^j  doit 
être  lu  I:l.u.jJ!  ^I>>o  comme  dans  la  liste  et  sur  le  titre  d'un  manu- 
scrit de  ma  collection;  de  même,  p.  xix,  l.  h,  il  faut  corriger  Badi  'ul- 
Wust  (sic)  en  Badd'ï'  ul-wasat. 

Une  analyse  du  contenu  (p.  viii  et  suiv.)  peut  servir  de  table  des 
matières  et  facilitera  singulièrement  l'usage  de  la  grammaire. 

Dans  les  notes  et  corrections  (j).  xviii  et  suiv.),  je  ne  comprends  pas 
très  bien  pourquoi  l'éditeur  remarque  que  tfthe  use  of  (vt  after  lughdl  is 
peculiam.  Voici  la  phrase  incriminée  :  pJLi.»  yT(^sJJL.«  ^S'LcaUj^t  t^jiSïj 
jjjij^\:>^j.j  yTySjvj  s:>^  S^l^-  sù^^j  u^-^}  ff  Simulant  l'ignorance  delà  plu- 
part des  mots  dont  ils  ne  comprenaient  pas  le  sens,  ils  ne  se  sont  pas 
occupés  de  les  citer  n.  «^LàJ  U  ^^yiSl  est  un  complexe  syntaxique  qui  est  le 
complément  dii'ect  de  s^Sj^ls^-  et  peut ,  par  conséquent .  porter  le  coefli- 
cionl  1.  :  la  remarque  est  sans  ol)jel.  ^jxj^l^^  ne  signifie  pas  seuloniciil 
ffaclieverr,  mais  aussi  rrs'orcupor  de.  .  .  ^  :  ainsi  ,!^-j,L5^,  a[)|>ellalii)n 
officielle  des  consuls  do  Perse,  signilie  frqui  s'occupe  ties  niïair(>si.  non 
ffqui  les  tei'minefl. 

1*.  3,  I.  12,  Làcl  a  été  mal  à  |)i'op()s  corrigé  on  joUcI  :  à  su|>primor 
onlièroment  la  romanpie  rfwhicli  givos  uo  sonsoi;  les  dou\  oxprossions 
arabes  sont  synonymes;  il  fallait  conserver  la  leçon  du  manuscrit.  — 
I*.  11.  I.  3.  Avant  do  signidor  f^guidern,  ImMamaij  a  le  sons  i\c  rrcom- 
moncor'"  :  c'est  ce  qu'entend  Mir/à  Mohdi-kliàn   par  «:  sar  ifiri/laii  ;  il 


330  MARS-AVRIL   1911. 

n'est  donc  pas  exact  de  dire  :  rra  better  translation  wouid  be  rahbar 
shudann.  Je  ne  sais  pas  non  plus  sur  quoi  s'apjiuie  la  réflexion  de  Tédi- 
teur,  qiii  aflirme  que  rragain  the  first  meaning  of  tishlemek  is  not  wlo 
seize  witb  the  leethn,  but  frto  biten.  C'est  plutôt  le  conti'aire;  d'ailleui's 
Pavel  de  Gourteille  ne  donne  à   JL«yji-o  que  rr saisir  avec  les  dents  n. 

P.  1 3,  1.  3  et  5,  L  iiy\  yiô^Lii  el  l^jLs-  yi  j^Li  sont  des  complexes 
régis  à  l'accusatif  par  les  verbes  ^^^et  o^jU^i.  A  la  ligne  i5  (comparer 
p.  12,1.  17),  les  traductions  données  par  l'auteur  pour  iirulmaq,  nrun- 
maq  et  urushmaq  sont  excellentes;  ce  dernier  verbe,  notamment,  étant 
le  réfléchi  de  urinnq,  est  très  à  propos  traduit  par  yj>^  j^o^îo  U.  — 
P.  32, 1.  iG,  rr^^  is  a  misprint  for  j. ,  i.  e.  tiz-rau-^.  Quelle  est  la  leçon 
du  manuscrit?  Si  c'est  p,  il  est  inutile  de  corriger  (de  yOo)>>).  —  P.  35', 
1.  8,  uyijy'  est  traduit  par  ja^-ij.^,  j^^-^s:  (Pavet  de  Gourteille  :  tf  pris, 
prison  nier  ri).  Je  ne  saisis  pas  très  bien  pourquoi  l'éditeur  ajoute  en  note  : 
fftbe  real  meaning  of  Uitghuu  is  rfhostage'i.  — P.  55,  1.  19,  huJegetch 
est  bien  traduit  par /i7/«Hc/rt-r(/ ;  ff  ombre  ti  est  gàlge  et  kulgûntchek  n'est 
pas  attesté.  —  P.  1 16, 1.  1,  yLi-^.,  lu  rukhshan  est  rakhsân.  —  P.  i39. 
L'éditeur  a  raison  de  signaler  la  ciu-ieuse  méprise  qui  fait  que  l'auteur 
ou  son  copiste  a  traduit  jfb  par  rr  chercher'-  au  lieu  de  rr  trouver  «. 

Cl.  HuART. 


E.  Denison  Ross.  A  Collection  of  poehs  by  tue  Emveiiou  Babuh.  (Extrait  du 
Journal  de  la  Société  asiatique  du  Bengale).  —  Calcutta,  Baptist  Mission 
Press,  i9io:in-8°,  vi-/i3  pages. 

L'empereur  Bâber  raconte,  en  ses  Mémoires  (traduction  Pavet  de 
Gourteille,  t.  II,  p.  387  et  suiv.),  comment,  pour  se  guérir  de  la 
fièvre  par  l'intercession  du  khodja  'Obéïd-AHah  (Khwâdja  Alirâr),  il 
résolut  de  traduire  en  vers  lurkis  le  Risdlè-Ï  WàUdiiji/a  composé  par  ce 
saint  personnage.  Gela  se  passait  en  935  de  l'hégire  (1628).  Cette  tra- 
duction en  vers  était  perdue;  elle  vient  d'être  retrouvée  par  M.  Denison 
Ross  dans  la  bibliothèque  du  Nabab  de  Rampur,  dans  l'Inde;  elle  forme 
les  quatorze  premières  pages  du  Dkvdn  de  Bâber.  qui  n'est  pas,  comme 
on  le  croit  communément  sur  les  lieux ,  un  autographe  du  célèbre  con- 
quérant. M.  Ross  a  démontré  que  le  colophon,  tracé  par  Ghâh-Djéhàn 
en  personne,  s'applique  à  un  seul  quatrain,  écrit,  lui,  de  la  main  même 
de  Bâber,  mais  que  les  relieurs,  à  force  de  rogner  la  tranche,  ont  fini 
par  faire  disparaître.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  fort  intéressant,  pour 


COMPTES   RENDUS.  331 

l'histoire  de  la  iiltéralure  turque  orientale,  de  voir  réapparaître  tout  à 
coup ,  à  côté  des  Mémoires ,  un  recueil  de  vers  authentiques  du  fonda- 
teur de  la  dynastie  des  Grands  Mogols. 

Faut-il  prononcer  Ddbèr  ou  Bdboiir?  M.  Ross  consacre  deux  pages 
de  son  introduction  à  cette  question ,  et  il  établit  que  la  lecture  Bdbour 
est  la  seule  admissible,  pour  toutes  sortes  de  bonnes  raisons  :  parce  cpie 
les  habitants  de  Bokhara  et  de  Kachgar  prononcent  ainsi,  parce  que  les 
copistes  des  manuscrits,  quand  ils  consentent  à  écrire  les  voyelles,  le 
vocalisent  de  cette  façon ,  et  enfin ,  ce  qui  est  plus  probant ,  parce  que  Bàber 
lui-même  a  fait  rimer  son  nom  avec  la  3'  personne  du  verbe  substantif 
^^  dur  et  parce  que  des  vers  persans  rapportés  par  le  Habib  os-siyar  de 
Khondémir  (éd.  de  Bombay,  t.  III,  3°  partie,  p.  291)  font  rimer  le  même 
nom  avec  l'arabe  A  rperle^^.  J'ajouterai  aux  intéressants  renseignements 
réunis  par  M.  Ross  les  quelques  indications  suivantes.  Le  Loghal-i  dja- 
ghatâïde  Suléïman-Efendi ,  p.  66,  autorise  la  lecture  j-oL?  bdbir,  car  il 
dit  :  ,>^L*«  o  <^5  jljAotj»  l5S  ffbête  sauvage  qui  ressemble  au  tigre 
marin  1  (ce  sens  manque  au  Dictionnaire  turk-oriental  de  Pavet  de  Cour- 
teille).  Il  n'y  a  pas  lieu  de  s'étonner  de  l'incertitude  delà  vocalisation, 
le  turc  j^L?  babar,  babour  ou  bahir  étant  tout  simplement  emprunté  au 
persan  babr  n- tigres,  qui  est  bien  iranien,  quoique  son  histoire  ne  soit 
pas  très  claire  (le  rapprochement  avec  l'avestique  batvri-  et  le  pehlevi 
bawrak  étant  incertain,  ces  deux  mots  paraissant  désigner  le  castor). 
Quant  à  la  remarque  d"Açim-Efendi ,  le  ti-aducteur  turc  du  Borhdn-i 
qâti,  que  les  Turcs  ont  déformé  en  ^^  bubur  (ce  mot  manque  au  dic- 
tionnaire de  Barbier  de  Mevnaud)  le  mot  [lorsan  babar,  elle  n"a  rien  à 
faire  avec  le  cas  présent,  celui  du  mot  babr. 

Le  diwân,  écrit  en  un  caractère  neskhî  assez  net,  est  reproduit  inté- 
gralement sur  dix-neuf  planches  pholotypiques,  à  raison  de  deux 
pages  |)ar  planche.  C'est  une  idée  excellente  :  on  a  ainsi  sous  les  yeux 
une  bonne  reproduction  du  manuscrit  lui-même,  et  le  contrôle  de  la 
transcription  est,  par  ce  moyen,  incessante.  Les  notes  paraissent  rédi- 
gées sous  l'inspiration  de  lettrés  asiati(pies,  dont  il  faut  toujours  se 
méfier.  P.  7,  note  3,  dans  le  vers  : 

«Ne  sois  pas  un  seul  instant  négligent  à  l'égard  de  cette  alîaire. 
(car)  c'est  h  force  d'aller  que  le  diUicile  devient  facile  "  , 

contrairement  à  ce  que  dit  l'éditeur,  bâra  bâra  n'est  ])as  A  l'inïitalion  du 
|)ersan  *i9.  jui^  •'^by  dcgreesn;  c'est  une   forme   grammaticale  bien 


332  MARS-AVRIL    191  1. 

connue  des  langues  turques  qui  signifie,  non  pas  frpar  degrésn,  mais 
ff  à  force  de .  .  .  " .  P.  1 4 ,  n.  2  ,  au  sujet  du  vers  : 

ce  (jue  dit  l'éditeur,  à  savoir  :  tr{chkiïlûk=  wine  drinking,  in  the  second  , 
but  not  in  first  jtti^rrt'i: 'n'explique  pas  grand'chose,  le  mot  ickaluk  étant 
visiblement  pris  dans  deux  sens  différents  :  la  difficulté  est  de  savoir  les- 
quels. D'après  moi,  dans  le  premier  hémistiche,  il  signifie  ffboisson'', 
et  dans  le  second  ffi\  cesse '^ ,  de  sorte  que  le  sens  serait  : 

rrLe  plaisir  est  pour  toi  est  de  manger  et  de  lioire,  de  te  sentir  dans 
un  état  agréable  et  de  bonne  humeur,  (en  un  mot)  dans  l'ivresse.  1 

Quelques  vers  sont  en  persan  pur.  On  remarquera  l'étrange  vers  de  la 
page  21,  mélange  de  turc-oriental  et  d'hindoustani  (jL  rreaufl,  jj^ 
ffpain");  le  pays  conquis  fait  déjà  sentir  l'influence  de  sa  civilisation  avan- 
cée ;  on  est  sur  la  voie  de  Yurdou. 

Gl.  Hdart. 


Dis  AsafnÂme  des  Lvtfî  Pascha,  herausgegeben  und  ins  Deutsche  iibertragen 
von  D'  Rudolf  Tschudi.  —  Rerlin,  Mayer  et  Mùiler,  1910;  in-12,  xxi-38- 
Y'i    pages. 

La  petite  bibliothèque  turque  éditée  par  M.  Georges  Jacob ,  profes- 
seur à  l'Université  d'Erlaugen ,  vient  de  s'enrichir  d'un  nouveau  volume 
(le  douzième)  qui  contient  le  texte  turc  et  la  traduction  allemande 
de  ï Açaf-nâmh  de  Lutfî- pacha,  pubhcatioa  sortie  de  la  plume  de 
M.  R.  Tschudi  d'après  deux  manuscrits  de  la  bibliothèque  impériale 
de  Vienne  et  quelques  autres,  comparés  avec  une  des  copies  de  Gonstan- 
linople  conservée  dans  la  bibliothèque  de  la  mosquée  de  Bayézid.  L'auteur 
établit  deux  familles  de  manuscrits:  la  première,  la  seule  bonne,  com- 
prend l'un  des  textes  de  Vienne  et  celui  de  Gonstantinople;  la  seconde, 
qui  présente  des  traces  d'un  remaniement  postérieur,  renferme  le  second 
texte  de  Vienne  et  le  manuscrit  de  Dresde,  ce  dernier  tracé  en  écriture 
divdnî.  Les  variantes  orthographiques,  très  fréquentes,  sont  indiquées 
dans  des  notes. 

En  regard  du  titre,  ce  ])etit  volume  nous  offre  la  reproduction  d'une 
gravure  en  taille-douce  représentant  les  traits  de  Luifi-pacha,  empruntée 
aux  Vitae  et  icônes  sultnnorum  Tvrciconim  de  J.  J.  Boissard  de  Besançon 
(Fi'ancfort-sur-le-Mein,  iSgô).  Le  grand  vizir  Lutfî-pacha,  né  peu 
après  1A7B,  était  Albanais  de  naissance;  élevé  dans  le  palais  impérial. 


COMPTES  RENDUS.  333 

il  occupa  divers  emplois  de  l'adminislration ,  fut  gouverneur  du  sandjaq 
de  Kastamouni  et  de  la  province  de  Caramanie  ;  il  mena  de  concert  avec 
Khéïr-eddin  Barberousse  l'expédition  contre  les  Fouilles  en  1587;  il 
épousa  la  soeur  du  sultan  Suléïman  en  i538  et  succéda  l'année  suivante, 
en  qualité  de  grand-vizir,  à  Ayaz-pacha,  mort  de  la  peste  le  i3  juillet 
iSSg.  x\près  avoir  conclu  avec  Venise  la  paix  de  i5ii,  il  fut,  cette 
même  année,  destitué  et  relégué  à  Démotika,  parla  faute  de  ses  mœurs 
abominables,  qui  lui  aliénèrent  l'esprit  de  la  sœur  du  sultan  et  le  condui- 
sirent au  divorce.  11  moiu*ut  en  exil  en  i5^3,  laissant  vingt  ouvrages 
dont  il  a  donné  lui-même  la  liste,  treize  en  arabe  et  sept  en  turc. 

V  Açaf-nnmè  est  un  petit  traité  des  devoirs  du  ministre  d'Etat.  On  sent , 
à  la  lecture,  à  quelles  dilliciiltés  se  heurtait  un  homme  politique  ottoman, 
à  quelles  intrigues  il  était  eu  butte,  en  face  d'un  souverain  omnipotent; 
les  commensaux  habituels  du  prince,  ses  compagnons  de  jeux  et  de 
débauche  sont  les  principaux  adversaires  du  chef  du  pouvoir  exécutif  ; 
l'auteur  admet  qu'on  ne  peut  se  passer  d'eux ,  mais  ils  devraient  se  con- 
tenter des  cadeaux  qu'ils  reçoivent  et  ne  s'immiscer  en  rien  dans  la 
conduite  des  affaires  pubhques.  C'est  l'idéal  :  la  réalité  est  juste  l'opposé. 

Un  cm'ieux  règlement  sur  la  dévolution  à  l'ïltat  des  biens  en  déshé- 
rence a  été  établi  par  le  sultan  Suléïman  (p.  11)  qui  avait  prescrit  un 
délai  de  sept  ans  avant  que  ces  biens  fussent  délinitivement  acquis  au 
domaine  public,  afin  d'être  sûr  qu'il  ne  se  présenterait  plus  d'héritier 
ayant  droit.  Ce  détail  est  à  ajouter  à  l'énuméralion  ([ue  l'on  donne  à  l'or- 
dinaire des  règlements  établis  par  le  sultan  législateur.  On  trouvera, 
p.  ii-i5,  des  renseignements  intéressants  sur  les  revenus  de  la  charge 
de  grand -vizir.  A  la  page  18,  l'auteur  énumère  divers  rangs  de  pré- 
séance. Le  traducteur  a  mal  rendu  l'expression  fcdj  ù'iK^  rrdroi  Lander^ 
qui  désigne,  non  la  Roumélie,  l'Anatolie  et  l'Egypte,  mais  les  trois  fau- 
bom-gsde  Gonslantinoplc,  Galata,  Sculari  et  lilyyoub;  en  effet,  les  juges 
de  ces  trois  faubourgs  occupent  le  sixième  rang  avec  le  titre  de  makhvhdj 
(d'Oiisson,  Tableau  de  l'empire  olhoman,  éd.  in-8°,  t.  IV,  p.  5/i3);  ce  serait 
trop  rabaisser  le  hach-dej'tcrdar,  en  réalité  le  ministre  des  finances  de 
l'Emj)ire,  que  de  l'assimiler  aux  juges  des  provinces.  Les  détails  sur 
l'orgain'sation  des  camps  et  de  l'armée  en  campagne  (p.  96)  sont  instruc- 
tifs à  plus  d'un  litre. 

P.  28,  dernière  ligne,  jL-jj  est  une  faute  (rimj)iession  pour  jlïj_- = 
^cljy?  frentraven.  —  P.  iUj  (tradudion ,  p.  99),  Jj^;^'  Jj.5'j,T  est  une 
allusion  an  pi'overbe  y^-Jjl  ^^1  (j>— 'V  )î  fM|ue  ce  soit  peu,  pourvu  «pic 
cela  soit  bou'i;  cf.  Cuinâsi  et  Aitou'z-zivA  [Tevli(|-bey  |,  Ziiroùh-i  hillidl-i 
'otkindmyijè ,  3°  ('d.  p.  tu,  n"  1  35  (^  Chinàsi,  1"  éd. .  [>.  1  o):  Muntèkhrbdl-i 


334  MARS-AVRIL    1911. 

emthàl,  [).   ih:  [Ahmed  Véfîq-pacha,]  Alalar  seuzu,  ^i.  8;  Barbier  de 
Meynard,  Dictionnaire  turc-français ,  l.  I.  p.  lôg. 

Ci.  HUART. 


Crtr/e  des  possessions  françaises  sur  le  sol  de  l'Afrique.  Une  carte  géograpliîque 
in-f,  s.l.n.d. 

Le  gouvernement  générai  de  l'Aigérie  a  fait  dresser  une  carte  de 
r Afrique,  entièrement  en  aralje,  où  sont  indiquées  en  rouge  clair  les 
colonies  françaises  et  les  protectorats  relevant  de  la  France,  ainsi  que 
les  sphères  d'influence  délimitées  par  les  traités.  Cette  idée  est  fort  heu- 
reuse; elle  initiera  les  musulmans  qui  ne  savent  pas  de  langue  euro- 
péenne, soit  en  Afrique,  soit  en  dehors  du  continent  noir,  à  la  grandeur 
de  Tœuvre  civilisatrice  entreprise  par  notre  pays.  C'est  dans  les  cercles 
qui  nourrissent  de  vagues  idées  d'un  panislamisme  futur  qu'il  conviendi'a 
de  répandre  ce  document;  rédigé  en  arahe,  il  est  accessible  à  tout  musul- 
man ,  depuis  le  Yun-nan  jusqu'aux  confins  de  la  Sibérie. 

Pour  la  rédaction  de  la  carte ,  les  auteurs  anonymes  avaient  un  double 
écueil  à  éviter  :  il  y  a,  en  effet,  poui'  l'Afrique  du  Nord  et  de  l'Est,  une 
terminologie  arabe  complète  due  aux  géographes  du  moyen  âge;  pour 
le  reste  du  continent,  nouvellement  découvert,  il  n'y  avait  qu'à  transcrire 
les  noms  donnés  habituellement  en  Europe  à  ces  contrées,  que  ce  soit  le 
nom  indigène  ou  une  apppellationfabri(|uée  de  toutes  pièces.  Les  auteurs 
n'ont  pas  toujours  évité  certaines  inconséquences  :  ainsi  l'Afrique  est 
JujLjjjI  dans  le  titre  et  Uj^^I  (transcription  du  latin (?),  en  Algérie,  les 
Arabes  peu  instruits  écrivent  JwJjji),  transcription  du  français)  dans  les 
expressions  ilo-jjJl  Lo-jl  n- Afrique  occidentale  n  et  *!yc*k,i)l  la^  IàjjjI  ff  Afrique 
équatoriale.n  Le  Transvaal  est  J!^.«.oL:J)  avec  l'article,  la  Rhodésia  et 
l'Orange  sont  Ji-^-u^^^^  et  Â=sr!^jl  sans  l'article.  Le  Cap  de  Bonne-Espérance 
porte  le  nom,  traduit  littéralement,  de  ^l^aJI  *U. Jl  ^L ;  Capetown  est 
j^lJl^joOv-»:  je  vois  d'ici  l'embarras  de  l'Arabe  qui,  se  fiant  à  sa  carte,  irait 
dcmaudei'  à  une  compagnie  de  navigation  un  billet  pour  cet  endroil-là; 
c'est  comme  si  un  Français,  à  Marseille,  voulait  aller  «w^  îles  avec  l'inten- 
tion de  partir  pour  Alger.  Pounjuoi  n'avoir  pas  rendu  J^j^a^t^  n- Libreville 'i 
par  6jJi *jlj  jvil ?  En  règle  générale ,  il  ne  faut  pas  traduire,  sur  une  carte, 
les  appellations  géographiques;  il  vaut  mieux  laisser  ce  soin  au  manuel. 

yb^^^-Jl  rie  Soudann  est  une  pure  transcription:  le  nom  arabe  de  la 
région  est  ^J\^y^\  ^iVj  rie  pays  des  noirs i^.  bLyi  Babat   (Maroc)  est  en 


COMPTES   RENDUS.  335 

arabe  gjJIbb,,  encore  en  usage  parmi  les  habitants  du  pays.  On  ne  nous 
dit  pas  pourquoi  l'orthographe  Syj.y^\  a  été  adoptée  pour  le  nom  arabe 
de  Mogador,  ce  mot  s'écrivant  indilïéremment  par  un  sin  ou  par  un  çdd. 
ÂjjSlj^  pour  l'Algérie  et  Âs-^-j^l  pour  la  Tunisie  sont  des  néologismes, 
traduits  du  français,  jûyj^iii ,  nom  de  l'Erythrée.  Eritrea,  possessions 
itahennes  de  la  mer  Rouge,  sera  d'une  épellation  diilicile  pour  un 
Arabe.  Ces  remarques  de  détail  n'enlèvent  rien  à  la  valeui-  instructive  de 
la  carte ,  qui  est  réelle. 

Cl.  HUART. 


Cbxtenauio  della  nascità  di  Michèle  Amari,  scritli  di  filoiogia  e  sloria  araba  ;  di 
geografia,  storia,  diritto  délia  Sicilia  médiévale;  studî  bizantini  e  giudaici 
relativi  alllLalia  méridionale  ne!  medio  evo;  documenti  suile  relazioni  fra  gli 
Stati  italiani  ed  il  Levante.  —  Palermo,  Virzi,  191  o  ;  a  vol.  iii  8°,  c\iu-hli8  et 
6^1 3  pages. 

C'est  un  beau  monument  scientifique  que  vient  d'élever  à  la  mémoire 
de  Michel  Amari,  à  l'occasion  du  centenaire  de  sa  naissance,  la  piété  de 
ses  compatriotes  siciliens.  On  peut  dire  que  non  seulement  l'Italie,  mais 
l'Europe  savante  a  prêté  son  concours  à  l'édification  de  cette  œuvre  gran- 
diose. L'Université  de  Palerme  en  a  pris  la  direction,  par  les  soins  d'im 
comité  composé  de  M.  E.  Besta,  Gaetano  Columba,  G.  Nallino,  A.  Salinas, 
G.Siragusa.  G.  Zuielti.  qui  sont  les  professeurs  orvliuaires  d'histoire  du 
droit,  d'histoire  ancienne,  d'arabe,  d'archéologie,  d'histoire  moderne  et  de 
littérature  grecque.  Une  table  alphabétique  contient  iénumération  des 
noms  communs  et  des  principaux  noms  propres  ;  un  index  bibliogra- 
phique donne  en  arabe  le  titre  des  ouvrages  cités  dans  ce  recueil;  un 
glossaire  arabe  donne  la  liste  des  mots  cxpliqtiés.  Une  autre  table  ren- 
ferme les  noms  des  quarante-six  auteurs  qui  ont  prêté  leur  concours;  le 
second  volume  se  termine  par  cinq  pages  d'additions  et  corrections,  ce 
qui  est  fort  peu  de  chose  pour  une  telle  masse  de  renseignements. 

Foi-mé  en  1907,  le  comité  n'a  achevé  sa  lâche  que  trois  ans  plus  tard. 
En  cet  espace  de  temps,  la  mort  lui  avait  enlevé  trois  de  ses  collabora- 
teurs :  H.  Dcrenbourg,  M.  .1.  d(^  (iooje  et  K.  Vollors.  lia  veuve  d'Aniai-i 
elle-même  n'a  pas  vu  ra(hè\ement  du  second  volume.  Il  n'iiiiporlc  : 
l'Italie  peut  être  (ière  que  la  gloire  d'un  de  ses  plus  illustres  enlanls  soit 
commémorée  par  un  souvenir  international. 

M.  SniAGiisA  s'est  chargé  d'écrire  la  biographie  du  grand  Sicilien,  ce 
(pii  n'élait  point  facile.  Né  à  Palermo,  le  7  juillet  itSoG,  lils  il'un  conseiller 
municipal  dont  le  litre  était  alors  Hhricrc  dclla  lurola,  Amai'i.  patriote 


336  MARS-AVRIL   1911. 

sicilien,  se  mêla  de  politique  de  bonne  heure  et  rêva  de  contribuer  per- 
sonnellement à  la  délivrance  de  son  pays.  Il  était  employé  au  service  de 
la  santé;  à  la  suite  de  l'effroyable  épidémie  de  choléra  de  1887,  il  pou- 
vait s'attendre  à  être  récompensé  de  son  dévouement  :  il  fut  transféré  à 
Naples  en  punition  des  sentiments  hosLdes  au  gouvernement  des  Bour- 
bons, dont  il  ne  se  cachait  pas.  Celait  pour  lui  une  sorte  d'exil  :  il  en 
revint  en  i84i.  La  publication  de  son  histoire  des  Vêpres  siciHennes 
lui  valut  d'èlre  menacé  de  prison;  il  préféra  s'expatrier,  vint  à  Paris  et  y 
sentit  naître  le  désir  d'étudier  l'arabe  pour  approfondir  l'histoire  de  son 
pays  au  moyen  âg-e. 

Rappelé  en  Sicile  par  l'insurrection  de  18 48,  dont  on  sait  l'insuccès, 
il  y  joua  un  rôle  politique  qui  se  termina,  avant  le  triomphe  éphémère  de 
la  réaction  napolitaine,  par  une  infructueuse  mission  diplomatique  à 
Paris  et  à  Londres  ;  à  peine  de  retour  à  Palerme  où  la  résistance  était  deve- 
nue impossible,  il  s'enfuit  à  bord  d'un  navire  anglais.  De  retour  à  Paris, 
où  il  séjourna  dix  ans  consécutifs ,  il  reprit  ses  études ,  travailla  à  son  his- 
toire des  musulmans  de  Sicile,  et  commença  le  catalogue  des  manuscrits 
arabes  de  la  Bibliothèque  impériale.  En  iSSg,  le  gouvernement  toscan 
le  nommait  professeur  à  l'Université  de  Pise;  il  rentrait  ainsi  dans  sa 
grande  patrie  pour  y  coopérer  activement  au  mouvement  du  Risorgi- 
menlo.  Sénateur  du  royaume  d'Italie ,  un  moment  ministre  de  l'instruc- 
tion publi(iue,  chargé  d'ans  et  d'honneurs,  il  mourut  à  Rome  lo 
16  juillet  188g. 

La  bibliographie  complète  des  œuvres  imprimées  d'Amari  occupe  les 
dernières  pages  de  l'introduction  ;  elle  a  été  dressée  par  M.  G.  Salvo  Cozzo, 
bibliothécaire  en  chef  de  la  ])ibliothèque  nationale  de  Palerme;  elle  ren- 
ferme 3o2  numéros. 

Amari  avait  partagé,  le  6  juillet  1869,  avec  Sprenger  et  M,  Th.  Noel- 
deke,  le  prix  accordé  par  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres, 
sur  la  proposition  de  Reinaud,  à  l'histoire  du  Qorân;  le  mémoire  d'Amari 
était  resté  inédit;  H.  Derenbourg  en  a  extrait  une  étude  sur  la  bibliogra- 
phie primitive  du  Qorân,  qui  n'apprendra  pas  grand'chose  de  nouveau, 
mais  qui  est  moins  vieillie  que  l'auteur  lui-même  ne  le  croyait. 

M.  0.  ToMinsiNi,  sénateur  du  royaume  d'Italie,  a  écrit,  sous  le  titre 
de  Per  la  seconda  edizione  délia  nStoria  dei  Musulmani  di  Sicilia-^ ,  la 
})réface  qui  pourrait  être  mise  en  tête  de  cette  seconde  édition.  Peu  à 
corriger,  rien  à  refaire,  tel  est  le  jugement  porté  par  l'homme  politique 
sur  l'une  des  meilleures  œuvres  du  grand  arabisant. 

//  dirillo  di  prelazioiie  iiei  document i  blzaulini  dcH'  Ilalia  méridionale  est 
une  étude  d'histoire  du  droit  ([).  08).  par  M.  BKA^DILE0^K,  profcsseui' 


COMPTES  RENDUS  337 

à  l'Université  de  Bologne;  il  s'agit  de  l'obligation  imposée  par  une 
novelle  de  l'empereur  Romain  Lécapène  (922),  en  cas  d'aliénation  d'un 
immeuble,  d'en  avertir  tout  d'abord  ceux  qui  tenaient  de  la  loi  le  droit 
de  préférence  accordé  aux  voisins ,  ce  que  nous  appelions  autrefois  le 
reirait  vicinal,  le  chotij'a  du  droit  musulman.  L'auteur  cite  un  grand 
nombre  de  documents  qui  prouvent  que  cette  loi  était  encore  en  pleine 
vigueur  au  xii'  siècle. 

Dans  son  mémoire  sur  GU  Alcramici  e  i  Normanni  in  Sicilia  e  nclte 
Puglte,  M.  Garufi,  professeur  à  l'Université  de  Palerme,  étudie  la  fa- 
mille des  marquis  Aleramici  dans  l'Apidie  et  la  Sicile,  ainsi  que  ses 
rapports  avec  les  rois  normands,  descendants  du  comte  Roger;  il  est 
suivi  de  documents  inédits.  Le  fameux  éléphant  de  Catane,  connu  dos 
géographes  arabes,  se  rattache  curieusement  à  l'histoire  de  cette  famille 
(I,G5). 

Le  nom  de  K.  Vollers  est  représenté  par  un  mémoire  posthume, 
Uber  Rnssenfarben  in  der  arabischcn  Literatur.  On  y  trouve ,  sur  l'origine 
des  noms  des  couleurs  chez  les  Arabes,  des  étymologies  qui  paraîtront 
peut-être  hasardeuses,  mais  qui,  dans  tous  les  cas,  ne  sont  pas  appuvées 
sur  une  démonstration  solide.  En  revanche,  les  recherches  faites  dans  la 

littérature  sont  intéressantes.  A  rapprocher  de  l'arabe  d'Egypte  cs^^J»,  qui 

désigne  la  couleur  de  la  peau  des  fellahs ,  le  persan  yP  p,xlj  qui  a  le 
même  sens  (brun). 

M.  Enrico  Resta,  professeur  à  Palerme,  a  recherché  la  confiance  que 
mérite  la  CÀvonica  trium  kiheruarum  au  point  de  vue  de  l'histoire;  il 
s'élève  contre  les  procédés  critiques  d'Ughelli  et,  à  sa  suite,  de  Baliil'ol. 
Après  un  examen  attentif,  il  conclut  en  émettant  l'opinion  de  la  possi- 
bilité d'une  attribution  à  un  chanoine  Roger,  postérieurement  à  ii3o, 
mais  avant  1137. 

Un  pvii-at  doccnt  h  l'Université  d'Hoidelborg,  M.  Otto  Cautklmeri, 
écrit  en  allemand  le  résultat  de  ses  recherches  sur  le  roi  iManfred,  fils 
naturel  de  l'empereur  Frédéric  11,  et  l'histoire  de  la  Sicile  sous  sou 
règne. 

Les  relations  entre  l'Abyssinie  et  l'Europe  catholique  au  xiv"  et  au 
xv"  siècle  ont  attiré  Taltention  de  M.  N.  Jorga  ,  professeur  de  l'Univei- 
sité  de  Bucharest,  qui  pid)lie  en  appendice  un  itinéraire  inédit  du 
xv°  siècle,  VItcr  (h  Vcncliis  ad  Indiani,  qui  contient  la  mention  du  Presto 
Johamios;  le  texte  latin  est  publié  d'après  un  manuscrit  do  la  bibliothèque 
nationale  de  Florence. 

Une   autre  œuvro    posthume,  ce   sont    les    huit   pages    inspirées  à 

XVII.  aa 


uriuui  Hlr    :«  mio^ali'. 


338  MARS-AVRIL    1911. 

M.  J.  DE  GoEJE  par  la  publication  du  tome  P'  des  Annali  dell'Islnm  de 
M.  L.  Caetani  :  La  filiation  de  Mohammed ,  au  sujet  de  laquelle  il  ne  par- 
tage pas  l'opinion  exprimée  par  l'arabisant  italien,  à  savoir  que  la 
position  du  prophète,  au  milieu  de  sa  famille,  était  plutôt  celle  d'un 
aflilié  que  d'un  membre.  Il  fait  remarquer  également  que  l'emploi  du 
nom  de  Mohammed  dans  le  texte  du  traité  de  Hodaïbiya  implique  la 
reconnaissance  de  ce  nom  en  l'an  6  de  l'hégire. 

Le  D'  Luigi  Genuardi,  employé  aux  archives  d'Etat  de  Païenne,  étudie 
ce  qu'il  faut  entendre  par  les  defelari  (ou  deptari,  de  l'arabe  defter  rrre- 
gistrei  )  normands  conservés  dans  les  deux  offices  appelés  duana  de  secretis 
et  duana  baronum.  Ces  registres  ont  été  tenus  en  arabe  jusqu'au  règne 
du  roi  Guillaume  11;  ils  sont  peut-être  traduits  de  livres  cada:,traux 
byzantins. 

Sous  le  titre  général  d'lTaAoeAA)7vtKà,  M.  Zuretti,  professeur  à  Pa- 
lerme ,  nous  donne  trois  mémoires  :  La  espugnazione  diSiracusa  neW  88o, 
en  y  joignant  le  texte  grec  de  la  lettre  du  moine  Théodose,  publiée 
par  Hase  dans  son  édition  de  Léon  le  Diacre  et  aujourd'hui  introuvable; 
une  étude  sur  le  Coidmsto  fra  Taranio  c  Otranto,  pièce  de  vers  en  grec 
byzantin  attribuée  à  un  certain  Robert,  notaire,  inconnu  d'ailleurs;  et 
Un'iscrizione  giecadi  Bronte  de  l'an  1121  rappelant  l'édification  d'un  pont 
par  le  comte  Roger.  Le  dialogue  entre  Otrante  et  Tarente  nous  a  valu 
une  note  complémentaire  du  professeur  S.  Pauareo,  du  lycée  de  Magbe 
dans  la  Terre-d'Otrante. 

Dans  ses  recherches  sur  la  Zecca  di  PaJermo  au  xv"  siècle,  M.  G.  Cosen- 
Tixo,  des  archives  d'Etat  de  Palerme,  étudie  la  frappe  des  dennrii parouli 
ou  pichuli,  désastreuse  pour  le  marché  sicdien,  à  raison  de  leur  bas 
titre. 

Abou'l-'Alà  el-Ma'arrî  continue  à  préoccuper  les  chercheurs.  M.  D.  S. 
Margoliouth,  professeur  à  Oxford,  a  consacré  un  mémoire  en  latin  [hidex 
lihrorum  Abu'l-Alae  Ma'arrensis)  à  la  constitution  de  la  liste  des  œuvres 
du  |)oète  libre-penseur,  d'après  l'histoire  de  Dahabi  et  les  dictionuaii-es 
biographiques  de  Çafadî  et  de  Yâqoùt.  On  y  trouve  l'énumération  de 
soixante-treize  ouvrages  dont  la  plupart  sont  perdus. 

M.  H.  Perez  Ghajes  ,  professeur  à  l'Institut  royal  supérieur  de  Florence, 
adonné  quelques  remarques  [Appunti)  sur  les  inscriptions  judaïques  de 
la  [)rovince  de  Naples  publiées  par  Ascoli  dans  son  mémoire  présenté 
au  quatiième  congrès  international  des  Orientalistes,  tenu  à  Florence 
en  1878. 

M .  Mohammed  ben  [  Abi]  Gheneb  ,  professeur  à  la  Médersa  d'Alger,  a  publié 
des  Additions  à  la  " Bihliothera  arabo-siculan  qui  se  composent  d'extraits 


COMPTES   RENDUS.  339 

des  recueils  biographiques  d'Abou'i-'Arab  el-Qairawàoi ,  d'el-Khochanî  et 
d'Ibu-Farlioûn  (vie  d'Ibn-el-IIakicàr),  suivis  d'une  notice  sur  un  manu- 
scrit des  Madàrik  du  cadi  lyâd  en  la  possession  de  l'auteur. 

La  littérature  aljamia  (espagnol  transcrit  en  caractères  arabes)  n'a  pas 
de  secrets  pour  M.  Zetterstéen,  professeur  à  Upsal;  dans  cette  catégorie 
rentre  le  rituel  musulman  dont  il  nous  présente  une  notice,  d'après  trois 
manuscrits  delà  bibliothèque  de  TUniversité  d'Upsal,  inexactement  indi- 
qués dans  le  catalogue  de  Tornberg. 

Le  directeur  de  la  Bibliothèque  khédiviale  du  Caire,  M.  B.  Moritz,  a 
extrait  du  Moghrih  fi  liolal-maghrib  d'Ibn-Said  les  passages  relatifs  à  la 
description  de  la  Sicile,  dont  il  publie  le  texte  arabe:  une  photographie 
de  doux  pages  du  manuscrit  accompagne  ce  travail. 

M.  -Nallino,  professeur  à  Palerme,  a  étudié  les  relations  entre  Venise 
et  Sfax  au  xviii^  siècle  d"a[>i-ès  le  chroniqueur  arabe  Maqdich,  inconnu 
jusqu'ici,  bien  que  son  Nothat  el-Anzhdr  ait  été  lithographie  à  Tunis  en 
1908.  Il  s'agit  des  hostilités  entre  Tunis  et  Venise  qui  durèrent  de  lySS 
à  1792. 

La  contribution  de  M.  A.  Fischer,  professeur  à  Leipzig,  consiste  en 
des  \' crhcsneriingen  tu  Broch's  Atisgahe  von  ai-Zamahsans  unmùdag;  elle 
corrige  l'édition  parue  à  Christiania  sans  date  ni  lieu,  probablement 
en  i863. 

Le  premier  volume  se  termine  par  des  f^novi  tcsli  arabo-stcult  étudiés 
par  AI.  Griffixi,  de  Milan  :  extraits  du  Terlib  el-Maddrik  du  cadi  Tyàd, 
étude  sur  le  Kildb  el-Mu'iim  do  rimâm  el-Màzeri  (originaire  de  Mazàra, 
nom  accentué  Màzara  |)ar  les  Arabes),  examen  des  deux  épisodes  sici- 
liens du  Pseudo-Wàqidi  reproduits  dans  la  Bibliotheca  arabo-si'cula , 
d'après  une  nouvelle  rédaction  anonyme,  extraits  de  la  géographie  d'ez- 
Zohri  qui  n'est  autre  que  l'anonyme  d'Almeria,  suivis  d'un  appendice 
sur  l'orthographe  du  mot  djardfujd  =  ye6oypaÇiioi.  et  de  miscellauées 
géogiaplii(jues,  description  de  l'Ftna  dans  l'ouvrage  anonyme  J^^Z-Dmit  el- 
Mandoiid,  mention  de  la  Sicile,  de  la  Sardaigne.  do  Gènes  et  de  Rome 
dans  un  abrégé  anonyme  de  géographie,  étude  sur  le  Kitdb  el-Afdl  du 
Sicilien  lbn-e!-Qatla,  recette  de  la  préparation  des  encres  hibr  et  midâd 
de  dilférentes  couleurs,  donnée  par  un  anonyme  sicilien,  qui  vient  com- 
pléter utilement  les  renseignements  fournis  dans  Huart,  ('(illigraphcs , 
p.  ih  et  suivantes,  et  cpii  aurait  gagné  à  être  traduite;  c'est  un  ensemble 
relativement  considéiabl»^  et  d'intérêt  varié. 

Le  second  volume  s'ouvre  par  une  étudo  sur  la  géographie  maritime 
de  la  Sicile  d'aijiès  le  portulan  turc  do  l*iri-l{éis,  par  M.  Kd.  Smiiu  , 
professeur  à  Berhn.  Le  texte  est  tiré  du  manuscrit  de  Boiiin,  confronté 

'2-2  . 


340  MARS-AVRIL    lUU. 

avec  celui  de  Dresde  ;  la  carte  en  couleurs  de  l'original  est  reproduite 
pholotypiquement,  en  noir. 

D'après  un  nouveau  texte  des  Annales  pisani  antiquissimi  de  Ber- 
nardo  Moragone,  découvert  à  la  bibliothèque  de  Crémone,  M.  Novati, 
professeur  à  l'Académie  royale  des  sciences  et  des  lettres  de  Milan,  pré- 
cise certains  points  de  l'histoire  de  la  ville  de  Pise ,  depuis  sa  prise  par 
les  Sarrazins  en  ioo5  jusqu'en  1116,  et  des  luttes  des  Pisans  avec  les 
Ai'abes. 

Sous  le  titre  de  The  naval policy  ofthe  Roman  Empire,  M.  John  B.  Burv, 
professeur  à  Cambridge,  traite  de  la  politique  maritime  de  l'Empire 
romain  d'Orient  par  rapport  à  ses  provinces  occidentales,  du  vn"  au 
ix'  siècle,  et  de  ses  luttes  avec  les  Sarrazins  pour  la  domination  delà 
Méditerranée,  qui  avait  été  paisible  pendant  trois  cent  cinquante  ans,  à 
la  suite  de  la  bataille  d'Aclium. 

De  Nouveaux  textes  historupics  relatifs  à  l'Afrique  du  Nord  et  à  la  Sicile 
voient  le  jour,  grâce  aux  infatigables  recherches  de  M.  E.  Fagnan,  profes- 
seur à  la  Faculté  des  Lettres  d'Alger;  ce  sont  la  traduction  de  la  bio- 
graphie d'Obéïd-AUah,  fondateur  de  la  dynastie  des  Fatiraites,  telle 
qu'elle  est  contenue  dans  le  Moqaffa  de  Maqrîzî .  travail  commencé  jadis 
par  (^uatremère  et  resté  inachevé;  et,  comme  additions  à  la  Bihliotheca 
arnbo-sicula ,  des  extraits  de  divers  ouvrages  se  rapportant  à  la  Sicile. 

M.  F.  Codera  ,  professeur  à  Madrid ,  nous  donne ,  sous  la  rubrique 
Mochéhid,  conquistador  de  Cerdeha,  ses  recherches  sur  la  conquête  de 
la  Sardaigne  en  ioi5  par  Abou'l-Djéïch  Modjâhid  el-Mowâfaq,  roi  de 
Dénia  et  des  îles  Baléares. 

Qu'entendait  Amari  par  l'expression  rr  Apennins  de  Sicile n  qui  figure 
au  tome  III,  p.  1/17  de  la  Storia  dei  Musuhnani?  C'est  ce  que  recherche 
M.  P.  Reveli.i.  professeur  à  l'Institut  technique  de  Milan  .  dans  son  article 
Gli  n  Appennini  Siculiri  deW  Amari  e  V  onomastica  del  rilievo  sicUiano.  Il 
montre  qu'il  faut  entendre  par  là  le  groupe  montagneux  du  nord  de  la 
grande  île  et  en  particulier  les  monts  Peloritani ,  Nebrodi ,  Madonîe. 

M.  C.  H.  Becker,  professeur  à  rinslitul  colonial  de  Hambourg,  traite, 
eu  quatre  pages  écrites  en  une  excellente  langue  française,  de  la  ghàshiya 
(couverture  de  cheval  brodée)  comme  emblème  de  la  royauté  chez  les 
sidtans  mamelouks.  Il  y  voit  une  survivance  du  rite  qui  consiste  à  voiler 
les  mains  nues,  mais  le  motif  donné  n'est  pas  valable  pour  les  musulmans 
qui  paraissent  toujours  devant  Dieu  les  mains  nues,  après  les  avoir  lavées 
loi's  de  l'ablution  rituelle.  11  s'agit  simplement  du  service  personnel  du 
souverain,  considéré  comme  un  titre  d'honneur.  Lorsque  Ibrahim  ben 
Alî  ci-Firoùz-âbâdî  est  envoyé  en  ambassade  au  Khorasan,  le  peuple  de 


COMPTES   RENDUS.  3A1 

Nisâpour  se  porte  à  sa  rencontre;  i'Imâm  el-Haraméïn ,  Abou'l-Maali 
el-Djowéïnî ,  prend  la  ghâshhja  du  cheval  de  l'ambassadeur  et  marche 
devant  lui  en  la  tenant  rcommc  un  domestique  et  en  disant  :  rr  Je  m'en  fais 
gloire^  (Abou'l-Malîàsin  Ibn-Taghrî-Birdi ,  En-Nodjoûm  ezh-Zhdhira, 
éd.  Popper,  t.  II,  p.  278,  i.  11).  Il  n'y  a  pas  là  trace  d'un  rite  quelconque. 

Dans  un  article  intitulé  Ibn-Shadddds  Darstellung  der  Geschichle  Baal- 
beks  im  Mitlelalter,  M.  Moritz  Sobernheim  s'occupe  de  l'histoire  de  Ba'albekk 
au  xiii"  siècle ,  d'après  le  manuscrit  de  Leyde  du  Kildh  harq  ech-chdm  d'Ibn- 
Cheddâd  (mort  en  68^/1986),  déjà  utilisé  par  M.  Glermont-Ganneau 
qui  en  a  tiré  l'histoire  de  Banias  {Revue  d'archéol.  orient.,  t.  I,  p.  253), 
par  M.  van  Berchem  qui  y  a  puisé  la  description  de  la  prise  de  Iliçn-el- 
Akrâd,  et  par  M.  Sobernbeim  lui-même  pour  l'histoire  de  cette  forteresse 
et  de  celle  d'Akkâr.  Le  texte  est  donné  saris  traduction ,  mais  il  est 
accompagné  de  notes. 

De  très  curieuses  recherches  ont  été  consacrées  par  M.  Eilhard  Wiede- 
MANN ,  professeur  à  Erlangen ,  aux  automates  musicaux  chez  les  Arabes ,  in- 
struments à  vent  mus  par  l'air  comprimé,  dérivés  de  ceux  dont  on  trouve 
dt^à  la  description  dans  les  Pneumatica  d'Héron  d'Alexandrie. 

M.  Nahum  Slouscii  publie  le  texte  hébreu  et  la  traduction  française 
d'une  élégie  composée  la  veille  de  son  exécution  par  Moïse  Rimos, 
martyr  juif  de  Palerme,  au  xvi°  siècle.  C'était  un  jeune  médecin  accusé 
stupidement  d'empoisonner  ses  clients  chrétiens.  Le  texte,  déjà  publié 
par  Steinschneider  et  David  Cahana  d'Odessa,  est  complété  au  moyen 
d'un  manuscrit  d'Oxford. 

Le  titre  (\ Amdecta  arnbico-ilalica  a  permis  à  M.  Seydold.  professeur  à 
Tubingue,  de  réunir  une  étude  sur  Abou'Othmân  Sa'id  ben  Sallàm, 
mystique  sicilien  de  Girgenti,  mort  bien  loin  delà,  à  Nisàpoùr  en  Perse 
(378-983),  à  des  notes  de  géograplrie  arabe  sur  la  Corse,  la  Lombardie, 
la  Calabre,  Malte  et  Galita,  et  à  des  corrections  orthogra[)hi(jues  de 
noms  géographiques  (Baya,  Ramelta,  Raudàdj,  diverses  corrections  à 
Yllalia  d'Edrîsi),  le  tout  en  excellent  italien. 

M.  Miguel  Asîpf  Palacios,  professeur  à  Madrid,  traite  à'Vn  faqik  xici- 
llnno,  contradictor  de  El  Gazzdll,  cpii  n'est  autre  qu'Abou-'Abdallah  de 
.Màzara,  Mohammed  ben 'Ali,  et  le  distingue  de  son  homonyme  (|iii  n(^ 
diffère  que  par  le  nom  de  son  père.  Moslim  ou  Mosallani:  il  donne  un 
ii'sunié  de  sa  réfutation  de  1'  Ilii/à  de  GhazAli. 

M.  Hartwig  llnisciiKKi.D,  professeur  à  Loncb-es.  publie  de  nouveau  le 
texte  et  la  traibiclion  du  Neir  poom  allrihutvd  lo  M  Sanian'al  (]iii  a  fait 
l'objet  des  recherches  de  M.  IVIaigitlioutli  et  de  plusi(>urs  |)ublications  dans 
le  Mncliriq. 


342  MARS-AVRIL   1911. 

La  Tomba  di  Sibilla,  regina  di  Sicilia,a  attiré  l'attention  de  M.  Sira- 
GusA,  professeur  à  Palerme,  sur  la  reine  Sybille,  fille  du  duc  de  Bour- 
gogne Hugo  II  et  seconde  femme  de  Roger  II,  morte  à  Salerne  en 
ii5o;  il  Ta  retrouvée  à  Badia  di  Gava  et  donne  la- reproduction  des 
sculptui'es  qui  ornent  le  sarcophage  ;  mais  il  établit  que  le  monument 
est  beaucoup  plus  ancien  et  remonte  à  la  basse  époque  de  l'art  romain.  La 
véritable  a  disparu  dans  les  remaniements  subis  par  l'église  en  1786. 

'Afif-eddîn  Soléïman  de  Tlemcen  et  son  fils  l'Adolescent  spirituel, 
deux  poètes  arabes  damasquins  du  xiu'  siècle ,  ont  fait  l'objet  des  i-ecber- 
ches  de  M.  CI.  Huaut  ,  qui  donne  la  traduction  de  plusieiu^s  des  œuvres 
de  ces  auteurs. 

M.  Biagio  Brdgi,  professeur  à  Padoue,  s'enquiert  du  Nome  dell'azione 
d'après  l'opuscule  grec  De  aclionibiis  qui  traite  de  la  procédure  en  droit 
grcco-romain ,  héritier  du  droit  de  Justinien.  L'indication  du  nom  de 
l'action,  qui  doit  figurer  dans  la  requête,  n'est  plus,  à  cette  époque, 
qu'une  simple  formalité. 

La  novelle  de  Justinien  De  prœtore  Siciliae  est  étudiée,  tant  au  point 
de  vue  historique  qu'à  celui  de  la  science  juridique,  par  M.  Nino  Tamas- 
siA,  professeur  à  Padoue  également;  l'auteur  montre  comment  des 
insurrections  fréquentes,  piovoquées  par  les  exactions  du  fisc,  avaient 
obligé  l'empereur  de  Gonstantinople  à  envoyer,  en  qiialité  de  commis- 
saire chargé  d'enquêter  dans  la  grande  île,  un  haut  dignitaire  de  sa 
cour. 

M.  BoNELLi,  professeur  à  rinstitul  oriental  de  Naples,  publie,  d'après  les 
archives  de  Venise,  le  texte  du  traité  fait  avec  la  Turquie  en  i5/to,  avec 
une  élude  sur  les  modifications  et  les  additions  apportées  au  texte  défi- 
nitif. 

M.  Léon  Gaetani,  prince  de  ïeano,  identifie  un  manuscrit  de  la  Bod- 
léienne  avec  le  Ghorar  es-Siyar  d'el-Hoséïn  ben  Mohammed  el-Marghanî 
(de  Marghan,  village  du  Ghoûr,  en  Afghanistan),  et  discute  l'opinion  de 
Zotenberg  qui,  dans  sa  préface  de  \ Histoire  des  rois  des  Perses,  avait 
attribué  cet  ouvrage  à  Thaalibî. 

Le  Tratado  de  paz  0  Iregna  conclu  en  1  '177  entre  Fernand  1"  le  Bâtard , 
roi  de  Naples ,  et  AJjou-'Amr'Othmàn ,  sultan  de  Tunis,  est  publié  et  traduit 
en  espagnol  par  M.  Julian  Ribera,  professeur  à  Madrid. 

Une  courte  notice  de  huit  pages  est  réservée  à  des  remarques  sur  le 
texte  àeVIlinén  de  Maqrîzî  dues  h  la  plume  de  M.  Ignazio  Giidi,  pro- 
fesseur à  Rome,  à  propos  des  renseignements  que  cet  opuscule  donne  sur 
les  différents  états  musulmans  établis  au  xv*^  siècle  au  sud  do  l'Abys- 
sinie  et  sur  PAbyssinie  elle-même.  Les  variantes  du  manuscrit  de  Leyde 


COMPTES   RENDUS.  343 

sont  comparées  avec  celles  de  la  copie  possédée  par  la  Bibliothèque  khédi- 
viale  du  Caire. 

Quelques  points  de  la  topographie  antique  de  Palerme  sont  étudiés  par 
M.  GoLLMBA,  professeui-  à  TUniversité;  il  s'agit  de  déterminer  le  site  et  les 
confins  de  la  cité  de  Panormus  (Palaiapolis  et  Neapoiis),  sur  la  base  des 
renseignements  fournis  par  Ibn-llauqal. 

M.  Hassen  Husny  AiîD-i l-Waiiab .  professeur  à  la  Khaldoùniyya  de 
Tunis,  nous  donne  sous  le  titre  de  Contributions  à  l'histoire  de  l'Afrique 
du  Nord  et  de  la  Sicile,  des  extraits  de  VA'màl  el-'Alâm  d'Ibn-al-Khalib,  un 
des  derniers  ouvrages  du  fameux  ministre  arabe  d'Espagne,  d'après  le 
manuscrit  de  la  grande  mosquée  Zéïtoùniyya  de  Tunis,  une  note  de 
M.  Griflini  sur  la  tombe  du  jurisconsulte  Suléïman  ben  'Imràn  (mort 
en  270-888),  découverte  à  Qaïrawàn  en  1907,  et  dont  une  reproduction 
phototypique  est  donnée  dans  une  planche,  et  des  échos  de  la  Sicile 
musulmane  en  Tunisie  (notes  sur  la  famille  de  médecins  SkoUi  =  Çiqilli , 
sur  le  mausolée  d'el-Mâzari  à  Monastir,  sur  la  mosquée  d'Asadibn  el- 
Furât,  conquérant  de  la  Sicile,  à  Qaïrawàn). 

Les  croisées  à  vitraux  et  à  cadre  de  plâtre  [trafori  e  vetrate)  des  églises 
médiévales  de  Sicile  ont  attiré  faltenlion  de  M.  Salinas,  professeur  à 
Palerme,  qui  les  compare  avec  les  monuments  contemporains  du  m^me 
genre  au  Caire:  ainsi  la  fenêtre  de  San  Giovanni  degli  Eremiti  est  presque 
identique  à  une  fenêtre  de  la  mosquée  d'Ibn-Toùloùn. 

Des  cartes  topographiques  et  de  nombreuses  illustrations  relèvent 
encore  l'intérêt  de  celle  très  importante  publication. 

Cl.   HUART. 


Hamdu   'llah    Mustawfi-i-Qazwini.    The    T\'ni'hir-i-GuzÎDA  or    Select  history, 

roprodiiced  in  far-simile by  Edw.  G.  Browne.  Vol.  I,  ranlaininfj  tlio 

ioxl  [Gi/j/i  Mémorial  Séries ,  t.  XIV).  —  Lcydon ,  Brill  ;  I^ondon ,  Liizac  ,  t  ()  1  o  ; 
in-8°,  xix-Aer-^  pages. 

Les  lecteurs  du  Journal  asiatique  n'ont  pas  oublié  la  Description  histo- 
rique de  la  ville  de  Kazvin  publiée  dans  ce  recueil  par  Barbier  do  Meynard 
(5°  série,  t.  X),  ni  l'usage  constant  des  manuscrits  fhi  Tdrihii-i  Gozidè 
de  llamd-ollAh  Mostaufi  fait  par  Defrémery,  au  cours  de  ses  recherches 
hislori(pi('s.  H  y  a  peu  d'années,  .Iules  Gantiii  publiait,  avec  xmo  tra- 
duction française,  le  texte  du  quatrième  diapitre  consacré  aux  dynasties 
musulmanes  de  Perse;  le  douzième  chapitre,  l'éservé  aux  Mongols  de 
Perse,  ainsi  (jue  le  chapitre  intercalé  sur  les  Mozhallérides,  (jui  devait 
figurer  dans  le  second  \()lume.  ne  vtMia  jamais  le  jour,  ce  travail  ayant 


3/i/i  MARS-AVRIL   1911. 

été  interrompu  par  la  mort  prématurée  de  l'auteur.  Mais  on  ne  possédait 
pas  d'édition  du  texte,  conservé  uni(]uement  en  manuscrit.  iM,  Edw.  G. 
Browne,  en  donnant  dans  le  Journal  de  la  Société  royale  d'Angleterre  ia 
traduction  du  chapitre  des  poètes,  avait  montré  que  ia  publication  de 
l'ouvrage  était  désirable;  il  vient  de  réaliser  les  souhaits  exprimés  en 
nous  donnant  le  texte  complet  de  Thistoire  de  llamd-oUâh  Mostaufî,  en 
reproduction  photographique,  d'après  un  manuscrit  copié  en  SSy  hég. 
(i653),  autrefois  en  la  possession  du  prince  Ferhâd-Mirzâ,  oncle  de 
Nâçir-oddîn  Chah,  et  apporté  en  Angleterre  par  Hâdji-Mirzâ  'Abd-ol- 
Hoséïn  Khân  de  Kâchân,  actuellement  député  au  Parlement  persan.  La 
copie  avait  été  exécutée  primitivement  pour  la  bibliothèque  de  l'émîr 
Mobâriz-oddin  'Abder-Rahmàn  ,  fds  de  l'émir  Pîr-Mohammed,  par  Zéïn- 
ol-'Abidin  bon  Mohammed,  le  copiste  de  Ghirâz.  Malgré  sa  date,  l'origi- 
nal est  tout  entier  tracé  en  caractères  naskhî,  et  la  décoration  du  titre 
est  plus  arabe  que  persane.  L'écriture  est  très  nette:  les  voyelles  sont 
presque  toutes  indiquées.  Le  choix  de  M.  Browne  a  été,  pour  la  repro- 
duction, on  ne  peut  plus  judicieux. 

Une  courte  préface  anglaise,  reproduite  en  persan  en  tête  du  volume 
(à  l'orientale),  contient  les  renseignements  essentiels.  Le  second  volume 
renfermera  des  index  complets  et  des  extraits  détaillés  du  contenu.  Le 
savant  éditeur  nous  promet  également  de  discuter  les  diverses  questions 
qui  se  rattachent  à  celte  œuvre  historique  et  à  son  auteur. 

Cl.  HUART. 


MÉLAyGEs  DE  LA  FAcriTK  oniEKTAiE  (Université  Saint-Joseph,  Beyrouth  [Syrie]). 

—  [Beyrouth],     1910;    in-8°,    h-Sia-igA*    (-f    1    feuillet  non  paginé) 

-  Lix  pages. 

Les  Mélanges  publiés  par  la  Faculté  orientale  de  l'Université  Saint- 
Joseph  en  sont  déjà  à  leur  quatrième  volume  ;  des  circonstances  indé- 
pendantes de  notre  volonté  nous  ont  empêché  de  rendre  compte  des 
tomes  précédents;  mais  pour  celui-ci,  nous  pourrons  faire  part  aux 
lecteurs  du  Journal  des  réflexions  que  nous  suggère  un  ensemble  aussi  im- 
portant de  mémoires  originaitx.  LeR.  P.  Paul  Joiion  ouvre  la  marche  avec 
des  notes  de  lexicographie  hébraïque,  destinées  à  préciser  le  sens  de  quel- 
ques mots  hébreux  traduits  jusqu'ici  assez  vaguement,  et  des  notes  de 
critique  textuelle,  c'est-à-dire  s'adressant  au  texte  de  l'Ancien  Testament. 
Sous  le  litre  de  Quelques  légendes  islamiques  apocryphes,  le  Pi.  P.  Ghéïkho 
publie  le  mémoire  dont  se  souviennent  les  membres  du  congrès  (h^s 
Orientalistes  présents  à  Copenhague  en  1908;  il  traite  des  traductions 


COMPTES   RENDUS.  345 

de  la  Tôrah ,  du  Psautier,  de  l'Evangile ,  que  les  musulmans  ont  pu 
avoir  entre  les  mains  lors  de  l'élaboration  de  la  dogmatique  de  leur 
religion,  ainsi  que  des  fameux  rouleaux  [çohof)  dont  il  est  question  dans 
le  Qorân,  et  publie  en  apjiendice,  à  titre  de  spécimen,  quelques-uns  des 
psaumes  attribués  à  David  d'après  le  manuscvit  des  Zoboûr  Ddoud  trouvé 
à  Mossoul  et  d'ailleurs  entièrement  apocryphe. 

Le  R.  P,  Alexis  Mallon  nous  donne  le  catalogue  des  Scalœ  (arabe  ti,) 
coptes  de  la  Bibliothèque  nationale ,  destiné  à  compléter  l'inventaire 
sommaire  dressé  par  notre  confrère  M.  J.-B.  Chabot.  Ce  sont  des  recueils 
informes  de  pièces  de  toutes  soi'tes,  grecques,  coptes,  arabes,  dans 
lesquels  on  trouve  parfois  des  détails  intéressants,  comme  cette  petite  in- 
troduction arabe  citée  (texte  et  traduction)  page  58,  où  l'on  voit  les 
chrétiens  d'Egypte,  qui  autrefois  ne  savaient  pas  l'arabe,  remplacer 
successivement  le  grec,  langue  liturgique,  par  le  copte,  et  celui-ci  de- 
venu à  son  tour  la  langue  liturgitpie,  par  l'arabe.  On  sait  qu'aujourd'hui 
cette  dernière  langue  est  la  seule  comprise  des  Coptes. 

Un  autre  souvenir  de  Copenhague,  c'est  encore  l'étude  approfondie 
oii  le  R.  P.  Lanimens  traite  de  la  bddia  et  de  la  hira  sous  les  Oméyyades , 
c'est-à-dire  de  cette  nostalgie  du  désert  qui,  par  atavisme,  reprenait  de 
temps  en  temps  ces  princes  dans  leur  belle  et  verdoyante  capitale 
de  Damas,  senliment  qui  disparaît  complètement  lors  de  Tiranisation  de 
l'Empire  arabe  par  les  'Abbassides,  flanqués  de  leurs  acolytes  persans, 
à  qui  le  nomadisme  n'inspire  plus  que  de  l'horreur.  Cela  amène  tout 
naturellement  l'auteur  à  dire  son  mot  au  sujet  de  la  (juestion  controversée 
de  Mechattà  ;  ce  lieu  est  pour  lui  un  palais  d'h'wcv  où  les  khalifes  oméy- 
yades allaient  cherchei-  la  tiédeur  d'atmosphère  qui  attire  tant  de  monde 
aujourd'hui  sur  les  bords  de  la  Hineru. 

Le  même  auteur  se  trouvait  aussi,  en  1908,  présent  au  congrès  des 
sciences  historiques  de  Berlin.  11  y  a  lu  son  Mémoire  sur  te  ntriuinvirati 
Aboi)  Bdl.r,  'Otnar  el  Ahoii  'Obaïda,  qui  est  mis  maintenant  à  la  porlée 
de  tous  ceux  <|u'inlércssent  les  |)r(»blèmes  hisloricpies.  Malgré  los  cllbrls 
du  savant  arabisant,  le  rôle  d'Abou  'Obéùla  ben  ol-Djerràh  reste  bien  efl'acé 
à  côté  des  deux  autres  noms,  surtout  de  celui  du  second,  véritable  fon- 
dateur de  l'Etat  musulman;  l'auteur  ne  le  dissimule  pas  d'ailleurs,  et 
compare  son  rôle  à  celui  du  troisième  membre  des  triumvirats  romains. 
On  y  lira  des  passages  très  intéressants  sur  les  derniers  momcnls  de 
Mahomet  et  sur  les  intrigues  de  ses  femmes.  L'auteur  possède  le  i-are 
talent  de  rendre  vivants  à  nos  yeux  les  personnages  resit's  un  |)eu  |)àles 
derrière  le  voile  des  annalistes  arabes  et  dans  leurs  récits  bien  secs. 

En  donnant  une  suite  à  ses  Nolen  el  lùiidcs  d'à rrliéolofpe  orientale .\o 


346  MARS-AVRIL    1911. 

P».  P.  Sébastien  Ronzevalle  ëtiidie  divers  monuments  palmyréniens 
(textes  funéraires  au  nombre  de  trente-trois,  faisant  suite  à  ses  puljli- 
cations  du  Machriq,  1900,  et  de  ia  Berne  biblique ,  1902),  Phisloire  du 
Ijœuf  bossu  en  Syrie  et  divers  nejes  rupe.stres  (  cippes  funéraires  et  stèles 
du  Liban  et  de  PAnti- Liban), 

Les  recherches  sur  les  réserves  forestières  impériales  dans  le  Liban, 
par  lesquelles  s'ouvrent  les  Nouvelles  inscriptions  de  Syrie  des  RPi.  PP.  L. 
Jalabert  et  Mouterde,  sont  des  plus  instructives  :  ou  y  saisit  l'organisation 
des  forêts  chez  les  Romains  et  leur  aménagement,  et  Pou  y  prend  la 
conviction  que  les  hauts  plateaux  des  montagnes  de  Syrie,  à  une  époque 
peu  éloignée  de  nous ,  étaient  encore  couverts  de  bois.  Des  remarques 
sur  la  formation  de  la  province  de  Syria  Phœnice,  une  nouvelle  borne 
de  la  Tétrarchie,  une  dédicace  à  Juuon,  une  inscription  grecque  du 
temple  de  llosn  Niba,  et  des  inscriptions  funéraires  de  provenances  di- 
verses forment  un  ensemble  imposant  d'études  épigraphiques  romaines 
et  grecques. 

Le  Califat  de  Yazîd  1",  par  le  R.  P.  Lammens ,  forme  la  suite  de  ses 
recherches  sur  le  règne  de  Moawiya.  Les  derniers  jours  d'un  grand 
règne,  la  dernière  maladie  et  le  testament  ^oblique  du  fondateur  de 
Pempire  oméyyade,  le  caractère,  la  générosité  chevaleresque  de  Yazîd, 
les  raisons  de  la  suprématie  des  Qoréichites  dans  l'Arabie  préislamique  et 
leurs  droits  au  khalifat,  tels  sont  les  points  principaux  étudiés  dans  ces 
quatre-vingts  pages,  qui  auront  une  suite.  Ce  travail  selitagréaldement; 
les  personnages  vivent,  agissent;  c'est  un  roman  historique  dont  tous  les 
traits  sont  empruntés  scrupuleusement  à  des  auteurs  authentiques.  C'est 
la  reconstitution  de  toute  une  époque;  l'iiistorien  auquel  on  peut  le 
mieux  rattacher  la  manière  du  R.  P,  Lammens,  c'est  Augustin  Thierry. 

\ient  ensuite,  avec  une  pagination  séparée,  la  seconde  et  dernière 
partie  de  la  publication  du  Ilamdsa  de  Rohtorî  d'après  Punique  manuscrit 
existant  à  Leyde,  par  le  R.  P.  Chéïkho,  suivie  d'une  table  alphabétique 
des  poètes  cités,  avec  renvoi  à  chacune  des  citations,  d'une  liste  de  poètes 
ignorés  ou  confusément  cités,  et  de  notes,  variantes  et  corrections  di- 
verses pour  la  présente  édition;  le  tout  en  langue  arabe,  sauf  les  notes 
et  variantes. 

De  nombreux  articles  bibliographiques  mettent  le  lecteur  au  courant 
d'une  certaine  quantité  d'ouvrages  importants  récemment  parus.  Une 
note  nécrologique  termine  le  volume  et  annonce  le  décès,  à  Mascate,  le 
16  octobre  1909,  de  M.  Antonin  Goguyer,  qui  a  légué  à  l'Université 
Saint-Joseph  vingt-deux  manuscrits  arabes,  dont  la  moitié  environ  inédits, 
sans  compter  les  ouvrages  imprimés  qui  viennent  enrichir  les  collections 


COMPTES  RENDUS.  347 

qu'offre  à  ses  étudiauls  le  laboratoire  scieutilique  qui  se  dresse  siu'  les 
derniers  contreforts  du  Liban. 

Cl.    HCART. 


Bayuam  Khân,  Khàn-Kiiânân.  Tuf.  Pa;îs/av  and  Tcbki  Dfvhfi,  edited  by  E.  De- 
nison  Ross  {Bibliotheca  Iiidica,  New  Séries,  n''i9^ii).  —  Calcutta,  Baptist 
Mission  Press,  1910;  1  fasc.  in-h°  v-1(  pages. 

En  dehors  des  talents  politiques  qu'il  a  déployés  au  service  des 
Grands  Mogols  Humâyoûn  et  Akbar,  et  du  rôle  qu'il  a  joué  dans  l'histoire 
de  l'Inde,  Baù'am-Khàn ,  qui  avait  été  décoré  du  titre  de  Khàn-i  Khà- 
ndnet  qui  fut  assassiné  en  968  hég.  (i56o-i56i),  était  aussi  un  poète  : 
par  malheur,  en  dehors  de  quelques  citations  éparpillées  dans  YAkbar- 
nàme  d'Abou'1-Fazl  et  dans  l'histoire  de  Badaoni,  on  ignorait  tout  de  ses 
productions.  Il  y  a  quelques  années,  M,  Harinath  De  a  découvert  un 
manuscrit  contenant  les  œuvres  poétiques  de  cet  homme  d'Etat,  copié 
par  le  propre  fds  de  l'auleur,  'Abd-er  Rahim ,  en  l'année  1 0 1 4  liég. 
(  i6o5),  et  il  l'a  prêté  à  M.Deuison  Ross,  qui  vient  de  le  publier  dans 
la  Bibliotheca  indica. 

Ces  œuvres  se  composent  de  deux  dicans,  l'un  persan,  l'autre  turc- 
oriental.  Le  premier  n'offrait  aucune  difficulté;  le  second,  au  contraire, 
en  présentait  de  considérables ,  à  raison  de  l'ignorance  du  copiste.  Dans 
certaines  parties,  la  cause  était  désespérée,  lorsque  l'éditeur  a  eu  la 
bonne  fortune  d'en  rencontrer  un  second  exemplaire  dans  une  liasse  de 
fragments  de  manuscrits  i-omontantà  l'an  961  (i55/i).  Bien  qu'impar- 
fait, ce  second  texte  avait  l'avantage  de  se  reporter  à  un  original  différent 
du  premier.  Le  divan  [)ersan  s'étend  de  la  page  1  à  la  page  5o  de  la 
présente  édition;  les  pièces  diverses  qui  le  composent  ne  sont  pas  numé- 
rotées; il  est  h  peu  près  de  la  même  longueur  que  le  divan  turld,  dont  les 
morceaux  sont  numérotés  en  chiffres  romains  (p.  5 1-91). 

La  page  v  de  l'introduction  contient  une  liste  des  principaux  mots  en 
turc-oriental  qui  ont  fait  robjel  de  notes:  la  phq)arl  décos  mots  et  leur 
signilicalion  sont  donnés  dans  le  dictionnaire  de  Pavel  de  Courleille  :  il  n'y 
a  d'acquisition  réelle  ([ue  poiu'  les  expressions  suivantes  : 

P.  67,  JUjj^l  injuruhnrh  frtonrner  autour  de.  .  .  -,  dans  l'ht-inisliclie  : 

(Mètre  ramai.)  fOuoi  (l'étonnant  (pic  mon  iJmc  inq)uissante  tourne 
autour  (le  la  têle?i^ 


I 


us  iMARS-AVRIL    1911. 

P.  68,  ilik-din  barmaq  ex[)liqué  par  le  persan  ^^  jij.ji  3I  fqjerdre  la 
raisonn  et  hir  yoli  par  JUi^  rren  une  seule  foisn,  dans  l'hémistiche  : 

(Mètre  rainai.)  ff  Lorsque  je  pris  la  coupe  en  main,  je  perdis  la  raison 
tout  d'un  coup,  n 

Aljjb  à  riiémistiche  suivant  est  pour  ^'t^'^'  comparatif  de  c^L,  ffplus 
vite. 

P.  70,  n.  1,  siiz  (lire  sôz)  qatmaq  rrs'encpiërir  affectueusement  d'une 
personne  v . 

Les  indications  de  l'éditeur  ne  sont  pas  toujours  aussi  heureuses. 
P.  52,  n.  2,  la  correction  j^l  proposée  pour  j^i  du  texte  signifierait 
juste  le  contraire  de  ce  qu'a  voulu  dire  le  poète  ;  il  faut  corriger  en  J^l  : 
rfEn  ce  qui  concerne  son  rang,  la  première  place  est  [encore]  trop  infé- 
rieure à  sa  valeur.^  —  P.  69,  je  ne  saisis  pas  pourquoi,  à  la  suite  de 
l'hémistiche  : 

l'éditeur  ajoute  en  note  :  «This  line  neither  scans,  rhymes  nor  givcs 
sensé  n.  Il  rime  parfaitement  (lire  levend^-ni),  est  du  mètre  mozdri  :  tap- 
sah  hè  I  rîj'  hir  ni  |  ce  rjdr-i  le  |  vend'-ni,  et  signifie:  rf(Boiset  renonce 
au  repentir)  si  tu  trouves,  ô  compagnon!  quelques  amis  hardis.''  — 
Même  endroit,  avant-denuer  vers,  dans  l'expression  r^^u^  yli  r-des  pleurs 
de  sangn,  il  y  a  forcément  uu  substantif  ^.  que  présu[)[)ose  d'ailleurs  le 
verbe  ^iU-^j  rr pleurerai,  et  qui  est  à  rapprocher  de  la  forme  ^^,  donnée 
par  Pavet  de  Cour  teille  et  Suléïraân-Efendî  ;  comparer  Radloff,  Versuch, 
1. 111,  p.  5o6. 

P.  72,  n.  1,  rfThis  line  is  unsalisfactory,  but  both  MSS.  agrée. ^i  Le 
mètre  est  le  ramai,  d'où  il  résulte  que  l>«-^  jv^  (au  vocatif  persan)  est 
une  faute;  il  est  à  propos  de  lire  j.^  ,>aj  et  le  sens  sera  :  rrQui  se 
préoccuj)e  de  savoir  si  les  conseils  de  Baïram  sont  pleins  de  sens  et  de 
raison?'! 

P.  82,  n.  1,  rrUnintelligible  to  the  editor.  «  Le  vers  litigieux  est  le 
suivant  : 

(Mètre  hazadj.)  ntim-ni  ydr  |  '  bihnaï j'haïr  \  '  den  istrr  |  nismi  Baïram 
rrMon  amie  ne  sait  pas  mon  nom;  elle  demande  une  indication  à  la 

tierce  personne,  A  Baïram!  (car  [il  n'y  a  en  r<'ahl«']  ni  nom,  ni  signe: 

miséricorde  à  mon  nom  el  à  mon  signe  !).n 


COMPTES  RENDUS.  349 

P.  60 ,  u.  îi ,  on  trouve  citée  une  curieuse  erreur  du  dictionnaire  de 
Zenker;  mais  Pavet  de  Gourleilie  et  Suiéïraân-Efendi  ont  ia  bonne 
Iraducliou  :  J^yj^l  ôtriik,  ôturulc  tr  mensonge  n  (Radloff,  Versuch,  t.  I, 
p.  1266,  1 271). —  P.  61,  n.  2,  ^J^l*MJ!  ne  vient  pas  deusmafj  frcroitren, 
mais  de  iismek  JLs>-j!.  —  P.  62,  i^sûrup  from  siirmaq-^  {^'^)  ^^^^  sormaq 
fT  sucer  n  qui  manque  à  Suléimân-Efendî .  mais  est  donné  par  Pavet  de 
Gom-teille  et  existe  également  en  osraanli  (Radloff,  Versuch,  t.  IV, 
p.  549). 

Fautes  typographiques  :  p.  5 1 , 1.  11,  aLoU^  jOh  JjJ  ,  lire  :  *JLo  U..  — 
P.  52,  un  tiret  sépare  maladroitement  les  deux  hémistiches  d'un  même 
vers. 

A  un  moment  où  l'étude  du  turc  reprend  une  nouvelle  vigueur  grâce 
aux  récentes  découvertes  de  l'Asie  centrale,  la  publication  d'un  texte 
turlà  i)rovenant  d'un  bon  élève  de  Mir-'Ali-Ghir  Névàyî,  malgré  l'énorme 
quantité  d'emprunts  au  persan  que  l'on  y  rencontre,  vient  s'ajouter 
heureusement  aux  documents  qui  s'accumulent  pour  attester  la  singulière 
vitahté  de  cet  idiome. 

Cl.  HuART. 


Abu'l-Mahâsin  Ibn  Tagiirî  Binol's  Aiuials,  cdiled  by  William  Popper.  Vol.  II, 
Part  2,  No.  2.  —  Berkeley,  University  Press,  s.  d.  [1910];  1  fasc.  in-8", 
p.  129-297. 

L'Université  de  Californie  continue,  au  moyen  de  son  imprimerie  de 
Berkeley,  la  série  de  ses  publications  de  philologie  sémitique  en  livrant 
au  public  la  suite  du  texte  arabe  des  Nodjoùm  ez-Zdkiva  d'Abou'l-Mahà- 
sin  ben  Taghrî-birdi ,  édité  [)ar  M.  W.  Popper.  Nous  avons  déjà  eu  l'oc- 
casion d'entretenir  les  lecteurs  dji  début  de  la  publication.  Le  second 
fascicule  de  la  deuxième  |)artie  du  tome  11  comprend  les  règnes  des 
khalifes  faliiuitcs  ezli-Zhàhir  'Ali  (/ii  1-/127  bég.),  nmrl  d  hydropisie  à 
trente  et  un  ans,  et  el-Mostançir  Ma'add  (li^'j-hS'])^  son  fils.  On  lira  avec 
intérêt,  sous  l'année  A  i3  ,  le  récit  de  la  fracture  de  la  |)ierre  noire  de  la 
Ka'ba  par  un  sectaire,  cpilbn-el-Athir  [Clirouicoii ,  t.  1\,  p.  234)  |)lace 
sous  ranné(>  /iiA;  il  ost  ici  plus  d/'laillé,  Ai)ou'l-Maliàsin  donnant  le 
texte  itriniilif  d'Abou-'Abdaliali  Molianimed  ben  Ali  l'Alidc,  ainsi  (iiiune 
lettre  écriti;  (l'Lgy})t(;  l'année  suivante,  ra|)p()rlant  rt'véncmcnt  et  trans- 
mise par  llilàl  ben  eç-Çàbi'  (p.  i3i).  L'intértU  d'un  ouvrage  de  ce  genre 
repose  surtout  sur  les  citations  de  sources  moins  connues  ou  moins  acces- 
sibles (pi'il  p(!ut  renfermer,  à  côté  des  historiens  classiipies  (piil  n'a  fait 
(|ue  copier.  A  raison  de  son  origine  tiuipie,  \bou"l-Mabàsin  est  fer\iMii 


350  MARS-AVRIL    1911. 

sunnite,  et  sa  piété  s'affirme  par  un  débordement  d'injures  chaque  fois 
qu'il  est  question  des  Chi'ïtes;  ce  qu'il  a  dû  souffrir,  le  pauvre  homme, 
en  écrivant  les  fastes  de  la  dynastie  falimite!  Le  très  long  règne  du  mu- 
lâtre el-Moslançii-  Maadd,  soixante  ans,  est  précisément  marqué  par  un 
événement  qui  aurait  pu  changer  la  face  des  choses  dans  l'islamisme,  si 
le  seldjouqide  Toghrii-beg  n'était  pas  intervenu ,  au  secours  des  'Abba- 
sides,  à  la  tête  de  ses  fidèles  Tui'cs  :  la  révolte ,  à  Bagdad ,  d'el-Basàsirî 
(45o  hég.  )  qui  reconnut  la  souveraineté  spirituelle  des  Fatimites. 

On  trouvera,  dans  ce  fascicide,  d'ati'oces  et  curieux  détails  sur  la 
grande  famine  qui  dévasta  l'Egypte  et  ne  prit  (in  ({u  avec  la  nomination, 
comme  maire  du  palais,  de  rAi-ménien  Bedr  el-Djémàli  Emîr-cl-Djo- 
yoûch;  on  y  rencontrera  également  la  mention  de  la  révolte  d'el-Mo'izz 
Ibn-Bàdîs  dans  le  Maghreb  et  de  la  grande  guerre  civile  entre  les  Turcs 
et  les  nègres.  Mais  c'est  surtout  comme  obituaire  que  la  pubhcation  de 
M.  Popper  rendra  de  réels  services,  en  donnant  des  dates  exactes,  année 
par  année,  pour  le  décès  des  hommes  célèbres,  avec  notices  détaillées 
et  citations  de  vers  des  poètes.  C'est  ainsi  que  la  mention  de  la  mort  du 
célèbre  calligraphe  'Ali  ben  Hilâl,  surnommé  Ibn-el-Baw^wàb ,  sous  la 
date  /n3,  me  semble  faire  pencher  la  balance  en  faveur  de  celle-ci, 
plutôt  que  /jaS,  cjui  parait  avoir  la  préférence  d'Ibn-Khalhkân,  entre 
les  deux  dates  qu'il  cite  [Biographicai  Dictionarij,  t.  II.  p.  983: 
cf.  HuART,  CaUigraphes,  p.  8o). 

De-ci  de-là ,  on  rencontre  l'indication  de  lituialures  qui  offrent  un  certain 
intérêt,  comme  page  i/n,  où  Ion  voit  que,  dans  la  lettre  par  laquelle  le 
sultan  Mahmoud  le  Ghaznévide  annonçait  au  khalife  el-Qâdir  ses  succès 
dans  l'Inde  en  4 1  i ,  il  prenait  les  titres  d'esclave  et  de  créature  SjuJ^  du 
Prince  des  croyants;  et  p.  i/i5,  où  il  y  a  une  intéressante  diatribe  sur 
la  titulature  en  ed-d'm,  adoptée  pour  la  première  fois  par  le  Bouide 
Béhà-ed-din.  Gompai-er  M.  Max  van  Bercuem,  Z.D.P.V.,  t.  X\I.  p.  98, 
ici;  CI. A.,  t.  I,  p.  82. 

P,  187,  1.  6,  au  lieu  de  *^ijlj*J,  lire  m^  ziJ  J  rf seulement  il  ne 
l'avouait  ipasv.  —  P.  226,  1.  18,  au  lieu  de  lt^y>\  (faute  typogra- 
phique), lire  Usj-«l  frii  arrangea  ses  affaires,  c'est-à-dire  [celles  de] 
r'Iràqn. 

P.  a5i,  n.  (/.  Les  manuscrits  ont  régulièrement  yiU-^  poui- ^^y^^l 
dans  le  nom  du  seldjouqide  Alp-Arslan.  Il  faut  lire  ruslàn;  cette  graphie 
est  influencée  par  la  foime  vulgaire  de  l'arabe  syro-égyptien;  j'en  don- 
nerai comme  exenq)le  le  noju  du  mausolée  du  clieïkh  Ruslàn  à  Damas, 
eu   dehois  de  Bàb-Toùnià:  mais  la   preuve   cpie   cest  une  erreur  des 


COMPTES   RENDUS.  351 

copistes,  c'est  que  ce  nom  turc  bien  connu  est  e'pelé  par  l'auteur  à  la 
ligne  1 9  de  la  même  page. 

Cl.  HUART. 


H.  H.  Spoer  and  E.  Nasballah  Haddad.  Maudal  of  Palestiseas  Araric  for  self 
msTRDCTioy.  —  Jérusalem,  1909;  in-8°,  xii-226  pages. 

Les  lecteurs  du  Journal  asiatique  n'ont  pas  oublié  la  notice  consacrée 
à  la  grammaire  du  dialecte  arabe  parlé  à  Jérusalem  de  M.  Max  Lôhi\  par 
notre  confrère  M.  Barthélémy  (X°  série,  t.  Mil,  1906,  p.  197  et  suiv.). 
Voici  un  nouveau  document,  fait  sur  place,  et  qui  pomra  servir  de 
point  de  comparaison  pour  fixer  des  vocalisations  souvent  fuyantes. 
M.  H.  H.  Spoer  est  un  savant  américain  qui  a  été  quekpie  temps  membre 
de  l'école  américaine  d'archéologie  et  d'études  orientales  à  Jérusalem  :  il 
a  été  aidé  dans  cette  tache  par  un  savant  indigène,  M.  Nasrallah  Had- 
dad, professeur  d'aralje  à  l'école  normale  [tcaclm's  scminnrij)  rattachée 
à  l'orphelinat  syrien  allemand  [Sijvisches  Waisenhaus)  de  la  même  ville. 
C'est  d'ailleurs  ce  dernier  établissement,  dirigé  par  le  pasteur  Schneller, 
qui  a  assuré  l'impression  de  l'ouvrage ,  malgré  le  rude  travail  donné  aux 
jeunes  typographes .  dont  pas  un  ne  savait  l'anglais  :  ceux-ci  se  sont 
d'ailleurs  acquittés  fort  bien  de  leur  tâche;  le  volume  est  très  nettement 
tiré,  il  a  bonne  apparence,  et  les  trois  pages  de  corrections  et  d'additions 
indiquent  surtout  le  désir  des  auteurs  de  faire  bien. 

M.  Spoer  a  passé  six  ans  eu  Palestine,  et  son  collaborateur  est  Syrien 
de  naissance  :  c'est  déjà  une  garantie  meilleure  que  celle  de  M.  Lohr 
qui  n'était  resté  que  six  mois  à  Jérusalem.  La  nouvelle  grammaire  ne 
cite  pas  les  ti-avaux  antérieurs  sur  le  dialecte  hiérosolymitain,  parce 
qu'ils  ne  sont  pas  écrits  en  anglais;  elle  ne  parle  que  des  manuels  déjà 
existants  en  celte  langue,  mais  qui  ne  traitent  que  des  dialectes  d'Kgvpte, 
de  Beyrouth  et  du  Liban.  D'ailleurs  les  auteurs  se  sont  proposé  de 
rem|)iir  un  but  j)Iutnl  pratique  que  scientifique,  en  rédigeant  uu  manuel 
que  le  voyageur  fraîchement  débai'cpié  à  Jaiïa  et  ignorant  tout  de  la 
langue  arabe  puisse  aisément  et  rapidement  étiulior.  La  préface  contient, 
au  point  de  vue  linguistique,  des  indications  très  justes  quand  on  fait 
remanpier  entre  autres  (pie  cvowels  are  not  always  used  consistenlly, 
especially  ihe  oY)  sound  and  short  i,  which  are  often  interclianged  eveu 
in  the  same  dislricli.  La  transcription  des  consonnes  suit  le  système 
a(lo[)té  dans  la  gi'ammaire  arabe  de  ^^  riglil  :  celle  des  voyelles  ne  suit  pas 
d(î  système  scicnlificpie,  mais  a  été  soigneusemeni  adaptée  au\  analogies 
(le  l'anglais,  à  l'usage  de  ceux  (pii   ne  sont  point  pliilologues  et  veulent 


352  MARS-AVRIL   1911, 

étudier  sans  maître.  Ce  principe  une  fois  admis,  les  linguistes  pourront 
tirer  parti  de  ce  document,  composé  sur  les  lieux  mêmes  avec  un  grand 
souci  d'exactitude. 

Ecrivant  pour  le  grand  public  des  toui'isles,  les  auteurs  ont  évité  de 
se  servir,  dans  leur  grammaire,  de  mots  rébarbatifs,  tels  que  morphologie. 
On  n'y  trouvera  aucun  des  termes  techniques  de  la  linguistique,  bien 
que  M.  Spoer  paraisse' au  courant  des  diverses  questions  qui  se  posent 
au  sujet  du  dialecte  qu'il  traite.  A  l'instar  des  Allemands,  il  transcrit  par 
i  l'e  fermé  et  l'a  sourd ,  malgré  les  remarques  de  M.  Barthélémy,  qui 
semblent  n'avoir  pas  été  entendues  :  er-râjobl  illi  âja  rrriiomme  qui  est 
venuTi,  lire  elli  ou  dlli  (influencé  dans  ce  dernier  cas  par  Vu  bref  du  mot 
précédent).  Souvent  deux  lettres  servent  à  marquer  une  seule  voyelle, 
comme  ee,  ëë  pour  i  bref  et  long,  oo,  oo  pour  u  l)ref  et  long;  il  y  a  même 
un  00  sans  signe  qui  repiésente  un  u  intermédiaire;  les  auteurs  ont  été 
obligés  de  tenir  compte  des  habitudes  de  leurs  clients  futurs.  Dans  les  con- 
sonnes ,  il  n'y  a  que  ^  et  j:.  qui  soient  transcrits  j)ar  des  lettres  doubles , 
c/î  (écossais  dans  loch)  et  sh.  A  propos  de  la  lettre '«m,  représentée  par 
un  esprit  rude,  les  auteurs  font  remarquer  que  c'est  rra  guttural  for 
whicli  there  exists  no  équivalent  in  the  Indo-Germanic  languages  v  :  cela 
trahit  l'origine  de  leur  érudition  ;  il  eût  été  plus  impartial  de  dire  imlo- 
curopéennes.  Pour  k  et  q  (^transcrit  k),  la  grammaire  indique  bien  que 
le  [)remier  se  prononce  parfois  c  et  le  second  g ,  mais  elle  oublie  de  dire 
que  ce  ne  sont  pas  les  mêmes  catégories  de  personnes  qui  se  servent  de 
ces  articulations  différentes.  Des  lettres  lunaires  de  l'arabe  littéral,  le  djim 
est  la  seule  qui  s'assimile  ;  ainsi  ej-jobch  «  étoffe  do  laine,  drapn  (=ec- 
iw;^?  les  auteurs  n'ont  pas  de  signe  différent  pour  dj  etj  français). 

Pour  les  pronoms  personnels  isolés,  il  serait  utile  de  savoir  si  ce  sont 
les  mêmes  personnes  qui  disent  indifféremmnt  nahiià  ou  iliiia,  hoomme  ou 
koYinc;  c'est  peu  probable.  De  même  il  y  a  inconséquence  à  écrire,  p.  6, 
il-bakara  ffla  vacheTi  et  p.  5  el-hakara  rrla  bobine^'  (du  turc  maqara,  sens 
à  ajouter  au  dictionnaire  de  Bari)ier  de  Meynard);  je  ne  pense  pas  qu'il 
s'agisse  dans  ce  cas  de  l'influence  de  la  première  voyelle  du  substantif 
sur  celle  de  l'article.  Fobrsa  «•  congé  scolaire  n  est  un  mot  usité  dans 
toutes  les  écoles  de  la  Syrie.  Fi  nish  kmmito  ne  peut  pas  signifier  rrwilh 
what  did  you  eut  it?i  mais  rrdans  quoi  lavez-vous  coupé?"  Parmi  les 
néologismes,  on  remarquera  sikkel  il-hadeed  (p.  iia)  dans  le  sens  de 
ff  train 55,  de  même  que  nous  disons  ffle  chemin  de  fer  part  à  telle  heures 
pour  ffle  train  parti. 

P.  i83,  hoo  bi  'aino  signifie  rrhe  liimselfTi,  mais  non  nlit:  ho  in  eijesT, 
celte  expression  est  empruntée  à  l'arabe  littéral,  oîi  'ain  signifie,  entre 


COMPTES   RENDUS.  353 

autres,  tf identité  de  la  personne  ou  de  la  choses.  De  même,  dans  7na 
âbrad  tfentak  ffHow  unbearable  is  your  conduct!^  lëentak  n'est  pas  ffyour 
mortarii,  mais  *^^  dans  le  sens  de  rr nature  innée  (de  ^^}^  limou  ayant 
servi  à  la  création  de  Thomme). 

La  seconde  partie  se  compose  de  phrases  usuelles  et  d'un  rudiment 
de  conversation,  accompagnés  de  petites  historiettes  où  revient  le  tradi- 
tionnel Jiha  (=  Djolià),  de  chants  populaires,  de  proverbes  et  dictons, 
d'idiotismes  très  curieux,  de  cris  des  marchands  dans  les  rues,  d'une  liste 
de  plats  nationaux  avec  une  courte  recette  de  cuisine,  d'une  série  de 
noms  d'animaux  et  de  plantes,  et  d'un  vocabulaire  général  on  trois 
colonnes,  anglais-arabe,  dans  lequel,  quand  l'équivalent  manque,  on 
traduit  simplement  l'idée,  par  exemple  :  cockatoo  no  min  il-hahharàl 
(cacatoès,  espèce  de  perroquet).  Somme  toute,  un  ensemble  considérable 
de  renseignements  qui  ne  seront  pas  seulement  utiles  aux  voyageurs, 
mais  encore  aux  arabisants. 

Cl.  HUART. 


Alexandre   Max  de  Zogueb.  Etudes   sur    l'.incienxe   ALEXiNoniE.   —  Paris, 
E.  Leroux,  1909;  in-S",  2/1 5  pages. 

D'une  famille  originaire,  croyons-nous,  du  Liban  et  établie  depuis  long- 
temps à  Alexandrie  d'Egypte,  M.  A.  M.  de  Zogheb,  membre  honoraire 
de  l'Institut  égyptien,  a  réuni,  en  un  volume,  ies  conférences  et  les 
mémoires  qu'il  a  eu  l'occasion  de  faire  ou  d'écrire  et  qui  ont  rapport  à 
l'histoire  ancienne  de  sa  ville  natale.  Il  traite  ainsi  plus  d'une  question 
susceptible  de  piquer  la  curiosité  générale,  telle  que  celle  des  tombeaux 
desLagidesou  de  l'emplacement  du  tombeau  d'Alexandre.  La  découverte 
de  ce  dernier  provoquerait  l'intérêt  universel;  il  y  a  tant  de  siècles  qu'on 
en  parle  sans  en  rien  savoir  !  Mais  il  n'y  a  pas  d'espoir  que  l'on  puisse  pra- 
tiquer des  fouilles,  sur  son  era})laccmont  présumé,  avant  fort  longtemps  : 
le  sol  en  est  sanctifié  par  une  niosqu('e  musuhiiano  plan'-e  sous  l'invo- 
cation du  prophète  Daniel,  et  jiroti'gi'  |iar  les  tombeaux  de  plusieurs 
membres  de  la  famille  actuellement  n'gnante;  le  trésor  est  mieux  gardé 
que  par  les  dragons  des  fabh^s  orientales. 

Quant  à  l'emplacement,  il  ne  semble  pas  y  avoir  de  doute,  et  M.  de 
Zogheb  est  d'accord  avec  Schliemann  et  M.  Maspero  :  le  cjuartier  du 
lîiuchium,  détruit  en  97.^)  sous  Aurélion,  la  rue  du  Srtma  (ou  Sema) 
sont  iiidicjui's  par  les  anleiu's  anciens,  et  les  t'iudes  t()|>«)graphi(|ues 
amènent  précisc'ment  au  site  de  la  niosipiée  do  Daniel.  Sous  celU'-ci,  il 
y  a  des  substructions  qui  ont  éti-  enircvues  par  des  explorateurs  fortuits; 

XVII.  sB 


iMlniamir    !«tTlo^Al*. 


354  MARS-AVRIL   1911. 

mais  il  n'a  pas  été  possible  d'en  savoir  davantage.  D'après  notre  auteur, 
c'est  également  sur  le  même  emplacement  qu'étaient  situés  les  tombeaux 
des  Plolémées  et  même  celui  de  Gléopàtre. 

Un  certain  nombre  de  tableaux  chronologiques  présentent  aux  lecteurs 
des  concordances  qu'il  serait  fort  long  d'aller  chercher  dans  les  ouvrages 
originaux  :  les  successeurs  d'Alexandre  le  Grand ,  la  chronologie  des 
Lagides ,  celle  des  préfets  de  l'Egypte  sous  l'Empire  romain  et  l'Empire 
d'Orient.  Celle  des  dynasties  musulmanes ,  celle  des  patriarches  d'Alexan- 
drie et  des  conciles  tenus  dans  la  même  ville  permettront  de  se  rendre 
compte  rapidement  des  vicissitudes  éprouvées  par  Vemporium  fondé  sur 
l'emplacement  de  Rakoti  par  le  conquéiant  macédonien  qui  projeta  un 
si  fameux  éclat  sui'  l'histoire  du  monde. 

On  ne  peut  pas  attendre,  d'un  amateur  comme  M.  de  Zogheb,  la  pré- 
cision d'un  homme  de  science.  On  ne  lui  en  voudra  donc  pas  de  rabaisser 
le  rôle  du  célèbre  phare  rrà  éclairer  l'entrée  assez  dangereuse  du  grand 
poiifl  (p.  17)  tandis  qu'il  servait  surtout  à  signaler  au  loin  l'appi-oche 
d'un  refuge  sur  cette  côte  inhospitalière ,  si  basse  qu'on  ne  la  voit  même 
pas  à  courte  distance;  ni  de  donner  comme  unique  motif  de  l'expédition 
française  les  plaintes  de  la  colonie  contre  les  exactions  dont  elle  était 
victime  (p.  i34);  il  est  bien  connu  que  ce  ne  fut  qu'un  prétexte,  les 
causes  sont  tout  autres.  L'auteur  ne  cite  qu'en  passant  les  diverses 
interprétations  données  de  la  destruction  de  la  bibliothèque  par  les 
Arabes;  il  est  d'avis  (p.  129,  u.  4)  que  ceux-ci  n'ont  détruit  que  les 
bibliothèques  religieuses  des  églises  chrétiennes,  les  grandes  collections 
antiques  ayant  depuis  longtemps  disparu  dans  les  désastres  amenés  par 
les  guerres  civiles.  Il  rend  d'ailleurs  pleine  justice  à  Néroutsos-bey  et  à 
Mahmoûd-bey  el-Falakî ,  qui  ont  travaillé  si  heureusement  à  reconstituer 
la  topographie  de  l'ancienne  ville. 

Un  plan  de  la  ville  antique ,  une  photographie  du  buste  d'Alexandre 
le  Grand,  une  vue  de  la  mosquée  du  prophète  Daniel  dominée  par  les 
constructions  du  fort  Galfarelli,  illustrent  heureusement  cet  intéiessant 
travail  de  vulgarisation. 

Cl.  HuART. 


^liJl  ^^.«j^J!  Second  uecveil.  Conférences  faites  devant  l'Assemblée  de 
rUnivfrsité  [égyptienne]  au  sujet  de  l'usure.  —  Le  Caire,  imprimerie  du 
Wâ'izh,  rue  DarL-el-Gamâmîz,  sans  date  [1908];  in-8°,  i33  pages. 

On  sait  qu'à  l'imitation  de  la  loi   mosaïque   proscrivant  le  nechek 
{Ex.,  \xii,  25;Lét'.,  XXV,  3C).  Mahometa  formellement  prohibé  l'usiure, 


COMPTES   RENDUS.  355 

ribd  (Qor. ,  ii,  276).  Comment  concilier  celte  interdiction  absolue  avec 
les  nécessités  de  la  vie  moderne,  qui  veulent  que  l'argent  prêté  rapporte 
au  prêteur  un  intérêt  qui  le  dédommage  de  la  peine  qu'il  a  prise  en 
accumulant  ce  capital?  Gomment,  si  prêter  de  l'ai'gent  à  intérêt  est  un 
péché  mortel  qui  doit  être  puni  de  peines  éternelles ,  justifier  la  création 
d'une  banque  indigène  {cj'ySui  rr bureau  de  change»))  en  Egypte,  qui 
serait  fondée  par  des  Egyptiens  avec  des  fonds  tirés  du  pays  même'?  N'y 
a-t-il  pas  là  un  intérêt  national ,  par  crainte  qu'au  moyen  de  prêts  les 
banques  étrangères  ne  deviennent  propriétaires  des  terrains  et  n'en 
évincent  les  détenteurs  indigènes?  Il  sort  chaque  année,  des  poches  des 
Egyptiens,  plus  de  dix  millions  de  dinars  [sic,  c'est-à-dire  livres  égyp- 
tiennes, guinées  s^=>~)  pour  payer  l'intérêt  des  emprunts  contractés  par 
le  gouvernement  et  le  peuple.  Telles  sont  les  raisons  qui  ont  conduit 
divers  savants  égyptiens,  tels  que  le  Chéïkh  'Abd-el-'Azîz  Ghàouich,  le 
D'  Taufiq-Efendi  Çtdqî,  llafnî-bey  Nârif  et  autres,  à  traiter,  en  neuf 
conférences  qui  ont  été  réunies  en  un  fascicule,  celte  question  des  plus 
importantes  pour  les  musulmans  en  général. 

Les  conférenciers  n'ont  pas  la  prétention  de  démontrer  la  légitimité  de 
l'usure  [ribd)  interdite  par  le  Qorân,  mais  ils  font  remarquer  que  la  pro- 
hibition ne  porte  que  sur  l'usure  telle  qu'elle  existait  chez  les  Arabes 
pa'iens,  c'est-à-dire  à  un  taux  vraiment  excessif  (cf.  TabarI,  Tafsir, 
t.  III ,  p.  63 ,  et  t.  IV,  p.  55);  elle  ne  saurait  s'appliquer  au  prêt  à  inté- 
rêt (so^SUi  jal^^l),  surtout  quand  cet  intérêt  est  modéré;  celui-ci  est 
légitime  à  raison  des  avantages  qu'il  offre,  et  n'encourt  pas  la  réprobation 
réservée  aux  exactions  du  temps  du  ])aganisme.  Telle  est  la  thèse  juri- 
dique et  théologique  soutenue  avec  talent  et  en  langage  fort  clair  par  les 
auteurs. 

Quelques  fautes  typographiques  sont  dues  à  l'inadvertance  des  correc- 
teurs :  on  notera,  par  exemple,  p.  i25,  i.  10,  ï^Lb  au  lieu  de  s.xjLLj; 
p.  197,  1.  19,  *>.;«5*.A«iil  au  lieu  de  iÇy.Xu,i)!;  p.  i3i,  1.  19,  j.?jIaJl  pour 

Cl.  HuART. 


TiiE  Dîiviy  nt-  IIassân  isen  TiiÂmi  (ol>.  A.  II.  ."j'i),  odiled  l)y  llarlwig  lliuscii- 
FKLD,  Pli.  D.  [Gibb  Mémorial  Série»,  vol.  XIII).  —  Lcydc  et  Londres, 
E.  J.  IJrili  cl  Luzac,  1910;  in-8°,  lai-ir  pages. 

Les  récentes  recherches  historiques  sur  le  plus  loint^iiu  pa.ssé  de  l'isla- 
misme ont  attiré  rattenlion  sur  les  poésies  de  llassAii  lien    Thàbil,  l« 

a3. 


k 


356  MARS-AVRIL    1  911. 

panégyriste  du  prophète,  qui  s'était  attiré  une  sévère  punition  pour 
avoir  douté  de  la  vertu  d"Aïcha.  Etant  donné  l'incertitude  qui  entoure 
la  plupart  des  hadilh  rapportés  de  Mahomet,  il  n'y  a  que  deux  bases  bieu 
certaines  pour  asseoir  l'histoire  du  rénovateur  de  l'Arabie  :  le  Qoràn  lui- 
même  et  les  poèmes  contemporains.  Ou  avait  déjà  utilisé  l'édition  de 
Tunis,  qui  remonte  à  i864,  mais  qui,  n'étant  pas  vocalisée,  offrait  à 
chaque  pas  des  dillicultés  d'interprétation  que  M.  H.  Hirschfeld  s'est 
proposé  de  lever  par  la  publication  d'un  texte  établi  sur  des  données 
critiques.  11  a  eu  recours  au  manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale, 
dont  une  copie  faite  par  feu  Aumer  de  Munich  avait  été  mise  à  sa  dispo- 
sition par  le  Rév.  Straumann,  curé  de  Mutenzpi-ès  deBàle,  qui  avait  un 
instant  songé  à  cette  édition  et  avait,  dans  celte  intention,  interfolié 
un  exemplaire  de  l'édition  de  Tunis  où  il  avait  reporté  les  collations 
laites  sur  les  manuscrits  de  Berlin,  de  Londres  et  de  Saint-Pétersbourg. 
Toutefois  ia  base  de  la  présente  édition  est  la  copie  conservée  au 
Brilish  Muséum ,  d'une  écriture  nette  et  d'une  grande  correction ,  le  texte 
d'Aumer  sei-vant  pour  la  collatiou. 

En  passant,  je  remanpie  que  l'expj-ession  rrbare  consonautic  lextn 
dont  M.  Hirschfeld  gratifie  l'édition  tunisienne  n'est  pas  adéquate,  car 
si  les  voyelles  brèves  ne  sont  pas  indiquées,  les  voyelles  longues  le  sont  : 
il  n'y  a  de  textes  purement  consonantiques  que  de  très  vieux  textes  sur 
papyrus  ou  sur  peau  de  gazelle. 

La  première  question  qui  se  pose  en  pareille  matière  est  celle  de  l'au- 
thenticité de  ces  vieilles  poésies,  cpii,  pour  être  un  peu  plus  récentes  que 
les  Mdallaqa  et  les  autres  poèmes  anté-islamiques,  n'en  rentrent  pas 
moins  dans  le  même  cycle  de  l'histoire  de  la  langue  arabe.  Nous  avons 
sous  les  yeux  la  recension  de  Mohammed  ben  liahib,  mort  en  ^hb  heg., 
qui  la  dicta  à  son  élève  Abou-Sa'îd  es-Sokkari,  mort  en  276,  jusqu'au 
numéro  CGI  inclusivement;  les  autres  vingt-huit  pièces  furent  copiées 
par  l'élève  sans  avoir  été  dictées.  L'éditeur  infère  de  ce  fait,  constaté  pai' 
Es-Sokkarî  lui-même ,  que  Mohammed  ben  Habib  ne  considérait  pas  ces 
dernières  pièces  comme  authentiques  :  c'est  aller  bien  vite  en  besogne. 
De  ce  que  Es-Sokkarî  met  en  note  :  *^  /S-'  "il  ne  l'a  pas  dicté",  il  est 
peut-être  un  peu  hâtif  de  conclure  que  son  maître  n'avait  pas  voulu 
dicter  ia  pièce  de  vers  parce  qu'il  ne  la  considéiait  pas  comme  authen- 
tique. Ce  qui  vient,  en  revanche,  corroborer  l'opinion  émise  par  l'édilenr, 
c'est  (\ue  les  dernières  pièces  manquent  dans  le  manuscrit  de  Berlin.  En 
somme,  tout  repose  sur  la  tradition  de  Mohammed  ben  Habib.  Or  Ibn- 
Michàni  donne  d'autres  fragments  qui  ne  sont  pas  dans  le  Diwân;  et 
parce  qu'ils  n'y  figurent  pas,  est-ce  une  raison  pour  en  déclarer  l'attri- 


COMPTES   RENDUS.  357 

bution  fausse?  C'est  faire  beaucoup  d'honneur  à  la  critique  de  Moham- 
med ben  Habib. 

La  correction  typographique  n'a  peut-être  pas  toute  la  netteté  de'si- 
rable;  des  voyelles  ont  glissé  hors  de  leur  place,  des  points  diacritiques 
ont  disparu,  peut-être  au  tirage;  je  citerai  au  hasard,  p.  58, 1.  17,  *^i 
pour  ^^J4i;  j).  69  ,  1.  11,  ^^t  pour  ,^!,  1.  i3  ^15  pour  yli';  p.  60 , 
1.  19,  .xl-iJU  lire  c^J^ls.  Une  lettre  déplacée  rend  inintelligible  un 
vers  de  la  page  69 ,  1.  1 3 ,  dont  le  dernier  hémistiche  est  ainsi  reproduit  : 


c> 


Li,!^  yL.  13  [•y'i'l   ^'\<i^ 


Il  est  clair  qu'il  faut  lire  cj^  !>>  yi^^ . 

Les  scolies  sont  intéressantes.  Dans  l'expression  »jji  jL«Ll^(p.  106), 
l'annotateur  fait  remarquer  que  >.^L.«  est  ici  le  pluriel  de  j--fy«  (non 
vocalisé),  qui  signifie  rr celui  dont  on  se  moquer  kj^-^,  t^iJl  et  n'a 
rien  à  fiiire  avec  iu^^i  crfemme  impudique^  dont  le  pluriel  est  jL»Jy» . 
Nous  aurions,  en  ce  cas,  un  emprunt  au  latin  mimus,  et  les  mimes  de 
Gaza  auraient  été  comparés,  pour  leur  flexibilité,  à  la  hampe  en  bambou 
des  lances  bédouines. 

Ci.  HuART. 


RlAD   GUALI.    De  t.l   rr.ADlTIOy  considérée  comme  SOVIICE  DV  DROIT  MCSULMAN.    — 

Paris,  Arthur  Rousseau,  1909;   1  vol.  in-S";  vui-J-sig  pages. 

Le  droit  musulman  représente,  comme  on  le  sait,  l'oxemple  le  plus 
typique  peut-être  de  la  fâcheuse  confusion  du  spirituel  et  du  temporel. 
Lejiqh,  enellét,  répond  encore  aujourd'hui  à  la  définition  que  les  juris- 
consultes romains  donnaient  de  la  jurisprudence  :  Jurisprudciitia  cal  dl- 
vinarum  atquc  lunnaiiaruin  rcruni  notitia.  .  .  [Instilut.  de  Juslinien,  I.  I, 
I.  I,  S  1).  Cette  conception  de  la  nature  du  droit  a  eu  ce  résultat  que, 
chez  les  musulmans,  \q.  fiqh  a  sa  base  dans  la  religion,  avec  laquelle  il  se 
confond  d'ailleurs. 

Sons  rcîserve  des  controverses  qui  existent  sur  ce  point,  le  droit  mu- 
sulman repose  sur  quatre  hm^cH  ou  sources  qui  sont  :  1  '  le  Qoran,  >2  '  la 
Soiiiiiia,  3"  ïaiialo^ij-ic  (ou  lo,<iit/iic  liuni<ii)ic)  cl  h"  Vticcord[(il-idjm<i').G'oii[ 
à  la  seconde  de  ces  sources,  la  Sotnnui ,  que  M.  Hiad  Ghali,  docteur  on 
droit  de  la  Faculté  de  Paris  ot  avocat  à  la  Cour  d'appel  du  Caire,  a  con- 
sacre sa  thèse  de  doctoral  en  droit.  Le  livre  de  M.  Kiad  tihali  a  •>  1 8  pages. 
On  |i(Mit  dire  sans  exagérer  (pi'il  ii'(M1  l;in(li;\il  pas  hciuicoup  nutins  pour 
relever  tout  ce  (pi'il  rcnl'criiH'  dincMiclilndcs,  de  mauvaises  lianscrip- 


358  MARS-AVRIL    1911. 

lions,  (le  noms  propres  défigures,  de  fautes  de  français,  d'erreurs  dans 
la  terminologie  juridique,  tant  arabe  que  française,  etc.  Des  remar- 
quables travaux  faits  en  Europe  sur  le  droit  musulman,  il  n'est  nulle- 
ment question  dans  le  livre  de  M.  Riad  Ghali,  qui  me  paraît  ignorer  tout 
de  la  littérature  européenne  de  son  sujet,  jusqu'au  mauvais  livre  de 
Sawas  Pacha  sur  La  théorie  du  droit  musulman,  si  savamment  ciitiqué 
par  MM.  Goidziher  et  Snouck  Hm'gronje.  Il  s'est  borné,  je  crois,  à  traduire 
tant  bien  que  mal  ses  auteurs  arabes ,  en  les  résumant ,  en  y  faisant  des 
coupures  un  peu  au  petit  bonheur.  Il  en  est  résulté  un  travail  plus  obscur 
que  celui  des  auteurs  arabes  eux-mêmes ,  d'une  lecture  très  fatigante,  et 
émaillé  d'erreurs  de  toute  sorte.  L'auteur,  d'ailleurs,  avoue  lui-même 
ingénument  (p.  9)  son  ignorance  de  l'histoire,  de  la  biographie  et  de  la 
bibliographie  arabes.  Tous  ces  noms  [)ropres  qu'il  a  cruellement  estropiés 
—  et  qui  appartiennent  à  des  hommes  des  plus  illustres  de  i'islâm —  il 
avoue  qu'il  ne  les  connaissait  pas  et  ne  savait  même  pas  oii  les  chercher  : 
ff cette  dilhculté,  je  l'ai  rencontrée  sans  pouvoir  la  surmonter.  .  .  "  (p.  9). 
El  là-dessus,  M.  Riad  Ghali  préconise  une  espèce  de  confédération  de  tous 
les  pays  du  monde  pour  rechercher  les  noms  de  ces  hommes  introuvables 
et  les  centraliser  au  Caire,  cette  ville  ff  d'où  partent  les  trois  rayons  de 
science  qui  se  dirigent  vers  les  Indes  et  la  Chine,  vers  la  Tripolitaine,  la 
Tunisie ,  l'Algérie ,  le  Maroc  ;  vers  la  Syrie ,  la  Turquie  d'Asie ,  le  Cau- 
case". Grâce  à  ce  rfbureau  central  de  bibliographie  1  ,  on  pourrait  identi- 
fier les  auteur  cités  dans  sa  thèse  et  sur  lesquels  il  n'a  pu  trouver  aucun 
renseignement.  11  eût  été  beaucoup  plus  simple  pour  M.  Riad  Ghali ,  au 
lieu  d'imaginer  ce  projet  grandiose,  d'ouvrir  la  Geschichte  der  Ara- 
bischen  Literatur  de  M.  C.  Brockelmann  pour  y  trouver  des  notices 
très  substantielles  sur  tous  les  auteurs  qu'il  a  cités,  avec  de  très  précieux 
renseignements  bibliographiques.  Le  Lcxicon  bibliographicum  de  Hadji 
Khalfa  lui  aurait  donné,  au  besoin,  des  indications  sur  les  œuvres  qui 
ne  nous  sont  pas  parvenues.  Quant  aux  noms  des  quelques  Ashâbs 
(compagnons  de  Mahomet)  qui  sont  cités  dans  son  travail,  il  eût  pu  les 
identifier  —  bien  qu'ils  soient  tous  très  connus  —  en  faisant  quelques 
recherches  dans  les  Biographies  des  compagnons  du  Prophète  d'ibn  Sa'd, 
de  Nawaw^i,  d'Ibn  al-Athîr,  d'Ibn  Hadjar  al-'Asqalâni  et,  au  besoin,  dans 
le  dictionnaire  arabe,  Tâdj  al-'Aroûs.  Malheureusement,  M.  Riad  Ghali 
ignore  jusqu'aux  noms  les  plus  illustres  de  l'Islàm ,  ceux  qui  sont  connus 
même  des  non-orientalistes.  C'est  ainsi  qu'il  déclare  (p.  117)  qu'ffil  est 
impossible  d'indiquer  les  biographies  d'Ibn  'Abbâs,  d'Ibn  az-Zoubair  et 
d'Ibn  Vachir  (lire  Yàisir)^.  Quand  on  ne  sait  pas  qu'lbn  'Abbàs  est  le 
cousin  de  Mahomet,  un  des  piliers  de  la  science  des  IJadith,  précisé- 


COMPTES   RENDUS.  359 

ment;  que  'Abdallah  ibn  az-Zoubair  a  été  khalife  à  la  Mecque  et  que 
'Ammâr  b.  Yàsir,  un  des  plus  fameux  compagnons  de  Mahomet,  fut  tué 
à  la  bataille  de  SifTin,  en  l'an  87  de  l'hégire,  on  est  en  droit  d'ignorer 
les  noms  des  autres.  Car  on  peut  trouver  pour  les  personnages  susdits 
quelques  centaines  de  biographies ,  et  il  n'y  a  pas  un  seul  ouvrage  histo- 
rique arabe  qui  ne  les  mentionne ,  sans  parler  des  livres  faits  par  les  Eu- 
ropéens. 

On  ne  peut  s'étonner  dès  lors  que  M.  Riad  Ghali  nomme  Al-Guerd 
(p.  vu)  l'ilkistre  historien  Ibn  al-Athîr  al-Dja:arî;  ni  qu'il  désespère  de 
trouver  l'auteur  qui  se  cache  sous  le  nom  de  Fakhr-ul-hlam  (p.  9), 
alors  qu'il  s'agit  de  Fahhr-al-Isldm  Mohammad  b.  Hosain  al-Pazddwî 
dont  il  a  mis  l'ouvrage  si  souvent  à  contribution ,  et  qu'il  a  même  tra- 
duit textuellement  en  plus  d'un  passage;  ni  qu'il  ignore  ce  qu'est  ce 
nChams  al-Aemat  (le  soleil  des  Imâm)r).  encore  un  auteur  qu'il  a  beau- 
coup utilisé  et  qui  n'est  autre  que  Chams  al-A'imma  Mohammad  b.  Abî 
Sahl  as-Sarakhsi,  fameux  jurisconsulte  hanéfite,  mort  en  483  (^1090; 
cf.  Brockelmann,  op.  cil.,  [,  378),  le  même  que  celui  qui  est  cité  par 
M.  Riad  Ghali  quelques  pages  plus  loin  (p.  i4)  sous  le  nom  mal  tran- 
scrit de  Gharkhasi  ! 

Quant  au  style,  il  est  trop  souvent  incorrect  et  parfois  même  à  peine 
intelligible.  En  voici  quelques  exemples  : 

P.  5.  En  parlant  du  gouvernement  actuel  de  Constantinople  :  rrC'est 
ainsi  que  le  principe  même  du  gouvernement  actuel  est  légitimé  par  la 
Somma  [Tradition)  du  Prophète;  seulement  c'était  un  frein  à  l'absolu- 
tisme du  souverain,  et  il  a  cru  bon  de  s'éloigner  de  son  modèle. n 

P.  8,  Le  peuple,  en  Egyj)te,  croit  que  tout  a  été  prévu  et  réglé  par 
le  Qoran.  M.  Riad  Ghali  réfute  cette  opinion  et  dit  :  «Par  conséquent, 
n'allez  pas  croire  que  le  Qoran  c'est  tout!  Vous  serez  chiites  (hétéro- 
doxes) et  le  serait-il  ?r) 

P.  28.  tfLe  lecteur  comprendra  facilement  (!)  que  la  division  dos 
sources  du  droit  musidman  peut  varier  à  l'infini,  selon  qu'on  se  place  an 
point  de  vue  de  leurs  sources,  de  leurs  elfets,  etc." 

Ibid.  rrLes  privilèges  du  Coran  sont  :  1"  de  ne  pouvoir  être  nié  sans 
être  mécréant;  2"  de  ne  pouvoir  être  touché  en  état  de  souillure  corpo- 
relle ,  etc. » 

On  pourrait  multiplier  les  exem|)les  de  ce  genre .  mais  ils  ne  donne- 
raient jamais  luie  idée  d(>  l'énormilé  dos  orronrs  conuuises  au  point  de 
vue  aral)C  propi-cmenl  ijil.  Voici,  an  hasard  de  la  locluio,  et  sansaiionne 


360  MARS-AVRIL   1911. 

prétention  d'être  complet,  quelques  fautes  relevées  dans  les  premières 
pagps  (nous  ne  parlons  pas  de  la  transcription  qui  ne  repose  sur  aucun 
principe  ni  sur  aucun  des  systèmes  pratiqués  jusqu'à  ce  jour;  ex.  :  Gua- 
mé-cl-Gmvamé  [p.  vn]  =  ^l^  ^L^  djdmï  al-djawdmx;  el-Mouhaquak  pour 
al-mouha(jqlq  =  jLjsJ!  ;  plus  loin,  p.  VMi,-le  ^  est  représenté  par  c  :  Abî 
Isbac,  etc.  .  .  ainsi  trois  valeurs  pour  une  même  lettre  :  05  =  ^'^  c,  q). 

P.  VII.  Mouivala,  Vive  MotiivaUd  ;  Nnbahani,  lire  Nabhdnî  et  cf.  Soyoûtî, 
Lobb-al-Lobdb  (éd.  Weijers),  s.  v.;  Mohamnd,  lire  Mohammad  (partout 
M.  Riad  Gbali  oublie  de  redouljler  le  mim):  mach-hour,  lire  en  un  seul 
mot;  Al-Guerzi,  lire  al-Djazarî  ou,  à  l'égyptienne,  al-Gazarî;  Hessein, 
lire  Hosain. 

P.  VIII.  Bnnnnî,  lire  Banndnî  et  cf.  Soyoùti,  op.  cit.,  et  Brockelmann, 
s.  v.  ;  Mahali,  lire  al-MahulU  et  cf.  les  mêmes  ouvrages,  s.  v. ;  le  Hafez 
Abî  Isliac,  lire  le  HdfizAboù  Ishnq;  Chntby,  lire  Chdtibi  et  cf.  Soyoùti,  s.  v. 

P.  1  6,  Charhhasi,  lire  as-Sarnkhsî.  —  P.  qA.  Charih,  lire  Choumih  et 
cf.  Ibn  Kliallikàn  (éd.  Wiistenfeld),  notice  289,  et  Tddj  al-'Aroùs,  II, 
p.  171.  —  P.  29  Qipassim.  El-Amadi ,  lire  al-Amidi  et  cf.  Soyoùti,  s.  v, 

—  P.  3o.  El-Guabaï,  lire  al-Djoubbd'i  et  cf.  Soyoùti,  s.  v.  —  P.  35. 
El-Guerffuawi ,  lire  al-Bjourdjdni.  —  P.  89.  Karahi,  lire  al-Karkhi.  — 
P.  kl.  El-Ghaiati,  lire  al-GhazdU;  el-Dukah ,  lire  ad-Daqqdq;  ebn 
Kvîg  (?).  —  P.  47.  Abd-el-Gmbar ,  lire  'Abd  al-Djabbdr  (ou  Gabbdr). 

—  P.  53.  Votre,  lire  notre.  —  P.  60.  Maaz,  lire  Moddz;  Ouba-i-doullah. 
lire  al-Abâdila  et  cf.  le  Tddj  al-'Aroûs,  s.  v.  :  Ali  ben  Kaab,  lire  Obaijtj  b. 
Kab. 

P.  66  elpassiin.  rr L'équité,  l'équitable^,  pour  traduire  les  mots  a^Ij^ 
et  Jj^,  sont  des  inexactitudes.  En  matière  de  témoignage  et  de  trans- 
mission de  hddith,  la  *jlj«^  signifie  rrla  moralité,  riionorabilitéfl  et  la 
J.X£  est  rr  le  témoin  bonorable,  le  transmetteiii' de  hadith  digne  de  foi^. 

P.  69.  Mnsri,  lire  Misri;  Orssoulines ,  lire  OumûHijtjhi;  Emul-el  Ous- 
soid,  lire  'ilm  al-oii-wnl.  —  P.  70.  Ebn  eJ-Mousih,  lire  Ibn  al-Mo}is(nj}jnb ; 
Abdallah  ben  Sarg,  lire  'Abdallah  b.  Abi  Sarh.  —  P.  71.  As-Saddiq.  lire 
as-Siddiq.  —  P.  77.  El-Tibri{l).  Vive  al-Tabavi.  —  P.  89.  Le  mouzal.l.i 
n'est  pas  rrun  enquêteur  a,  mais  un  rcertificateur  de  moralité  ^  comme  en 
matière  de  témoignage. 

P.  87.  Les  Ansârs  ne  sont  pas  "les  Coraïcbilcs  et  autres  qui  (mt  sou- 
tenu  Maliometn.   On  a  admis  jusqu'ici  que  ce  sont  les  babitants  de 


COMPTES  RENDUS.  361 

Médine,  les  tribus  d'Aws  et  de  Khazradj. — P.  90  (deux  fois)  et  p.  io5. 
Samiitdhou  frje  l'ai  eutendun,  lire  samitouhou;  b.  Yabki,  lire  ihn  Yabqà; 
El-Nacai,  lire  En-Nasd'i.  —  ?•  91-  Sajiane;  ben  Ainia,  lire  Sofyàn;  ibii 
Omaijjja;  Zahri,  lire  az-Zohri;  Abou  Nasr  el-Sabbagh,  lire  ibn  as-Sab- 
bdgh.  —  P.  98.  El-Leissi,  lire  al-Lailh.  ^-  P.  96.  al-Kagliandi ,  lire  al- 
Khoudjandi  et  ci.  Soyoùtî,  s.  v. 

Voilà  pour  les  95  premières  pages.  Il  est  inutile  de  poursuivre  plus 
loin,  encore  plus  de  discuter  le  fond  de  l'ouvrage  :  ce  serait  remplir, 
sans  profit,  les  pages  du  Journal  asiatique.  Malheureusement  M.  Riad 
Ghali  nous  annonce  un  travail  semblable  sur  le  Qoran.  Puissent  du 
moins  ces  lignes  contribuer  à  le  faire  réfléchir  avant  de  mettre  son  pro- 
jet à  exécution  ! 

Emile  Amar. 


MamcpioJbi     no    n(J3eiiuwecK0My    HShmosHumn.     \^MatÉriavx    de    umGVlSTiQi'R 

JÀI'IIÉTIQVE.] 

1.   tLibfl   Hkohih.   rpYSUHCKiû   e.ioccapiù.  [Elic   Tchkonu.  Glossaire  géorgien.] 
H.  II.  Mappt».  rpaMMamiiKu  nancKaio  (.uucKueoJ  nibina.  [N.  Mark.  Grammaire 
de  la  langue  laze.]  — Saint-Pétersbourg,  1910. 

Sous  les  auspices  de  l'Académie  des  sciences  de  Saint-Pétersbourg  et 
sous  la  direction  de  M.  N.  Mari-,  professeur  à  la  Facultt'  des  langues 
orientales,  bien  connu  par  ses  études  sur  la  philologie  arménienne  et 
géorgienne,  s'ouvre  la  nouvelle  collection  des  Matériaux  de  liiiguis- 
tique  japhélique.  Et  c'est  M.  Marr  qui  la  présente  dans  une  introduction 
à  l'ouvrage  de  M.  Tchkonia  cpii  inaugure  cette  série  :  crLa  linguistique 
japhétiqu<!,  dit-il,  est  un  domaine  autonome  de  la  linguistique  consacré 
à  l'étude  du  géorgien,  du  svane,  (hi  mingrélien.  du  laze  et  autres 
langues.  L'autonomie  de  ce  domaine  scieiitilicpic  est  jjasée  tant  sur  le 
particularisme  des  matériaux  que  sur  les  particularités  et  l'intégralité  de 
leur  étude  et  le  système  spécial  des  lois  phonélicjues  (pii  régissent  ces 
lang\ies.  C'est  pour  servir  les  intérêts  de  cette  nouvclli'  l)ranche  de  la 
scien((î  linguistique  que  parait  la  série  présente.^  M.  Marr  se  j)jaint  de 
voir  depuis  de  longues  années  la  langue  géorgionuc  laissée  de  côté  par 
les  bn};iiistes  et  attribue  à  cette  cause  les  lacunes  des  (hctionnain^s  géor- 
giens et  l'ignorance  où  l'on  est  vis-à-vis  des  trésors  lexicographicpics  dos 
dialectes  géorgiens.  C'est  pour  cond)ler  ces  lacunes  qu'il  a  eu  l'heureuse 
idée  d'entieprendre  la  publication  d'inie  collcclion  de  reciierches  sur  les 
dialecics  du  [[éorjjifn  el  d(>s  langues  qui  lui  sont  apparcnlc-es. 

liiinportaiice  de  cette  collection   u  i-chapiMMa  à  personne  el  l"(i'u\r<> 


362  MARS-AVIUL    1<J11. 

que  M.  Marr  entreprend  sera  bien  accueillie,  notamment  de  ceux  qui 
s'occupent,  à  quelque  litre  que  ce  soit,  des  langues  caucasiques,  et  aussi 
de  ceux  qui  s'inte'ressent  aux  problèmes  de  la  linguistique  générale, 
puisque  la  place  des  langues  caucasiques  semble  encore  à  trouver,  ou  tout 
au  moins  à  démontrer  :  M.  Marr  a,  en  eftet,  lui-même  h  ce  sujet  une 
tbéorie  bien  arrêtée  dont  il  n'a  jamais  fourni  la  démonstration  systé- 
matique, et  nous  lui  devrons  d'avoir  attiré  l'attention  sur  une  branche 
importante  et  encore  neuve  de  la  linguistique ,  et  mieux  encore  :  d'avoir 
fourni  des  matéi-iaux  pour  l'étude  scientifique  des  langues  caucasiques 
du  Sud. 

I.  Le  Silfjms-kona  de  M.  Tchkonia  (exactement  Cqonia),  glossaire 
géorgien  des  mots  qu'on  ne  trouve  pas  dans  les  dictionnaires  de  Saba- 
Soulkban  Orbeliani  et  de  David  Tchoubinov  sera  un  supplément  pré- 
cieux à  ces  dictionnaires,  les  seuls  existants.  Dans  ce  glossaire  sont 
expliqués  plus  de  i.5oo  mots  qui  n'avaient  trouvé  place  encore  dans 
aucun  ilictionnaire  ou  d'anciens  mots  dans  des  acceptions  nouvelles.  Le 
mot  expliqués  semblera  peut-être  un  peu  ii'onique  :  sauf  l'introduction 
en  russe,  l'ouvrage  est  complètement  en  géorgien,  mots  étudiés  et  com- 
mentaires, mais  ces  commentaires  auront  un  intérêt  (pour  l'étude  des 
synonymes,  nous  dit  M.  Marr,  qui  aurait  ])ien  dû  s'inspirer  de  sa  re- 
marque et  l'appliquer  à  son  ouvrage  sur  la  langue  laze,  le  n°  II  de  la 
collection,  où  cela  aurait  eu  un  intérêt  ])ien  jilus  grand  de  comparaison). 
La  signification  des  mots  est  illustiée  par  des  phrases  typiques  et  parfois 
des  dictons,  des  proverbes.  Explications  ethnographiques,  mots  dialec- 
taux :  gouriens,  iniéréthiens,  kharthaliniens ,  pchavo-khevsoures  et 
autres ,  mots  puisés  dans  les  vieux  textes  géorgiens  nouvellement  édités , 
noms  populaires  d'hommes  et  de  femmes ,  noms  d'animaux  à  leurs  dif- 
férents âges,  voilà  d'après  M.  Marr,  bon  juge  en  celte  matière,  les 
nouveautés  de  ce  travail  austère  d'un  ff provinciale  d'Aiexandropol. 

II.  M.  Marr  a  fait  récemment  un  voyage  au  Lazislan  et  sa  grammaire 
laze,  avec  chrestomathie  et  vocabulaire,  est  un  des  fruits  de  cette  expédi- 
tion, décrite  par  lui  dans  le  Bulletin  de  l'Académie  impériale  des  sciences, 
lyio,  p.  547  à  670  et  607  à  682  ,  sous  le  titre  ;  Hst.  nots^Ku  b-b  Type- 
HKiS  ^lasHCTaH-b  (BneHaTjtaifl  11  HaôjiOAenifl),  et  rrpi-ovoquée  par  le  hiil 
que  les  matériaux  dont  on  disposait  sur  la  langue  laze  étaient  non  seule- 
ment rudimentaires ,  mais,  ce  qui  était  inquiétant,  évidemment  sus- 
pects n. 

Conformément  aux  idées  reçues,  M.  Marr  place  la  langue  laze  (qu'il 
veut  appeler  tchane  d'après  le  nom  géorgien  des  Lazes)  à  côté  du  min- 
grélien ,  du  svane  et  du  géorgien.  Bien  que  reconnaissant  sa  parenté  plus 


COMPTES  RENDUS.  363 

étroite  avec  le  mingrélieu ,  il  n'accepte  pas  l'idée  d'Erckert  qui  la  consi- 
dère comme  un  dialecte  du  mingiélicn,  mais  il  fait  du  mingrélien  et  du 
laze  un  groupe  qu'il  appelle  tubal-caïnique.  Et  à  ce  propos  nous  remar- 
querons que  M.  Marr,  lompant  avec  les  dénominations  en  usage ,  veut 
enrichir  la  nomenclature  scienlifique  moderne  d'un  assez  grand  nombre 
de  termes  nouveaux;  si  la  Bible  ne  suffit  pas  à  lui  fournir  un  vocabu- 
laire assez  complet,  elle  y  contribue  pour  une  bonne  part.  Nous  ne 
suivrons  pas  M.  Marr  sur  ce  terrain ,  et ,  pour  ce  qui  est  de  ses  théories 
sur  les  langues  japhéticpies  et  les  divers  groupes  de  langues  qu'il  veut 
faire  entrer  sous  cette  dénomination,  nous  les  laisserons  de  côté  tant 
qu'il  ne  nous  en  aura  pas  donné  l'exposé,  avec  arguments  à  l'appui, 
dans  un  travail  d'ensemlde,  comme  il  nous  le  promet  p.  xxii  :  tfSous  le 
tableau  11  est  indiquée  la  généalogie  des  langues  japhétiques  telles  que  nous 
nous  la  représentons  après  ce  que  nous  avons  pu  tirer  de  nos  recherches 
sur  la  langue  laze.  11  va  de  soi  qu'ici  nous  ne  donnons  que  des  résul- 
tats généraux.  Pour  ce  qui  est  des  détails,  fondés  sur  les  matériaux 
recueillis  et  présentés  dans  le  travail  actuel ,  ils  sont  réservés  pour  une 
étude  consacrée  spécialement  à  l'étude  comparative  des  langues  japhé- 
tiques. Naturellement  nous  désirerions  pendant  ce  tem})s,  personnelle- 
ment ou  par  l'intermédiaire  d'autres,  com])léterou  corriger  les  données 
rassemblées  et  surtout  augmenter  le  nombre  de  nos  textes  lazes.^ 

En  ce  qui  concerne  la  langue  laze  elle-même,  dans  l'étude  de  M.  Marr 
nous  trouvons  une  classilication  des  quelques  dialectes  observés  tant 
par  l'auteur  que  par  ses  devanciers,  Klaproth,  Rosen,  Peacock, 
von  Erckert  et  Adjarian  '"' ,  qu'il  maltraite  tant  soit  peu.  Tous  à  des 
titres  divers  s'étaient  occupés  de  la  langue  laze ,  mais  M.  Adjarian  avait, 
comme  le  fait  maintenant  M.  Marr,  réuni  dans  une  étude  conqiilative  les 
tiavaux  de  ses  prédécesseurs  et  les  siens  propres,  et  composé  un  vocabu- 
laire suivi  d'une  grammaire  et  de  quelques  textes.  M.  Adjarian  (que 
M.  Marr,  à  l'imitation  de  M.  Schuchardt,  tient  à  nommer  Atchareau  bien 
que  la  transcription  qu'il  a  lui-même  adoptée  poui-  son  nom  soit  fondée 
sur  la  prononciation  de  l'arménien  occidental'"^'  :  M.  Adjarian  est  Armé- 
nien de  Cousiantinople)  est  cité  fréquemment,  mais  sans  indulgence  et  le 
plus  souvent  à  piopos  de  ses  erreurs  ou  inexacliludes.  Les  langues  cau- 


'''  AnjAuiAN,  Kliidf  xnr  la  langue  laze  (Exlrnil  dos  Métnoirex  de  la  Société  de 
Liiiguislifjue  de  /V/mx,  iSi)(),  t.  \). 

'*'  II.  Maim'i..  OiiKiniiiiiii  iii(i(j.iiui.i>i  ;•?.  riia.\iMiiintu,ih  ()ju'nnr-:j)Y-iUHCKa<^o  n.ihiuii 
r?.  t)nr()it<iniiiii(:iiiniiiM7i  cootfiii.cHic.»!?.  a  podcinnib  epy,iaHCK(un  ii.mKfi  rh  rcMumtiHc- 
cKtiMU.  Saiiit-l'élorsljoiir};,  1908. 


36A  MARS-AVRIL   1911. 

casiques  du  Sud  ont  une  série  aspirée  de  consonnes  ph,  th,  kh,  qu'il  est 
assez  délicat  pour  une  oieille  non  caucasienne  de  distinguer  soit  de  la 
série  sonore  b,  d,  g ,  soit  de  la  série  sourde  p,  t,  k.  \]\\  Arménien  de 
Gouslantînople,  qui  a  dans  sa  langue  des  consonnes  que  nous  pourrions 
comparer  aux  consonnes  allemandes  h,  d,  g-p,  t,  k,  était  le  plus  mal 
placé  du  monde  pour  observer  cette  séi'ie  aspirée,  et  eu  fait  M.  Adjarian 
a  indifféremment  transcrit  p,  t,  k,  les  deux  séries^,  t,  k,  et  ph,  th,  kh. 
Evidemment  M.  Marr  a  pu  constater  sur  place  au  Lazistan  que  la  notation 
de  cette  nuance  manquait  dans  la  transcription  de  M.  Adjarian  et  aurait  pu 
s'en  douter  auparavant,  sachant  bien  lui-même  combien  elle  est  parfois 
difficile  à  saisii'.  Le  géorgien  lui  permettait  de  rétablir  à  coup  sûr  la 
plupart  des  formes;  il  est  clair  qu'il  y  avait  là  ou  une  ftiute  de  transcrip- 
tion ou  bien  dans  la  langue  laze  une  perle  étrange  d'une  série  de  pho- 
nèmes caucasiques.  Or,  Erckert  avait  noté  des  aspirées  :  elles  avaient 
donc  échappé  à  M.  Adjarian.  C'est  ce  qu'avait  découvert  déjà  et  signalé 
M.  Schuchardt  dans  le  compte  rendu  de  la  Wiener  Zeitschrijt  fiir  die 
Kunde  des  Morgeidandes  (t.  XVI,  p.  879  h  àok)  qu'il  consacrait  à  l'ou- 
vrage de  M.  Adjarian,  et  oii  il  a  relevé  la  plupart  des  défauts  de  ce  livie 
avec  sa  simple  connaissance  du  géorgien;  il  lui  repi'ochait  notamment 
(p.  387)  de  n'avoir  pas  conservé  au  moins  les  aspirées  indiquées  par 
Erckert:  «  .  .  .der  Verfosser,  der ja  im allgemeinen  die  Schreibung  seiner 
Quellen  wiedcrgil)t.  mussle  das  auch  hier  und  besonders  hier  tun.  Al- 
lein  er  wandelt  aile  kh,  ph,  th  Eickerts  in  À-,  p,  t  um  und  zwar  auch 
wenn  die  betroiïende  Forni  nur  aus  Erckert  belegt  ist,  so  bat  er  z.  B. , 
kviiici,  pirpili ,  lutaKxv  Erckerts  khvinci,  phirphili,  ihulha.  Das  ist  um  so 
wunderbarer  als  er  bei  den  Aifrikaten  den  Unterschied  aufrechl  erhidt  ; 
er  schreibt  hier  Erckert  nach,  j,.  B. ,  dckemi,  tctina  ohne  daraus  je  eine 
sicli  darbietende  Nulzanwendung  zu  ziehen.'" 

11  n'y  avait  pas  lieu  d'accabler  M.  Adjarian  à  ce  propos;  M.  MaiT 
aurait  pu  signaler  une  fois  pour  toutes  la  tianscription  défectueuse  des 
aspirées p/<,  th,  kh,  sans  y  revenir  pour  chaque  exemple  particulier,  car 
l'ouvrage  de  M.  Adjarian  est  très  honorable  et  le  premier  de  son  genre. 
M.  Marr  n'est  cependant  pas  sans  lui  reconnaître  des  mérites;  il  nous  dit, 
mais  comme  à  regret,  dans  un  chapitre  spécial  sur  la  rr littérature  delà 
question  1  (.InTepaTypa  npeAMexa)  p.  XXV  et  xxvi  :  rr  Tout  cela  cependant 
en  son  temps  n'a  pas  empêché  le  travail  de  M.  Adjarian  et  de  ses  prédé- 
cesseurs de  me  rendre  un  grand  service.  Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  là-dessus 
qu'avant  mon  voyage  j'ai  fait  le  schéma  (nt.ipaôoTaj'h  oômyio  cxcmy) 
d'une  graniniaire  de  la  langue  laze,  et  c'est  grâce  à  eux  que  je  suis 
arri\('  au  l^a/istan  avec  une  certaine  pi-i'paralion.  Spécialement,  le  travail 


COMPTES  RENDUS.  365 

compilalif  de  M.  Atljarian,  particulièrement  son  dictionnaire,  m'a  servi 
de  questionnaire  (onporHWM-b  .uictomt,)  tout  prêt  pour  la  lexicographie, 
questionnaire  qui  e'videmment  se  corrigeait  et  se  complétait  de  mes 
observations  personnelles,  n 

Il  faut  en  effet  rendre  à  M.  Marr  cette  justice  qu'il  a  ajouté  de  nou- 
veaux textes  aux  anciens  repris  et  corrigés  par  lui.  Le  lexique  s'en  est 
trouvé  augmenté  d'autant,  et  les  matériaux  plus  sûrs  permettront  une 
interprétation  plus  exacte  des  phénomènes  linguislicjues.  En  outre,  on  ne 
peut  que  féliciter  M.  Marr  d'avoir  laissé  de  côté  les  transcriptions  en 
caractères  latins  (et  notamment  la  sienne)  tant  qu'il  n'y  aura  pas  eu  une 
entente  sur  ce  point ,  et  d'avoir  adopté  ici  l'alphabet  géorgien  dont  ou 
ne  saurait  trop  vanter  la  commodité  pour  la  notation  des  langues  cauca- 
siques. 

M.  Marr  aurait  facilité  singulièrement  la  tâche  de  tous  les  lin- 
guistes européens  qui  poun-onl  avoir  à  se  servir  de  son  ouvrage,  en 
indiquant  au  moins  les  rapprochements  géorgiens  des  faits  lazes.  A 
leur  défaut,  un  commentaire  géorgien  des  mots  et  la  traduction  eu  géor- 
gien des  textes  qu'il  a  traduits  en  russe  auraient  pu  être  d'un  certain 
secours  Mais,  dans  la  grammaire  comme  dans  le  vocabulaire,  s'il  a  in- 
ique quelques  rapprochements  géorgiens,  l'auteur  semble  s'en  être  tenu 
aux  plus  suspects. 

Nous  signalerons  enfin  le  chapitre  du  verbe  qii'il  a  mis  au  point, 
donnant  des  préfixes  et  des  préverbes  une  analyse  exacte  et  complète. 

Mais  tout  cela,  il  faut  le  dégager  dans  chaque  chapitre,  des  para- 
graphes où  M.  Marr  donne  ses  aperçus ,  ses  théories  personnelles  et  des 
résultats  auxquels  il  est  arrivé,  sans  rien  pour  les  expliquer.  Nous  l'avons 
vu  insister  sur  l'aulnnomie  du  groupe  japhétique  (svane,  la/e.  niingré- 
lion,  géorgien)  dans  linlroduction  âv.  l'ouvrage  de  M.  Tclikonia,  et  sur 
frle  système  spécial  des  lois  |)lionétiques  qui  le  régissent'^.  Si  c'est 
frd'a|)rès  ces  lois  spéciales  dans  un  groupe  de  langues  indépendant  de 
la  science  linguistique  générale n ,  que  M.  Marr  a  lire  ses  conclusions, 
puisque  d'autre  part  il  ne  vouliiit  pas  nous  donner  dans  sou  élude  les  faits 
correspondant  aux  faits  lazes  des  autres  langues  de  celle  famille,  ni  s'ap- 
puyer sur  des  exem])les,  il  aurait  dû  s'abstenir  (Tiulioduire  à  chaque 
page  tout  l'appareil  de  ses  théories  pour  le  moins  discutables  qui  ren- 
dent la  lectui'e  du  livre  fatigante  et  n'éclairent  en  rien  le  lecteur,  à  moins 
(|u"il  ne  se  résigne  à  cioire  aux  allirinalions  df  M.  Marr  sans  les  con- 
trôler. C'est  ainsi  rpie,  p.  <)  et  lo,  poin-  les  voyelles  finales  des  dé'sineuces 
rasiielles  e,  i,  o,  il  restitue  respecliveineut  '«,  "//,  ''a,  sans  autre  e\|)lica- 
tiou,  sans  renvoi  (je  ne  saclie   |>as   (pi'il  en  ait  parlé  par  ailleurs).  A 


(I 


366  MARS-AVRIL  1911. 

maintes  reprises  il  déclare  que  tel  mot,  telle  forme  sont  réguliers  (aaKOHHo- 
Mibpuo)  ou  que  ce  n'est  pas  là  ce  qu'il  attendait ,  mais  sans  dire  pom^quoi. 
Il  fait  aussi  part  de  ses  hypothèses  :  notamment  p.  /i2  et  43  où  il  traite 
des  auxiliaires.  11  \eu[  envisager  la  racine  r  du  verbe  substantif  comme 
une  racine  hvl:  en  passant,  nous  remarquerons  que  M.  Mair  considère 
toutes  les  racines  verbales  comme  «-triconsonantiquesn,  dominé  qu'il 
est  par  son  idée  de  rapprocher  les  langues  japhétiques  (d'où  la  dénomi- 
nation) des  langues  sémitiques;  ceci  ouvre  d'ailleurs  un  vaste  champ  à 
ses  hypothèses,  car  les  racines  verbales  des  langues  caucasiques  sont 
extrêmement  réduites  et  disparaissent  parfois  complètement  comme  il  le 
constate  lui-même,  et  on  a  beau  jeu  pour  reconstituer  tout  ce  qu'on  veut; 
pour  le  cas  particuher  du  verbe  être  r<.hvl,  M.  Marr  est  moins  pru- 
dent que  d'habitude  puisqu'il  énonce  :  r  tubal-caïnique  [laze-mingrélien] 
est  l'équivalent  de  /  géorgien  (KapxcKiB),  une  loi  phonétique  pour  justi- 
fier son  hypothèse.  On  a  en  effet  des  r  lazes  correspondant  à  des  /  géor- 
giens, mais  le  phénomène  ne  semble  pas  général  et  paraît  se  ramener  à 
des  cas  particuliers.  C'est  donc  une  hypothèse  étayée  sur  une  deuxième: 
l'édifice  est  fragile.  M.  Marr  nous  en  dit  trop  ou  pas  assez  au  point 
de  vue  comparatif;  trop  de  théories  sans  faits  les  appuyant.  11  nous  a 
privés  de  ce  qu'il  aurait  pu  nous  donner  en  toute  compétence  et  en  toute 
sécurité  :  les  formes  géorgiennes  correspondant  aux  faits  lazes. 

En  résumé,  l'ouvrage  de  M.  Marr  dans  sa  partie  descriptive  apporte 
une  importante  contribution  à  l'élude  de  la  langue  laze  et,  par  là,  à 
l'élude  générale  des  langues  caucasiques  du  Sud  où  tant  de  questions  sont 
encore  à  élucider.  Mais ,  à  notre  avis ,  il  faudra  pour  l'utiliser  et  en  faire 
état,  faire  soigneusement  le  départ  des  théories  de  l'auteur,  de  son  idée 
directrice  et  de  sa  solution  déteiminée  à  l'avance. 

J.  Reby. 

Le  laze  est  l'une  de  ces  langues  sans  littérature  qui  ne  sont  étudiées 
que  depuis  le  xix°  siècle.  Klaproth  (iSsS),  Rosen  (i843),  Peacock 
(1887),  ^^^  Erckert  (1896)  sont  les  premiers  savants  qui  s'en  soient 
occupés;  j'ai  aussi  publié  une  étude  spéciale  (voir  M.S.L.,  t.  X)  où  j'ai 
recueilli  tout  ce  que  mes  prédécesseurs  avaient  enseigné.  Le  travail  de 
M.  MaiT,  qui  vient  de  paraître,  dépasse,  en  volume  et  en  qualité,  tous 
les  précédents.  L'auteur  qui  est  un  spécialiste  des  langues  caucasiques 
et  qui  du  reste  est  d'origine  géorgienne ,  a  passé  plusieurs  mois  chez  les 
Lazes  et  a  étudié  leurs  différents  dialectes  sur  les  lieux  mêmes.  Son  livre 
présente  une  double  garantie  de  com[)étence  et  d'authenticité. 

Dans  l'inlroduclion,  lauteuc  traite  du  groupe  des  langues  ffnoétiques« 


COMPTES   RENDUS.  367 

subdivisé  iui-mêtne  en  trois  branches  :  langues  se'mitiques,  langues 
japhëtiques  et  langues  kbamitiques.  Les  langues  du  Caucase  me'ridional , 
ainsi  que  le  laze,  appartiendraient  à  la  branche  frjaphétique''.  U  sagit,  on 
le  voit,  d'une  nouvelle  classification  de  langues,  proposée  par  M.  Marr, 
il  y  a  quelques  années,  mais  qui  n'est  encore  admise  par  aucun  savant. 
M.  Marr  croit  aussi  pouvoir  faire  entrer  l'arménien  dans  la  branche 
japhétique;  il  tient  celui-ci  pour  une  langue  d'origine  caucasique,  ensuite 
indo-européanisée ,  sousl'inlluence  d'une  grande  colonie  indo-européenne. 
Pour  prouver  cette  thèse,  M.  Marr  a  expliqué,  dans  une  série  d'articles 
publiés  dans  le  Bullelin  de  l'Académie  de  Saint-Pétersbourg ,  quelques 
dizaines  de  mots  arméniens  par  des  étymologies  caucasiques.  Mais  ces 
étymologies  ne  prouvent  rien,  à  notre  avis;  les  unes  sont  sans  doute 
fausses  ;  pour  les  autres  il  s'agit  de  simples  emprunts. 

La  grammaire  laze  de  M.  Marr  est  en  général  descriptive;  pour  l'expli- 
cation des  formes,  l'auteur  n'entre  pas  dans  la  comparaison  des  langues 
congénères  (géorgienne  et  autres).  Le  mécanisme  des  préfixes  verbaux, 
qui  restait  inexpliqué  dans  les  travaux  précédents,  trouve  ici  son  explica- 
tion claire.  Au  contraire ,  les  païadigmes  des  verbes  impersonnels ,  itéra- 
tifs, négatifs,  passifs  et  interrogatifs  (voir  mon  étude,  p.  88-96)  sont 
ou  négligés  ou  extrêmement  courts.  La  chrestomathie  est  riche;  mais 
les  poésies  et  les  chansons  populaiies  ne  sont  pas  traduites,  tandis  que  les 
conversations,  formées  en  général  de  petites  phi-ases  rudimentaires,  sont 
toujours  accompagnées  de  leur  traduction  russe. 

Le  dictionnaire  laze-russe  contient  près  de  trois  mille  mots,  y  com- 
pris les  emprunts  turcs  qui  abondent  en  laze.  Je  crois  que  ces  emprunts 
n'ont  pour  la  plupart  rien  à  faire  réellement  avec  le  laze  et  cpi'on  ferait 
mieux  de  les  omettre,  comme  ce  que  j'ai  fait  dans  mon  dictionnaire  laze- 
français.  M.  Marr  va  jusqu'à  donner  des  mots  tout  à  fait  scientifiques, 
comme  celui  de  la  constitution  ottomane  (hurnyel) ,  les  noms  des  signes 
vocaliques  arabes,  etc.,  qui  sont  à  peine  connus  de  quelques  rares  lettrés 
lazes.  Et  encore,  je  ne  crois  pas  que  la  collection  de  M.  Marr  soit  com- 
plète. M.  Marr  s'est  efforcé  d'indiijuer  l'origine  de  ces  enqjrunts,  mais 
il  n'y  a  pas  toujours  réussi.  Conlraiienienl  au  bon  usage  des  savants 
européens,  il  ne  met  point  la  transcription  des  mots  étrangers,  et  il  fait  sou- 
vent en  turc  des  fautes  grossières.  Ainsi  les  formes  cj^S^j,  (p.  1 45),  ^Sj~j 
(p.  i46),  ^s/c.'(p.  197),  »j^  (p.  i5i),  j^-lrf(p.  176),  .-Jb(p.  188), 
^.^♦■^  (p.  Qio)  n'existent  [las  en  turc;  il  faut  les  corriger  v:^^^^ ,  ^^-j- 
(se  prononce  maintenant  tanro,  d'où  la  l'orme  laze  l'ami  que  je  cite  dans 
mou  étude,  p.  io4),  (^^'  -^i-f  obL>«  *jLb,  y~:i^.  Le  mot  svjili  s'ex- 
plique mieux  par  sejil,  (jue  par  scjih.  Il  y  a  de  plus  une  nuisse  de  mots 


368  MARS-AVRIL   1911. 

qui  sont  clairement  des  emprunts  turcs  et  que  M.  Marr  n'indique  pas 
comme  tels;  ainsi  nous  avons  : 

baba  «pied  de  table n<  t.  bâbà.  Ce  mot  ne  se  trouve  pas  dans  les  dic- 
tionnaires turcs,  mais  il  est  employé  à  Gonstantinople  au  sens  du  crplus 
gros  balusLre  dans  la  balustrade  d'un  escâlier^i. 

basiugi  rrdotn<t.  hâshq  ff somme  que  Tépoux  paye  à  sou  beau-père 
pour  prendre  sa  fdle  en  mariage n. 

bina -<:  av.  bina  rr  construction ,  édifice  i. 

boi,  dans  znga-boi  nie  long  delà  meri  est  certainement  t.  èô^  rf  taille, 
longueurs.  Cf.  yâh-bôijd  rr  le  long  de  la  mem,  dcrc-bôijo  rrle  long  du 
fleuves ,  etc. 

daraba  crmur  angulaire  n  <;  t.  dial.  daraba. 

dibcti  rr  espèce  d'étoffe  n  <:  t.  dibet. 

dncagi  rrdais  nuplialn  <t.  duvâq  rr  voile  de  la  nouvelle  mariée^. 

duti  rrle  potageri<;t.  duz  rrplat^  ,  dial.  rrchampn. 

eJmazi<d.  eJmds  rr  diamant 'i. 

esin<:t.  esre  rr  signe  vocalique  de  i,  a-n. 

t'abla  rr  coiffure  de  femme  «<  t.  dial.  tabla,  même  sens. 

t'avale  t.tâva  rr  poêle  à  frire  n. 

t'clilci  rr  boutonnière  n  <:(lp/«A:  rrtroun  (se  dit  aussi  de  boutonnière). 

t'irt' <c:i.  titremek  rr  trembler  n, 

t'oxli<:t.  àin].  tooclu  ncheyresiiin. 

k'irez-ay  <;  t.  dial.  hirâz-ayd  rrjuin^i  (lill.  mois  des  cerises). 

}eaHçi-<zi.  qânja  rrcrocn. 

kapam-<:t.  qâpân  rr  piège  n. 

kardala  rr  chaudière  n  <  t.  gerdel  rrcuveau^  (?). 

kasavi<z^-  qâsâjd,  dial.  yasav  rr  étrille  ". 

kisiri  <  t.  qdS9r  rr  stérile  ii. 

kopca<:t.  qôpca  rr  bouton  n. 

kuzi<::t.  qûza  r  agneau  n. 

kuhima,  kukma.  <c  t.  giigihn,  gihjiliu  rrgrande  cruche  de  bronzen. 

legeni<z.\\.  legen  t.  lehen  rr  cuvette». 

Ubadi<zar.  libâda  rr  veste  ■«. 

makoki ,  maUok'i,  mark'nk'i  rr  navette  de  tisserand»  ne  vient  pas  de 
l'arm.  mahnjk  rr])arque»  mais  du  t.  vwklk  rruavette»,  ce  dernier  étant 
emprunté  à  l'arménien. 

marlini'<.i.  mnrtd  rr  mouette». 

mpsli<zL  mest  rrl)rodequin». 

iiirji  rraide,  secours»  <  t.  dial.  mcji,  d'où  artn.  dial.  miji  rrh'avail  ou 
cuiHJuun». 


COMPTES  RENDUS.  369 

;ion«<:t.  ninc,  ncne  rrgrand'mère",  arm.  dial.  nan. 

nani,  nani,  hanani<Zt.  neimi,  arm.  dial.  nanik  aberceuse». 

sargana  ffanguillen  <  t.  zârgmm. 

««/•«//f  bouquet  de  poils  du  maïsn  <:  t.  saqdl  rrbarbc^. 

sout'i  rr  espèce  d'arbre 71  <;  t.  sôgût,  sôyiid  nsaule». 

tabani ■<,[,.  daban  tr plante  du  pied». 

pala-<.t.  pâlâ  crsabren  ;  d'où  buyugi  p'ala<Z  t.  pâlâ-boyoq  trà  longues 
moustacbes». 

porçuxi<Zt.  porsuq  n-hyènen. 

p'oskoU<z.t.  piiskiil  rfbouppe". 

k'eseri  ■<  t.  keser  «  doloire  i . 

Uoça\ù<z  «passeport''  <:t.  qôcân  crsoucbe  du  registre». 

cap' a  <;t.  càpa  ffliouei ,  de  l'ital.  zappa  «piocbe». 

çoxa<ii.  dial.  cûqa,  cfiha,  d'où  arm.  dial.  ètiaa  «  veste». 

kalasap'i  ff  espèce  de  poire»  <;  qâbn  mp  ff  espèce  de  poire  dont  la  tige 
est  assez  épaisse»  (de  qâbn  rr  épais»  et  de  sâp  rlige»). 

cikriki^ci.  coqraq  irtour,  rouet  (pour  fder)». 

caprasù-<.i.  câprâst  iragrafe»,  du  p.  capmst  «à  gauclie  et  à  droite». 

cMce<t.y)ï/e  frnain». 

xava,  hava  n'est  pas  du  géorg. ,  mais  du  t.  hava,  heva  rrair,  temps». 

xamia-<.i.  hiimnia  rr  typhus  ^^  <ar.  huinma  fffièvre». 

heluUi<:.X.  hellak  ff  exterminé  par  la  fatigue  »<:  ar.  Iialak  frmort, 
perdu». 

Jilisi  <  t.  Jiliz  ff  bourgeon  ». 

xartoina<c.t.  dial.  a:an/«ma  (d'où  arm.  dial.  xarUima)  ff  bardeau». 

Le  laze,  toujours  en  contact  avec  le  grec,  a  aussi  emprunté  beaucoup 
de  mots  à  cette  dernière  langue,  dont  quelques-uns  sont  indiqués  par 
M.  Marr,  les  autres  oubliés.  Parmi  ces  derniers,  je  lais  remar(|uei'  paii- 
kari  ff  brave  garçon»  ,  eh  ff  viens!  » ,  Icalat'i  rrcorijeille»  <;gr.  HxXi6i((Voh 
arm.  dial.  kalat'),  molok'i  frespèce  de  plante»  <gr.  [xoXô'/yj  (d'où  arm. 
molos  ffmauve»),  ijcj-oh* '<  gr.  -crepoûvi  (d'où  arm.  dial.  pcron  ff  four- 
chette»), motak'sr ,  mctak'si ,  mokdasi  ff  soie  »,  wesog-o»/ tr  lombes»,  lobya 
ff  haricot  »,  /«//«nrt,  luk'na,  nuk'la  ff  bougie  de  cire»,  k'avtali  n-papier-, 
k'die  ffô  nile!»,  papa,  papuli  ffgrand-père'^  <:gr.  -zsi-înros  (avm.  pap) , 
proskya ,  praska ,  prasa  ff  poireau  »<  gr.  -urpicrtov  (t.  prâsa,  arm.  pras), 
çap'ula  ff  espèce  de  chaussure-. 

Le  laze  a  aussi  des  emprunts  européens,  la  plupart  italiens,  passés  par 
l'intermédiaire  du  grec  moderne  ou  du  turc.On  peut  citer  lipnrdc  (rhyène» 
'<ital.  Icopardo,  mandili  ffinouchoir»,  iiiiiit'n  rr mcn lin; -, /.(f/jo// tf espèce 
d'habillement»  <c  fr.  capote,  ktikula  rrcapuchon-  -<lat.  cuculla  (la  forme 

XVII.  a', 


Itintiurmii    atTi.i^iir. 


370  MARS-AVRIL   1911. 

géorg.  hunkuli  est  empruntée  à  l'arm.  kiigid ,  à  cause  de  l'n),  kirali  crroin 
(cf.  aussi  le  turc  qarâl  rrroin),  kocoporta  de  l'ilai.  porta  rr porte,  ?««- 
nati  ff rouble  russes  <;  du  russe  moncta  crmonnaie^i,  cigara  rrciga- 
retten.  M.  Marr  n'indique  pas  l'origine  de  ces  mots. 

En  dehors  de  ces  trois  catégories  de  m'ots  qui  ne  peuvent  pas  être  très 
anciens,  il  y  a  encore  un  grand  nombre  de  mots  lazes  apparentés  à  l'ar- 
ménien ancien  ou  aux  dialectes  modernes.  M.  Marr  en  cite  quelques-uns , 
comme  tani  frpetit-laitn  <<arm.  t'an,  omik'sura,  omisura  rrcrèche,  man- 
geoire n  <  arm.  msur,  pâli  ff  morceau  de  bois»  <arm.j9ai/f  ffbois»  (les 
deux  premiers  rapprochements  sont  emprunte's  de  mou  ëtude  sans  la 
citer),  etc.  Le  mot  laze  miurli  tfbourdonn  est  comparé  avec  une  forme 
arm.  iTJtiuJ-,  mais  il  n'existe  un  pareil  mot,  ni  dans  l'arménien  ancien, 
ni  dans  les  dialectes  modernes. 

Dans  le  dictionnaire  de  M.  Marr  j'ai  trouvé  80  mots  lazes  qui  ont  cer- 
tains rapports  avec  l'arménien  ;  l'étude  de  ces  mots  sera  publiée  prochai- 
nement dans  la  revue  arménienne  Avaral. 

Le  livre  de  M.  Marr  est,  d'un  bout  à  l'autre,  la  critique  de  mon 
étude.  Tout  d'abord,  il  n'accepte  pas  l'idée  du  dialecte  de  Batoum  qui 
m'a  servi  de  base,  et  il  l'ajjpelle  un  ff  malentendu  75  (p.  xvu).  frMes  pré- 
décesseurs parlent,  dit-il,  d'un  certain  dialecte  laze  de  Batoum.  C'est 
un  malentendu ,  pareil  à  celui  qu'il  y  aurait  à  parler  actuellement  d'un 
dialecte  laze  de  Bizé.  A  Bizé,  comme  à  Batoum,  il  y  a  des  Lazes,  mais  ce 
sont  des  émigrants  de  différentes  pai'ties  du  Lazistaù. '^  M.  Marr  ignore 
que  Batoum  était  la  principale  ville  laze,  jusqu'à  dernière  guerre  russo- 
turque.  D'après  ce  que  j'ai  entendu  dire,  il  y  avait  alors  là  5oo  maisons  la- 
zes. Quand  la  ville  tomba  sous  la  domination  russe,  les  Lazes  la  quittèrent 
et  éraigrèrent  en  Turquie.  Une  Jionne  partie  de  ces  émigrants  est  in- 
stallée aux  environs  d'izmidt  (Asie  Mineure)  où  les  Lazes  ont  fondé 
plusieurs  villages.  Les  personnes  qui  m'ont  appris  le  laze  à  Gonstanti- 
nople  étaient  justement  de  ces  émigrants  de  Batoum.  Comme  M.  Marr 
même  a  eu  l'occasion  de  le  remarquer  plusieurs  fois,  les  formes  de  Ba- 
toum sont  les  plus  archaïques,  et  si  l'auteur  veut  étudier  le  laze  à  fond , 
il  doit  visiter  les  villages  d'Izmidt,  pour  vérifier  et  continuer  ce  que  j'ai 
donné  dans  mon  étude. 

Une  autre  faute  de  M.  Marr  est  de  ne  }>as  citer  les  auteurs  qu'il  a 
consultés  ou  de  les  citer  fort  médiocrement.  Ainsi  il  emprunte  des  cen- 
taines de  mots  et  des  centaines  d'exemples  à  mon  élude,  mais  il  ne  la 
cite  que  lorsqu'il  trouve  quelque  faute.  D'ailleui-s  je  crois  qu'il  n'a  pas 
eu  sous  mains  les  travaux  de  Klaproth,  Peacock,  et  von  Erckert,  qu'il 
ne  semble  connaître  (pie  par  mon  livre.  Ainsi  M.  Marr  m'attribue  toutes 


COMPTES   RENDUS.  371 

les  formes  données  par  mes  prédécesseurs  et  toutes  les  fautes  qu'ils  ont 
commises.  Cf.  par  exemple  les  pai'agraphes  tkebi,  xçe,  uça,  p'orca,  gor- 
mot'i,  ckari,  xami,  çxvindi,  skiri,  ça,  cindeh'i,  etc.  et  prescpie  tout 
le  catalogue  des  mots  douteux  (p.  xix-xxx).  Gomme  chaque  auteur 
a  étudié  un  dialecte  différent,  je  crois  que  le  meilleur  moyen  était  de 
citer,  à  côté  de  chaque  mot ,  le  nom  des  auteurs  qui  l'attestent.  J'ai  suivi 
ce  système  dans  mon  étude,  où  l'on  trouve  quelquefois  des  mots  cités  par 
quatre  ou  cinq  auteurs  différents.  Cette  indication  est  nécessaire  surtout 
pour  les  formes  du  dialecte  de  Batoum ,  non  seulement  parce  qu'il  présente 
les  formes  les  plus  archaïques ,  mais  encore  parce  que  M.  Marr  ne  l'a  pu 
étudier,  attendu  que  les  Lazes  de  Batoum  ont  maintenant  émigré  ailleurs. 
M.  Marr  omet  même  souvent  des  formes  intéressantes  données  par  ses 
prédécesseurs,  par  exemple:  pansala  (R.)  «  rate  ri ,  gormot  (R.  Er.  ) 
ffDieun  ,  tcindi(Tr.)  ftnezn ,  k'eriiidi  (Er.)  frftuixfl  ,  barhar  (Bt.)  rradoter», 
xaskakali  (Er.),  horsakali  (Er.  R.),  xojgagali  (At.  Bt.),  c'est-à-dire  xoc- 
kaknli  crgrêle^  ,  etc.  Pour  toutes  les  formes  pareilles  M.  Marr  répète  con- 
tinuellement :  frnies  Lazes  ne  la  connaissent  pas«;  mais  ffses  Lazesn  ne 
savent  pas  non  plus  compter  dans  leur  propre  langue,  et  selon  M.  Marr 
(p.  â3)  ffles  adjectifs  numéraux  cardinaux  sont  employés  jusqu'au  di- 
xième, rarement  jusqu'au  vingtième,  le  reste  est  en  turc. 

Je  reconnais  l'exactitude  de  la  remarque  de  M.  Marr,  concernant  la 
prononciation  des  trois  degrés  de  consonnes  :  b,  p,  p  ;  d,  t,  t' ;  g,  k,  k'; 
j>  c,  ç;  j,  c,  ç.  Rosen étant  x\llomand,  moi.  Arménien  de  Constantinople, 
il  nous  était  dilîicile  de  percevoir  la  mince  différence  de  ces  consonnes, 
et  il  nous  est  arrivé  souvent  de  confondre  b  avec  p,  p  avec  p  ,  et  ainsi  de 
suite.  M.  Marr  a  bien  fait  d'en  tenir  compte  constamment.  En  dehors  de 
ce  (jui  concerne  ces  consonnes,  je  ne  reconnais  aueune  autre  faute  de  ma 
notation. 

H.  Adjarian. 


F.  H.  \Vkissi!A(;ii.    DiK  KKJLiysciiniFTKN   DK/i    AciiAiiEfiiUEN    {Vordevasiatische 
UilAiolheli ,  111).  —  LiMpzijj  (cliez  Hinricli),  1911;  in-8°,  Lxxxiv-160  pa<;es. 

M.  Weissbach.  (|iii  avait  déjà  édité  avec  M.  Bang  le  texte  perse  des 
inscriptions  achéménides  et  seul  le  texte  élaraile,  publie  maintenant 
toutes  les  inscriptions  des  rois  achéménides  dans  leure  trois  textes  pei*se, 
éianiite  et  babylonien,  en  transcri[)lion.  eu  les  accom(Kignant  d'une  Ira- 
diicliou  et  d'un  bi-ef  commentaire.  Une  assez  longjic  iniroduction  (inu- 
mère  les  inscriptions  et  discute  les  questions  relatives  à  l'écriture.  (Miuvre 

a/i. 


372  MARS-AVRIL    191  1. 

d'un  assyrioiogue  distingué,  cette  édition  est  surtout  destinée  aux  histo- 
riens qui  y  trouveront ,  sous  une  forme  commode  et  avec  un  texte  bien 
revisé  d'après  les  dernières  collations  et  en  partie  d'après  de  nouveaux 
relevés,  tous  les  documents  originaiu  actuellement  connus  des  Achémé- 
nides,  aussi  bien  les  inscriptions  de  Gyrus  le  Grand  en  babylonien  que 
les  inscriptions  en  trois  langues  de  Darius  et  de  ses  successeurs. 

L'ouvrage  n'apporte  guère  de  textes  nouveaux  ayant  une  importance 
pour  l'histoire  ou  la  linguistique.  La  partie  la  plus  neuve,  le  déchiffre- 
ment des  fragments  nouvellement  relevés  de  l'inscription  b  de  Nakhs-i- 
Rustam,  a  été  déflorée  par  la  publication  anticipée  qu'en  a  faite  M.  Tol- 
man;  M.  Weissbach,  qui  avait  communiqué  ses  lectures  à  M.  Tolraan,  se 
plaint  discrètement  de  ce  procédé;  le  mérite  du  déchiffrement,  très  diffi- 
cile, de  ces  importants  fragments  revient  du  reste  tout  entier  à  M.  Weiss- 
jjach ,  comme  l'a  indiqué  M.  Tolman  lui-même. 

M.  Weissbach  maintient  sa  doctrine  que  l'écriture  cunéiforme  perse 
aurait  été  inventée  sous  le  règne  de  Darius;  il  continue  de  considérer  la 
petite  inscription  de  Murghâb  :  rrJe  suis  le  roi  Gyrus,  achéménidei , 
comme  émanant  de  Gyrus  le  Jeune  ;  ce  serait  la  seule  inscription  en 
perse  de  Gyrus  le  Grand,  dont  on  n'a  d'ailleurs,  on  le  sait,  que  le  cylindre 
bien  connu  et  une  petite  inscription  sur  brique.  Pour  trancher  d'une 
manière  définitive  cette  question  capitale  de  l'origine  des  cunéiformes 
perses,  il  fauch-ait  de  nouvelles  données.  Il  est  permis  d'espérer  que  de 
nouvelles  fouilles  conduites  non  plus  à  Suse ,  mais  sur  le  domaine  propre- 
ment perse ,  ou  dans  le  nord  du  domaine  iranien ,  du  côté  d'Ecbatane ,  four- 
niraient des  inscriptions  perses.  L'absence  persistante  de  toute  inscrip- 
tion perse  de  Gyrus  serait  caractéristique  ;  et  peut-être  trouvera-l-on  des 
textes  iraniens  en  un  autre  alphabet,  ou  en  un  dialecte  différent  de  celui 
de  la  Persis.  Quel  que  soit  le  résultat  des  fouilles,  et  même  s'il  était  pm^e- 
menl  négatif  et  n'aboutissait  à  la  découverte  d'aucun  document  perse 
notable ,  il  serait  de  grande  importance  pour  la  philologie  de  l'ancien 
iranien,  pour  la  linguistique  iranienne  et  pour  l'histoire  de  l'Iran.  On 
doit  donc  souhaiter  vivement  que  la  Perse  proprement  dite  ne  soit  pas 
plus  longtemps  négligée. 

La  transcription  employée  pour  le  vieux  perse  diffère  entièrement  de 
toutes  celles  qui  sont  en  usage.  La  notation  de  »  pour  ce  que  l'on  note 
ordinairement  v  a  l'avantage  de  bien  marquer  la  prononciation  réelle, 
qui  était  assurément  la  semi-voyelle  w  et  nullement  le  v  labio-denlal. 
Mais  on  ne  voit  pas  ce  que  M.  Weissbach  gagne  à  abandonner  c  et/ pour 
ic  oÀ g  surmontés  de  \  ouf,  ^  (ou,  si  l'on  ne  veut  pas  du  mélange  de 
caractères  grecs,  /),  .v  pour  p,  t ,  k,  avec  des  barres  souscrites.  Puisqu'il 


COMPTES  RENDUS.  373 

V  a  une  transcription  qui  tend  à  se  fixer,  celle  du  Gmiidriss  de  la  philo- 
logie iranienne,  il  convient  que  chacun  y  sacrifie  ses  préférences  person- 
nelles :  l'unité  de  transcription  est  le  plus  grand  bien,  auquel  il  faut 
subordonner  le  reste. 

Ce  qui  rend  précieuse  la  traduction  de  M.  Weissbach,  c'est  qu'elle 
repose ,  le  cas  échéant ,  sur  la  comparaison  des  trois  textes  :  perse ,  éla- 
mite  et  babylonien;  là  où  il  y  a  lieu,  les  divergences  —  assez  faibles  — 
sont  signalées  en  note.  Malheureusement,  le  texte  babylonien  est  très 
mutilé,  et  M.  Weissbach  n'en  indique  pas  les  lacunes  dans  la  traduction  ; 
on  ne  peut  donc,  sans  savoir  l'assyrien,  se  rendre  compte  de  ce  qui  est 
contrôlé  par  le  texte  babylonien  et  de  ce  qui  n'offre  pas  cette  garantie  ; 
ceci  ôte  beaucoup  de  son  prix  à  l'édition  pour  les  linguistes  qui  s'inté- 
ressent particulièrement  au  vieux  perse.  Le  dictionnaire  complet  du  vieux 
perse  avec  indication  de  l'équivalent  élamite  et  babylonien  pour  chaque 
passage  est  facilité  par  le  travail  de  M.  Weissbach,  mais  il  reste  aie  faire. 
En  attendant,  des  notes  précises  comme  celles  de  la  page  2  5  sur  maskâ 
seront  très  utiles.  Et  il  est  intéressant  de  voir  comment  par  exemple  le 
locatif  draijahijà  B.  l,  i5  est  traduit  en  babylonien  exactement  pai- 
ffdans  la  mem  ,  comme  le  dit  en  note  M.  Weissbach. 

P.  Li,  l'enseignement  donné  pourrait  faire  croire  que,  si  k  n'est  jamais 
écrit  devant  u,  c'est  qu'on  ne  le  prononçait  souvent  pas.  L'état  de  la  langun 
dans  les  périodes  postérieures  montre  qu'il  n'en  est  rien,  et  que  h  n'a 
pas  cessé  d'être  prononcé,  ou  même  est  devenu  la  spirante  x  devant  ti. 
Le  cas  de  Aummazdâ-  rendu  [)ar  u-ra-mas-da  en  élamite  et  par  u-ri-{ra 
ou  ru)-mi-iz-da  en  babylonien  —  et  en  grec  i^pofiâaS);?,  Ùpoixi^ys  — 
que  M.  Weissbach  invoque,  après  M.  Hoffmann-Kutschkc,  est  à  part;  il 
semble  que  la  prononciation  perse  ait  abrégé  la  partie  initiale  de  ce 
long  juxtaposé  ;  la  chute  de  h  serait  comparable  à  celle  que  l'on  observe 
dans  les  mots  persans  accessoires,  et  même  dans  des  noms  de  nombre 
comme  p.  car,  cil;  il  est  malaisé  de  se  rendre  compte  de  ce  qui  s'est 
passé,  parce  que  la  foi'me  savante  conservée  dans  l'Avesta  Ahura-  a  été 
restituée  et  que  toutes  les  (oimes  conservées  par  la  suite  reposent  sur 
celle-ci  :  la  forme  sassanide  é[)i{;ra[)lii(pie  qui  est  'irliimzdji  <>L  le  groupe 
obscur  du  pehlvi  des  livres  M^y^yk) ,  (pii  doit  évidemment  se  lire 
Invhrmzd  (ou  'ir}mn:d,  puisque  le  pehlvi  des  livres  confond  '  et  //) 
présentent  h  nouveau  h  (pi'on  retrouve  à  l'initiale  dans  les  empriuils:  gr. 
Ôpfi/o-Sas,  syr.  Horiuizd,  Ilonnazd,  arab.  llurmii:.  Du  reste,  c'est  seu- 
lement ù  Hebistun  que  le  texle  babylonien  a  V-n-[ra ,  ruymi  (ma)  /:-(«:)- 
dn  ;  parloni    ailleurs   on   lil    a-hu-rit  nm-di-dn ,   a-hii-urwu-n:-dn ,   clc. . 


37A  MARS-AVRIL    1911. 

avec  lui,  ce  qui  concorde  avec  ia  leçon  aveslique.  Le  très  ancien  emprunt 
ai'ménien  Aramazd  doit  aussi  reposer  sur  Ahuramazdâ-,  avec  chute 
arménienne  de  u  en  syllabe  inaccentuée.  Sans  attribuer  à  la  vocali- 
sation babylonienne  une  importance  excessive,  on  notera  comme  une 
chose  curieuse  que  Va  final  de  nhura-  était  sans  doute  très  affaibli  dès 
l'époque  de  Darius,  puisque  Ton  a  à  la  fois  m,  ri,  ru  et  vr  :  c'est  une 
prononciation  déjà  plus  altérée  que  celle  supposée  par  l'arm.  Aramazd.  — 
L'm-  initial  de  l'élamite  ne  s'explique  pas  par  la  diphtongue  an-  à  en  juger 
par  la  façon  dont  ia  diphtongue  est  rendue  ailleurs  :  Gavbaruva-  (bah. 
Gu-ba-ru,  gr.  rcoëpvïjs)  est  rendu  en  effet  par  élam.  Kam-bar-ma ,  et 
Gauinâta-  [hab.  Gu-ma-a-tu)  par  élam.  Kam-ma-ad-da  :  le  second  élément 
ti  de  la  diphtongue  au  est  rendu  par  m  qui  sert  en  effet,  d'habitude,  à 
rendre  le  v  perse  en  élamite  comme  en  babylonien.  On  doit  donc  ad- 
mettre que  ahura-  de  Ahuramazdâ-  était  fortement  réduit  dans  la  pronon- 
ciation courante  du  vieux  perse;  mais  on  ne  peut  faire  état  de  cette  pro- 
nonciation particulière  pour  déterminer  la  manière  dont  était  traité  h 
devant  u. 

P.  2  0-2  1.  La  traduction  proposée  du  mot  difficile  v'dbiscâ  n'est  sûre- 
ment pas  satisfaisante  ;  le  cà  est  coordonné  avec  les  deux  précédents  et 
n'en  saurait  être  séparé,  comme  le  fait  M.  Weissbach. 

P.  56-67,  col.  IV,  1.  6,  la  lecture  sis  est  plus  satisfaisante  de  toutes 
manières  que  sim;  et  il  est  important  de  remarquer  que  M.  King,  qui 
dans  son  édition  n'exprimait  pas  de  doute  sur  le  m  final  (indiquant  seu- 
lement des  traces  de  grattage  après)  a  signalé  à  M.  Weissbach  l'incerti- 
tude de  ce  caractère. 

P.  66,  col.  IV,  66.  M.  Weissbach  lit  ufrastam  conformément  à  une 
indication  de  M.  King,  et  d'accord  avec  la  lecture  de  la  ligne  38,  même 
colonne;  mais  ia  note,  peu  claire,  n'indique  pas  s'il  s'agit  d'une  pure 
hypothèse  de  M.  King  ou  si  l'inscription  est  mal  lisible  ici.  Dans  le 
premier  cas,  l'hypothèse  serait  dénuée  de  valeur;  car  ufrastam  est  incon- 
testé Beh,,  I,  22;  et  la  tendance  bien  connue  du  perse  à  remplacer  si 
par  st  est  aussi  attestée  dès  l'époque  de  Darius  par  le  râstâm  de  Nr.  a.  69. 

Tous  ceux  qui  étudieront  désormais  les  inscriptions  perses  devront 
avoir  sous  la  main  l'édition  de  M.  Weissbach. 

A.  Meillet. 


COMPTES   RENDUS.  375 

r.  A.  XAJATHiiq'b.  OiepKT)  iicinopiu  ApMcmu  o&  censu  ct>  oûiu,iiMh  xodoMb  codbimiû 
65  Ucpcdm'u  Ajiu.  Ucplndh  I  :  ^Ipcenna  ucmopia  (fasc.  xxx  des  Tpjdbi  no 
eocmoKoeibdrbHm  de  l'Inslitut  Lazarev).  —  Moscou,  1910;  in-8°,  viii - 
36o  pages. 

L'éminent  professeur  d'arménien  de  Tlnslilut  Lazai-ev,  M.  Klialatiants , 
a  eu  l'heureuse  pense'e  de  publier  ses  leçons  sur  l'histoire  de  la  nation 
arménienne.  Il  n'existe  pas  encore  une  histoire  détaillée  qui  permette  de 
suivre  dans  toute  son  étendue  la  formation  et  le  développement  de  cette 
nation  et  qui  eu  mette  en  évidence  le  rôle  qu'elle  a  joué.  L'histoire 
de  Canicean,  écrite  en  arménien  à  la  fin  du  xviu°  siècle,  et  qui  ne 
répond  en  rien  aux  exigences  de  la  critique  historique,  n'a  pas  été 
remplacée.  Le  livre  de  M.  Khalatiants  vient  donc  combler  une  lacune,  et 
il  est  à  désirer  que  la  publication  des  volumes  suivants  ne  se  fasse  pas 
trop  attendre. 

Ce  premier  volume  se  rapporte  à  toute  la  période  ancienne  de  l'his- 
toire de  l'Arménie  jusqu'au  début  du  règne  de  Tiridate  le  Grand, 
premier  souverain  chrétien  de  l'Arménie,  dont  le  règne  commence  en 
997.  C'est  ime  période  qu'un  arméuisant  est  mal  placé  pour  traiter;  car 
aucune  source  arménienne  ne  s'y  rapporte.  Avec  pleine  raison,  ]\L  Kha- 
laiiants  laisse  entièrement  de  côté  les  combinaisons  de  Moïse  de  Khoren , 
seules  données  que  fournisse  la  littérature  arménienne  pour  toute  la 
période  antérieure  à  Tiridate.  Quoi  qu'on  puisse  penser  de  la  date  à 
laquelle  a  été  écrit  le  texte  de  l'histoire  de  Moïse  de  Khoren ,  une  cliose 
du  moins  est  certaine,  c'est  que  l'autem-  n'a  disposé  d'aucune  source 
historique  arménienne  authentique  pour  les  temps  qui  précèdent  le 
iv"  siècle  de  notre  ère,  et  M.  Khalatiants,  qui  professe  depuis  longtemjis 
cette  doctrine ,  entièrement  conforme  i»  l'enseignement  du  rep,Tetté  Car- 
rière, en  tu'c  la  conséquence  en  faisant  tout  son  exposé  sans  utiliser 
les  soi-disant  traditions  arméniennes,  et  en  se  servant  seulement  de 
documents  assyriens,  grecs,  latins. 

On  n'a  mémo  pas  de  raisons  de  croire  que  la  langue  arménienne,  sous 
une  forme  ancienne,  ait  été  parlée,  dans  le  domaine  qu'elle  occuj)c 
maintenant,  dès  le  début  de  la  période  historique.  Pour  anlant  qu'on 
|niisse  les  interpréter,  les  inscriptions  cunéifornies  en  langue  locale 
trouvées  dans  la  région  de  Van  n'onl  rien  de  commun  avec  l'arménien. 
Et  l'essai  d'interprétation  des  inscriptions  hittites  par  l'arménien  qu'a 
proposé  M.  Jensen  ne  semble  avoir  convaincu  personne.  Le  nom  ni^'uie 
d'arménien  —  (jue  les  ArnKMiiens  ne  se  donnent  pas,  on  le  sait  — 
apparaît  pour  la  première  fois  à  l'époque  achérnénidc,  siu*  l'inscription 


376  MARS-AVRIL    1911. 

de  Behistun  et  chez  Hérodote.  Quant  à  la  littérature  arménienne,  elle 
ne  commence  que  beaucoup  plus  tard ,  à  l'époque  clirétienne ,  longtemps 
après  Tiridate  lui-même,  et  il  n'y  a  pas  apparence  que  l'arménien  ait  été 
écrit  avant  qu'on  ait  essayé  de  traduire  les  livres  sacrés.,  ou  du  moins 
aucun  monument  actuellement  connu  ne  porte  la  trace  d'un  essai  qui 
aurait  été  fait. 

Du  reste,  l'Arménie  n'a  pas  d'histoire  propre  durant  l'époque  aché- 
raénide;  elle  fait  alors  partie  de  l'empire  perse,  dont  elle  constitue  une 
marche.  A  lire  M.  Khalatiants,  on  se  rend  bien  compte  que  la  nation 
-arménienne  s'est  constituée  peu  à  peu,  après  Alexandre,  au  temps  où 
recouvrant  leur  liberté,  les  habitants  de  l'Asie  antérieure  se  sont  réunis 
suivant  leurs  affinités  et  suivant  le  hasard  des  luttes  entre  les  chefs 
de  tribus.  Le  souverain  qui  a  donné  à  l'Arménie  sa  plus  grande  exten- 
sion et  qui  a  fixé  la  mesure  de  son  ambition  pour  l'avenir  a  été 
Tigrane.  li  s'agit  alors  d'une  dynastie  nationale,  que  les  Romains  finis- 
sent par  supprimer.  Mais  les  Romains  n'ont  pu  faire  de  l'Arménie  une 
province  romaine,  et  c'est  finalement  au  profit  d'une  dynastie  parthe, 
acceptée  par  Néron,  que  les  rois  nationaux  disparaissent.  M.  Khalatiants 
fait  commencer  la  dynastie  arsacide  d'Arménie  avec  Tiridate  1",  vers  le 
milieu  du  i"  siècle  de  l'ère  chrétienne.  Mais  l'infiuence  iranienne  n'a 
jamais  cessé  depuis  l'époque  achéménide;  elle  est  révélée  par  le  grand 
nombre  des  enqirunts  qu'a  faits  la  langue  arménienne  à  l'iranien,  em- 
prunts qu'il  est  difficile  de  dater,  mais  qui  sont  antérieurs  à  l'époque 
sassanide.  En  revanche,  durant  toute  celte  période,  l'arménien  n'a 
presque  rien  pris  au  grec  ou  au  latin,  malgré  les  rapports  diplomatiques 
avec  l'empire  romain  ;  les  emprunts  de  l'arménien  au  grec  sont  savants 
et  chrétiens.  Il  importe  de  bien  insister  sur  le  fait  que,  durant  tous  ces 
siècles  où  on  ne  l'entrevoit  qu'à  travers  ce  qu'en  disent  les  historiens 
grecs  et  romains,  l'Arménie  a  été  entièrement  sous  l'influence  iranienne: 
et  les  débuts  du  christianisme  en  Arménie  vieiuient  des  Araméens  plutôt 
que  des  Gi'ecs.  11  est  vrai  que  c'était  aussi  une  période  où  l'Iran  lui-même 
n'avait  peut-être  pas  de  littérature  propre  :  on  sait  que  l'on  n'a  pas  de 
sources  iraniennes  pour  l'épocpie  arsacide.  Mais  l'action  de  la  Grèce  et  de 
Rome  sur  l'Arménie  a  été,  durant  toute  cette  époque,  superficielle.  Et  ce 
n'est  pas  à  ce  moment  que  l'Arménie  a  pu  jouer  le  rôle  d'intermédiaire 
entre  l'Europe  et  l'Orient,  qu'elle  a  joué  en  elfet  plus  tard  et  sur  lequel, 
après  beaucoup  d'autres,  M.  Khalatiants  se  plaît  à  insister  dans  son 
avant-propos. 

.lusqn'ici  M.  Khalatiants  n'a  pu  que  tirer  diligemment  parti  des  résul- 
tats obtenus  par  d'autres  disciplines  que  la  philnlogif  arménienne.  Dans 


COMPTES   RENDUS.  377 

le  volume   suivant,   sa  connaissance  profonde  de  la  littérature  armé- 
nienne lui  permettra  de  faire  œuvre  plus  originale. 

A.  Meillet. 


F.  Macleh.  Rapport  svn  une  mission  scientwiqve  en  Arménie  russe  et  ex 
Arménie  turque  (juillet-octobre  1909)  [Extrait  des  Nouvelles  Archives  des 
Missions  scientifiques,  n.  s.,  fasc.  2].  —  Leroux,  Paris,  1911;  in-8°,  i35  pages 
et  96  figures. 

Chargé  d'une  mission  d'études  en  Arménie,  M.  Macler  est  passé  par 
Vienne  oii  il  a  visité  les  Pères  Mékhitharistes ,  puis  il  est  allé  direcle- 
ment  à  Tiflis  et  à  Etchmiadzin  où  il  a  fait  un  séjour  prolongé;  il  est 
rentré  par  Gonslanlinople.  L'objet  principal  de  son  voyage  était  d'exa- 
miner les  anciens  manuscrits  de  l'Evangile,  en  vue  d'une  étude  de  la 
traduction  de  l'Evangile  en  arménien  classique;  mais  partout  où  il  a 
passé ,  il  s'est  attaché  à  relever  les  faits  intéressants  au  passage ,  et  l'on 
trouvera  dans  son  rapport  nombre  d'observations  très  diverses  sur  la 
situation  actuelle  des  Arméniens,  ou  sur  des  textes  encore  inédits  ou 
insudisarameut  publiés,  comme  par  exemple  uue  inscription  latine 
trouvée  à  Etchmiadzin  et  dont  on  trouvera  ici  une  reproduction  exacte. 

M.  Macler  s'est  acrpiitté  d'une  part  très  im[)ortante  de  la  fonction  des 
professeurs  de  l'Ecole  des  langues  orientales  en  continuant  les  relations 
établies  et  en  en  établissant  de  nouvelles  avec  les  membres  de  la  nation 
dont  il  a  charge  d'enseigner  la  langue. 

Sur  l'histoire  ancienne  du  christianisme  en  Arménie,  M.  Macler 
indique  surtout  les  vues  de  M.  Galoust  Ter-Mkrttchian,  d'Etchmiadzin. 
Ce  savant,  qui  publie  peu,  communique  volontiers  les  idées  originales 
qu'une  longue  praticpie  des  textes-  arméniens  et  un  sens  critique  d'une 
rare  finesse  lui  ont  |ierniis  de  se  former.  Tous  ceux  qui,  comme  moi, 
ont  eu  la  bonne  fortune  de  rapprocher  gardent  ineiïaçable  le  souvenir  de 
leurs  conversations  avec  ce  savant  éminent  et  trop  peu  connu.  Il  n'en 
est  assurément  pas  un  qui  n'en  ait  subi  l'inlluence.  M.  Macler  s'est 
altacbf!  à  résumer  (id(Mement  les  idées  de  M.  CJaloust  Ter-Mkrttchian , 
afin  d'en  faire  profiler  enfin  tout  le  puiilic,  et  il  rend  par  là  un  grand 
service. 

Il  convient  aussi  de  signaler  une  autre  partie  du  rappoi'l  (pii  apporte 
des  faits  nouveaux  et  importants,  la  description  du  manuscrit  de  l'IOvan- 
gile,  dit  des  Thnr/rmanilc/ilcli ,  conservé  dans  la  bibliotliècpie  des  Père> 
Antoniens,  à  Ortakeuy  près  de  Gonslantinople.  Le  mémorial  du  début 
porte   une   dal(>,  dont   l'ère  est   par   malheur    incertaine  ;  le  manuscrit 


378  MARS-AVRIL    1911. 

n'est  en  aucun  cas  postérieur  au  x"  siècle,  et  il  est  remarquable  tant 
par  son  antiquité  que  par  les  miniatures  dont  il  est  orné,  dont  M.  Macler 
donne  des  reproductions. 

On  attendra  maintenant  avec  impatience  l'étude  que  promet  M.  Ma- 
cler de  l'ancienne  traduction  de  l'Evangile  en  arménien  ;  c'est  une  ques- 
tion capitale  et  dont  la  solution  doit  apporter  des  données  nouvelles  pour 
l'aire  l'histoire,  encore  si  obscure,  de  l'introduction  du  christianisme  en 
A  rménie. 

A.  Meillet. 


Colonel  G.  E.  Gerini.  Researches  on  Ptolemy's  geograpiiy  of  Eisteh?/  Asi.i. 
[Furlher  hidia  and  Indn-Malay  Archipelagn)  [Asiatic  Society  Monngrafiat , 
vol.  I].  —  London,  1909;  iii-S",  xxn-g^S  pages. 

Ce  volume  est  une  réédition ,  considérablement  augmentée ,  d'un  tra- 
vail paru  en  1897  dans  le  J.R.A.S. 

Le  colonel  Gerini  qui  a,  durant  ses  longs  séjours  en  Extrême-Orient, 
acquis  le  goût  des  recherclies  historiques  et  philologiques,  consacre  h 
l'élude  de  la  géographie  ancienne  de  l'Indochine  le  meilleur  de  son 
temps  et  toute  son  ingéniosité,  qui  est  fort  grande.  C'est  ainsi  qu'il  a 
découvert  en  1896  une  méthode  qui  lui  a  permis  d'interpréter,  d'une 
manière  h  son  avis  définitive,  le  deuxième  chapitre  du  livre  VII  de 
Plolémée.  Ce  système  a  été  discuté  à  l'époque,  et  il  serait  inutile  d'en 
reprendre  la  critique,  si  M.  Gerini  n'avait  cru  devoir  le  développer  à 
nouveau,  espérant  sans  doute  gagner  à  sa  cause  ceux  qui,  tel  M.  Barth, 
le  trouvaient  rrtrop  ingénieux  pour  être  toujours  convaincant^  [B.E.F. 
E.-O.,  t.  II,  p.  98,  note  k). 

Le  temps  n'a  rien  changé  aux  idées  de  M.  Gerini  et  la  première  partie 
de  son  livre  n'est  que  la  réimpression  de  son  article.  Mais  ses  recherches 
dans  les  chroniques  locales,  dans  les  textes  sanskrits,  chinois,  arabes, 
lui  ont  fourni  un  faisceau  d'arguments  nouveaux  en  faveur  de  sa  thèse, 
frqui  est  la  seule  possible  non  seulement  en  théorie,  mais  encore  en  fait, 
car  elle  est  la  seule  vraie  et  la  seule  correcte  (p.  xix)^.  Du  coup,  l'article 
est  devenu  un  gros  volume  de  près  de  mille  ])ages,  bourré  de  faits, 
muni  d'un  appareil  critique  imposant ,  et  doté  d'un  excellent  index.  La 
somme  de  travail  qu'il  représente  et  l'intérêt  de  la  question  qu'il  traite, 
justifient  un  nouveau  compte  rendu. 

ffLa  raison,  dit  très  justement  M.  Gerini  (p.  2),  pour  laquelle  la 
géographie  transgangétiquc  de  Ptolémée  a  suscité  tant  de  controverses 
doit  être  cherchée  dans  les  méthodes  qui  ont  été  employées. n  Celles-ci 


COMPTES  RENDUS.  379 

sont  au  nombre  de  deux  :  d'une  part,  certains  auteurs  ont  vainement 
cherché  une  formule  générale  de  correction  applicable  aux  coordonnées 
dePtolémée,  et  permettant  de  «  redresser  n  d'un  seul  coup  sa  carte  de 
Voikoumenc;  d'autres,  séduits  par  de  trompeuses  analogies  phonétiques, 
ont  cru  pouvoir  retrouver  sa  nomenclature  sous  la  toponymie  actuelle , 
et  ont  proposé  des  rapprochements  aussi  subtils  que  scabreux.  Dès  1887, 
M.  Gerini  avait  lait  table  rase  de  ces  méthodes  ffou  trop  théoriques,  ou 
trop  empiriques ,  et  dans  tous  les  cas  trop  scholastiques  et  trop  systéma- 
tiques (p.  2)».  Depuis  lors,  il  s'efforçait,  sans  y  réussir,  de  trouver  sur 
la  carte  de  Ptolémée  un  point  de  repère  à  l'est  du  Gange,  lorsqu'un 
beau  jour,  en  1896,  l'illumination  se  produisit  :  rravec  une  certitude 
absolue  (p.  7)n,  il  reconnut  dans  Akadra  et  Pithônobastê  la  baie  de 
Koh  Tron  (le  Kadrandj  des  Arabes)  et  Bantây-Mâs.  M.  Gerini  aurait 
bien  dû  nous  dire  comment  s'opéra  cette  révélation  qui  lui  donnait  la  clé 
du  mystère ,  et  allait  lui  permettre ,  après  huit  années  d'infructueuses 
recherches ,  d'interpréter  jusque  dans  ses  moindres  détails  la  géographie 
ptolëméenne  de  l'Indochine.  Car  je  ne  voudrais  pas  lui  faire  l'injure 
de  croire  qu'après  avoir  à  tout  jamais  rompu  avec  la  méthode  des  ff  ana- 
logies phonétiques"  ,  il  n'ait  pu  résister  à  la  dangereuse  séduction  d'une 
formule  d'identité  telle  que  Akadra  =  Kadrandj  —  Koh  Tron.  Toujours 
est-il  que  cette  découverte  eut  pour  résultat  immédiat  la  reconnaissance 
d'un  certain  nombre  de  stations  fondamentales  (basc-slatiotui),  sur 
lesquelles  M.  Gerini  put  édifier  son  système  de  correction. 

C'est  donc  un  système  de  correction  ou  de  re(h-essement  que  M.  Gerini 
nous  propose,  et  cela  n'est  pas  sans  inquiéter  un  peu  :  car  on  a  lu, 
cinq  pages  plus  haut,  que  ce  procédé  est  ^absolument  inapplicable 'î 
aux  pays  d'Extrême-Orient.  Sans  doute,  la  méthode  de  M.  Gerini  est 
bien  différente,  du  moins  il  nous  le  dit.  Au  lieu  de  chercher  une 
seule  l'oriiude  de  correction  pour  toute  l'étendue  de  la  terre  habitée,  il 
s'applique  à  planter  sur  la  carie  de  l'Inde  transgangétique  une  série  do 
jalons,  qui  sont  ses  nbase-staiionsr: ,  et  à  calculer  les  erreurs  commises 
par  Ptolémée  entre  ces  divers  points  de  repère  :  ainsi  une  première 
formule,  déduite  du  rapjiort  des  dillérences  entre  les  longitudes  vi'aies 
et  les  longitudes  ])toléméennos  de  Kamhrrikinm  (estuaire  de  la  IJara- 
bangâ)  et  iï Akadra  (—Halien),  permet  de  trouver  la  longitude  vraie  de 
tous  les  points  situés  entre  ces  deux  localités;  une  autre  formule  ob- 
tenue d'une  manière  analogue,  sert  {\  calculer  les  latitudes  vraies  entre 
Akadra  cl  A^anagara  (=Hauoi);  et  ainsi  de  suite.  M.  Gerini  se  félicile 
ffd'avoii-  brisé  avec  le  vieux  système  (jui  consistait  A  traiter  l'ouvrage  de 
PlolénK'e   conmie  le  résultai  d'un  Irigonomctrical  siircei/,  dont  le  seul 


380  MARS-AVRIL   1911. 

défaut  serait  une  carlographie  viciée  par  les  erreurs  de  projection  et  par 
des  erreui's  d'échelle...  (p.  26-97)1,  et  cependant  son  système  ne 
me  paraît  pas  radicalement  différent  de  celui-là;  il  est  plus  compliqué, 
voilà  tout.  Au  lieu  d'une  seule  formule  de  correction  nous,  en  avons  six 
ou  sept,  mais  ni  dans  leur  esprit,  ni  dans  leur  résultat  les  deux  méthodes 
ne  présentent  de  divergences  essentielles.  A  la  base  du  livre  VII  de  la 
Géographie,  M.  Gerini  suppose,  sinon  un  canevas géodésique rigoureux , 
du  moins  un  ensemble  cohérent  d'observations  précises  et  de  données 
exactes^'',  et  il  aboutit  en  fin  de  compte  à  un  redressement  automatique 
de  la  carte  de  Ptolémée.  En  jouant  habilement  de  ses  formules,  il  ai'rive 
par  une  série  de  déclanchements  à  la  faire  coïncider  exactement  avec  la 
carte  de  l'Indochine  contemporaine  :  lleuves,  villes,  montagnes,  îles, 
reprennent  leurs  places;  la  Haute-Birmanie,  l'Assam,  le  Tibet  oriental, 
le  Yun-nan ,  le  Se-tchouen ,  toutes  ces  régions  d'accès  si  difficile ,  appa- 
raissent comme  parfaitement  connues  des  Occidentaux  dès  le  n°  siècle,  et 
M.  Gerini  n'hésite  pas  à  y  dessiner  un  impressionnant  réseau  de  routes 
commerciales  ^'\ 

On  se  fait  volontiers  Tu\e  idée  assez  différente  et  beaucoup  plus  mo- 
deste des  connaissances  géographiques  répandues  dans  le  monde  médi- 
terranéen à  l'époque  de  Ptolémée.  Les  marchands  étaient  les  seules 
autorités  qu'il  fût  possible  d'invoquer,  et  le  géographe  alexandrin  s'em- 
presse de  mettre  ses  contemporains  en  garde  contre  leurs  exagérations 
et  leurs  mensonges ''^^  Pour  gagner  la  Chine,  les  routes  ne  devaient  pas 
èire  fort  nombreuses  :  une  voie  terrestre  à  travers  l'Asie  centrale,  un  ou 
deux  itinéraires  maritimes  qui  ne  s'éloignaient  jamais  beaucoup  des 
côtes  et  ne  permettaient  guère  aux  voyageurs  de  pénétrer  bien  avant 
dans  l'hinlerland.  De  leurs  aventureuses  expéditions,  les  négociants 
revenaient  la  bouche  pleine  de  récits  merveilleux  et  contradictoires  qui 
devaient  jeler  les  géographes  dans  un  grand  embarras.  Ptolémée,  avec 
ses  idées  préconçues  sur  la  forme  de  la  terre  habitée,  était  obligé  de 
trancher  les  questions  pour  faire  entrer  des  données  aussi  disparates 
dans  le  cadre  qu'il  s'était  tracé  d'avance.  Avec  une  apparente  précision 
mathématique,  il  distribuait  à  la  surface  de  sa  carte  tous  les  noms  géo- 
graphiques qu'il  avait  pu  recueillir.  Mais  il  suffit  de  parcourir  ses  pro- 

<''  Cf.  p.  XXI  et  II.  P.  17,  M.  Gerini  dit  texliiellcnient  qiio,  pour  ses 
stations  fondamentales,  Plolémée  avait  des  données  précises  df'diiitos  d'i»l)sor- 
vations  faites  avec  soin  (.  .  .  Plolomy  oblained  relial)le  data  dciluced  Iroin 
accurale  observation). 

(^^  Voir  la  carte  à  la  fin  du  volume. 

'•'''  I/ivre  1 ,  \i ,  7. 


COMPTES   RENDUS.  381 

légomènes  pour  apprécier  la  valeur  de  sa  mëthode ,  dès  qu'elle  est  appli- 
quée  aux  pays  d'Extrême-Orient ''\ 

Or  M.  Gerini  estime  que  Ptoiëmée  est  un  grand  méconnu,  et  ilentre- 
pj-eud  sa  réhabilitation.  trOn  verra,  déclare-t-il ,  combien  était  grande  sa 
connaissance  de  ces  contrées  éloignées  à  une  époque  aussi  reculée,  avec 
quel  soin  il  a  mis  en  œuvre  les  données  dont  il  disposait,  et  combien  il 
mérite  j>eu  les  critiques  qui  lui  ont  été  adressées  par  des  commentateurs 
impuissants  à  tirer  parti  des  précieux  matériaux  accumulés  par  lui  (  p.  4  )  ; 
...  lui  qui  nous  a  laissé  une  description  si  complète  de  la  partie  orien- 
tale de  la  terre  habitée  telle  qu'elle  était  connue  à  son  époque  ;  qui  a 
recueilli  avec  le  plus  grand  soin  toutes  les  notions  acquises  par  ses 
prédécesseurs  et  par  ses  contemporains;  qui  était  toujours  en  quête 
d'informations  nouvelles  auprès  des  navigateurs  et  des  marchands  reve- 
nant de  l'Inde  et  de  l'Extrême-Orient;  et  qui,  finalement,  a  légué  à  la 
postérité  le  traité  le  plus  vaste  et  le  plus  complet  que  le  monde  grec  et 
latin  puisse  montrer  relativement  aux  pays  d'Orient,  à  leurs  villes,  leurs 
nations ,  leurs  tribus ,  leurs  itinéraires ,  leurs  routes  commerciales ,  leur 
histoire,  leur  linguistique,  leur  ethnologie  et  leur  géographie.  A  tout 
cela  nous  devons ,  entre  autres  importantes  découvertes ,  d'avoir  établi 
ce  lait  désormais  irréfragable,  que  le  commerce  occidental  remontait  la 
côte  de  Chine  au  moins  jusqu'au  port  de  Hang-Tchéou  dès  le  commence- 
ment de  l'ère  chrétienne,  c'est-à-dire  beaucoup  plus  tôt  que  nos  savants 
ne  l'avaient  imaginé  ou  même  soupçonné  jusqu'ici  (p.  xxi).» 

Le  système  de  M.  Gerini  est  si  bien  devenu  un  dogme  poiu*  lui,  que 
la  nouveauté  et  la  hardiesse,  pour  ne  pas  dire  l'invraisemblance,  de 
certains  de  ses  résultats,  bien  loin  de  l'effrayer,  l'enchantent;  et  ses 
conclusions ,  quand  elles  contro(Hsent  toutes  les  opinions  renies ,  deviennent 
incontinent  de  rr grandes  découvertes ^i.  C'est  là  un  point  de  vue  auquel 
le  critique  ne  saurait  se  placer  pour  juger  le  livre  de  M,  Gerini.  Sa 
méthode  ne  s'impose  pas  avec  la  force  de  l'évidence  :  le  point  de  dé[)art 
en  demeure  un  peu  mystérieux,  et  elle  n'est  pas  à  l'abri  des  objections  de 
principe  (juc  l'on  peut  adresser  aux  autres  méthodes  de  i-edressement. 
Je  ne  veux  |)as  conclure  de  Ik  ([ii'il  faiUe  la  rejeter  sans  aulre  forme  de 
procès,  et  j'estimt^  au  contraire  qu'elle  vaut  la  peine  d'être  chsculée. 
Toutefois,  il  est  impossible  d'aihnettre  a  priori  et  de  prendre  pour  base 
de  la  discussion  ses  formules  de  correction ,  car  c'est  la  légitimité  même 
de  ces  formules  qui  est  en  question.  Des  calculs,  si  ing('nieux  fussent-ils. 

^''  Cf.  snrlouL  I,  xi,  d  I,  xiii,  oi'i  sont  discutés  los  iliiu'rairos  de  Baclres  à 
Sera  cl  de  la  Cliersonèse  d'Or  à  Kattijjarn. 


382  MARS-AVRIL   1911. 

qui  ahouliraient,  pour  l'Inde,  à  placer  PaUmbothra  ailleurs  qu'à  Patna 
et  Barygaza  ailleiu's  qu'à  Broach,  prononceraient  eux-mêmes  leur 
condamnation.  Si  les  identifications  de  M.  Gerini  sont  convaincantes 
ou  même  seulement  vraisemblables ,  je  dirai  volontiers  qu'il  a  gagné  sa 
cause.  Il  nous  assure  lui-même  à  l'avance  que  wla  correction  de  ses  iden- 
tifications se  trouve,  non  seulement  prouvée  matbématiquement,  mais 
encore  véiniiée  et  contrôlée  par  tous  les  témoignages,  historiques  ou 
autres,  cpii  ont  pu  être  recueillis  (p.  xv)n.  Voyons  un  peu. 

Avant  d'étudier  l'application  de  sa  méthode  à  l'Inde  transgangétique, 
et  crafin  do  montrer  la  justesse  du  plan  suivi,  même  sur  une  plus  grande 
échelle  (p.  b)r: ,  M.  Gerini  examine  (p.  i5  et  suiv.)  ses  résultats  en 
dehors  de  la  péninsule  indochinoise. 

Sera  metropolts  vient  se  placer  à  Lo-Yang,  ce  qui  est  admissible,  mais 
Lithinos  Pijrgos  tombe  à  Khotan,  ce  qui  l'est  beaucoup  moins.  Sur 
Liihinos  Pijrgos,  la  Géographie  de  Ptolémée  fournit  les  renseignements 
suivants  :  ce  point  est  situé  dans  le  pays  des  Sakai  c'est-à-dire  à  l'ouest 
du  mont  Imaos  ;  sa  longitude  étant  i35°,  il  se  trouve  à  l'ouest  du  caravan- 
sérail d'où  parlent  les  voyageurs  à  destination  de  Sera  tnetropolis 
(ôpfi);T>7p/ov  Twv  eis  rrjv  'Eyjpa.v  èfXTropeuofxéi'wr)  lequel  a  pour  longi- 
tude ilio"  li'è':  enfin,  il  n'est  pas  très  éloigné  du  pays  des  Kômédoi 
(I,  xn,  7).  Si  l'on  place  Liihinos  Pijrgos  h  Khotan,  on  doit  d'abord 
supposer  que  les  Sakai  occupaient  encoi-e  à  Tépocjne  de  Ptolémée  une 
légion  quils  avaient  sûrement  quittée  depuis  plusieurs  siècles;  il  faut 
ensuite  chercher  dans  le  bassin  du  Tarini  une  des  plus  importantes 
chaînes  de  montagnes  de  l'Asie  centrale,  i'Imaos,  ce  qui  est  géographi- 
quemeut  impossible;  on  est  de  plus  forcé  d'admettre  que  les  voyageurs 
en  partance  pour  Sera  se  rassemblaient  quelque  part  entre  Khotan  et  le 
Lob  Nor ,  ce  qui  est  hautement  improbable  ;  il  faut  enfin  faire  abstrac- 
tion du  résultat  auquel  ont  abouti  Rawlinson  et  Yule  relativement  au 
pays  des  Kômêdoi^^\  et  qui  est  dans  cette  question  embrouillée  un  des 
rares  points  solidement  établis.  Au  demeurant,  tandis  que  Khotan  était 
la  plus  grande  ville  de  toute  la  région  ainsi  que  le  prouvent  les  récentes 
découvertes,  il  ne  semble  pas  que  Lithinos  Pijrgos  puisse  prétendre  h  ce 
litre  :  Ammien  Marcellin ,  (jui  qualifie  de  tirbs  et  de  civitas  les  localités 
telles  que  Chauriana,  Asmira,  Essedon,  etc.  {XXIIl,  vi,  63  et  66), 
réserve  à  Liihinos  Pyrgos  le  nom  de  viens  (XXIII,  vi,  60).  Ce  devait 
être  tout  au  plus  une  boui-gade ,  célèbre  parmi  les  marchands  pour  sa 
haute  tour  —  peut-être  quelque  sti'ipa  —  qui  était  devenue  pour  eux  un 

'"././?.G.S.,  i872,p.  cxix.  —J.R.A.S.,  1878,1..  98. 


COMPTES   RENDUS.  383 

précieux  point  de  repère.  Si  des  traces  en  existent  encore ,  c'est  dans  la 
haute  vallée  de  la  rivière  de  ^'akcll ,  entre  Karategin  et  la  passe  de  Terek 
Davan,  qu'on  aura  le  plus  de  chance  de  les  trouver. 

Pour  pouvoir  appliquer  ses  formules  au  pays  des  Sinat,  M.  Gerini  est 
obligé  de  faire  subira  la  carte  de  Ptolémée  un  redressement  préalable, 
(jui  consiste  à  reporter  vers  le  Nord,  d'un  angle  d'environ  60°  ayant 
Lei-Tchéou  pour  sommet,  le  tracé  de  la  côte  compris  entre  Aspithra  et 
Katligara.  Cette  opération  fait  coïncider  Rhabana  avec  Canton,  Sinai 
mctropolis  avec  Nankin  et  Katligara  avec  Hang-Tchéou.  Celte  dernière 
identification ,  proposée  autrefois  par  Kiepert  ^'',  me  paraît  difficilement 
conciliable  avec  le  texte  même  du  géographe  alexandrin.  rrA  l'est  du 
pays  des  Sinai,  dit-il  (I,  xvu,  4),  se  trouve  une  terre  inconnue,  cou- 
verte d'étangs  vaseux  où  poussent  de  grands  roseaiLX  dont  les  habitants 
se  servent  pour  traverser  les  marais.  ...  et  la  route  menant  de  la  capi- 
tale des  Sinai  ou  port  de  Katligara  est  orientée  vers  le  Sud-Ouest.  1  Dans 
ce  passage,  que  l'on  voudrait  encore  plus  explicite,   Ptolémée  ne  parle 
pas  en  son  nom;  il  rapporte  les  dires  de  navigateurs  qu'il  a  interrogés 
personnellement.  Aussi  les  termes  Est  et  Sud-Ouest  ont-ils  beaucoup  plus 
de  chance  de  correspondre  k  la  réalité  que  s'ils  venaient  directement  de 
Ptolémée    dont    les    théories  géographiques    ont  déformé    toute   celte 
portion  de  la  terre  habitée.  Il  suHît  d'un  simple  coup  d'œil  sur  une  carte 
pour  voir  que  ces  indications,  inoxplicablf^s  si  Katligara  correspond  à 
Hang-Tchéou,  se  justifient  parfaitement  si  l'on  cherche  le  port  des  Sinai 
dans  le  delta  du  Fleuve  Rouge,  ainsi  que  l'a  fait  Richtofen  et  tous  les 
sinologues  après  lui  "'.  L'argument  tiré  du  paragraphe  de  Ptolémée  n'a 
d'ailleurs  qu'une  importance  secondaire,  à  côté  du  témoignage  positif 
des  textes  chinois  qui  s'accordent  à  placer  au  Kiao-Tche,  c'est-à-dire  au 
Tonkin,  le  point  teraiinus  de  la  navigation  pour  les  commerçants  venant 
d'Occident  dans  les  premiers  sièctes  de  l'ère  clirétienne  '**.  M.  Gerini  qui 
revient  incidemment  sur  cette  question  vers  le  milieu  de  son  livre  (p.  3o2- 
3o4),  refuse  de  se   ranger  à  l'opinion   des   sinologues,  et   cela  pour 
l'unique  raison  (ju'elle  est  en  contradiction  avec  le  résultat  de  ses  calculs. 
Ce  serait  parfait,  s'il  était  d'ores  et  di'jà  prouvé  que  ces  calculs  sont 
légitimes;  or  j'ai  dit  que  c'était  justement  la  (question,  et  il  faut  avouer 

O  Lehvbuch  dvv  alten  Gen^va'ph.u' ,  p.  l\k. 

'■^M^icuniFEN,   China,   I,    p.    âoS.    — -   lIiiiTii,    W'rhandl.  d.   Ges.  f.    Eidk. 
(Berlin),  1889,  a"  1  ;  cl   Chinesischit  Slndieit ,    n\   et  suiv.  —  Pelliot,  Dcu.r 
itinvraives  .  .  .,  li.E.  F.E.-O. ,  IV,  p.   i'i/i,  1^8.   —  Cf.  au>^si  \ii.K,  Proceed.  nf 
tlif  l\i»i.  Gpnirr.  Soc,  188a,  p.  ()r)8. 

'■■*>  Cf.  Pei.liot,  loc.  laud.,  p.  i33,  l'i'i. 


38^  MARS-AVRIL    1911. 

que,  pour  Kailigara,  les  déductions  de  M.  Gerini  ne  sont  guère  plus  con- 
vaincantes que  pour  Lilhmos  Pyrgos. 

Mais  ces  identifications  sortent  un  peu  du  cadre  de  l'ouvrage,  lequel 
est  spécialement  consacré  à  l'Indochine  et  à  i'Insulinde,  et  Ton  aurait 
mauvaise  grâce  à  condamner  M.  Geiini  sur  deux  points  qui  n'affectent 
peut-être  pas  la  justesse  de  son  système. 

Voici ,  dans  les  grandes  ligues ,  comment  M.  Gerini  interprète  la  carte 
ploléméenne  de  l'Indochine  :  le  golfe  Sarahaque  correspond  au  golfe 
de  Martahan,  la  Chersonèse  d'or  à  la  Péninsule  malaise,  le  golfe  Péri- 
raoulique  au  golfe  de  Siam,  le  grand  Gap  au  cap  Saint- Jacques,  et  le 
gi'and  Golfe  au  golfe  du  Tonkin.  Ces  identifications  sont  a  priori  tout  à 
fait  admissibles  et  cadrent  du  reste  avec  les  idées  reçues.  M.  Gerini  serait 
sans  doute  parvenu  à  rallier  bon  nombre  de  lecteurs  à  sa  théorie,  s'il 
avait  renoncé  à  vouloir  tout  expH(juer  et  à  retrouver  l'emplacement  exact 
des  moindres  localités.  Autant  son  redressement  du  contour  général  de 
la  carte  est  dans  l'ensemble  vraisemblable ,  autant  le  détail^  de  ses  iden- 
tifications est  au  contraire  décevant  et  discutable.  Mais  le  livre  de  M.  Ge- 
rini est  si  nourri  de  menus  faits  et  puise  à  des  sources  si  différentes  qu'il 
faudrait,  pour  le  suivre  pas  à  pas,  écrh'e  un  volume  aussi  gros  que  le 
sien,  et  surtout  manier  avec  une  égale  aisance  le  sanskrit,  le  chinois, 
l'annamite,  le  malais,  le  khmèr,  voire  même  l'arabe,  et  tous  les  dia- 
lectes de  la  péninsule  et  de  l'archipel.  Je  me  bornerai  donc  à  examiner 
sommairement  le  chapitre  relatif  au  pays  des  Lêistai;  il  m'a  paru  re- 
présentatif de  la  méthode  historique  et  philologique  de  M.  Gerini,  il 
suflira  pour  nous  former  une  opinion  sur  son  ouvrage. 

D'après  M.  Gerini  le  pays  des  Lêistai  comprenait  la  côte  du  golfe  de 
Siam,  des  bouches  de  la  Ménam  à  celles  du  Mékhong,  et  tout  l'arrière- 
pays ,  c'est-à-dire  le  Cambodge  et  une  partie  du  Siam  et  de  la  Cochin- 
chine.  Une  pareille  identification  n'est  pas  dénuée-  de  vraisemblance  et 
l'on  serait  tout  disposé  à  y  souscrire,  si  l'auteur  aj)porlait  seulement 
une  preuve  sérieuse  à  son  appui.  Or  il  se  borne  à  nous  proposer  : 
1°  rrune  coïncidence  possible  méritant  considération  (p.  lôy)"  entre  le 
grec  Lêistai  (voleur,  pirate) ,  et  le  sanskrit  kamhû,  terme  de  lexiipie  qui  a 
le  même  sens,  et  a,  paraît-il,  donné  par  dérivation  le  mot  Kamhttjû  {sic), 
origine  du  nom  du  Cambodge;  2°  un  rapprochement  du  même  genre 
entre  Lêistai  el*La-stieh,  forme  hypothétique  de  Stieng  (peuplade  sau- 
vage du  Cambodge),  rapproché  lui-même  du  sanskrit  slyena  (voleur), 
autre  mot  de  lexique;  3°  l'analogie  entre  la  première  syllabe  du  nom  des 
Lêistai  et  celle  d'une  série  de  peuples  aborigènes  du  Cambodge.  Je 
crains  fort  qu'un  philologue  rompu  à  la  sévère  méthode  de  la  linguis- 


COMPTES   RENDUS.  385 

tique  moderne  ne  soit  un  peu  déconcerté  en  présence  de  pareilles  aflirma- 
tions.  Mais  qu'il  ne  se  laisse  pas  rebuter,  car  M.  Gerini  lui  réserve  de 
nouvelles  surprises  dans  une  digression  sur  la  géographie  sanskrite  de 
rindochino  d'après  le  Râmâyana  et  les  Purânas,  digression  dont  je  ne 
saisis  pas  très  bien  le  rapport  avec  le  pays  des  Lêistai,  mais  qui  n'en  est 
pas  moins  un  bors-d'œuvre  assez  savoureux.  On  y  apprend  que  le  nom 
de  ia  mer  de  Kedrendj  ou  Kerdendj,  bien  connu  par  les  géographes 
arabes,  dérive  tr vraisemblablement  (  p.  166)5)  du  sanskrit  ksîroda  (océan 
de  lait);  que  le  nom  de  Shalâhit,  lequel  désigne  les  Détroits  chez  les 
mêmes  auteurs,  vient  du  sanskiit  Çn-lohita  (mer  de  sang);  que  l'identité 
du  Çâkadvipa  avec  le  Cambodge ,  la  Gochinchiue  et  le  Siam  méridional 
se  trouve  ffclairement  démontrée  (p.  i65)ii  par  les  faits  suivants  : 
1"  d'après  le  Visnu-purâna,  le  roi  du  Çâkadvîpa  s'appelle  Bhavija,  et 
l'on  sait  qu'il  a  régné  au  Cambodge  vers  600  a.  d.  un  roi  Biiavavar- 
mon;  9°  deux  des  sul)divisions  du  Çâkadvîpa,  nommées  respectivement 
Jalada  et  Kumàra,  rappellent  les  tei-mes  Tchen-la  et  Koinar,  noms  chi- 
nois et  arabe  du  pays  khmèr;  3"  parmi  les  montagnes  du  Çâkadvîpa, 
VAstagiri  est  à  ra|)procher  de  Lêistai,  et  le  Çijâma  de  Siam.  Conclusion  : 
toutes  ces  coïncidences  ffqui  ne  sauraient  être  fortuites  (p.  i65)t), 
permettent  de  déduire  approximativement  la  date  la  plus  haute  qu'il 
soit  possible  d'assigner  au  Visnu-purâna,  et  de  la  fixer  en  gros  vers 
65o  A.  D.  Sans  aucun  doute,  les  indianistes  sauront  gré  à  M.  Gerini 
d'avoir  réussi  à  dater  d'une  manière  aussi  précise  un  texte  important, 
mais  peut-être  quelques-uns  resteront-ils  sceptiques  devant  les  arguments 
invoqués. 

Poursuivons.  Selon  M.  Gerini ,  Samaradê  transcrit  très  exactement 
Sâmaratfhe ,  locatif  de  Sâmaraltha  qui  correspond  au  sanski'it  Çijâma- 
râslraei  désigne  le  Siam  dans  les  textes  palis.  Samaradê  (>st  donc  |)lulôt  le 
nom  du  pays  tout  entier  que  celui  de  la  capitale;  toutefois,  si  Ptolémée 
a  voulu,  [)ar  synecdoche,  rapi)li(pier  à  une  ville  en  parliculiei-,  il  a  dû 
avoir  en  vue  la  cité  qui  s'élevait  à  l'est  de  Phra-Patliom  (province  de 
Nakhon  Chai-Si),  et  que  les  annales  siamoises  ap|)ellent  Çrï  Vijaya- 
râjadhânl.  — D'après  M.  Gerini  (p.  lyH),  les  premières  meniions  en 
chinois  du  royaume  de  Sien  ne  remontent  pas  au  delà  de  ().'h)  a.  d.  , 
et  se  i'ap|)orlent  à  un  Etat  situé  dans  les  monlajjnes  du  haut  bassin 
de  la  Ménam;  d'autre  [)art,  le  nom  des  Si/ani  on  Sijâm  n'apparaît  pas 
dans  l'é|)igra[)hie  khmère  et  chame  avant  les  xi°-xn°  siècles.  Aussi,  la 
présence,  A  répo<pie  de  Ptolémée,  d'une  ville  ou  d'iuie  pro\ince 
portant  ce  nom  et  placée  à  l'embouchure  de  la  Ménam,  ne  laisse-l-elle 
[)as  (pie  de  surprendre.   Au  reste,   s'il  est   \rai   cpic  les  termes  Sien, 

XVlt.  95 


ill  U  I  U 1 1      Mil' 


366  MAHS-AVRIL    1911. 

Syam,  olc.  s'ajipliqueiit  à  un  peuple  <le  race  thaï,  nous  nous  heurtons 
à  une  impossibilité,  puisque,  de  l'aveu  même  de  l'auteur,  l'invasion  thaïe 
n'a  atteint  que  beaucoup  plus  tard  le  golfe  de  Siam  (p.  161).  M.  Gerini 
a  bien  vu  ces  dilîicultés,  et  les  a  ingénieusement  tournées  en  cherchant 
l'étymologie  de  SmnaratOia  ou  Çyfnnarâstra  dans  ce  mont  Çyâtna  que 
nous  avons  déjà  rencontré  à  jiropos  du  Çâkadvîpa  et  de  la  géographie 
sanskrite  de  l'Indochine.  Alors  tout  devient  clair  :  le  Çyâma  est  iden- 
tique à  la  tfGrande  montagne  noiren  d'I-Tsing,  et  désigne  les 
hauteurs  qui  séparent  le  bassin  de  la  Ménam  de  "celui  de  la  Salouen 
(p.  177),  et  c'est  ff évidemment"  de  cette  chaîne  de  montagnes  que  la 
région  située  à  l'Est  et  au  Sud ,  c'est-à-dire  le  bassin  de  la  basse  Ménam , 
a  tiré  son  nom  dès  l'époque  de  Plolémée  (p.  178).  Peu  à  peu,  le  to])o- 
nyme  Çyâma  ou  Syam  gagne  du  terrain  vers  l'Est  et  le  Nord ,  et  nous 
le  trouvons  au  vu"  siècle  ajipliqué  par  les  Chinois,  sous  la  forme  Sien, 
au  bassin  de  la  haute  Ménam.  Quant  au  terme  Tch'e-Tou  qui  servait 
avant  cette  époque  à  désigner  le  même  pays ,  c'est  en  réalité  une  trans- 
cription de  Snkhada  (prononcé  Sakkadéa ,  Sakdéa,  Sakda)  qui  est,  à  ce 
qu'il  paraît,  une  ancienne  forme  de  Sukhodayafp.  179).  —  Peu  importe 
que  l'identité  Tch'e-T'ou  —  Sukhodaya  soit  philologiquemenl  et  Iiistori- 
quement  contestable,  pour  ne  rien  dire  de  plus  :  puisqu'elle  résulte  des 
déductions  que  M.  Geiini  tii*e  de  sa  méthode,  il  faut  qu'elle  soit  vraie, 
comme  sont  vraies  la  date  attribuée  au  Visnu-purâna,  et  toutes  ses  autres 
découvertes. 

Je  n'insisterai  pas  sur  l'identification  de  Pagrasa  avec  Kratt  —  parce 
que  Kralt,  écrit  Krâsa  et  précédé  du  préfixe  Ba,  rappelle  de  très  près 
Pa-grasa  — ;  ni  sur  celle  du  fleuve  Sôbanas  avec  une  hypothétique 
Somanadi;  ni  sur  celle  de  Pithônobasté  avec  Bantây-Mâs ,  où  se  trouve  une 
bien  savoureuse  étymologie  du  khmèr  hantày  (forteresse)  par  le  sanskrit 
hhikû  (mur),  pour  lequel  l'auteur  aurait  bien  dû  nous  donner  une 
référence. 

On  trouve  à  chaque  page  du  livre  des  équations  du  même  genre . 
et  l'on  admire  l'aisance  avec  laquelle  M.  Gerini  manie  le  chinois ,  le  san- 
skrit, l'arabe,  rapprochant  ou  identifiant  des  noms  empruntés  à  des  do- 
cuments, que  leur  nature  ou  leur  date  sembleraient  devoir  éloigner  à 
tout  jamais. 

Je  ne  suis  pas  à  même  de  juger  si  M.  Gerini  possède  à  fond  le  chinois 
et  l'arabe,  mais  je  crois  que  le  sanskrit  et  le  pâh  ne  lui  sont  pas  très 
familiers.  On  aurait  mauvaise  grâce  à  le  lui  reprochei-,  comme  on  aurait 
tort  de  tirer  contre  son  œuvre  un  argument  du  fait  qu'il  n'a  pas  lu 
Ptolémée  dans  l'original  et  qu'il  s'est  contenté  de  la  traduction   de  Mac 


COMPTES  RENDUS.  387 

Crm(lle(p.  6).  M.  Geriuiest  venu  à  la  philologie  par  des  voies  détour- 
nées, et  il  a  le  mérite  d'avoir  su  ti'avaiiler  loin  des  grandes  biblio- 
thèques ,  dans  des  coucUlious  particulièrement  défavorables.  Mais  il  aurait 
pu  montrer  moins  d'assurance  dans  l'aflirmatiou ,  et  présenter  eu  termes 
plus  modestes  une  méthode  qui  ne  semble  pas  appelée  à  un  grand  succès. 

G.  GoEDÈS. 


H.  MnP0H0BT>.  AoKimucmcmii  SaMihinmi  (Bulletin  de  l'Académie  Impériale  des 
Sciences  de  Saint-Pétersbourg,  mars  1911). 

Sous  le  titre  de  Remarques  jainas ,  M.  Mironov  commence  la  publi- 
cation de  notes  et  notices  qui,  sous  une  forme  sobre  et  condensée,  pré- 
senteront un  grand  intérêt  et  contribueront  dans  une  large  mesure  à 
fixer  quelques-unes  des  si  nombreuses  questions  encore  obsciu-es  et 
incertaines  dans  l'histoire  du  jainisme. 

La  première  série  de  ces  notes  est  consacrée  à  Siddliarsi.  M.  Mironov 
traite  d'abord  de  l'époque  à  lacjuelie  vécut  ce  célèbre  auteur.  Il  a  eu 
l'avantage  de  rencontrer  à  la  Bibliothèque  impériale  publique  de  Saint- 
Pétersbourg  un  manuscrit  du  Sri-Candrakevali-caritra.  Cet  ouvrage  eu 
3,086  vers  est  une  version  sanskrite  faite  par  Siddharsi  d'un  original 
prâkrit  : 

Vasvahhesii-mtte  5g8  varse  srî-Skldhirfiir  (sic)  idam  mahal  \ 
jjrnk-prdkrta-caritrâd  dhi  caritram  samskrtam  vyadhât  || 

Comme  on  le  voit,  la  date  de  cette  ti-aduction  est  l'an  698  d'une  ère 
non  désignée.  Mais  comme  l'ouvrage  fut  composé  à  Anhilvad-Patan, 
dans  l'Ouest  de  l'Inde,  où  l'ère  Gupta  était  fort  en  usage,  M.  Mironov 
interprète  selon  cette  ère  la  date  en  question.  La  version  du  Sri-Candra- 
/cecali-cartlra  par  Siddliarsi  serait  donc  de  698 -f  819  =^  917  a.  d.,  et  il 
y  aurait  ainsi  concordance  avec  la  date  du  plus  connu  des  ouvi-ages  de 
Siddharsi,  XUfamilihhavaprapahcd-laithâ,  qui  fut  achevé  en  906  A.  d. 

C'est  cette  concordance  qu'il  faut  remarquer.  Elle  légitime  l'inféronce 
de  M.  Mironov.  Déjà  M.  E.  Leuniann,  en  1889  {Z.D.M.G.,  \Llll, 
p.  3A8-3/»9),  avait  ap[)li([iié  im  raisoimement  analogue  et  interprété 
selon  lère  Gupta  la  date  lr;i(lilionnelle,  Saiiival  585,  de  llaribliadra 
qu'il  lait  mourir  ainsi  en  90/1  \.  n.  On  sait  d'ailleurs  que  Sîlàiika,  dans 
son  Àcdra-ljhd ,  a  confondu  les  ères  Gupta  cl  Saka  (voir  J.  F.  Fleet, 
LA.,  W,  |).  188),  ce  (pii  l'sl  une  j)reuve  luanilésle  que  l'ère  Gupta 
était  alors  d'usage  coiu'anl  dans  fOuesl  de  l'Inde. 

On  objectera  d'aiilrt'  p;irl  qii(>  VlipaiiiitihlKdaimiiKiiicd-hatlid  esl  ihlée 

a5 . 


388  MARS-AVRIL   1911. 

de  l'an  962  d'une  ère  également  non  désignée.  Mais  les  détails  astro- 
nomiques de  cette  date  sont  donnés,  et  d'après  le  calcul  de  Kielhorn 
{LA.,  XVIII,  p.  87  et  n.  3)  il  s'agit  bien  de  l'ère  de  Vikrama  :  Samvat 
962  =  906  A,  D.  11  est  vrai  que  Peterson  (IV  Report,  p.  5),  désireux 
d'établir  un  rapport  harmonieux  entre  Haribhadra  (Samvat  585,  selon 
la  tradition)  et  son  disciple  Siddharsi,  interprétait  la  date  de  YUpamiti- 
hliavaprapancà-kathd  selon  l'ère  de  Mahàvira  et  arrivait  ainsi  à  Sam- 
vat 592  (sic).  Mais  son  calcul  contient  une  erreur  qui,  à  ma  connais- 
sance, n'a  pas  été  remarquée  jusqu'ici.  En  effet,  962  —  527  --=  635  a.  d.  , 
soit  Vikrama  Samvat  699,  et  non  599.  Siddharsi  aurait  ainsi  vécu  un 
siècle  avant  son  maître  Haribhadra!  L'hypothèse  de  Pelersou  est  donc 
aljsolument  à  rejeter. 

La  seconde  note  de  M.  Mironov  a  pour  objet  d'identifier  l'auleur  de  la 
Nydyâvatdra-vivrUi.  M.  Satis  Chandra  Vidyabhusana,  dans  sou  édition  du 
Nydijàvatdra  de  Siddhasena Divâkara  (Calcutta,  1909,  p.  v;  cf. /./!.,  sept. - 
oct.  1910,  p.  601),  incline  à  attribuer  ce  commentaire  à  Candraprabha 
suri  qui  fonda  en  Sanival  11 59  la  secte  Puinimâ.  Avec  la  plupart  des 
savants  indigènes,  M.  Mironov  pense,  au  contraire,  que  fauteur  eu  est 
Siddharsi. 

M.  Mironov  étudie  d'abord  les  colophous  de  trois  manuscrits  de  cette 
vivrtti.  Toutefois  il  ne  leur  attribue  qu'une  importance  secondaire,  car 
ces  coloplîons  ne  permettent  pas  une  opinion  certaine!  A  sou  avis,  le 
vers  final  du  commentaire  est  déjà  plus  probant  sans  l'être  tout  à  fait. 
Mais  il  fonde  surtout  sa  conviction  sur  trois  passages  empruntés  au 
fippana  de  Devabliadra.  Ce  Devabhadra,  avec  le  surnom  de  Maladhârin, 
appartenait  à  la  secte  Harsapurîya.  Il  était  le  disciple  de  Candra  suri, 
qui  écrivait  en  Samvat  1222  ,  et  sur  le  Ksetrasamdsa  duquel  il  composa 
un  commentaire  en  Samvat  i233.  11  vivait  donc  environ  deux  siècles  et 
demi  après  Siddharsi,  et  son  témoignage  sur  ce  dernier  mérite  par  là 
d'être  pris  en  sérieuse  considération.  11  faut  savoir  gré  à  M.  Mironov  de 
l'avoir  mis  en  lumière. 

A.   GuÉRINOT. 


CHRONIQUE 

ET    fVOTES   BIBLIOGRAPHIQUES. 


La  traduclion  anglaise  de  la  n  Somme  médicale  «  attribude  à  Garaka ,  la 
Carakasnmliitâ ,  commencëe  en  1890  parle  Kavirâj  Avinash  Candra  Kavi- 
ratna,  n'a  pas  été,  comme  on  pouvait  le  craindre,  interrompue  du  fait 
de  sa  mort  survenue  en  igoS.  La  publication  a  été  continuée  par  les 
soins  de  son  jeune  fils ,  le  Kavirâj  Pareshnâtli  Sarma  Khavibhûsau  :  en 
janvier  1911a  paru  le  L\'  fascicule,  donnant  la  fin  du  Cikksitaslhàna , 
la  thérapeutique,  la  6"  et  la  plus  considérable  des  8  sections  [sthiina)  de 
l'ouvrage ,  dont  elle  forme  à  elle  seule  la  bonne  moitié ,  et  les  deux  der- 
niers slbânas  [KaJpa  et  Siddhi)^  l'un  et  l'autre  de  bien  moindre  étendue, 
suivront  à  bref  délai.  La  traduction,  qui  est  en  réalité  l'œuvre  de  Kisori 
Molian  Gauguli  (le  même  qui  a  traduit  le  Mabâbhârata  pour  Pratap 
Candra  Roy)  et  que  celui-ci  avait  eu  le  temps  d'achever  (juand  il  est 
mort  à  son  tour  eu  janvier  1908,  n'est  pas,  depuis  cette  date  du  moins, 
la  reproduction  pure  et  simple  du  manuscrit  laissé  par  le  défunt:  à 
partir  du  26"  chapitre  du  Cikksitaulhâna ,  elle  a  bénéficié  d'une  révision 
soigneuse  de  la  part  du  gendre  de  feu  Kaviralna,  Manmathanâlh  Ban- 
dyopâdhyaya,  qui  l'a  notablement  améliorée  en  appelant  l'allenlion  du 
lecteur  sur  certaines  particularités  du  texte  que  le  premier  traducteur 
avait  un  peu  négligées.  On  sait  en  effet  que,  comme  toutes  les  oeuvres 
anciennes ,  la  Carakasamhitâ  ne  nous  est  parvenue  qu'après  avoir  subi  de 
nombreux  remaniements,  ijue  les  recherches  de  Palmyi'  Gordier  el  sur- 
tout de  Hoernle  ont  mis  en  belle  lumière  :  quel({ue  pari  enlie  le  va'  et 
le  xr  siècle  notamment,  ceux  du  Gashmiricn  Dridhabala,  qui  est  l'au- 
teur du  dernier  tiers  de  la  Sanihitâ  actuelle  et  qui  en  a  plus  ou  moins 
interpolé  le  reste,  et,  plus  récemment,  en  1879,  ceux  qu'elle  a  subis 
dans  l'édition,  plusieurs  fois  reproduite  depuis,  de  Gan{;ri(Iliara.  (Vesl 
sui'  celte  édition,  la  moins  autorisée  en  sonune,  qu'a  ét('  laile  la  traduc- 
tion et,  à  cet  éganl,  M.  N.  nandyopridiiyâya  n'a  pu  que  se  conformer  an 
choix  de  son  prédécesseur.  Mais,  sans  entrer  dans  le  détail  de  ces  ques- 
tions d'autlienticité,  ce  qui  eut  entraîné  une  revision  r(Hrospeclivo  el 
n'eût  pas  été  à  sa  vraie  place  dans  une  simple  traduction,  il  a  nolé'  les 
additions,  avouées  du  lesle  par  la  tradition,  ainsi  ipie  les  variantes  des 


390  MARS-AVRIL   1911. 

éditions,  el  il  a  placé  à  la  fin  du  Cikitsitasthâna  uu  tableau  comparatif 
de  l'ordre  des  chapitres  de  cette  section  dans  la  vulgale  et  de  celui  qu'y  a 
introduit  Gangâdliara.  La  traduction  qui  est  en  train  de  s'achever  n'est 
donc  pas  une  version  critique  de  la  Samhitâ,  mais,  dans  sa  dernière 
pnrtie  du  moins,  elle  en  approche  et,  dans  l'ensemble,  elle  est  soignée 
et  solide;  elle  donne  à  peu  près  tout  ce  qu'on  peut  attendre  d'une  tra- 
duction. Aussi  rendra-t-elle  d'excellents  services  et  fait-elle  dès  mainte- 
nant grand  honneur  aux  ouvriers  ainsi  qu'aux  patrons  de  cette  utile 
entreprise. 

Ceux  qui  voudi-aient  acquérir  cette  traduction  et  ceux  des  souscrip- 
teurs qui  n'auraient  pas  reçu  la  suite  régulière  des  60  premiers  fasci- 
cules devront  s'adresser  à  Kavirâj  Pareshnâth  Sai-ma  Kavibhtisan.  Garaka- 
samhitâ  Kâryâlaya,  200,  Gornwallis  street,  Galculta.       A.  Burth. 

—  L'infortuné  voyageur  J.  W.  Brooke,  massacré  en  décembre  1908 
par  les  Lolos,  a  laissé  un  journal  de  voyage,  qui  a  été  mis  par  sa  famille 
à  la  disposition  de  M.  Fergusson ,  missionnaire  au  Sse-tchouen.  M.  Fer- 
gusson  a  eu  également  entre  les  mains  les  notes  de  M.  Meares,  compa- 
gnon de  Brooke ,  aujourd'hui  membre  de  l'expédition  antarctique  du 
capitaine  Scott.  Il  a  compilé,  à  l'aide  de  ces  matériaux  et  de  ses  propres 
observations ,  un  livre  instructif,  mais  qu'on  apprécierait  davantage  si 
M.  Fergusson  avait  compris  autrement  sa  tâche  d'éditeur  :  Adventure,Spo}i 
and  Travel  on  ihc  Tihelan  Steppes,  by  W.  N.  Fergusson,  London,  Gon- 
stable,8°,  16  s. 

—  La  Société  de  Géographie  a  décerné  le  prix  Pierre-Félix  Fournier 
à  notre  confrère  M.  A.  Gabaton  pour  son  ouvrage  intitulé  :  Les  Indes 
ISéerlandaises  (Paris,  Guilmoto). 

PÉRIODIQUES. 

Anthropos,  vol.  VI,  fasc.  2  ; 

P.  Aloys  SciioTTER.  Notes  ethnographiques  sur  les  tribus  de  Kouy- 
tcheou  (Gbine).  —  .lac.  van  Ginneken.  Sprachwissenschafllicho  Ghronik. 

Impérial  and  Asiatic  Quarterly  Review,  April  1911  : 

J.  Knowles.  The  battle  of  the  characters,  or  an  impérial  Script  for 
India  [sur  un  projet  d'écriture  commune  aux  diverses laiiguos  de  l'Inde]. 
—  E.  MoNTET.  Report  on  Semitic  Studiesand  Orientaiism.  —  G.  M.Sai.wev. 
Japancse  monographs  :  Tho  Ainu,  past  and  présent. 


CHRONIQUE  ET  NOTES  lUBLIOGRAPHIQUES.  391 

Indian  Antiquary,  February  1911: 

R.  Narasimhachar.  The  Ghalukya  Genealogy  according  lo  the  Kannada 
poet  Ranua.  —  K.  B.  Patuak.  Mallisliena-Mahapurana.  —  G.  R.  Kaye. 
Old  Indian  numerieai  Symbols.  -  The  Asoka  Numerals.  —  A.  Govinda- 
CHARVA  SwAMiN.  A  Lacuna  in  the  Harivanisa.  —  W.  Crook.  Songs 
abolit  the  King  of  Oudh.  —  V.  A.  Smith.  The  earliest  Saka  date.  — 
SiTARAMAiYA.  The  plant  Kuringi  (Strobilanthus)  and  the  worship  of 
Kattaikkavalar. 

March  1911  : 

W.  Irvine.  The  Eraperor  Aurangzeb  Alamgir,  1G18-1707.  —  V.  A. 
Smith.  The  «OutHersi  of  Rajasthani.  -  Discovery  of  the  piays  of  Bhasa, 
a  predecessor  of  KaHdasa.  — T.  A.  Gopinatiia  Rao.  A  note  on  the  word 
Balgalchchu.  —  W.  Grook.  Songs  from  Northern  India  relating  to  the 
Enghsh. 

Journal  of  the  American  Oriental  Society,  vol.  XXXI,  fasc.  2  : 

Franklin  Edgerton.  The  K-Sutlixes  of  Indo-Iranian.  Part  I.  — K.  Asa- 
kawa.  Notes  on  Village  Government  in  Japan  after  1600.  —  R.  Rlakr. 
Vocalic  r,  l,  m,  a,  in  Semitic. 

Journal  of  the  Royal  Asiatic  Society  of  Great  Britain  and 
Ireland,  April  191 1  : 

A.  VON  Le  Coq.  Dr.  Stein's  Turkish  Khuastuanift  from  Tun-lmang, 
being  a  Confession -prayer  of  the  Manichaian  Auditores.  Edited  and 
translatcd.  —  T.  Grahame  Bailev.  Kanaurï  Vocabulary.  —  G.  D.  Blagden. 
A  proliminary  Study  of  the  Fourlli  Text  of  the  Myazedi  Inscriptions.  — 
L.  A.  Waddkll.  Ancicnt  Histoiical  Edicts  at  Lhasa.  —  G.  E.  Gerini. 
Chincso  Riddlcs  on  ancicnt  Indian  Toponyniy.  —  A.  F.  Rudolf  Hoerm.e. 
The  ffUnknown  Lauguagesn  of  Eastern  Turkestan.  — J.  F.  Fi.eet.  Tho 
Kaliynga  Era  of  n.  c.  3 102.  —  R.  Galtiiiot.  Note  sur  la  langue  et  IW-ri- 
ture  inconnues  des  documents  Stein-Cowley.  —  Miscellaneous  Communi- 
cations :  G,  A.  Jacob.  Scraps  fi-oni  the  Saddarsana.  —  J.  E.  Fleet. 
Brihaspati  and  Tishya.  -  The  Use  of  the  Abacus  in  India.  —  V.  Ven- 
KAvvA.  Vëlnrpâlaiyam  Plates  of  Nandivarman  III. —  J.D.A.  Tlic  Origius 
of  Bengali.  —  J.  Kirste.  Ilero  and  Rao. —  A.  II.  Francke.  Tlio  Dalai 
Laina's  Seal. 


392  MARS-AVRIL   1911. 

Le  Muséon,  vol.  XI,  n°'  3-4  : 

Th.  Lefort.  Théodore  de  Tabenuèsi  et  la  lettre  pascale  de  saint  Atha- 
nase  sur  le  canon  de  la  Bible.  —  A.  Roussel.  Râmâyana.  Etudes  philo- 
logiques {suite).  —  Léon  Maes.  Lettres  ine'dites  d'André  Schott.  —  L.  de  la 
Vallée  Poussin.  Madhyamakâvatâra.  Introduction  au  Traité  du  Milieu  de 
Gandrakïrti,  avec  le  commentaire  de  l'auteur,  traduit  d'après  la  version 
tibétaine  [suite). 

Rivista  degli  Studi  oriental! ,  vol.  III ,  fasc.  4  : 

G.  GoNTi  RossiNi.  Studi  su  popolazioni  dell'  Etiopia.  —  E.  Griffini. 
Lista  dei  mss.  arabi ,  nuovo  fondo  délia  Biblioteca  Ambrosiana  di  Milano 
(suile).  —  Bollettino  :  V.  Asia  Centrale  c  Estremo  Oriente.  —  Addenda 
et  Index. 

Wiener  Zeitschrift  fur  die  Kunde  des  Morgenlandes ,  vol.  XXIV, 
fasc.  4  : 

J.  Gharpentier.  Zur  Geschichte  des  Gariyâpitaka.  —  J.  Hertel.  Litera- 
risches  aus  dem  Kauliliyasâstra.  —  D.  H.  Muller.  Zur  Reihenfolge  der 
babyl.-assyr.  Planetennamen.  —  II.  Torczvner.  Der  Name  Sanheribs.  — 
M.  SciioRR.  Die  ailbabylonische  Rcchtpraxis. 


SOCIÉTÉ  ASIATIQUE. 


SEANCE  DU  10  MARS  1911. 

La  séance  est  ouverte  à  h  lieures  et  demie ,  sous  la  présidence  de 
M.  Senart. 

Étaient  présents  : 

MM.  Ghavannes,  vtce-préstdent ;  Allotte  de  la  Fuïe,  Avmonibr  , 
Bacot,  Basmadjian,  BoivAT,  A.-M.  BovER,  P.  BoYER,  Cabatox,  de  Cha- 
RENCEY,  Decourdemanche,  Delaporte,    Deny,   Devèze  ,    Fevret,    Fixot. 

DE  FoNTAINIEU,  FoUCHER  ,  GAlDEFaOY-DEMOMBYNES,    GaUTHFOT,  DE  GeNODIL- 

lac,  Geuthner,  Ismaël  Hamet,  Huart,  Mayer  Lambert,  Lang,  S.  Lévi  , 
I.  Lévy,  Mazon,  Meillet,  Nau,  d'Ollone,  Paulhan,  Pelliot,  Périer  , 
R^SKÉ,  Reby,  Sciiwar,  Vinson,  Vissière,  membres;  Thureau-Dangix, 
sec7'étaîre. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  du  i  o  février  est  lu  et  adopté. 

Les  ouvrages  suivants  sont  offerts  à  la  Société  : 

Par  M.  Gaidefroy-Demombvnes  :  Les  cent  et  une  nuits  (traduit  de 
l'arabe):  —  par  M.  Basmadjian,  une  bistoire  résumée  de  l'Arménie. 

Par  i3  voix  contre  i  à  M.  Casanova,  i  à  M.  Guieysse,  i  à  M.  Isniaol 
Hamet ,  S.  A.  le  prince  Roland  Bonaparte  est  élu  membre  du  Conseil  on 
remplacement  de  M.  Mondon-Vidailbet,  décédé. 

La  proposition  de  M.  Gauthiot,  relative  à  la  présentation  et  à  l'élec- 
tion des  nouveaux  membres  ''',  revient  en  discussion.  M.  Vinson  de- 
mande le  maintien  du  statu  quo.  Une  proposition  transactionnelle  de 
M.  Dei.aporte,  à  lacpielle  se  rallie  M.  Gaulbiot,  est  adoptée  par  i3  voix 
contre  a  :  rr  A  l'avenir,  les  noms  des  membres  présenl(^s  et  ceux  de  leurs 
parrains  lif^^urerontà  l'ordre  du  jour,  sur  la  letlie  d  iiivilation,»! 

Conformément  à  une  proposition  faite  par  M.  Df.laporte,  le  Conseil 
(')   Voirie  procès-verbal  do  la  .séance  du  lo  février. 


394  MARS-AVRIL    1911. 

décide  que  la  durée  des  communications  ne  pourra  excéder  vingt  mi- 
nutes et  sera,  autant  que  possible,  limitée  à  un  quart  d'heure. 

M.  Mayer  Lambert  étudie  la  prononciation  de  Ya  et  de  i'o  en  syriaque 
(voir  l'annexe  au  procès-verbal).  M.Huart  signale  des  faits  parallèles  en 
persan. 

M.  Gauthiot  démontre  qu'un  manuscrit  rapporté  par  M.  Stein  et  ré- 
cemment publié  par  M.  Gowley  est  rédigé  eu  langue  sogdienne. 

La  séance  est  levée  à  6  heures  lo. 

ANNEXE  AU  PROGÈS-VERBAL. 


DE  LA  PRONONCIATION  EN  (l   ET  EN  0  CHEZ   LES  JUIFS   ET   LES  SYRIENS. 

On  sait  qnn  chez  les  Juifs  il  y  a  deux  manières  de  prononcer  la  voyelle 
qame^.  Dans  l'Orient ''',  sm"  le  littoral  sud  et  nord  de  la  Méditerranée,  on 
la  jirononce  a ,  tandis  qu'en  Russie ,  en  Roumanie ,  en  Autriche-Hongrie , 
en  Allemagne,  dans  le  nord  de  la  France  et  en  Angleterre  (à  part  quel- 
ques coramuuautés  d'origine  espagnole),  on  la  prononce  o.  Il  ne  faut 
donc  pas  distinguer  entre  les  Juifs  orientaux  et  occidentaux,  mais  entre 
les  Juifs  méridionaux  et  septentrionaux.  Pour  les  temps  anciens ,  nous 
savons  que  les  Juii's  d'Egypte  prononçaient  en  a,  puisque  la  Septante 
emploie  V alpha  dans  les  mots  ponctués  plus  tard  avec  un  qames.  Mais 
les  divers  systèmes  de  vocalisation,  dont  le  dernier,  celui  de  Tibériade, 
paraît  avoir  été  fixé  au  viif  siècle,  sont  conformes  à  la  prononciation  en  o 
aussi  bien  dans  la  Palestine  que  dans  la  Babylonie.  Il  n'y  a  aucune  raison 
de  croire  que  dans  les  écoles  de  Tibériade  on  lisait  le  qames  a,  comme 
l'a  pensé  M.  Bâcher ''^  Les  systèmes  de  vocalisation  employés  en  Ba- 
bylonie et  en  Palestine  se  correspondent  exactement  en  ce  qui  concerne 
le  qames.  En  outre,  on  a  le  témoignage  du  grammairien  Ibn-Ezra,  qui, 
encore  au  xii°  siècle,  affirme  que  les  gens  de  Tibériade  et  des  savants 
d'Egypte  et  d'Afrique  savent  prononcer  le  qames,  en  lui  donnant  un 
son  intermédiaire  entre  le  palah  et  le  holem'''K  On  voit  que,  d'après  lui, 

(''  D'aprèi?  Jacob  Sapir,  Ehen  sappir,  5'j  b,  les  Yémcnitcs  prononceraient  le 
qames  o  commi'  les  Juifs  du  Nord. 

'^'  Die  hphrdische  Sprarhwissenschajï,  p.  7;  Die  Anfcinge  der  hehrmschen 
Grammatik,  p.  1  9. 

(•■')  Sahnt,  éd.  Berlin,  1769,  p.  3  h. 


SOCIETE   ASIATIQUE.  395 

dans  la  Palestine  du  Nord  les  gens  prononcent  en  o,  dans  le  Sud  il  n'y 
a  que  des  savants  qui  le  fassent. 

On  a  voulu  établir  un  parallélisme  entre  cette  double  prononciation  de 
l'hébreu  et  celle  du  syriaque  chez  les  Syriens  orientaux  et  occidentaux  ou 
Nestoriens  et  Jacobites,  les  premiers  prononçant  le  zeqàfd  a,  les  der- 
niers 0.  Si  nous  consultons  les  grammairiens  modernes  nous  v  trouvons 
des  indications  assez  confuses  :  HoOmann''*  croit  que  le  nom  de  zeqdfà  in- 
dique l'élévation  du  son,  donc  a  (!);  mais  il  pense  cpie  le  peuple  pouvait 
pî-ononcer  un  son  intermédiaire  entre  a  et  o.  Uhlemann  <'^  admet  que  cette 
voyelle  est  quelquefois  prononcée  n  chez  les  Nestoriens.  M.  Nôldeke^^^  suivi 
par  M.  Nestlé  (i  888),  voit  dans  le  zeqdfà  un  a  long,  tandis  que  M.  Rubens 
Duval''  y  voit  un  a  obtus  opposé  à  un  a  aigu,  mais  sans  dire  ce  quil 
entend  par  a  obtus  et  a  aigu. 

Ces  assertions  des  grammairiens  s'appuient  sur  l'autorité  d'Assemani, 
qui,  dans  sa  Bibliotheca  orienlalis,  t.  III,  p.  ii,  p.  879,  déclare  c[ue  les 
Nestoriens  prononcent  le  zeqàfd  a  et  les  Jacobites  0.  Assemani  est  assuré- 
ment digne  do  foi  pour  l'époque  où  il  écrivait,  c'est-à-dire  au  commence- 
ment du  xvni"  siècle,  et  la  différence  de  prononciation  entre  les  Orientaux 
et  les  Occidentaux  est  attestée  de  nos  jours  dans  les  dialectes  néo-sy- 
riens'°^  Mais  cette  différence  existait-elle  à  l'époque  où  les  points-voyelles 
ont  été  introduits  et  même  plus  tôt?  C'est  ce  que  nous  désirons  exauuner. 

Dans  les  Evangiles,  i'araméen  est  prononcé  en  a,  mais  le  dialecte  est 
celui  du  Sud,  et  non  pas  du  Nord. 

Assemani,  en  se  fondant  sur  un  passage  de  Bar-Hebneus ,  a  cru  que 
jusqu'à  l'épo(|ue  de  Joseph  d'Ahwaz  (  vi'  siècle)  les  Nestoriens  prononçaient 
comme  les  Occidentaux.  Mais  dans  le  passage  en  question  il  s'agit  de 
l'accentuation  et  non  pas  des  voyelles*®).  Dans  une  récente  communication 
faite  à  la  Société  asiatique,  M.  l'abbé  Nau  a  cité  une  phrase  syriaque  tran- 
scrite en  caractères  grecs  par  Léonce,  évoque  de  Néapolis  en  (^hypre  (lin 
du  m"  siècle)  et  dans  laquelle  la  négation  là  est  rendue  par  Aa,  et  il  se 
demande  si  l'on  ne  doit  pas  conclure  qu'à  ce  monicnt-là  les  Occidentaux 
prononçaient  le  zeqdfà  a.  Il  est  à  notci-  que  M.  Duval*''  pose  une  fjuestion 

(''  Grammnlica  Si/riaca,   1827,  I,  p.  <)'j. 

(*)  Grniniiialil,  àcr  sifrischen  Spracke,  1867,  P'  ^^• 

(')  Syrische  Grammatik,  1880;  9°  ôdit. ,  1898,  p.  7. 

**'  Traité  de.  frvnmmaivp  ayriaque,  1881,  p.  lih. 

(*'  Noi.PKKK,  GtaiDinalih  dor  upii-aiivinchon  Spraclir,  p.  7. 

<"'  Voir  Mi:iiv,  llistorin  nrtis  fp-n>tnnnlira>  npud  Si/roi ,  p.  n8;  R.  Dlval, 
Ijilléraluro  mjriaquv,  p.  70. 

*''  Traité  de  fçi-ammaire  syriaque ,  p.  /i5. 


396  MARS-AVRIL   1911. 

semblable  à  propos  de  Jacques  d'Edesse  (même  époque).  Celui-ci  avait 
inventé  un  système  de  voyelles  imité  des  voyelles  grecques ,  dans  lequel 
le  zeqâfà  était  exprimé  par  Volaf.  Celte  lettre  ne  devait-elle  pas  répondre 
dans  la  pensée  de  Jacques  d'Edesse  à  Yalphael  par  conséquent  à  imsona? 
M.  Duval  ne  le  croit  pas  ''',  car  on  ne  comprendrait  pas  un  cliangement 
brusque  de  prononciation  dans  un  intervalle  de  deux  siècles  à  peine. 
Selon  lui,  le  zeqoj'â  étant  intermédiaire  entre  «  et  o,  on  pouvait  le  traiter 
comme  un  a,  si  l'on  envisageait  sa  valeur  grammaticale,  ou  comme  un 
0,  si  l'on  cherchait  à  en  exprimer  la  prononciation  exacte. 

Cette  ai'gunienlation  très  judicieuse  s'applique  également  bien  au  do- 
cument signalé  par  M.  l'abbé  Nau,  d'autant  plus  que  l'évêque  de  Néapolis 
a  pu  se  conformer  à  la  tradition  des  Evangiles,  sans  cliercher  à  rendre 
phonétiquement  la  prononciation  usuelle.  On  peut  donc  admettre  que  la 
prononciation  des  Jacobites  était  déjà  ancienne,  quand  les  points-voyelles 
furent  introduits,  mais  on  doit  aussi  se  demander  si  à  cette  époque  les 
Nestoi'iens  eux-mêmes  ne  prononçaient  pas  en  o.  C'est  une  thèse  que 
M.  l'abbé  Martin  a  émise  dans  son  article  sur  les  Syriens  orientaux  et  occi- 
dentaux'''. Voici  les  raisons  sur  lesquelles  il  s'appuie:  i°les  ])oints-voyelles 
ont  passé  des  Nestoriens  aux  Jacobiles  ;  or  ceux-ci  ont  adapté  au  son  o 
le  signe  nestorien  ;  2°  Bar-Hebrœus  témoigne  que  les  Nestoriens  emploient 
quelquefois  le  son  0  '''  ;  3°  les  Néo-Syriens  possèdent  encore  aujourd'hui 
un  son  qui  en  approche. 

Assurément  les  arguments  de  l'abbé  Martin  sont  contestables:  1°  en 
ce  qui  concei-ne  l'introduction  des  signes  nestoriens  chez  les  Jacobites, 
ceux-ci  pouvaient  conserver  la  valeur  grammaticale  des  signes  sans  en 
adopter  la  prononciation  (cf.  R.  Duval,  Traité  de  grammaire  suriaque , 
p.  59,  note  1):  2°  pour  le  témoignage  de  Bar-Hebrœus ,  personne  ne 
paraît  avoir  remarqué  que  le  grammairien  parle  de  la  prononciation  du 
petâhd  et  non  de  celle  du  teqâfâ  ;  or,  c'est  la  prononciation  du  zeqâfâ  qni 

'•'  M.  Duval  aurait  pu  renforcer  la  question  en  observant  que  Jacques 
d'Edesse  distingue  quatre  couples  de  voyelles;  il  semble  donc  bien  que,  chez 
lui ,  il  y  ait  deux  a,  un  long  et  un  bref.  Mais  la  réponse  de  M.  Duval  garde 
toute  sa  valeur. 

<^)  Journal  asiatique,  1H72,  I,  p.  'lig  et  653. 

'•''  Dans  le  passage  en  question  [Ketoho  desèniké ,  1,  p.  iSa,  Bar- Ilebrieus 
dit  que  les  Nestoriens  prononcent ,  dans  les  verbes  à  la  forme  pa'el  avec  deu- 
xième radicale  ris  ou  'ai/n,  la  soyeWe  petfihri  commis  si  c'était  un  zeqlijd.  Ailleurs 
{op.  cit.,  II,  p.  7)  il  dit  que  les  Nestoriens  confondent  le  petâhâ  avec  le  zeq(]f'"t, 
là  où  il  n'y  a  pas  redoublement  de  la  consonne,  par  exemple  zar'^n  «semence*' 
avec  znr'n  te  semeur». 


I 


SOCIETE  ASIATIQUE.  397 

est  eu  discussion;  3°  si  les  Ne'o-Syriens  prononcent  dans  quelques  mots  le 
zcqclfd  0,  ils  le  prononcent  en  général  a.  Il  y  aurait  donc  plutôt  pré- 
somption en  faveur  de  la  prononciation  en  a. 

Mais  la  thèse  de  l'abbé  Mai'tin  nous  paraît  pouvoir  être  défendue  à 
l'aide  d'autres  arguments  plus  solides.  Tout  d'abord  le  nom  même  du 
zeqâfà,  usité  chez  les  Orientaux  comme  chez  les  Occidentaux,  indique 
nécessairement,  quoi  qu'en  dise  Hoffmann,  le  son  o,  car  il  signifie  pp re- 
dressement (de  la  bouche)".  Donc,  les  Orientaux  devaient,  quand  ce  nom 
est  entré  en  usage,  prononcer  le  zeqàfà  o. 

Ensuite,  tandis  que  les  Jacobites  transcrivent  la  diphtongue  au  avec  un 
petâhâ  les  Nestoriens  l'écrivaient  presque  toujours  avec  un  zeqàjd.  Or 
l'emploi  de  cette  voyelle  ne  s'explique  que  si  elle  se  prononçait  o ,  le  son 
de  Va  dans  au  se  rapprochant  de  o  sous  l'influence  de  1'?^. 

Enfin  si  le  témoignage  de  Bar-Hebraeus  ne  peut  être  invoqué  direclement 
puisque  cet  auteur  parle  du  peUlhd  et  non  du  zeqàfa,  indirectement  il 
prouve  que  cette  dernière  voyelle  était  prononcée  o,  tout  au  moins  dans 
l'opinion  du  grammairien.  En  effet,  celui-ci  reproche  aux  Nesloi-iens  de 
prononcer  quelquefois  le  pctâhd  comme  le  zeqdfd.  Donc  le  zeqcîfd  était 
prononcé  o  par  tout  le  monde.  Nulle  part ,  d'ailleurs ,  que  nous  sachions , 
Bar-Hebrœus  ne  fait  allusion  à  la  prononciation  du  zeqdfd  en  a. 

D'autre  part,  le  rapprochement  même  que  l'on  a  fait  euti-e  la  pronon- 
ciation de  l'hébreu  et  celle  du  syriaque  peut  servir  à  démontrer  que  les 
Syriens  orientaux  ne  devaient  pas  prononcer  en  o  le  zeqdfa  au  moment 
où  leur  système  de  vocalisation  a  été  introduit,  c'est-à-dire  au  vui'  siècle. 
A  la  même  époque  remonte  le  système  de  points-voyelles  usité  à  Ti- 
bériade  ;  or,  ce  système ,  qui  est  adapté  à  la  prononciation  en  o ,  puisque 
le  qamesi  est  employé  pour  l'o  bref,  présente  sept  voyelles  tout  comme 
le  système  des  Nestoriens,  et,  bien  que  les  signes  soient  différents,  les 
voyelles  se  correspondent  exactement.  Il  est  donc  très  vraisemblable  que 
le  système  des  Syriens  orientaux  indicpie  pour  le  zvqdjd  le  son  o. 

En  outre,  chez  les  Juifs,  comme  nous  l'avons  dit  plus  haut,  on  pro- 
nonçait en  0  dans  le  Nord  et  en  a  dans  le  Sud.  Les  Nestoriens  et  Jacobites 
étant  tous  dans  le  nord  de  la  Syrie,  il  serait  étonnant  qu'ils  n'aient  pas 
eu  la  même  manière  de  prononcer  que  les  Juifs  de  la  même  région. 

Donc,  bien  que  le  zeqdfd  provienne  d'un  a  piimilif,  il  est  probable 
(jue  bien  avant  l'invention  des  signes  des  voyelles ,  les  Syriens  du  Nord 
lui  donnaient  le  son  o  ouvert,  c'est-à-dire  un  son  intermédiaire  entre  l'a 
|)ur  et  l'o  fermé.  Plus  tard,  sans  (U)ule  sous  l'inlluence  de  l'arabe,  les 
Syriens  orientaux  ont  lelransformé  la  [)rononcialion  du  zoqdfd ,  qui  est 
ainsi  revenu  à  sa  valeur  oiiginelle,  tandis  que  les  Syriens  occidonlaux 


398  MARS-AVRIL    1911. 

continuaient  à  le  prononcer  o.  Au  vui'  siècle  la  différence  était  devenue 
tout  à  fait  tranchée.  Peut-être  à  l'époque  de  Bar-Hebrœus  (xiii°  siècle)  le 
régression  du  zeqâfà  avait-elle  déjà  commencé  chez  les  Nestoriens  et  la 
distinction  des  voyelle /)?/«/*«  et  zeqdfd  u'était-elle  plus  très  nette.  Bar- 
Hebraeus,  partant  de  l'idée  que  le  zeqâ/'d  était  o,  a  pu  se  méprendre  sur  la 
prononciation  des  Nestoriens  et  accuser  ceux-ci  de  confondre  r«  avec  l'o, 
alors  qu'en  réalité  c'était  l'o  qui  tendait  à  retourner  vers  Y  a.  Mais  si,  de 
son  temps,  les  Nestoriens  avaient  prononcé  le  zeqâfà  tout  à  fait  a,  Bar- 
Hebrœus  ne  s'y  serait  pas  certainement  trompé. 

En  résumé  le  son  a,  qui  s'était  transformé  en  o  chez  les  Syriens  sep- 
tentrionaux, est  revenu  ensuite  à  sa  valeur  primitive  chez  les  Orientaux. 
On  en  conclura  que  les  modifications  phonétiques  ne  suivent  pas  toujours 
la  même  direction ,  mais  peuvent  présenter  des  mouvements  rétrogrades. 

Mayer  Lambert. 


SEANCE  DU  12  AVRIL  1911. 

La  séance  est  ouverte  à  h  heures  et  demie,  sous  la  présidence  de 
M.  Senart. 

Etaient  présents  : 

MM.  Allotte  de  la  Fuye,  Amar,  Bacot,  Basmadjian,  Bloch,  Bodrdais, 
BouvAT,  A.-M.  BoYER,  Gabaton,  de  Gharencey,  Ddssacd,  Fevret,  Gau- 
THioT,  de  Genouillac,  Hoart,  Madrolle  ,  d'Ollone,  Pelliot,  Périer, 
Reby,  Schwab,  Theillet,  memhves. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  du  lo  mars  est  lu  et  adopté. 

Lecture  est  donnée  d'une  lettre  du  Ministère  annonçant  l'ordonnan- 
cement du  deuxième  trimestre  de  la  subvention  pour  1911. 

Sur  la  proposition  de  MM.  Senart  et  Bouvat,  la  Bibliothèque  Vaticanc 
est  admise  comme  membre  de  la  Société  asiatique. 

I^a  Société  décide  d'accorder  à  M.  Geuthner  l'autorisation  de  i-éim- 
pi'imer,  à  ses  frais,  la  traduction  de  la  Description  de  l'Afrique  d'El-Beicri 
par  M.  de  Slane,  publiée  dans  le  Jour  mil  (isialique. 

M.  le  commandant  d'Ollone  présente  son  ouvrage  récemment  paru  : 
J^cs  (leritins  linrlmros,  et  fournil  quelques  détails  sur  la  collection  des 


SOCIETE   ASIATIQUE.  399 

publications  scientifiques  de  sa  mission;  il  est  remercié  et  félicité  par 
M.  le  Président,  Parlant  des  ouvrages  musulmans  chinois .  au  nombre  de 
36,  qu'il  a  rapportés  et  qui  peuvent  être  considérés  comme  constituant 
le  fonds  de  toute  bibliothèque  musulmane  en  Chine,  il  annonce  que  ces 
ouvrages,  étudiés  par  M.  Vissière  et  destinés  à  la  BibUothèque  natio- 
nale, sont  mis  dès  maintenant  à  la  disposition  des  ti-availleurs.  M.  le 
commandant  d'Ollone  démontre  ensuite  que  le  nom  de  Houei-Houei, 
donné  aux  musulmans  en  Chine,  n'est  autre  que  la  déformation  du  mot 
ouïgour  :  un  texte  rapporté  par  lui  ne  laisse ,  à  cet  égard ,  aucun  doute 
(voir  l'annexe  au  procès-verbal). 

M.  DE  Charencev  étudie  le  nom  de  la  feuille  dans  divers  dialectes 
ougro-linnois  (voir  l'annexe  au  procès-verbal). 

M.  Allotte  de  la  Fuve  signale  l'importance  de  quelques  publications 
assyriologiques  récentes,  et,  notamment,  d'un  texte  anzanite  publié  par 
le  P.  Scheil. 

M.  Pelliot  attire  l'attention  de  la  Société  sur  deux  documents  du 
xni'  siècle  retrouvés  en  Chine  par  M.  Chavannes,  qui  contribuent  à 
élucider  les  origines  de  l'Islam  dans  ce  pays,  et  sur  une  lettre  de  mar- 
chand musulman  datant  de  1207  ou  1208. 

M.  DE  CuARENCEV  fait  quelques  observations  sur  les  rapports  des 
langues  sémitiques  avec  les  langues  chamitiques,  à  propos  du  livre  de 
M.  Reiuisch,  Dus  IWsônlichfûrworl  und  die  Vevhaljlexion  in  den  chamilo- 
semilischcu  Spraclien . 

M.  DE  Genocillac  annonce  l'apparition  de  la  Grammaire  sumérienne 
de  M.  Langdon,  et  signale  l'importance  de  cet  ouvrage  pour  les  études 
assyriologiques. 

M.  le  coniniandaul  d'Ollone  insiste  sur  cette  considération  qu'il 
importe,  au  [)oint  de  vue  de  l'histoire  de  l'islamisme  en  Chine,  de  dis- 
tinguer soigneusement  entre  la  présence  leni|)()raire  ou  localisée  de 
musulmans  étrangers  sur  la  crtte  et  la  difl'usion  de  l'islamisme  à  l'inté- 
rieur cl  parmi  la  population  chinoise.  H  estime  que  c'est  par  la  voie  de 
terre  qu'a  du  se  produire  cette  pénétration. 


de  Chareivckv  et  Pi:i,i.i(ir  fnnt  ([ueliiues  remaripies  sur  les  colonies 
juives  en  Cliine. 


ZiOO  MARS-AVRIL   1911. 

M.  LE  PnÉsiDEPîT  souhaite  ia  bienvenue  à  M,  le  professeur  Martin 
Hartmann,  du  Séminaire  des  Langues  orientales  de  Berlin,  qui  assiste  à 
la  séance. 

Deux  membres  inscrits  pour  d'autres  communications  se  trouvant 
empêchés ,  la  séance  est  levée. 


ANNEXES   AU   PROCES-VERBAL. 


DU  NOM  DE  LA   FEUILLE  DANS  PLUSIEURS  DIALECTES  OUGRO-FINNOIS. 

Le  nombre  des  emprunts  lexicograpbiques  faits  par  les  dialectes 
ougro-finnois  à  ceux  des  idiomes  germaniques  ou  letto-slaves  fut,  on 
le  sait,  très  considérable.  Dans  plusieurs  d'entre  eux,  l'élément  adventice 
surpasse  notablement  l'élément  indigène.  Le  présent  travail  en  fournira, 
ci'oyons-nous,  une  preuve  nouvelle. 

Les  populations  ougro-finnoises  désignent  la  feuille  par  des  termes 
souvent  fort  différents  et  ne  se  rattachant  pas  à  une  racine  identique. 
Plusieurs  de  ces  derniers  accusent  visiblement  une  origine  indoeuro- 
péenne.  Certains  autres,  en  revanche,  sont  peut-être  originaux. 

Citons  d'abord  le  suami  lehti  frfeuillei ,  que  Castrea  [Elenienta  Graiii- 
ntaticae  Tscheremissicae)  rapproche  du  tchcrémisse  listns.  La  mutation 
do  la  sifflante  en  h  s'expliquerait  difficilement.  On  aurait  donc  quelque 
lieu  d'admettre  que  ce  terme  lehti  n'a  point  été  pris  à  un  idiome 
étranger. 

Nous  n'oserions  en  dire  autant  du  morduin  lopa  (même  sens).  11 
rappelle  trop,  et  pour  la  forme  et  pour  ie  sens,  d'une  part,  l'allemand 
laiih ;  moyeu-haut  allemand  loup,  loith ;  anglais  kaf;  hollandais  looj; 
gothique  laufs,  au  pluriel,  laubôs;  et  de  l'autre,  le  lithuanien  lapas 
où,  par  exception,  la  diphtongue  germanique  se  trouve  représentée 
par  un  a;  sorabe  ou  wende  lapena,  lepen  (voir  Bogumil  Linde,  Siowmk 
jçzyha  Pohlàego,  Lvov,  i855,  et  Miklosich,  Diclionnaire  abrégé  de  six 
langues  slaves,  Wien,  i885). 

Ce  nom  de  la  feuille  était-il ,  dès  le  principe ,  commun  aux  Germains 
et  aux  Letto-Slaves ,  ou  bien  a-t-il  passé  du  vocabulaire  des  premiers  à 
celui  des  seconds?  Nous  n'oserions  rien  affirmer  à  cet  égard.  Ce  qui  nous 
paraît  clair,  c'est  que  le  morduin  lopa,  assez  isolé  au  sein  du  groupe 
ougro-linnois,  rappelle  plus  le  lithuanien  et  le  wende  que  l'allemand  ou 
le  gothique. 


I 


SOCIETE   ASIATIQUE.  401 

M.  Kluge  [Eujmologischps  Wôrterbuch  der  Deiitschen  Sprache)  signale 
une  parenté,  au  moins  possible,  entre  ces  termes  et  le  grec  Aiira» 
trécorce,  pelure,  peaui. 

Nous  ne  nous  hasarderons  pas,  d'ailleurs,  à  soutenir  que  i'ostyak 
libet  fffeuillen,  le  magyar  lécel  aient  rien  à  faire  avec  le  vocable  mor- 
duin.  Cependant ,  ils  s'en  approchent  beaucoup  phonétiquement  et  veulent 
dire  juste  la  même  chose. 

Par  exemple,  l'emprunt  fait  au  slave  ou,  pour  être  plus  exact,  au 
russe,  ne  semble  guère  contestable,  en  ce  qui  concerne  le  lapon  lasta, 
fffeuille"  et  le  tchére'misse  déjà  mentionné  listas,  zyriène  lis.  Cf.  russe 
.iHCT-b  liste,  list  "feuille  51,  et  au  génitif  .mcTa  ;  polonais  //sV  (même  sens); 
tchèque  list,  lislj ;  wende  hjst  ou  list,  synonyme  de  lapena  ;  bulgare  et 
serbe  jhct  list,  etc.  Ce  n'est  sans  doute  d'ailleurs  pas  au  seul  point  de 
vue  du  lexique  que  les  Ougro-Finnois  ont  dû  subir  l'influence  de  voisins 
plus  civilisés  qu'ils  n'étaient  eux-mêmes. 

C"  DE  Charencey. 


COLLECTION   D'OUVRAGES  MUSULMANS  CHINOIS. 
DE  L'OniGINE  DU  NOM  DE  HOUEI-HOUEI  PORTÉ  PAR  LES  MUSULMANS  CHINOIS. 

On  ne  connaissait  guère  jusqu'ici  la  littérature  des  Musulmans  chinois, 
sans  laquelle  pourtant  il  semble  difficile  d'étudier  la  situation  et  les  ten- 
dances de  l'Islam  dans  l'Empire  du  Milieu.  Une  vingtaine  d'ouvrages 
seulement  avaient  été  signalés  :  des  analyses  et  des  extraits  de  plusieurs 
d'entre  eux  avaient  été  donnés,  surtout  par  Vassiiiew,  l'archimandrite 
Palladius,  Dabry  de  Thiersant,  Wylie,  Hogg,  la  Revue  du  Monde  musul- 
man, mais  des  autres  on  ne  connaissait  guère  que  les  noms. 

Ma  mission  a  rapporté  trente-six  ouvrages  qui  comprennent  à  peu 
près  tous  ceux  qu'on  avait  signalés  antérieurement,  et  en  outre  la 
presque  totalité  des  autres  ouvrap,cs  musulmans  chinois,  du  moins  de 
ceux  qui  sont  répandus  et  estimés.  M.  Vissière  a  bien  voulu  analyser 
cette  collection  dans  le  numéro  de  janvier  1911  de  la  Revue  du  Monde 
musulman,  où  il  déclare  qu'elle  constitue  rrune  mine  de  renseignements 
dont  quebjues  filons  seulement  ont  été  explorés^.  Cette  mine  sera  doré- 
navant à  la  disposition  des  travailleurs,  car  nous  deslinons  ces  ouvrages 
à  la  Bibhothè(pie  nationale. 

Dès  maintenant  je  crois  utile  de  signaler  un  point  qui,  grâce  à  eux, 
me  semble  acquis  à  la  science.  On  sait  que  l'introduction  et  la  dilVu- 
sion  de  l'Islam  en  Chine  sont  fort  obscures.  Les  légendes  mises  à  part, 

.Wll.  îl(> 


/i02  MARS-AVRIL    191  1. 

on  ignore  la  date  de  son  entrée,  les  noms  de  ses  propagateurs,  les  effets 
de  leur  propagande  durant  des  siècles,  ou  du  moins  on  ne  possède  sur 
ces  points  que  des  données  fort  controversables.  On  ne  sait  même  pas 
l'origine  du  nom  de  Hoiiei,  ou  Houei-Houei ,  ou  Houei-tseu  que  portent 
les  Musulmans  chinois,  à  l'exclusion  de  tout  autre.  Ce  point  a  une 
importance  particulière.  Puisque  cette  religion ,  venue  d'ailleurs ,  a  dû 
se  présenter  d'abord  sous  un  autre  vocable,  un  nouveau  nom  ne  lui  a  pas 
été  appliqué  ainsi  qu'à  ses  sectateurs  sans  aucun  motif,  sans  même  qu'on 
se  soit  aperçu  de  ton  apparition.  Il  y  a  donc  dans  cette  dénomination 
une  énigme  qui  touche  étroitement  au  développement  de  l'Islam  chi- 
nois :  c'est  pourquoi  tous  les  auteurs  se  sont  attachés  à  l'interpréter. 

On  s'en  est  tenu  longtemps  à  l'explication  que  donne  un  petit  livre 
musulman  extrêmement  répandu,  le  Houci-Hoiici  yuan  lai  rrDe  l'origine 
des  Musulmans  n  ,  explication  que  donnent  d'ailleurs  sans  hésitation  tous 
les  Mahométans  interrogés  :  le  caractère  [Hl  Houei  signifiant  rrretourTi , 
ce  nom  symboliserait  le  retour  des  Chinois  à  la  vraie  rehgion ,  ou  encore 
le  retour  sur  soi-même. 

Une  autre  exphcation  plus  vraisemblable  se  piésenlait  cependant  à 
l'esprit  de  ceux  qui  ont  étudié  l'histoire  chinoise  :  ils  constataient  que  les 
Ouïgours  ou  Honei-Hoii,  interposés  entre  la  Chine  et  le  monde  islamique , 
s'étaient  en  majorité  convertis  de  bonne  heure  à  la  foi  musulmane,  et 
que,  pour  les  Chinois,  c'est  eux  qui  sans  doute  avaient  longtemps 
représenté  l'Islam  :  de  là  à  appliquer  leur  nom  à  tous  ceux  qui 
embrassaient  la  même  rehgion  il  n'y  avait  qu'un  pas.  Mais  il  n'y  avait 
aucun  texte  à  l'appui  de  cette  hypothèse,  contraire  aux  affirmations  des 
Musulmans  eux-mêmes. 

Or  l'un  de  nos  ouvrages,  le  TcJiou  Tien  ta  tsan  isi  kiai  rr Recueil  de 
commentaires  sur  la  grande  louange,  prière  au  Ciel"  ,  contient  un  cha- 
pitre, Hoitei-lloiici  chom  ff  Discours  sur  les  Musulmans  i^,  dii  à  Lieoutche, 
le  plus  estimé  de  tous  les  auteurs  mahométans,  et  dans  ce  chapitre  le 
texte  suivant  (p.  89  r°)  : 

ffLa  doctrine  du  saint  Mou-han-mo-to  (Mohammed)  se  répandit  de 
l'Ouest  h  l'Est,  en  passant  par  le  pays  des  Houei-Hou ,  limitrophe  de  l'Em- 
pire du  Mdieu  et  de  T'ien-Fang  (Arabie);  nos  coreligionnaires  furent  eux 
aussi  appelés  Mouci-Hou.  Sous  les  Song  et  les  Yuan ,  les  lettrés  d'Arabie 
arrivèrent  en  grand  nombre,  et,  considérant  que  les  deux  caractères 
Houei  Hou  n'avaient  aucim  sens,  ils  les  remplacèrent  par  les  deux  carac- 
tères Houei  Houei,  dont  le  sou  était  voisin  des  deux  premiers  et  dont  le 
sens  était  plus  profond .  .  . 

ff  C'est  à  tort  que  bien  des  gens  ont  donné  des  acceptions  perverses  au 


SOCIETE   ASIATIQUE.  403 

caractère  Hoitei.  Tous  les  sens  ([u'on  peut  attribuer  à  ce  caractère  sont 
très  beaux. fl  (Capitaine  Lepage,  trad.) 

Ce  texte  si  net  nous  donne  à  la  fois  l'étymologie  historique  du  nom, 
qui  n'est  autre  que  celui  des  Ouïgours  étendu  à  tous  leurs  coreligion- 
naires, et  en  même  temps  l'origine  des  sens  mystiques  qu'y  ont  intro- 
duits plus  lard  ceux  (pii,  après  la  destruction  des  Ouïgours,  ne  savaient 
plus  le  rôle  qu'ils  avaient  joué  dans  l'islamisation  de  la  Chine, 

En  même  temps  il  éclaire  d'une  vive  lueur  le  problème  de  l'introduc- 
tion de  l'Islam,  qui,  selon  lui,  n'est  pas  venu  par  mer  et  ne  s'est  pas 
répandu  dès  la  dynastie  des  T'ang,  mais  (pii  s'est  propagé  par  terre  chez 
les  Nomades  et  ne  s'est  installé  dans  rEnq)ire,  avec  le  concours  d'apoires 
venus  de  l'Occident,  que  sous  les  Song  et  les  Yuan.  C'est  d'ailleurs  ce  qui 
résulte  de  tous  les  documents  que  nous  avons  recueillis  et  que  je  vais 
publier  très  prochainement. 

Commandant  d'Ollone. 


NOUVELLES   ACQUISITIONS  DE    LV    BIBLIOTHEQUE 


(1) 


I.  L 


IVRES. 


Anu  Zaïd  al-AnsÀui'.  Kiltlh  al-Ham: ,  traité  pliilologi(pie  inédit,  éditée 
par  le  P.  L.  Cheikho  S.  J.  (Extrait).  —  Beyrouth,  kji  i  ;  ia-8°.  [Dir.  | 

Ai.LOTTE  DE  LA  Fv\E.  Monnaies  incertaines  de  la  Soijdiane  et  des  contrées 
voisines.  Première  partie  (Extrait).  —  Paris,  1910;  ia-8°.  [A.] 

Annual  Progrcss  lleport  of  thc  Supcrinlendent  of  the  Arcliœological  Snr- 
vcy,  Northern  Circle ,  for  ihe  ijear  endivg  3ist  Mardi  i<)io-  —  Lahore, 
Puiijab  Econonn'cal  l'iess,  i<)ic):  in-l"ol.  [(îouvernement  de  l'Inde.] 

Basmadjian  (K.  J.).  Histoire  d'Arménie,  2°  année.  —  Constuntinople, 
1910;  in-16.  [A.] 

Bi:u<;.STBÀssKK  (Cotlhelf).  Die  Negalionen  im  Kur'dn.  Ein  Beitrag  zur 
historischen  Gramuuitik  des  Arabiscbeu  (Inaugural-Dissertation).  — 
Leipzig ,  August  Pries,  1911;  in-8°.  |A.J 

(')  Les  piii)licalii)iis  mnr(|ii(''('s  d'un  aslôiùsipic  sont  celios  qui  sont  reçues  par 
voie  d'éclianjjc.  Les  noms  di's  (ionaloiirs  sont  indiqués  à  la  suite  des  titres  : 
A.  r=  aiiteiM';  luL  =  t'dilenr;  Dir.  —  Direction  d'uno  SocicUé  savante,  d'un 
établissement  sc'ientiliipie  ou  iruiie  revue;  M.  I.  I'.    -  Ministère  de  l'instruction 

|iiilili(|iie. 


404  MARS-AVRIL   1911. 

Blbliotheca  Buddhica.  X.  Saddliai-inajninfldrika ,  cdiled  by  Prof. 
H.  Kern  and  Prof.  Bunyid  NvNjio,/r.  —  Wl.Tisastvustik,  ein  iu  liïrkischer 
Sprache  Ijearbeiteles  buddhisliclies  Sûlra.  ïranscriplion  tind  Ubersetzung 
von  W.  Radloff  .Bemerknnfjen  zii  den  Brâliniï  Glossen  yon  Baron  A.  von 
Stakl-Holstein.  —  XllI.  Mahdvijiilpdlli,  publ.  par  J.  P.  Minaveff: 
9''('dilion,  ])ar  N.  D.  Mironov.  —  Saiiil-P('lersl)0Tn'jO-,  iç)io;  in-H°.  |Aca- 
déaiie  miijcriale  des  Scieiicos.  1 

Bibliothèrjue  de  l'Ecole  praliijuc  ârn  Hautes  Eludes.  Sciences  liisloricpes 
el  philologiques.  Fasc.  1S9  :  Les  comles  de  Savoie  et  les  rois  de  France 
pendant  la  guerre  de  (lent  ans  (^  i3tig-i3f)i),  par  Jean  Cor.DEV.  —  Paris, 
Honore  Champion,  191 1  ;  in-8°.  [M.  I.  P.] 

Carias   de   Affonso    de   Alhiiqiicr(juc ,    segnidas  de    documcnlos    que    as 

ehicidam,  publicadas  de  ordem da  Academia  Real  das  Sciencias 

de  Lisboa,  e  sob  la  direccâo  de  Raymondo  Antonio  de  Bliloào  Pato. 
Tonios  I-IV.  -  Lisboa,  188/1-1910;  3  vol.  m-h".  |  Dir.] 

Castagne  (J.  A.).  Antiquités  des  steppes  hirghizes  et  du  pays  d'Oren- 
hourg  (en  russe;  forme  le  tome  WII  des  Travaux  de  la  Commission 
scientifique  des  Archives  d'Orenbourg).  —  Orenbourg,  KérimofT,  lluseï- 
nofiet  G%  1910;  in-4°.  [A.] 

Charencev  (C'°  dk),  lùijniologies  euskariennes.  —  Paris,  Honore  Gliam- 
pion ,  1 9 1 1  ;  gr.  in-8°.  [  A.  ] 

CnAVANNES  (Edouard).  L'Inscription  funéraire  de  Ts'ouan  Pao-Tscu. 
Rëponso  à  M.  Farjenel  (  Extrait).  —  London  ,  Royal  Asiatic  Society,  1  9 1 1  ; 
in-8".  [A.] 

GoEDJîs  (G.).  Catalogue  des  pièces  originales  de  sculpture  hhnière  con- 
servées au  Musée  indochinois  du  Trocadéro  cl  au  Musée  Guimet  (  Extrait). 
—  Paris,  Ernest  Leroux,  1910;  in-8".  [A.] 

—  l^es  deux  inscriptions  de  Vat  Thîpdèi,  province  de  Sieni  fiâp 
(Exti-ait).  —  Angers,  s.  d.;  in-8°.  [A.] 

Collection  d'un  amateur.  Objets  d'art  de  la  Corée,  de  la  Chine  et  du 
Japon,  dont  la  vente  aura  lieu  à  Paris,  Hôtel  Drouot,  du  lundi  27  au 
jeudi  3o  mars,  à  2  heures.  —Paris,  Ernest  Leroux,  1911;  ia-4°.  [Ed.] 

*E.  J.  W.  Gibb  Mémorial.  Vol.  XVII  :  Kashf  al-Mahjùh,  by  'Ali 
lî.  'Utiiman  Al-Jii.labi  Al-IIuwi'ri'.  Translaled  by  R.  A.  Niciiolson.  — 
Leyden,  E.  J.  Brill;  London,  Luzac  and  Go.,  1911;  in-8°.  [Dir.  | 

Ecole  pratique  des  Haules  Etudes,  Section  des  Sciences  religieuses, 
La  Section  de  1886  à  nji  1 ,  son  histoire,  son  œuvre,  par  M.  J.  Toi  tain, 
précédé  d'une  j)réface  de  M.  A.  Esmein.  Avec  un  rapport  soinmaii'e  sur 


SOCIETE  ASIATIQUE.  hOb 

les  conférences  de  l'exercice  1909-1910,  et  le  programme  ries  confé- 
rences pour  l'exercice  1910-1911.-  Paris ,  Imprimerie  nationale ,  1 9 1 1  ; 
in-8°.  [Dir.] 

Etlmofjropliic  Sifrveij  of  ludia.  —  A  Prabhu  Marriage.  Cttsloiiiarij  and 
religions  C.crcmonics  peifoniicd  in  ihr  Marriogp  of  a  Member  nftitc  Chan- 
(Irnscni  Kfiijasth  Prabhus  of  lionibfiij,  hv  R;ii  Behadur  B.  A.  Gi  pte. — 
Calcutta,  Superinteudent  Government  Prinling,  1911;  in-S".  [Gouver- 
nement de  l'Inde.] 

Fergisson  (Jarnos).  Ilistonj  nj  thc  Indiaii  and  Easlcvn  Archileclure , 
revised  and  ediled,  wilh  addilious.  .  .  by  James  Burgess  and  R.  Phené 
Spiers.  —  Londou,  John  Murray,  1910;  2  vol.  iu-8°.  [Don  de  M.  J. 
Burgess.] 

Gaudefrov-Demomby.xes  (M.).  Les  Cent  et  une  Nuits,  traduites  de 
l'arabe.  —  Paris,  E.  Guilmolo,  1911;  in-8°.  [A.] 

Gazetteers.  Bengal  District  Gazetleers ,  vol.  XXIII  :  Burdivan ,  by  J. 
(".  K.  Peterson.  —  Vol.  XXIV  :  Nadia,  by  J.  E.  H.  Garrett.  —  Calcutta, 
1910;  9  vol.  ia-8°. 

District  (razctlcers  of  thc  United  Proeinces  of  Agra  and  Otidli ,  vol.  VI; 
Aligarli,  by  fl.  R.  Nevill.—  AUaliabad,  F.  Luker,  1909;  111-8°. 

Herrmann  (Albert).  Die  altcn  Seidenstrassen  zwtschen  China  und  Sijricn. 
—  Berlin,  Woidmonnsclie  Buchhandiung,  1910;  in-S".  [Ed.] 

IliNKE  (.1.  W  .).  Selected  Babijlonian  Kudiirru  Inscriptions.  —  l^oidcu , 
liile  K.  .1.  Brill,  1011:  in-i().  [Ed.] 

HRïsiiikiîSA  Sâstrî  and  Siva  Giiandra  Gi  i.  A  Descriptive  Catalogue  of 
Sanskrit  Manuscripls  in  llic  Lihrari/  of  thc  Calcutta  Sanskrit  Collège, 
N"  'J 2-0,3.  —  Calcutta,  J.  N.  Banerjee  and  son,  1906;  in-S".  [Dir.] 

IIiiNT  (Arthur  S.).  Catalogue  of  ihe  Greek  Papyri  in  thc  John  Rjjlands 
Librarij,  \tanclicstcr.\o\.  l,Lilerary  Texls(Nos.  i-Oi),  with  ton  Plates. 
-  Manchester,  al  the  Univorsity  Press,  1911  ;  in-/i°.  [Dir.] 

Kr. usz  (Dr.  Joseph).  Die  Cotlernamen  iuden  habijlonischen  Siegetcylin- 
dorlf'gciiden  ,  7Ai!^iimm(iufrcsU'\\{  uml  j;(\irlieitol.  Mit  /ahireichen  Roitrligen 
\on  Prof.  Dr.  Vr'\i/.  Mommel.  —  Leipzig,  Olln  llarrassowit/ ,  i<)'  •  ;  in-8°. 

Dus  kudatku  Bililc  îles  .In^uf  Chass-lladschih  aus  lîdlasagun.  Te\l  lUld 
IJbersel/.ung  nach  den  llaudschrillcii  vnn  \\  icn  und  Kairu,  hei'ausgo- 
{jeben  von  Dr.  \V.  Radi.oki--.  -  Saiut-Pé'lersbourg,  1900-1910;  2  vol. 
in-A".  [  Académie  impiriale  des  Sciences.] 


/,06  MARS-AVRIL    1011. 

Lekrhiiclter  des  Scminars  fur  Orientaliacho  Sprachen  in  BrrJin.  —  Baïul 
2  3  :  Karl  Meiniiof,  Lohrbnch  drr  Nama-Spmche.  —  Band  sh  :  Ilerniann 
ToNJES,  Lehrbuch  der  Ovamho-Sprache.Oslknanjama.  —  Band  9  5  :  licr- 
maiin  TuNJES,  Wôrtcrbuch  der  Ommbo-Spvachc.  Osikiimijaimi-Driilsch. — 
Band  qG  :  Hermanii  Nekes,  Lehrbuch  drr  Jnunde-Sprachc .  —  Berlin, 
Georg  Beinier,  1909-191 1  ;  k  vol.  petit  in-8°.  [Dir.  j 

LoiSY  (Alfred).  .1  propos  d'histoire  des  religions.  —  Paris,  Emile 
Noiirry,  i9ii;in-i8.  [A.] 

LoREiMzo(G.  de).  Indin,  e  Biiddhisino  antico.  Seconda  edizione.  —  Bari, 
Gius.  Laterza  e  fig^li,  1911  ;  pet.  in-S".  [Kd.] 

Markoff  (A.).  Topographie  des  trésors  de  iiionitaies  orientales  (^sassanides 
et  koufques).  —  Saint-Pëtersbourg,  imprimerie  de  l'Académie  impériale 
des  Sciences ,  1 9 1 0  ;  gr.  in-S".  [  Dii".  ] 

Marneur  (François).  Essai  sur  la  théorie  de  la  preuve  en  droit  musulman. 
—  Paris,  L.  Larose  et  L.  Tenin,  1910;  in-S".  [A.] 

MiLNE  (Mrs.  Leslie).  iS/iflH.s  at  home.  Wilh  la'o  chaplrrs  on  Shan  Ilistoiyj 
and  Literature,  by  Bev.  Wilbur  Willis  Cochuane.  Wilh  Illustrations.  — 
London,  John  Murray,  1910;  in-8°.  [Ed.] 

Mission  française  de  Chaldée.  Inventaire  des  tablettes  de  Tello  conservées 
au  Musée  Impérial  Ottoman.  Tome  I  :  Tea-les  de  l'époque  d'Agadé,  par 
Fr.  Thureau-Dangin.  Tome  II  :  Textes  de  l'époque  d'Agadé  et  de  l'époque 
d'Ur,  par  Henri  de  Genoiillvc.  —  Paris,  Ernest  Leroux,  1910;  2  vol. 
in-^'.  [Éd.] 

MoNTET  (E.).  De  l'état  présent  et  de  l'avenir  de  l'Islam.  Six  conférences 
faites  au  Collège  de  France  en  1910.  —  Paris,  Paul  Geuthner,  1911; 
in-8».  [Éd.] 

Moret  (A.).  Rois  et  dieux  d'Egypte.  —  Paris,  librairie  Armand  Colin, 
191 1;  in-18.  [Ed.] 

Nicolas  (A.-L.-M.).  Essai  sur  Je  Chéïkhisme.  1:  Chéïkh  Ahmed  Lahçahi. 
-  Paris,  Paul  Geuthner,  1910;  in-16.  [Ed.] 

Ollone  (Commandant  d').  Les  derniers  Barbares.  Chine,  Tibet, 
Mongolie.  Mission  d'Ollone,  igo6-igo;),  k"  édition.  —  Paris,  Pierre 
Lalilte  et  C",  1911  ;  in-8°.  [A.] 

Orelli  (Conrad  von).  Allgemeine  Beligionsgeschichte.  Zweite  Aiiilage, 
1.1.^  Bonn,  A.  Marcus  und  E.  VVebers  Verlag,  1911;  in-8".  [Ed.] 

Ouvrages  en  guzerati.  Réunion  de  6j  volumes  ou  brochures  provenant 
de  la  bibliothèque  de  James  Darmcsteter.  [Don  de  M.  Paul  Geuthner.] 


SOCIETE   ASIATIQUE.  407 

Pekarsky  (E.  K.).  Spécimens  de  la  littérature  populaire  ijahoute, 
fasc.  IV.  —Saint-Pétersbourg,  imprimerie  rie  i'Académie  Impériale  des 
Sciences,  1910;  in-8°.  [Dir.] 

Reinach  (A.-J.).  Rapport  sur  les  fouilles  de  Koplos  (Extrait).  —  Paris, 
Ernest  Leroux,  1910;  in-8".  [A.] 

PiosENBERG  (F'i'édéric).  Notices  de  littérature  parsie ,  I-II.  —  Saint-Péters- 
bourg, imprimerie  de  l'Académie  impériale  des  Sciences,  1909;  in-8°. 

[Dir.] 

Salemann  (k.  G.).   Nouvelles   acquisitions   du  Musée  Asiatique,   I-IV, 

—  1908. 

—  Manuscrits  musulmans  acquis  par  le  Musée  Asiatique  en  igoQ-iCf  1 0. 

—  1911. 

—  Compte  rendu  des  travaux  du  Musée  Asiatique  en  if)io-i(jii . 
Ensemble  trois  extraits  on  langue  russe.  -Saint-Pétersbourg,  1908- 

191 1  ;  m-k".  [Don  de  l'Académie  impériale  des  Sciences.] 

ScuMiDT  (Valdemar).  Gh/plothèque  Nij-Carlsherg.  Choix  de  monuments 
éfryptiens.  Deuxième  série.  —  Bruxelles,  Vromont  et  G'°,  s.  d.;  iQ-18. 

Stein  (Aurel).  Note  on  Maps  ilhtslraling  Explorations  m  Chtnese  Tur- 
heslan  and  Kansu  (Extrait).  —  London,  191 1  ;  in  8".  [A.] 

Sudharmavati  liâjdvamsa.  Siharâjâdhirnjn  Hdjavamsa.  Edited  in  tlie 
original  Mon  by  Piira  Candakanta  of  Wat  MokklicU'am,  and  collaled  by 
Maha  PhoM  Nânamokha.  —  Bangkok,  1-^9;  in-8°.  [Vajiranâna  National 
Library.] 

WiLHELM  (Dr.).  Coniributions  to  tke  Récent  Literature  of  thc  Parsees. 
(Extrait).—  Bombay,   1910:  in-S".  [A.] 

W  ORTHAM  (B.  Haie).  The  enchanted  Parrot,  being  a  sélection  from  the 
ttSuka  Saptutiy,  or,  the  Seventij  Taies  of  a  Parrot,  translaled  Irom  the 
Sanskrit  Text.  —  London,  Luzac  and  Go.,  191 1;  in- 16.  [Ed.| 

Yaçorijaiia-jainn-<jrantha-mâlâ.  —  a.  Partie  périodique,  n"'  i-i5. 
b.  Gollection  de  volumes  : 

t"  Pramâna-nnija-lallrâbdiâlatjilcâra ,  par  Guïvâdidkvasïiri;  •?."  Hainta- 
liiigânuçàsannm  ,  [)ar  llEMACAiNhRA  ;  3"  Siddha-hema-çabdânuçâsanam ,  par 
le  même;  h"  (lurvavati,  \u\v  Grimunisuisdauasuri;  B'  Pramâna-naija- 
idllvdvalolùilamhârasija  pariccliedadvai/am ,  par  Grïvâdujevasuri;  (">'  (-Vî- 
siddha-hema-sûlrapâlha ,    par    IIkmac^mhw:     7'  Jaina -stolra-snnifjraha , 


/i08  MARS-AVRIL   1911. 

Pt.  1;  8°  Mudrila-kumuda-candra-prakaramin  ;  ()"  Javm-slolrn-snmgraha , 
Pt.  H;  io°  Kriyâralaasamticcni)a ,  par  (juïGUNARàTNASÛRi;  1 1"  Çri- 
siddha-hema-sûtrapâthasija  ahâràdijanitkramanikâ ;  1 2°  kavikalpadruma , 
par  Çrîharsa.ki'lagaîs'1  ;  i3°  Sammntijfd'htja-prnkaranam,  par  Çrîsiddha- 
senadivâkara;  i5°  Çriçàlibliadracaritnin ,  pardKÏDBARMAKiiMÂRA;  16°  Porra- 
hnlhilsnnifjraha,  Pt.  I.  [Dir.  ] 

Zaïdan  (George).  Mèdèniijèt  -i  Isldinli/ènin  Tarckhe  [HIsloirc  de  la  civi- 
lisation musulmane,  traduite  en  turc  par  Zékî  Molghàmiz),  t.  I  et  II.  — 
Constanlinopie,  Imprimerie  de  i'Ikdam.  iSaS-iSag  hég-. ;  2  vol.  iii-S". 
[Éd.] 

II.  Périodiqces. 

*  Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres.  Comptes  rendus  des  séances, 
novembre-décembre  1910,  janvier  1911.  —  Paris ,  Alpbonse  Picard  et  fils , 
igio;  in-8°. 

*  L'Afrique  française,  fe'vrier-mars  1911.  —  Paris,  191 1  ;  in-4°. 

*The  American  Journal  of  Semitic  Languages  and  Literaiures,  XXVII,  3. 
—  The  University  of  Chicago  Press,  1 91 1  ;  in-8°. 

"Anthropos,  \'I,  2.  —  St.  Gabriei-Môdhng  bei  Wien,  1911;  in-/j°. 

*L'Asie  française,  février-mars  1911.  —  Paris.  191 1  ;  iu-4°. 

*Atti  délia  R.  Accademià  dei  Lincei,  Notitie  degli  scavi  di  antichità, 
Vil,  9-10.  —  Roma,  1910;  \\\-h\ 

*Azgagrakan   Handess,   tome    XX,    année    1910.    —   Tilhs,    1910 
in-8". 

*Baessler-Archiv.  Beitràge  zur  Vdlkerkunde ,  herausgegehen  aus  Mittcln 
des  Baessler-lnstituts,  I,  3. —Leipzig  und  Berhn,  B.  G.  Teubner,  1911; 
gr.  in-/i'\ 

*Bolelhidc  la  Real  Academia  de  la  Historia,  LVIII,  1-2.  —  Madrid, 
Fortanet,  191 1  :  in-8°. 

Bolletlino  délie  puhblirazioni  italiane  riccoute  per  diritto  di  slainpa, 
Num.  122-123.  —  Firenze,  presso  la  Bibiioteca  Nazionale,  1911  :  in-8''. 

Bulletin  archéologique  du  Comité  des  Travaux  historiques  et  scientifiques , 
1910,  •?.'  livr.  —  Palis,  Ernest  Leroux,  1910;  in-8'.  |  M.  1.  P.J 

*llulU'tin  de  correspondance  lielléiiiqiie,  1910,  VIU-XII;  1911,  1-IV.  — • 
Paris,  Fonlenioing,  1910-191  1  ;  ia-B". 

Bulletin  de  géographie  historique  et  descriptive,  année  1910,  n"'  1 
Paris,  Ernest  Leroux.  1  91  1  ;  in-8'.  |  M.  I.  P.] 


-2.  — 


SOCIÉTÉ   ASIATIQUE.  40») 

*Bull('tiit  (le  l'Académie  impériale  des  Sciences  de  Sninl-Pélershouifr , 
1911,  n"  9-5.  —  Saint-Pélersbom-f;-,  i  (j  1  1  ;  m-h". 

*BuJletin  de  la  Société  de  LiHguistiijue  de  Pana,  n"'  r)()-58.  Paris, 
i()o8-i9io;  in-8°. 

*Bulleliii  de  littéralure  ecclésiasliijiic ,  ïé\v\ev-mi\is  lyii.  —  Paris, 
Lelliielleux,  191 1  ;  iu-8°. 

*Bidletiii  ofthe  Archfeolopical  Insliliile  of  {nicrini .  II,  3.  -  Norwood , 
Mass. ,  1 9 1 1  ;  in-8°. 

*Tlie  (Jeoffrapliicdl  JoitninL  Marcli-April  1911.^  Loiidun,  1911: 
in-8». 

*  La  Géographie,  i5  février-i5  mais  1  9  1 1 .  —  l'aris,  Masson  cl  (,", 
1911;  iii-8°. 

*Le  Globe,  Bulletin,  L,  1.  —  Genève.  Pi.  Riirkliardl,   191  1  :  ia-8°. 

L'ilexagramme ,  n"*  t\^-k%.  —  Paiis,  Bibli<illn'(|ne  (Jbacoriiac.  1910; 
iii-8".  [Dir.J 

*The  Impérial  and  Asiatic  QuarterUj  Bevieiv ,  Apiil  1911.  —  Wokino', 
Oriental  Inslitute,  1  91 1  ;  in-S". 

*The  Indian  yl»//c/Mrtn/,  Febmaiy-Mairli  1911.  —  Bombay,  Brilisli 
India  Press,  191 1  ;  in-/r. 

*Dcv  Islam,  Zeitscliri/i  far  (iesrliirlitc  iiiid  kiillur  des  islamisrlirn 
Orients,  I,  i-/i,  II,  1.  —  Slrassbury,  Karl  J.  Triibner,  1910-19»  1; 
iii-8». 

Journal  des  Savants,  février-mars  1911.  —  Paris,  Haclielte  et  (]"', 
1911;  in-A".  [M.  I.  P.] 

ajournai  ofthe  American  Oriental  Society,  \X\1,  -2.  —  NewHaven, 
1911  ;  iu-8". 

*  Journal  of  the  Gipsy  Love  Societij,  IV,  3.  —  iJvorpoul,  T.  and  A. 
Constable,  191 1  ;  in-8''. 

Keleti S:emle,\\,  1910.  -  l>ii(la|iest  iind  Leip/.i'j",  Otln  Harrassow  ilz, 
1  910;  in-8". 

The  Light  of  Trttth  or  the  Siddhântn  DipiLâ  and  \/;timir  lierieir,  \I, 
5-7.  —  Madras,  Meykandan  Piess,  1910;  in-8".  |  Hir.  | 

*Lu:ar's  Oriental  List  and  llook  Itevieir ,  XXII,  1-9..  —  London .  1911; 
in-8°. 


/jIO  MARS-AVRIL   191  1. 

*AI-Machri(j,  XIV,  1-2-3.  —  Beyrouth,  Imprimerie  catholique,  191  1  ; 
in-8". 

Mechroutielle  (fCouslitutionucl  Oltoinanr,,  organe  du  parti  radiciil 
oKomau,  11°'  i5-iG.  ~   Paris,  1911;  iu-S".  [Dir.] 

"Mémoires  de  Ja  Sociélé  de  LinguistKjue  'de  Paris,  X\ ,  î>-6;  \VI,  1-0. 
—  Paris,  Honoré  (champion,  1  908-1  91  o;  in-(S°. 

*MiUeiUtngcn  und  Nnchrichleii  der  Deutschen  Gesellsckuji  fUr  Niitiir-  iiiid 
Volkerkunde  Ostasiem,  Xll ,  6  ;  XII [ ,  1  -->..  —  Tokyo ,  Druck  der  Hohuiisha , 
1911  ;  in-8". 

*MiUeilungen  nnd  Naehriclilen  des  Dciilsihen  Palaeslinacereiiis,  1911, 
Nr.  1.  —  Leipzig,  J.  C.  Hinrich'sche  Bochhandiiing,  191  1  ;  iii-8". 

* Al-Mohtuhns ,  V,  19;  VI,  1.  -  Damas,  191 1  ;  iii-8°. 

Le  Mnséoii ,  nouvelle  série,  XI,  3-6.  —  l.onvain,  J.  B.  Istas,  1910; 
in-S".  [Dir.J 

*Paleslrne  Exploration  Final,  Qnailerly  Slatenient,  April  1909.  — 
Annual  Beport,  1910.       London,  1910-1911  ;  in-8°. 

*Polybil)lion,  partie  littéraire  et  partie  technique,  février-mars  1911.— 
Paris,  1911  ;  in-8°. 

Répertoire  d'art  et  d'archéologie ,  1910,  3"  trimestre.  —  Paris,  Biblio- 
thèque d'Art  et  d'Archéologie,  1910;  in-4°.  [Dir] 

Hevista  de  la  Sociedad  de  Estudios  Ahneriemes ,  .Iulio  1910,  Eiioro 
1911.  —  Almeria,  Imp.  y  Papl.  rrNon  Plus  Ultra-n,  1910-191 1  ;  in-S". 

IDi'--] 

*Remie  archéologi/pie,  janvier-février  1911.  —  Paris,  Ernest  Lero;:x, 

1911;  in-8°. 

*  Revue  critique,  65°  année,  n"'  G- 16.  —Paris,  Ernest  Leroux,  1911: 
in-8°. 

*  Revue  de  l'histoire  des  religions,  L\II,  a-3  —  Paris,  Ernest  Leroux, 
1910;  in-8". 

Revue  d'elhnograjjJiie  et  de  sociologie,  II,  i--?..  —  Paris,  Ernest  Leroux, 
1911;  gr.  in-S". 

Revue  d'histoire  et  de  littérature  religieufes ,  mars-avril  1911.—  Pari*, 
Emile  Nourry,  1911;  in-8".  [Dir.] 

*Revue  du  Monde  musulman,  janvier-février  1911.—  Paris,  Ernest 
Leroux,  191 1  ;  in-S". 

*Revue  historique  publiée  par  l'Institut  d'histoire  ottomane,  n  '  i-O.  — 
Constantinople.  Ahmed  Ihsan  et  G'",  1910-1911;  in-8". 

*Revue  indocliinoise ,   février   1911.  —  Hanoi,  1911;  '\\\-h°. 


SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.  411 

Bevtie  sémitique,  janvier  1911.  —Paris,  Ernest  Leroux,  191 1  ;  in-8°. 
*Rivista degli studi oi'ientali ,IU ,  /i.  —  Roma,presso  la  Regia  Université. 
1910;  in-8°. 

The  Sanskrit  Journal ,  XIII,  12;  XIV,  10.—  Madras,  printed  at  the 
Sri  Yani  Vilas  Press,  1909-1910;  in-8°.  [Dir.] 

*  Sphinx,  XIV,  6;  XV,  1.  —  Upsala,  Akademiska  Bokhandeln,  191 1  ; 
in-8°. 

*Straits  Branch  Royal  Asiatic  Society  Journal ,  Nos.  49-57.  —  Singapore, 
1907-191 1*;  in-8°. 

T'oung  Pao,  octobre  1910-mars  1911.  —  Leide,  E.  J.  Briil,  1911  ; 
in-8". 

*' Transactions  and Proceedings  of  the  American  Philological  Association, 
1909,  vol.  XL.  —  Boston,  Gin  and  Company,  1909;  in-8°. 

*Université  Egyptienne.  Bulletin  de  la  Bibliothèque,  2'  année,  n"  1-2. 
—  Le  Caire,  1 91 1  ;  in-8°. 

*Verhandelingen  van  het  Bataviaasch  Genootschap  van  Kunsten  en  We- 
tcmchappen,  LIX,  1.  —  Batavia,  's  Hage,  1911;  ïn-k". 

*Wiener  Zeitschrift  fur  die  Kunde  des Morgenlandes ,Wl\' ,  h.  -  Wien, 
Alfred  Holder,  1910;  in-8°. 

"Zeitschrift  des  Deutschen  Palàstinavereins ,  XXXIV.  i-3.  —  Leipzig, 
J.  C.  Hinrichs'  sche  Buchhandlung,  191 1  :  in-8°. 

*  Zeitschrift  fiir  Assyriologie  ,\\\ ,  1-2.  — Strassburg,  Karl  J.  Triibner, 
1911;  in-8". 

Zeitschrift  fur  hebrœische  Bibliographie ,  XIV,  (5.  —  Frankfurt  a.  M. , 
J.  Kautîmann,  1910;  in-8°. 


Le  gérant  : 
L.  FiNOT 


I 


H'^ 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

MAI-JUIN   191  I. 


■o^a- 


INSCRIPTIONS  DE  MlUAN, 


PAR 


M.   A. -M.   BOYER. 


Les  inscriptions  dont  suit  l'étude  sont  une  parcelle  du  riche 
!)ulin  ('pigraphique  recueilli  par  M.  Stein  au  cours  de  sa  se- 
conde expédition  en  Asie  centrale.  Leur  découverte  est  de  celles 
(pii  ont  notablement  reculé  vers  TEst  les  limites  de  l'aire  connue 
de  la  kliarosthï.  Elles  furent  trouvées  à  iVliran  par  l'énn'nent 
explorateur  dans  les  ruines  de  deux  sanctuaires  de  même  type, 
c'est-à-dire  consistant  l'un  et  l'autre  en  une  rotonde  renfermant 
un  stupa'".  M.  Stein  désigne  ces  deux  temples  par  les  no- 
talions  M.  IN,  M.  V.  Du  premier  j'ai  seulement  à  dire  que  les 
fouilles  ont  mis  là  au  jour  de-s  fragments  de  soie  inscrits  en 
kliarosllii  :  je  parlerai  de  ces  épigraphes  en  df^rnier  lieu.  Le 
second  porte  sur  ses  murs  deux  inscriptions  également  en 
kharostlii,  et  voici  dans  (juelles  conditions. 

La  principale  frise  d''  la  rotonde  y  est  couverte  d'une 
fres(pie,  représentant  la  scène  suivante.  Un  éléphant  richement 
harnaché  est  conduit  par  un  personnage  princier  cpii  porte 
une.  aiguière  de  sa  main  droite,  et  de  sa  gauche  soutient  la 

"  Sur  les  foLiilIcs  à  Miraii,  voir  .M.  Aiirol  Stkin,  l'JTiiliiralions  in  (Icnlial 
Asid ,  Kjod-S,  |i.  3()  cl  siiiv.  (licpiinted  from  the  «GVo^'Trtyj/u'cvi/  Journal r)  far 
Jidy  niid  Scptcinhrr.    t  ifini). 

XVII.  tji^ 


ùlh  MAI-JUIN    1911. 

trompe  de  l'éléphant.  Viennent  à  la  suite,  montés  sur  un  qua- 
drige, une  reine  et  deux  enfants;  puis,  terminant  celte  pro- 
cession, encore  un  personnage  royal,  qui  passe  à  cheval  sous 
la  porte  d'une  ville  ou  d'un  palais!  Je  donne  cette  description 
d'après  les  détails  que  je  dois  à  M.  Stein,  n'ayant  pas  eu  entre 
les  mains  les  photographies  de  la  fresque  entière.  lAlais  je  puis 
ajouter  que  le  très  hahile  inlerpiète  des  scènes  buddhiques 
qu'est  M.  Foucher  a  eu  l'occasion  de  les  examiner  et  veut  bien 
me  permettre  de  dire  qu'il  ne  conserve  guère  de  doute  sur  le 
sujet  traité  par  le  peintre  :  nous  avons  à  voir  dans  notre  fresque 
la  figuration  d'un  jâtaka,  celui  de  A'isvamtara.  Je  ne  saurais, 
pour  ma  pari,  que  m'associer  à  cette  opinion. 

Des  deux  inscriptions  en  question,  l'une  est  peinte  sur  le 
train  de  derrière  de  l'éléphant,  l'autre,  également  tracée  au 
pinceau,  se  trouve  au  linteau  de  la  porte  oii  passe  le  personnage 
à  cheval,  el,  par  suite,  immédiatement  au-dessus  de  lui.  Mon 
déchiffrement  repose  sur  les  photographies  prises  à  Miran  par 
M.  Stein  :  les  conditions  défavorables  de  lumière  et  de  position 
où  se  trouvait  l'opérateur  ont  fait  obstacle  à  la  netteté  de  celle 
de  l'inscriplion  sur  porle,  et  elle  laisse  plus  ou  moins  douteuse 
la  lecture  des  cinq  dernières  syllabes,  sauf  cependant  la  partie 
consonantique  des  deux  dernières  [p,  tr)  qui  est  parfaitement 
certaine;  mais  j'ai  pu  assurer  la  lecture  de  l'inscription  entière 
grâce  à  un  dessin  que  M.  Stein  en  a  fait  sur  place,  et  qui  permet 
heureusement  de  démêler  les  traits  propres  aux  syllabes  peinles 
des  traits  adventices  que  la  photographie  ne  saurait  différencier. 
Avec  son  obligeante  autorisation,  je  reproduis  ici  ces  deux 
photographies. 

Inscriplion  de  l'êléphaiU  (cotée  M.  v.  ail),  201).  —  Quel- 
ques points  qui  semblent  intentionnellement  marqués  au 
pinceau,  et  ont  été  notés  par  M.  Stein  dans  un  dessin  qu'il 
a  fait  de  cette  inscription,  se  trouvent  ainsi  disposés  :  un  au- 


InSCRII'IION.S    de    MlKAN, 


^ 


I 


INSCRIPTIONS   I)K  MIRAN.  415 

dessus  de  l'extrémité  gauche  de  la  courbe  supérieure  du  s,  à 
la  première  ligne  ;  trois  accompagnant  le  dernier  caractère  de 
l'inscription  et  placés  l'un  au-dessus  de  lui,  l'autre  au-dessous, 
le  troisième  au  milieu  même  du  caractère;  enfin  un  dernier 
point  situé  sur  la  prolongation  de  la  troisième  ligne,  fort  au- 
dessous  du  k  qui  termine  la  seconde.  Je  ne  tiens  pas  compte 
de  ces  points,  dont  j'ignore  le  but,  et  qui,  en  tout  cas,  ne 
doivent  pas  modifier  essentiellement  la  lecture.  Je  transcris,  en 
renfermant  entre  crochets  deux  aksaras  de  leciure  moins  cer- 
taine : 

1  litasn  esâ  gliali 

2  haslakrica  [fÀumitia\ka 

3  «3  1000 

em.  —  Je  considère  comme  notant  la  longueur  de  la  voyelle 
le  trait  qui  tourne  à  droite  au  pied  du  h.  Les  documents  de  Niya 
marquent  \a  long  par  un  trait  généralement  incliné  ou  vertical; 
mais  il  est  aussi  des  cas  où  la  direction  de  ce  trait  se  rapproche 
fort  de  celle  d'une  parallèle  à  la  ligne  d'écriture  :  on  en 
peut  voir  des  exemples  dans  N.  XV,  i5/i  reproduit  à  la 
planche  XCVII  de  Ancienl  KlioUm. 

fjliali.  —  En  dépit  de  hi  brisure  qui  détériore  le  dernier  ca- 
ractère de  la  première  ligne,  la  lecture  h  nie  paraît  extrê- 
mement probable,  pour  ne  pas  dire  assurée,  llien  ne  s'oppose 
à  l'équivalence  ghtdi  =  kh<uh.  Or,  en  marâthi,  khadt  (cf.  le 
sanskrit  Lluift  rr craie 57)  signifu;,  entre  autres  cboses.  d'après  le 
dictionnaire  de  Molesworth  (pii  donne  ces  acceptions  en  pre- 
mière place  :  et  une  sorte  de  stéatite  employée  poui-  blanchir 
les  murs 55,  aussi  :  «une  composition  (de  talc,  gomme  etc.)  pour 
exécuter  des  figures  sur  étoile;  et  aussi  l(^s  ligures  ainsi  exé- 
culéesw.  Je  ne  crois  dniir  pas  iinprudeni  de  doniKM"  à  irhuh  le 
sens  de  «  fres(|ue5i. 

37. 


416  MAI-JUIN    1911. 

krico.  —  Saiisk.  hrtyn.  Le  premier  aksara  ne  comporte 
guère  d'autre  lecture;  la  courbe  inférieure  serait  bien  courte 
pour  un  /'.  La  tête  du  second,  en,  est  quelque  pçu  fantaisiste: 
j'en  considère  le  dessin  comme  le  résultat  d'un  tracé  cursif,  qui 
a  bouclé  les  deux  extrémités  supérieures  d'ordinaire  séparées.  — 
hnstnkrica  ^^ ayant  pris  possession  de,  ayant  reçu?'.  Le  sanskrit 
connaît,  de  son  ccHé.  luislr  l.r. 

[hluiijiniay.a.  —  L'interprétation  ici  présente  d'autant  plus 
de  dlfïiçullés  que  le  mot  est  traversé  par  la  brisure  déjà  ren- 
contrée à  la  première  ligne.  Le  premier  aksara  semble,  avec, 
au  pied,  une  courbe  d'anusvâra,  un  blia  ou  un  tsa,  tracé  obli- 
quement, comme  l'est  le  gli/i  placé  au-dessus  de  lui  dans  la 
ligne  précédente.  Ramené  à  la  verticale,  il  ne  présente  pas  tou- 
tefois complètement  la  forme  normale  de  l'un  ou  l'autre  de  ces 
deux  caractères:  je  mettrais  volontiers  cette  déformation  au 
compte  de  l'obliquité  du  tracé. 

Le  second  aksara  semble  le  reste  d'un  ma.  La  photograpbie 
pourrait  donner  à  penser  que  la  courbe  de  cem^^  est  reliée  par 
un  trait  à  l'extrémité  mférieure  de  l'aksara  précédent  :  j'ai 
appris  de  M.  Stein  que  ce  trait  n'appartient  pas  au  dessin  de 
rinscrq)tion,  et  la  copie  qu'il  a  faite  de  celle-ci  ne  le  contient 
pas.  Le  troisième  aksara,  bi,  se  lit  sans  difFicidté. 

En  définitive,  j'ai  adopté,  avec  doutes,  la  lecture  bliamninl.o. 
On  peut  noter  (ju'il  serait  permis  de  voir  dans  ce  terme  un  équi- 
valent du  sanskrit  bltarnuin,  pour  lequel  la  lexicographie  admet 
le  sens  de  pièce  de  monnaie.  J'mdirpio  d'aillem's  ce  rappro- 
chement sans  y  insister,  n'ayant  rencontré  ni  dans  la  littérature 
ni  dans  les  inscriptions  la  preuve  de  l'emploi  usuel  de  bliarmnn 
dans  ce  sens.  Mais  ce  que  semble  assez  nettement  indiquer  le 
texte  de  notre  inscription,  toi  que  je  le  comprends  du  moins, 
c'est  que  le  mot  de  trois  syllabes  qui  nous  occupe,  quelle  qu'en 
soit  la  lecture  vraie,  désijpiail  réellement  une  pièce  de  monnaie. 


INSCRIPTIONS    DE   MIRAN.  417 

1000.  —  La  lecture  du  signe  correspondant  est  assurée 
par  ies  documents  Stein  où  on  le  trouve  doublé  du  mot 
salidsra. 

Je  traduis:  «Cette  fresque  (est  l'œuvre)  de  ïita,  qui  a  reçu 
3ooo  [bhammajkas.  » 

L'inscription  nous  donne  ainsi  le  nom  du  peintre  et  le  prix 
de  son  œuvre. 

Les  résultats  de  ce  déchilTrement  communiqués  à  M.  Slein 
lui  ont  suggéré  de  voir  dans  le  nom  de  Tita  celui  d'im  Titus,  ,1e 
suis  heureux  de  mentionner  ici  cette  très  intéressante  obser- 
vation, que  son  auteur  appuie  sur  le  caractère  même  des 
peintures  de  Miran.  Ces  fresques,  me  dit-il,  sont  si  classiques 
quant  au  style  et  au  traitement  technique '^^  qu'il  n'y  aurait 
rien  de  surprenant  à  ce  qu'elles  fussent  dues  au  pinceau  d'un 
artiste  provenant  des  provinces  asiatiques  de  Rome.  Sur  ipioi 
je  remarquerai  que,  admise  l'identification  Tita  =  Titus,  nous 
aurions  peut-être  là  une  exphcation  des  irrégularités  d'écriture 
signalées  plus  haut,  je  dis  celles  qui  concernent  le  tracé  des 
aksaras  c/i  et  [hlinm]:  l'auteur  de  l'inscription  étant,  il  n'y  a 
pas  lieu  d'en  douter,  l'auteur  de  la  fresque  elle-même,  elles 
seraient  attribuables  au  fait  que  cette  inscription  fut  tracée  par 
un  étranger,  doublé  d'un  artiste. 

Insrriphoii  dr  la  porte  (cotée  M.  v.  '>.à(>,  '2?>->.).  —  .le  lis,  en 
complélaut .  conmie  je  l'ai  dit  plus  haut,  la  photographie  par 
le  dessui  de  M.  Stein  : 

rsr  isldiilc  liujlinniijiiilrc 
Traduction  :  ^Celui-ci  est  Isidata,  le  lils  de  liiqliaini.  >5 

'•'   Cf.  Ea^ploraliims  in  (lentrnl    l»iV(,  p.  ',\\. 


^18  MAI-JUIN    1911. 

La  désinence  e  au  nominatif  masculin  singulier  est  assez  in- 
téressante. On  peut  la  regarder  comme  une  forme  réellement 
dialectale.  Mais  ne  pourrait-elle  pas  aussi  provenir  de  l'intention 
de  figurer,  avec  les  moyens  de  la  kharosthi  ordinaire,  le  pho- 
nème noté  ailleurs  par  le  point  double  en  forme  de  tréma.  Car  un 
tel  phonème  n'est  pas  complètement  étranger,  semble- t-il,  nu 
langage  des  documents  en  kharosthï  découverts  par  M.  Stein. 
Je  crois  pouvoir  dire  ici,  en  ell'et,  qu'une  tablette  trouvée  à 
Endere  au  cours  de  sa  seconde  expédition  offre  plusieurs 
exemples  de  la  consonne  surmontée  du  double  point,  et, 
ce  qui  importe  au  cas  présent,  sûrement  là  où  il  s'agit  d'un 
nominatif  masculin  singulier,  par  exemple  :  asti  mayi  utn 
i^uta  =  mtray 

ùidata  est  natiu'ellement  rsid/ilUi.  Quant  à  hujhami,  je  ne 
vois  aucune  conjecture  qui  lui  retrouve,  d'une  manière  satis- 
faisante, un  représentant  sanskrit. 

L'inscription  étant  placée  au-dessus  du  personnage  à  cheval, 
c'est  lui  clairement  que  désigne  ew.  Maintenant,  ainsi  que  je 
l'ai  noté  plus  haut,  la  scène,  de  l'avis  de  M.  Foucher,  repré- 
sente en  toute  probabilité  le  jâtaka  de  Vessantara,  et  c'est  Ves- 
santara  que  figure  ce  cavalier.  On  connaissait  déjà  Vessantara 
sous  les  noms  de  Sou-ta-na,  Siu-ta-na,  Sudamstra.  Il  n'y  a 
guère  de  difficulté  à  lui  concéder  en  plus  celui  de  Isidata.  Bu- 
jhami  deviendra,  comme  conséquence,  un  nom  nouveau  de 
Sanjaya  (ou  de  Phusati?). 

Inscriptions  sur  soie  (cotées  M.  ni.  oo  i  5).  —  (îes  inscriptions 
sont  tracées  à  l'encre  noire  sur  soie  de  couleur  crème,  me  dit 
M.  Stein.  Certaines  difficultés  d'exécution  ayant  jusqu'à  ce  jour 
fait  différer  leur  reproduction  photographique,  je  donne  mes 
lectures  d'après  un  calque  sur  gélatine  que  M.  Stein  a  fait 
tracer  par  son  habile  assistant  M.  Droop.  Ayant  lieu  d'espérer, 
toutefois,  (ju'un  fac-similé  mécanique  dosdites  inscriptions  sera 


INSCRIPTIONS    DR   MIRAN.  h\9 

publié  par  la  suite,  je  ne  crois  pas  à  propos  de  donner  ici  la 
reproduction  de  ce  calque  :  du  reste  le  texte  n'ofl're  pas  de  dif- 
ficulté, sauf  en  deux  ou  trois  points  que  je  mentionnerai  à  la 
suite  de  la  transcription.  Je  numérote  ces  inscriptions  d'après 
l'ordre  dans  lequel,  séparées  les  unes  des  autres,  elles  se  suc- 
cèdent sur  le  calque.  Sont  renfermés  entre  crochels  les  carac- 
tères dont  il  ne  demeure  qu'un  tracé  incomplet. 

1  [gha]dachinae  hluivadu 

9  asagomsfi  saparivarasa  arugliadachinae  bliavaihi 

3  friijanae  arughadachinac  bhmadii 

h  frinae  arughadhachinap  hhavadu 

5  carokasa  arughadacfiinue  bliavadu 

()  samanayasa  sap<irivara.sa  ariighad/iachinao  hliaradu 

7  intlruliasa  .sa[p(iri] 

8      [bhnva]du 

9  k'ihhUnsa  saparivarasa  \arii\ 

Beaucoup  de  caractères  portent  à  leur  pied  un  crochet  qui 
les  fait  paraître  marqués  d'un  anusvâra,  et  que  je  considère 
comme  une  fioriture.  Il  faudrait  lire,  en  elFet,  dans  >?  par 
exemple:  sunipamrimvamrdmsam  :  ce  qui  est  inadmissifile. 

Je  trancris  par /'dans  3  et  k  le  caractère  discuté  T,  lu  d'or- 
dinaire ph;  que  M.  Senart,  avec  toutes  réserves,  a  lu  hit  dans 
sou  édition  des  fragments  Dulreuil  de  Rhins:  et  dans  lequel 
plus  récemment  (y.//./l. 5.,  i^oç),  p.  fiby  etsuiv.)  M.  l.iiders 
a  proposé  de  voir  un  vh.  jja  transcription  /est  celle  de  M.  0. 
Franke,  que,  jusqu'il  ce  jour,  je  considère  comme  la  jdiis 
probable. 

li'aksara  transcrit  ///  est  ^  .  La  voyelle  paraît  sûre  :  la  con- 
sonne ressemble  fort  à  un  caractère  qui  revient  çà  et  là  dans 
les  documents  de  Niya,  et  dont  l'exacte  déterniinatiou  n'est  pas 
encore  établie. 

Le  caractère  que  je  lis  dn  dans  hlitinidii  est  tracé  d'après  le 
type  d'im  nu  et  se  tient,  par  suite,  fort  loin  de  la  forme  nor- 


/420  MAI-JUIN    1911. 

maie  du  tu  :  mais  il  n'est  nullement  impossible  que,  dans  l'in- 
tention du  scribe,  il  fût  destiné  à  exprimer  cette  dernière  valeur 
syllnbiquc. 

Dans  tous  les  eus  où  elle  se  rencontre  ici,  la  nasale  se- 
rait linguale  en  phonétique  sanskrite.  Je  dois  noter  que  son 
tracé,  tel  qu'il  se  présente,  pourrait  être  interprété  comme 
celui  d'un  )i;  il  ne  me  parait  pas,  toutefois,  assez  caractérisé 
dans  ce  sens  pour  que  je  croie  devoir  transcrire  par  la  liii- 
guale. 

Dans  mitrnkdsn,  le  trait  de  1'/^  d'après  le  calque,  ne  descend 
que  très  peu  au-dessous  de  Vm.  Je  ne  doute  guère,  cependant, 
que  nous  ayons  à  lire  là  ////  plutôt  que  me. 

Ces  remarques  faites  sur  la  lecture  de  notre  texte,  quelques 
mots  relatifs  à  son  interprétation. 

Je  regarde  aruglta  comme  l'équivalent  de  ârogi/ti  :  une  équi- 
valence dont  peut  rendre  compte  la  série  de  formes  successives 
(Irogga .  'Iniggd,  ârûg/i,  ârngJia.  Ou  bien  le  mol,  mais  c'est, 
dans  le  cas,  peu  projjable,  représenterait  iirog/i  substantif. 
Dans  nrufijui,  gh  pour  g,  comme  dh  pour  d  dans  dluicliinae  (/i 
ot  Q'j  =  dnh.sinâyai (^a  côté  de  dachinae,  1,2.  3  ,  5  ).  Nous  avons, 
par  contre,  g  pour  gh  dans  nsagosasa. 

Je  comprends  comme  d  smt  les  noms  propres  (laissant  de 
côté  le  nom  incertain  contenu  dans  f)):  tisngosa  =  asroglio.yi ; 
cfiroLa  =  cârukfi ;  Hdindnnijd  =  sranidndkd.  Restent  milrtilxo,  qui 
s'explique  de  soi,  et  les  deux  noms  féminins  de  o  et  h.  De 
Friijdnd  le  rapprochement  s'impose  avec  Fri/diia,  bien  connu 
pour  être  dans  l'Avesta  le  nom  d'une  famille  touranienne;  et 
Firind .  comme  nom,  semble  bien  venir  aussi  des  alentours  de 
l'Iran,  sinon  de  l'Iran  même. 

La  traduction  (pie  je  donne  de  ces  épigraphes  est  fondée 
siu"  Iciu-  c(»nq)araison  avec  d'autres  inscriptions  du  même  genre 
de  l'Inde.  A  ne  considérer  (pie  nos  textes,  on  pourrait  être 
tenté  de  prendre  nruglid  pour  sujet  <lr  la  phrase.  Mais  les  in- 


INSCRIPTIONS   DR  MIRAN.  421 

scriptlons  dont  je  pai'le  nous  montrent  ârogija  et  (h(hmiâ  comme 
termes  d'un  composé  dans  des  formules  exprimant,  comme 
évidemment  les  nôtres,  les  intentions  attribuées  à  des  offrandes 
pieuses:  mena  hid(ihnmdena  mtdiamjnrnjatirajdlioresl.asn^^^  agra- 
hliagae  hhnvdlu .  .  .  sarmsatrnnn  (irogddadiinae  bhavtitu  (vase  de 
Wardak,  J.R.A.S.,  i8G3,  pi.  A);  /mena  deijndhtirmmopai'Ui/n- 
gena sarvvemmpralumlkânnm  ârogij/ultiLsinâye  hhuvatu  ( inscription 
de  Mathurâ.  n"  126  d(;  la  liste  de  M.  Liiders'-^);  âlmanasi/a 
ârogijadaJihimi  mflt[â]pilintii!i .  .  .  sarvnsntrântnn  ca  In'tnsuLliâiilni 
(inscription  kusane  éditée  par  D.R.  Bhandarkar'-'*,/.  B. B.  R.A.S., 
XX,  p.  269);  sans  doute  aussi  l'inscription  du  piédestal  de 
(Ihàrsada  :  sanighamilrnsa^'^^  mmantisa   dinvnnukhe  hudliorumdsn 

(')  Ma  raison  de  transcrire  sa  est  que  la  forme  du  caractère  me  pirait  d'un 
\y[)o  (celui  du  sn  dans  lilaan)  que  l'on  trouve  dnns  le  ms.  Dutrenil  do  Hliins 
et  dans  les  documents  Stein  non  seuleuieni  à  la  linale  du  génitif  masculin  sln- 
njulier,  mais  fréquemment  aussi  là  où  il  est  impossible  de  lire  autre  chose  que  sa. 
Dans  sa  transcription  de  celte  partie  et  d'un  autre  passage  de  l'inscriptloii  do 
AVardak,  M.  Lùders  a  donné  au  caractère  eu  question l.i  valeur  .si/a  (J.H.  !..*>'., 
1909,  p.  661  et  66b).  On  doit  reconnaître  que  le  pied  de  ce  caractère  re- 
seiiilile  grandement  à  la  forme,  assez  particulière  du  reste  par  le  retour  à  droite 
du  Irait  final,  du  ya  certainement  souscrit  dans  sahi/amum  à  la  ligne  1  de  la 
même  inscription.  Et  à  ne  prendre  que  l'inscription  de  Wardak,  sans  tenir 
compte  des  documents  dont  je  viens  déparier,  je  serais  porté  à  lire,  avec  M.  Lii- 
ders,  si/a.  Aussi  j'admets  comme  possible  que,  dans  le  cas  particulier  do 
AVardak,  le  caractère  dont  il  s'agit  ait  réollemont  cette  dernière  valeur,  el  nnn 
Cille  de  ce  an  auquel  je  l'assimile.  Si,  de  fait,  nous  avions  ici  uif  .si/« ,  il  serait 
alors  permis  de  se  demander  si  le  dit  sa  ne  fut  pas  un  si/w  à  son  origine, 
tout  ceci  soit  dit,  bien  entendu,  en  supposant  l'exactitude  du  fac-similé,  dans 
laquelle  malheureusement  on  ne  peut  avoir  une  confiance  absolue. 

-  .1  lisl  (ij  Hrâlnui  iiiscriptunis  fnnii  ihi;  cai-lirxl  limes  etc.,  l'j.L,  \.  La  lecture 
ci-dessus  est  celle,  que  je  ne  puis  qu'adopter,  donnée  en  dernier  lieu  par 
M.  Liidcrs  {LA.,  XXXlll,  p.  i,">.5). 

'''  Je  reprodu's  la  lecture  de  l'éditeur,  qui  n'a  pas  publié  de  fac-similé. 

"''  M.  Vogel,  qui  a  le  premiei-  publié  la  lecture  et  l'inlerpretaliou  Complètes 
de  cette  inscription,  transcrit  -Diilnisyd.  VA  il  faut  avouer  (pie  le  Irnct-  du  sa 
s'écarte  des  formes  ordinaires.  Mais  il  m'est  bien  ditlicile  de  reconnaître  au 
pied  de  Ys  la  forme,  entière  ou  cursive,  d'un  tjii.  Sil  y  avait  lieu  de  cem[)arer 
le  caractère  on  question  avec  un  dos  types  de  la  talile  de  Hidder  \  Ind.  l'ai.}, 
je  Noudiais,  plutôt  cpie  de  lui  chercliei-,  comme  l'a  l'ait  M.    \  o;;e| ,  une  .uialogio 


422  MAI-JUIN    19  11. 

nfOgnda[clii\  .  .  "'  (cf.  \'oQe],  Arcliœol.  Survet/  of  Imhn,  it)o3- 
1  90/1,  p.  9  5o ,  et  pi.  LXVII.  1  :  LXX,  /i).  Il  semble  ainsi  que 
le  com|)Osé  ârogijndnhmiâ  fût  usuellement  employé  dans 
l'énoncé  des  profits  souhaités  par  lés  pieux  donateurs  ;  et  c'est 
lui  sans  doute  que  nous  retrouvons  ici.  Je  n'ai  aucun  indice 
pour  conjecturer  à  quelle  œuvre  méritoire  se  réfèrent  les  pré- 
sentes formules;  peut-être  forment-elles  la  suite  d'un  texte 
perdu  qui  en  contenait  l'énoncé  :  je  ne  puis  en  tout  cas  que  les 
prendre  comme  elles  se  présentent  et  les  traduis  ainsi  : 

9,.   ttOue  cela  soit  pour  le  don  de  la  santé  à  Asagosa  avec 
son  entourage,  w 
'     Et  ainsi  de  suite. 

J'ajouterai  ici,  en  manière  d'appendice,  une  note  dont  la 
forme  du  ch  dans  dnchimie  de  nos  inscriptions,  laquelle  est 
constamment  Y,  nie  fournit  l'occasion. 

avec  le  sya  XII,  36,  le  mettre  en  regard  du  sa  X ,  36.  Dans  co  dernii^r 
exemple,  l's  ressemble  fort,  si  elle  ne  la  représente  pas,  à  celle  qui  se  voit  à 
la  seconde  syllabe  du  mot  wr^sr/.'iyff  dans  l'insciiption  de  Sue  Vihâr,!.  1  (/.  .4.  ,X). 
(-ette  s  et  l's  du  mot  divase  à  la  ligne  2  de  la  même  inscription  peuvent  cHre 
analysées  conjointement  comme  il  suit  :  la  tête,  suivie  d'un  trait  plus  ou 
moins  vertical,  suivi  lui-même  d'un  élément  qui  s'écarte  d'abord  vers  la 
droite  pour  revenir  à  gauche.  Notre  sa  serait  de  même  type,  avec  une  exagé- 
ration, assez  bizarre  à  la  vérité,  de  ce  dernier  élément.  Et,  pour  le  dire  im- 
médiatement* c'est  une  forme  encore  du  sa  qui  se  présente,  à  mon  avis,  dans 
B.  1.  9,  aksara  4,  et  dans  G,  I.  1,  aksara  6,  des  épigraphes  du  chapiteau 
de  Mathurâ ,  que  je  dois  citer  tout  à  l'heure.  Voir  la  planche  II  de  l'édition  que 
M.  F.  W.  Thomas  a  donnée  de  ces  inscriptions  dans  E.I.,  IX.  Dans  les  deux 
cas  le  savant  éditeur  a  transcrit  si/rt.  Pour  ma  part,  je  crois  bien  que  les  don\ 
caractères  ainsi  transcrits  ne  sont  rien  autre  qu'ime  graphie  plus  lâche  de  la 
forme  qu'aflecte  le  m  final  de  sagbasa  dans  A,  1.  i5  {ihid.).  INous  avons  là 
simplement  une  vnriété  de  l's  de  Sue  Vihâr  ri-dessus  mentionnée. 

Je  dois  ajouter  que  le  sa,  final  du  génitif  ou  non,  des  épi<;ra|)hes  de  Mirnn 
en  question  porte  dans  nombre  de  cas  (non  dans  tous)  un  crochet  analogue  à 
celui  du  sa  de  Chârsada ,  comme  le  font  dans  ces  inscriptions  d'autres  carac- 
tères encore,  ainsi  que  je  l'ai  remarqué  plus  haut  :  j'ai  dit  pourquoi  je  ne  con- 
sidère pas  là  cet  appendice  comme  une  notation. 

''^   1.   e.  :  -dacliinao. 


INSCRIPTIONS    DE   MIRAN.  423 

Gomme  on  le  sait,  le  c  aspiré  est  habituellt-Qient  repré- 
senté en  kharostliï  par  deux  formes  :  -f-  (forme  ancienne, 
plus  tard  le  trait  horizontal  s'inllécliit  en  arc)  et  Y.  Or,  en 
étudiant  les  documents  de  Niya,  j'avais  été  frappé  de  ce  fait 
(jue  les  formes  du  ch  y  semblent  généralement  employées  non 
au  hasard,  mais  d'après  une  loi  qui  fait  correspondre  une 
forme  plutôt  que  l'autre  à  un  phonème  sanskrit  déterminé. 
A  un  ch  sanskrit  originel  (c'est-à-dire  ne  provenant  pas 
d'un  s  en  com!)inaison)  correspond  un  ^  :  à  un  ks  sanskrit 
correspond  un  Y  (que  l'on  trouve  généralement  surmonté 
du  trait  horizontal  qu'emploie  dans  certains  cas  le  ms.  Du- 
Ireuil  de  Rhins).  Et  je  dois  ajouter,  selon  toute  justice, 
que  mon  savant  ami  M.  Rapson  avait,  indépendamment  de 
moi,  fait  une  observation  pareille,  que  l'on  trouvera  con- 
signée dans  sa  notice  On  the  alphabet  oj  the  Kharosthl  documents 

(p.  8-9)").^ 

Mais  le  fait  me  semble  présentement  encore  plus  général: 
il  paraît  s'étendre  à  tous  les  textes  kharoslhi,  et  c'est  ce 
que  je  voudrais  indiquer  dans  cette  note.  L'insulhsance  d'un 
certain  nombre  des  reproductions  publiées,  notamment  en  ce 
qui  concerne  les  édits  d'Asoka,  ne  m'a  pas  permis  jusrpi'ici 
d'établir  une  enquête  aussi  complète  que  je  l'aurais  souhaité. 
Telle  que  je  la  présente,  je  crois  cependant  qu'elle  affirme 
trop  souvent  le  fait  dont  je  parle  pour  qu'il  soit  l'œuvre  du 
hasard. 

Le  fait  est  donc  celui-ci:  dans  la  kharoslhi,  en  règle,  un  cA 
correspondant  à  lui  ch  sanskrit  originel  s'exprime  parf^  ;  un 
cil  correspondant  à  un  hn  sanskrit  s'exprime  par  Y- 

Je  ne  prétends  pas,  toutefois,  (pie  la  réciproque  soit  tou- 
jours vraie  :  à  un  f^,  par  exemple  ,  dans^w/m  du  ms.  Dutreuil 


C'    Kxlriiil  (lu    litiue  1  des  Aclex  du    \/l'"   (^iinjjn'.i  iiilenialimial  ilm  Oiii'iila- 
lislrs. 


liU  MAI-JUIN    lOll. 

de   Rliins  A-,   3,   correspond  un  se  sanskrit'";   dans  michn- 
(^Ibid.,  2),  un  thy. 

Des  mots  contenant  un  c  aspiré  correspondant  à  l'un  ou 
l'autre  des  phonèmes  sanscrits  susdits,  ch  originel  et  ks,  voici 
ceux  que  j'ai  pu  jusc|u'ici  relever  sur  les  fac-similés.  Suivant 
la  noiation  adoptéepour  la  transcription  des  documents  de 
Niya,  je  désigne  f^    parrA.  Y  par  r/?'. 

SuÂHBÂzGARiii.  —  Fac-sim.  Uidiler,  éd.  VII,  Z.D.M.G. ,  XLIII; 
éd.  Xil,  E.I.,l.  —  Ed.  VII,  1.  i,  ichati  (^Icclfy,  1.  a  ,  icliinnti 
(^îcch");  1.  3,  -chamdo  (chamlay,  éd.  XII,  1.  5,  cli'annti  (/.•.<?««); 
1.  'y,  icha  (^iccliây,  1.  g,  -acli'a-  {^(ikm^  '-'. 

Manseiira.  —  Fac-sim.  Senart,  J.A.,  8*"  série,  XII.  —  Ed. 
V,  1.  93,  moch'ai/c  [moLm);  éd.  VII,  1.  82,  iclittli  {icch°);  1.  33, 
-ch(ide(^rh(tii(l(iy,  éd.  Vlll,  1.3(),  -paripuclui  (^-prccli/1  )\  éd.  Ml, 
1.  G,  iclui  {ùrliâ'j  '•*'. 

Taxila,  tablette.  —  Fac-sim.    Buhler,   E.I.,   I\  .         L.    1 

et  h,  (li'fitnipasa  {l..yilrfij)(iy,  1.  G,  cluilrupn^^K 

('1  Dans  les  documents  Stein,  on  trouve  le  phonème  correspondant  à  se 
sanskrit  représenti'  par  un  c  non  aspiré  surmonté  du  trait  liorizontal.  (i'esl 
unenot;tion  ([ui,  jusqu'à  ce  jour,  leur  appartient  exclusivement,  et  je  ne 
m'en  occupe  pas  ici. 

("-'  I^our  les  autres  édits  de  Sliâhhazgarhi,  réduit  aux  fac-similés  de  Cun- 
ninjjham,  je  puis  dire  seulement  (jue  ces  fac-similés,  là  où  ils  donnent  e\ac- 
tem;nt.  un  c  aspiré,  confirment  la  dislinctiou  en  question  :  le  ch  dans  ir]t(ih 
(éd.  X  ,  1.  a-1  ;  éd.  XIII,  I.  8)-,  le  ch'  dans  ch'amitaviya-,  ch'amanaye  (éd.  Xlil , 
1.  7);  ach'ali  {ibid.,  I.  8). 

■''  Ce  sont  là  les  mots  dans  lesquels  j'ai  pu  constater  avec  certitude  sur  les 
fac-similés  la  forme  spéciri([ue  du  c  aspiré.  Je  n'ai  guère  di'  doute  sur  celle  (jue 
la  reproduction  lui  suppose,  savoir  ch',  dans  -ach'a-  {al.-sa),  éd.  Xll,  1.  8. 
Cependant  le  caractère  apparaissant  comme  endommagé,  je  n'ai  pas  cru  devoir 
citer  ce  mol  dans  mon  texte. 

'"'  De  plus,  1.  1  ,  ch'ahara,  et  1.  9,  ch'euia,  noms  propres,  dont  le  dernier 
impose  le  souvenir  du  sanskrit  hsema. 


INSCRIPTIONS   DE   MIRAN.  425 

Mathcua,  chapiteau.  —  Fac-sim.  Thomas,  E.I.,  IX.  — 
A,l.  1,  m(ihncli'(itrarasa;B,\.  $ ,ch'atrave;G,L  i,  mahacliata- 
vasa  '^';  1.  2  ,  cli'atavasa  '-1 

Manikyâla,  pierre.  —  Fac-sim.  Senart,  J.i.,  9"  série, 
VII.  -   L.  h  ,  ch'atrapftsa  ^^K 

Mamkyala,   cyhndre.   —   D'après   hi   planche  de    Dowson 

(^J.H.A.S.,  i863,  pi.  IV,  fig.  ^),ie  titre  ilinlnipa  deux  fois. 

De  même,    ch'atrapo   dans    l'inscription    du    cachet  f?/7?r/. , 

Tamla,   vase.  —   Fac-sim.   Lûders,  E.l.^   VIII.   —  siliara- 

''^  Je  me  suis  expliqué  plus  liant  (p.  '121,  n.  h)  sur  la  dornirro  syllalic  d<; 
ce  mot,  que  AI.  Thomas  transcrit  :  mahachliatavasya.  Le  caraclèi-c  ([u'il  lit  ici 
/rt  avait  été  lu  tra  par  Bhagvanlâl  Indrïïjï  et  Biiliier  (/./?.  .1.6. ,  189^).  Je 
donue  pour  ce  caractère,  dans  ce  mot  et  celui  dont  je  le  fais  suivre,  la  lecture 
de  M.  Thomas,  sans  l'intention  toutefois,  je  dois  le  dire,  d'affirmer  par  là  que 
je  regarde  comme  induhilable  dans  ces  deux  cas  la  valeur  la.  Les  épigraphes 
du  chapiteau  de  Matluirâ  offrent,  en  eflet,  en  ce  qui  concerne  le  caractère  en 
question  et  ses  additions,  des  particularités  au  sujet  des(|uelles  les  fac-similés, 
tels  qu'ils  se  présentent,  ne  me  permettent  pas  de  me  former  un  jugement  suf- 
fisamment assuré. 

'^'  Le  titre  se  présente  plus  souvent  dans  ces  épigraphes  :  je  ne  cite  ici 
naturellement  que  les  cas  où  le  fac-similé  m'a  permis  une  vérification  de  forme. 
11  ianl  ajouter  le  nom  pro[)re  lu  Uiph'ila  [=  tâhmsila,  lîiililer)  ou  larli'ila 
(Thomas)  dans  H,  1.  Ce  dernier  vocable  pourrait  correspondre  à  un  sanskrit 
raLxita. 

■^'  11  semble  bien  cju'il  faille  lii'e,  1.  11,  ndcli'aKoiin ,  où  M.  Liiders  voirait 
l'équivalent  du  sanskrit  .srtcc/u(.s«/(r(  (././{.  .1 .  .S'. ,  ignç),  p.  6.")9).  (iellc  é(|uiva- 
leiice  ;i(liuise,  lec  aspiré  sanskrit  auquel  correspondrait  cli'  proviendrait  d'un 
.s'  en  comhinaison,  et  le  cas  ne  serait  plus  de  ceux  qui  nous  occupent. 

*''  C'est  avec  doute  que  je  transcris  -iki.  M.  Liiders  a  transcrit  -im .  cl  il  >e 
peut  <|u'il  ait  raison.  Il  est  clair  que  la  lormi'  du  caiTiclère  appelle  celte  der- 
nière lecture.  \l;iis  le  Iracé  de  f/i  est  sujet  ii  se  déluruier  et  jus([ii'à  se  rappro- 
cher tellement  de  celui  de  ;/  ([u'il  ne  me  semble  pas  qu'une  forme  de  h  im- 
pose nécessairement  dans  tous  les  cas  la  lecture  de  celle  linguale.  Il  est  vrai, 
comme  le  l'euiarqne  M.  Liiders,  roiuparaiil  li-ès  juslemcnt  celte  épigia|ibe  à 
elle  (le  la  laltlettc  tle  Taxila,  que  celle  dernière  distingue  très  clairement  /*  et 


426  MAI-JU1N^1911. 

BiMARÀN.  —  D'après  le  fac-similé  publié  par  Dowson 
(^J.R.A.S.,  i863,  pi.  m,  tig.  3),  les  inscriptions  tracées 
sur  le  vase  provenant  de  cette  localité  contiennent  deux  l'ois 
le  mot  swarach'it(isn^^\ 

Zeda.  —  Fac-sim.  Sr'nart,  ./..!.,  (S*  série,  \V.  —  L.  i  , 
ch'unanù  (^ksana)  ^^K 

Ara.  —  Fac-sim.  Banerji,  I.À.,  XXXVII.  —  L.  3  ,  -cli'umnni. 

De  même,  dans  l'inscription  d'Ohind,  cli'imami ,  d'après  le 
fac-similé  de  Cunningham,  À.  H.,  V,  pi.  XVI,  n"  2.  Aussi  pro- 
bablement ch'unainmi,  dans  celle  du  vase  de  Hidda,  si  l'on  en 
peut  juger  par  le  dessin  donné  face  à  p.  2  G  a  de  Ariana  An- 
liqua. 

Sui";  ViHÂR.  —  Fac-sim.  Hoernle,  7.4.,  X.  —  L.  2  ,  hliicl/itsi/d 

(hlùkm)  (3). 

n  et  donne  un  «  à  sakamunuo ,  où  /*  répond  à  un  ?t  sanskrit.  Et  c'est  ce  ([iii 
aurait  lieu  dans  i'inscriplioii  dn  vase.  —  Mais,  par  contre,  la  tablette  de 
Taxila,  sur  sept  nasales  lisibles  corrosj)ondant  à  n  sanskrit,  attribue  le  signe 
très  nettement  tracé  de  n  à  six  de  ces  nasales;  le  cas  précité  faisant  seul  excep- 
tion. Il  y  aurait  là  plutôt  un  indice  qu'à  Taxila  la  nasale  corn^spondant  à  n 
sanskrit  était  n,  non  n.  Et,  pour  ce  qui  est  de  Texception  elle-même,  je  rap- 
pellerai à  quel  point  le  tracé  de  "  portant  la  voyelle  e  peut  prendre,  sans 
doute  par  raison  de  grapliie,  la  forme  de  «.  Que  l'on  compare  dans  la  table  de 
Kidiier  {hid.  Pal.)  ne  III,  i()  et  ne  III,  sfi.  On  peut  bien  se  demander  si  le 
Hî  dans  sakamunisa  de  Taxila  (et,  soi!  dit  en  p;issant,  aussi  des  padukàs,  a\ec 
ici,  de  plus,  le  i/i  de  padaiji)  n'est  pas  simplement  un  ni  dont  la  forme  est 
tracée  à  l'instar  de  cette  forme  du  ne.  Sous  ces  considérations  j'ai  donc  préféré 
la  dentale  :  dans  ([uelle  mesure,  je  l'ai  dit  au  début. 

('^  Je  mentionnerai  aussi  l'inscription  dont  le  fac-similé  est  donné  à  In  ithmciie 
L\\,  8,  de  A.S.I.,  i9o3-i()o4,  où  ^\.  ^ogel  lit  budharachidaxa.  Le  fac-similé 
fait  cette  lecture  possible,  le  c  aspiré  serait  encore  ch'. 

'-'  De  plus,  si  mon  interprétation  est  correcte  [J.A.,  10"  série,  III  j,  nii  nom 
propre,  ch'alapa. 

^')  La  lecture  Liclinhini  (1.  3)  donnée  par  M.  Iloornle  a  été  modiliée  par 
Rnliler  en  l.iiluhini  (r]'.  Tml.  l'ai.,  $  13). 


INSCRIPTIONS   DE  MIRAN.  427 

Wardak.  —  L.  3,  -dach'imie  [(laksinà),  d'après  le  fac-similé 
tic  \)o\\son[J.li.A.S.,  i8()3,  pi.  X). 

11  semble  aussi  que  la  reproduction  donnée  par  M.  \  ogel 
dans  A.S.I.,  1900-190/1,  pi.  LXX,  à,  de  l'épigraphe  inscrite 
sur  le  piédestal  de  Chârsada  invite  h  lire  -dach'\[n(ie). 

Il  se  peut  que  le  ch'  se  retrouve  encore  à  la  troisième  ligne 
de  l'inscription  de  Dewai,  dont  le  fac-similé  a  été  publié  par 
M.  Senart  [J.A.,  9"  série,  IV,  pî.  V,  \f  3/i).  Mais  la  lecture 
du  caractère  et  celle  du  texte  auquel  il  appartient  est  trop  peu 
sûre  pour  être  utilisée  ici  ^'\  —  De  même,  l'inscription  de 
Maira,  d'après  les  fac-similés  donnés  par  Cunningham  (/I./it. , 
V,  pi.  XXVIII)  semble  contenir  le  ch'  :  malheureusement  l'in- 
suffisance de  ces  reproductions  n'en  permet  pas  ici  l'emploi. 

('^  M.  Senart  a  proposé  avec  les  plus  {{randes  réserves  {a.  c. ,  p.  ôia-SiS)  ia 
lecture  )iagachalra  (i.e.  :  nagach' alra) ,  et,  avec  les  mêmes  réserves ,  rapproché 
ce  mot  (lu  »(nnaiiaflialra  (i.e.  -cli'a-,  puiscjuc,  comme  je  vais  le  dire,  -nm-  est 
plus  vraisemblable)  lu  par  Hiililer  dans  l'épif[raplie  E  du  chapiteau  de  Ma- 
[\iuv  {J.R.  A. S.,  189A,  p.  .536).  Mais  il  semble  que  ce  satuaiiarlialra  n'existe 
pas:  Bhagvïïnlâl  avait  lu  sfiinandiiiolva ,  reconnu  d'ailleurs  possible  par  lUiliIer 
(ihid.,  n.  5),  et  ^1.  Thomas,  affirmant  la  non-e\islence  du  <:  asj)iré  (le  fac- 
similé  ne  donne  pas  cette  partie  de  ré|)igraphe),  lit  sa{!iam?)manftiiinln  et  .su, «^jf ère 
même  -mata. 

Avec  toutes  les  incertitudes  qu'impose  la  graphie  de  cetti>  troisième  ligne, 
voici  conmicHt  j'en  comprendrais  actuellemenl  la  lectur(\  D'abord  nojiocli'axa. 
en  admettant  (|ue  le  troisième  caractère  représente  un  r  aspiré,  cl  rejjardanl 
dès  lors  comme  adventice  la  fine  courbe  inférieure  de  droite,  symétri(|uc  à 
celle  ai'  gauche,  qui  donne  au  caractère  l'aspect  d'un  huit,  et  jiomrail  le  faire 
lire  «  :  cf.,  par  exemple,  Vu  de  uilaga  dans  N.  X\,  122,  .!/«•.  hlml.. 
pL  XCVII.  (hi  aurait  dans  nnjracli'ana  le  nom  du  donateur  au  gé'nilif.  Puis, 
avec  la  Noyelle  linale  incertaine,  (iojaiimlihn  :  un  compose';  qui  se  place  entre 
iU'ijudlud  iint  cl  dânainukha.  Des  deu\  alvsaras  suivants  je  lirais  le  dernier  :  la; 
dans  le  jnemicr  on  pourrait  |)eul-rlre  à  la  rigueur  reconnaître  im  ce  très  déli- 
guri'.  Ainsi  cela  :  ce  sei'uil  l'objet  ollerl,  dé-montré  pai'  mxi  (|ui  >uil  et  semble 
lernn'ner  la  ligne.  Le  mot  serait  à  comparer  au  prâkrit  caïUa  .  cpii  a  le  sens  do 
(7n/i/(f ,  (|u'ii  y  corresponde  eflectivcmenl  (cf.  Hemac. ,  a,  i3)ou  (piil  soit, 
comme  le  voidail  Pischel  (Gnnii.  diu-  l'n'il:.  Sjir.,  S  281)  l'equiNalent  de  cailia . 
dans  le  sens  de  (■ailiiti.  A  nairnrh  n  coi'i'es|)ondrail  en  sanskrit  in'ij'riLsd. 


A'28  MAI-JUIN    1911. 

Monnaies.  —  Leurs  légendes  fournissent  les  vocables  sui- 
vants :  cli'nliripn,  muhnch'ntrapa  (passim)  ;  pracach'n  (^pratynh.sn), 
(cf.  en  particulier  Gardner,  Catalogue,  pi,  X,  lo;  pi.  XI,  3); 
ch'aharala  (^Lmharâta^  [cf.  Rapson/Cq/.  of  Indian  Coins,  pi.  IX, 
237  ;  2  4  3  et  suiv.]. 

Ms.  DuTREUiL  de  Rhins.  —  Fac-sim.  Senart,  ./.  I..  9"  série, 
XIP'^  —  A\  9,  adinkncliati  {gaccli^y,  3,  ch'aya;  6,  -cli'nije ;  -y, 
-cli'mji  (^kmyay  —  A'^,  5,  bhich'ari  (Mî/.'.vm);  anurach'adlia{rak.sy, 
8,  -cli'oiinsa  (^hema);  Fra^m..  clin.  (^chandaY^K  —  A^ ,  3,  ca- 
cli'uDKi  iycahmmanl)  ;  1 4  ,  rach'ati(^rnks'j  ;  1  ^^ ,  avech'iti  (iks).  —  B. 
20,  nndlnhachali  (gaccli");  26,  -ch'aije  [kmya);  26,  bhicliati 
(^hliiLsy,  00,  3i,  adhikacin  (gacch°y,  35,  chelva  (cJiidy,  o'j, 
clima  (^cliid^  ;  5 3  ,  hhicli'nve{J)hihm)\  5  /i ,  ch'irn-  (kslray^K  —  C  r", 
2  () ,  /r//m  [{ccJi°y,  Il  1 ,  -c//^[yfl]  (^hmija).  —  C  v",  (^.rach'a  (^vrhso)''^^ ', 
l 'j ,  18,  -cli'emu  (^l<semay,  32,  -pamorli'u  (-mokmy,  clnlmna  ; 
33,  cli.lrana  (^rlndj;  hi  ,  îfA<^f  (iccli"). 

On  le  voit,  la  distinction  énoncée  à  propos  des  docunienis 
Stein  se  maintient  ailleurs  avec  une  persévérance  où  il  me 
semble  dilficile  de  ne  pas  reconnaître  l'expression  d'une  loi.  ¥A 
c'est  justement  cet  emploi  constant  de  la  forme  ch'  pour  repré- 
senter un  r  aspiré  équivalent  à  l.s  sanskrit  Cjui  fait  que  l'on 
pouvait  dire  avec  Biibler,  jusqu'à  la  découverte  du  ms.  l)u- 
treuil  (le  Rbins,  que  tous  les  types  du  c  aspiré  postérieurs  à 
l'époque  d'Asoka  ne  laissent  voir  que  cette  forme  (^Ind.  Pnl. , 
$  12).  En  fait,  l'autre  forme  ne  se  présentait  pas  parce  qu'aucun 

C'  (iettc  lisli'  (li's  mots  en  c  aspir(''  vérifiublt's  sur  It'S  fac-siinih's  reproduit 
ios  locluros  de  Al.  Senart,  sauf  deux  légères  diverjjences  portant  sur  les  voyelles: 
i  pour  /'  (  Liulers)  dans  !î,  .')/!  :  a  que  je  crois  devoir  lire  plutôt  qui-  u  dans 
^:  V",  3-i. 

^-'  D'après  ridentification  de  M.  LinKits,  BciiierLungen  :it  ilcin  hharosllii 
Manuxcripl  des  Dliawmapada ,  G.N.,    i8Q(),p.  /176. 

W  Cf.  LiDKr.s,  o.c.,]..  /i83. 

C''   Sknap.t,    j).  28.'5:  LiJDicns,  a.  c. ,  p.  'kjo. 


INSCRIPTIONS   DE   MIRAN.  fr29 

(les  mois  contenus  dans  les  inscriptions  à  nous  connues  ne  de- 
vait l'y  amener  Souvent,  par  contre,  le  c  aspiré  y  correspondait 
à  un  /.v}  sanskrit  :  cliatrapa,  ch'unnmi,  dach'inae,  etc.  Maintenant, 
si  deu\  formes  différentes  furent  constamment  employées  pour 
fijj^Lirer,  l'une,  le  c  aspiré  qui  correspond  au  ck  originel  sans- 
krit, l'autre,  celui  qui  correspond  au  Ly.  nous  ne  pouvons 
guère  nous  soustraire  à  la  conclusion  que  les  deux  c  aspirés  ne 
se  prononçaient  pas  d'une  façon  identique '•'.  Et  ainsi,  à  moins 

("  A  consulter  les  fac-similés  du  ms.  Dutreuil  de  Rhins,  il  semble  que  ce 
ms.  fass:.'  aussi  une  distinction  entre  le  t  aspiré  correspondant  à  sf,  slli  sanskrit 
et  celui  qui  correspond  à  s//i  (auquel  il  faudrait  joindre  st .  mais  les  exemples 
font  dé(aiil).  On  sait  que  le  (  aspiré  est  représenté  en  kliaro>ihï  par  deux  formes. 
Désifjnons  l'une,  7  5  par  0' ,  l'autre,  '-J  ,  par  //('.  On  a  dans  le  ms.  Dutreuil  de 
Riiins  : 

A-,  a,  -ilillti ;  .\'\  li,  alhagio,  selhu  (s  fois);  G,  ulithn  (écrit  très  probable- 
ment pour  -thc,  Senart);  \(x,écfhi;  A\  2 ,  -dithi-;  B,  12,  l 'i ,  prarilliam; 
(ir^  33,  rniha;  C\°,  i  9. ,  dilho ,  dilJin  ;  où  ih  représente  «f,  respectivement  «f/i ,  de 
ilixti .  (i!i{a,  srestha,  ulllsthet,  srestliiii ,  j)r,n-isla .  rdstra,  drsia.  De  plus,  fragm.  2 
à  jjaiiclie  de  A',  cilhalu  [tisllia-,  cf.  Liiders,  «.  c,  p.  '176). 

Mais  :  A',  7,  ulh'niwiia;  8,  uth'aaaiiialo;  9,  ulh'niie  [ni;  pour  na,  faute  de 
scribe,  remarque  M.  Senart;  de  même,  dans  l'exemple,  pris  au  même  vers, 
qui  suit,  [h'e,  car  l'c  me  semble  certain,  pour  lli'a);  anuth'ehalu;  16,  piava- 
Inlh'o,  /iliuitnilh'a;  C  r",  2A,  dhamath'o;  dont  les  équivalents  sanskrits  sont  en 
{x]ili ,  ailt.  Il  faut  y  joindre  0  v",  5,  th'i-  (sthii-a,  Lidf.hs,  o.  c.  ,  p.  i88). 

De  même,  dans  les  inscriptions  postérieures  à  celles  d'A.-'oka,  nous  trouvons 
un  certain  nombre  de  mots  contenant  un  /  aqjiré  correspondant  à  un  x(  ou  xlh 
sanskrit;  là,  autant  que  j'ai  pu  le  cunslalor,  la  jjrapliie  est  encore  fh  :  Sué 
Vibâr,  ii'iljil  (iinsli ,  Hoernie);  Haslitna|;.ir,  pivlhavddasa  (praiislliapada); 
Taxila,  tablette,  «f/ia  («sfa);  Matluirâ,  y>/-rt/i//ifli'(<o,  et  autres.  —  Mais  c'est 
un  iji'  qui  correspond  au  x^  sanskrit  dans  th'uvam  (Manikyïïla),  ih'npa  (d'après 
mou  inlei'pr(''talion,  Zcda  ). 

Il  faut  roniarquiT,  par  contre,  que  dans  les  inscri[)lions  dAsoka,  lesquelles, 
à  le  conclure  des  renseignements  donnés  |)ar  Biililer,  ignorent  le  f/i .  on  trouve, 
éd.  n,  à  Sliàbbûzjjarbi,  1.  10,  an'iji'iiin  (IJfiii.tr.,  /..D.M.G.,  \LI11,  p.  i3o), 
et  aus-i  :"i  Mansebra,  1.  17 ,  sref/i'c,  connue  seudile  l'indiquer  le  fac-similé 
publié  par  M.  Senart.  Kt,  pour  expliquer  cet  emploi  du  ih'  dans  les  cdils 
d'Asoka ,  j'Iiésiterais  à  supjioser  la  formation  plus  taidive  du  caractère  ih  : 
riiMi  ne  pron\e,  ce  me  send)le,  que  ce  caractère  n'existait  pas  dès  lors,  et  que 
la  kliaro-lliT  ne  possiklail  pas  les  deux  formes  du  (  aspiré,  comme  elle  possé- 
dait les  deux  formes  du  c  aspiré. 

XVII.  qS 


430  MAI-JUIN'19n. 

de  supposer  (jue  cette  double  prononciation  fût  propre  aux  dia- 
lectes écrits  en  kharosthi,  celle-ci, dans  sa  fonction  d'exprimer 
le  langage,  se  sera  trouvée  sur  un  point  du  moins  un  instru- 
ment plus  délicat  que  la  brâhmï. 


En  outre,  dans  les  documents  Stein,  il  est  des  points  qui  demeurent 
encore  obscurs  relativement  à  l'équivalence  du  t  aspiré  aux  {çroupes  sanskrits. 
Je  ne  puis  donc,  en  ce  qui  concerne  l'emploi  de  ses  deux  formes,  apporter  pré- 
sentement quelque  conclusion  générale,  mais  il  m'a  semblé  que  les  faits  ci- 
dessus  exposés  méritaient  néanmoins  d'attirer  l'attention. 


ETUDE 
DES   DOCUMENTS   TOKHARIENS 

DE    LA    MISSION    PELLIOT, 

PAR 

M.   SYLVAIN  LÉVI. 

I.   LES  BILINGUES. 

Les  fouilles  de  l'Asie  centr;ile  ont,  on  le  sait,  ressuscité  plu- 
sieurs langues  disparues  depuis  longtemps  de  la  surface  du 
monde.  Une  d'entre  elles,  étiquetée  d'abord  comme  la  langu<f  I, 
a  reçu  de  M.  F.  W.  K.  MiUler  un  nom  de  baptême  que  l'usage 
a  consacré;  c'est  le  «tokharien».  L'expédition  allemande  de 
Toiirfan  avait  recueilli  des  fragments  de  trois  manuscrits  ré- 
digés en  langue  I  et  qui  portaient  le  titre  de  Mnilrei/a  saniiti 
iiâlham.  Parmi  d'autres  morceaux  de  la  même  provenance, 
M.  MûUer  a  su  reconnaître  le  colopbon  d'une  version  turque 
du  même  texte  r compilé  i^yaratinis)  de  la  langue  indienne 
i^àmtkàk)  en  langue  tokharienne  [to^r'i)  par  le  Vai])liâsika 
Aryacandra,  et  traduit  (^a<iUinnïs^  de  la  langue  tokliarienne  en 
langue  turipie  (/«r/.)  par  Prajnâraksila  ?5.  M.  Millier  eu  a  inféré, 
avec  beaucoup  de  vraisemblance,  (pie  rinlerin(''(liaii"('  tokba- 
rien  était  représenté  par  les  manuscrits  en  langue  L'^  fje  nom 
des  Tokhares  est  connu  de  l'aiitiipiité  classique  (7W/^///j,  des 
auteurs  sanscrits  (Tulilulra)  et  des  finnois  (Tuii-lm-loY  Au 
vil"  siècle  ils  occupaient  l'ancienne  Bactriane.  M.  Mùller  avait 
cru  pouvoir  établir  une  relation  entre  la  langiif  tokbariemie  et 
les  traducteurs  venus   en  Cbine  du  [)ajs  des  Yue-lclii;  mais  il 

'■'  F.  \V.  K.  MiLLKii,  liviho'i-  zm-  irciiain'irn  liisliiiiiiiitiiir  dev  uiiOcl.aniiU'ii 
Spiachcii  MtUelasiuim.  (Silniiii'sOuiiclitv  ilcr  k.  pr.  AI.,  il.  IliAfi. ,  11)07,  P- 9*^>^" 

•j8. 


A32  MAI-JUIN    191  1. 

s'était  garde  de  rien  préciser.  MM;  Sieg  et  Siegling,  (|ui  ont 
les  premiers  reconnu  et  défini  les  caractères  linguistiques  du 
tokharien ,  ont  été  plus  hardis;  ils  ont  inscrit,  en  tête  de  leur 
mémoire  i^SiUungsher.  Ahad.  d.  Wiss.  Berlin,  i-goS,  XXXIX, 
p.  91  5)  :  Tochansch ,  die  Sprache  der  IndoshijOten  «Le  tokha- 
rien, langue  des  Indo-Scythes».  C'est  aller  un  peu  vite,  trop 
vite  peut-être.  La  question  des  ïndo  Scythes  est  assez  confuse 
déjà  [)Our  qu'on  évite  d'y  grefler  encore  une  hypothèse  inuùle. 
D'autre  part,  on  ne  peut  manquer  d'observer  qu'aucun  des 
textes  reconnus  juscju'ici  en  tokharien  ne  correspond  aux  tra- 
ductions chinoises  (hies  à  des  moines  du  pays  des  Yue-tchi. 
Le  fait  assuré,  suhdement  établi  par  MM.  Sieg  et  Siegling, 
c'est  (pie  le  tokharien  est  une  langue  indo-européenne.  Elle  se 
présente  en  deux  dialectes,  fortement  différenciés,  et  dési- 
gnés provisoirement  par  les  lettres  A  et  B.  La  plupart  des 
textes  recueillis  par  l'expédition  allemande  dans  la  région  de 
ïourfan  sont  écrits  dans  le  dialecte  A.  Au  contraire,  toutes  les 
pièces  de  la  mission  Pelliot,  qu'elles  proviennent  de  Douldour- 
A(jour  ou  de  Touen-houang,  sont  écrites  dans  le  dialecte  B. 
(l'est  aussi  dans  le  dialecte  B  qu'est  rédigé  le  traité  de  médecine, 
acquis  en  partie  par  M.  Weber,  en  parlie  par  M.  Macarlncy, 
et  magistralement  édité  par  M.  Hoernlc  dès  iqoi  dans  le 
Journal  of  tlie  Asialic  Societij  of  Bengal^^K  Les  manuscrits  de 
Toiu-fan  portent  fréquemment  des  gloses  en  sanscrit;  c'e.^t  elles 
qui  ont  permis  à  MM.  Sieg  et  Siegling  d'aborder  l'étude  de  la 
langue;  mais  on  n'y  a  pas  jusqu'ici  signalé  de  bilingue.  L'ex- 
pédition russe  de  M.  Berezovski  a  rapporté  de  Koutcha  un 
fragment  de  feuillet  du  Dharmapada,  où  le  texte  sanscrit  est 
suivi,  pâda  par  pâda,  d'une  traduction  tokharienne  en  dialecte 
B.  Ce  feuillet  a  été  publié  par  M.  N.  D.  Mironov  dans  les  Izvestta 

<'^  Co  travail  seia  ullérioiirement  indiqué  ])ar  la  lettre  H;  je  ne  préciserai 
les  réiérences  (|uc  pour  les  mots  qui  ne  paraissent  pas  sous  leur  i'oime  intégrale 
dans  l'utile  Index  que  M.  Hocrule  a  joint  à  son  édition. 


DOCUMENTS  TOKHAIUENS  DE  LA   MISSION  PELLIOT.         hU 

de  l'Académie  de  SaiiU-Pélersbourg  (1909,  p.  ô/iy).  M.  Pel- 
liot,  plus  heureu.v  encore,  a  trouvé  à  Douldour-Aqour  un 
autre  feuillet  bilingue  du  Dharniapada,  et  à  Toiien-houang 
trois  feuillets  d'un  traité  médical  en  sanscrit  et  en  tokharinn. 
Ces  documents  permettent  d'aborder  l'étude  grammaticale  de 
la  langue,  en  même  temps  qu'ils  étendent  notre  connaissance 
du  lexi(jue.  Pour  permettre  d'apprécier  le  progrès  accompli, 
je  reprendrai  tout  d'abord  le  feuillet  Berezovski  au  point  où 
M.  Mironov  avait  pu  le  conduire. 

J'étudierai  ensuite  le  feuillet  Pelliot  (l'WISrt).  Dans  un 
autre  article,  qui  paraîtra  prochainement,  je  donnerai  les 
bilingues  médicaux  (35 10.  46,  4 7,  48).  A  la  suite  de  ce 
travail,  nous  comptons,  M.  Meillet  et  moi,  réunir  dans  une 
esquisse  d'ensemble  les  données  grammaticales  dégagées  de 
ces  textes'^'. 

C'  I*our  les  si<jiies  nouveaux  propres  à  l'alptiahet  tokharien,  j'ai  adoph''  li's 
caractères  de  transcription  proposés  par  SS.  Nous  nous  réserxons,  M.  .Mcillcl 
et  moi,  do  discuter  dans  un  arliclc  prochain  la  valeur  exacte  do  ces  sifjncs. 

l/aipiiabet  lokharien,  comme  les  écritures  de  l'Inde  (|u'il  imite,  n'isole 
(|u'exceplionneilement  les  mots.  Le  déchiffrement  se  heurte  ainsi  dès  l'abord 
à  une  {jrave  difliculté.  On  me  pardonnera,  j'espère,  si  des  rectifications  nllé- 
rieures  viennent  à  modifier  parfois  l'analyse  des  mots  telle  que  j'ai  pu  la  faire. 

J'ai   recouru  au  signe  souscrit  .  .  pour  réunir  les  groupes  de  leUres  (pie  le 

tokharien  forme  soit  par  supi'r|'osition ,  (/•^c,  écrit  \        )  .    ^"it  pai'  liaison 

(tvadh  éciit  mr  ,,  ,  !    ■''  / 

^    ^^=^  ^(Ik  ). 

11  importe  de  signaler  dès  maintenant  (jue  ranusvâra  (m)  noie  régulière- 
ment, dans  Talpliahet  tokharien,  la  nasale  dentale  à  la  fin  des  mots  sanscrits. 
Au  reste,  dans  les  combinaisons  de  lettres,  l'anusvïïra  réparait  sons  la  l'orme 
d'un  II  :  hein  ffla  leri'on;  heiiiw  «sur  la  terren. 

La  confusion  absolue  de  1'/*  et  du  t  dans  les  groupes  laisse  la  lecture  de  ces 
groupes  toujours  douteuse-,  seuls  des  s|)éciiiiens  calligraphiés  pennetlnuit  éven- 
tuellement d'opter  avec  confiance  entre  les  deux  possibilités. 

Je  me  servirai  dans  le  cours  de  ce  travail  des  signes  sui\anls  : 
Bm.    —  l"'i'uillot  Her<'Z0vski  provenant  di'  Koutcha.  Dliarinapada. 
FM  8  a.   —  i^'euillet  Pelliot  provenant  de  Dnuldour-Atpjiir.  Dharniapada. 
11.  —  Ms,  VVeber-Macarlney.  Texte  médical.  Kd.  Ilorrnie.  ./.   I.  S.  //. ,  1901. 


/S34  MAMUIN    1911. 

I 

Feuillet  Berezovski  (Bm.). 

a 

1 .  naksentr  âm  assencai  •  nandanii  bahubhâninam  •  naks- 

2.  sl.i  lokpsr  aninditnh  ma  nesani  caisse  ne  anâkatte  •  lio  5- 

3.  praçanisitah  soino  kalymi  wadhpapâiau  •  nâhhnd  bluw'mjali- 
h.  (n())nak.  kalpâslr  ho  6  yan  lu  vijùâ  pruçamsanti  ■  kuce  no- 
5.  sa  sa  saiiidkhijàtà  '  pâlalyne  su  weweûu  "  ua  tv  ajnair  y- 

0.  (sso)adhaya .  .e  nipa  Yiiios^  lirâjmm  çîlesu  samvrt{am')  kha- 


1.  (sdhâ)  kns  ta(m)  ninditum  urhali  '  kuse  eau  nâktsi  arcantr  ko  8  ç- 

2.  ma  wa(s)kanti;  '  emun  mndâpraçamsâbhih  mattrâkka  nâkalyne- 

3.  sya  inûJtun  ksitau  nâsii  '  kete  Avitsako  ken  ne  ma  nesain  '  pnma- 
h.  eau  khaçamoiu  sanmau  mem  tsalposo  '  ko  nu  ninditum  arhati'- 

5.  niânam  parikhan  ca  yo  nivrltah  serke  tsrerme  spa  kuse  kakiau- 

6.  devako  pi  lokah  ma  khacdhr  çleùukciye  rano  caisse  5o  i  ya- 

La  découverte  de  la  recension  sanscrite  du  Dharmapada  et 
la  publication  par  Pischel  du  passage  qui  correspond  à  ce 
fragment  ont  déjà  permis  à  M.  iMironov  de  combler  les  lacunes 
du  texte  sanscrit  dans  l'original.  La  portion  conservée,  am- 
putée à  ses  deux  extrémités,  ne  représente  guère  que  les  deux 
cinquièmes  du  feuillet  total,  qui  devait  mesurer  environ  ho  cen- 
timètres sur  (j  1  millimètres  de  bauteur. 

m.  —  Feiiillels  en  tokharien  communiqués  ))ar  M.  lioernie. 

SS.  —  Sieg  et  Sicgling,  Tocharisch ,  Die  Sprache  dev  Indoskythen. 

35io.  46,  47,  /i8.    Feuillets  Pelliot  provenant   de   Touen-liouang.    Bilingues 

médicaux. 

Les  autres  cotes  se  rapportent  toutes  à  des  documents  de  la  mission  Pelliot, 
cités  d'après  leur  numéro  d'inventaire. 

Les  mots  suivis  d'un  astérisque   sont  ceux   dont  il  est  parlé  dans  les  Be- 
mar(|ues  linguistiques  de  M.  Moillel  {infra,  p.  Ii'\()  et  suiv,). 


DOCUMENTS  TOKHARIENS  DE  LA  MISSION  PELLIOT.         435 

a 

1 .  nnhsmh*  (==  nindnnli).  Troisième  personne  du  pluriel  du 

présent  de  l'indicatif,  sJnnk.  (]{.  infra  nôktai,  anôkatle, 
nâkahjne.  Tje  thème  présente  ici  une  extension  en  a  de  la 
racine. 

âm  (=  tusnïmy 

nssencai*  i^-=  âsinam) .  Participe  présent  en  "sencai^d.  35  lo. 
66  «  9  :  nf'iksencti  ("glmnniy,  h  i  :  kausencn  (^="ghnam)\ 
FM  8  rt  4  :  Ikâssei'tcatVi  l^  =  "darcinahy  "sencai  se  termine 
par  une  désinence  d'accusatif. 

2.  ma  (  =  ««).  Négation. 

imam*  {^  =  astiy  Le  thème  nesa  se  retrouve  dans  35 lo. 
/l'y  a  -A  :  nesalne  {jiesa-\-lne  affixe  de  mot  abstrait)  y  sert 
à  rendre  le  sanscrit  bhnvn;  et  aussi  réuni  avec  la  néga- 
tion 7nâ,  ibid.  b  3 ,  où  mànemJne  traduit  le  sanscrit 
ahhâva.  Dans  ces  formations  secondaires,  s  se  substitue 
à  s  de  nesnm.  Pour  la  désinence  de  la  troisième  per- 
sonne du  singulier  en  am,  cf.  H.  naksam  «détruire 55; 
yamassam  de  sjynm  refaire 51. 

ça'me  ne  (= /o/.y.sii).  caisse  =  loka  était  déjà  fourni  par  les 
gloses  de  SS.  (p.  917);  SS.  donnent   la  forme   cor- 
respondante du  dialecte  A  :  çosi. 
ne  est  rallixc  du  locatif. 

nnâkalio  {^^  nn'mdiUilj).  a  privatif -|-  /««A-a/^^.  verbal  de 
yJnnk.  Le  verbal  en  °lte  n'est  pas  une  forme  1res  usuelle; 
nu  moins  j'ai  rarement  réussi  à  en  reconnaître  dans  les 
textes  (pie  j'ai  copiés,  .le  signale  ici,  pour  v  revenir 
ailleurs,  rallernance  du  /■  et  du  /.  dans  nalùsentr,  nâkisi 
et  anûhiUc. 

3.  snnif)   hnlymi*  {^  =  rknni(im^.    Le   mot    est    pr()bal)leuieut    à 

anaKseï"  en  anmo-j-  kalynti.  kodio  =  cloi  serait  iimiarcnti' 


à3G  MAI-JUIN    191  1. 

à  spinse  (SS.  926,  n.  2),  ordinal  de  se  ç<;un».  J'ai  re- 
trouvé encore  ailleurs  h(dymi==auta  (?);  le  fragment  de 
SïEiN,  Anciprit  Khotaii ,  pi.  (^IX,  1.  5  donne  le  dérivé 
kalymu'me. 

wadh  (=  vfi).  Le  mot  est  souvent  réj)élé  après  les  divers 
ternies  de  l'option;  p.?r  exemple  35  10.  C)b  a  a  :  ivaisn 
wacllt  malkivrrsa  ivatlli  rou  avec  de  l'eau  ou  avec  du 
lait?5. 

papâlnu  {=pr(iramsiUih).  Participe  passé,  tiré  du  thème 

du  parfait  à  redoubloment  papal,  K/paL  La  racine 
donne  directement  le  mot  pâlnlj/ni'  {^pmcaujsô)  à  la 
ciiKjuième  lij^ne. 

/i,    /V//,-.  {--=otarhi).  Le  mol  est  à  rétablir  sous  la  forme  htihe* . 

Il   se  retrouve  naturellement  dans  la  plupart  de  nos 

textes;  par  exemple  35  1  0  ,  66  A  /i  :  nnke  hliïUaUtinr  ivoûau 

«  maintenant  je  vais  énoncer  le  bhutalantra  75. 

kalp/lalr*  (^  =  vidyatp).  Troisième  personne  du  sinjjulier  du 

passif  v/Aï///;  «obtenir 55  (SS.  901).  La  même  racine 
reparaît  souvent,  comme  on  peut  s'y  attendre  :  M.  777. 
3  />3  :  çivdtsi  kalpâ^  ril  obtiendra  ...  à  manger  15;  /196. 
39  n  k  :  pudmilii'  mpa  hdlpf'maiji  ^\\  obtient.  .  .  avec 
Bliagavatw. 

Iqicc  {=yam).  Accusatif  du  pronom  relatif,  au  masculin 
singulier.  Le  nominatif  ?e  retrouve  deux  fois  sur  le 
verso  du  feuillet  :  knje  =  y((h  (et  aussi  comme  interro- 
galif  = /,Y///,  /)  1).   et  aussi  le  génitif  hele  =  ynsy(i ,  h  3. 

no  =  iu,  particule  d'opposition. 

5.     pâlalyfir  i==prar<imsâ).   Substantif  abstrait  tiré   de    s^j pu! 
ç?  vanter  55  (supra  3)  au  moyen  du  suflixe  "///r/r,  généra- 
lement réduit  à  "Ihc  (^"lunc  en  dialecte  A). 
.sH*=.sy7(Mironov  lit  à  tort  su).  Nominatif  non  masculin  d'un 


DOCUMENTS  TOkHARIENS  DE  LA  MISSION  PELLIOT.         /i37 

pronom  ilémonstrulil"  t[ui  alterne  avec  des  formes  en  f  : 
35  10.  !\-jaC)  :  toi/(i  =  Plâiii ,  nominatif  pluriel  neutre; 
ibid.  :  lutlse  =  int'\  génitif  singulier  neutre;  FM  1 1  r"  3  : 
lu  hohJijauHormem  trayant  entendu  cela?',  où  tu  est  l'ac- 
cusatif singulier  neutre;  lumoiii  {^tnsinât)  Kcnsuiten. 

wnvenu  (^=samâkijhâta).  Participe  du  parfait  de  K/irefi 
«dire»  (SS.  926),  au  nominatif  singulier  (le  masculin 
est  en  -au). 


0.  (sso)n(llini/a  .  .  .  c  {=  modhâvinam  vrttwy 

mpn.  Postposition  (pii  exprime  l'union,  la  combinaison,  et 
(pii  rend  l'instrumental  sanscrit  dans  sa  valeur  de  so- 
ciatif.  Voir  des  exemples  supra  s.  v.  halpâslr  {^k)  et 
infra  35  10.  k'^  h  l\  :  mawnunc  mptt  ritlos  t^afTecté  de 
dyspepsie»  {=(ummvUamy,  k()  h  \  :  calâwuri  mpii  .  .  . 
IxiLsalle  «à  cuire  avec  de  l'asperge»  {^=rnlârit)-thhih .  .  . 
siddhum). 

rittos(=yul,ianij.  Accusatif  masculin  singulier  du  participe 

passé  du  verbe  yrill;  cf.  supra  s.  v.  injxt.  Le  participe» 
futur  du  passif  rittusle  (^=  ijojijam)  se  rencontre  35  10. 
kdn^.  [C'est  sans  doute  le  même  verbe  qui  reparaît, 
en  dialecte  A,  dans  le  colopbon  du  Mdilrcija-saniiti- 
nôlLrini  (SS.  ()a<^  et  ikj  :  nnjumndrcs  rui-ilwunfJJi; 
le  mot  rurilivundji  serait  le  participe  à  redoublement 
(|ui  correspondrait  à  ijuhta ,  fuiinijuLlu:  il  cai'actériserait 
donc  bien  un  travail  de  compilation,  d'arrangement, 
comme  fait  (au  témoignage  de  UadloiV,  Izroslui ,  icjOcS, 
p.  13-71)  son  é(juivalent  i/anituiU  dans  le  colopbon 
turc] 

b 

1.  Icuse  (=l>as).  iNominalif   masculin   singulier   du   pronom 

interrogatif.  (il.  I.uic.  supra  u  h. 


438  MAI-JUIN    1911. 

eau*  (^=tam).  Accusatif  masculin  singulier  d'un  thème  de 
démonstratif  ce. 

nnktsi[=nmditum).  Infinitif  de  \Jnah,  voir  supra  a  i.  L'in- 
finitif se  forme  en  +lsi,  exemple  :  yâmtsi  t  faire  57 
H.  ho  h  h. 

nrcantr  (^  =  arhati).  Troisième  personne  du   singulier  du 

présent  de  \/arc.   Le  mot  arhat  est  transcrit  arhanto, 
bien  que  le  tokliarien  ne  possède  pas  l'aspirée  //. 

2.  mn  (^==nny  Négation, 

wn(sjk((ntr*  (^=praLrimpy(ite).  Troisième  personne  du  sin- 
gulier du  présent  de  \/iva(^s)k  oii  le  groupe  sk  constitue 
sans  doute  une  caractéristique  verbale. 

mnttrâkhn  i^=eimmy  Adverbe  et  conjonction;  ce  mot  sert 
aussi  à  rendre  taihâ  35  i  0.  /l'y  è  6. 

nâknlyne  [=innda).  Nom  abstrait,  tiré  de  ynak  «blâ- 
mer 7)  (voir  supra  n  1),  au  moyen  du  sulïixe  "lyne;  cf. 
supra  ah. 

3.  kete  (^  =  yasyay  Génitif  du  pronom  kuse,  voir  supra  a  k. 
îvitsako*  (^=midâni).  Nominatif  singulier.  L'accusatif  sin- 
gulier ivUsakai  se  trouve  infra  FM  8  è  3 ,  et  le  dérivé 
ivitsakani    dans    l'expression    witsakaaibaj  =    niûllb/ilâ, 
35  10.  à&  b  h. 

km  ne  (ksitauy  ne  est  l'afïixe  du  locatif.  Le  substantif  sans 
affixe  s'écrit  keni  (=/t'm)  :  Hl.  iA(j.  5  a  5  :  kem  teksa  «il 
touchait  la  terre  5?. 

ma  nesam  {==nâstiy  Voir  supra  a  a. 

[\.     eau*  (^=tamy  Voir  supra  b  1. 
'■^^ khacamoiii*  (^=  dinramy  Accusatif  masculin  singulier  d'un 
mot  dont  le  nominatif  pluriel  khaçaumyi  se  rencontre 

"'  La  valeur  réelle  de  la  Itittre  que  je  triinscris.   après  Mironov.  par  /./<   me 
parait  très  incertaine;  il  se  peut  (|iril  s'a[jisso  d'un  son  tout  dillérenl. 


DOCUMENTS  TOKHARIENS  DE  LA  MISSION  PELLIOT.         439 

3 b  1 0 .  lin  a  3  :  iveskem  kliaçaumyi  ==  vadanti  tajjnâh  et 
ibid.  5  wenâre  khaçaumyi ,  même  sens.  Le  mot  est  dérivé  de 
sjkhfç  «  connaître  55 ,  dont  ia  troisième  personne  singu- 
lier présent  est  khaçdhr  =  vijânâti  ^i\  sait5>. 

sanmau  mom  (^=  hmidhmiàt).  Le  mot  sanmnu  «lien  55  est 
suivi  de  l'atïixe  mm  qui  exprime  le  rapport  d'ablatif. 

tsalposo  (=-mukam).  Accusatif  masculin  singulier  du  par- 
ticipe en  os  de  \/tsalp  «sauver».  Cf.  ^96.  3c)  h  3  : 
samsarmem  tsalpamtr  «sauvent  du  sarnsâra»  et,  pour  la 
forme,  yâmosa  infra  FM  'è  a  ^. 

5.  serke  (^^ sarntânam)  «descendance». 
tsrerme  (^= pankhnm'j  «fossés'. 

spa*  (=crt).  Enclitique,  qui   peut   se  réduire  à  sp.  par 

exemple  35  10.  k^.a'ù. 
kuse  (^=yahy  Voir  supra  b  1 . 
kakiau  [=  nin-ttah)  Participe  formé  par  redoublement  (cf. 

papâlau  supra  a  3)  de  \/kl? 

6.  mû  (=«rt).  Supra  a  2. 

khnaihr  [=vijânâli).  Troisième  personne  du  singulier  du 

présent  de  ykliaç.  Voir  siipra  Içhaçamom  b  k. 
de  (^=sa')  exprime  l'union. 
mkriyc  (^"(kv/iknli).  Adjectif  tiré  du  substantif /7///iy/A  «  dieu  55. 

La  dentale  finale  s'est  palatalisée  au  contact  du  sullixe 

à  palatale  initiale  "yr,  "l'yc. 
rano*  {^=api)  «même 55. 
çamr  i^=^lok(ij.  Voir  supra  n  'i. 

II 

Pelliot  km  H«. 

Le  feuillet  bilingue  rapporté  par  M.  Pelliot  provient,  comme 
le  leiiillel    Rere/ovski,  (le  l'oasis  (le  Kdillclia.   Il  a  él(''  trouvé  à 


440  .  MAl-JL  l,i\    1<)1  1. 

Douidour-Aqour,  où  tant  d'autres  fléhris  importants  ont  él'' 
recueillis;  ses  dimensions  sont  :  o  m.  35  de  largeur  et  environ 
0  m.  o8  de  hauteur;  le  format  est  donc  inférieur  à  celui  du 
fragment  Berezovski  (hauteur  om,  ot|ij.  Au  verso,  sur  le 
bord  de  la  marge,  on  lit  très  nettement  le  symbole  de  la  pre- 
mière dizaine;  au-dessous  on  reconnaît  la  trace  d'un  aulrc 
cbiflVe  caractérisé  par  une  longue  tige  verticale,  et,  au  pied 
de  la  hampe,  une  courbe  revenant  sur  la  droite  :  très  proba- 
blement le  chiffre  7.  Le  feuillet  contient  environ  deux  vers 
et  demi;  comme  il  débute  avec  la  (in  du  vers  hi  du  premier 
chapitre  du  Dharmapada,  il  est  certain  que  le  manuscrit  ne 
conlenait  pas  d'autre  texte  avant  ce  recueil. 

Le  feuillet  est  malheureusement  un  peu  mutilé;  un  tiers  en 
a  été  arraché  sur  la  hauteur  de  deux  lignes.  Par  une  rencontre 
non  moins  regrettable,  les  vers  conservés  ici  ne  se  retrouvent 
pas  dans  le  Dhammapada  pâli.  Du  moins  nous  en  avons  la 
version  dans  l'Udânavarga  libétain  el  dans  deux  des  Dharma- 
pada chinois.  J'ai  de  plus  retrouvé  dans  d'aulres  recueils  des 
rédactions  parallèles,  que  j'indiquerai  plus  bas. 

a 

1 m  •  jnrâ  tiirtijur  en  m(tr[<J(i-)  • 

ktsailsanne  srûkalyne  spa  melyem  60.  1 

a samâhitâ  '  lusâksa  sek  ompals- 

kofifie  ne  wïna  yâmosa 

3.  kakraupasam  '  âtâpino  jnùjarântadarçiiKih  '  etsar  kallecri  cmclle 
Ivlsaitsanne  Itse  â 

h.  ke  Ikâsseûcana  '  nulrant  .sasnlnyovi  nhhibJditja  hklLsarnli  '  niaram 
çlerelke  onisap  tatâkarmeiii  samâiii 

b 

1.  bhavelu  jâtimaranasijd  julrafrfih  lâkoycer  cmelie  srùkalle  tlse  toi 
ne  ynûcana  ho.  >2.  ||  aniUj<t 

it.  cargah  ma  sekaiïûesse  kraupe  ||  ||  l.fniid  jâiiûini  te  niiihnn  '  yçelnie 
klial>eraar  tanïi  wilsa 


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DOCUMENTS  TOKHARIKNS  DK  LA  MISSION  PELLIOT.         '-Al 

o.  kai  '  (s.)  -  / se'  palskalyne  mem  yrelma 

Hliatmasdhar  '  un  Ivilm  mmkalpaijhydmi' 

l\ tnmem  ni  ma  lâkaflh  '  i 

kâmohhyo  jâyale  çokak  '  ycelmen  meiii  fjha 

V aniiya-varga  r  le  chapitre  de  l'Impermaiience  55 ,  qui  s'acliève 
au  recto  du  feuillet,  est  le  premier  chapitre  du  Dharmapada 
sanscrit.  Il  ne  subsisie  que  le  d(>rnier  quart  du  vers  /ii ,  qui  cor- 
respond au  vers  ko  de  la  recension  tibétaine,  oii  Rockhill 
le  traduit  ainsi  : 

Sucliand  such  actions  are  a  source  of  felicity,  which  I,  liaving:  [)er- 
loi-med  tliem,  will  acquire.  He  who  prépares  himself  in  lliis  nianner  will 
overcome  âge,  disease,  and  death. 

Le  Fa-kiu-p'i-yu-king  rend  tout  autrement  ce  vers  (éd. 
Tôkyô,XXlV,  G,  p.  (]5'')  : 

Voilà  mon  affaire  ;  voilà  ce  que  je  ferai  ;  il  me  faut  agir  pour  arriver  à 
ct'la.  li'lionime  qui  s'excite  et  se  presse  ainsi  foule  aux  pieds  les  douleurs 
de  la  vieillesse  et  de  la  mort. 

La  traduction  revisée  ([ue  donne  le  Fa-tsi-yao-song-king 
donne  une  tout  autre  version  : 

Ainsi  les  créatures  s'agitent,  convoitent,  s'enoi'gueillissont,  se  ré- 
jouissent. I/inipermanence,  la  vieillesse,  la  maladie  1rs  envahissent  ;  sans 
qu'elles  s'en  aperçoivent,  elles  enfantent  des  passions. 

I.  klHdilHnmle  (=^j(irâ^  r^  vieillesse  w.  Le  thème  est  Lisai; 
"Isaiific  est  un  sullixc  (pii  sert  à  former  des  abstraits; 
cf.  infra  35  10.  /jy  ^/  ■?  :  i/oloivcrclsdiiiiiiic  ^=  (hiurudiulln/ti 
w puanteur  55;  h  :  l<niin((r(sainHÙe=gurulrti  «loin'dcur'*. 
sriiLnlyi'ic^  (^=  inrlijiili )  f<  mort  55.  Mot  formé  au  moyen  du 
sullixc  d'abstrait  "liji'ir;  cf.  suj.ra  Mm.  ti  5  :  pâlnhiûe.  Le 
mot  est  écrit  srâlcalne  35  1  0.^1  '1  n  1 ,  et  si-tilùiliie  A  linb  : 
Llsdilsdiiiic  tel>i  snihnh'ir  et  vir'illesse,  maladie,  nuirt^n 
spa  (=frf).    Coptdalive  enclitKjue. 


hà2  MAI-JUIN    1911. 

meJyem*  {mard-).   L'original  sanscrit  est  incertain.  Le  tibé-  | 

tain  et  ie  Fa-kiu-p'i-yu  suggèrent  mm-dilah  «  foulé  aux  i 

pieds  55:  mais  ie  Fa-tsi-yao-song  indique  mardnti 
«foule  aux  pieds 55.  De  fait  la  finale  semble  exclure  le 
verbal;  °em  est  une  des  désinences  de  la  troisième  per- 
sonne   du   pluriel.    Cf.    infra    35 10.    li'j   h   :    yanetn 

=  samj)rityâ\ii\u.  La  racine  serait  K/mehf  «foider  aux 
pieds  iT. 

Le  vers  ht},  est  mutilé;  le  premier  pâda  manque.  Il  corres- 
pond au  vers  ki  de  l'Udânavarga  que  Rockhill  rend  ainsi  : 

Give  yourselves  up  ihen  to  ihe  unceasingjoyof  nietlilalion(sainâ(:lhi): 
see  the  end  of  birlli  and  âge  in  the  birlh  of  diligence;  oveicome  llie 
hosts  of  Mara  and  the  Bhixus  shall  pass  beyond  birth  and  death. 

Le  Fa-kiu-p'i-yu-king  porte  : 

Sachant  cela ,  il  peut  se  calmer,  et  ainsi  il  voit  les  naissances  s'épui- 
ser. Le  Bhiksu  subjugue  farmée  de  Mâra,  sort  des  transmigrations  el 
atteint  l'autre  rive. 

Et  le  Fa-tsi-yao-song  offre  une  tout  autre  version  des  deux 
premiers  pâdas  : 

Quand  on  a  les  cheveux  rasés,  quand  ou  est  devenu  bhiksu,  il  faut 
pratiquer  l'arrêt  (çamatha)  et  la  contemplation  (vipaçyanâ);  Mâra  ne 
peut  plus  vous  surprendre;  on  franrhil  les  naissances  et  l'on  arrive  à 
l'autre  bord. 

Le  pâli  possède  la  stance  correspondante,  mais  il  ne  l'a  pas 
recueillie  dans  le  Dliammapada;  elle  paraît  dans  l'Itivuttaka, 

lasinâ  sudd  jluliiaraln  miimliitâ 
âtâpino  jdlildinijantarldssino 
màravi  saficnam  nhliihhuyi/n  hliiLkltaro 
bhavctlia  jdlimarunassa  'pârai'û. 


DOCUMENTS  TOKHARIENS  DE  LA  MISSION  PELLIOT.         443 

L'Itivrttaka  sanscrit  contenait  aussi  cette  slance;  on  la 
retrouve  dans  la  traduction  chinoise  de  ce  recueil  par  Hiuun- 
tsang,  le  Pen-che,  éd.  Tôk.,  XIII,  6,  p.  Syi,  col.  18,  où  elle 
est  insérée  dans  une  suite  do  vers. 

2.  tusâlîSd  (=  tasmât)  ^  donc  v.  Le  mot  s'analyse  en  tu-{-sa-{-ha. 
tu  est  un  des  thèmes  du  pronom  démonstratif,  cf.  supra 
Bm.  fi  5  ;  Vi  est  l'affixe  de  l'instrumental;  cf.  infra 
35  10.  lii  h  6  :  nvfnitsatmii  yoksntma  sa  =  annapânaih 
ç^avec  des  ahments  et  des  boissons  5\  L'élément /.'s^'  est 
une  particule  qui  se  joint  auv  pronoms  pour  leur  donner 
une  valeur  indéfinie;  cf.  infra  35io.  ^17  6  i  :  misa  = 
kdçcit  «quelque 7^. 

.SY'A*  (^=.sodn)  (t constamment».  Le  mot  reparaît  dans  le 
colophon  du  chapitre  infra  b  2  :  ma  seLnilnpsse=  anityn , 
où  l'euphonie  intérieure  a  substitué  le  /*•  au  k  implosif 
final  de  sek. 

ouiprilskoi'nw*  {=(lhj(lna\  Le  mot  est  dérivé  de  palslo 
(écrit  -Auss,!  pdhko)  =^ manas  rr esprit».  SS.  indiquent 
d'après  une  glose  des  manuscrits  de  Berlin  le  sens  de 
vijnâna  ;  mais  c'est  là  un  sens  spécialisé.  La  triade  hli/n- 
vâl'-manas  est  rendue  par  hektscn  reki  palsLo,  par 
exemple  D.  Aq.  i^b  h  :  oni  est  un  prélixe  qui  reparaît 
dans  oiii-sap  =  abhi  tt  supérieuremiMit  »  infra  a  h  ,  l't  aussi 
dans  oinposdhnni  ^^paçcôl  «  ensuite  ^i.  Le  suHixe  "mlr  sert 
comme  "lue  °lym  à  former  des  abstraits. 

no.  Sudixe  du  locatif. 

mrui  yàmom*  i^=r(itnhy  Le  traducteur  a  paraphrasé  le 
verbal  y7//«//  «se  plaisant  à»  par  l'expression  :  -faisant 
[leur]  plaisir  à»,  w'iwi ,  substantif  ==  «plaisir»,  iplmosit 

est  le  nominatif  pluriel  masculin  du  parlicipr  de  V  ,'/"'" 
«faire»;  thème  yâinn  «faisant»  ou  «fait».  Le  mot  sui- 
vant présente  la  même  désinence  :  Lakniupiistiiu.  L'accu- 


'4l\lx  MAI-JUIN    1911. 

salif  singulier  a  déjà  p  iru  lîm.  (t  6  :  rillo.^ ,  et,  peul-ètrc 
avec  une  finale  einpliatujue,  ihid.  h.  h  :  tsalposo.  Le  nomi- 
natif pluriel  non  masculin  paraîtra  infra  SBio./cyi  i  : 
ijfmmwa  =  krtâm. 

3.  IdLnnipd.^ain*  (^=  santûhitâlj)  c. recueillis  w.  Nominatif  pluriel 
mascuhn  (cf.  supra  yâmosaj  avec  une  nasalisation  finale 
(lu  participe  passé  à  redoublement  (cf.  supra  Bm.  n3  : 
papâlau^  de  sjkraup  fs^vénmYr).  Lemoivargn  «  chapitre  5i 
est  traduit  infra  h  -2  par  Iraupe. 

ctsar  (=  (ly  Particule  dont  le  sens  précis  reste  encore  à 
élablir. 

biliccci*  (=  tnpiiiah).  Nominatif  pluriel  en  "cci-  (cf. 
/kjG.  dQ  (I  i  :  Inieriliiecci  no  mnsLeiilr;  lih'2  h  i  :  nhnUicn 
IreltawKi  niem  skloLacci  p; étant  embarrassés»  dans  Hl. 
i/ig.  béa)  d'un  mot  dérivé  de  \J  lidll  «être  chaud  îi; 
cf.  infra  35  i  o.  A  y  h  (\  :  billotui  =  mna  «  chaud  w. 

anellc'  (=jâti)  «rnaissancei^.  Forme  secondaire  tirée  du 
thème  cinel  (SS.  917). 

lilsiiilsmuie.  Voir  supra  1 . 

he.  Affixe  du  génitif. 

/|.     (ll,c'  {=(nUa\  «finw.  Cf.  D.Aq.   i3  (i  h  : po  ijolauieUn  /.s  âlc 

"la  fin  de  tous  les  péchés ?5. 
Iblsseiicfmn*  {=  ânrçinah^  «voyant 71.  Nominatif  pluriel  du 

participe  présent  de  v/^/.-  ////.'  «voirai.  Cf.  supra  Wm.a  1  : 

(isseilcai ,  accusatif  singulier  masculin,  cf.  infra  3,5  10. 

M)  h  1    :  Lauscùca  =  "gluiain,   accusatif  singidier  non 

masculin. 
nuiidiji    (=  mârdijt).    Transcription    du    nom  sanscrit  du 

démon.  Il  convient  d'observer  que  la  longue  du  sanscrit 

n'a  pas  été  représentée  dans  la  transcription. 
çJc  (=  V^j.  (;f.  supra  lîni.  Ml. 
vetLe  {=  sdiuya)  c  armée  75.   f^a  Iccluie  de  la  seconde  syl- 


DOCUMENTS  TOKFlAIÎlKNS  DE  LA  MISSION  PELLIOT.         hàô 

Ia])e  est  douteuse  ;  le  trait  au  pied  de  la  hampe  du  k 
remonte  et  se  recourbe. 

omsnp*  (^=abhi)  ^  supérieurement  35.  Pour  le  premier  élé- 
ment, cf.  supra  a  a  :  ompalshoîinc,  et,  pour  le  sens,  H. 
i/iQ.5/>  1  :  omsap  yâmiv  "m"  pnsseiica  «^si  on  fait  plus 
[que  la  mesure  permise]  il  y  ^  faute  ?5. 

laUlkarmem  (^=''bhûya)  frayant  été  w.  Absokitif  parfait,  avec 
redoublement,  de  K/tâk  et  être»;  cf.  infra  A  /i  :  tâhodh^ 
sjtâk  est  le  verbe  le  plus  usité  pour  exprimer  l'exis- 
tence; la  langue  dispose  concurremment  de  plusieurs 
autres  verbes,  par  exemple  sjnes,  supra  Bm.  ^  9 ,  et 
voir  mdskedhar,  infra  35  1  0./17  b  1.  L'absolutif  en  ''vmem 
a  déjà  été  signalé  par  8S.  y^G  n.  2. 

^amàni  (=  bln'Lsavah).  .\  ocatif  pluriel.  Le  singulier  est 
mmâne.  L'emploi  de  celte  désignation  en  tokbarien  pour 
les  moines  bouddhiques  donne  une  valeur  saisissante 
au  témoignage  d'Alexandre  Polyhistor  (cité  par  Cyrille, 
Contra  Jidian.,  IV;  c'est  à  Lassen,  Ind.-.ilt.-,  1092  ,  n.  1 , 
que  revient  le  mérite  d'avoir  recueilli  ce  passage  qui 
avait  échappé  à  l'éditeur  K.  Mûller)  :  xa)  éx  BaxTpwf 
Tuv  Hspa-ixciov  '^ix[xavouoi  xct)  -crapà  Ylépcrais  ol  Mdyoi  xai 
zscipoL  \vSoU  01  Tv(xvoac(^i(Tloit.  On  avait  cru  pouvoir 
tirer  de  ce  passage  des  conclusions  sur  le  développe- 
ment du  bouddhisme  indien  vers  le  milieu  du  i*'"  siècle 
avant  l'ère  chrétienne.  On  avait  établi  un  contraste 
entre  les  "Eapixaves  de  Mégasthène,  qui  représentent  le 
sanscrit  rmmr/mf  et  les  Sa/wavaro*  d'Alexandre  Polyhistor 
011  l'on  reconnaissait  le  pâli  sumann.  Il  en  va  tout  au- 
trement, et  ce  texte,  lu  à  la  lumière  des  documents 
nouveaux,  dégage  à  son  tour  d(^  nouvelles  clartés. 
Alexandre  Polyhistor  distingue  formellement  lîactres 
et    rindc;   pour  les  sag(>s  de   Tlnde,  il  garde  la  dési- 

XVII.  L>y 

IMrniurnir    Mti.t^Mi. 


446  MAI-JUIN    1911. 

gnation  consacrée  de  ccGymnosophisles»;  il  réserve  au 
domaine  bactrien  le  terme  de  çç  Samanéens  •>).  Sous 
cette  forme,  nous  retrouvons  maintenant  le  tokharicn 
saiiume.  Le  local  du  tokharien  se  précise  par  ce  trait. 
Le  sogdien  a  emprunté  à  son  voisin  la  même  dénomi- 
nation, qu'il  transcrit  à  la  manière  sémitique  èmn  (lire 
sanuiny  L'est-iranien  (turkestani  ou  nord-aryen)  a  un 
mot  tout  différent  :  âsiri. 

h 

1.  tâLoijccx  (^==  bhavela)  c^vous  pourrez  êtrew.  Deuxième  per- 
sonne du  pluriel  de  l'optatif  de  ytfik  «être 75;  voir  su- 
pra a  h  :  iatâharmem.  L'optatif  en  "oy"  se  trouve  fréquem- 
ment dans  nos  textes;  je  ne  citerai  ici  qu'un  exemple  : 
35io./i3/'3  :  pehnknesse  câhharse  ivaJke  siamoyâ  ^  que  la 
connaissance  (?)  de  la  loi  dure  longtemps!  55. 

anelle  (=jâtiy  Voir  supra  «  3. 

srûkoUe  i^=  mnrana).  Voir  supra  «  1  :  srûkalyfie. 

ise.  Aflixe  du  génitif. 

lotnc"  (^  =  pâra"^  «l'autre  bord??,  ne  est  l'allixe  du  locatif. 
Le  mot  qui  correspond  h pâni  est  donc  tôt  (^todh). 

ynîicmu*  {='g(lh')  «  allé  55.  Nominatif  pluriel  masculin  du  par- 
ticipe ynn  de  \/ ynu  «  aller  w;  cf.  infra  SBio./i'y  A  i  : 
y(i>icni  =  s(iinprni//lti.  Pour  la  désinence,  cf.  supra  n  'i 
Ihâsseiicnna. 


m 


âsckafiùc.sse  {  =  (imty(f)  <;ule  l'impermanence^''.  Le  mot 
s'analyse  en  quatre  éléments  :  la  négation  mû  (^a"); 
l'adjectif  ^eh  «constant,  perpétuel 55,  auquel  s'ajoute, 
pour  former  un  substantif  abstrait,  le  sullixe  ''(uine 
(développement  du  suffixe  "m  de  même  sens);  enfin  le 
sullixe  "me  qui  sert  à  tirer  du  substantif  un  adjectif 


DOCUMENTS  TOKHARIENS  DE  LA  MISSION  PELLIOT.         hàl 

dérivé;  cf.  supra  6  i  ,  s.  v.  tàhoycer,  l'adjectif  j^e/a/Arwme 
dérivé  de  pelaihne  =  dharma. 


kraupe  (=  varga)  <x  chapitre  v.  Substantif  dérivé  de  Kfkrnup; 
cf.  supra  a  ?>  :  knkraupnsam. 

Le  premier  vers  du  Kâmavarga,  qui  vient  ensuite  et  qui 
termine  le  feuillet,  n'a  pas  de  correspondant  dans  le  Dham- 
mapada  pâli.  Deux  des  pâdas  manquent  en  sanscrit;  pour  re- 
trouver les  équivalents  de  la  version  tokharienne.  nous 
pouvons  du  moins  nous  aider  de  la  version  tibétaine  et  des 
versions  chinoises.  Pour  le  tibétain,  je  reproduis  la  version  de 
M.  RockhiU  : 

AH  indécision  produces  désire;  it  is  called  the  root  of  désire;  sup[)rcss 
indécision  and  (désire)  will  ai'ise  in  thee  no  more. 

Je  n'ai  pas  à  insister  ici  sur  l'inexactitude  du  mot  «indéci- 
sions que  M.  RockhiU  a  adopté  pour  rendre  kun  rtog  l'équiva- 
lent régulier  en  tibétain  du  sanscrit  snmkalpa  «  combinaison  de 
l'esprit».  LeTchou-yao  king  (éd.  Tôk.,  XXIV,  5,  p.  ^9^)  et  le 
Fa-tsi-yao-song  qui  le  copie  littéralement,  traduisent  ainsi  : 

Amour,  je  connais  ta  racine;  l'esprit  en  pensant  à  loi  le  produit;  je 
ne  pense  plus  à  toi,  et  alors  tu  n'existes  plus. 

J'ai  retrouvé  sur  un  menu  fragment  le  troisième  pâda,  ([ui 
correspond  très  exactement  à  la  version  chinoise  :  ndnil.dlpâl 
lidniK  jâi/nsc.  Les  diverses  traductions  permettent  de  restituer 
par  hypotbèse  le  dernier  pâda  :  ttilo  me  lui  hluirisi/asi. 

La  stance  entière  figure  dans  le  Sutra  en  /i!i  articles,  ([ue 
les  d(uix  premiers  missionnaires  du  bouddliisuie  nidicn,  ka- 
cyapa  Malafiga  etTchou  Ka-lan,  apportèrent,  dit-on,  m  (ibine 
et  traduisirent  en  (J5  ap.  J.-C.  Kilo  y  est  rapportée  (l\j.  ()78; 
éd.  Tôk.,  XXI\  ,  5,  tid,  col.  I  A]  commo  une  stance  duc  au 
Bouddha   kacyapa,  le  prédécesseur  (bi  Bouddha  (iakyamiuii. 

•21). 


MiH  MAI-JUIN    1911. 

Les  éditeurs  de  Tôkyô  l'ont,  par  mégarde,  imprimée  comme  de 
la  prose  au  cours  du  récit.  De  quelque  côté  que  provienne 
l'emprunt,  il  est  intéressant  de  constater  que  ,1a  traduction  de 
la  stance  est  littéralement  identique  à  celle  du  Tchou-yao  et  du 
Fa-lsi-yao-song;  c'est  là  une  donnée  qui  ne  sera  point  à  dédai- 
gner pour  la  critique  du  fameux  Sùtra  (cf.  H.  Maspkro  dans 
Le  songe  et  l'ambassade  de  f  Empereur  Muig,  B.  E.  F.  E.-O. ,  1910, 

P-97 


yçehnc  (=  hâma\  r^imourw.  Vocatif  singulier.  Le  mot  re- 
paraît au  môme  cas,  infra  3,  sous  la  ïorme  y çel ma ^  et 
infra  /i,  devant  i'afïîxe  de  l'ablatif  "mem,  sous  la  forme 
yçelmen-. 

IJuihemar  {^=  jânâmi)  r je  connais??.  Première  personne  du 
singulier  du  présent,  indirpiée  par  la  désinence  "/«ar; 
cf.  35  io.kk  ak  '.  yamimar  ç^je  fais??.  La  racine  verbale 
est  probablement  la  même  qui  paraît  dans  hh^ÇÛ]^,  su- 
pra Bm.  h  6. 

laji(i  (=/^)  «de  toi??.  Génitif  du  pronom  de  la  deuxième 
personne  du  singulier  ou  plutôt  adjectif  possessif;  cf. 
iâ'i  en  dialecte  A,  SS.  92/1,  et  d'autre  part  le  possessif 
de  la  troisième  personne  du  singulier  son//'  ^^isonw  [.s«/ 
dans  A.SS.  'lhid.^^ ,  et  d'autre  part  cf.  vi ,  infra  h. 

witsahai  (mfdam^  k  racine  57.  Accusatif  singulier  du  mot 
wilsaLo,  voir  supra  Bm.  A  /i. 

3.  'pah!;(dyiîe  1^=  samhalpa^  w imagination  1).  Mot  abstrait  tiré 
au  moyen  du  suffixe  "lyne  (^\o\v pàlalync  supra  Bm.  ^/  5) 
du  substantif  yM/s/.o  «  esprit  w. 

meni.  Allixe  de  l'ablatif. 

yçelma  (=  hfnna).   Cf.  supra  h  2. 

dlia(mas(jhar  {=jâyase)  «tu  naisr.  Deuxième  personne  du 
singulier  du    présent    du   verbe  dlialin.  (jui  est    sans 


DOCUMENTS  TOKHARIENS  DR  LA  MISSION  PELLIOT.         /i^9 

doute  une  forme  à  redoublement  de  \Jcm;  cf.   cmelle, 
supra  a  3. 

tnnietn  (^=^  tas  mât ,  tatah^  r<:donc,  ensuite??.  Ablatif  du  dé- 
monstratif tu;  cf.  infra  35  lo.  h^  h  i  :  tuttse=laf. 

ni*  (=/Me).  Possessif  de  la  première  personne  du  sin<ju- 
lier. 

mû  {=nay   Négation. 

tâhndh*  (=  bliavinyasi)  «tu  es,  lu  seras??.  Deuxième  per- 
sonne du  sin^julicr  de  \Jtâ1i,  supra  a  h.  Pour  la  dési- 
nence, cf.  la  forme  dhatmasdhar,  supra  b  3. 


REMARQUES  LINGUISTIQUES, 

.     PAR 

M.  A.  MEILLET. 


L'interprétation  qu'on  vient  de  lire  est  indépendante  de 
toute  bypothèse  sur  l'étymologie  et  fournit  par  suite  au  lin- 
guiste une  base  aussi  sûre  qu'il  est  possible  en  l'état  où  se 
trouve  actuellement  le  déchiffrement'^*.  Il  n'a  pas  semblé 
inutile  d'y  joindre  quelques  remarques  linguistiques  destinées 
à  faire  entrevoir  les  origines  de  la  langue,  mais  qui  n'ajoute- 
ront rien  ni  à  l'exactitude  ni  à  la  précision  ni  à  la  sûreté  d'une 
interprétation  à  laquelle  il  convient  de  maintenir  son  caractère 
tout  objectif. 

Le  moment  n'est  pas  venu  de  faire  la  théorie  linguistique 

'•'  Le  lokliaricn  étant  ccril  on  nu  ai|)Iialpot  indien,  il  est  nalniol  di;  conserver 
la  transcription  en  nsa<[e  pour  le  sanskrit.  C'est  ce  qui  a  été  fail  ci-dessus  par 
M.  S.  Lévi,  et  qui  sera  fait  ici.  Le  c,  par  exenqde,  a  donc  la  >aleur  qu'il  a  en 
sanskrit. 


450  MAI-JUIN    1911. 

du  tokharien;  trop  peu  de  textes  sont  encore  interprétés  et 
publiés.  Du  reste,  la  théorie  ne  pourra  être  fondée  que  sur 
la  comparaison  des  deux  dialectes;  or,  on  ne  connaît  encore  du 
dialecte  A  que  ce  qui  se  trouve  dqns  l'article  plein  de  choses, 
mais  très  court,  de  MM.  Sieg  et  Siegling. 

Même  quand  on  disposera  d'un  nombre  appréciable  de 
textes  solidement  interprétés  dans  les  deux  dialectes,  la  diffi- 
culté demeurera  très  grande  pour  le  linguiste.  A  en  juger  par 
ce  qu'on  sait  dès  maintenant,  le  tokharien  est,  de  toutes  les 
langues  indo-européennes,  celle  où  il  s'est  produit  le  plus  de 
confusions  de  consonnes  et  où  par  suite  une  consonne  donnée 
admet  les  origines  les  plus  multiples ,  où  elle  est  le  plus 
ambiguë  étymologiquement.  Les  quatre  espèces  d'occlusives  de 
l'indo-européen  :  sourdes,  sourdes  aspirées,  sonores,  sonores 
aspirées,  sont  réduites  à  une  seule  série  :  p^,  t,  k.  Les  deux 
sortes  d'occlusives  gutturales  :  les  prépalatales  et  les  vélaires , 
se  laisseront  peut-être  distinguer  en  certains  cas,  mais  appa- 
raissent à  première  vue  presque  entièrement  confondues.  La 
palatale  c  n'est  qu'une  forme  prise  par  la  dentale  t,  sans  doute 
devant  les  voyelles  prépalatales  et  devant  y,  mais  sans  qu'il 
soit  aisé  de  déterminer  en  chaque  cas  les  conditions  du  phéno- 
mène. Sans  doute,  la  langue  distingue  deux  séries  d'occlusives  : 
p,  t,  k  eij),  dli  (qu'il  conviendrait  d'écrire  /,  car  c'est  aussi  la 
notation  d'une  sourde,  parallèle  à  p  et  k)  et  h;  mais  cette  dis- 
tinction paraît  reposer  sur  des  faits  de  prononciation  résultant 
du  développement  interne  de  la  langue  et  n'a  pas  de  valeur 
étymologique  actuellement  appréciable.  L'origine  des  con- 
sonnes tokhariennes  présente  donc  un  degré  d'indétermination 
qui  dépasse  de  beaucoup  tout  ce  que  l'on  observe  même  dans 
les  langues  indo-européennes  où  l'indétermination  est  le  plus 
grande. 

Le  vocalisme  est  toujours  plus  difficile  à  poser  que  le  con- 
sonanlisme ,   surtout   dans    une   langue    dont   l'évolution    est 


REMARQUES   LINGUISTIQUES.  451 

aussi  avancée  que  celle  du  tokharicn.  Les  alternances  vocnliques 
de  l'indo-européen  sont  cause  que  le  point  de  départ  même 
est  souvent  incerlain  :  si  l'on  a  affaire  à  des  voyelles  radicales 
distinctes  dans  des  formes  aussi  évidemment  apparentées  que 
latin  pedcm,  grec  -nro^a  (=  arménien  otti)  et  gotique  folu,  on 
voit  combien  il  est  malaisé  de  déterminer,  dans  un  cas  donné, 
de  quelle  voyelle  indo-européenne  on  doit  partir.  Et  l'on  sait 
d'autre  part  combien  les  voyelles  sont  sujettes  à  évoluer  :  il  y 
a  loin  par  exemple  de  lat.  /^'  à  fr.  toi.  En  fait,  les  voyelles  indo- 
européennes  semblent  avoir  beaucoup  changé  leur  timbre  en 
lokharien  B. 

Ve,  sans  doute  fortement  yodisé,  est  devenu  en  général  "^n , 
d'où  «,  à  peu  près  comme  dans  les  parlers  orientaux  du  litua- 
nien, ou  comme  'e  tend  à  devenir  io ,  o  en  certaines  conditions 
dans  les  dialectes  slaves.  Mais  il  y  a  aussi  des  c  représentant 
sans  doute  d'anciens  e,  sans  qu'on  voie  encore  la  raison  de  la 
différence. 

L'o  passe  à  e  le  plus  souvent,  par  un  intermédiaire  diliicile 
à  préciser  :  comme  l'ont  déjà  indiqué  MM.  Sieg  et  Siegling, 
B  nem  «nom??  répond  à  A  nom;  cf.  gr.  ovofxa,  got.  nanio;  le  m 
montre  (jue  l'o  de  A  ne  repose  pas  sur  un  o  indo-européen 
simplement  conservé,  mais  sur  un  -a,  sans  doute  altéré  de  "'o; 
on  entrevoit  ici  une  évolution  complexe.  Or,  on  sait  que  s  a 
passé  à  .s  aussi  devant  r  représentant  sans  doute  i.-e,  o  ; 
A  senea  <^ils  sontr,  cité  par  MM.  Sieg  et  Siegling,  répond  pro- 
bablement à  lat.  suni ,  v.  si.  sntû  ;  le  suffixe  de  participe  présent 
^■senca,  cité  ci-dessus,  a  évidemment  la  même  finale  que 
j;r.  -ovT-,  got.  -and-,  lit.  -ont-,  v.  si.  -ni-,  etc.  Le  groupe  du 
mut  «unn  B  :V^'('«)-  r<.'pose  sur  *som-;  c'est  à  ce  groupe  (|uc  se 
rattache  évidemment  le  mot  ;seÂ;  «constamment»  cité  ci-dessus. 
—  Le  timbre  o  ne  parait  s'être  maintenu  dans  le  dialecte  B  qu'en 
(les  circonstances  spfV.iales,  ainsi,  sans  doute  par  dilli'rencia- 
lion,  devant  /  ou  y.  dans  les  optatifs  en  -o//-  comme  trihoi/rrr. 


hb2  MAI-JUIN   1911. 

cf.  gr.  -01-,  got.  -m-,  V.  si.  -è-.  Mais  ces  circonstances  sont 
pour  la  plupart  encore  indéterminables. 

En  empruntant  son  alphabet  à  l'Inde,  le  tokharien  a  main- 
tenu la  distinction  graphique  des- longues  et  des  brèves.  Mais 
il  suffit  de  voir  les  transcriptions  tokhariennes  des  mots  san- 
skrits pour  se  rendre  compte  que  les  notations  ne  répondent 
sans  doute  pas  à  des  différences  de  quantité;  car  les  longues  et 
les  brèves  du  tokharien  ne  répondent  pas  aux  longues  et  aux 
brèves  des  mots  sanskrits  transcrits;  la  ïorme  maram  qu'on  a 
vue  dans  le  fragment  Pelliot  FM  8  n,  h  en  est  un  exemple 
entre  beaucoup  d'autres.  Comme  le  montrent  du  reste  immé- 
diatement les  rapprochements  déjà  faits  dans  la  publication  de 
MM.  Sieg  et  Siegling,  il  n'y  a  pas  de  rapport  entre  les  longues 
et  les  brèves  de  l'indo-européen  et  les  notations  de  longues  et 
de  brèves  des  mots  tokhariens. 

Enfin  l'un  des  principaux  mo\ens  de  preuve  dont  on  dis- 
pose en  matière  d'étymologie  indo-européenne,  à  savoir  l'ob- 
servation de  concordances  grammaticales,  ne  s'applique  guère 
au  tokharien  où  les  formes  sont  gravement  altérées  et  renouve- 
lées en  grande  partie.  On  en  est  réduit  à  peu  près  entièrement 
à  rapprocher  des  éléments  radicaux,  et  non  des  mots  entiers. 
Les  concordances  possibles  se  limitent  donc,  pour  chaque  mot, 
à  un  tout  petit  nombre  de  phonèmes  dont  l'origine  est,  on  l'a 
vu,  extrêmement  ambiguë. 

Dans  ces  conditions,  il  convient  de  ne  rien  athrmer,  et  c'est 
seulement  à  titre  d'hypothèses  provisoires  que  les  explications 
données  ci-dessous  sont  proposées.  Malgré  ces  difficultés,  on 
verra  qu'il  ne  manque  pas  de  rapprochements  évidents,  qin 
peuvent  dès  maintenant  servir  de  fondements  à  une  phonétique 
comparée  du  tokharien. 

On  aurait  une  base  plus  solide  si  l'on  pouvait  déterminer  à 
(|uel  groupe  de  dialectes  indo-européens  appartient  le  tokharien. 
Mais  on  n'a  pas  encore  le  moyen  de  le  faire. 


REMARQUES  LINGUISTIQUES.  453 

Le  simple  fait  que  les  prépalutales  indo-européennes  sont 
représentées  par  /.■,  comme  dans  le  type  de  lat.  cenlum ,  et  non 
par  des  silïïantes,  comme  dans  le  type  de  skr.  çatdm,  ne  suffit 
pas  à  faire  classer  le  toivharien  parmi  les  dialectes  occidentaux  : 
jjrec,  italo-celti([ue  et  germanique.  Car  le  stade  de  la  pronon- 
ciation sifflante  où  sont  parvenues,  pour  ces  consonnes,  les 
langues  orientales  :  indo-iranien,  slave,  baltique,  albanais  et 
arménien,  ne  représente  pas  l'état  de  la  période  commune 
de  ces  dialectes;  les  formes  skr.  y.  arménien  c  par  exemple 
montrent  assez  que  la  langue  était  tout  au  plus  parvenue  au 
stade  de  la  prononciation  rai-occlusive,  et  le  plus  probable  est 
que  l'état  commun  des  parlers  orientaux  était  sans  doute  la 
prononciation  prépalatale  un  peu  mouillée  :  //,  g,  etc.;  une 
régression  de  //  vers  k  était  donc  possible.  —  Pour  établir 
que,  en  ce  qui  concerne  les  gutturales,  le  tokharien  appartient 
au  groupe  occidental,  il  faudrait  d'ailleurs  y  montrer  les  traces 
de  l'élément  labio-vélaire  de  la  série  de  lat.  quid ,  et  c'est  ce 
qui  ne  s'est  pas  rencontré  d'une  manière  sûre  dans  les  textes 
publiés  jusqu'ici.  L'interrogalif  Av/s^  ri^quiw  est  écrit  en  un  seul 
groupe  dans  les  textes  en  dialecte  B  (on  en  trouve  un  bel 
exemple  à  la  première  ligne  du  verso  du  fragment  édité  par 
M.  Mironov,  hrrslija  de  Saint-Pétersbourg,  i  ()0(),  p.  ."îGa)  et, 
suivant  une  indication  de  M.  S.  Lévi,  compte  en  vers  pour 
une  syllabe;  mais  le  dialecte  A  a  hu;  il  est  provisoirement 
impossible  de  faire  état  de  cet  u  qui,  en  A,  est  une  voyelle 
isolée  et  dont  la  chute  en  B  n'a  rien  que  de  normal.  Dans  un 
fragment  médical  qui  sera  prochainement  édité,  M.  S.  Lévi  a  lu 
Livnrm  traduisant  skr.  giilmn-  ctenllure»;  mais  si  le  mot  est 
indo-européen,  on  pourra  tout  au  plus  rapprocher  l'élément 
l,iv-  de  gr.  [3ovSoôv,  skr.  ffarluL  et  le  ir  représentera  un  u  dis- 
tinct de  l'élément  labio-vélaire  de  la  gutturale;  l'exemple  n'est 
pas  probant.  I^n  revanche,  la  racine  i.-e.  *h"'rl-  k  tourner» 
semble  lij'in'cr  dans  le  liap-nitMit  Pclliot  édili'  ci-di-ssus  sous  la 


454  MAI-JUIN    1911. 

forme  hiklau  (voir  p.  A 60).  —  Le  seul  fait  acquis,  tout  négatif, 
est  que  le  tokharien  constitue  un  groupe  indépendant  de  tous 
les  groupes  dialectaux  indo-européens  connus  jusque-là,  indé- 
pendant en  particulier  de  l'indo-iranien.  —  On  a  rapproché  la 
finale  -r,  qui  figure  fréquemment  à  la  fin  des  formes  verbales 
tokhariennes,  de  IV  du  passif  italo-celtique  et  du  déponent 
latin  et  irlandais;  mais  on  en  peut  rapprocher,  avec  autant  et 
plus  de  vraisemblance,  fr  qui  figure  dans  les  deuxième  et  troi- 
sième personnes  du  singulier  de  farménien  :  mi  herer  «ne 
porte  pas  55,  herer  «tu  as  porté  55,  herêr  «il  portait  r.  Et  l'on 
aura  occasion  de  signaler,  dans  un  article  ultérieur  à  l'occasion 
d'autres  textes,  une  formation  dont  l'arménien  seul  fournit 
jusqu'ici  l'équivalent.  Les  participes  en  -/-  qui  ont  joué  un 
grand  rôle  en  tokharien  ne  trouvent  d'analogues  exacts  qu'en 
slave  et  surtout  en  arménien,  au  moins  en  tant  que  participes. 
—  La  négation  mû  n'a  de  correspondant,  on  le  sait,  que  dans 
indo-iran.  ma,  gr.  yi-n,  arm.  mi  et  ne  se  trouve  dans  aucune 
autre  langue  indo-européenne;  l'emploi  général  de  cette  néga- 
tion, qui  n'était  jusqu'ici  connue  que  comme  la  négation  pro- 
hibitive, est  sans  aucun  analogue.  • —  Le  participe  sason/ii 
«  ayant  semé  v ,  que  cite  M.  Schrader  (  Die  Indogermanen ,  p.  160) 
d'après  une  indication  de  MM.  Sieg  et  Siegling,  paraît  montrer 
que  l'idée  de  «  semer  w  n'était  pas  exprimée  en  tokharien  par 
la  racine  "sô-  comme  en  slave,  en  baltique,  en  germanique  et 
italo-celtique;  le  tokharien  concorderait,  à  cet  égard,  avec  le 
grec,  l'arménien  et  l'indo-iranien. 

On  se  bornera  donc  ici  à  quelques  rapprochements  dont 
plusieurs  sont  incertains  et  à  quelques  remarques  provisoires. 
Les  formes  grammaticales,  qui  doivent  faire  l'objet  d'un  article 
spécial,  ne  seront  pas  examinées  systématiquement  cette  fois. 
On  se  bornera  à  l'étymologie  et  aux  observations  phonétiques 
qu'elle  appelle.  On  n'a  cité  que  quehjues  formes  caractéris- 
tiques des  mots  indo-oui'opérMis  rapproch('s;  il   sera  aisé   de 


i 


REMARQUES   LINGUISTIQUES.  455 

compléter  les  rapprochements  à  l'aide  des  dictionnaires  étymo- 
logiques du  sanskrit,  du  grec,  du  latin,  du  germanique,  du 
slave,  etc.  —  On  ne  s'est  nullement  proposé  d'expliquer  tous 
les  mots.  Etant  donné  l'état  d'indétermination  où  est  actuelle- 
ment la  phonétique  comparée  du  tokharien ,  il  aurait  été  facile 
de  proposer  des  étymologies  pour  des  mots  qui  ne  sont  pas 
expliqués  ci-dessous;  on  a  cru  devoir  s'en  tenir  aux  rapproche- 
ments les  plus  naturels,  et  peut-être  quelques  personnes  pru- 
dentes trouveront-elles  déjà  bien  incertaines* beaucoup  des 
explications  proposées.  On  n'a  fait  usage  que  de  mots  indo- 
européens dont  l'antiquité  est  étabhe  par  ailleurs,  et  l'on  s'est 
complètement  abstenu  de  rapprocher  les  mots  tokha riens  de 
mots  attestés  jusqu'ici  dans  une  seule  langue  indo-européenne. 

I 

Bm,  a. 

I.  titiLsenlr  «ils  blâment n.  La  racine  nah-  f- détruire ^i  rap- 
pelle skr.  ndçyalt  ^A  périt 51,  lat.  neXj  noced,  etc.;  Va 
précédé  de  n,  et  non  de  n  comme  dans  nem  c^nom» 
représente  sans  doute  un  ancien  e.  —  L'élargissement  s 
a  une  valeur  désidéra tive  en  indo-européen  :  et  ceci 
exphque  assez  bien  le  sens  de  «  blâmer  w  de  nah-H-; 
mais  ce  sens  apparaît  aussi  sans  s  dans  anâhalle  «anin- 
ditah«.  —  On  notera  que,  après  /••,  la  sifflante  est  ici 
de  la  forme  s  et  non  pas  .s;  ceci  distingue  le  tokharien  de 
l'indo-iranien,  de  l'original  du  slave,  et  sans  doute  du 
balli(|ue  et  de  l'arménien  (où  diverses  traces  indiquent 
fjue,  à  une  époque  préhistorique,  */>s  avait   la  forme 

âinm^oncni.  Si  la  coiq)e  est  exacte,  on  pensera  pour  <is-  à 
skr.  aalc ,  gr.  i^crlai.  Vê  indo-européen  sérail  rendu 
par  II,  coninie  dans  la  ni'gation  ni/l  (abstraction  laile  de 


ZiôG  .    .         MAI-JUtN    1911. 

la   nuance  inconnue  cjuindiquc  la  (litférence   entre  n 

et  «). 

2.  nemm  «  il  est  ri.  Les  formes  qui  signifient  «  être  v  sont  multiples 

dans  le  dialecte  B;  dans  le  fragment  publié  ci-dessus 
Pelliot  FM  8  ,  on  a  tâkoijcer  wbhaveta^?;  talâhro-mem 
«ayant  été»  et  tâkndh  «tu  es».  Ceci  suggère  l'idée 
qu'on  aurait  affaire  à  des  verbes  exprimant  le  devenir, 
le  mouvement,  à  peu  près  comme  le  français  devmir  ou 
l'allemand  werden  ;  on  songerait  donc  à  rapprocher 
ne.wni  (et  tout  son  groupe)  de  skr.  ndsate  «il  revient 57, 
gr.  véofxai ,  etc. ,  et  tâliOjjccr  de  zd  tncaîti  «  il  court  55 ,  v.  si. 
teka,  lit.  iekù,  v.  irl.  tccliim.  Dès  lors  il  n'est  pas  exclu 
que  l'autre  forme  qui  sert  pour  «être»,  mashedhar  «il 
estw  (citée  ci-dessus  p.  4/15),  appartiendrait  à  la  racine 
de  gr.  yiévoi),  lat.  manêre;  la  nasale  serait  tombée  devant 
le  suftixe  verbal  -sk-  fréquent  en  tokharien  ;  l'idée  de 
«être»  aurait  été  exprimée  à  l'aide  des  notions  oppo- 
sées de  «aller»  et  de  «rester».  Ve  de  nesam  serait  un  e 
indo-européen  dont  les  conditions  d'apparition  restent 
à  déterminer. 
anàkdUe.  La  forme  de  la  négation  au  premier  terme  des 
composés  est  a-,  et  il  n'y  a  pas  lieu  d'attribuer  l'absence 
de  n  en  ce  cas  particulier  à  Xn  initiale  du  second  terme 
du  composé;  cf.  gr.  à-,  lat.  m-,  got.  un-\  cette  forme 
ne  concorde  pas  avec  le  traitement  de  la  nasale  voyelle 
dans  le  mot  kanle  «cent». 

3.  somokfdijmi  «ekânta-».  Le  premier  terme  somo-  «un»  du 

composé  est  de  la  famille  de  i.-e.  "sent-,  *somo-',  le 
maintien  de  0,  et  par  suite  de  s  qui  précède,  par  con- 
traste avec  se.  est  à  remarquer.  —  Le  second  terme 
-ktilymi  «fin»  peut,  sous  toutes  réserves,  être  rappro- 


REMAlinUES   LINGUISTIQUES.  457 

ché  de  V.  si.  glnva,  russe  golovd,  Ht.  gakà  [accus.gtiirtj), 
V.  pr.  gollû,  et  sans  doute  de  arm.  glux  «têtew.  Le  sens 
admis  ici  est  confirmé  par  le  mot  kahjmmm  «qui  est  à 
la  tête  dew  qu'a  relevé  M.  S.  Lévi.  Mais  le  vocalisme  n 
diverge  entièrement,  car  il  semble  supposer  soit  "-ê-, 
soit  *-"/-  (/  voyelle  devient  voyelle).  L7  mouillée  notée 
hj  reste  aussi  à  expliquer;  peut-être  supposc-t-elle  la 
chute  d'un  u,  comme  on  le  verra  ci-dessous,  p.  /iG3, 
et  ceci  appuierait  le  rapprochement  de  v.  si.  glava,  etc. 

ivadh  (c'esl-à-dire  mii;  car  dit  sert  assez  souvent  à  rendre 
le  t  sanskrit  dans  des  transcriptions)  «ou??.  Cf.  skr.  va, 
gr.  -Fs,  lat.  lie,  plus  une  particule,  qu'on  peut  rap- 
procher du  -t  de  lit.  he-t,  ne-t,  du  -ta  de  skr.  u-ld, 
V.  perse  ti-tâ ,  etc.;  on  pensera  particulièrement  à  lat. 
cm-t,  osq.  nu-ti,  ombr.  o-te.  Le  mot  ^et»  se  compose 
aussi  de  deux  éléments,  comme  on  le  verra  ci-dessous, 
p.  ''iGo.  Néanmoins  ces  mots  demeurent  enclitiques.  Du 
reste,  on  a  vu  ci-dessus  que  ivn(^  est  écrit  en  un  seul 
groupe;  la  voyelle  devrait  donc  être  très  réduite. 

papillau  rc  célébré  57.  Un  du  redoublement  peut  être  un  an- 
cien c,  normal  dans  le  redoublement  du  parfait;  mais 
surtout  la  voyelle  concorde  avec  la  voyelle  radicale;  il 
en  est  de  même  dans  wcwcnu,  où  la  voyelle  a  le 
timbre  c.  Ce  type  bien  connu  maintenant  (voir  S.  S., 
p.  926)  de  participes  passés  est  remarquable  :  il  semble 
que,  en  tokliarien  comme  en  slave  et  en  baltiquc,  il  ne 
soit  resté  du  parfait  que  le  participe. — La  racine  y;^/- peut 
être  rapprochée  de  v.  pr.  hillu  «parlera,  lit.  hylà  ^ pa- 
role ^j,  Ixdsds  «voix»,  et  sans  doute  de  skr.  hhminli  ^\\ 
parler  (^i\e*l>lirijnli .  représentant  *hliln<'-). 

f\.   l'iala'.   Les  mots  indo-européens   (pii    sigiu'fient   r mainte- 
nant u  commencent  par  */;-.  ainsi  gr.  yvv.  Mais  le  reste 


458  MAI-JUIN    1911. 

de  la  forme  n'a  pas  de  correspondant.  —  Plus  loin 
on  trouve  no,  qui  sert  de  particule  d'opposition,  et 
qu'on  ne  saurait  séparer  de  la  grande  famille  de  v.  si. 
nu  «mais 75,  lit.  net  ^^mais^i  (voir  Leskien,  /.  F.,  XIV, 
m  et  suiv.  ;  à  couper  ne-t)^  lat.  nem-pe;  il  n'y  a  pas  lieu 
de  chercher  ici  en  quelle  mesure  ces  mots  peuvent 
être  apparentés  au  groupe  de  skr.  nu  «maintenante, 
gr.  vvv. 
hnlpâstr.  La  racine  a  l'air  indo-européen;  mais  elle  est 
indéterminée.  Le  rapprochement  avec  lit.  gJébm  «j'em- 
brasse», lat.  glêba,  etc.  est  trop  lointain  pour  le  sens. 

5.  su,  cf.  skr.  sa,  gr.  )),  got.  so;  mais  ceci  ne  veut  pas  dire 
que  u  représente  directement  â  ici;  -u  est  la  finale  du 
féminin ,  ou  du  moins  une  finale  distincte  de  celle 
du  mascufin,  dans  weivenu,  comme  l'a  fait  remarquer 
M.  S.  Lévi. 

b 

1.  eau.  Le  dialecte  A  connaît  aussi  le  démonstratif  en  e-\  on 
peut  se  demander  si  le  c  ne  serait  pas  dû  aux  cas  où  le 
vocalisme  était  e,  cf.  got.  ]}is;  mais,  comme  il  y  a  deux 
systèmes,  l'un  en  /-,  l'autre  en  c-,  il  est  plus  vraisem- 
blable qu'il  s'agit  de  *itjo-,  cf.  skr.  iyd-;  le  slave  a  de 
même  un  dérivé  en  ^-yo-  dans  si,  gén.  sego,  et  le  litua- 
nien dans  (ils,  gén.  (M,  en  regard  de  arm.  .w-yn, 
so-r-in,  etc.  —  On  suppose  que  c  représente  une  an- 
cienne dentale;  peut-être  faudrait-il  aussi  considérer 
l'hypothèse  que  c  représenterait  en  certains  cas  *l;y  par 
exemple. 
nrcmtlr  ^\\  mérite».  Le  mot  ne  peut  être  le  correspondant 
tokharien  de  skr.  trrhnti .  puisque  la  racine  du  mot  a  /  en 
indo-européen,  gr.  i\(pdvsiv ,  lit.  ''('/''•  et  que  de  plus  le  e 


REMARQUES   LINGUISTIQUES.  A59 

serait  surprenant.  Mais  on  ne  voit  pas  comment  annnlr 
aurait  pu  être  emprunté  au  sanskrit,  comme  l'a  supposé 
M.  Mironov;  le  c  ne  saurait  s'expliquer  en  partant  de 
skr.  h.  Le  mot  s'explique  bien  en  revanche  comme  un 
mot  emprunté  à  l'iranien  :  zd  nrdja'ili  «il  vauti',  pers. 
<u'Z,arzân,  arz'tdan,  sogdien  'rz  (lire  «rz  ou  arz)  «valeur, 
mérite''' 55;  ce  mot  iranien  a  eu  un  rayonnement  au  de- 
hors et  a  été  emprunté  par  l'arménien  :  nrzmi.  «cjui 
vaut?5,  ai'zc  c^il  vaut 55.  On  ne  peut  décider  actuellement 
si  c'est  la  forme  *arjân  qui  aurait  été  empruntée,  et  dont 
on  aurait  tiré  directement  une  forme  verbale,  ou  si  -/ra- 
serait un  suffixe  verbal  du  tokliarien  comme  dans  le 
verbe  suivant. 

2.  iv(i(s)Lnntr  fdl  tremble,  il  est  ébranlé?:.  On  pensera  à  la 
racine  de  skr.  vdncati,  lat.  uacillâre ,  con-iiexus,  avec 
le  suffixe  -si,-,  fréquent  en  tokharien  B,  et  un  second 
suffixe  -an- [cf.  le  type  arménien  horamel  '^interrogera, 
avec  cette  même  accumulation  de  suffixes). 

/i.  hjiriduoiji  «celui  qui  sait ■'5.  Le  r  est  l'altération  d'une 
gutturale  comme  le  montre  la  première  personne 
hhtihemar  «je  connais::,  citée  p.  kàS.  L'opposition  de 
Ijhjikemnr  c^je  connais  n  et  de  hhncàhr  (c'est-à-dire  Ijhnrix) 
«il  connaît::  rappelle  le  traitement  r  de  /.devant  ^dans 
le  nom  de  nombre  B  çtiver-,  rlwar-  «(|uatre::,  cf.  skr. 
caimrah,  lit.  hctun,  etc.  La  consonne  r  a  donc  deux 
origines  connues  :  une  dentale  mouillée  par  1'^'  suivant 
dans  (Vf/.-  «dix::  et  une  gutturale  dans  les  exemples  cités 
ici.  —  On  est  tenté  de  supposer  que  le  signe  transcrit 
par  /.//  représenterait  puIIiumN*  -f-/^  et  de  partir  de  la 

c   Forme  ilonni'c  piir   des    miuuiscrils  im-dits  de  la   missidii  l'clliol;  com- 
Himiicntion  (1(>  M.  W.  (iiinlliiol. 


hm  MAI-JUIN    1911. 

racine  "^"«-j  *gnô-  de  lat.  (jj-JHdscô ;  mais  il  est  acliielle- 
ment  impossible  de  contrôler  cette  hypothèse  qu'il  sudit 
d'indiquer.  Ceci  est  d'autant  plus  incertain  que  le  seul 
moyen  qu'on  entrevoit  de  rapprocher  iveii-  ^  dire  w  de  la 
racine  \.-e.*ivek"'-  (lat.  uôœ,  skr.  «Wr/m,etc.),  c'est  de 
partir  de  *ivek"'-n-,  avec  un  suffixe  de  présent  généralisé. 
D'ailleurs  M.  S.  Lévi  considère  comme  incertaine  la 
Iranscription  par  kh  ,  et  l'existence  d'un  hh  entre  mal 
dans  le  système  phonétique  du  tokharien ,  tel  qu'il 
apparaît  maintenant. 

3.  iriisaLo  ca'acine?).  Tout  le  monde  pensera  à  got.  iraurts, 
lat.  rdàlx;  ïi  n'a  guère  de  chances  de  représenter  le 
traitement  normal  de*y(ou  de  *r);  mais  le  grec  a  aussi 
un  /  énigmatique  dans  [F)pi%a. 

5.  ;S/>^/.  sp  «et)\  Le  mot  c^et??  étant  çLaii)  en  A,  on  est  conduit 
à  couper  s-i)[n^.  Le^w  rappelle  l'élément  pa  (pi'on  a  dans 
la  particule  mpn ,  cité  p.  /iSy,  qui  exprime  l'union,  la 
combinaison.  On  peut  aussi  penser  à  la  particule  *pe  de 
lat.  qin'p-pe.  lit.  knî-p.  Le  ç  de  A  ç-k/ini  étant  identique 
à  celui  de  A  çhvar  «quatre»,  on  est  conduit  à  rappro- 
cher skr.  ca ,  gr.  t£,  lat.  que;  cf.  l'observation  sous 
Llidçnmom,  p.  /i5fj.  Mais  il  ne  suit  pas  de  là  que  le  fi 
de  s-pa  soit  une  altération  d'un  ancien  ç. 
hdhJfiii  «  nivrttah  71  :  cf.  la  racine  de  skr.  câr<iti,  cahrdh , 
gr.  xiiuXos,  v.  si.  kolo  «roue»,  etc.  Il  n'y  a  pas  trace 
de  la  prononciation  labio-vélaire  du  */."'  initial  de  cette 
racine;  or,  cf.  hom.  tséXoixai ,  •zsepiTrXéfxevoî,  'SepiTs'X'XS- 
(xsvos,  Cretois  Ts^o^ai  «je  serai  »,  etc.  qui  supposent  */."'- 
initial. 

G.   raiio  «mcmc?5  :  cf.  lit.  ir  «et,  aussi»  et  gr.  âp,  pa,  apa. 


REMARQUES   LINGUISTIQUES.  461 

II 

Pelliot  FM  8.  a 

l .  Idsdilsannc  ^  vieillesse  n.  L'élément  radical  ne  ressemble  pas  à 
ceux  qui  servent  dans  les  autres  langues  indo-euro jiécnnes 
à  désigner  la  vieillesse.  —  Le  suffixe ,  dont  l'élément  essen- 
tiel est  -ûe,  rappelle -?me  (aux  cas  obliques  -uncy-)  de  A 
(SS.,  p.  922).  On  ne  peut  s'empêcher  de  penser  au 
type  slave  hlngipiji  k  bonté  55,  dont  on  a  rapproché  lit. 
rirpûne  fxsomw.elv,  lat.  pecûnûi  (Sghulze,  Lai.  Eigen- 
namen,  p.  /jyo  n.;  Brugmanm,  Grundr.,  IL-,  1,  p.  9i5 
et  suiv.).  Ce  suffixe  -ne  (de  -une)  s'ajoute  souvent  à 
d'autres  suffixes,  notamment  à  /,  ainsi  dans  le  mot 
suivant  srûhalyne. 

srfil.ahjne  (aussi  srtdalne)  c^  mort 75;  le  nom  indo-européen 
n'est  pas  employé;  il  a  élé  j^ans  doute  remplacé  par  un 
euphémisme;  on  songe  naturellement  à  rapprocher  skr. 
srârati  «il  coule 51,  gr.  pew;  le  /.•  serait  un  élargisse- 
ment. 

mrJijeni  ^[\  foule  aux  pieds w;  cf.  peut-être  arm.  mnJem 
«j'écrase  55,  got.  mnhna  «  sable  j',  got.  mnio  et  v.  si.  nioli 
«mitew,  et  tout  le  groupe  de  lat.  mohre. 

"2.  Insàksa  adonc  75.  Le  sens  indéfini  de  -hnd  rend  probable  que 
le  /.■  est  celui  de  l'indéfini  indo-ouro[)éen  en  */■:"■-;  toute- 
fois l'ambiguïté  du  /.•  tokiiarien  permet  de  penser  aussi 
à  un  mot  de  la  famille  de  lat.  -ce,  gr.  xe,  etc.  —  Le 
suffixe  -sn  d'instrumental  peut  être  une  ancienne  par- 
ticule de  la  forme  *sm.  *s"ni-,  cf.  gr.  ôîfxa,  etc. 

.srl{;  do  la  famille  de  *,seni-  ixunv,  connue  lat.  seniper:  cf. 
ci-dessus,  p.  /i5  1 . 

ompdlshotliic.  La  qualité  labiale  de  la  nasale  peut  être  due 

XVII.  '.^0 

Ivrnmritir    svrto^ttr. 


462  MAI-JUIN   1911. 

à  la  labiale  suivante;  cf.  omap;  et  l'on  est  tenté  de 
rapprocher  gr.  dvci,  éol.  ov,  skr.  dnu,  etc. 

wina  «  plaisir  w;  cf.  peut-être  gr.  Fh^ai  «je  désire?),  skr. 
véti  cul  recherclie,  il  poursuit 5\ 

yâmom.  La  racine  ynm-  ç^  faire  55  n'a  naturellement  pas  de 
correspondant  en  ce  sens  dans  les  autres  langues;  on 
sait  que  chacune  des  langues  indo-européennes  s'est 
créé  à  elle-même  indépendamment  le  moyen  d'expri- 
mer cette  notion  abstraite. 

3.  hakratipasnm.  Les  racines  qui  signifient  «prendrez  pré- 
sentent en  partie  une  gutturale  et  r,  souvent  avec  des 
élargissements,  ainsi  gr.  àysipoo  et  v.  si.  grûstï  —  skr. 
hdrati  et  gr.  )(^elp  —  skr.  grhhnati  et  v.  si.  grabiti  —  got. 
grcijmn  et  lit.  grcbiii.  La  racine  a  une  allure  indo-euro- 
péenne sans  présenter  de  correspondants  exacts. 

kallecci  «chauds»,  cf.  lat.  cnled,  lit.  filllns  «chaud».  Le  //;, 
qui  se  retrouve  dans  le  pluriel  kallomt  cité  ci-dessus, 
doit  représenter  /  -j-  un  sulïixe  commençant  par  den- 
tale :  /,  d.  n? 

anelle  «naissance»;  la  forme  dhatmdsdhar  (c'est-à-dire 
tnlmnstar'j  du  même  fragment  h  3  semble  indiquer  que 
le  c  représente  une  dentale  ancienne,  comme  d'ordi- 
naire, et  que  la  racine  est  tm-,  l'élément  -el-  de  cinel- 
(A  cmol-  SS.,  p.  917)  étant  suffixal;  pour  ce  -cl-, 
cf.  peut-être  yçclma ,  yçclme  «amour»,  dti  fragment 
Pelliot  édité  ci-dessus  dont  l'élément  radical  ^c-  demeure 
obscur.  Le  tokharien  est,  avec  le  ballique,  le  slave  et 
l'albanais,  l'une  des  rares  langues  indo-européennes 
011  la  racine  de  gr.  yévo$.  etc.,  ne  persiste  pas  pour 
exprimer  le  sens  de  «naître». 

f\.   aie  «fin»;  cf.  gr.  àx.)î ,  àxpos.  lat.  ilcer,  skr.  dçrtli,  etc. 
ILû,smiC(md  «voyant»;  la  racine  doit  avoir  perdu  un  11;  on 


REMARQUES   LINGUISTIQUES.  463 

sait  que  les  chutes  de  u  sont  fréquentes  dans  le  dia- 
lecte B;  cf.  gr.  Xsvacroj,  lette  lûkôt  «considérera,  v. 
pruss.  Imtlât  «chercher»,  skr.  lokale  «il  regarde 57,  lo- 
cayali  «il  examine 5\  La  variante  lyk-  est  intéressante, 
et  l'on  peut  s'en  autoriser  pour  établir  la  chute  d'un  u; 
car  on  a  de  même  dans  les  abstraits  -lyne  (et  -lue)  qui 
répond  à  -lune  du  dialecte  A;  on  est  conduit  à  se  de- 
mander si  Vu  du  tokharien  n'aurait  pas  eu  une  pronon- 
ciation analogue  à  celle  de  i'u  français;  car  ly  semble 
indiquer  une  prononciation  mouillée  de  /. 
omap  «supérieurement»;  le  sens  de  «dessus»  vient  sans 
doute  de  o/m-,  cf.  peut-être  gr.  àva,  voir  ci-dessus, 
p.  661  et  suiv. 


1 .  lolne  «à  l'autre  bord  ».  L'idée  de  «autre  »  s'exprime  souvent 
[)ar  le  démonstratif  de  l'objet  éloigné.  On  a  donc  sans 
doute  affaire  ici  à  un  dérivé  du  démonstratif /o-,  dont  on 
connaît  les  représentants  tokbaricns;  la  ressemblance 
—  problablement  fortuite  —  avec  russe  lot  «celui-là» 
est  curieuse.  —  Le  sufïixe  -ne  du  locatif  rappelle  le 
groupe  de  prépositions  indo-européennes  connues,  gr. 
sv,  etc.  C'est  -ain  qui  est  la  caractéristique  du  locatif, 
au  singulier  et  au  pluriel  en  A,  d'après  MM.  Sieg  et 
Siegling. 
ynûcafiti  «allé^\  Le  [)lus  naturel  est  de  ra])procli(M'  la  ra- 
cine de  skr.  éli,  etc.;  cf.  du  reste  ynins  «nous  allons»  en 
A,  chez  SS.,  p.  996;  mais  la  formation  (>st  obscure 
(on  pourrait  songer  à  un  siillixe  *-nc-  de  présent  com- 
parable à  celui  de  lit.  rinù  «je  vais»,  ou  de  arm.  dnnn 
«je  pose»,  et  à  une  généralisation  de  ce  sullixe:  cf. 
peut-être  le  cas  de  iven-  cilé  ci-dessus,  p.  'i(')o),  et  le 

3o. 


àU  MAI-JUIN    lui  I. 

groupe  yn-  pourrait  faire  penser  aussi  à  gr.  (2aivw,  lai. 
nenu).  Non  iiquet. 

h.  ni  «mon»;  cf.  ni  rtmonw  dans  A.,  cf.  SS.,p.  92^.  Aulant 
est  clair  le  pronom  de  deuxième  personne  dont  on  a  vu 
le  génitif /^?/M  à  la  ligne  2,  autant  est  mystérieuse  cette 
forme  ni;  la  comparaison  de  ni  rrmonw,  tni  «ton 77  et 
mi  «son 75  du  dialecte  A  semble  indiquer  que  ni  est  ic 
suffixe  et  que  par  suite  ni  «monw  représenterait  *mni. 
Les  adjectifs  possessifs  ne  sont  formés  au  moyen  d'un 
suffixe  comparable  qu'en  germanique,  ainsi  v.  h. -a. 
mm,  dln,  sln.  Le  génitif  taùii  présente  le  même  suffixe; 
le  cas  est  donc  tout  comparable  à  celui  des  génitifs  lat. 
meî,  lin,  suJ,  got.  nienia ,  ])cma,  sema,  etc.  La  forme  tni 
de  A  a  évidemment  perdu  un  u  entre  /  et  fï;  Va  du 
groupe  tmtï  n'a  pas  de  valeur  étymologique;  ce  ne  peut 
être  qu'une  brève  résonance  vocalique  développée  entre 
l  et  n. 
lâkiidli  r. lu  es,  tu  seras 5).  Une  désinence  en  -/  de  deuxième 
personne  du  singulier  peut  s'expliquer  soit  par  le  rap- 
prochement des  désinences  du  parfait  :  skr.  -tha,  gr.  -Ba, 
got.  -/,  ou  de  deuxième  personne  moyenne  :  skr.  -ihâh , 
V.  irl.  -the-r,  soit  par  raddition  du  pronom  enclitique  de 
deuxième  personne,  comme  dans  le  type  allemand  i^du^ 
bis-l. 


PROLEGOMENES 
À  L'ÉTUDE  DES   HISTORIENS  ARARES 

PAR  KHALÎL  IBN  AIBAK   AS-SAFADI, 

PUBLIÉS  ET  TRADUITS 
DVVPRÈS    LES    MANUSCRITS    DE    PARIS   ET   DE   VIE^^E, 

PAR   M.    EMILE   AMAR. 

(suite.) 


(')  P  a  en  plus  i.  —  C"'  'ol^. 


SECTION  TROISIKMK. 


Sur  1(1  manière  d'écrire  ht  date. 

Pour  dix  et  ies  nombres  inférieurs  à  dix^",  vous  direz 
LIkiI/iiviui  (tant  de  nuits  é tant  passées  de.  .  .),  car  le  nom  de  la 
chose  nombrée  est  un  pluriel^'-^,  et  le  pluriel  est  féminin.  Au- 
dessus  de  dl.r,  on  dit  hlxdnl  et  mndat  (tant  de  nuits  étant  passées 

'■'  Pas  Ions  los  iiDiiihiM's  c<'|i('n(laiit,  car  on  no  [«Mit  ('iii|)loy<'P  i^i^^,  «jui  osl 
un  ft'iuiiiiii  [iliirii'l,  ijuaml  il  s'a{jit  (Vune  ou  de  tieii.v  nuits  sculcuiciil.  1,<'  |»lini<'I 
on  arabe  ne  counucncc  eu  cllft,  iju'à  partir  de  Iroix. 

(*'  JLJ  (rnuitsi  sous-entendues. 


/i66  MAI-JUIN    1911. 

iX-ij  ^x)l5'  ^î  l^/nib  v^^iJI  ^j_jXj   ^I   jUvs^^i)    »2l/iJ!  laib  jjb"  (jAJb 


[au  singulier  féminin]),  car  on  a  en  vue  un  spécificatif  au 
singulier^^'.  Après  vingt,  vous  direz  •  //<îV'"  'In  haqama  (neuf 
nuits  restant,  s'il  en  reste  neuf)^'-^',  et  thamân"'  'in  baqaina  (huit 
nuits  restant,  s'il  en  reste  huit)'^'  en  employant  une  expression 
dubitative,  étant  donné  que  le  mois  peut  être  incomplet  ou 
complet'^'. 

Abu  'Alî  al-Fàrisî-^'  — qu'Allah  lui  fasse  miséricorde!  — 
défend  qu'on  écrive  lihnial"'  hhahtl  (une  nuit  étant  passée),  de 

f)  »XJ  crnuit". 

<-^  Pour  exprimer  la  date  du  21. 

'^'  Pour  exprimer  la  date  du  22. 

('')  Les  musulmans  ayant  adopté  le  calendrier  lunaire,  leurs  mois  se  trouvent 
être  tantôt  de  29  jours,  laiilôt  de  3o. 

(5)  Abu  'Ali  a!-Hasan  L.  Ahmad  b.  'Abd  al-Gbaffàr  al-Fàrisî,  grammairien 
de  l'Ecole  de  Basra,  disciple  d'Ibn  as-Sarràdj.  Né  à  Fasà  en  288  (900),  il 
mourut  à  Baghdàdz.  Sur  sa  biograpbie  et  son  œuvre,  cf.  Brockelmann,  op.  cit., 
1,  11 3.  —  La  citation  dont  il  est  question  au  texte  est  extraite  de  son  Kitàb 
(tt-tadzhira  (cf.  Brockemmann,  op.  cit.,  1,  iii)  et  a  déjà  été  reproduite  par 
IlAnîni,  dans  sa  Duriat  al-ghawwàs  (cf.  Sacy,  Antholoirie  grammatical  p,  arabe, 
p.  p>i  et  90).  Voici  ce  passage,  où  l'opinion  d'Abù  'Aiî  al-Fàrisî  est  exposée 
plus  clairement  que  par  Safadi  :  y3Ja-U^^j*i.JI  J.^-»»«  y^^'i  ^j*  |*>j  J^^  U^V"^i 
^^  Le"!  jy^ji!  u*^  ^^  (J-^  t^^i  *-'7^  i  ^;'-*-'>  J-^  j-?'  »^  ^  J-c  *:>* 
i^C  U  i)i  J^ftx*-^  ^5;^  yl  ^i  aLJJI  JJ.:--  i  i)l  J4x*^<  JUb  yl  ^s*aj.  ^  S-ù^^ 

xi^c:^!^  *M-?  j'  *->*^j'  ..^.-a-Ji  Jjb  ^j5^.  aOn  dil,  en  parlant  du  premier  jour 
d lis,   mustaluill  ai-ialir  (l'apparition  do  la  nouvelle  lune  du  mois),  mais 


PllOLKGOMKNKS   \  L'RTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       467 

'Il  fa 

j.>JLLU  *LjJI^  J-a^aW  ^j_^Ji     Jjc^'  ^J\     ;Uic'  tjv^^î^  j^-'S^^^ 


même  qu'il  interdit  d'écrire,  dès  le  lendemain  matin  de  cette 
nuit,  (il-mustahaH  (à  l'apparition  de  la  nouvelle  lune),  car 
l'apparition  de  la  nouvelle  lune  est  déjà  passée,  et,  dans  ce 
cas,  il  indique  qu'on  doit  dater  en  se  servant  des  expressions 
aivival  as-sahr  (le  premier  du  mois)  ou  bien  lilai/lut"'  lilialat  min 
(une  nuit  étant  passée  de.  .  .). 

Al-Harirî^'  a  dit  dans  sa  Durrat  nl-ghaivwâ-s'^'  (la  Perle  du 
plongeur)  :  «Les  Arabes  emploient  de  préférence  le  nàn  (c'est- 
à-dire  le  pluriel  féminin^  quand  le  nombre  est  petit,  et  le  ta 
(c'est-à-dire  le  féminin  singulier j  quand  le  nombre  est  grand. 
Ainsi,  ils  disent  :  li'arba'"  Lhahnvna  (quatre  nuits  étant  passées 
lavec  le  verbe  au  féminin  pluriel]),  et  li'arbrni  asnila  hiilnl"" 


c'est  une  faute  d'après  ce  que  dit  Abu  'Ali  ai-Fàrisî  dans  sa  Tudzkint.  La  raison 
qu'il  en  donne  c'est  que  la  nouvelle  lune  ne  s'aperçoit  que  pendant  la  nuit,  et 
j);ir  conséquent  le  mot  iiiustalutll  ne  jieut  être  utilenicnt  employë  qu'en  parlant 
de  cotte  nuit,  et  l'on  ne  pont  s'en  servir  que  pour  dater  ce  qu'on  écrit  cette 
nuit  même.  Abu  '\li  ne  permet  pas  de  dater  ce  qu'on  écrit  cette  nuit-là  en  di- 
sant :  une  nuit  {de  tel  moù)  élanl  passée,  parce  que  la  nuit  n'est  pas  encore  passée; 
de  même  (|u'il  défend  de  dater  ce  qu'on  écrit  le  liMideniain  malin  de  ci'llenuit, 
par  les  mots  muslalndl  ak-sahr  (à  l'apparition  do  la  nouvelle  lune  ilii  mois^ 
parce  qu'alors  le  temps  où  l'on  aperçoit  la  nouvelle  lune  est  déjà  passé.  Il  indi(|m' 
donc  qu'on  doit  dater  aussi  [ce  qu'on  écrit  ce  jonr-là]  :  /c  pif  min-  du  imiix. 
ou  :  ou  ciiiiiDinnceiiieiU  du  mois,  ou  eniin  :  uni'  niiil  du  imns  lilant  /ki.s-.vc'c». 

'•'   (ir.  BnockKi.MANN,  I,  •:<■". 

*^'  (]etle  citation  se  trouve  dans  Svcv,  Anlluduij^ù'  jjruui.,  p.  'i(i. 


/i68 


MAI-JUIN    1911. 


JlaXxJ!    ^^Â  y^r*^3    ^^b    *W       J"^^' 


>^  u'  -^^^ 


^  _-«—♦..*» 


Uil 


5     ï 


v,>J^!^  *^-^'  i»L;.-J!  jj^w  ^A,*-«c>3  (jJ^A.aJ  i^y^\*i  j^^^L)  -^^j^ill 
oLJyi  J->JUU!  ^A  ,^Àx^  lyiil  ^ri:^.!  î^^lx^î  JJJk^^  l^yJ3 

W   P^j^l.  —  (')    Çora;*,  IX,  36. 


/.7/r//rff  (quatorze  nuits  étont  passées'"  \^anc  le  rerhe  nu  snignlwr 
féminhiYj. 

«Les  Arabes,  dit-il,  emploient  aussi  de  préférence  le  pronom 
aflixe  [féminin  singulier]  qui  se  compose  d'un  lui  et  d'un 
('lif  (\j>)  pour  le  pluriel  de  grande  pluralité,  et  le  pronom 
alïixe   [féminin  pluriel],  qui  se  compose  d'un  lia  et  d'un  iinii 

redoublé  ((Çj^K  pour  le  pluriel  de  petite  pliu'alité.  C'est  ainsi 

r,  que  le  Ooran'-^  dit  :  ç^Le  nombre  des  mois  aux  yeux  d'Aliali, 
«tel  qu'il  est  déterminé  dans  le  Livre  d'Allàb,  au  jour  où  il 
«créa  les  cieux  et  la  terre,  est  de  douze  mois,  parmi  lesquels 
«il  y  en  a  quatre  qui  sont  sacrés.  C'est  la  vraie  religion  :  ne  vous 
«faites  pas  de  tort  à  vous-mêmes  pendant  ces  [quatre]  mois,  ii 
Le  pronom  qui  se  rapporte  aux  [quatre]  mois  sacrés  est  [au 
pluriel]  avec  lui  et  nihi  f"^),  à  raison  de  leur  |)etit  nombre, 
tandis  que  le  pronom  qui  se  rapporte  à  [tous]  les  mois  de 
l'année  est  [au  singulier  féminin]  avec  hà  et  élif  (1jî>),  à  cause 
de  leur  grand  nombre. 

<")   Dans  ce  passafjo,  los  mois  c>-U.  ot  yp^i-  ont  été  traduits  à  tort  |»af  Sary 
(lue.  cit.),  par  :  ri'slaitl ,   alors  (|iic  cela    si<;nilie  au  coiUraire  :   s'élitiil  i-couli-rs. 
(•-:   u,  3G. 


PROLÉGOMKNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       469 

»;>-**'  «i^    '  si^iXx^  I^IjI  iiî  ^Uîî  IxZéJi  ^  I^U^  ày^JI  »;^*"  i  >^^ 

W    Çoj-rtn,  II,  7Û.  —  C")    Oorrt/i,  m,  28.  —  «   S  XJy*J. 


«C'est  ainsi  également  que  les  Arabes  préfèrent  employer  la 
terminaison  du  féminin  pluriel  [^\)  pour  les  adjectifs  se  rap- 
portant à  un  pluriel  de  paucité,  et,  en  conséquence,  ils  disent: 
«Je  restai  des  jours  comptés  [avec  la  terminaison  du  féminin 
K  pluriel ,  ci^S ,  pour  dire  quelques  jours  \ .  v  Par  application  de  celte 
règle,  on  trouve  dans  la  siindr  intitulée  la  Vnchc^^'  :  «Ils  ont 
«  dit  :  Le  feu  ne  nous  touchera  que  pendant  des  jours  comptés  w 
[avec  la  terminaison  du  féminin  singulier],  tandis  que  dans  la 
la  sùrale  inliluléc  in  Famille  de  'Imràn,  on  lit  :  ^  .  .  .  que  pen- 
«dant  des  jours  comptés  w  ;avec  la  terminaison  du  pluriel  fé- 
minin]. 11  semble  pur  là  cpie  [ceux  dont  il  s'agit]  ont  admis 
d'abord  [qu'ils  demeureraient  au  feu]  pendant  un  temps  long, 
et  qu'ensuite,  revenant  -  là-dessus,  ils  aient  abrégé  ce  laps  de 
temps.  Il 

Il  faut  dire,  [pour  dater  un  écrit]  du  premier  du  mois  : 
lilnilfU'"  Llialal  (une  nuit  [de  tel  mois]  étant  passée),  ou 
llgliurndi.  .  .  (à  la  nouvelle  lune  de.  .  .),  ou  limuslalialh .  .  . 
(à  l'ajjparilion  de  la  nouvelle  lune  de.  .  .). 

Lorsque  vous  êtes  sur  que  c'est  la  fin  du  mois,  vous  direz 


(')   Qor((ii ,  II ,  7'i. 

'^'    Saoy,  AiitholojiH' ,  |i.  pv,  a  ;nlti|(li'  la  Icrtm   :  lj_x-a>lj:'. 


A70  MAI-JUIM    101  1. 

Jo  c^-A-ï   c:>^_A_w  L»._g„jlj  c:*ii.>!   IjyJUw'   ^^^  ^ï?  ^J   CS*^^^  Uv'  Jkiillj 

Aj-Si   v-^c  (^V  «^  U      U^-5   ^-''^'-'  j4^^'  (J.^^  u'    J'""*^*»'-*^    '>*^-=*^ 


f-  i 

msilâhha  ou  salkha  (à  la  fin  de.  .  .)  ou'âkhirn  (au  dernier  jour 
de...). 

La  manière  la  plus  élégante  d'indiquer  la  date  consisle, 
d'après  Ibn  'Usfûr'^',  à  dater  au  moyen  de  la  période  la  plus 
courte,  qu'elle  soit  déjà  passée  ou  à  courir;  e1 ,  lorsqu'il  y  a 
égalité  de  part  et  d'autre,  vous  avez  le  choix  entre  l'une  et 
l'autre.  Pas  tout  à  fait,  ajouterai-je,  car  si  l'on  est  au  quinze 
du  mois,  on  doit  dire  muntnsif  (au  milieu  de.  .  .)  ou  Lhànus 
"asar  (le  quinze.  .  .  ).  C'est  plus  exact,  car  il  se  peut  que  le 
mois  soit  incomplet.  Mais  si  l'on  est  au  quatorze  ou  au  seize, 
vous  indiquerez  simplement  ces  dates 

Observation  utile.  —  J'ai  vu  de  bons  auteurs  qui  écrivent, 
pour  certains  mois,  nu  mois  de.  .  . ',  tandis  que  pour  d'autres 
mois  ils  omettent  ces  mots.  J'ai  cherclié  quel  était  le  motif  par- 
ticulier de  cet  usage,  et  j'ai  Irouvé  que  ces  auteurs  n'emploient 
le  mot  mhr  (au  mois  de.  .  .)  que  s'il  s'agit  d'un  mois  dont  le 

'''  AI)!!  'l-llusiia   Ali  1).  MiTuilii,  dlL  lltii    lîsfùr,  ijramiiuiiricii  and.nlou,  iikmI 
on  66G  (  1270).  Cf.  IIadji-Kiivi.fv,  II,  d:'!.");  h,  :58;  V,  ^119;  VI,  81  cl  pnioiiw. 


PROLÉGOMÈNES  \  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       471 

IjLi   SiLnJî    ei5v-^^  ^jxJJlI!  ^^  ^^-4^  ioÇ^ljS'sJ^awl^  ^5!^  UTj'^J 


(■")  V  s  j.;y^.  —  C)  V  ^^.  —  M  P  l^yi, 


nom  commence  par  la  lettre  râ,  tels  les  deux  mois  de  fiabf 
(f  et  if  )  et  les  mois  de  Radjah  et  de  Ramndân^^K  Je  ne  vois  pas 
quelle  en  est  la  raison,  ni  le  motif  de  cette  corrélation.  En 
effet,  il  eût  été  plus  convenable  de  supprimer  le  mot  sahr 
(mois)  dans  toutes  ces  locutions,  car  il  y  a  rencontre  de  deux 
râ;  or  les  grammairiens  évitent  ces  rencontres  et  écrivent 
Dàirud (^Da\\à^ ,  nàwus  (cercueil)  et  tâwus  (paon) ,  avec  un  seul 
ivâw,  parce  qu'ils  n'aiment  pas  la  rencontre  de  deux  lettres 
scmblahles^^l 

L'usage  s'est  établi  de  dire  pour  le  mois  de  Muhairaui  :  nu 
mois  de  Dieu  [mulunTnmy,  pour  le  mois  de  Radjab  :  (tu  mois  de 
Ihitljfd)  l'iitiique,  ou  le  sourd,  ou  le  très  pluvieux  ;  pour  le  mois  de 


'''  Je  lioii\('  dans  les  jtIoscs  (iL^La.)  tl' \I-Klii(li'i  (sic,  Lu/)!»,  Siipi)!  ,  p.  8-j 
s.  V.),  sur  io  Commentaire  dTbn  'Aqîl  à  VAijiyijn  dTbn  Miilik  (éil.  arabi'  de 
Rouh'iq,  i."5oi3  H.),  doiixi^mo  partio  p.  i/ia,  que  d'après  le  grammairien  li)n 
ilisi'im  (ci.  BnocKKI,MA^N,  op.  cit..  Il,  p.  98)  le  mot  -^  ne  |)eiit  acconipajjner 
que  les  noms  de  Ramadan  etdes  deux  /{«/n,  tandis  que  Soyùti  rapporte,  d'après 
Sîhavvailii.  (|ii'il  est  permis  d'accoler  le  mot  j^  aux  noms  de  lous  les  mois. 

*■'  Getle  ii'niar(pie.  ainsi  (pie  les  exenq)les  cités,  sont  em|irnnli's  à  lludiu, 
Durrai  uI-^Ikiwivi'is  ,  ajHiil  Su:v,  Anlli.  frrani.,  p.  11  de  lu  paille  iiralie  et  117 
du  la  Iradiiclion. 


/i7-2  MAI-JUIN    191  I. 

li^  A-ià.x-Ll  ^lAà^r  (jUi/oj  j,^  r»>Xii  ^JLA~x•w  (jUx^  ^^  c^-^-o^i  3!  AA£>i)i 
j*j^  i^  ^^i  (jj/>t'j^     >^^^'  'N^  J|y-  J^'  Ij^I^^^  tiJ^Uli  J|>*«  J'J^ 

/v_xJ»  >{{.«^Ji    !_5>StX)   m'    U>^^^  "^  piyjiwli  («^^j-^J    SjMviLs.^  j^Lsij.*<jb' 
x-AÔ^^   Oi-^-J       Xwkàl^-i^   ij^'*?   li   45^    *^^^  iùjMtJi   vSi  ^j./»   vXi  iJ 

C)  ^^Ui .  —  e*^  V.  Les  liiiit  mots  précédents  manquent.  —  '•"'>  P.  Dans  ce 
manuscrit  les  cinq  mots  précédents  sont  rejetés,  sans  raison,  deux  lignes  plus 
])as. 


Sa'bân  :  Sahân  le  très  honoré;  pour  le  mois  de  R;ima(jàn  .  Rama- 
dan le  très  respecté;  pour  ie  mois  de  Sawwâl  :  Sawwàllo  béni. 

On  indique  la  date  du  premier  Saivwâl  par  les  mots  'îd  aJ-fiir 
(la  fête  de  la  rupture  du  jeûne);  celle  du  hiih  Dzà  'l-lndjdja 
par  :  i/awm  al-tarwiya  [\e  jour  de  l'abreuvement);  celle  du 
neuf  de  ce  même  mois  par  :  tjaivm  "Arafa  (le  jour  de  [la  station  au 
mont]  'Arafay,  le  dix  de  ce  mois  par  :  ^id  an-nalir  (ie  jour  [de  la 
fête]  des  immolations];  celle  du  neufmuharram  par  :  ijawm 
tàsna  (le  jour  de  tâsua)\  celle  du  dix  de  ce  mois  par  :  ynwm 
Wèùra  (le  jour  de  Uimra),  sans  avoir  besoin  [dans  tous  ces 
cas]  de  mentionner  le  mois;  mais  il  est  indispensable  d'indi- 
(pier  l'année"'. 

On  trouve  parfois,  dans  certains  passages  [d'auteurs]  les 
mots  :  naifijif  eX  biif,  comme  lorsqu'on  dit  :  naijijif  nuéisrln 
(vingt  et  au  delà).  Ce  mot  iiayifijdoïi  avoir  le  tasdid  (le  signe  du 

(''  Tout  le  paragraphe  suivant  est  emprunté  à  la  Doiirva  de  HAniiti.  \oir 
S.  DK  Sacy,  Aiilhologic  gr(i)jtiiiat.  arabe,  p.  i>v^  ot  traduction  p.  io3.  Mais, 
selon  riiabitude  des  auteurs  arabes,  Safadi  se  garde  bien  d'indicjuer  sa  source. 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARARES.  473 
x-A-Xfi  o^l  îii  pt^viJî  J^  cibl  (j^  ^^Jùi^JO  làiDi  !»Xi>^  ^sL  dU  jo 
Jj—'j  <^_;__«^  L^wjcXg  Oj-îJL5  *jLU;  ylS'j^o^-.ijtli  Jt^  :>iv  U  l^lSol 


redoublement)  sur  le  yâ.  Celui  qui  prononcerait  naif  -Asac  un 
_y(^/  quiescent  commettrait  une  faute  de  langage.  Ce  mot  est 
dérivé  du  verbe  anàfa  qui  signifie  dominer  quelque  chose.  On 
dirait^"  que  le  nombre,  étant  supérieur  à  vingt,  est  considéré 
comme  dominant  la  vingtaine.  De  là  vient  qu'un  poète  a  dit  : 

Je  me  suis  établi  sur  une  colline  dont  le  sommet  domine  [naifyij) 
toutes  les  autres  collines.  [Mètre  moînqdrib.  ] 

On  n'est  pas  d'accord  sur  la  quotité  exprimée  par  le  mot 
nujpjif.  R C'est,  dit  Abu  Zaid*^',  l'intervalle  qui  est  entre  deux 
dizaines  ?5;  selon  d'autres'-^^,  c'est  seulement  depuis  un  jusqu'à 
iroxH.  (^ette  dernière  opinion  esl  peut-être  la  plus  rapprochée 
de  la  vérité. 

Ouant  au  mot  but,  comme  dans  cette  locution  :  dix  cl 
quelques  (bid')  années,  il  est  le  plus   souvent   employé  pour 

C'   Il  l'uLit  ajuuliT  ici  les  mots  xilCi.  Cf.  Sacï,  loc.  cil. 

'-'  Abu  Zaid  Sa'îd  b.  Ans  al-Ansàrî,  rélèbro  jibilolu^jui'  di-  Basra ,  f  •.!  i /| 
(899)  ou  9i5  (83o).  Sur  sa  liiographic  cl  ses  ouvrajjos,  voir  les  sources  indi- 
quées |)ar  RuooKHi.MANN ,  i>p.  cit.,  1,  10^1.  On  Ironve  nns>.i  une  notice  sur  cet 
auteur  dans  b;  nis.  n°  aoOA  du  fonds  arabe  de  la  Ribliolliè(|ue  nationale, 
fol.  i3i. 

'■^'  Cette  opinion  est  celle  des  granuuairiens  de  Bosra  et  de  Kùla.  (il.  Tddj 
al- a  ni  s,  sous  1/  oU  . 


hl!i  MAI-JUIN    1911. 

JLaô  p(^^!  <ii  J^iJÎ  J^iiS  î^jyî  ->^^  JoixJl  oïaoj  y^i  U  ^iû  ^  J^^ 


(") 


V  s  »^l.  —  C")   V  *Vyi.  —  W    Qoran,  xxx,  2.  —  C''   S  Ijjj^.. 


exprimer  un  nombre  depuis  trois  jusqu'à  dix.  Selon  d'autres, 
il  s'applitpierail  seulement  à  un  nombre  inférieur  à  la  moitié 
d'une  dizaine.  On  appuie  la  première  opinion  sur  un  Ijfiditli 
du  Prophète,  relatif  à  la  manière  d'expliquer  ces  paroles 
d'Allah —  qu'il  soit  exalté!  :  et  Quant  à  eux,  après  avoir  été 
vaincus,  ils  vaincront  à  leur  tour  dans  quelques  (è«/)  années"'.» 
Voici  le  fait.  Les  Musulmans  désiraient  que  les  Grecs  triom- 
phassent des  Perses,  parce  que  les  Grecs  étaient  sectateurs  d'un 
livre  [révélé];  les  Polythéistes,  au  contraire,  inclinaient  vers 
les  Perses,  parce  que  ceux-ci  étaient  idolâtres.  Lors  donc  que 
Dieu  annonça  aux  Musulmans  la  bonne  nouvelle  du  triomphe 
des  Grecs  dans  l'espace  de  quelques  aimées,  cette  nouvelle  causa 
une  grande  joie  aux  Musulmans;  et  Abu  Bakr  s'étant  empressé 
d'aller  trouver  les  Ouraisites  polvthéistes,  leur  fit  part  de  la  ré- 
vélation (|ue  les  Musulmans  avaient  reçue  à   ce  sujet.    Alors 

O    Qoran,  x\\,  a;  il.  un  j);iss;i{ji'  iniporUuit  de  lÎMiilui,  (miii..  Il,  loa. 


y 

PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTLDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       Mb 

Il  ^  *       i~ 

"       ,  "  w         'il': 

V-  s  '' 

LjL_;kX_Aii-j    jUJl   J-:i-!^î   ^LbAjl   Juï  (j^jl-lb  j^^  Ji  '^Vii    -jiiili  /vaJCJUw 
(«)  p  y^lii,  _  C)   p.  Manque.  —  ('^   P  i^r'  •  —  <''^   P  *i<Ji  • 


Llbavy  ibn  Klialaf'^^  lui  dit  :  c^ Veux-tu  parier  avec  moi?r  Abu 
Bakr  engagea  avec  lui  un  pari  de  cinq  chamelles,  en  lui  fixant 
un  délai  de  trois  ans  [pour  l'accomplissement  de  la  révélation]. 
Après  quoi,  il  vint  trouver  le  Propliète  et  lui  demanda  quelle 
était  la  quotité  exprimée  |)ar  le  mot  hi(f.  «C'est  de  trois  à  dix  », 
lui  dit  le  Prophète.  Et  Abu  Bakr  lui  ayant  fait  part  de  son 
pari  avec  Ubayy  ibn  Khalaf,  le  Prophète  lui  dit  :  «Quel  motif 
vous  a  poussé  à  fixer  un  terme  si  court? —  C'est, répondit-il,  hi 
pleine  confiance  que  j'ai  en  Allah  et  en  sou  Apôtre.»  Alors  lo 
Prophète  lui  dit:  «Relournez  auprès  des  Quraisilos  et,  moyen- 
nanl  une  augmentation  de  l'enjeu,  oblenez  (W'xw  une  prolon- 
gation du  terme  fixé.»  Abu  Bakr  ajouta  deux  chaniolles  à 
l'enjeu,  et  obtint  des  Qurai.silcs  une  prolongation  de  deux  ans. 
Avant  l'expiration  (hi  deuxième  délai,  Allah  accorda  aux  Grecs 


'■'  Quraisitc  païen,  lue  par  Mahomet  liii-niènie  à  la  Itataillf  (l'Uliud 
(7  Sawwiil,  ann(''i'  III  de  riié;;ire  =  a;}  levrii'i- (Ja5).  \oii'  Misnil  itl-ntaxtilnli . 
I,  i3o;  Prince  di:  Tkano,  Aniuili  dcll'  Isliiin,  I,  p.  1)53,  n°  ÔGf).  LIni))  était  un 
lies  adversaires  les  plus  ;i(liarnés  de  Malioniet.  Voir  le  Commentaire  du  Qurau 
par  Rmilunî,  surate  viii,  vei sot  17:  (i.vissiN  dk  Pki\c,i;vai. ,  AWi,  III,    lotJ-ioy. 


476  MAI-JUIN    1911. 

J^_*M^      ^  j_s>.  ^jw-«  ci>U  «Xs  ^i  tj^^  ''^-*^  '*^'  is*^)  y-  Ù^      Vr'^X'ijJ 

*  '  frli 

>!  J^"i)i^  ^juw^jjiy»  Lcl  ,.5o  bl  ^li.  ^^i!  J^s^     ;l^Ji 


k_/ 

* 


<°)   P  ,j>JLJ.  —    ''    s  jr  ^'  —    '^   l*-  Les  i3   mots  précédents  manquent. 

—  (■')  S  jUiJ! . 


l;t  vicloire  sur  les  Perses,  confirmant  ninsi  l'évaluation  du  délai 
fi.xé  par  Abu  Bakr'i). 

Or  IJbayy  était  mort  des  suites  d'une  blessure  (jue  lui  avait 
faite  le  Prophète''^*;  Abu  Bakr  reçut  alors  le  montant  du  pari 
des  héritiers  d'Ubayy.  Le  Prophète  lui  dit  de  le  distribuer  en 
aumône,  bien  que  le  pari  eut  eu  lieu  avant  l'interdiction  des 
jeux  de  hasard.  Selon  d'aulres  auteurs,  celui  qui  avait  parié 
avec  Abu  Bakr  était  plutôt  Abu  Sufyân;  mais  la  première 
version  est  la  plus  exacte. 

SECTION  QUATRIÈME. 

\j^ellml(juc  est  du  nombre  des  choses  que  l'historien  est 
obligé  de  connaître.  En  conséquence,  je  dis  :  Le  nmah  (etlini(|uc 
ou  adjectif  relatif)  est  un  rapport  d'annexion,  car  il  consiste  à 
annexer  une  chose  à  un  nom  de  ville,  ou  de  bourg,  ou  de 

'''   Ici  s'arrèlo  la  cilalion  (]iio  Saladî  a  faite  de  Harirî.  \oir  Su;y,  .l;i//io/o^i'e 
(yrain.,  ]).  oa. 

<*'  A  la  bataille  d'L'huil.  Vuii'  Ihn  Ai.-Vniiii,  Clironicnn,  IL  ô/i. 


PROLÉGOMÈNES  À  L  ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       !xll 


métier,  ou  de  doclrine,  ou  de  croyance,  ou  de  science,  ou  de 
Iribu,  ou  d'un  ancêtre,  comme  dans  les  exemples  suivants  : 
umri  (Egyptien);  mizzi  (de  Mizza)''';  manàjam[\  (fabricant  de 
mangonneaux) -';  mjii  (adepte  de  la  doctrine  de  Sâfi'î);  mu- 
tazill  (qui  partage  la  doctrine  des  Mu'^tazilites);  nainvî  (gram- 
mairien); zuhri  (de  la  tribu  de  Zukra  h.  Kihib  h.  Murray^''; 
J,hnli(li  (qui  descend  de  Khalid).  Or  celte  signification  n'est  pas 
autre  chose  qu'un  rapport  d'annexion.  C'est  pour  cela  que  les 
anciens  grammairiens  intitulaient  cette  matière  t  chapitre  du 
rapport  d'annexion 55 (^'.  Je  ne  l'ai  nommé  mimh  que  parce 
qne  vous  le  connaissez  sous  ce  nom,  de  même  que  vous  recon- 
naissez un  individu  par  les  [noms]  de  ses  pères. 

On  n'a  ajouté  une  lettre  (le  y«)  à  l'ethnique  qu'à  cause  de  la 
signification  nouvelle  qui  lui  est  donnée,  par  application  ana- 
logique de  la  règle  suivie  en  matière  de  féminin,  de  duel  et  de 
pluriel'^*.  Si  vous  demandez  pourquoi  on  a  choisi  de  préférence 

''^   Bourg  près  de  Damas.  Cf.  Sovîti,  Lttbb  al-lubàb ,  éd.  VVkijkus,  p.  ►'l'I*. 

'-'  (lomp.  yiayya.viKvv.  S.  FmuNKKi, ,  Die  nraiiulischcii  Freiiidii'oiier  iin  ara- 
bischcn,  |).  /i3. 

'^'   Cf.    Sdvi'tî,  Liibli  al-litbilb  ôtl.  VVkijkus,  |i.  ir^ . 

•'''  il  en  est  ainsi  notanimcnt  cIic/.  Sir. n\  \iiii -,  cl.  l'odilion  H.  DKRKMioriKi , 
t.  11,  p.  (i'i. 

'■''  Dans  ces  trois  cas,  les  siifTixcs  »,  y!  ri  y^  iiulicpuMit  Tidôc  houncHc  (pii 
vioni  s'ajouter  au  masculin  sin[|ulier',  considéré  comme  la  forme  la  plus  ;iim[tle 
(lu  mol. 

XVII.  3i 


l^irnmrHtr    :iitio>  ti.R. 


478  MAI-JUIN    1911. 

iUiJiXJJ  !_5i^K^3  ÀjLoilJ  /j<  ^5^15  vj  |Àbî   tjAAJAjJi  (jiJ   oJj   c-.«-»«jJ! 


le  ijà,  à  l'exclusion  de  ses  deux  sœurs,  les  lettres  ivàiv  et  â'if, 
alors  que  toutes  les  trois  sont  des  lettres  de  prolongation  et 
des  consonnes  muettes  faibles,  je  réponds  :  w  C'est  parce  que 
l'cllinique,  comme  il  a  été  établi  précédemment,  consiste  dans 
l'annexion  d'une  chose  à  une  autre,  quant  au  sens.  Or,  l'in- 
fluence de  l'annexion  sur  le  deuxième  terme  se  traduit  par  le 
génitif;  et  la  voyelle  /resrfl  [i)  étant  de  la  même  nature  que  le 
]f(\ ,  il  est  devenu  plus  conforme  d'ajouter  [à  l'ethnique]  le  xjà , 
que  le  w&w  ou  XéUf.  Sachez-le.  it 

Si  vous  demandez  pourquoi  on  a  redoublé  le  yà  de  l'ethnique, 
je  réponds  :  «C'est  parce  que  le  sens  de  l'ethnique  a  plus  d'in- 
tensité que  le  sens  dérivant  du  rapport  d'annexion.  55  On  a  donc 
redoublé  la  lettre  yà  pour  indiquer  cette  nuance.  C'est  ainsi 
qu'on  dit:  mrmra  H-bâzî  (le  faucon  crie],  mais  sarni  'I-djunditb 
(la  djundub'**  crie).  «Mais,  direz-vous,  pourquoi  a-t-on donné 

"'  ?rCh(>z  le  viiljjaire,  sorte  d'oiseau  qui  saule  beaucoup,  qui  ressemble 
beaucoup  à  la  saulerelle,  et  ([u'on  appelle  aussi  bj4*  "  {Muhit.  aJ-intihû,  sous 
y  i-j,XJL:^).  D'après  Sibavvaihi,  le  y  est  étranger  au  radical  (iùi<L),  conimo 
dans  les  mots  *J.>ia;-c,  ~«iJLc,  ^j-o,  j..«  àt.  ,  parce  que  le  paradigme  J-ii» 
n'existe  pas.  Cf.  Tddj  al-'arùs,  y  i^y<^.l\  s'agit,  bien  entendu,  d'un  mot 
ayant  (juatrc  radicales  difTérentes,  car  l'on  connaît  des  mots  à  racine  bilitère 
de  la  forme  JJJti.  Exemple  :  .Xiâo^jû  la  huppe  (oiseau). 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       479 

ij-À-i!  ^'liLlJî   .<y.^«Jî    rrfwilî         <JI  OyLAwJ   li>l^   l.g^.À'^  /w«  îii    l^JLo    U 

(j^j-j  ^jjw»  !^t^  dLîi  Î_j-Ljtj  Lf I^  ^yi_5  *OJI^  (:r^'-5  (*^'      d^^^ 

W  V  ilby;.  —  C")  P.  Ce  mot  manque.  —  W  P  J^JUà.  —  (')  P  S  J^j. 
-(«)P^. 


la  voyelle  hesra  à  la  lettre  qui  précède  le  ijâ?  )i  Je  réponds  : 
«C'est  pour  préparer  à  la  prononciation  du  ijâ  et  par  considé- 
ration pour  cette  lettre,  cai*  le  yâ  ne  peut  être  précédé  que  de 
la  voyelle  correspondante.  71 

Lorsque  vous  voulez  former  un  ethnique  d'un  nom  sain, 
trilitère,  au  singulier,  vous  maintenez  ce  nom  dans  sa  forme 
(en  lui  ajoutant  le  y<\  du  relatif),  et  vous  direz,  par  exemple  : 
Bahrl  (descendant  d'Abù  Bakr)'^',  ou  'Omarî  (descendant  de 
'Omar);  à  moins,  toutefois,  que  la  deuxième  radicale  du  mot 
(dont  on  veut  tirer  le  relatif)  n'ait  la  voyelle  kesm,  au([uel  cas 
vous  direz  namari,  mdadi,  ihali^^^  et  du^ali^'^  comme  re- 
latifs formés  de  Garnir  (nom  de  tribu),  mdida  (estomac),  'ibil 
(chameaux  [coUeclif])  et  Duil  (tribu  issue  de  Kinâna).  Dans 
ces  mots  vous  donnerez  la  xoyeWc  Jallia  au  inhu  (de  Namir),  au 
W«  (de  ma'ida),  au  bn  (de  'ibii),  et  au  wàiv  (de  Du'il).  On  n'a 

('^  Dcscciidant  d'AliTi  Bakr,  ou  d'uno  des  tribus  siiivaiilcs  :  Hnkr  li.  W'à'il, 
Bakr  li.  'Alid  Monàl,  Bakr  b.  '\ul',  liakr  I).  Kilàh.  Cf.  Sovrri,  Liih/>  al-lii/>,ih, 
éd.  Weijkiis,  |).  fy, 

''^'  On  j)(Mil  dire  aussi  ibili,  car  le  mot  couuncncc  [lar  dcuv  Icllics  avant  la 
voyelle  bosni.  (if.  Sacy,  Gratn.,  I,  389. 

'■^'  Il  ne  faut  pas  lire  3,  comuie  dans  Svcv,  (irain.,  I,  33iî.  CI.  SoYi'Ti,  l.ubb 
al-luhdb ,  s.  v.  Jp  . 

3i. 


/i80  ■  MÂl-JUlN,  1911. 

o-jLj  ^jL»  J^^wj.-»*!^  iX.^!  <JI  iùj<*3  ij^jx**!^  (S'^y*'^  Jy^j^  t;Av«*uJI 

o»A.ï  (jj«.>Jjw«j  (_>-_*^^       tJwCo}  (-.wLxJj     ,_|i^     Sy^M*S>A  ^sy'   uyt:^ 

i*.Iii-«     .^Cijl     i».>.-l!     4X.A.£^    <X.>jLj      yM*S^      ^j-M,^^     r^yÀ^^     /^>_AJ^     C^"^-*^ 

(<fc-?)^  ^^^1  J^JLJo  A..L<  0«X^  L«  i\  <wA-«fcjJI  jj       liLjoy  &à^Js«s2 


(°)   P^yL?.  —  C")   J^J.J. 


subslitué  ainsi  \\\\  falha  au  Âesra  que  pour  éviter  la  succession 
des  kesra. 

Lorsque  vous  voulez  former  un  relatif  d'un  nom  de  quatre 
ou  de  cinq  lellres,  vous  maintenez  ce  nom  dans  sa  forme  et 
vous  lui  ajoutez  le  ya  du  relatif.  Ainsi  vous  direz  ahmacU  et 
safardjalî,  comme  relatifs  tirés  de  Ahmad  (nom  propre)  et  de 
safardjnl  (coing).  Si,  dans  le  quadrilitère,  l'avant-dernière  ra- 
dicale a  la  voyelle  hesra  comme  dans  les  mots  Taghlib  (nom 
d'une  tribu),  ïathrib  (autre  nom  de  la  ville  de  Médinc), 
mafrhrih  (Occident)  et  masriq  (Orient),  vous  direz  taghhln, 
ij<ilhrdn ,  nuiplinln  elmasriqt,  avec  la  voyelle  kesra  à  la  troisième 
lettre.  Selon  Al-Mubarrad ,  la  prononciation  avec  \efatha  (à  la 
troisième  lettre  des  mots  précédents)  est  régulière,  tandis  que, 
d'après  Sîbawaihi'",  l'usage  en  a  seulement  été  noté. 

Lorsque  vous  voulez  former  un  relatif  d'un  mot  défectueux, 
dont  la  dernière  radicale  est  retranchée,  vous  devez  la  rétablir 
au  relatif.  Ainsi  vous  direz  :  akliaivi,  nhmvt,  dzawawi,  "amawi, 

'■'  SiuAw.uiii,  éd.  Dehkndoluc;,  l,  11.  ji.  iv,  et  Kuiimi,  '/^i.  tuml.,  Il,  i^T, 


PROLÉGOMKNKS  À  L'KTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       /i81 

,^.v_s».Lw»  4^v_fcC    ^:>^  <->i_5  ^1  Ji  i»-s«*J  ^£yJ^3^^  (_g:^<X£j  t^^^^  t5^^-^^ 

yLxl^^  yî^î^  ul>^'  iLxJ.JLxJI  j^  l_^JLs  ,t>-p^  ^^*5  t5*^^^  (»^^ 


C) 


P  yLSj .  —    '')  P  83^ .  —  ('''  V.  Les  trois  mots  précédents  manquont. 


''tidaivi'^\  \i{jawi,  comme  relatifs  tirés  de  :  akh  (frère),  ah  (père), 
iJzH  ayant  le  sens  de  possesseur  de .  .  . ,  \im"'  (insensé),  W<'-' 
(nom  de  plusieurs  ancêtres  de  tribus),  de  "ida^^^  (mensonge), 
parce  que,  au  duel,  on  dit  ahhawàni,  ahmvmii  ei^ainayàni.  Mais 
si  le  mol  dont  on  veut  former  le  relatif  ne  reprend  pas  au  duel 
la  lettre  [faible]  qui  en  a  été  retranchée  [au  singulier]  vous 
avez  le  choix  de  rétablir  cette  lettre  ou  de  la  supprimer,  à  votre 
gré.  Ainsi,  vous  direz  yadl  (manuel)  et  damî  (sanguin)  ou 
yiidaivi  et  damaivl,  comme  relatifs  tirés  de  yad  (main)  et  dam 
(sang),  parce  que,  au  duel,  on  dit  ijadâni  et  dnmàni. 

Si  le  mot  (dont  on  veut  tirer  le  relatif)  se  termine  par  un 
ta  sulTixe,  ou  commence  par  un  hamza  de  liaison,  vous  retran- 
cherez l'une  ou  l'autre  de  ces  deux  lettres  et  vous  direz,  par 

C'  l'ciit-iHre  faiidrait-il  lire  plutôt  ^^^.Xj:,  relatif  de  okj=  au  lieu  de  ^>^ .  En 
effet,  ce  paraj^raplie  est  consacré  aux  relatifs  tirés  des  mots  déiVctuouv  dont 
la  dernière  lettre  est  retranchée;  or  dans  <^jv^  le  yd  n'a  pas  été  supprimé.  C(. 
SiBAWAïui ,  éd.  H.  DKivKxnouno,  l.  If.  y.  vi.  Mais  voir  Kiiipni,  ii,  vp. 

(-)   Voir  la  note  précédente. 

(•'*)   La  véritable  troisième  radicale  serait  un  ).  (A.  Tùdj  al-'arÙH,  ^/^^ïlc,  et 

SiBAWAIIK  ,    t.    Il  ,   [1.  vv. 


482  MAI-JUIN    1911.  " 

iy^i  L$j_5(X-«  jj  ocAj»  Lx  (jj5^  ^^^^-"^^  owsfc.1  J)  iu^wj  tk?^^  t5>^^ 

*_*Ji  u>^Aw..\.4l  yL5  yL»  (^-^^"'^  (_g^-fW5  j^_^_Ljj  ^_yÀj!  JjJùi      ld>i^ 

dU  jL^  (;)-^-^  ^T"*^  jl-i-Jî  (jj-^  yù^        l-^y-î        tiJb  il       (j^js*- 

ovJ«>^-jÎ_j  cÂ-Çj-Ai   t-xJ!  ^jvxUî  ôjj»-  u''^U^^^  *^  <-^'  ^>v*o  t$X?^^ 

(°)  V  ^yi.  —  '*')   On  s'attendait  plutôt  à  »^^ ,  mais  les  trois  mss.  sont  d'accord. 

—  c^)  PyU^.  —  C)  S  jU-.  —  C)  P  L^. 


exemple,  «Mrtw;*'^'  et  banawî,  comme  relatifs  tirés  de  ""m/.V/^ 
(sœur)  et  hint  et  V6?<  (fille  et  fils),  comme  au  masculin.  Ouant 
au  hnmza  de  liaison,  si  vous  ne  le  supprimez  pas,  vous  devez  ré- 
tablir la  lettre  faible  [finale]  qui  a  été  supprimée;  mais  si 
vous  ne  le  supprimez  pas,  vous  ne  rétablissez  pas  la  lettre 
faible  [finale]*-*.  Ainsi,  vous  direz  'ibm  ou  banawî  (filial)  et 
samawî  ou  'ismi  (nominal). 

Si  le  mot  dont  on  veut  former  le  relatif  n'a  que  deux  lettres, 
sans  troisième  possible,  il  vous  est  permis  de  redoubler  [la 
.deuxième  lettre]  ou  de  la  laisser  telle  quelle.  Ainsi  vous  direz 
hamî  ou  kammi ,  avec  un  mîm  simple  ou  redoublé,  comme  relatif 
formé  àekam  (combien).  Si  la  deuxième  lettre  est  faible,  il  est 
obfigatoire  de  la  redoubler;  vous  direz  fiwi  et  lawawî,  comme 
relatifs  tirés  de/i'  (dans)  et  laiv  (si). 

Si  la  lettre  faible  est  un  élij,  on  la  redouble,  et  la  deuxième 

'■'  C'est  facultatif,  et  l'on  peut  dire  <^i^I .  Cf.  Sacy,  Gi-am.,  I,  336. 
'^'  Parce  qu'il  y  a  compensation,  le  mot   ayant  un  hnmza  de  liaison  à   la 
pl;w('  (le  la  lettre  failde  finale  dont  il  a  été  privé.  Com|).  Sacv,    (Inttn.,  I,  ^'Mi. 


PROLEGOMENES  À  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARARES.       483 


(des  lettres  semblables)  se  change  en  hamza,  qu'on  fait  suivre 
du  yà  du  relatif.  Ainsi  vous  direz  lat,  comme  relatif  formé  de 
1(1  (non).  Il  est  permis  aussi  de  convertir  ce  hamza  en  wdw  et 
de  dire  làivî. 

Lorsque  vous  voulez  former  le  relatif  d'un  mot  dont  la  pre- 
mière radicale  a  été  supprimée,  mais  dont  la  radicale  finale  est 
intacte,  vous  ne  rétablirez  pas  la  lettre  qui  a  été  retranchée,  et 
vous  direz  :  sifî  et  Vf/?,  comme  relatifs  formés  de  .sZ/a'^)  (des- 
cription) etVf/rt^^'  (promesse).  Mais  vous  avez  le  choix,  lorsque 
la  première  radicale  est  intacte,  et  vous  pouvez  dire  balliî  et  (jal} 
ou  balhaivî  (qui  loue  fréquemment)  et  qalaivi  (frit)  de  la  même 
façon  que  vous  traitez  le  mot  dam  (sang). 

Si  le  mot  provient  d'une  racine  défectueuse,  il  est  indispen- 
sable de  rétablir  la  lettre  retranchée,  et  vous  direz  ivisairl  et 
Inraljt  (avec  la  voyelle  kcsra  (/)  sous  le  wâw  et  le  fatlia  sur  le 
sin)  comme  relatifs  tiré  de  siya  (bigarrure)*'^'  et  Ijir  (parties 

(')    De  vJLoj  . 

(5)  Deo^cj. 

<•■''  Racine  <^j .   Cf.   Sîhaw  \iiii ,    II,  ji.   ^i\    Miiln'l,    II,  rît^f);"),  (|ni  (Idiiiie 
i^y^ji  t't  voir  Qiiraii ,  ii,  (i('>. 


/i8/i  MAI-JUIN    1911. 

^  S«  y         I- 


';^ 


(f) 


(")  p  ^..  -  c)  p  ^^.  -  ;-;  p  *.--.u_,.  _  (•')  p  /l.  -  "^)  p  c5^,. 

_  (f)  p  /u.  —  (S)  P,UU. 

naturelles  de  la  femme)'";  vous  direz  aussi,  comme  relatif  de 
lugha  (philologie),  hirrU  et  highaivi  (philologue). 

Lorsque  vous  voulez  former  un  relatif  d'une  racine  sourde, 
vous  ne  dédoublerez  pas  les  deux  lettres  semblables,  et  vous 
direz,  par  exemple,  rahbî  (seigneurial)  et  non  rahabl,  ainsi 
que  cela  est  indiqué  par  Sîbawaihi. 

Lorsque  vous  formez  un  relatif  d'un  mot  terminé  par  un 
éhj  bref,  vous  supprimez  cet  e'/îj  quand  le  mot  est  de  chuj  lettres 
ou  plus;  vous  supprimez  aussi  cet  eV?/ lorsqu'il  est  quatrième 
[et  dernière]  lettre  du  mot ,  à  la  condition  que  la  deuxième 
lettre  du  mot  où  il  se  trouve  soit  royellée.  Ainsi  vous  direz  : 
hubârî^'-^  et  djamazV'"  (^relatif  à  une  chamelle  légère  à  la  course). 
Mais,  si  \('Hj  bref  étimi  quatrième  (et  dernière)  lettre  du  mot, 
la  deuxième  lettre  de  celui-ci  se  trouve  quiescente,  vous  avez  le 
choix  de  supprimer  cet  élij  bref  ou  de  le  convertir  en  mUv,  qui 
précédera  immédiatement  le  yâ  (du  relatif)  ou  qui  en  sera 


(''  Le  véritable  radical  serait  ^  :  •'^-  Cf.  Tàdj  al-'mùs  y/  rr^  '^^  Sir..t\v\iiii. 
éd.  Derknbourg,  t.  11,  p.  vi .  On  peut  dire  aussi  c5y^>  ibidem.  Cf.  Mtihit  aî- 
iniiljil,  I,  p.  .870''. 

'-^   Par  application  de  la  première  règle,  t^^^-^^  ayant  cinq  lettres. 

'^'  Par  application  de  la  diuxième  règle,  i^v*=w  ayant  une  voyelle  sur  la 
deuxième  lettre  et  n'ayant,  en  tout,  que  quatre  lettres. 


PROLÉGOMKNES  À  L'KTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       /i85 

I .     tt  1"  "''  tî  -     .  - 1  ?--  "  ''."-'   r  --  M  "     •  "  m"  -" 

^     x   ^  ^  ^ 

(J_^_)Li  Jj,.Ji-;Li  !^l_5  oi)i)i  oy-^-»  (VjJ^S   i^iXl   Jî  cl\>.**j  iiî_5  Jj^!iii 

iX-jwwwjwJ  ^^Os-aLx.^  (JJ.J^_1.J   l<X£LAa*  <!>v>wk<vx>lrw        ojIj  (jI  8ïVj  oOvX;^. 
jIJ^-JLS'IjÎ^  Lg-wS-^J»}  L^^X-i^  3'"^  *"*-?^  ovio   yli      tXXR.0  Jl 

("'  S  t^y^^.  —  e*'  P  ylS^.  —  (")  p.  Les  trois  mots  précédents  manquent; 


séparé  par  un  f'Iif.  Ainsi  vous  direz  :  huhU,  huhldivl  et  huhUivt, 
comme  relatifs  formés  de  huhlA  (femme  ou  femelle  enceinte); 
(hiiiijaivi  et  dumjàivl'^\  comme  relatifs  formés  de  dnmjà  (ce  bas 
monde).  Mais  la  première  formation  (sans  l'élif  de  prolonga- 
tion) est  la  meilleure^-'. 

Lorsque  vous  formez  un  relatif  d'un  trililère  terminé  par  un 
('llfhrcf,  vous  devez  convertir  cet  élifcn  ivâw.  Ainsi  vous  direz  : 
t^afiuvl,  rahaiv),  'asaœl ,  conuue  relatifs  tirés  de  qafà  (nuque); 
rahà  (meule);  \isà  (balon). 

Lorsque  vous  voulez  former  un  relatif  d'un  nom  apocope, 
vous  en  relranchcz  le  ijà  final,  quand  le  mot  est  de  nnq  lettres 
ou  plus,  et  vous  direz,  par  exemple;  mutacVi,  comme  relatif 
formé  de  imiUad'"  (injuste).  Si  le  yâ  est  quatrième  [et  der- 
nière] letlre  du  mot,  il  est  permis  de  la  supprimer  ou  de  la 
convertir  en  ivàn\  comme  lorsque  vous  dites  (jmll  et  (jàilairl, 


*''  On  peut  dire  aussi  ^]y-o^ ,  selon  la  n'{^le  énoncée.  CI.  Sacy,  drain.,  I, 
.'i3'i,  et  SiBAWAïui,  édit.  DEnENriouno,  il,  p.  v. 

'-^  Peut-être  poiu*  éviter  la  confusion  entre  le  .f^^JL»  et  le  .n.joS:  on  ain-a 
ainsi  réservé  W'Iif  do  prdloiijjalion  à  ce  dernii'i'. 


486  MAI-JUIN    1911. 

(b)    .»    "^  •  "^x       ''  ;i 


adjeclifs  relatifs  de  ^ar/'"  (juge),  mais  la  suppression  est  préfé- 
rable. C'est  ainsi  que  le  poète  a  dit,  avec  la  forme  con- 
vertie : 

Et  comment  pourrons-nous  boire,  si  nous  n'avons  point  d'argent 
avancé  au  cabarelior  [hànawî]"^  ni  de  quoi  payer  comptant? 

[  Mètre  laxvll.  \ 

Quant  à  la  forme  qnàaxv'i  que  les  gens  emploient,  elle  ne 
)-entre  pas  dans  cette  catégorie  ;  c'est  un  adjectif  relatif  formé 
du  mot  iiaàà  (sentence),  terminé  par  un  éltfbref. 

Lorsque  vous  voulez  former  un  relatif  d'un  trililère  apocope, 
vous  ne  pouvez  que  donner  la  yoyeWc  fathn  à  la  deuxième  radi- 
cale et  convertir  le  yâ  [final]  en  wâw.  Ainsi,  vous  direz  sad- 

<')  D'après  AL-KHn_)Ri,  dans  sa  glose  sur  le  commentaire  cI'Ibn  'Aqîl  à 
VAlfiyya  (éd.  Boulâq,  i3o2),  II,  p.  (V-i,  le  mot  ^y>^  est  un  relatif  formé 
de  JÇoU^  cabaret.  —  Dans  SîiiAWAiiii,  éd.  Dbrenbouro,  II,  iv,on  trouve  la 
variante  J^'j»>  au  lieu  de  f~à>\y^.  Cet  auteur  ajoute  que  la  forme  normale  eût 
été  (pUl.  Le  Tddj  al-'arûs  W  ^-i^.  cite  ce  vers  avec  les  variantes  vJUJTj  et 
^I5J>  (sans  t^),  et  ajoute  que  ce  relatif  sembli»  tiré  de  iCoU». ,  forme  que  ne 
ronnaissail  pas  Sîbawailii.  Cf.  Sîbawaiiii,  II,  *tv . 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       hSl 

-'  .  ^  -'  •^  # 

^^<N^«w«  (Jî  c:* — * — «M—j  îi!^  <xjj  ^  Jî  aa.m*j  <^_5*>^^  t^^  Jy'j"  '^'^ 

pljJ    (Jl     iL-SkMJ    45->^T*    CiiAjli  Ci\,fc*-»«         pîJij   iCA^AC)!  âL<y]l    OJO     jjL» 


u' 


»   S    *lyLl.    —     C'    V   xlw.    —    f')   P    ^;    s   UX  —   (")    P   yL^';    s 


iL^, 


^'«tr/'"  et  naàawi,  comme  relatifs  de  saJ/'"'"  (triste)  et  ««r/'" 
(humide). 

Lorsque  vous  voulez  former  un  relatif  d'un  mot  termiiK'  par 
un  élif-iiiadda,  si  le  hamza  (qui  suit)  est  radical,  commo  dans 
le  mot  qarrn  (lecteur  du  Qoran),  il  subsiste  sans  transfor- 
mation, et  vous  direz  qarrai,  comme  adjectif  relatif  formé  de 
(jfirrn,  car  le  duel  est  ffarrnnni:  mais  si  le  hamza  tient  la  place 
d'un  élif,  signe  du  ftmiinin,  on  le  convertit  en  wniv.  Ainsi,  vous 
direz  sahrâwî .  comme  relatif  formé  de  salira'  f désert).  Enfin, 
si  ce  hamza  provient  d'une  permulation  avec  une  lettre  radicale, 
ou  a  été  ajouté  pour  adapter  le  radical  au  paradigme,  il  est 
permis  de  le  conserver  tel  quel  ou  de  le  convertir  en  ivàiv. 
Ainsi  vous  direz  lasnî  et  hisâwî,  comme  adjectif  relatif  de  klsà' 
(vêtement),  parce  que  le  duel  est  kisnâni  ou  h-isàwàni. 

Si  vous  formez  le  relatif  d'un  mot  tel  que  ma  (eau)  ou  m 


(')   SiBAwiiiii,   é'A.    Dkiikniioi  nii,    II.    iA  ;    de    im'ino  le    Tiiilj   nl-'nrùs     sons 
\'  ^jsc',  ol  II'  Miihil  nl-iniiliil ;  Kiniiiiî.  nji.  laniL.  Il,  i^r. 


/j88  MAI-JUIN    191  1 


-^  fd) 

\ù\S^  oiJi  «X_x_j  xILm  ^i^  »-i^)       Uw«  l^^j^^  ï^\jUu  J!  o-s**^  iiî^ 
W  P.  Le  i  manque.  —  ('■'  S  J^L,.  —  (')  P  *3l^l.  —  C*'  P  L%^j. 

(brebis)  ''^,  vous  convertissez  le  hamza  en  w^/w,  et  vous  direz 
niAwi  et  sV/w«,  Vous  direz  d'un  poème  rimant  en  yâ  que  c'est 
une  qaHt(hy(iwiyyn''-\  C'est  ainsi  qu'iin  poète '^^  a  dit  : 

[Ce  jour-là],  la  brebis  et  les  trois  pierres  ■'"'  ne  serviront  à  rien  au 
possesseur  des  nombreux  lroupeau\  de  brebis.  [Mèlre  j-adjaz.] 

Lorsque  vous  formez  l'adjectif  relatif  d'un  mot  comme  snijâ- 
iva  (misère),  où  le  ^vùw  est  consonne  forte  et  vient  après  un 
('lif  [de  prolongation),  de  même  lorsque  vous  formez  le  relatif 

C'  Au  pluriel. 

(-'   On  peut  (lire  aussi  Yaiyya.  Cf.  Ibn  al-FÀkid,  éd.  Marseille,  p.  10,  1.  y. 

'•^^  Ce  poète  est  Al  Mubassir  b.  Hudzail  b.  Fazâra.  Cf.  Tddj  al-'anh  sous 
v/  »^  et  sous  \J  y.f^>^ . 

(''  Je  substitue  sSLc  (pierre  aplatie)  à  »i.>l  (instrument),  qui  no  donne  pas 
de  sens  satisfaisant.  D'ailleurs,  tous  les  textes  où  ce  vers  est  cité  sont  d'accord 
sur  cette  leçon.  Cf.  le  Muhit  (d-muhît  1/  Syii.  Le  Tàdj  al-arûa  cite  ce  vers  a\ec 
la  variante  »2X.c  et  ajoute  riiémistlclie  suivant  :  xjUj  cioycïl  L_(è5A..c  lil.  A'^uir  le 
Tàdj  \J  »j-i.  Il  faut  aussi  substituer  8!,L^,  au  duel,  à  »rL^,  d'après  le  pas- 
sa<je  précédent  du  Tddj,  et  surtout  d'après  l'explication  que  donne  de  nouveau 


le  Tddj  sous  1/  j-*^=^  ,  et  le  Mahît  al-muhû  sous  la  même  racine.  Les  y!^v 
sont  deux  pierres  sur  lesquelles  on  en  met  une  troisième  aplatie  pour  sérlier 
le  lait  caillé. 

laii)!    *:Jj;    L-i-LsT'  b'SVxJI    (J<\^J   Jtï»;   yà''   y^   ^W-'-c   tr^-ui-s^  U^y^ 

«Et  le  vers  signifie  que  la  sécheresse  sera  telle  que  le  possesseur  des  brebis 
no  pourra  plus  en  tirer  profit,  car  elles  n'auront  plus  de  lait'i.  Cf.  aussi  Tddj 
sous  \J  ^X^ ,  et  Muhit,  même  racine.  Voir  aussi  le  Lisdn  al-'arab  sous  \J  jLi  • 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       ^89 


^_>i>  )«Xjd  /j^  ù\.*m^  *.>jy«^  ^s^juk^a^  <Ji  x^-»*fcj  cir*^  C^^T^  Jj-*-^ 

^^P_X_<^    ^:^^J3   J^Ji_Xj  OmSj         ^î  *LJ\    OvJ<>es^   CJUp'    '*'^^    <-^"^ 

(")   >iJb.    —   «    P    o.^^.    —    W   P  V   s  »b.    —    C)   P   V  S  c:^J.^,.    — 


(0 


P  VS  <^.>^.  -  (f)  p  c5jêv  —  '''  S  *LJt.  —  (•')  S  ^IJ\. 


d'un  mot  comme  siqâ(ja  (coupe  à  boire)  ou  hawlàyâ  (nom  d'un 
])ourg)''*,  dans  lequel  le  yà  n'est  pas  la  troisième  lettre,  vous 
direz  :  mqàwi ,  siqul  et  haivhhvl. 

Lorsque  vous  formez  le  relatif  d'un  mot  du  paradigme 
fuaUa,  vous  en  supprimerez  le  yà  et  vous  donnerez  la  voyelle 
falha  à  la  deuxième  radicale  du  mot.  Ainsi  vous  direz  âjuhmn  et 
muzani ,  comme  etliniques  formés  de  Bjiihama  (nom  d'une  tribu) 
et  Muza'ma  (nom  d'une  tribu).  Font  exception  à  cette  règle 
les  formes  radhii^-^  et  '^amirï,  comme  relatifs  formés  de  Badina 
(nom  d'une  femme)  et  M////m^''  (nom  d'une  fraction  de  la  tri- 
bu de  Rabfa)' 

Si  vous  formez  le  relatif  d'un  mot  au  féminin,  qui  ne  soit 
pas  du  paradigme  ci-dessus,  vous  supprimerez  le  Ui  partout 
uii  il  se  rencontre.  Ainsi,  vous  direz:  tallii,  mahid,  ha.srL  'nd- 


(')  Piovincc  J'An-Nabrowàn.  V,\'.  Titdj  al-ari'is  \J  Jj^. 

('-'  Lo  Tiidj  (d-'anis  ro|rrclt('  que  ro  mol  n'ait  pas  été  voyelle  par  rauli'iir  du 
Qdmiis.  Dans  les  copits,  il  l'a  trouvé  sous  la  forme  ^j^.'^),  f^cc  qui  est  une 
faute;  il  faut  lire  ^^,:>)  ",  mais  il  ignore  les  deux  premières  voyelles.  Lo  Muijil , 

I,  77(5  (lit  que  *SjSJ  est  le  nom  (l'uiio  lonnuo  (|ui  exerrait  avec  son  mari  le 
nK'licr  (le  rodri'sscurs  de  Innées,  cl  (s-*^.->^  est  un  relatif  tiré  du  nom  (\o  celle 
iennne,  qui  est  devenu  un  sul)slanlil  pour  dt'-sijjner  une  lance  (-*>).  De  même, 
le  Tddj ,  IX,  p.  91 A  i II  fine. 

*■')   SiiiAWAiiii,  éd.  l)Kin;Ni)oiini'. ,  H,  ii ,  el  Tddj  <il-'aii'is  sous  y    t*' • 


490  MAI-JUIN    1911. 

(s-^^  UlS'yl»  (^UJT  (_si  (jj^-xll  ^^  *^îî  ^^  J^i)^  jj  (jjlrJ !  j-»**.^^ 

(°)  P.  Ce  mot  manque.  -^    C"'  P  iu-^Lj. 

y«ki;,  safardjnli,  comme  adjectifs  relatifs  formés  de  Talha  (nom 
propre  d'homme),  Makka  (nom  de  ville),  Basra  (nom  de  ville), 
'adjùzà  (vieille  femme),  mjardjnla  (un  coing).  A  moins,  mon 
Dieu!  que  le  mot  ne  soit  du  paradigme /rt^7a,  avec  la  voyelle 
fatha  (a)  sur  la  première  lettre.  Ainsi  vous  direz  :  dirham  hhali- 
Jaû  (un  dirliem  frappé  au  coin  du  khalife),  comme  adjectif 
relatif  formé  de  kJiaUfa  (khalife)'^'. 

Lorsque  vous  formez  le  relatif  de  mots  de  la  forme  fui  et 
fuail  (avec  les  voyelles  /r/iA^  [a)  et  liesra  (/)  pour  les  dou\ 
premières  lettres  du  premier  mot,  et  avec  les  voyelles  (Jainiitti 
(u)  (il  fatha  (rt)  pour  les  deux  premières  lettres  du  deuxième 
mot),  si  leur  troisième  radicale  n'est  pas  une  lettre  faible,  la 
forme  régulière  de  l'adjectif  relatif  sera  ""aqW  et  %i,qailî,  pour 
M(y«/(nom  propre  d'homme)  et  'Uqail  (nom  d'une  tribu).  Ce- 

(''  Il  est  à  remarquer  que  i'on  ue  trouve  pas  d'autres  exemples,  pour  il- 
lustrer cette  prétendue  règle,  que  le  mot  iuLJ^;  partout  ailleurs,  les  mots  de 
la  forme  ii^n^  perdent  leur  »  au  relatif.  Exemple  :  (^j^x^  de  *^^^ ,  cyj^-»' 
de  ÀJLJLw.  Je  suis  donc  porté  à  croire  ([ue  le  mot  ^.iAs^,  qui  fait  déjà  ex- 
ception à  la  rèjrle  du  pluriel  (puisqu'il  fait  au  pluriel  *IjLL=^,  forme  inap- 
plicalile  au  féminin  *J^j<j;  le  pluriel  normal  eût  été  vJui*^)  échappe  ici  aussi 
aux  règles  sur  le  relatif.  Peut-être  cela  tient-il  à  ce  qu'il  est  masculin,  tout 
en  ayant  la  forme  féminine.  Cette  foruie  est  d'ailleurs  considérée  conmie  un 
liarliarisnio.  V.  KiiiDiii,  II,  i^i;  Osmînî,  éd.  du  Caire,  i3i'i,  IV,  p.  m,  etc. 


PROLEGOMENES  \  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       ZJ91 
ià-"^  JjJLj  L^-^Jv^-i^  pLxJl  Axaj  Ifj^^  (J^  '•«y^  S-^.  '^}  J-^*^3 

f^  i  J  i  y       > 

cJ-^  ^aJ'^  ^-sJCjjj  *UaJ!  1^  ^y^^  îsjr^i  l^â^^^  «j-*-^'  fi^ 
dUjsS^  (J^,^^  cj^^'ï^^        Jy"^*   (j'    t-îîy!aJi^    OUJCVÀXJi   dii       SAAjLX-yy^ 


pendant,  on  forme  parfois  de  ces  mots  des  relatifs  sur  les  para- 
digmes ^11  ail  et  Jaaii  (avec  les  voyelles  y^/Aa  et  damma  sur  la 
première  radicale).  Ainsi  vous  direz  :  thaqaji  (de  la  tribu  de 
ThaqiJ)  et  hudzali  (de  la  tribu  de  Hiidzailj. 

Si  vous  formez  le  relatif  de  mots  comme  'Uniaytja'^-  (nom 
propre  d'bomme)  ou  Tuhcnjija  (nom  d'une  fraction  de  tribu )^-^, 
vous  direz  'umaivl  ou  'amaivî  (avec  le  àamma  ou  le  falhi  sur  le 
hamzn^  et  tuhnwi  ou  tahaiii  (avec  le  (lamma  ou  le  /Î7///a  sur 
le  /«).  Dans  ces  deux  cas,  Wjàlha  est  anormal. 

Si  vous  form(»z  le  relatif  d'une  racine  sourde,  par  exemple 
d'un  mot  comme  (IjnJila  (noble),  ou  [d'une  racine  concave] 
comme  le  mot  ùmnln  (longue),  vous  ne  retrancliez  pas  le  i/n , 
car  si  vous  le  retranchiez,  vous  seriez  obligé  de  dire  djalili  et 
((iirifl;  or  le  dédoublement  des  lettres  semblables  est  d'une 
prononciation  dure.  La  bonne  manière  est  de  prononcer  (IjtillU 


C  C'est-à-diro  du  paradijjiiio  JU.~«,  a\L'c  une  lettre  faible  comme  troisième 
radicale. 

'■')    La  lilliii  (le  Tamim.  Ci".  Siim'îI,  LuIiIi  al-liiliill> ,  p.    171. 


A9'2  MAI-JUIN    1911. 

o<-.X-J»j  »,-X.  ■♦—41  >vX-v£i  (_^!  o*.  *..jM.-i  if^.Ajjti  ixA-ijr  t-^5jJL)  yO  ^Ls 

»-_^,_^^  y-iJ  kLjLJ  Jl  .x-iwM^j       j_^3^       <i^-^^       Cs*>*^        cs'^^ 

M  p  ^u.;-^.  —  (")  P  ^^b.  —  f')  P  ïJjj.  -    ('')  I»  ^,.  —  «  Paji;. 

-.(opss^orv 


et  fminli.  De  même,  des  mots  Salûl  (nom  propre  d'homme)  et 
'^nfliuviv  (ennemi),  on  forme  les  relatifs  sulûH  et  "aduwivL 

Si  vous  voulez  former  un  adjectif  relatif  d'une  proposition 
verbale'",  vous  le  tirerez  du  premier  mot  de  la  proposition; 
ainsi  vous  direz  :  tanhhatj,  haraql ,  huntî  et  kûnî,  comme  adjec- 
tifs relatifs  formés  de  :  Taalxitln  sarra"  (nom  d'un  poète  arabe 
antéislamique),  de  Baraqa  nahruhu  (nom  propre  d'homme)'-' 
et  kniitu'-'^  (j'étais). 

''^  SiB.vuAiHi,  11,  Ao,  a[ipolle  ce  gt^nre  de  relatif:  AjLi^  Jl  JCsLoill  rrraii- 
nexion  à  la  cilalion  exacte". 

■'-'  Cf.  SiBAWAïui,  II,  <51.  Cf  Tâdj al- arù S  souiu  ysr,  et  Muhit  al-muhi{  sous 
\J  ^jjjj  et  ~sr'.  Saoy,  Grain,  arabe,  I,  3ùi,  écrit  j>à. 

'^'  Ce  relatif  s'emploie  pour  désigner  un  homme  qui  dit  souvent  t^iJ^  j'étais. 
Sur  les  distinctions  et  les  diverses  formes  employées,  voir  Tddj  al-arûs,  sous 
\i'  y>J,  ]).  rfi,  dernier  paragraphe.  Cf.  aussi  .SiBA\\Aiiii,   II,  '^i,  où  la  forme 

j^,  (tininie  relatif,  est  justifiée  par  ce  fait  que  le  nùn  est  nnï,  ce  qui  a  rendu 
possible  le  r(''tal)lissement  de  la  lettre  faible  nmai.  Le  Muhit  al-muhit,  sous 
\J  y^5,  cile,  outre  Jli5,  la  forme  (J-:^,  adjectif  qui  se  dit  du  vieillard, 
jiai'ce  qu'il  répèle  souvent  cfdans  ma  jeunesse,  j'étais  ceci  ou  celai.  Il  cite  ce 
vers,  d'après  Djauharî  [mètre  tawîl^  : 

tfJc  suis  devenu  vieux  et  j'appuie  mes  mains  par  terre  pour  me  lever;  et  le 
pire  défaut  de  l'imitune,  c'est  d'être  vieux   et  d'être  obligé  d'appuyer  ses  inainn 


0~Km*J 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARARES.       -493 

3UJL  OjJtJCj  J^i)!^  XA.n  ULiw^   Ijlkii^   'r^^V^'  (J      u'-^  ooLi^ 

A^^j^^^Oo  iLf^lfy  ioiAvaJ   U^aJÎ        C>.>.*wj  juilj    J^j^i    "-Àir*^'    »^^-»<a^ 
'"'  P.  Ce  mot  manque.  —  C"'  P  JU..-J.  —  (')   PS  *j^. 


Si  le  mot  composé  csl  formé  de  deux  termes  en  rapport 
d'annexion,  vous  formere;?  l'adjectif  relatif  du  deuxième  terme, 
en  supprimant  le  premier.  Ainsi  vous  direz  :  hakn,  zuhairi  et 
hurai,  comme  relatifs  formés  de  Abu  Bnhr  (nom  [)roprc 
d'homme),  ô^lbn  a:-Zuhair  (nom  propre  d'homme)  et  (Xlbn 
kum  (nom  propre  d'homme).  Mais  si  les  deux  termes  du  mot 
composé  ne  forment  qu'un  [seul  mot]  comme  Z/^//<^/ (nom propre 
d'homme),  sans  qu'on  ait  en  vue  de  déterminer  le  premier  au 
moyen  du  second,  vous  formerez  l'adjoclif  relatif  des  deux  à  la 
fois,  au  moyen  d'une  forme  quadrilitère,  empruntée  [pour  la 
moitié]  à  chacun  des  deux  mots,  c'esl-à-diio  composée  [de 
l'un  et  de  l'autre].  Ces  formes  ont  été  notées  d'après  l'usage 
des  Arahes;  elles  ne  sont  pas  normales^".  Ainsi,  vous  direz  : 

•par  terre  pour  se  lever. ri  Ce  vers  est  également  cité  ibid..  sous  y/^j  ■£.  Cf. 
aussi  le  Tdilj  al-'arûs  et  le  Lisdn  al-'arab,  sous  v/7Z^.  Tous  les  deux  donnent 
la  varianlo  :  (.i^acyâ^  au  Hou  du  dcuxiônio  ci^^s-ol^.  Voii-  d'aulres  variantes  et 
plusieurs  autres  vers  où  ce  mol  est  cmpioyi',  dans  lo  Tdilj  sous  »  '  y^5^  p.  rcp 
(/(  Jiiic. 

'■'  Cf.  SiuAWAiHi,  II,  Ao  ot  \f,  et  llxiiini,  Dnrral  al-irhnwwàs,  apud  Sacv. 
Aiillif)}.  [I.  r)5-,  SoïÙTÎ,  Midliir,  rtl.  du  Caire,  1,  aS^i. 

XVII.  3a 


Itiraiumit  MATioii&Lt. 


494  MAI-JUIN    1011. 


i")  * 


CJ 


:^î 


-«,  ^      3^-^'^  i'-^*-^^       Jt-^'  J^-*-^  viob  oLàx>  *XAfi.^  (j*y^' 

—   (f)     P  V   (^y,   ^y.    —    (8)    P  J.*-. 


'abdarî,  '^ahmm,  tahnalî,  \ihsam\  et  hadrnmî,  comme  relatifs 
tirés  de  '^Ahd  ad-Dâr  (nom  propre  d'homme),  \ibd  al-Qals  (nom 
propre  d'homme),  Tann  al-Làt  (nom  d'une  tribu  arabe),  Whd 
Sams  (nom  propre  d'homme)  et  Hadramaut  (nom  d'une  pro- 
vince de  l'Arabie  méridionale). 

Toutefois,  si  vous  craignez  la  confusion,  comme  dans  les 
noms  'Imru-I-Qals  (nom  pro))re  d'homme)  et  'Abd  Manâf'^^ 
(nom  propre  d'homme),  vous  direz  'imnî  et  manâfï.  Al-Djar- 
mî'^^  autorise  la  formation  du  relatif  de  l'un  ou  l'autre  terme 
du  mot  composé.  Ainsi,  vous  pouvez  dire  hadarî  ou  niatili 
(comme  ethnique  de  Hadramaut). 

Si  le  mot  composé  est  formé  par  combinaison  intime ^^'  (ou 
agglutination),  vous  le  traiterez  comme  les  mots  de  la  pre- 
mière catégorie  [dont  il  a  été  parlé  ci-dessus].  Ainsi  vous  direz  : 
hall,  madî,  khainsl,  comme  relatifs  formés  de  Baldbal.ku  (nom 

'•'    Cf.  Sh!.U\AlHI,  II,    AO. 

(*3  Lexicologue  t  225  (889).  Son  nom  entier  est  :  ^i^l  ^^  ^La  j*^  y:\ . 
Cf.  l'àdj  (il-'arùs  sous  \/  py^;  Ir.N  Khallikân,  Wafnyàt ,  éd.  \\  i  stenff.li), 
notice  298;  Dic  Hammek,  Littcral.-Gesch.  der  Araher,  III,  826;  Soyi'tÎ,  Muzliir, 
11,  âSâ, 

(3)  VoirSACï,  Grain.,  I,  adH. 


PROLEGOMENES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       495 


^^  ^ 


iL_j*,_^yô  'i. — K A\  \ — ^ — i. — ^^V- 


f- 


(=•)  .  "  r 


(')   P  J.aJL,. 


de  ville),  M^V/î  A'rtnT»  (nom  propre  d'homme)  et  khamsata 
^nsara  (quinze)'^'.  De  même  qnli  sera  l'ethnique  formé  de  Qnli- 
Qaln  (nom  de  ville).  Il  est,  pourtant,  des  auteurs  qui  forment 
le  relatif  des  deux  termes  du  moL  composé  à  ia  fois.  C'est  ainsi 
qu'un  poète  a  dit  : 

Je  l'ai  épousée,  elle  Ràniienne-Hormuzienne  (c'est-à-dire  native  de  la 
ville  de  Uàma-Horniuz),  grâce  à  ce  qui  m'est  resté  de  l'arg-ent  que  m'a 
donné  l'émir'''.  [Mètre  tniviL\ 

Le  poète  a  formé  l'ethnicfue  de  Rntiia-lIurmuz^^K 

'*'  Cf.  Sacv.  Gram.,  I,  34o;  SiBAWAnii,  11,  a^.  Cependant  JlAiiiui,  dans  sa 
DuiTUt  al-ghawwiU  {apud  S.icv,  Anthol.  gram.,  p.  55),  observe,  avec  juste 
raison,  qu'il  est  impossible  de  tirer  un  relatll"  d'un  mol  composé  de  ce  genre, 
comme  jii.£  .x^l,  parce  que,  dil-il,  c_^~jJLi  x«.L>jJi)  *Jj!  J!   u-^-^j  yi   'ya?.  il 

'-^J  (i'est  ainsi  que  je  comprends  ce  vers;  mais  S.  di;  Sacï  [A»lliolo{rie , 
grniii.  av.,  p.  loo),  traduit  :  «Je  l'ai  épousée  quoicpi'elle  iVil  R:uuienne-Hor- 
mouzienne,  en  favoiir  de  l'argent  qu'a  donné  l'émir."'  J'entends  dilléroiyment 
le  mol  J.jiii  et  j«  crois  (pie  le  poêle  veut  dire  (pie,  ffr;ic(>  à  la  gém-ro^iité  de 
lémir,  il  a  eu  de  (pioi   payer   la    dol    d'uiu'   belle  lille    du    Kliniizistàn.  l,i' 

7a'.'//,  sous  y/  y«v^,  cite  ce  vers  sans  coniiiientaire,  avec  j_^^l  an  IIimi  do  v^--«l , 
ce  (pii  intî  l'aiail  être  une  inainaise  Narianle. 

*•'  llAniui,  dans  sa  DiinnL  iil-jiluiivifiiii  [upnd  Sm:\.  Aiiliinldjria  grain,  ttr., 
p.  lOo),  condamne  celle  formation.  Il  conseille,  d'autre  pari,  pour  le  relatif 

3a. 


i96  MAI-JUIN    191  1. 

J^-3La_9  c-*_*w._a_jI    ^L_j  L^.jlX-«  Jmsa.^   c^sitXi  îiN^Uai  ^xj]\  c^Ajb 

.     t-l        x-     X   y   r       '')    ~       '-0^       ,    ••     .  >>        ?..     ,  W,'',       ..     .1.,, 

W   P  x^b;  s  *:,Jb  jb;  V  *:oL,  jb.  —  (•')   S  AX--b;  P^!j.  —  <'^'   P  <Siy*. 
—  C)  S  \à^\i. 

Si  vous  voulez  former  un  relatif  d'un  mot  terminé  par  un 
yà  comme  celui  du  relatif,  et  si  ce  yà  termine  un  mot  de 
quatre  lettres  ou  plus,  vous  le  supprimerez  et  vous  mettrez  à  la 
place  le  yà  du  relalif'^l  Ainsi  vous  direz  snjti,  comme  relatif 
formé  à'Aè-Sàlrt  (un  des  quatre  grands  docteurs  de  l'Islàm). 
C'est  ainsi  également  que  vous  devez  traiter,  d'après  la  meil- 
leure opinion,  les  mots  tels  que  marmî  (jeté),  bien  que  le 
deuxième  yà  \  qui  termine  ce  mot]  soit  radical.  Il  est  cependant 
des  Arabes  qui  en  suppriment  le  premier  yà'  et  convertissent 
le  deuxième  en  imiv,  après  avoir  donné  la  voyelle y^^/Z/rt  (a)  à  la 
deuxième  radicale.  D'après  cela,  vous  direz  :  marmawï  et  saf'airî. 

Lorsque  vous  voulez  former  le  relatif  d'un  mot  au  pluriel , 
si  le  pluriel  est  brisé  et  ne  comporte  pas  de  singulier  dérivé 
de  la  même  racine,  comme  les  mots  'ohàdki  (dispersés  de  tous 
côtés),  samàtit  (même  sens),  vous  direz  :  'abàdîdl^^^  ei  samàljtî^'^'. 

dit  cj^i?^ ,  c'est  à-dire  formé  des  deux  termes   d'un   mot  composé,    de   s'en 
tenir  à  ce  qui  est  autorisé  par  l'usage  (ibid.), 

<''  ha  vérité  est  qu'il  n'y  a  aucun  changement  à  faire,  si  ce  n'est  que  le  yd 
change  de  fonction,  et  encore!  Cf.  Sacï,  Gram.,  I,  336. 

(^)     Cf.    Si.tAU.UHI,lI,AV. 

(■'*'   Cf.   Tddj  al-'unh  sous  v/  Wi,  p.  ivi.  D'après  Al-Farr;V,  les  autres  mots 
do  cette  forme,  qui  n'ont  pas  de  .singulier,  sont  J-obI  et   yj^^*-^  (ibid.). 


PROLEGOMENES  A  L'hrrUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       /i97 

u  ^  u*  fa)  ^  ^ 

^^l*ai!^  ^jl-jfl  c>_A_s      iX_A^x5^  (J^  '4*'^  (j'^  ^^  Alàxl  /w4  iXs».!^ 
u'^    *u3!^''''3  (^!^X-lï^  jL>Aii)!^  _)LcS)î  <Ji  ^u^-j     cJ3ly*j  '2^^!<xJ«^ 

w,         ^      •      w  •    -f       •         ,       ...       (P)  ,  It         ^  ^^  *  I  I   ^-l  1/ 

(J^-\\^     l^.J<>y^    C;a-\_X9  SfcXiwlj    (Jl     CUXA«0  AÀAJt5^   ,^£    '■^*''^   M^ 

(g)    nt-  M^        (^^    Hr  '=<  ^ 


W   S   *^5r.    —   e*'  S  ^3!^^.  —  M   P  ;j:?;l3-<â.  —  C*'  S  ju>.xîr.   —   ("'  S 
ï;s=Ji.  —  (^)  V  S  ^JUi.  —  W  S  ^. 


Si  le  mot  au  pluriel  possède  un  singulier,  mais  que  celui-ci 
n'ait  pas  le  même  sens  qu'au  pluriel,  vous  direz,  par  e.xemple, 
anmàri,  amàrï,  madainï,  liawâzinl ,  comme  etlini([ues  formés 
de  :  inmàr  (nom  de  tribu) ''^,  Anmr  (les  auxiliaires  de  Maho- 
met), Madain  (nom  de  ville  :  Ctésiphon)  et  Haivàzin  (nom  de 
tribu).  Mais  si  le  mot  conserve  le  même  sens  qu'au  pluriel, 
vous  formerez  le  relatif  du  singulier.  Ainsi  vous  direz  Jaratjl 
(versé  dans  la  science  du  droit  successoral)  et  radjud  (versé 
dans  la  biographie  des  hommes  qui  sont  cités  comme  aulo- 
rilés  dans  les  traditions),  comme  adjectifs  relatifs  tirés  de  : 
fnt'uiil  (science  des  successions)  et  y vV/yVj/ (science  de  la  biogra- 
phie des  traditionnistes).  On  trouve  cependant,  en  poésie, 
contrairement  à  la  règle,  ce  vers  du  poète  : 

Laid  de  physique,  il  a  un  caractère  de  chieu'*',  [Mètre  hnsil.] 

("'   Nom  d'un  Arabe,  Cf.  SiB\\v\iiii,  II,  w;  mais  voir  Sovrtî,  ]j\ibli  al-luluHi, 
éd.  Wkydrs,   I».  9  1  s.  V. 

("-'    l^itl(''raK'iiiont  :  il  osl  canin  dv  (■aravli-re.  Le  n-iatil'  csl  lire  du  [liiiiiol. 


h98  MAI-JUIN    1911 


yO  Lo  <Ji   <x.ï^i>^  ,^-^4^  octÇT  yU  k^^^  yb  (ji  ii+^-J  ^Laâ^^  l5y-*j 

^  -^  o^  yy  0*  il, 

w  U  'f'  ..y     U.  .  w       K  »     "t        •         ■"         •  I    •     t         •       ■  (      ••  1 

t^j-v*_i  îU«J^  *J-*^  d^    <^^  (•!>*'  à>i  iSy^  y^^   <J      J>*^  *^* 


(")  Cf.  SÎBAAVAiHi,  texte  arabe,  éd.  Derenbourg  (Paris  i885),  t.  II,  p.  8G, 
lignes  10  et  19.  —  ""^  P  J>-M. 


[avec  kilâbî],  au  lieu  de  kalbî,  qui  eût  été  la  forme  normale  du 
relatif  tiré  de  kilàb  (chiens). 

Al-Khalil'''  prétend '-^  que  pareille  est  la  formation  des  rela- 
tifs mismdî  de  Al-Masàmia  (nom  d'une  tribu  arabe)  ''^^  et  mn- 
hallaln  de  Al-Mahàliba  (nom  des  descendants  d'Al-Muhallab'''. 

Si  le  mot  n'a  pas  de  singulier ^'*J,  vous  en  formerez  directe- 
ment le  relatif,  comme  lorsque  vous  formez  les  relatifs  nnfa7'î 
et  rnhfj,  de  /îo/r^r  (petite  troupe) '^^  et  raht  (famille,  tribu) '^'. 
Si  vous  formez  le  pluriel  des  mots  de  ce  genre,  vous  construisez 
[le  relatif]  en  rétablissant  le  singulier,  et  vous  direz  :  nafarî  de 
anfâr  (individus),  (jawmi  de  aqwâm  (peuples),  niswt  de  nistva 

<')   Sur  ce  fameux  grammairien  t  176  (791),  voir  Brockelmann,  I,  p.  100. 

f-'  Aimd  SiBAWAiiii,  éd.  Dkbenbourg,  II,  p.  ai,  i.  10. 

(3)  (^f  f^^j  al-'arûs,  sous  \J  *^  et  i_J>j6  .  Les  relatifs  sont  certainement 
tirés  du  singulier;  cf.  Soyôtî,  Lubh  al-luhdb.  s.  v.  i^J-^  et  j^<v*.« . 

'''  Ces  mots  sont  évidemment  des  collectifs,  ou  des  noms  de  pluriel  (  j^^  (<v.! 
et  ,t.^  («~l).  Cf.  Al-Khidrî,  sur  Ibn  'Aoîl,  II,  1^1,  et  Sibawaihi,  éd. 
Derenbourg,  II,  ^i. 

<••'  Composée  de  trois  à  dix  ou  de  sept  à  dix ,  ou  de  moins  de  dix  seulement. 
Lut)p  ne  s'emploie  pas  quand  il  y  a  des  femmes  dans  la  troupe;  cf.  Muhît  al-niuhîl 
\^  Ssuit-j  el  Tddj ,  s.  V,  Cette  opinion  est  également  rapportée  par  Habîrî, 
dans  sa  Durrnt  al-ghatvwds ,  apud  Sacy,  Anlliolng.  gram.,  p.  fy,  de  la  partie 
arabe  ot  85  de  la  traduction,  mais  il  ajoute  que,  d'après  Ibn  Fàris  (gram- 
mairion  t  390  ou  •^7")),  ce  mot  se  dit  aussi  jusqu'au  nonibri'  il(^  quarante, 
conmie  Jg..fi»  . 


PROLEGO^MENKS  A  L'ETUrJE  DES  HISTORIENS  ARABES.       A99 

^A-jixJ  j^-s  owX_9_^  dUij    djj^b  (!^^  vl)-^'^  cj'^'^  t^  Jy^^ 

ij>!^  dL] j^^  cr-^J  dr*-''^  (^^*^4J'  (J^  ^1  (^  iJ  aj^^^î  u^  <^*i' 

>t_-«— s^  ^L^  ^1^  ^_A;>i)i  ^_^-£  S5j.=s.Lï  (^_^-o  c>As  (j*#)L9  *Lo!  (Jî  oyuw*3 

et  nmï  (femmes).  De  même  de  mahâsin  (beautés)  et  aWih 
(Aral)es),  vous  formerez  les  relatifs  mahàsini  et  (n-nbi,  car  si 
vous  (lisiez  ''nrabî,  la  signification  changerait,  vu  que  le  mot 
ar/ihî  ne  s'applique  qu'au  héchuin^^^;  il  n'en  est  pas  de  même  du 
moC nrnln'^'-K  Pour  former  le  relatif  de  'abnâ  'fdris,  vous  direz  : 
han/nvî.  Ce  mot  a  été  traité  conformément  à  sa  racine. 

Dans  le  cas  du  pluriel  sain,  s'il  s'agit  d'un  pluriel  qui  n'est 
pas  considéré  comme  un  nom  propre,  vous  retrancherez  les 
deux  lettres  formatives'^'  (wâiv  einâiij.  Ainsi,  vous  direz  zaldt, 
comme  relatif  tiré  de  zaidin.  Mais  si  ce  dernier  mot  est  un  nom 
propre,  vous  direz  zmdhv.  ILen  est  de  même  du  duel''^'.  S'il 
s'agit  d'un  [véritable]  duel,  vous  direz  zaidî  [en  formant  ce 
mot  du  singulier].  Mais  si  ce  duel  est  un  nom  propre,  vous 
direz  zaidanî.  Si  le  nân  du  pluriel  est  traité  comme  loltre  sus- 

('>   Môme  argumentation  dans  Sîuawaiui,    H,   '>^i,datis  Ai-Kiiidrî,  s(ir  Iun 

'Agir,  sur  VAIfyija  (I'Ibn  M'vlik,  II,  1^1,  et  Tàdj al-'arùs,  sous  y'^  ^7^'  l'"   ^^'' 

(^)      Siiivw.uiii,  II,  VA.   Voir  aussi  IiiN  Khallikân  (éd    Wïstenfeld),  notice 

(j/i'i ,  p.  '^ï•>,  I.  3  et  suiv.   :  vt*-"  tj*  i^-  -^  <jli  Qî-^  yO  lil  Ci.'j-s'   ■^^)> 

'''  11  vaut  mieux  lire   ^^^'^1^1;   i-W   Siiu\v\iiii.  éd.  Dkuknium  lu; ,    11,  '^r, 
(*)  or.  SiiiuvAiiii,  11,  Ar. 


500  MAI-JUIN    11)1  1. 

w.       ^  r..     **' .     ^^    "^  .  /  ^  \ ..      \    \  ^'  •    -^   •  }\      i     -* 

^^iî       cjLfijiî  (Jî  iLA_*«wjLJi  (^   |>-5'^3  (0-*-i'  i^y^'*>^.  (Sy^  o«A'â  1x5^ 

(■'   P  <^JL>-yAaj.  —  '^"   P  jU^ .  —  '"'   P.  Les  trois  mots  précédents  manquent. 
—  c^)  PSc^Lcol. 


ceptibie  des  flexions  désinenlielles,  vous  direz  :  misîbnù ,  yahrlm 
et  qinnasrhn'^^\  comme  ethniques  formés  de  Nmibhi  (nom  de 
ville),  Ynhrhi  (nom  de  ville)  et  Qin/Kisrhi  (nom  de  ville). 

Il  en  est  de  même  du  mot  sinhi^-^  (années).  Si  vous  le  con- 
sidérez comme  un  pluriel,  à  la  manière  de  musliinhi  (musul- 
mans), vous  direz  [en  formant  le  relatif]  sfui/ihl,  snnaivl  g\  si)u. 
Mais  si  le  ?iihi  final  y  est  considéré  comme  une  lettre  susceptible 
de  prendre  les  flexions  désinentielles,  vous  direz  sintni 

S'il  s'agit  d'un  pluriel  [féminin  régulier],  formé  par  l'ad- 
jonction de  ïélifei  du  ta,  en  supposant  que  vous  donniez  à  un 
homme  le  nom  de  Thamnvàl  (des  fruits),  vous  direz,  comme 
adjectif  relatif  tiré  de  ce  mot  :  thninari,  avec  la  voyelle  fatlja  (^/)'^^ 
sur  le  )nm.  Mais,  s'il  s'agit  d'un  [véritable]  pluriel,  vous  direz 
tlinmri ,  avec  un  mhn  qiiiescent.  Pareillement,  on  a  dit  n(]:rn  cl 

'■'  Cf.  SiiivwAïui,  II,  ■'^r  :  rCclui  ([iii  dirait  [au  nominatif]  yjj-Li5  dirait, 
comme  relatif  (^,-»»JLi>.'?  Parce  qu'il  cansidèic  le  mot  comme  un  M-rilahle 
pluriel. 

(■''   Cf.  SiiawMiii,  II,  vv. 

'■^''   M.  Derenbourg  a  imprimé  tliamri,  cf.  SimwMiii,  11,  ^r,  I.  i  .">. 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       501 

■yis^li:^    (;;^AÀXJl    jLii.  J)    >.*«J  "y-S^l— K_^  CiV---*'^   ^^iXXi    Ov.*«J^ 


e)  J 


^g!^ .  —  ''    P.  Ce  mot  manque.  —  <"'  P  j>U . 


%}ni,   comme  relatifs  formés  de  WdzruH  (nom  de  vilie  de  la 
Syrie)''^  d'Anal  (nom  d'une  ville  sur  l'Euphrate)'-'. 

Quant  aux  relatifs  irréguliers,  ils  se  divisent  en  /ro/.s- classes. 
La  première  classe  comprend  les  relatifs  qui  auraient  du  subir 
un  changement,  et  cjui  ne  l'ont  pas  subi.  C'est  ainsi  qu'on  dit  : 
sdUfjl  de  sdllqa ,  \imfrl  de  'nmtra ,  saltml  de  mlima ,  ImmnYl  (avec 
un  lumiza)  de  Ijamra,  haldlxikhi  de  Btilabahk  (ces  deux  der- 
niers relatifs  sont  rap[)ortés  par  les  grammairiens  de  Kufa), 
hunium  de  kiuilu.  C'est  ainsi  qu'un  poète  a  dit  : 

Je  lie  suis  ni  vieux  ni  infirme:  or  les  pires  hommes  sont  les  vieux  et 
les  infirmes  ■^'.  |  Mètre  UnvU.  | 

*''  Sic  SînAwAïui,  l'd.  DKnENiiouiiG,  11,  ^r,  1.  i8;  cimlru  Soïi'tî,  IaiUi 
«/-/ni»'/»,  s.  V.  (^^ii)! ,  ([iii  donne  le  fntlin  an  ni;  de  nu^nit'  le  Ti'ulj  al-'arih, 
sons  v/  ^>3,  p.  rrp,  cl  le  Miilji'l  (il-nntljit  \.^  e-^i  .  Les  deux  fornios  scraionl 
possitilcs,  parce  que  caLc^i!  est  prononœ  indilTcremmonl  avec  h  Jalha  ou  lo 
l.rsra  dn  rd.  (^.epemlanl  DiAiimii,  dans  le  Suhdh  ,  n'admet  que  la  prenilire 
lecture.  Cf.  aussi  Sacy,  Clireslli.  arabi>  (a"  édition),  II,  i!^5. 

(«)  Cf.  SoïiiTÎ,  Ijuhb,  p.  ivr. 

(*'  Comp.  aufnn ,  p.  'i()-.î  ,  un  vers  analojjne.  La  confusion  de  V^l-c  avec 
(W^Lc    est    facile   ol    d'ordri'    tout    à    lait    |)ali''0|jrnj)lii([ue.    !■'.!!<'    nie   parail    ii-i 


502  MAI-JUIN    1911. 

iC*'j-^^   i^^-X.*  X-ffljw:^   -!A_\,_*j    (jio-îj   (<SAâ   (J)^    (|_git>*w_j  <J<Xd>   /<vAawj 
viÛiXJI^     ^.§w*«Jî     (Jl^  pLOÎj    »V.<yJ)    >**tS^  <^-A^^  (^WA^S   àwka-Jlj 

jf  •  ^  .  Oui  ji'Ù      "^  U     J 

jL-^.>â^^  j)^^^  jl^  (:^^^^^=^^  (jr^rfr^b  C:j!ir^'  S^  ts;^^^^  J-^ 


La  deuxième  classe  comprend  les  relatifs  qui  n'auraient  pas 
dû  subir  de  changement,  et  qui  l'ont  subi.  Ainsi,  de  Hudztiil 
et  Sulaim,  on  a  formé  lindzalî  et  sulmm;  de  Fuqaim .  Qiiraiè  et 
Miilmlj  de  Kluizaa,  on  a  formé fuqfinû ,  qurau  et  inuhihl:  tandis 
que  du  Fuqaim  de  Dnrim  etde  Malaih  àeKhuzama,  on  a  fornu' 
fuq :imî  et  mulaihu  De  même,  on  a  formé  de  'am.s/  (hier)  et  do 
7^/.«Y<  (nom  de  ville)  :  'imsî  et  hisrî,  avec  un  A-p.s/'rt  sous  le 
lianiza  (du  premier)  et  sous  le  bâ  (du  second);  à\il-Bnhrnm 
An-Nalirain  et  Al-Hipuiin  :  hnhrdm,  iiahnhù  et  hisnânî,  pour 
distinguer  ces  relatifs  de  ceux  formés  de  bahr  (mer),  nahr 
(fleuve)  et  hisn  (citadelle).  C'est  ainsi  également  que  des  par- 

rerlaine.  Voici  d'ailleurs  un  vers  presque  identique ,  que  donne  le  Tâdj  al-'on'is 
sous  ^^  p.  rrf  : 


De  môme,  le  Sahdh  de  Djauharî,  cilé  par  Muhît  al-muhît  sous  \J  ij-^, 
explique  ainsi  le  mol  ^^Ic  ;  ^^.i  !f_^5^  jo^i)!  J._c  *j.>>^-;^-r  )>x-«^»-*  jà^  o^» 
(j.:si.Lc  ,  et  il  cite  le  vers  suivant  : 


Ce  môme  vcm's  est  de  nouveau  cit(''  par  le  Mitljil  sous  y/  ^J^^. 


I 


PROLEGOMENES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       503 

(d)    "  w      ^^  ■^  '* 

i^_<yj!      -îi-À-i  ^^5  t>-»^5  i  1>-^^J  V^b  *^-^-s5^  J'  »_.vw.ÀÀJ  iUll;^ 

C)   P   J.ly:i)l.    —    '*•>   P  <5;Uill^.  _    M   P  s  jUilj.   —  C)    P   ^b.  — 
'"'   P  jvi..  —   (')   P  V  S  joîr  et  ^^.n^.  —  W  P  V  S  *Ulj. 


lies  du  corps  on  a  formé  les  relatifs  :  rawâsî  (qui  a  une  grosse 
tête),  safahl  (lippu),  niiàdx  (qui  a  de  longues  mains),  djum- 
mnm  ((jui  a  une  grande  chevelure),  raqnhmi  (qui  a  un  gros 
cou),  lihyâni  (qui  a  une  grande  barbe),  mrâm  (chevelu),  en 
parlant  d'un  homme  qui  a  ces  parties  du  corps  très  déve- 
loppées. 

On  a  suivi,  pour  ces  relatifs,  une  règle  contraire  à  celle 
d'après  laquelle  on  forme  les  ethniques  et  les  patronymi(pies. 

De  'uj'uq  (horizon),  on  a  formé  'afaqi,  avec  la  voyelle /«7///r; 
sur  le  hamza  et  sur  le  pi  ;  de  talh  (acacia),  lulâliî^^^;  de  Khurà- 
snn  (nom  de  pays),  Lhurâsi  et  khursî;  de  hamâ  (plante  amère 
et  salsugineuse),  hamn(]î^~\  avec  la  voyelle /?7//w  sur  le  mim;  du 
haram  (territoire  sacré  de  Makkah),  hirmi,  avec  la  voyelle 
hesra  sous  le  hâ  et  un  râ  quicscent;  de  rahi  (printemps)  et 
/c/wri^  (automne),  riUî  et  hhirfi,  avec  la  voyelle  hesra  sous  le 
ra  et   le  khâ,  suivis  le  premier  d'un  hà ,  le  second  d'nn  rn 

<"'   La  forme  réjjiilièrc  (m'iI  ctô  ^ilb;  rf.  Tii  dj  sou^  i/Âb. 

'■^'  li  Inul  corrijjcr  ainsi  lu  leçon  ja^  dn  (oxto,  sur  l;i(|ii('lli'  les  Irois  nianii- 
scrils  sont  (l'acoord.  Cf.  Siniw  miii  .  iWl.  DKRKNiioiiui .  Il,  ii^;  Mulji'l  nl-ntiiln'l  sons 
y  jii^',  Tddj  nl-(ivûx  sons  la  lur'ine  racine. 


504  MAI-JUIN    1911. 

^\r^.  4^^  iy  c^'-*}      ^^Pi  uk^  çj-^  iUl^^  (^.<rv!tj  ^Li^î!  i^  J!^» 

i^iy-^^^l  yl.^ji)l  j.^À  i  Jlij  i)^  ;>*'^^  (:>?'  J^'*  tsjb^  <i)^y  tky^^ 
'>-*—*—*—*  ^ÎY-A—*-*  r-^^*--''-''  ^y-^  ^?y^  i-*'*-^:?  m'  "i^^-^s^  m'^^  L*  «.ïaJuJi 


«  P  ^L^.  —  C)  P  ^-Lç.  —  (='  P  ^,^1 .  -  ^'')  V  S  ^V^.  —  ('i  S 


qiiiescents  '•';  de  ^«/a  (nuque),  qafi;  de  SVfm  (Syrie),  de  Yamini 
(Yémen)  et  de  Tihmna  (province  de  l'Arabie),  mnr,  yatiimC"  et 
Idliàin'"  '-'.  Il  en  est  aussi  qui  disent  èàml,  yaniàn),  iihàml,  comme 
si  c'était  un  relatif  tiré  d'un  autre  relatif;  der(i/<  (ame,  esprit), 
rnhâm  ;  de  Marw  (nom  d'uue  ville  du  Khorasân)  et  de  /«\y// 
(nom  de  ville),  niarwazî  et  ?7m'^J;  d'après  Ibn  'Usfùr,  quand 
il  ne  s'agit  pas  d'être  humain,  on  ne  peut  plus  employer 
que   ninrivi. 

La  troisième  classe  comprend  les  mots  qui,  devant  subir  un 
changement  déterminé,  en  ont  subi  un  autre  tout  différent. 
C'est  ainsi  qu'on  a  formé  de  zaJnnn  (grossièreté)  ''),  zabàm  ;  de 
llhd  (nom  de  ville)  et  de  Tnyij  (nom  de  tribu),  hàri  et  tai. 

O   Contormément  à  colle  Iratluction,  je  corrige  le  lexle  ainsi  :  *)Jl  j-~C.> 
*)J!j  XJI  {^i^i  *^j'  La  leçon  des  manuscrits  esl,  jjramraalicalemonl  parlant, 

imjjossilile.  On  ne  peut  avoir  ici  deux  rd  et  un  hhà  quiescents. 
'^'  Avec  \m  fatha  sur  le  ta.  Cf.  Sîbawaihi,  II,  M>. 
'^^  Cf.  SoYLTÎ,  Muzhir,  éd.  du  Caire,  II,   182, 

^'''  Le  mot  n'exislo  pas.  SinvwAiHi,  II,  il  et   \f,    le  suppose,  on  partant  i\(^ 
iy  Cf.  aussi  Tùdj  al-'arûs  y/  (j?)  ol  Miilnl  al-mulnl,  même  racine. 


! 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       505 

Jl^  X>J1^  XI  ^J  jil  ;L^iJi  t^^  Jlii  4^  Jl^  J!J>J!^  ^4 
jj^^_^_5  jLx-À-AO}  jl—a».^^^  jl^-_X-wi  îiv6^_5  îl*-»-»^^  '^^^^^)i  îi_j. **«.:> 
Aa^^  iilol  JI3  Ijji:?'^  iiT^J'J^    *^y4-^   ^b-J/*"  <^'-5  J^        t^^'^*^^;3 

C)  P^!.  —  C")  Cf.  SÎBAWAiHi,  édit.  Defenbourg  (Paris,   i885),  t.  II, 
p.  82.  —  M  P  S  à^i)>  . 


«Je  pense,  dit  Sîbawfiihi,  que  les  Arabes  n'ont  dit /«'«,  comme 
ethnique  de  T''^yy,  que  pour  éviter  la  rencontre  des  yrlf'-'i; 
de  %î!iija,  \ilirt ;  de  bàdii/a  (campagne),  h/nlaivl;  de  èità 
(liiverj.  sntîvî;  de  Bann  WhhJa.  'iihu(ll'-\  avec  la  voyelle 
(Inninia  sur  le  ^ain  et  le  bâ;  de  Djndzhna  (nom  de  tribu),  djjtd- 
zinni''-''K  avec  la  voyelle  (Jawnui  sur  le  djhn  et  le  (/«/;  de  lianù-J- 
Ijiihlà,  tribu  parmi  les  Amars,  liuhuU'^'^K  avec  la  voyelle  dnnimn 
sur  le  Ac/  et  le  bn;  de  Dnstaim'  (nom  de  ville).  IhindnV .  Sanà' 
et  Bdlira ,  dnslatrcmi ,  ran-hàm ,  mnàni  et  b/ihràni ,  et  aussi 
rdirJjnirî^-''';  de  Hdrùm  et  Djalàla  (noms  de  villes),  liarùil  cl 
djfdi)ll;  de  'imayija  et  Tult/ii/i/a  (noms  d'hommes),  'ainaivt  et 

("   Sir.vw  \iiii,    H,    ^►',    s'exprime    ainsi     :    ^^^  l^iy.  i)!   ^«Lb   yU>  j^l^i   i)^ 
ljj_'j  *L.Ji  yLC»  i_>Jil|   t_>^*^   jfr^jJJj  j^JÎIa  Lô»j.xi:^  ïs^r^  0*'-;^-*-''  u'^  (î-*4^ 

.  jL^  ioLo^  J  !^li  LC  i.>vja  J^  j^.iJI 

<-^  M.  Derenl)our|j  a  imprimé  dans  SiuAuAiiii,  II,  if=,  deux  foist5^4^'  ;  •'  *'<"il 
fallu  une  lois  jÎ^X-^c  . 

(■''   Sii!A\\  uiii-Di-.iiKMioiiK; .   Il,  iF  :  ô«i^^. 

'*'  Sîbawahii-Dkhknuouhg,  II,  10  :  J-<^rl. 

'*'   Rapporté  pai'  \miiiis,  dans  SiiiAwuii:.  I  1   i<?. 


506  MAI-JUIN   1911. 

4r^'^      .^psri;^  S^  f-^^  {jy^^  ^UoJîj,  i-y^]\  ^Cij  isy^^  1sy>\ 


t(ihwi''^\  avec  la  voyelle  /«///<'/  sur  le  hamza  et  le  _<à  et  un  ha 
(de  Tahwi)  quiescent;  de  Darâbadjird  (nom  de  ville)  et  d'/w- 
rw^  l-Qnis  (le  poète),  darâivardî  et  mirqnsi;  de  Sùq-Màzm  (nom 
de  localité),  snqzunî;  de  5?)^  a/-/m7  (nom  de  localité),  suqnli ; 
de  5?î(y  nl-ntns  (nom  de  localité)'^',  suqusî;  de  Sîiq-Yahyà 
(nom  de  localité)  '^',  suqidiî;  de  Dâr-al-bittîkh  (nom  de  lieu)^'*', 
darhdhhi. 


(''   Sîbawaihi-Derenbourg,  II,  1*5  :   <5;^4^. 

f"-'  C'était  un  marché  ilc  Bajjlulàdz,  situé  sur  ]a  rivo  orientale  du  Tijire, 
cl  bàli  sous  le  rèfjne  du  khalife  Mahdî  :  «C'est,  dit  Yàqùt,  un  des  plus  j;rands 
endroits  de  Bajjhdàdz,  sur  la  rive  orientale,  entre  Rosàfa  et  Nahr  ;il-Mo- 
'ailà.  Sa'id  al-Khursî  le  bâtit  pour  ,AIahdî  et  y  attira  les  coninacrçanls  afin 
qu'ils  désertassent  le  Karkh.  Lorscpi'ii  IVut  terminé,  .Mahdi  lui  dit  :  rfNomme- 
le  Soûq  ar-rayy«,  mais  le  nom  de  Sùq  ai-'alas  l'emporta.  Al-Khursî  était 
chef  de  la  police  à  Baghdàdz.  Le  commencement  de  Sikj  al-'atas  se  reliait  à 
Suaiqat  al-Khursî,  à  la  maison  de  ce  dernier  et  aux  fiefs  que  Mahdî  lui 
avait  donnés  là.  Tout  ceci  est  maintenant  ruiné;  il  n'en  reste  plus  aucune  trace 
ni  pei'sonne  (jui  se  souvienne  de  son  emplacement."  Mudjam,  III.  p.  19A;  cl. 
G.  Salmon,  Inlroduction  lopoi^mplnque  à  l'histoire  de  Bnghdddz,  p.  lati,  où 
celte  description  de  Yàqùt  a  été  éjjalement  traduite. 

W  Autre  marché  de  Baj;hdàdz,  situé  sur  la  rixe  oi'ientale  du  Tijjrc  ci  dé- 
truit à  répoqM(?  où  les  SeldjTKpdes  entrèrent  à  Ba{>hdàdz.  Cf.  \Â<ii'T,  Mit'djdin, 
III.  igS;  G.  Sai.mon,  op.  cit.,  p.  65  et  index. 

'''^  Marché  aux  fruits  de  Baghdàdz.  Voir  les  références  dans  ma  triiduclion 
du  FaLbri,  p.  A."! 9,  n.  1. 


PROLEGOMENES  A  L'ETLDE  DES  HISTORIENS  AHARES.       507 

(■)  Pi«JL4l.  —  C)  PS  ^^-^  V^!^!. 

Avertissement.  —  On  a  parfois  ajouté  [aux  mots]  un  yâ, 
semblable  à  celui  du  relatif,  pour  renforcer  le  sens.  C'est  ainsi 
qu'on  a  dit  almarî  (très  rouge)  et  dawwân  (très  changeant). 
C'est  ainsi  cpi'un  poète  a  dit  : 

Et  le  temps  inflige  sans  cesse  à  l'homine  ses  vicissiliides  ^'^\ 

[Mètre  )■«//«:.] 

Ce  ifà  ajoute  la  même  nuance  que  le  là  mavbùta  («)  dans 
'allàiiia  (très  savant)  et  nassùbd  (très  versé  dans  la  science  des 
généalogies). 

De  même  qu'on  a  établi  un  rapport,  au  point  de  vue  de 
l'intensité    du   sens,    entre    le    iâ   marhàUi    (»)  et  le    (jà  du 

'*'  Cet  hcinislichc  est  cité  par  le  Tàdj  al-'arùn  sous  v/  i^->  et  sous  \J  y^ , 
comme  étant  de  ^^J'  •  Ce  serait  le  premier  liémisticlie  du  vers  suivant  : 

ffLe  temps  infli[;e  sans  cesse  à  l'homme  ses  vicissitudes:  il  a  anéanti  les 
siècles,  mais  sxihsislc  lui-même  malgré  sa  décrépitude. n 

Mais  le  Miilili  al-inuljù  cile  lui  aussi  deux  lois  cet  liémisticlie.  sous 
v/^^^et  jy  comme  faisant  partie  du  vers  suivant  : 

fflVu\-lii  le  réjouir,  lui  (jui  t>  de  (Jinnasrin ,  aloi>-  ipic  le  temps,  elc.li 
La  traduction  de  cet  iiémisliclie  (st  conliruiée  par  Texplicalion  (jue  l'on  en 

trouve  chez    SiciwAïui   (éd.   UKiiKNiJotm;,  1,   p.    l'i:!)    :  vjla^'l  ^!jl  U'L».  Voir 

aussi  ibid.,  p.  635. 


508  MAI-JUIN    1911. 

(2^y-4s  t^;!^-^"  ^^3^  *-^U>s  »^^j'3  4^^^  yt^  ^Ajîj!  Id^^iij  *xï^  T**^^ 

\'f^)]  jAli*}\  J^xS' iL^j^is.  »iL?3^      cS*/$      (jy^^ 

W   V  ^l;j.  -  i'''   P  ,ju^^;  S,^i.  —  i^'  s  ^^1.  -  ('•)  P  ^\jli;  V 
bl^l  ;  s  a!^! . 


relatif'^^,  de  même  on  a  établi  un  rapport  entre  ces  deux  lettres, 
employées  comme  signes  servant  à  distinguer  le  pluriel  du  sin- 
gulier ■-'.  Ainsi  on  dit  :  Jjnhnsi  (tin  Abyssin)  et  Jiabas  (des  Abys- 
sins) •,:(im]jl  (un  Etbiopien)  el  :andj  (des  Etliiopiens);  lurkt  (un 
turc)  et  liirk  (des  turcs),  de  la  même  façon  qu'on  dit  :  thamara 
(un  fruit)  et  lliamr  (des  fruits).  naLlihi  (un  palmier)  et  nnl.lil 
(des  palmiers),  hnsra  (une  datte  non  mûre)  et  Imsr  (des  dalles 
non  mures). 

On  a  parfois  ajouté  le  ijà  obligatoirement  sans  que  rien  ne 
soit  venu  s'ajouter  au  sens'^',  comme  dans  les  mots  :  Ijaivârt 
disciple  d'un  propbète),  hardi  (papyrus),  buhhtl  (cbameau  à  deux 
bosses ,  propre  aux  voyages  d'été  et  d'hiver) .  kursl  (siège ,  chaise). 

Parfois  aussi,  le  ijà  est  ajouté  accidentellement  comme  dans 
ce  vers  du  poète  : 

Tel  l'Euplirate "i'  lorsqu'il  déborde.  .  .  [Mètre  radja:.] 

C'^  Siii'  le  ijà  employé  pour  rinlcnsilé,  ajUL^J  ^^..-^.J!  *L>,  voir  Baidvwî,  éd. 
l'^i-EiscnKR  ,  1 ,  63  ,  1.  2  5. 

'-'   C'osl-à-clirc  que  le  ^  iiuli(|uc  le  sinjjulicr  comme  le  ï  indique  le  nom  (ruuité. 

'•''  Soyi'tî,  dans  son  M«z/u>,  éd.  du  Caire,  II,  i3i,  a  consacré  un  chapitre 
à  ceUe  caléjjorie  de  mois,  où  l'on  trouve  la  plupart  des  exemples  cités  par  les 
j^rammairiens  :  tj^*..jm  làJJ  Jw£<-l2>.Lo  t_>lj, 

''*'    Cctlc  liadiiclidii  nie  scndilc  |ilaiisiiil('.  à  cause  du  vcilie  Mi.  ipn,  dans  ce 


f 


PROLEGOMEiNES  A  L'ETUDE  DES  HISTOHIENS  AIUBES.       500 

(j^-x-Ji  (j(3_j-)i  i»x-^  (j^r-^  <x-3j  i^LjLAwj  v-^^^  ^Us^j  J*-^^  ^^^^ 

Jl_<wÀJ    (w*aJ^    «..Àa^   C»*^    (J**^''^  *:'   <^-^-*-"-^*     ^)    t^*^?    (J**^^ 

Jk_^  i^X-iû  (_^c^   Jh^  <_A:^Uai  j-rf^^^  L,À.A.A«  t-Aii^Uaj   {_y*-f)^  8 Lut* 


Appendice.  —  On  s'est  parfois  dispensé  d'ajouter  le  tjâ  du 
relatif,  en  employant  la  forme  fa%U^^\  comme  dans  les  mots 
bazzàz  (marchand  d'étoffes),  '^ati/ir  (marchand  de  parfums), 
luimmAl  (portefaix),  l'Ii/^ii/yf'if  (couturier),  hallàh  (homme  qui 
nourrit  ou  entretient  des  meutes  de  chiens)  ei  safja  (porteur 
d'eau).  (îe  paradigme  s'emploie  aussi,  dans  certains  cas,  avec 
le  sens  de  :  te  possesseur  de.  .  .  v.  C'est  à  cette  catégorie  que  se 
l'apporte  le  vers  d'iniru'  l-Qais  : 

Il  lia  pas  de  lance  pour  m'en  porln-  un  coup,  pas  plus  qu'il  n'a  de 
sabre  ni  de  llèches'"^'.  [Mètre  taivil.] 

C'est-à-dire  qu'il  n'a  ni  sabre  m'  llèchcs. 

vers,  t'xi|i('  pour  Mijcl  un  nom  de  llciivi'.  (rosi  [{éiK-ralenicnt  à  rEiijiliratc  dclior- 
ilitnl  (|ii('  l'on  compara  la  {jénwosilé  tlii  pcrsonnnjjc  doiil  on  \cul  faire  le  pané- 
{jyi'iipie.  Voir  un  hon  oxempin  do  ceUc  coni|)arais()n  dans  le  iiornu'  de  Xàltijjlia 
Dzol>\àni.  (M.,  par  exemple,  Sacy,  (Ihreslomalhie  tu-..  H,  j».  if=^  cl  /io  : 

rrl/EnpIiialc,  alois  que  ses  Ilots  coiivrenl  l'nnc  cl  Taulrc  ri\c...n"esl  pas 
plus  jj(''n(''icux  ([ue  lui  (le  roi  No'mân).  .  .  -^ 

''  Cl.  VAIjiijijn  d'IuN  MÀi.ik.  pni-  \.  TioGi  YKU.  \ers  8<So,el  Ai.-Kim>ni  sur  InN 
'Aoir,,  II,  |vc. 

(-j  (le  vers  osl  cité  dans  Sinvu  viiii-Di-ivKNnniiRC ,  11.  ''"^.  {'A',  aussi  T<i<lj  al- 
'ai-i'ix,  sous  \  J.^  (pii  a  la  \;u'ianle  :  (^-Ui^i  "poiu'  tiic  tuer-?  au  lii'U  de  : 
ffpoiu'  ni'cu  |inilcr  un  coup". 

wii.  33 


l^irnluriiir   iMilo^ALt. 


QÏO  MAI-JUIN    l'Jl  1. 


^j*».-aJ  »U^^  0.X3  Jl)t)  »X1\  »^^  dUL»  ^  tX.«.^  (i)^»^^'  J^  iA-iJi 

<3Lji)  JuL*^   <_jL.ii^    Vl?-^   UJjJO    HJ^   AxîLJti   iiÀ^   («'^-'M  '^^   ^^  c5*^ 
jLnJ'  jfcJaJI  ^^Jia,/»  ^  l^^^  (^  f^^?  ^  (fc^iàJi    jj  AjfeJLi^    '^^■^^  '■^î 

(")  Oomu,  xLi,  /iG.  —  C*)  PS  U--. 


C'est  dans  ce  sens  que  les  vérificateurs*'^  interprètent  ces 
paroles  d'AIlàli  (qu'il  soit  exalté!)  :  «Et  ton  Seigneur  n'est  pas 
injuste  i^zallàm)  envers  ses  serviteurs w,  c'est-à-dire  [qu'il  n'est 
pas]  auteur  d injustice.  Telles  sont  les  paroles  de  DjaniAl  ad- 
dui  Muhammad  ibn  Malik  '-l  J'ajoute  que  cela  veut  dire  sim- 
plement que  [DieuJ  n'est  pas  injuste;  et  l'on  ne  doit  pas  en- 
tendre ce  mot  comme  un  adjectif  d'intensité,  de  la  même 
manière  que  nous  disons  (larràb  (qui  frappe  beaucoup),  sarràb 
(grand buveur)  ou (jattâK^tres meurtrier).  En  effet,  même  lorsque 
vous  excluez  du  mot  injustice  l'idée  d'intensité,  il  ne  s'ensuit 
pas  (jue  vous  excluiez  par  là  même  l'injustice  d'une  façon  abso- 
lue. Or  AUàli  est  trop  haut  pour  commettre  la  moindre  in- 
justice. Il  est,  au  contraire,  le  Juge  équitable  par  excellence*-**. 

Pareillement,  on  s'est  dispensé  du  yâ  du  relatif,  en  em- 
ployant la  forme /r/'// avec  le  sens  de  :  «possesseur  de    .  .  ?5  **l 

<■'   Sur  le  sens  tic  ^iis:,  voir  De  Slane,  Prolég.  d'iBN  Khald.  ,  1,  i()0,  n°  1. 
'-'   L'auteur  tl(>  VAlfiinja;  cf.  Ibn  'Aqîl  et  le  commentaire  (VAl-Khidrî,  II, 

'•''  Même  (iliscrvjition  et  même  exemple  dans  HAniiù,  Ditrral  al-ghaww(k, 
apiid  Sacy,  Anlltologie  frram.,  p.  jsa  de  la  partie  arabe,  et  p.  98  de  la  traduction. 

''*'  Cf.  SoyCtî,  Muzhir,  éd.  du  Caire,  II,  1  ^3,  et  SiBAWAiiii,  éd.  DKiiENnoiii(;, 
II,  ]).  8(S,  ([ui  donne  pour  A^i)  et  If^,  le  vers  suivant  d'al-Hulara  : 

[Mètre  kc'nnil .] 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       511 

^       <*        X    '  ^ 

y  y  ^  /«^ 

r^il  'S^j-^^**'  SvNJijl  j^W'  Jy>  <>-»-«^  J5  i^i^ 


->.  ,.* 


!Xxj!  A^.  JjJJi  îiii  iJ        w^  iS^^  (1-4^  «^^^^ 

w  pvs^^wLs;. 


I 


C'est  ainsi  qu'on  a  dit  làhm,  ta  un,  tâmir,  kâs'",  râmilj ,  avec  le 
sens  de  :  ç^qui  a  du  lait 71,  «qui  a  de  quoi  se  nourrir îi,  «qui 
a  des  fruits»,  «qui  a  un  vêtement i^.  «qui  a  une  lance n. 

Parfoi^on  se  passe  du  yà  du  relatif",  en  employant  la  forme 
fnil.  Ainsi  on  dit  taini,  lahis,  '^amil  avec  le  sens  de  :  «qui  a  de 
quoi  se  nourrira,  «qui  a  un  vêtement  w,  «quia  du  travail  j5. 

C'est  par  application  de  ce  paradi<^me  qu'un  poète  a  dit  le 
vers  suivant,  cité  par  Sîbawaihi  ■''  : 

Je  ne  suis  pas  nocturne,  mais  diurne  [nahir,  c'est-à-diro  j'ag-is  en 
plein  jour);  je  ne  voyage  pas  avec  la  tombée  de  la  nuit,  mais  je  me 
lève  avec  Taube  du  jour.  [Mètre  radjaz.\ 

'i  Ed.  H.  DKnKNBouiui,  II,  ^\\  cf.  aussi  Ibn  'Aqîl  sur  VAIfqiyu  iI'Ibn  Mîlik, 
11,  1^^,  cl  Tddj  al-'ari'ix  sou^  \J  ,^,  p.  «51 1 .  Il  cilc  ;iii>si  (/V;/(/('//i)  le  vors 
suivant  : 

'rSi  lu  opères  la  nuit,  nidi  j'opôi'c  on  jiioin  joiu';  dès  ([uc  j'aperçois  la  claiiè 
du  matin,  je  n'attends  plus  i  [inètii-  nidjaz].  Voir  ce  inèiue  vers  dans 
Miiln'l  al-miiln'l ,  sous  1/  y^ .  (\\  sont  des  vers  des  l'arueuv  poèle-.-l)ri}jands  de 
l'Arabie  païenne.  Sur  le  sens  de  -l^]  opposé  à  451  ffvovajjer  à  la  lin  de  la  luiil-  . 
voir  Ihuîiu.  Diinat  al-irhuwwdx ,  apitd  Sacï,  Aiitlml.  jii-nin.,  p.  r\> . 

33. 


512  MAl-J.LIN    lyi  1. 


Le  poète  a  voulu  dire  :  je  suis  diurne  (nahârij,  c'esl-à-dire  : 
j  opère  le  jour. 

Chez  les  Arabes,  tout  artisan  se  nomme  'isktlf'^^K  Témoin  ce 
vers  du  poète  ^'-'  : 

.  .  .Et  deux  monlanis  de  selle  de  cliaraeau  en  bois  de  maï.s,  tailles 
par  un  menuisier  ('isLaf)  '^'.  [Mètre  radjaz.] 

c'est-à-dire  par  un  menuisier. 

De  même  an-nâ.sili  signifie  «le  couturier  55  ;  an-tmàh  rrle  fd?'; 
al-liàdjirî  «le  maçon  ^1  ;  aJ-hàlihî  crie  forgeron  57,  car  le  premier 

('  Les  loxicojjraphcs  et  les  grammairiens  ne  sont  pas  d'accord  sur  la  sijjni- 
lication  de  ce  mot.  Pour  les  uns  ciLiT^,!  est  seulement  le  cordonnier;  pour 
d'autres,  c'est  tout  artisan,  sa?*/"  le  cordonnier;  enfin  d'après  une  troisième 
opinion,  celle  rapportée  au  texte,  c'est  tout  artisan,  y  compris  le  cordonnier. 
Voir  le  résumé  de  ces  oj)inions  dans  le  Tiitlj  al-'arùs  et  le  Listîn  al-'arab,  sous 
v/oiJ1m.  D"aj)rès  une  auliv  opinion,  rapportée  par  le  Muliil  al-nntln't  sous  la 
iiiême  racine,  tjLd/I  ne  se  dit  (pie  de  l'artisan  (jui  travaille  avec  un  oulil  en 
fer  (»s>oOvjr  cjLo  J5).  (If.  aussi  TdJj,  loc.  cit.,  et  Fraenkel,  Die  aramuischen 
etc.  p.  2.") G. 

('-)  As-Sammàlîli  ;  peut-être  celui  (pu  est  connu  sous  le  nom  d'Ibn  Diràr. 
Cf.  Tddj  sous  \j'  iJLilw et g-i ,  et  Aghdnt,  t.  Vlll,  p.  101-108. 

('^  Deux  autres  liémisticlies,  qui  explicpient  celui  du  texte,  sont  rapportés 
]>ar  le  Tddj ,  loc.  cil.  : 

etc.  Lx^x..ij 


PROLEGOiMENRS  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       513 

^"^  jiyiji  L^i:k:kj]y  ;L«.-fwJi  j.^\^  Ai[^\  jo^  J*  i^  j;i  U^ 

'"'  ^lydl  M\^  .UU  ^U!^  l«lb 
;jLfi  iO>.><<^iLÎI  x^  diJi  o<.->o'o  a^aSj  wolU!^  A,*j;xJi^  jtot5!  (jLo  3 

("'    P  J\-yxJ\  .  —    '»    s  ^'L^xJlf.   —    M    P  J^..    —    C)    P  v^:^'-   —  '"^    P 
L^    .  _   (f)    P  ^;  V  ^^-.Jjo.  —   (")    p  ^^1  . 


r  qui  a  travaillé  le  fer  est  Al-Hâlik'^^;  as-saflr  «le  courtier'^; 

(il-<imih  «le  fileur55  (ou  le  marchand  de  til);  al-tjtisàiiil .  celui 
qui  plie  la  pièce  d'étoffe  pour  la  première  fois,  afm  (ju'elle 
fl'arde  ce  pli;  (il-iiidsil.lù  ^-^  et  al-inàsiiji   «le  fabricant  d'arcs». 

SECTION  CINQUIÈME. 

Explication  des  règles  concernant  le  nom  propre,  le  surnom 
palronymique  [hinii/<iy  le  surnom  et  la  manière  de  disposer 
ces  diverses  parties  du  nom,  avec  l'ethnique  dans  les  divers 
cas. 

'"'  Al-Ilàllk  II.  'Ami'  II.  \^;i(l  ii.  Kliii/.aima.  \  oir  les  réféivnn's  tlaiis  le  Tddj, 
sous  \J  K:iXti,  [».  i<\-\. 

'-)  Ce  mol  vieiulrait  du  nom  d'un  \iali('  :  \iil)aisa  li.  Vl-llàrilli  surnommé 
Màsiklia.  Il  (Hail  des  Banù  Nasr  b.  Al-A/d  cl  lialiilait  iid  pays  aliondaiil  i-n 
liiiis  à  arcs.  \oir  délalls  dans  7V/'(// ,  stiiis  y    vr-*. 


51/4  MAI-JUIN    1911. 


C) 


P     Ô^Â^y 


Sache  que  le  nom  qui  indique  un  individu  déterminé .  sans 
le  secours  d'aucun  autre  élément  du  discours  ^^\  peut  :  ou  bien 
être  précédé  de  abû  (père  de.  .  .)  ou  de  umm  (mère  de,  .  .). 
comme  dans  Abû  Bakr,  Abu  l-Hasan,  ou  Umm  Kulthûm ,  Unim 
Salnnta  ; 

Ou  bien  indiquer  l'élévation  du  rang  de  la  personne  nom- 
mée, comme  dans  les  noms  Anf  an-Nâqa{\e  nez  de  la  cha- 
melle)''^*, Mulaib (d-asinna  (le  jouteur  de  lances)^^*,  'JJrwa  as-saâ 

C'  C'est  le  sons  ici  de  LiLUa.*.  Cf.  AL-KmDni,  sur  Ibn  'Aqîl  sur  VAlfyiia 
d'IcN  Màlik,  I,  marge  p.  ir*. 

(^'  Ce  nom  a  été  considéré  comme  un  sobriquet  injm-ieux  par  Ibn  'Ac[îl.  sur 
rAlfiiiija  d'iBN  Màlik,  I,  p.  lo.  Alais  Al-Kliidri  raconte  (ibid.)  l'événement  à  la 
suite  dmiuel  ce  sobriquet  est  devenu  un  surnom  lionorifique  de  Dja'far  b. 
(Jurai',  ancêtre  d'une  fraction  de.  la  tribu  de  Sa'd  b.  Zaid  Monàt.  Voici  le  vers 
d'Al-IIutal'a,  qui  à  fait  d'Anf  an-Nàqa  un  surnom  honorifique. 

,  ,  > 

L^JJI  AiUJI   iJUb  (S^'^.  (j*>         (^T^     Z>^6^\j  i^Jill  *?  |._jj> 

•rCe  sont  des  oensqui  représentent  le  nez,  tandis  (jueles  autres  représentent 
les  queues;  et  (pii  donc  pourrait  considérer  comme  d'éjjale  noblesse  le  nez  de 

la  cliamelle  et  sa  queue  ?n  Cf.  Muhit  al-muMl  et  Tâdj  al-arùs  sous  y  t_iJl . 

f^'  'Amir  b.  VlÀlik  Abu  Barà,  Arabe  païen  des  Banù  'Amir  b.  Sa'sa'a.  Il  était 
l'oncle  du  poète  Labîd.  Voici  le  vers  qui  lui  valut  ce  sobriquet  : 
t-  ^      -  -  f-     ^ 

i^l   *>-oJ3!    V\-^     fi  ^\ji         ytle.      Ji^^\  (Jlvbl     Ç^^i 

w'Amir  se  joua  de  la  pointe  des  lances,  et  le  butin  de  l'escadron  lui  revint 
tout  entier.51  Cf.  Caussin  db  Perceval,  Essai,  H,  Afiti;  111,  119  et  suiv.;  Ibn 
QoTMKi,  Kitdh  as-si'r  Ole. ,  i5i;  Titilj  ni- arih  cl  Mithù  \^/  >.^}:  K'ttnh  nlajrhàtii, 
index,  p.  'i:».H,  et  siu'  son  surnom  ,  (.  XIV,  ((.3. 


PROLEGOMENES   \  L'ETUOE  DES  HISTORIENS  ARARES.       515 

jLrjTj  iL]^ Jji  k>wAia£.^  isJ^jJl  OÏA-Mi»^  j.A»LJ!^  yûllali_5  ,^J«l5^1_5  t^i'jJ'^ 

yi  Lol^j  aL^\JI  jiXJiy  j«!5\-u(i)l  <>L^^  /y-XJ^lii  f»U!_5  /vj«xJ!jlc5  /jjvXJi 


///«■  ('Urvva  des  pauvres)^'',  Zaïà  nl-Kliail  (Zaid  des  clievaux)^-', 
Ar-Ra^id^^^  (le  juste),  Al-Mamûn'^'^^  (le  digne  de  confiance), 
Al-Wàthiq  (celui  qui  met  sa  confiance  [en  AHâh])^^',  Al-Muh- 
tdj'i  (celui  à  qui  il  suffit  [d'avoir  Allàh  comme  protecteur])  ^^', 
i4r-Zrt/«r  (celui  qui  triomphe  [grâce  à  l'aide  d'Allah]) '5',  An- 
Nâsir  (celui  qui  fait  triompher  la  religion  d'Allah])  ■'''.  Saiff 
ad-daida  (l'épée  de  l'empire)  ^^^,  '^Adud  ad-daula  (le  hras  de 
l'empire)  ^''^  Djmnàl  ad-dhi  (la  beauté  de  la  religion) ''^^  '^Izz 
(id-dîn  (l'honneur  de  la  religion)^'*',  îmâm  al-harnmnin  (l'imam 

(')  Surnom  do  'Urwa  h.  al-Ward,  poète  brigand  de  l'Arabio  païenne,  (pii 
réunissait  les  misérables  chez  lui  et  les  faisait  vivre  du  fruit  de  ses  rapines. 
(]!'.  Miihù  ol  Tddj  al-arûs  sous  y'JJjuo;  Caissin,  Essai,  II,  538;  Rnonkici.- 
jivNN .  I.itl.,  I,  26,  on  Von  trouve  les  prinripales  indications  i>i!)lioijrnpliiques, 
reproduites  dans  le  Journal  asiatique,  1907,  p.  66,  par  VI.  Rarbier  de  Mey- 
n:ird. 

("^'  Zaid  ^.  ÎNIuhalhil  an-Nal)hâni,  de  la  tribu  de  Tayy,  poète  et  {guerrier 
valeureux,  qui  se  convertit  avec  sa  tribu  à  l'islamisme  en  Tannée  9  de  l'hégire 
(6!5o-63i  ].-(].).  On  sait  que  c'est  en  ce  moment-là  cpio  Mahomet,  frappé  do 
la  noble  attitude  du  guerrier  arabe,  lui  dit  :  «Tu  t'a|)pelleras  désormais  Zaid 
al-khair  (Zaid  i\n  hien).;:  CÂ.  Ajjlulin,  XVI,  p.  li'j ;  Iii\  Qotaiiu,  Kitilh  aH-si'r 
(éd.  i)K  GoKJi:),  p.  i58;  (Iaissin,  Essai,  II,  63r>  et  sniv.;  Prince  ok  Tkano.  Aii- 
nali,  II,  338. 

W  Le  fameux  khalife  Hàrùn. 

(*)  Fils  du  précédent. 

■■'*'  Surnouis  lioiioriiifpies  portés  par  les  khalifes  'abhàsidos,  lalimîdes, 
umayyadcs  d'Espagne,  etc. 

("'  C'est  notamment  le  surnom  du  célèlire  prime  hauid/ànitc  MuV  bllasan 
'\li,  le  protecteur  du  poète  Motanabbi  et  d'\vicenne,  et  ([ui  inouriil  on  356 
liég.  =:()67  de  .l.-(].  Cif.  Si'AMi.KY  Lank  Poolk,  The  Mohaïuiitiidan  Diiiiaslies , 
1  12. 

('^  Surnom  du  fameux  prince  buwaihidi'  du  Ears  (t  873  —  *)8!i).  (if.  Stvn- 
I.EY  Lank  Poof.i:  .  op.  cit.,    ihi. 

"*'  (les  laquli  ont  étt!  p(M'ti's,  comme  on  le  sait,  par  un  ntunbre  (-(msidi''- 
rultle  de  docteurs,  de  qàilis,  etc.   Ils  sont  itien  plus  répandus  en  (Irient  <|uo 


516  MAI. JUIN    1911. 


des  deux  Villes  saintes)"',  Hndjfijdt nl-ishhn  (l'argument  décisif 
de  l'Islam)'-',  Malih  an-nuljàt  (le  roi  des  grammairiens)'^'; 
Ou  bien  le  nom  indique  une  qualité''''  [bonne  ou  mauvaise] 
chez  la  personne  nommée,  comme  dans  les  noms  :  Hadjî 
(connaissem*  en.  .  .  )''^^  Sailàn  'it-Tàq  (le  Démon  du  Tâq)''^', 

dans  ]'Afri(nio  septentrionale  (sauf  TFlffypIo),  si  liicn  que  les  écrivains  du 
Maghreb  disent  d'un  des  leurs  qui  prend  un  de  res  laqnb ,  généralement  à  la 
suite  d'un  voyage  en  Orient  :  *^.,>i4l  (_>LL'i)L  .iJLki . 

C'  C'est  sui-lout  Abu  '1-Ma'àlî '^Abd  al-Malik  b.  Abi  .Alubammad  'Abd  Ailàli 
...al  Djouaini  (|ui  est  connu  ])resquc  exclusivement  sous  ce  surnom  (t  4^8 
=:io85).  Voir  biograpbie  et  l)ib]iograpbie  dans  Brockelmann,  Litt.  Gesch., 
I,  388  et  suiv.  On  peut  y  ajouter  le  ms.  arabe  de  la  Bibiiolbèque  nationale, 
n"   2oG6,  fol.  260   r",  où  l'on  trouve  une  notice  sur  ce  docteur. 

'■-'  Porté  aussi  par  plusieurs  docteurs,  ce  titre  est  devenu  pour  ainsi  diro  la 
propriété  exclusive  du  célèbre  tliéologien  et  pliilosopiie  Abi\  Hàmid  Muliam- 
mad  al-(jbazàli  (t  ôoT)  =1111),  sur  lequel  on. trouve  tous  les  renseignemenis 
désirables  dans  BROckiiniANN,  op.  cit.,  1,  il 9-^26.  J'ajoute  (jue  plusieurs  des 
ouvrages  indi(|ués  par  ^I.  Brockelmann  comme  étant  encore  conservés  en 
manuscrits  ont  été  imprimés  depuis  lors  en  Eg\pte,  tels  les  manuscrits  indi- 
qués sous  les  n°'  9,  i3,  28,  h'è ,  54  et  59,  que  le  Kimiyd  as-sa'dda  (n°  ^9  de 
la  liste  de  Brorkelmann)  aurait  été  Iraduit  du  persan  en  arabe  par  le  fameux 
'Imàd  ad  din  ai-Isfaliàni,  en  5^(5  de  l'Iiégire  (1180  de  J.-C.)  par  ordre  du 
qàdi  al-Fàdd  (Buockelmann,  I,  3i()).  Je  trouve  ce  renseignement  dans  le  Kitàb 
ar-raufhilaiii  d'Anî  Sàma,  éd.  du  (laire,  1287  bég. ,  t.  Il,  p.  20,  1.  2g.  Knfin 
parmi  les  autres  manuscrits,  quebpies-uns  se  trouvent  aussi  à  l'Escurial  et  à  la 
Bibliothèque  royale  de  Madrid. 

<•'*'  C'est  le  surnom  du  grammairien  et  jurisconsulte  Abu  Nizàr  h.  Sàfi 
(t  568  hég.  =  1  173  de  J.-C).  Cf.  Iln  Kiiallikàn,  trad.  de  Slane,  I,  389. 

'■'''  Je  propose  ici  une  conjecture  (jui  me  paVait  }iresque  certaine.  Elle  con- 
siste à  lire  JCjua;  (de  ^})  au  lieu  de  ^jL^j.  Ainsi  (ji^\  HJlj^;  fait  antithèse 
a\ec  <^^i!  *«j^  donné  plus  haut,  p.  5 1/1. 

(*)  Cf.  Tddj,  sous  y/>:S-. 

'"'  Le  Tiu|  est  1(!  nom  d'uni'  litadelle  du  Tai)arisiàn ,  où  habitait  le  chef  des 
Khàridjiles,  Muliammad  ii.   an-Nn'inàn.  ipii   lut    nouuué,  pour  (fia ,  le  dènion 


PROLÉGOMÈNES  À  UÉTUDE  DKS  HISTOHIENS  ARABES.       517 

Jl>Ljo  tow-^  iLxJi'^_^  jiJiï  i^^ks.  (^v^l  Jo  U.^>^  Jv2».|^  >-«*<*J  ^  »X.»j 

(°)  P  ^oJi  .  —  (•■)  S  ^^..Ja^j.  —  (^:'  s  s;^j . 


ahn    l-ahar  [l'homme  aux  larmes)'^,  Djahza  ((jiii  a  les  veux 
à  fleur  de  tête  et  saillants) '2'.  Al- A1;awivah  (le  trapu) '^l 

Parfois  le  nom  n'indique  ni  le  rang  ni  une  qualité  de  la 
personne,  mais  se  trouve  accoUé  à  celle-ci,  à  la  suite  d'un  évé- 
ment  (dont  cette  personne  a  été  le  héros).  Tels  sont  les  noms 
de  :  GhasU  aJ-mahYikn  (celui  qui  a  été  lavé  par  les  an<fes)  ^'''. 
Hfnnî  ad-iJahr  (le  protégé  des  abeilles)'^',  Mnlfiiji/tiii  (l'Iiomme 


(lu  'j'àq.  CA.  Tddj  al-'arÙH  sous  v/  i5>^i  P*  ''38.  On  a  donne  aussi  ce  sohri(|ii('t 
à  un  traditionnisle,  du  nom  crAliù'  l-'Abbàs  Alimad  1j.  Hàrùii  as-Sarniadi.  (!t". 
Rahiîiku  de  Meïnard,  dans  le  Jniirn.  asiat.  ign^,  t.  \.  |).  6i.  Sur  nn  |i(ièlo, 
surnommé  pLiJI  yLL^  trie  déniun  de  ia  Syrien,  et  conlomjiorain  d'IuN  Kiim.- 
i.iKÂN,  voir  celui-ci,  fVaJayàl,  notice  5(i'i.  infnn  (éd.  Wi  stenkem)  ). 

C'  C'est  le  surnom  d'un  poêle  hoiillon,  dont  le  nom  est  Aliù  'l-'Abl);\s  Ali- 
mad 1>.  Mulianunad  li.  Vlnnad  aTAiibàsi  al-llàsimî,  né  en  170  de  l'Iiéj^ire. 
Sa  bioj[i'a|)liie  est  doiint-e  pai-  le  KiliKi  ni  aghdnî,  XX-Sç)-g3.  Voir  aussi  Ir.N 
SÀKIK  Ai,-KiTLBÎ,  Faivàt,  II,  917;  T(i(lj ,  111,  377;  DzAiiAiiî,  Mustnhijt ,  877. 

'-'  C'est  le  surnom  d'un  |)oète  musicien,  Abu'  1-Hasan  Abmad,  arrière-pelil- 
lils  de  Yaiiyà  le  Barmécide.  Il  mourut  dans  dans  la  misère  cil  826  (937), 
cL  Ir.N  KiiALLiKÀN.  éd.  WilsTKNFKi.i),  Hotice  5/1;  kildb  al-ai>luln{  [éd.  Roulai]), 
V,  8a;  Laluif  al-ma'drij'  [('d.  de  Jonc),  p.  85.  OzaiiabI,  dans  son  '/'«"riV./i  al- 
inhliii,  ms.  de  Paris,  n"  i58i,  fol.  la'i",  le  lait  mourir  en  3 2 A,  selon  une  opi- 
nidii  (pii  est  égalemout  rapportée  par  Ibn  Kliallikàn,  Inc.  cit. 

'■''  C'est  le  surnom  du  poète  '\ii  ii.  Djabala,  (pii  In!  mis  à  mort  par  ordre 
d'al-Ma'mùn  en  9  1  3  (828  dt^  .l.-C.).  (il.,  pour  les  références  bio}jraphi(pies  et 
biblioj;raplii([ues,  Riiockelmann,  Litt.  Gosch.,  I,  78;  et  DKlhM>iKH,  l.itt.- 
(iesch.,  III,  701. 

('"'  Surnom  de  llan/.ala  b.  Abî  'Amir  ai-Ràbib,  tin'"  à  la  bataille  d'i'luul 
((»25  de  J.-C.).  En  ap|)renanl  sa  mort,  Maliomot  s'éciia  :  «En  vérité  sou  r^rps 
sera  lavé  par  les  anges. '1  Cf.  Kilti/i  al-airliiinî,  XV,  iG5;  '{'admiI,  Aiiiinlfs , 
1"'  série,  p.    1 '1 1  o  ;  Prince  m;  Ti:»no,  Aiinali  drll'  Ixliiin,  1,  5()3  ,  u"  a5. 

(^'    (i'est  le  surnom  de  '  \sim  b.  'riiàbil  alAusàrl.  Cf.  '/(»<// s.nis  i/^,^.  p.  1  do. 


518  MAI-JUIN    1<J11. 


w   V  c:.L.j.  —  f*-)    P  _Hi-^lj.  —  W    P  J^  jo^. 


éclaboussé  de  boue)  ''',  S^/îV/  djazara  (Sàiil.i  la  brebis  grasse)^'''', 
Tliàhil  Qutna  (Thâbit,  l'homme  au  tampon  de  coton  ) ''L  Al- 
Mubarrad  (le  rafraîchi)'*^,  Dltn  ' r-Rumma  (^['homme  au  bout  de 


il  fut  lue  traîtreusement  à  la  journée  de  Radjî',  en  l'année  k  de  Tliégirc 
(695-626  de  J.-C).  Il  dut  son  surnom  à  ce  qu'un  essaim  d'abeilles  défendit 
son  cadavre  contre  les  ennemis  <jui  voulaient  le  mutiler.  (If.  Caussin,  i'ssrt/, 

III,  117- 

'•'   Surnom  du  traditionniste  Mul.iammad  b.  'Abd  Allah  b.  Sulaimàn  al-Hadra- 

mî,  qui  vivait  à  Kùfa.  Son  surnom  doit  être  prononcé  d'après  le  paradi/;mi'  0^ 
{Titdj ,  111,  p.  35o)  jiour  ne  pas  le  confondre  avec  'Abd  Allàli  b.  Muliammad  al- 

AIulay\in  (comme  ii>.xs:),  autre  traditionniste,  maître  d'Ibn  Manda;  dl'.  Tàdj, 
IX,  p.  870. 

<-'  Surnom  du  traditionniste  Abu  'Ali  Sàlih  b.  \luliammad  b.  'Amr  al-I5a}i|i- 
dàdzî.  Ci'.  Tàdj  al-ariU,  III,  p.  97.  II  mourut  en  29^1  (906),  cf.  Ibn  ai.-Athîu. 
Ckronicon ,  VII,  p.  38a. 

(')  Surnom  d' Abu' l-'Alà  Thàbit  b.  Ka'b  b.  Djàbir  b.  Ka'b  al-Alki,  sur- 
nnnnné  (hilna  (tampon  de  coton),  poète  el  {juorrier  du  Khoràsàn.  Dans  une 
liiUaille.  celle  de  Samarqand,  dit-on,  il  eut  un  œil  crevé,  qu'il  tamponna  avec 
un  llocoii  de  coton,  d'où  son  surnom.  (A.  Tàdj  nl-'arûs,  IX,  p.  3ia,  Dzmimiî, 
\liislabih,  p.  ^28,  et  Soyiitî,  Mnzitir,  éd.  Caire,  II,  gi8,  qui  le  nomment  00b 
^kJ9  ^ji,  d'après  le  KitdO  al-oghdnî,  XIII,  49-6^;  voir  aussi  Ibn  Ai.-ATiiin, 
Cliroiiicoii ,  V,  p.  109-112. 

(*)  On  connaît  le  fameux  philologue  et  historien  qui  porte  ce  sobritpiet.  Ues 
sources  de  sa  biographie  et  la  bibliographie  sont  dans  Brockki.m ann  ,  op.  cit.,  I, 
108-109.  J'ajoute  seulement  (|u'en  ce  qui  touche  l'origine  de  ce  sobriquet,  on 
peut  consulter  Ibn  Kuaclikân  (éd.  Wûstknfeld)  ,  notice  667,  trad.  Slane,  III. 
35;  Tua'âlibI,  Latd'if,\u  33;  SoyCtî,  Muzhir  (éd.  Boulàq),lI,  216.  Je  prolilc 
(II'  ce  qu'il  est  question  ici  d'AI-Mubai  rad  pour  signaler  l'exislence  à  la  Biblio- 
thèque nationale,  d'un  abrégé  de  son  Muqarrab,  dans  le  manuscrit  arabe 
/i8i5  r".  Il  porte  ie  titre  de  vr*^'  '-:^f-f^i  et  a  pour  auleiu-  Abu  Hayyàn 
\Iuliammad  al-Andalusi  (voir  Biuxiki.i.M  \n\  ,  II,  loc)).  (if.  Hài)ji-Kiim,k\  , 
VI  .'83. 


PROLÉGOMÈNES   \  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       519 

L_iJ!y5  iJ^3  jj,-.^^  Oov^  Jptil  |^iJl_^  ili^  (_,U]i)i  ^^j  aS-^I 


corde) '^',   A.ySrnq  (l'homme  étourdi  par    le   fracas) ^'-^^j  Surr 
Durr  (sac  de  perles )^^^  Hais  Bais  (désarroi)'*'. 

Ces  trois  catégories  constituent  ce  que  l'on  appelle  les  alqdb 
(^rognomen).  Tout  ce  qui  est  en  dehors  est  le  nom  proprement 
dit,  comme  Zaid,  \imr;  c'est  le  nom  fvopre  Çalam).  Celui-ci 
peut  être  simple,  comme  dans  les  deux  exemples  précédents, 
ou  composé  —  soit  d'un  verbe  et  d'un  sujet  '^',  comme  Taahlmta 
Sarr""  (il  a  mis  un  [instrument  de]  mal  sous  son  aisselle)'''  et 

('i  Le  poète  qui  porte  ce  sobriquet  est  trop  connu  pour  qu'il  soit  besoin  de 
donner  sa  biograjtliie.  Je  renvoie,  pour  l'indication  des  sources,  à  RRitcKFLMANN, 
op.  cit.,  1.5^,  auquel  il  faut  ajouter  Iiin  Kuallikàn,  éd.  Wlstknkki.i),  notice 
n°  534;  Khizdnat  al-adab  (éd.  Boulàq),  II,  /*5i;  Ibn  Qotaibv,  Kitd/t  ai-iir, 
p.  334. 

■-)  Surnom  d'un  guerrier  arabe,  dont  le  nom  est  Kliuwailid  b.  Nulail  b. 
'Anir  b.  Kilàb;  cf.  Tddj  al-'arùs,  VI,  p.  4o8.  Le  traditiounisfe  Abu  Y;di\ii 
Muliammad  b.  'Abd  ar-Raiimân  al-Bagbdàdzi,  un  des  maîtres  d'AI-Bukbàri, 
portait  le  surnom  de  iuLclo  rria  foudres.  Cf.  Barbier  dk  Mkïnari),  Jauni,  (imat., 
1907,  t.  X,  p.  62;  Ibn  al-Atiiîb,  Chrnnicon,  I,  !i\'j. 

'•■''  Surnom  du  poète  Abu  Alansùr  'Ali  b.  Al-Hasan  (t  A65  H.  =  lu;:-  de 
.!.-(;.).  Cf.  BnocKKLMANN,  op.  cU. ,  I,  sSi.  Le  père  de  ce  poète  était  si  avare 
(pic  ses  contemporains  l'avaient  surnommé  Ju  ^  rrsac  de  crottin-',  i.i.  Iiin 
KiiALi.ihÀN,  éd.  WûsrKNKELD,  ooticc  4K5. 

""  Surnom  du  potMe  Abu'  1-Fawàris  Sa'd  b.  Mulianuiuxi .  .  .  b.  as-Saifi 
al-Taniinii  (t  67^  —  1178).  L'origine  de  ce  surnom  vient  de  ce  qu'il 
avait  dit,  un  jour,  en  voyant  les  gens  de  Bagbdàdz  aller  et  venir  très  aiïairés  : 
ja^  jo^î^  i  o"^-*^  '-•  f  Qu'ont-ils  les  gens  pour  être  ainsi  dans  le  désarroi  ?-i 
(]f.  Ii!N  KiiAi.i.iKÀN,  éd.  WisTENKEM),  notice  «07,  et  Aiii  Sv»n.  kità/i  nr-rttu- 
ildliiiii    (('(1.  Bouli'iq),  I,  p.  i35;  Ibn  ai.-Atiiîb,  Clininiron ,  XI,  ((i- i  (i(»-'.n  K-3«)(». 

('•'    El  d'un  C(UupirMuenl. 

'-'■      (if.    KliOlkKI.M  \NN  ,    /,(//.    (Ifsrll.,    I,    !l.'l. 


520  MAI-JUIN    1911. 

»X.^.^O    JfcJuL*    /rfvui   (J^^^  ^'"«'^  >^lx5    (^IsU^I^I    J-»À95    »X)Ia«^S    riX»^^ 

ol*-*ij  J^xAjaÀj  Joui  (j-^^î  tXxwjî^  >Xî»-o  JjLAàÀï  Jjtît  (>^^^  :>_jjtv*.^^ 

(il)  ""    ->  ^^  X  "^ 

4XJ5       J-^i  v-A-iXii  _^^3  Jj-^^j  <_j^A,Lallj  jillaî!  ^y>^^  cj^iN.)!  _j.sû^ 


Baraqa  Nahruhu  (sa  gorge  a  brillé)^",  —  soit  de  doux  noms 
qui  ont  été  combinés  et  qui  sont  considérés  comme  un  seul 
nora,  i^  Sihawaihi^'^\ 

Pour  ce  qui  est  du  nom  simple,  il  peut  être,  ou  improvisé ''^\ 
c'est-à-dire  un  nom  qui  n'a  jamais  été  employé  que  rouune 
nom  propre,  tels  Madzhidj  (nom  de  tribu)  et  'idad  (noiu  do 
tribu),  ou  truitspcyrlé ,  soit  d'un  inasdar  (nom  d'action)  comme 
Sdd  (félicité),  Fadl  (abondance),  soit  d'un  participe  actif 
(ou  nom  d'agent),  comme  ''Amir  (qui  vit  longtemps)  et 
SâUlj  (qui  convient  à...),  soit  d'un  participe  passif  (ou 
nom  de  patient),  comme  Muhammad  (celui  qui  est  comblé 
d'éloges)  et  Masùd  (heureux,  fortuné  =  Félix),  soit  d'un 
nom  formé  selon  le  paradigme  «/^'/  de  W'iatif,  comme  Aljiiiad 
(le  très  digne  d'éloges)  et  Âs'ad  (le  très  heureux),  soit  d'autres 
formes  de  l'élatif,  comme  Thnqîj'^'^\  qui  se  dit  de  celui  qui 
s'entend  à  une  chose  et  sait  arriver  au  but,  Salûl  (celui  qui  est 

(')  Voir  ci-dessus,  p.  hg'i,  et  SiBAWAiiu,  éd.  Derenbourg,  II,  ]>.  5/i. 

(^)  Voir  sur  la  composilion  de  ce  nom,  Ibn  Khalmkàn,  éd.  WïiSTKNFKi.n, 
notice  5i5  in  fine;  Sacv,  An(h.  grammal.,  p.  4i,  et  Debenbouro,  l'n'Tacc  de 
l'édition  de  SIbawaihi. 

''^   Cf.  Sacy,  Grani.  ar.,  II,  2G8. 

'*'    Ou  thifiqt/.  (]{'.  r«rf; '^ous  ^/oUlS  . 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       521 

<J  (a.)       0  ^  Q  jf 

jXci-)^  <^.-?rP   ?^L»ix«>  j_|x»  ^j^  ^)^J..ç^ii5  (juO 
y_jXj  Lûiw**fci  oJiUI^  Aaà53Îj  jt^ii    ovi^  *Xâ  iil  4_»jAiail  l*X;&  5-t 

'")   S.  Les  huit  mots  précédents  manquent. 

très  maigre  ou  phtisique).  Le  nom  propre  est  transporté,  tantôt 
d'un  nom  concret,  comme  Asad  (lion),  Saqr  (sacre,  oiseau  de 
proie),  tantôt  d'un  verbe  au  prétérit,  comme  Aban  (il  a  séparé 
ou  manifesté),  Saniniar  (il  a  retroussé),  ou  à  l'aoriste  comme 
Yazid  Ç\\  ajoutera  ou  il  augmentera),  Yaskiir  (il  manifestera 
de  la  gratitude). 

Utilité  de  ces  questions.  —  Maintenant  que  vous  savez  ce 
que  signifient  le  '^alam,  la  kunija  et  le  laqab ,  la  disposition  de 
[ces  diverses  parties  du  nom]  a  lieu  d'après  un  ordre  déter- 
miné. Vous  mettez  le  laqab  (surnom)  devant  la  hunya  (surnom 
[)alronymique)^",  celle-ci  devant  le  "alam  (nom  propre),  et 
enfin  la  nisba  ou  relatif,  tiré  du  nom  du  pays  (ethnique),  de 
l'origine,  du  rite  secondaire,  du  rite  dogmatique,  de  la  science 
[cultivée   par  la  personne],   on   de  sa  j)rofession,   ou   de   sa 

"  Que  le  laqah  suive  ou  précc'do  la  kuinjit ,  ri'ln  osl  indilloiï'ul ,  (Taiirès  les 
oonunonlnlours  de  XAIfifiifa  dTiiN  .Mvi.ik  (cf.  litN  'A(.)ii,  ol  Ai.-KiiiiMii ,  éd.  iJou- 
liK],  il5o2  ,1,  |).  05).  \u  coiiliairc,  Ibn  Màlik  (vers  75)  et  ses  comnienlalcurs 
sont  (raccord  [loui'  dire  que  le  laqab  doit  être  placé  après  le  nom  propre, 
coulrairemont    à    l'opinion    d<'   Sal.\di.   Il   est  vrai    (|UP    dans  IVxeniple  qu'ils 

donnent  :  *s'^l  Jiji  ^J"-»^'  ''^-  '"'/«/'  c'sl  un  vérilaido  sobricpicl,  cpi'il  eût  été 
dilliciie  de  mettre  devant  le  nom  propre,  .limaffinc  cpi'on  lui  a  donné  celle 
place  parce  <pic  cela  rovicnt  à  cette  construction  :  Dja'far  dit  (c  o^^l)  tU- 
ne/,  de  la  cliami'ilo". 


522  MAI-JUIN    1911. 


u' 


A-zfc-Lo  ^^^i)|  --cl-ÀJi  (jj-*-J^  ''*^-*^  U>_i  (^iî»NjtJ!  i^U  (wo  wwwJ  *xJj 
^^UJt      x'iÀi  f-^T*J'  ^  o»^*>«-«v  ij^ij^  t^Y***'^'  JI^Li.]!  (j**J<Kji)| 

(")   p_j.  _  (b)   p  jji^.  _  (Cl   jjiij.  _  (.1)    j^,  _   M   p  ^^^i,  _  (f)   p 


qualité  de  khalife ,  ou  de  sultan ,  ou  de  vizir,  ou  de  qàdî ,  ou 
d'émir,  ou  de  saïkk,  ou  de  pèlerin,  ou  enfin  de  son  métier. 
Toutes  ces  parties  du  nom  se  mettront  avant  tout  le  reste. 

Ainsi,  s'agit-il  d'un  khalife,  vous  direz  :  le  Commandeur  des 
Croyants  An-Nasir  lidln  AUdh  Abu  l-Abbâs  Alimad  as-Sàmni 
(s'il  est  né  à  Surra-man-ra^â)  al-Baghdàdzî  (pour  le  distin- 
guer d'An-Nâsir  l'Umayyade,  le  souverain  de  l'Espagne) 
asSnfiî  al-As'^arî  (s'il  suit,  quant  au  fuvu,  le  rite  juridique 
d'As-Sâfi'î,  et  s'il  s'incline,  quant  au  dogme,  à  la  doctrine 
(l'Al-As'arî),  et  vous  ajouterez  ensuite  :  aJ-Quvaèl  aJ-Hùiimî 
al-  Abbâsl. 

S'agit-d   d'un   sullau,  vous   direz  :    As-Snitdn  al-Mahl,-  a:- 

Zâlnr  linLn  ad-din  Abu   l-Falh  Hadmrs  as-Sàhhi  (comme  rclalil 

•    •      •     \ 

tiré  du  nom  de  son  maître  Al-Malik  as-Sàlil.i)  at-Tindà  al- 
Biuuhqdàr  ou  bien  as-Sdàljdàr. 


PROLEGOMENES  A  L'ETUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       523 

w  I 

*U^!!i!  i  J>-«^5  J.JOÙ  IX  t^àUJ!  >j->»#.j^  (^oJî  (jU»  i5-<«UJi      dUJs^ 

(e)     ^  •^       '*-    (il)  .  fc) 

*X)uli>^yà.i)l       Jx*^'  (ji  Jî  '    ^IJî  :>->s«.J^  (^r!*>^î'  IJ^'^J-*^^^  dUtXS' 

Jyi:>^    l-S^^j  (;5i>LJi  ^i  ^;-il4I  JcLo  «^iJI  J^o  1^  ov*,^  u^^^^ 

i^jAôiJlj   AA.^        (*vi^   yi  <il      ^U^i  à^-w*J^    -^yÀJl  ^5    -?-^'  ^'    -Loi)i 

jXjç,^  -^^--^^  (ijj*>^'  (j^  ^^4  v'^^'  a  Jyi-j^  t^>^'  ^'  er-*-^'  ^' 

("'  P  JjJLrfj.  —  (*')  P  tdJJJ.  —  (°)  P.  Los  11  mots  qui  procèdent  man(|iicnt. 

—    C)   P    Jo^ç.    —    (^)  V   *xJUL.v   —   (')   Pi.—    '"■'   P  ^.    —  ">  V 


S'il  s'agit  d'un  vizir,  vous  direz  :  A  ad-dm  Abu  X  Un  lel  el 
vous  disposerez  le  tout  comme  il  a  été  dit,  [)uis  vous  ajoutez  : 
luzii'  d'Un  tel. 

S'ugit-il  d'un  (pidî,  vous  direz  pareillement  :  Le  Qàill  A  ad- 
dîn  et  vous  disposerez  tout  le  reste  comme  il  a  été  dit  précé- 
demment. 

Pour  les  émirs,  vous  direz  de  même:  l Emir  A  ad-dln  et 
vous  disposerez  toutes  les  autres  parties  du  nom  de  façon  ;i 
mettre  en  dernier  lieu  le  litre  de  fonctionnaire  sous  lequel  il 
était  connu  avant  de  devenir  émir,  comme  nl-Djàsinhlr,  ou  aa- 
Sùqi,  ou  tout  autre  titre. 

Pour  les  docteurs,  vous  direz  :  nl-idlàma  ou  (d-hnji: .  ou 
nl-nuisnid  (s'il  s'agit  d'un  docteur  très  vieu.x  et  cpii  a  rapporté 
beaucoup  de  Ixidlllis)  ou  (d-wu)m,  ou  ns-snil,li ,  on  (d-fiujih, 
(puis  vous  indiquerez  le  reste,  pour  clore  le  tout  par  :)  td- 
'asùli  (le  savant  versé  dans  la  connaissance  des  'usai),  ou  al- 
manli(fi  {\q.  logicien),  ou  ^m-«r/A/n  (le  graumiairien). 


524  MAI-JUIN    191  1. 

ls-1  Liojï  y^  t^T^^  cs'fy^'  ^*JiJ!  od*  «.is  aMI  ^^^^  ^^jv-dJijio 
^i  i^^  v^JUs  ^1  ^  ^J^  (Jl  (--v*>*-Ji  y'5'^!_5  jl^juj!  ^_^iJÎ  ^Y*^' 

aMI   ^^>  A^i»  Jî    <_/<.A«jJî    yl^y'_j   ^^j^'  ^^l-^J'  (5^Y^^  ^^^  *^ 
(")  P.  Les  2  1  mois  précédents  manquent.  —  '"*'  P,  Ce  mot  manque. 


Pour  les  hommes  qui  ont  un  métier,  vous  direz  :  al-hnzzàz 
(le  marchand  d'étoffes),  ou  al-nll(ir(\e  marchand  de  parfums), 
ou  nl-l,li(iijijnt  (le  couturier). 

Si  la  généalogie  [de  la  personne  |  remonte  à  Abu  Bakr  as- 
Siddîq  —  qu'Allah  soit  satisfait  de  lui!  —  vous  direz  :  Al- 
Qiiraèi  at-Tnimi  al-Bahn ,  car  la  tribu  de  Qurais  est  trop  vaste 
pour  que  l'on  soit  nécessairement  Taimite  et  l'ethnique  Tnimilc 
est  trop  général  pour  que  l'on  soit  nécessairement  un  descen- 
dant d'Abû  Bakr  —  qu'Allah  soit  satisfait  de  lui  ! 

Si  la  îîénéalome  remonte  à  'Omar  ibn  al-Khattâb  —  qu'Allah 
soit  satisfait  de  lui  !  —  vous  direz  :  (il-Qurasi  al- Adam 
al- Oman. 

Si  la  généalogie  se  rattache  à  'Othmân  ibn  'Atïân  — qu'Al- 
lah soit  satisfait  de  lui!  — vous  direz  :  al-QurasI  al-Umaivi 
al-Olhniâni. 

Si  la  généalogie  se  rattache  à  'Ali  ibn  Abî  Tàlib  —  qu'Al- 
lah soit  satisfait  de  lui  !  —  vous  direz  :  al-Qurasî  al-Hàsuttl 
al- A  la  ai. 


PROLÉGOMÈNES  A  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARARES.       525 

^jl  (jJ    ^Xaw   (J!    w-«iV*jL!l    (jO    ^J\^   (^r*^'J^      ^»X*«i)l    ;S*T*^'    CA-Lï    Aj-fi 

<5oL£  aMI   j_jAsn    Cij^  ^  (:^T^'   *^'î^   ti'   'r*'-**^^   y^   u'^    (^^   '"^  *^' 

'"^  p.  Les  12  mois  précédents  manqucnl.  —  C")   P  V  (^~,_jfJ\ .  —  ("-   V.  Les 
1  o  mots  précédents  man(|iient.  —  ('''   P.  (ie  mot  manque. 


Si  la  g(;néalofTie  se  rattache  à  Tall.ia  —  qu'VIlàh  soit  satis- 
l;nt  (le  lui  !  —  vous  direz  :  nl-Qarosi  al-Taiml  al-TnIln. 

lia  {généalogie  se  ratlache-t-clio  à  Az-/ubair  —  i|u'Allàh 
soit  satisfait  de  lui  !  —  vous  direz  :  al-Qurnu  al- Asadl  az- 
Zulxnri 

Si  la  généalogie  remonte  à  Sa'd  ibn  \\n  VVaq(|as  —  qu' Al- 
iàli  soit  satisfait  de  lui  !  —  vous  direz  :  nJ-Qnmsl  <i:-Znlirl 
(la-Sd'di. 

Si  la  généalogie  remonte  à  Sa'id  —  qu'Allah  soit  satisfail 
de  lui  !  —  vous  direz  :  nl-(Jnr/ièî  nl-Adtiwl  as-Sakli.  Mais  on 
ne  sache  pas  que  quchju'un  ait  fait  remonter  sa  généalogie  jus- 


(lu'à  lui. 


Si  la  généalogie  remonte  à  'Abd  ar-llahmàn  ibn  'Vuf  — 
([u'Mlàh  soit  satisfait  de  lui!  —  vous  direz  :  (il-(Jiinisl  a:- 
/ulirl  fil- An/ i,  des  dcsccndaiils  de  Whd  ar-li<iliiiiàn  ihti  Wiif. 

Si  la  généalogie  remonlc  à  Vbù  'Obaida  ibn  al-Djarràh. 
vous  direz  :  (d-Qiiniii}.  des  desccnd/oils  d'iln'i  'Ohaldti,  si  ce  n'est 
([lie  celui-ci  n'a  pas  laissé  d<;  postérité. 

XVII.        .  3/» 


lymiuriitR   siThikktK. 


526  MAI-JUIN    1911. 

■^  w  * 


Ce  que  je  viens  de  dire  ici  constitue  la  règle  connue,  la 
roule  fré([uentée  et  babituelle  des  hommes  de  science,  bien 
qu'on  trouve  au  cours  de  ce  livre,  dans  certaines  biographies, 
des  éléments  de  noms  qni  ont  été  avancés  ou  reculés,  contrai- 
rement aux  règles  précédentes  ;  ce  sont  des  lapsus  aiîami  ou 
des  fautes  d'inattention  de  l'esprit.  Du  reste,  je  n'ai  établi 
la  règle  ci-dessus  que  pour  qu'on  y  ramène  les  noms  qui 
seraient  disposés  différemment.  Et  c'est  d'Allah  [qu'il  convient 
d'implorer]  l'assistance  ! 

AvEnTissEMENT.  —  Plus  VOUS  rcmoutez  dans  la  série  des 
noms  et  des  ethniques,  plus  vous  en  tirez  profit  et  évitez  la 
confusion.  Voici,  en  effet,  ce  qu'on  raconte '•'  :  cçAl-Mu'alâ  ii)ii 
Zakariyyâ'  an-Nahrawani ^^^  a  dit  :  «Une  année  que  j'accom- 

'■'  Cette  anecdote  est  raj)portée  aussi  |iar  Ibn  KiiALi.ikÀN,  éd.  WCstknfki.i), 
notice  n°  786,  avec  ([ueiqiies  variantes  dans  les  termes,  sans  {grande  impor- 
tance. 

'-'  Sur  cet  auteur  t  iigo  (1000),  \oir  Bikickki.mann,  Liu.  dexch  ,  l,  18^1: 
Ibn  Khalmkân,  Ioc.  cit.,  à  la  note  précédente;  Ibn  ai.-Atiiîh,  CIn-onicon,  IX, 
|j.  1 16. 


PROLÉGOMÈNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARARES.       527 
jUCi  Axi  oJjJ  (jv-i^î'  (j^^rô-*  (j-*  ^iLljtJ  JUii  «XM  U  li      bî  bû  ciJJii 


plissais  le  pèlerinage,  je  me  trouvais  à  MinA  durant  les  [trois] 
jours  du  tahri(i  ^^^,  lorsque  j'entendis  quelcpi'un  qui  appelait  : 
k()  Abu'  1-Farudj  \r.  C'est  peut-être  moi  qu'il  domaudo,  me 
dis-je;  mais,  ajoutai-je  en  moi-même,  dans  la  foule  il  y  a  l)ien 
des  personnes  dont  la  hunjn  (surnom  patronymique)  est  AbiV 
1-Karadj,  et  je  ne  lui  répondis  pas.  11  appela  de  nouveau: 
1:^0  AbiV  1-Faradj  Al-Mu'àfâ  !  -n  Je  pensais  lui  répondre  ipiand  je 
me  dis  :  il  se  peut  que  cette  personne  se  nomme  Al-Mu'àlâ. 
et  ait  pour /.//«yrtr  AbiV  1-Faradj,  et  je  ne  lui  répondis  pas.  Mais 
l'hûmme  appela  d(î  nouveau  :  ciO  AbiV  1-Faradj  Al-Mu'afà, 
"(ils  de  Zakariyyâ  !  ?5  Je  ne  lui  répondis  j)as  encore.  Enfin 
riiomme  appela  :  ^^  Abu'  l-Faradj  \l-iVlu'àfà,  (ils  de  Zal<a- 
«riyyà,  de  Nahrawàn  I  ^)  \lorsje  me  dis  :  il  ne  resie  |)lus  aucun 
doute  que  c'est  moi  (pi'il  appelle,  puiscpi'il  a  iii(li([U('' ma  bini/n. 
mon  nom,  le  nom  de  mon  pèr(>  et  celui  de  ma  ville,  oi  alors  je 
ré'poiulis  :  «Me  voici  !  Oue  me  voulez-vous  ? —  Vous  êtes  pro- 
«bablemeut  de  Nahrawàn  d'Orient  1  me  dit-il.  —  Parlaileuienl, 

")  Trois  jours  (|iii  sium'uI  li-  jour  des  iiiiinolatious,  c'est-à-dire  li-  i  i,  i  u  ol 
i3  Dzû-l-IIidjdja. 

36. 


528  MAi-JUIN.  19  11. 

^  fl)')  fa]  -" 


(»'  P  a  icijj-.  —  C")  P  vj»-"- 


«l'c'pondis-je.  —  Nous  cherchons  au  contraire  [un  homme 
wde]  Nahrawân  d'Occident.  55  Je  fus  émerveillé  de  cette  coïnci- 
dence, w 

l^a  même  confusion  se  produit  entre  Al-Hasanb.  'Abd  Ailàh 
al-'Askari  Ahù  Ahmad.  le  lexicographe,  l'auteur  de  Kitâb  nt- 
idshlf^^'i  (le  livre  des  fautes  d'orthographe) '-'  et  Al-Hasan  h. 
'Ah(i  AHAh  al- Askari  Abu  HilAl,  l'auteur  de  Kitûh  al-mv(fih'l 

(''  Sur  cel  ouvrage  et  son  auteur  t  388  (998),  voir  Ibn  Khallikân,  ccI. 
VVè.steî;fkld ,  nolicc  1 63,  et  la  note  3  ci-dessous;  cl'.  IIamver  Litt.-Gesch.,  V,  53  i . 
C'est  (le  ce  kitâh  at-lasluf  qna  HAdji  Kh.u.fa,  à  l'article  lai^  (^(t-  ^^'i  P-  *'''^)i 
a  tiré  les  élémonls  de  son  étude  sur  l'origine  des  points  voyelles  en  arahe. 
Voir  aussi  1b>  al-\tiiîr,  Cliroiiicon,  IX,  9'y;  \àoÎt,  Irchàd  (  Gibs  Al),  3,  p.  laC). 

'"-'   Surtout  celles  occasionnées  par  le  rh-ingcment  des  points  diacritiques. 

'^'  Sur  l'œuvre  et  l'auteur,  voir  Hammkr,  Lilt.-Gesch.,  V,  678  et  VII, 
1121,  et  BnocKELMANN,  uj).  cit.,  I,  196;  Yàqît,  op.  }aui}.,y.  i35;  Encydoféihe 
ilrs  sciencpx  iiiusKlinanes ,  s,  v.  Askari.  J'ajoute  que  ie  Kitàb  a.s-mna  alain  ul- 
hilàl/a  M'f/s-si'r  (n°  2  de  la  liste  de  IJiockdinann)  a  été  pul)lié  au  (iairc 
par  Muliaunuad  Ainîn  al-lvliànigi ,  et,  ce  qui  est  plus  important,  que  le 
kitàb  at-lasljif  (n"  9  de  IJrockeluiann)  est  l'œuvre  de  riiomouyme  de  notre  au- 
teur. Sur  cet  ou\rage,  voir  en  dehors  des  renseignements  fournis  par  Bnoc- 
KELMAXN,  loc.  cit. ,  la  dissertation  de  Al.  Brônlf,  dans  les  Actest  du  Congrès 
dos  Oricnlalislrs  de  Boiiic ,  III,  fî"  partie,  p.  6-8.  H  faut  j)eut-ètre  aussi 
enlèvera  Ahù  Hilàl,  pour  l'attribuer  à  Abu  Ahmad,  la  paternité  du  Rildli 
Djainharal  al-aintlull  (11°  1  de  Hrockelmann)  et  du  Ritdb  az-:awddjir  wcd-mu- 
ird'iz  (n°  6  de  Iji'ockelmann),  conformément  au  témoignage  d'iBN  Kiiai.i.ikân, 
éd.  WCstenfei.d,  notice  i  (io  et  surluut  1/18  (celle  d'A!-Haddjàdj  b.  Yùsuf), 
p.  79,  I.  1,  où  fou  trouve  une  citation  du  Kkdb  al-la.sijif,  d'Auû  Ahmad  Al- 
'AskAiù.  Je  termine  celle  note,  en  signalant  l'existence  du  Kitdb  al-awd'ih 
dont  RiciiAiii)  (îosciiK  regrettait  la  porte  dans  sa  dissertation  :  Die  Kildb 
alawd'il.  Eine  liUerarhislorisclic  Stiidir  (Halle    1867),  p.  aa.  En  effet,  l'œuvre 


Pr.OLK(iO:\IKNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.        r)29 

s- 

(*\*j^^  /<vui)l  ^  Ui-oL»  <xjL«\Xj^  /wocwfcj^  (j*^  *■''■»*•  li  ''^.^r'^j^  (j'"^  ci'-^'j 

("'  P.  Les  1 1  mots  précédents  manquent. 

L'un  et  l'autre  s'appellent  Al-Hasan  b,  'Abd  Allah  al-'As- 
kan,  mais  le  premier  est  mort  en  882  (=()()!2  de  J.-C), 
tandis  que  le  second  était  encore  vivant  en  3g 5  (=  ioo5  de 
J.-C;  cette  date  serait  celle  de  sa  mort  d'après  Brockelmann, 
op.  cit.,  I,  126).  Ces  deux  auteurs  ont  donc  eu  de  commun  le 
nom,  celui  du  père,  leur  nom  propre,  et  ils  ont  vécu  approxi- 
mativement à  la  même  époque.  Il  n'v  a  que  le  surnom  patro- 
nymique qui  les  distingue,  car  la  Luni/a  du  premier  est  Ahn 
Aljiiitid,  tandis  que  celle  du  second  est  Abu  Ililàl.  D'autre  pari, 
le  premier  est  fils  de  \[hd  Allait,  111s  de  Stnd,  fils  (YLsniall . 
tandis  que  le  second  est  [fils  de]  \Al)d  Allait,  fils  de  Sahl ,  fils 
de  Sa'id.  C'est  d'ailleurs  pour  cela  que  beaucoup  d'hommes, 
versés  dans  la  science  de  l'hisloire,  ne  les  di>tinguent  pas 
l'un  de  l'autre  et  croient  qu'ils  sont  une  seule  et  mrme  personne. 
Nous  verrons,  s'il  plaît  à  Allah,  les  biographies  de  ces  deux 
honnnes  en  leur  lieu  et  place. 


(l'Ai-' Askiiii  si^  liouvf  dans  le  ins.  .")ç)8t3  df  lu  Rililiolliè(|ue  nationale  (collft  lion 
Scholer).  (il.  II.  Dhiikniioukc,  Len  maiiiiscrils  arabes  ilr  la  cullirliim  Srlu'/W  à 
la  Hiltli/itliètjiic  iKihiiiKilc  (tijuTi,  |i.  i  i  ;  !•".  Ri.ocukt,  Calaloirur  di'  la  ùtUi'ction 
di'K  inaiiuscrilu  nnciihiu.r  iiralii'x ,  prrstiiis  cl  liirrs  ,  fiiriiirr  par  M.  dliarles  .S'c/ic/l-r 
fl  acquise  par  l'Klat  (l'uris,  1900)  n°  r)M()0  do  lu  partie  aralie. 


530      .  MA1-J[J1N    1911. 

0»X-:^i   ^^AjijJi      L$(X.i».i  ,j..jjj^-g-i.Jil     (jmL<>)}\  ij^  ijpùi-4  /*JS-*-4^ 

<_^-*.l-«>    A_^JiiJi    y^^\^    Y+'N^^'    JIÏ.AÎL)  Ojv»iS     -fil-jj!  (^_ycUl   ijj^'j)! 

(a)     -> 

C)  *.-L.^ .  —  C")  p.  Ce  mot  manque.  —  ''^   P  c:>L«oJai . 


Il  en  est  de  même  d'Abû  Bakr  Muliammad  b.  'Alî  as-Sâsî 
as-Sâfn.  Dans  ce  nom,  la  kunya,  le  nom,  celui  du  père, 
l'ethnique  et  le  relatif  tiré  du  rite,  tout  cela  est  commun  aux 
deux  fameux  imâm ,  dont  l'un  est  le  jurisconsulte,  le  savant 
dans  la  science  des  usûl,  le  lexicographe  et  poète,  qui  est 
connu  sous  le  nom  d'Al-Qafîàl  al-Kabîr  (l'aîné  ou  le  grand) ''^, 
tandis  que  le  second  est  le  jurisconsulte,  le  chef  de  la  doctrine 
sûfie  bien  connue.  Le  premier  est  mort  en  365  (=976  de 
J.-C.)  ^^',  tandis  que  le  deuxième  est  mort  en  485  (==  1092)  '^'. 

En  outre,  le  premier  se  nomme  Muhammad  b.  Ali  h. 
Ismâ'îl,  et  le  second  Muhammad  b.  'Ali  b.  Hàmid. 

^''  Voir  sur  cet  auteur,  Ibn  Khallikàn,  éd.  Wijstenfbld,  notice  58fi,  et 
DE  Hammer  Litteraturgeschichte  der  Araher,  V,  j).  196. 

'■-'>  Cette  date  n'est  pas  certaine.  Cf.  Ibn  Kuali.ikân,  loc.  cit.,  dans  la  précé- 
dente note.  Cependant  Dzauabî,  dans  son  Tanhh  al-IsJdm ,  m$.  de  Paris  i58i, 
loi.  .'^09,  dit  que  cette  date  est  certaine  et  rejette  celle  de  .336,  indiquée  par 
Abu  Isliàq  as-Siràzi  dans  ses  Tabaqnt.  En  outre,  Dzahabî  ajoute  [Inc.  cit.), 
d'aprc's  Nawawî,  ([uc  loi-squ'on  rencontre  dans  une  citation  le  nom  d'Al- 
QaÎTàl  as-Siîsî,  il  s'agit  de  l'aîné  (y^^l),  mais  si  c'est  \1-Qaffàl  al-Marwazî,  il 
s'ajjit  du  jeune  (j-Jt^i),  qui  est  surtoul  jurisconsulte  et  dont  la  liiojfraphie 
est  donnée  par  Ibn  KiiAr.i.iKÂN,  n"  33(). 


J'HOLKGOMKNES  À  L'ÉTUDE  DES  HISTORIENS  ARABES.       531 

>" ,  ,  ^       ÎTi    i''J  ..'^i     •      (■'i      tu 


Il  en  est  de  même  des  deux  Muhammad  b.  'Ali,  qui  ont  tous 
deux  commenté  les  Séances  de  Harîrî.  L'un  d'eux  se  nomme 
Muhammad  b.  'Ali  b.  Ahmad  Abu  Abd  'Allah  et  est  connu  sous 
le  nom  (Uhn  Hamida  al  Hilli^";  il  mourut  en  5o5  (=  i  i  i  i). 
L'autre  s'appelle  Muhammad  b.  'Ali  b.  'Abd  Allah  Abu  Sa'îd 
nl-l)ja\vànî  al-Halwî*'^',  et  sa  mort  eut  lieu  en  56  i  (=  1 165). 

Vous  verrez  d'ailleurs  au  cours  des  biographies  contenues 
dans  ce  livre,  en  fait  de  noms,  de  hunya,  d'elhnic|ues,  de 
rites,  de  métiers  et  d'autres  choses  encore,  de  quoi  être  émer- 
veillé. 

(A  suivre.) 

"'  Cet  auteur  est  mort  en  55o  (ii55),  d'après  Hadji-Khalka,  VJ,  p.  ()o, 
I.  9.  Cf.  aussi  Icstoiuos  II,  6^8;  III,  5o();  V,  87,   111,    i3o,  ?^'.^'^. 

'^)  lladji-Klialfa  (/oc.  cit.)  lui  donne  le  même  elliiiique  qu'au  précédent, 
c'est-à-dire  al-llillt.  Voir  aussi  les  toinos  II,  186;  IV,  /ii5;  V,  5i/i,et  VI, 
3îi3.  Tandis  que  dans  le  tome  VI  (p.  ()o),  H-Kb.  adopte  la  date  donnée  par 
Saliuli,  dans  les  tomes  II  et  \  {loc.  cil.),  il  dit  que  cet  auteur  est  mort  dans 
les  environs    de  Tu  o. 


582  MA1-JI]IN  1911. 

ERRATA 

POUR   LA  PREMIÈRE  PARTIE  DES  PROLÉGOMÈNES 

(/.!.,  ri°  mars-avril  i-gii,  p.  a5i-3o8"). 


P.  •25/i,  1.  i5 ,  lire  :  princes.  —  P.  3  55  ,1.  Q2  ,  lire  :  :a^.  —  P.  '25(>, 
1.  10,  lire  :  jjjjJLs:;  1.  i  i ,  lire  :  (j^-1  »j--^.  —  P.  208,  note  0,  lire  :  -i^i 
(858).  —  P.  -2 Go,  1.  5   [Le  pèlerinage  de  l'adieu):  noie  G,   (d-iiiiidi'a. 

—  P.  262  ,  1.  5,  hijfe:  :  lionoriliqiie.  — -  P.  268,  1.  1  et  2 ,  lire  :  ^'-s'  et 
traduire  :  ff  la  construction  de  la  maison  sainte  par  Abraham-.  —  P.  271, 
i.  i,^^^--;  1.  h,  traduire  :  \%''^  rfpai' soustraction-"  (Snoiick-IIurgronje). 

—  P.  273,  note  7,  lire:  3Gi  jours;  600  ans.  —  P.  278,  1.  5,  lire: 
j.Li.j6  ^^\  *U..j  et  traduire  :  ff  alors  arriva  i'époque  de  Hisàmi.  —  P.  279, 
1.  A,  iu^y^.  —  P.  281,   1.  /i,  ù^jii.j.  —  P.  28/1, 1.  h,  U>.-^;  »^U. 

—  P.  285,  1.  /.,  l^S^l;  1.  5,  s^ioJI.  —  P.  286.  1.  3,  ^y.!.  —  P.  387, 
1.  /.,  ^L^.  —  P.  289,  I.  1,  J^.  —  P.  398,1.8,  JJi.L^.  —P.  295, 
1.  2  de  la  traduction,  lire  :  al-aiifusa.  —  P.  996,  noie  2  :  le  hesra.  — 
P.  297,  1.  9  et  3o3, 1.  5 ,  ^ysi.  —  P.  297,  I.  G,  ^k.  —  P.  3o3.  noie  1, 

troia  îuiiis.  —  P.  3oA,  1.  5,  j>!j^£i)l:  1.  G,  'Slv^.  —  P.  3o5.  1.  7  do  la 
traduciidu  :  daràhimu.  —  P.  ooG.  1.  7  <le  la  IraductitDU  :  darahiiiia.  — 
P.  307,  I.  7,  ylot^.  -  I*.  3o8,  1.  5,  ts-i^-^i  qui  est  le  pluriel  de  *^Ij, 
doit  èlre  traduit  par  reiisanglanlées,  saignantes-.  Je  dois  à  l'obligeance 
de  mes  savanis  confrères  MM,  Snouck  Hurgronje  et  W.  Marçais  d'avoir 
attiré  mon  attention  sur  ce  point. 

Après  un  nouvel  examen  du  vers  isolé  cilé  dans  celte  page  (3o8),  je 
crois  devoir  modilier  comme  suit  la  traducliou  que  j'ai  donnée  du  second 
hémistiche:  ffdont  les  pattes  ensanglantées  battent  la  semelle-.  En  efiél, 
^j^  est  synonyme  de  Joiil  jLx.:'  rr semelles  appliquées  sous  la  plante  des 
pieds  des  chamelles^.  D'après  une  autre  opinion,  g:^^  désigne  les  frcour- 
roiesfl  {-^y^)  qui  servent  à  attacher  les  semelles  en  question.  Le  Tàdj al- 
'arûs  (III.  iG3, 1.  1  )  donne  ces  explications  d'après  Ibn  as-Sid  [sic;  cf. 
sur  cet  auteur  Ibn  KhallikÂn,  éd.  WisTi;Nri;i,u,  notice  354),  qui  cite 
précisément  notre  vers  à  l'appui  de  son  opinion  dans  le  ^3-ijl  <_.U5'.  fiO 
plupai't  des  grammairiens  arabes  ont  composé  des  petits  ouvrages  le\i- 
cogiaphiques  intitulés  j-jUI  (_.U5^  Sur  celui  qui  est  attribué  à  Al-A.sma'i 
et  qui  est  aujourd'hui  publié,  voir  D.  II.  Mllleu,  Kitàb  al-FarJc  cou  Alas- 
ma'l,  Wien,  187G  (Tir.  à  p.  des  Sitziiugsh.  der  A.  Alndem.  der  II /v- 
scuscli.). 


COMPTES  RENDUS. 


MiSSIOy  tlHMJ.lISE   DE  CllALDKE.    l.WEM  Air,E  DES  TABLETTES  DE  TeLLO  COXSEIIVÉES 

iU  Musée  impÉi'.ial  ottoman.  Tome  I  :  Textes  de  l'époque  d'Agadé  (Fouilles 
d'Ernest  de  Sai-zec  en  i8gô),  parFr.  Tuuread-Dangin.  -Tome  II,  t  "■  parlie  : 
Textes  de  l'époque  d'Agadé  et  de  l'époque  d'Ur  [Fouilles  d'Erueat  de  Sarzec 
en  i8()//),  par  H.  de  Gesouillac.  —  Paris,   1910. 

On  ne  pouvait  songer  h  publier  clans  leur  ensemble  les  milliers  de 
tablettes  provenant  des  fouilles  de  Tello,  et  cependant  il  était  liés  dési- 
rable de  connaître  leur  contenu.  M.  Tbuieau-Dangin  s'est  cliargé  d'inven- 
torier les  textes  recueillis  en  iSgS;  M.  de  Geuouillac  a  analysé  ceux  qui 
furent  mis  au  jour  l'année  précédente. 

Dans  son  volume,  M.  Thureau-Dangin  étudie  une  collection  bomogène 
de  A37  documents,  cotés  loAo  h  lAyô,  tous  de  l'époque  d'Ap;adé,  qui 
(■laient  jetés  et  entassés  sans  ordre  sur  les  restes  d'un  pavage  en  hricpies 
cuites;  il  en  publie  plus  d'une  centaine  en  autograpliie. 

Nous  n'avons  pas  la  prétention  d'analyser  cet  inventaire.  Qu'il  nous 
suHise  de  signaler  <]uelques-unes  des  données  qui  s'en  dc'gagent  jimir 
l'interprétation  des  textes  sumériens.  Le  signe  a  +  Itfi  (/?.  /'A  (!. ,  A7  1  )  si- 
gnilie  rf  fugitifs  el  s'oppose  h //7//;-/>^f  Tprésenf'^  et  à  :i[g')-{><i  (rabsenl  du 
sorvioen  (p.  2,  u.  -i)  lorsqu'il  s'agit  d'ouvriers  ( littl).  (leux-ci  (-laienl 
groupés  sous  la  direclion  de  conlremailros  (p\)  auxquels  commandaient 
des  préposés  (»«-/>«HWrt).  J.a  tablette  i^ig  porte  le  dénombrement  des 
liommes  de  trois  ««-/»««(/«:  le ■jjiemier  on  dirige  173  placés  sous  les 
ordres  de  neuf  pa  parmi  lesquels  il  est  compté  lui-même;  les  deux  autres, 
respectivement  locj  et  l'iy.  Dans  un  autre  texte  (^11 /•()),  un  int-hmida 
coiiiniaude  à  8  l'A  et  à  ])lus  de  :îoo  lionunes.  lie  pa  recevait  les  objets 
destinés  aux  kaJ  [\'î\o)  et  son  traitement  était  double  de  celui  de  ses 
lionimes. 

Le  signe  vw  a  parfois  une  valeur  ék  (toOG.  119.0);  le  signe  /.//•,  ^«".v 
[li.EJ].,  189)  sert  à  désigner  la  génisse  ou  la  jeune  vaclie  (^ p.  i(),n.  a); 
pour  uz-tiir" ,  M.  Tliureau-|)an{;in  revient  à  lliypotlièse  de  Jenseu  et 
pense  que  cet  oiseau  de  basse-cour  pourrait  éti'e  le  canard  ^^  p.  10, 
n.  -?.)\  iiuini:,  dont  le  sens  général  est  «•progéniture",  dt'signe  certai- 
nement r^ceuf"  quand  il  s  ajfil  des  oiseaux  [\).  i'\.  n.  a). 

(luii  "régii'"  [idiX'j)  ('\|iiimi'  uni'  idci'  (le  di'pendaiicc  cl  s'oppose  h 


bU  MA1-JU1,N    lUU. 

à-niin  ([ul  implique  lidre  de  propi-iélé;  ku-agi-a  ne  doit  pas  se  li'aduire 
ffreiidrei,  mais  bien  rrlivi'eri  (p.  19,  n-  7);  i^a-  Tdonnei'w  doit  se  distin- 
guer de  sum  rr remettre»  (p.  i5,  n,  1);  jm'-ko  signifie  :  ffii  a  pris  en 
charge-  (p.  6,  n.  h).  . 

Le  nom  de  mois  transcrit  précédemment  gu{d)-(lu-ne-sar-sar  puis  hàr- 
râ-ne-sar-nar  est  à  lire  hàr-râ-nc-mù-mù  (p.  9,  n.  95)  d'après  la  tablette 
AO  3fi3(),  alors  inédite  et  actuellement  publiée  par  M.  Tliureau-Dangin 
[Revue  d'Assyviologie,  t.  VIII,  fasc.  1-2,  p.  87). 

Le  relevé  des  longueurs  des  diverses  sections  d'un  canal  (n°  1 175), 
permet  de  déterminer  la  valeur  de  da-na  :  1800  gar-dc  ou  1  kas-gid. 
Un  mémorandum  relatif  à  des  briques  (i338)  fait  attribuer  la  valeur 
6000  au  chiffre  600  gunijié ,  puisqu'il  y  est  suivi  de  6x600  et  par  con- 
séquent ne  saurait  correspondre  lui-même  à  3, 600.  Le  NiGi(iy)  est  tantôt 
la  moitié  et  tantôt  le  tiers  du  dig;  par  conséquent  il  avait  une  valeur 
fixe  de  10  qa,  le  dlg  étant  de  20  ou  de  3o  qa. 

Un  certain  nombre  de  tablettes  mentionnent  des  offrandes  faites  aux 
dieux:  l'une  d'elles  fixe  quels  étaient  sous  le  patésiat  de  Lugal-usumgal 
les  (T présents  de  noces  «  de  la  déesse  Ba-ù,  ce  qui  permet  une  intéiessante 
comjîaraison  avec  les  présents  en  usage  au  temps  de  Gudéa  d'après  les 
inscj'iptions  des  statues  E  et  G  de  ce  prince. 

La  publication  de  M.  deGenouillac  comprend  l'inventaire  de  /i29  ta- 
blettes de  l'époque  d'Ur,  cotées  617  a  io38,  accompagné  de  78  planches 
dans  lesquelles  sont  autographiés  des  textes  décrits  dans  ce  demi-volume 
ou  qui  seront  analysés  dans  la  suite  de  l'ouvrage,  et  trois  planches  d'em- 
preintes de  sceaux  reproduites  par  l'héliogravure. 

Ces  documents  nous  renseignent  sur  l'importance  des  pratiques  reli- 
gieuses à  cette  époque:  l'activité  des  fonctionnaires  des  temples  s'y 
manifeste;  les  princes  divinisés  Dungi,  Bùr-Sin,  Gimil-Sin,  Gudéa, 
avaient  des  chapelles,  et  dans  les  temples  du  dieu  Ningirsu,  de  la  déesse 
Ba-ii ,  avaient  placé  leurs  statues  aux(|uellos  on  apportait  des  offrandes  à 
la  néoniénie  et  au  quinzième  jour  du  mois  (856,  881 ,  970.  etc.,  et 
surtout  793). 

Une  autre  série  de  pièces  méritent  de  retenir  l'attention  :  ce  sont  des 
jugements  [di-til-la).  M.  de  Genouillac  a  eu  i'hem'euse  inspiration  de 
les  grouper  dans  un  article  de  la  Reoue  d'Assijriologie({.  VIII,  191 1,  p.  1). 

Un  nouveau  patési  d'Adamdum  —  Ra-a  —  et  deux  patési  de  Sabum 
—  Abum-iliim,  Ghnil-Sin-hàni  —  sont  mentionnés  dans  des  documents 
sans  date  (677,  6Zio,  773,  etc.). 

Le  prix  d'iui  esclave  mâle  était  d'environ  i.t  sicles;  une  femme  se  ven- 
dait do  3  à  5  sicles;  une  famille  entière,  une  demi-mine.  Ad-tah  n'est  pas 


COMPTES   RENDUS.  535 

le  "brancard'^,  comme  ou  lavail  sii[)|)03é,  mais  le  Irait,  car  au  u'Sôg 
sont  mentionnés  des  ad-tah  en  poils  de  chèvre.  Le  signe,  R.E.C.,  /i66, 
correspond  à  deux  signes  modernes  :  ziLum  (Brimnow,  n°  1021 5)  et  str 
(Br. ,  n"  10227). 

La  glyptique  s'enrichit  de  données  nouvelles  :  un  troisième  sceau  du 
patési  Arad-Nannar  (n°  gSy);  le  cachet  d'un  fils  du  roi  Bûr-Sin  (n"  95/1, 
pi.  J)  et  celui  d  un  sei'viteur  d'Arad-iNanuar  (95a).  Deux  autres  intailles 
présentent  la  très  cui'ieuse  particularité  d'a[)partenh*  en  même  temps  au 
père  et  à  son  fils  (  768 ,  960  )  dont  les  noms  sont  unis  dans  la  légende.  Mal- 
heureusement les  graveurs  ne  variaient  guère  les  sujets  :  c'est  prescjue 
toujours  une  scène  de  présentation,  soit  que  le  personnage  introduit  en 
présence  de  la  divinité  se  tienne  debout,  la  main  droite  posée  dans  la 
main  ou  sur  le  poignet  gauche,  soit  —  ce  qui  est  beaucoup  plus  fréquent 
—  qu'une  déesse  le  tienne  par  le  poignet. 

Ces  quelques  remanjues  n'ont  d'autre  but  que  de  faire  apprécier 
l'utilité  de  ces  volumes  d'inventaire.  Les  sumérologues  y  trouveront  une 
quantité  de  nouveaux  matériaux  d'autant  plus  importants  ({u'iis  pro- 
viennent de  fouilles  officielles,  d'un  endroit  bien  détei'niiué. 

L.  Delapoute. 


Sepiieii  m  ZoHAR  {Le  livre  de  la  Splendenr),  Doctrine  éaotèriquc  des  Israélites. 
Trudiiil  puur  la  première  lois  sur  le  texte  clialdaïque  et  accomi)a[jné  do 
ndies  par  Jean  de  Paulv.  OEuvre  posthume  entièrement  revue,  corrigée  et 
Cduiplétée;  publiée  par  les  soins  de  Emile  Lafdma-Gikaud,  t.  VI  (1"  et  a'). 
—  Paris,  E.  Leroux,  191 1  ;  grand  in-S",  i52  -\-  a-f  et  iOg  pages. 

Félicitons  avant  tout  notre  collègue,  M.  Lafuma,  d'avoL-  mené  à  si 
bonne  fin  une  œuvre  considéralde;  il  a  parcouru  une  très  longue  voie 
en  un  espace  de  temps  relativement  restreint,  à  peine  plus  de  dix  ans. 
Il  ne  s'est  pas  laissé  décourager,  ni  détourner  de  son  chemin,  par  les 
avis  pessimistes  des  craintifs  et  des  scepti([iie>!.  Onfossons-le  :  lorsque  le 
généreux  éditeur  littéraire  nous  a  fait  l'honneur  de  nous  consulter  sur 
l'opportunité  de  son  projet  de  publication,  nous  n'avons  pas  caché  à 
M.  Lafuma  nos  craintes  de  voir  l'œuvre  s'arrêter  en  route,  vu  l(>s  dilli- 
cullés  de  toute  nature  qu'elle  conq>orte.  C'est  nous  (jui  avons  eu  lorl. 
el  nous  nous  empressons  de  b;  reconnaître. 

En  ell'et,  s'il  est  ditlicile  de  traduire  en   français   un    loxie   oriental 
(pielconque,   combien   ci'  labeur  est  aggravt"  I()rs(pie  trop  souveni 
comme  c'est  ici  le  cas —  le  texte  est  volonlaii-ement  obscui-,  d'iinr  andii- 
guïté  cbercli('e,  intenlionnellenKMil  pou   compn'bensible.   Au    Iniid,   je 


530  MAI-JUIN    l'.ill. 

Zohar  est  un  commentaire  biblique,  et  il  serait  excessif  de  dire  — 
comme  ie  prétend  à  tort  Gustave  Garpeles  '''  —  qu'il  est  conçu  sans 
ordre  ni  méthode,  puisque  ce  iivre  suit  à  grandes  iigues  les  divisions 
essentielles  du  Pentateuque.  Mais  il  offre  un  singulier  amalgame,  où  l'on 
côtoie  tour  à  tour  l'exégèse,  la  Kabbale,  le  Midrasch,  les  philosopliies 
néoplatonicienne,  gnoslique  et  même  aristotélique. 

Longtemps  on  en  avait  attribué  la  paternité  à  l'un  des  rabbins  du 
f  siècle  de  l'ère  chrétienne,  à  R.  Simon  ben  \obaï,  qui  vo'cut  à  une 
époque  des  plus  cruelles  pour  sa  nation,  qui  eut  des  aventures  roma- 
nesques, qui  est  considéré  par  conséquent  comme  le  fondateur  de  la 
science  mystique,  mais  qui  cependant  n'est  l'auteur  d'aucune  œuvre  de 
longue  haleine.  L'attribution  fantaisiste  de  l'écrit  pseudépigrapliique  lui 
valut  d'être  entouré  d'une  profonde  vénération ,  et  actuellement  encore 
les  Juifs  orientaux  se  plaisent  à  en  recommander  la  lecture  aux  fidèles, 
même  (disent- ils  naïvement)  si  on  ne  le  comprend  pas.  L'attrait  du 
mystérieux  qui  entoure  le  Zoliar,  son  solennel  langage  aramécn.  sa 
forme  fantastique  expliquent  sa  faveur  et  son  inlluence  auprès  de  toutes 
les  générations  rêveuses,  surtout  lorsque  dans  leurs  souffrances  elles  se 
consolent  par  l'espoir  d'un  avenir  meilleur. 

Cependant,  depuis  un  siècle,  des  doutes  ont  été  élevés  sur  l'ancienneté 
de  ce  livre,  et  de  nos  jours  on  a  victorieusement  démontré  qu'un 
ouvrage  connaissant  les  écrits  de  Gabirol  et  mêlant  des  mots  espagnols 
au  texte  araméen,  ne  pouvait  remonter  à  l'époque  des  Tanna'ites,  rédac- 
teurs de  la  Misrhnâ,  de  ce  noyau  du  Talmud.  Les  défenseurs  de  l'an- 
cienneté du  livre  prétendent,  il  est  vrai,  que  le  compilateur  a  recueilli 
et  utilisé  un  grand  nombre  de  documents  d'époque  très  reculée.  S'il  en 
était  ainsi,  il  serait  étrange  que,  pendant  mille  ans  ou  plus,  ces  docu- 
ments eussent  passé  inaperçus  des  savants,  durant  diverses  périodes 
de  la  littérature  juive.  Aussi,  est-il  généialement  acquis  aujourd'hui  que 
l'auteur  du  Zoliar  est  Moïse  ben  Schem-Tob  de  Léon,  qui  vécut  à  Gua- 
dalaxara,  en  Espagne,  dans  la  .seconde  moitié  du  xui'  siècle,  ville  où  il 
est  décédé  en  1287.  Au  reste,  du  vivant  même  de  cet  écrivain  pasticheur, 
l'antique  origine  de  sou  livre  fut  contestée,  et  l'on  sait  que,  malgré  le 
serment  de  l'auteur  d'avoir  reçu  miraculeusement,  dans  sa  maison, 
le  manuscrit  écrit  jadis  par  Simon  ben  Yoliaï,  il  fut  convaincu  d'im- 
posture par  sa  propre  famille.  De  même,  il  n'y  a  pis  de  longues  années, 
un  certain  M.  Goldschmidt,  savant  hébraïsant,  a  publié  un  conunentaire 

C'  Hiittoiir  (II'  In  liuévalure  juive,  trailiiclion  Is.  Br.ooii  cl  Kniiie  Lévy, 
p.  377. 


(COMPTES   RENDUS.  537 

l)i!jli([iie  analogue,  qu'il  disait  avoir  tiré  d'un  manuscrit  inconnu.  Les 
critiques  ont  surgi  à  ce  propos,  les  uns  pour,  les  autres  contre  lui. 
Après  avoir  assisté  impassible  à  ces  tournois,  M.  Goldschmidt  a  fini  par 
reconnaître  sa  supercherie  littéraire,  au  grand  désappointement  des  uns 
et  des  autres. 

A  part  cette  question  de  date  et  des  considérations  historiques  qu'elle 
entraine  à  sa  suite,  l'intérêt  qui  s'attache  au  Zohar  n'en  est  pas  restreint , 
sinon  pour  le  fond,  du  moins  pour  la  forme  de  l'œuvre  examinée  an 
point  de  vue  philologique. 

Par  conséquent,  il  n'est  pas  étonnant  que  chaque  siècle  ait  vu  naître 
plusieurs  éditions  de  ce  livre  fameux,  depuis  celle  de  Mantoue  en  i558, 
jusqu'à  celle  d'Amsterdam,  1906,  en  trois  gros  volumes,  dont  la  pagi- 
nation a  été  successivement  maintenue  conforme  à  l'édition  princeps. 
Jamais  on  n'avait  osé  aborder  le  travail  immense  de  traduire  un^  telle 
série  de  commentaires.  11  appartenait  à  un  Français  de  commencer  et 
d'achever  cette  œuvre,  et  à  un  autre  Français  de  la  publier,  n'hésitant 
pas  dans  son  enthousiasme  à  lui  consacrer  une  aussi  belle  part  de  son 
temps  et  de  sa  peine. 

l"]videmmont ,  dans  cette  pénible  marche  ascendante  vers  le  but,  l'un 
et  lauli'e  ont  été  soutenus  par  la  foi ,  par  leur  zèle .  par  leurs  convictions . 
par  leurs  sentiments  religieux,  dont  il  serait  injuste  de  méconnaître  les 
heureux  effets.  On  en  retrouve  conslanmient  l'écho  dans  les  -Notes-  du 
traducteur  et  du  publicaleur,  qui,  se  suivant  parallèlement  et  se  sou- 
tenant réciprocpioment,  constituent  la  plus  forte  part  du  dernier  volume, 
destinée  à  nous  (aire  connaître  et  lire  le  Zohar.  En  les  suivant,  on  oper- 
çoil  dans  quel  état  d'espi-it  les  annotateurs  ont  saisi  la  pensée  dominante 
du  Zolinr,  comment  ils  l'ont  comprise,  au  point  de  supposer  ou  d"ima}|iner 
des  allusions  à  des  doctrines  qui  étaient  certainement  très  étrangères  à 
ré(ri\;tin  juif,  (juel  qu  il  fût,  soit  de  l'antiquité,  soit  du  moyen  âge. 
L(H'sque,  par  exemple,  .lean  de  Pauly  allirme'''  que,  par  rdomuninauté 
d'Israël"  le  Zohar  entend  désigner  l'Église,  il  aiu-ait  fallu  le  démontrer. 
Sui'  ce  détail  de  théologie,  il  n'y  a  pas  lieu  dinsister  ici  :  imii  liir  mil 
lociis. 

Cependant,  dans  les  f Notes»),  h  défaut  (riulroduclion  générale,  on 
peut  démcMer  les  opinions  mystiipies  de  nos  ('crivains,  surtout  au  sujet 
de  la  rédaction  du  Zoliar.  0\\  dans  une  lettre  adressée  au  P.  Hardi  ^*', 
écrite  pai-  Hicliard  Simon,  celui-ci  parle  du  livre  -de  M(>sser  Léon-  ,  en 

'"'   T.  VI .  •_!''  parlie,  |).  1  (|. 

(->   Citée  t.  VI,  -j"  |)nrli<-,  \k  /i-j.'). 


538  MAI-JUIN    1011. 

le  qualifiant  de  -ffaiixi.  L'annotateur  de  la  traduction  du  Zohar  tire  de 
ce  fait  la  conclusion  suivante  :  puisque  la  Iradiiion  parlait  d'un  faux 
Zohar,  il  y  en  avait  un  vrai,  le  nôtre,  et  ce  vrai  n'était  pas  l'œuvre 
de  Moïse  de  Léon,  à  qui  la  tradition  attribuait  le  faux.  Quelle  logo- 
machie, ou  plutôt  quel  amour  du  syllogisme,  à  prémisses  discutables! 

Pour  échapper  aux  objections  élevées  contre  l'ancienneté  du  Zohar, 
nos  écrivains  ont  recours  à  un  procédé  moderne,  qui  consiste  à  supposer 
des  interpolations,  plus  ou  moins  développées,  postérieures  au  texte 
fondamental.  Ainsi,  à  propos  du  nombre  de  tours  (6  et  lo)  à  établir 
dans  l'enroulement  des  Tsilsiih  (franges  à  l'étole  d'oUlce  cultuel),  notre 
annotateur  admet  sans  peine  que  cet  usage  cabbalistique  ne  remonte  pas 
au  delà  du  xni'  siècle  (p.  A 35),  mais  que  ce  sont  là  des  arguments 
récents,  qui  auraient  été  intercalés  plus  tard.  C'est  une  simple  hypo- 
thèse que  rien  ne  vient  confirmer. 

M.  de  Pauly  va  jusqu'à  descendre  au  delà  du  xiv'  siècle  (p.  A/i6), 
sous  prétexte  que,  dans  les  premières  sections  du  Zohar  sur  le  Deulé- 
ronome,  l'on  trouve  des  idées  et  même  des  passages  tirés  de  certains 
auteurs  du  xiif  et  même  du  xiv'  siècle.  Il  n'y  a  pas  lieu  de  suivre  sur  ce 
terrain  le  trop  subtil  traducteui-,  puisqu'il  corrobore  son  avis  en  citant 
n.  Beliaï,  ou  lîahya  ibn  Pekouda,  auteur  du  n"i3n'?n  m3'n  (Dcrnirs  des 
cœiir.s),  qui  est  du  xi'  siècle,  contemporain  d'Ibn-Gabirol ,  côte  à  côte 
avec  le  Ba^aJ  ha  Tourim,  très  postérieur. 

Plus  loin,  il  discute  la  fréquente  remarque,  rappelée  par  Munk  et 
par  d'autres,  que  des  mots  espagnols  figuraut  dans  le  Zohar  contribuent 
à  le  dater  :  il  lui  objecte  (p.  kho)  que  le  Talmud  contient  également 
des  mots  d'emprunt,  étrangers  au  langage  rabbiniqne,  des  mots  latins 
et  persans,  on  peut  ajouter  aussi  des  mots  grecs,  sans  nuire  à  raiithcn- 
ticité  du  Talmud.  C'est  vrai;  mais  ces  mots  sont  tous  contemporains  de 
ce  livre,  et  leur  présence  y  est  chronologiquement  exacte.  L'argument 
est  topique,  et,  appuyant  notre  avis,  il  s'oppose  à  l'opinion  adverse. 

Puis  viennent  des  critiques  contre  des  auteurs  de  nos  jours,  qui  ont 
analysé  le  Zohar.  Le  traducteur  a  beau  jeu  de  redire  (pi'A*!.  Kjanck, 
très  peu  hébraïsant,  nullement  versé  en  littérature  araméeune  ponr  lire 
les  originaux  rédigés  en  cette  langue,  n'a  pu  connaître  le  Zohai'  (pie  de 
seconde  main.  Mais  c'est  une  inexactitude  de  prétendre  (p.  liliS)  (jue 
M.  Karppe  soit  frincapable  de  déchillVer  un  seul  mot  du  Zohar ".  <'.e 
lettré  a  donné  les  preuves  de  sa  capacité  et  de  sou  profond  savoir  en 
hébreu. 

Mais  appartient-il  à  M.  de  Pauly  de  re[)roclicr  aux  antres  leur  igno- 
rance de  l'hébreu?  En  feuilletant  son  œuvre,  cueillons  la  note  1597, 


COMPTES   RENDUS.  539 

ainsi  conçue  :  "Aïn  signifie  Rien.  Aïn  est  le  nom  de  la  lettre  y  et  signifie 
d'il,  source. n  Pourquoi  ne  pas  ajouter  qu'entre  les  deux  mots  transcrits 
Aïn  il  n'y  a  aucune  corrélation  de  sens,  mais  une  coïncidence  de 
simple  homonymie?  Le  premier  est  riiéhreu  |\v,  le  second  est  pi',  et 
jamais  ils  n'ont  été  rapprochés  sérieusement.  —  Pour  le  terme  lalmu- 
dique  ]D1p"'DN  {Mifichiia,X,  6),  J.  de  Pauly  suppose  (p.  386,  note  i/iaS) 
que  Pétymologie  n'est  pas  hien  étaWie.  On  sait  que  c'est  le  mot  è-^{xo[xov 
ff  desserti'. 

Encore  une  observation  à  rectifier  siu-  la  disposition  matérielle  du 
Zohar,  siu*  sa  contexture.  Des  passages  manquent,  dit  ramiolateur 
(p.  636,  notes  1689  ^^  ^•^9^)-  La  remarque  est  exacte;  mais  ces 
lacunes  sont  seulement  apparentes,  et  les  diverses  éditions,  depuis  la 
première  jusqu'à  la  dernière,  ont  soin  de  dire  à  l'en<lroit  voulu  que  ces 
passages  se  retrouvent  plus  haut  :  la  lin  des  Nombres,  depuis  la  section 
Pinhas  jusqu'au  bout,  est  au  tome  I",  préface  à  la  section  Bcrcscliilli , 
foi.  10  b;  la  section  Deharim,  première  du  Deutéronome,  se  trouve  au 
tome  ni,  section  BaJaq,  fol  186  rt-199  b;  la  section  Reéh  est  au  tome  II, 
dans  la  section  Qedoschim',  fol.  80  /»,  et  la  fin  de  la  section  5c/<o/////t 
constitue  la  fin  de  la  section  Jinlaq  pi'écilée,  fol.  220  a. 

En  fait,  le  qualificatif  "obscur'-,  signé  ((1.)  G;iilé,  placé  à  la  lin  dime 
remarque,  est  aussi  bien  applicable  à  des  milliers  d'aulres.  Donc,  le 
savant  éditeur  littéraire  de  ces  fNotesT-,  heureusement  inspiré,  a  bien 
fait  de  prévenir  ies  lecteurs  qu'à  ses  yeux  ces  interprétations  du  Zohar 
ne  sont  pas  des  résultats  acquis  cl  certains,  mais  de  simples  conjectiu-es. 
qu'il  considère  comme  vraisemblables. 

IMus  la  tâche  était  ardue,  plus  le  m(-i\lc  est  grand  de  l'avoir  accomplie 
si  largement,  avec  une  ardciu' iidassable.  IVut-cUn;  M.  Lafunui  voudia-l-il 
revenir  sur  les  points  contestés,  puisqu'il  se  propose  d'établii-  et  de 
publier  un  jour  la  Table  g-éuérale  et  analyliipic  des  madères  contenues 
dans  le  Zoh.ir.  A  col  cflel ,  il  pourra  prendre  comme  modèle  llndex  fait 
sur  le  texte  oi'igiiial,  sous  le  litre  de  inî"  nnr?û.  Tic  sera  le  couroii- 
ni'inenl  d(>  rimmensc  travail  de  publicalion  ^\^'  la  traduction  ([\\  /oliar. 
qui,  avant  même  d'élre  achevé,  a  (''l(''  conioimé  h  juste  titre  par  l'Aca- 
(b'tuie  des  Inscriptions  et  Melles-Leltres.  Puisse  cet  hommage  public, 
l'cndu  à  noire  collègue  par  une  lelle  .uitorili' .  lui  xaloir  les  ap|)laudis- 
scments  des  savants  compétents  du  monde  eriliiM- ! 

Moïse  Sciiw  \n. 


blii)  MAI-JÙIN   191  1. 

Ag.nks  Smith  Lewis.  Tue  old  Syriac  Gospels,  or  Evangelion  ila-Mrphai-icghr, 
hoiiij;  tlic  Icxt  of  llic  Sinai  or  Syro-Anlioclicne  palimpscst,  inclucHiifT  llie 
latost  additions  and  emcndations,  willi  Iho  variants  of  tlic  Curetonian 
Icxt,  corroboralions  from  many  other  MSS.,  and  a  iist  of -quotations  fiom 
ancicnt  authors,  witli  four  fac-similés.  ■ —  Londres,  1910,  William  et  Nor- 
gato;  in-4°,  Lxxviii-334  pages,  en  plus  deux  appendires  (IV  et  V),  de  xi  et 
VII  pages;  2.5  sh.  net. 

L'évanjjéliaire  syriaque  palimpseste  (Es),  découvert  au  Siiiaï,  en 
février  1899,  par  M'"'  Lewis,  a  déjà  eu  en  189^  une  première  édition 
complétée  en  1896.  Depuis  lors,  en  190 A  ,  M.  Grawford  Burkitl  a  encore 
donné  sa  collation  dans  les  variantes  de  son  édition  de  l'Évangéliaire 
Cureton  (l^c).  La  présente  édition  qui  donne  rÉvaiigéliaire  du  Siuaï  [Es) 
dans  le  texte,  et  celui  de  Cureton  (Ec)  dans  les  variantes,  présente  ce- 
pendanl  encore  de  nombreux  résultats  nouveaux,  car  elle  repose  sur  une 
nouvelle  collation  du  manuscrit  faite  au  Siuaï,  lors  d\m  sixième  voyage, 
par  M'"  Lewis,  et  elle  corrige,  en  plus  de  trois  cents  endroits,  les  leçons 
que  M.  Iknkilt  avait  cru  pouvoir  déduire  de  l'étude  des  seules  photo- 
gra[)liies">.  Cette  excellente  édition  servira  de  base  à  l'étude  et  à  la  clas- 
silicalion  des  anciennes  versions  syriaques  des  évangiles.  Voici  les  textes 
en  présence'""'  : 

1°  Le  DiatessaroH,  sorte  d'histoire  continue  du  Christ,  écrite  jiai' 
Talion  vers  l'an  170.  Cette  histoire,  qui  supprimait  les  répétitions  des 
quatre  évangiles  lorsqu'on  les  lit  l'un  après  l'autre,  et  qui  les  complé- 
tait l'un  par  l'autre,  était  si  commode  pour  les  lectures  liturgiques, 
qu'elle  semble  avoir  été  lue,  du  m"  au  iv"  siècle,  dans  la  plupart  des 
]''glises  syriennes.  Nous  le  désignerons  par  la  lettre  T; 

a"  Les  deux  anciens  éraiigéliaires ,  (Uls  l'un  de  Cureton  et  l'autre  du 
Sinaï  ou  de  M'""  Smith  Lewis  [Ec  et  £".5).  Ils  sont  déjà  réuuis  par  un 
litre  commun  :  Evangch'on  da-Mepharreshé  n-évangiles  qui  sont  di\isés 
ou  séparés^.  Ce  litre,  qui  rappelle  les  Pharshiyôl,  ou  divisions  litur- 
giques du  Pentaleuque  pour  la  lecture  dans  les  synagogues,  désigne 

C  Les  deux  spécimens  reproduits  par  M'""  Lewis  ne  sont  guère  lisibles  (|u'en 
marge.  Dans  un  cas  analogue,  on  nous  a  blâmé  d'avoir  fait  reproduire  la  page 
la  plus  lisible  {Pair,  orientalis ,  t.  IV,  fasc.  5,  spi-ciincn  du  ms.  palimps\ste 
n"  170/1  de  Chartres)  parce  que  nous  laissions  croire  ainsi  que  notre  travail 
avait  clé  facile:  nous  espérons  que  M""  Lewis  au  contraire  a  reproduit  l'une 
des  plus  mau\ aises  pages,  sinon  les  détails  ortliograpliiques  seraient  poui'  la 
plupart  sujets  à  caution,  car  l'édition  serait  surtout  une  reconstilulion. 

'^   Voir  la  l)il)tiogrnj)Iiie  dans  Riibons  Duvm,.  La  lillrrnliiri'  sijrKKjuc ,  Paris, 
1907. 


COMPTES   RENDUS.  541 

iiussi  en  syriaque  des  évaiigéliaires  et  des  psautiers  divises  soit  enleroDs, 
soil  simplement,  à  l'aide  de  points,  en  versets  ou  stiches,  pour  Tusage 
liturgique.  Dans  le  cas  présent,  où  nos  évangéliaires  devaient  remplacer 
le  Dialessaron  dans  les  lectures  liturgiques,  ce  mot  a  prêté  au  nouveau 
sens  —  nullement  en  contradiction  avec  le  précédent  —  d'évangiles 
rr(pii  sont  séparés  «  ou  écrits  à  la  suite  les  uns  des  autres,  par  opposition 
aux  évangiles  'tqui  sont  mélangés n  ou  réunis  en  une  seule  histoire 
continue  dans  le  Diatessaron; 

3°  La  PcschiUo  (P) ,  conservée  encore  dans  des  manuscrits  du  v"  siècle , 
et  qui  est  restée  identique  à  elle-même  depuis  cette  époque  jusqu'à  nos 
jours. 

Jusqu'à  la  découverte  des  évangéliaires  Ec  et  Es,  la  Peschitto  était 
sans  conteste  la  reine  des  versions  :  identique  chez  les  nesloriens  et  cliez 
les  jacobites,  on  croyait  la  retrouver  ;ussi  chez  saint  Ephrem  et  ou 
croyait  pouvoir  la  faire  remonter  au  ii"  siècle,  sinon  au  i",  antérieure 
toujours  au  Diatessaron.  La  découverte  des  évangéliaires  a  obligé  à  leur 
('aii'c  aussi  une  place  au  soleil,  et  la  tendance,  conforme  aux  sentiments 
tics  pères  envers  leurs  derniers  nés,  a  été  jusqu'ici  de  la  leur  faire  large. 

Pour  M.  lîurkitt,  le  Dialessaron  (7')  de  Tatien  est  la  forme  la  plus  an- 
cienne de  l'évangile  syriaque.  11  a  été  écrit  primitivement  eu  grec,  pro- 
bablement à  Romo,  et  traduit  on  syriaque  vers  l'an  170.  Le  texte  des 
é\ang('Iiaires  (Ec)  et  (Es)  peut  avoir  été  apporté  d'Antiochc  par  Palout, 
évêque  d'I'^desse  au  commencement  du  nf  siècle,  mais  il  a  trouvé  le  Dia- 
tessaron en  faveur  et  il  n'a  pu  le  i-emplacei'.  Ces  évangéliaii-es  traduisent 
donc  un  texte  grec  du  u"  siècle  et  l'enqîloi  du  Dialessaron  par  le  traduc 
leur  a  introduit  des  leçons  qui  appartiennent  eu  réalilé  aux  textes  occi- 
dentaux ('';  Ec  représente  d'ailleurs  un  texte  revisé  en  partie  sur  des 
manuscrits  grecs  postérieurs.  Enfinia  Peschitto  (P)  est  une  revision  des 
évangéliaires  précédents  ayant  pour  but  de  les  conformer  au  texte  grec 
lu  à  Antiochc  au  commencement  du  v"  siècle.  Elle  a  été  préparée  par 
llabboida,  évé((ue  d'iviesse  de  ^i  1  à  h',V.\,  et  elle  a  été  promidgiiée  |)nr 
son  autorité  [)0ur  être  substituée  au  Diatessai'on. 

M'""  Lewis  se  rallie  volontiers  aux  couclusions  de  MM.  Merx  el  lljt'll , 
antérieures  au  travail  de  M.  Hurkilt ,  (jiii  fnni  de  /'.v,  dit-elle,  une 
traduction  du  n'  siècle,  antéricinr  mi  Dititcssuron. 

'''  On  appelle  occiciciilaiix  ii^s  textes  a|jpareiil<''s  à  /);  mais  on  ne  rroit  plus 
maintenant  que  /)  est  un  protlnit  de  l'Orcidont ,  car,  vers  (itG,  Tlioinas  de 
llai'kcl  Mfiiiso  à  Alexandrie  des  maniisirils  de  la  famille  /'.  Si  relfe  lamille 
est  im  prodnil  de  rOricnt.  il  n'e>t  pins  nécessaire  de  faire  venir  le  Dinlc^stirou 
d(>  liomc  [)iinr  explifpicr  li";  pin-nlés. 

XVII.  35 


Iwritiui  mi 


5^2  MAI-JUIN    1911. 

Les  laits  sont  peu  nombreux.  Les  manuscrits  Ec  et  Es  peuvent 
avoir  été  éciits  à  la  fin  du  v"  siècle;  nous  avons  des  manuscrits  de  la 
PescluUo  de  la  même  e'poque.  Tous  les  manuscrits  de  la  Peschitto  sont 
identiques,  taudis  que  Ec  et  Es  ep  diffèrent  beaucoup  et  difiercnt 
encore  beaucoup  entre  eux.  D'ailleurs  Ec  et  Es  présentent  de  nom- 
breuses omissions  (surtout  Es)  et  additions;  ils  se  rapproclieut  souvent 
du  Codex  Bezac  (/))  tpai  est  l'un  de  ces  textes  signalés  par  Eusèbc  et 
par  saint  Jérôme  comme  corrompus  par  rinfluence  du  Diatessaron  ''. 
Les  citations  des  auteurs  du  iv"  siècle,  Aphraate  et  saint  Epbrem,  ne 
concordent  textuellement  ni  avec  la  Peschitto  ni  avec  Ec  et  Es;  d'ail- 
leurs le  premier  a  commenté  le  Diatessaron  et  le  second  l'a  utilisé, 
leurs  citations  semblent  donc  devoir  être  toujours  influencées  par  lui. 

Tout  le  reste  n'est  que  théories  basées  sur  des  faits  groupés  de  ma- 
nière systématique  :  ou  suppose  en  général  que  Es,  Ec  et  F  se  dé- 
duisent l'un  de  l'autre  par  voie  de  revision  successive;  ceci  admis,  leur 
classification  s'impose,  mais  le  principe  est  contestable,  car  les  diffé- 
rences entre  P  et  E  sont  si  nombreuses  que  ce  sont  là  sans  doute  deux 
traductions  indépendantes  (reliées  tout  au  plus  par  le  Diatessaron)'''. 

(')  Cf.  H.  J.  ^0GELs,  Die  Harmonixlik  im  Evangelien  Texl  des  Codex  Canta- 
brigiemis  {!)),  Leipzig,  1910. 

'-'  Pour  montrer  que  la  Pcscliitto  et  les  cvangéliaires  Gureton  et  Sinai  sont 
des  traductions  indépendantes,  nons  donnons  ici  l'apparat  critique  que  lis 
fournit  à  la  Pescliilto  (éd.  Gutbir)  pour  Luc,  xxi ,  18-96,  passage  qui  cor- 
respond au  fac-similé  de  Ec  donné  par  M"""  Lewis  : 

i3.  (1.  Ji.o«)  )o«l:  (I.  |lojot.«i>.)  jLojcx*».  ■ —  ih.  (1.  ^j  a'so*»)  Q^.mo; 
(I.  a.:i.=gi>.j>)  yog.» ->%->;  (L  yoowl)  vo>&s»oo>.  —  1  5.  ya3a^2>o,ris.  yaaoo-ûJj  ^^.*<">j»v 
(L  «àir^^aja^  y^javTv  yo.—- 21-*-»).  —  l 'i.  (1-  ^j)  •«î^^  onaet  o  y&a.o*..:»); 
aj.  (ap.  ya.j3,J._J)  v.QJi-jkJ?o.  —  17.  (I.  ^ajj'^o)  ^i':>..').  —  18.  Aj.  (ap. 
)i(s>iaoo)  |«M  et  (ap.  ^)  ji.vA>;  (f.  xixaA^i  )  yo  '\  m.h  ;  (1.  -fi»)l)  y^U  •  -  if)- 
(1.  ^.j  yx-ala-<w.a«jaaa:s  )  v«:^)laJ«.ja..rf<>n,-*  ;  (1.  yo-r^^^J  )  yo..a^.Aaj .  —  ;!(). 
(1.  yo^.JL-.;  ^,)  ^-?  yo^-.)U.♦;  om.  ^**«.  —  21.  om.  ^-o»;  (1.  ,-ï>-l )  ^^lo; 
(i.  «a.^?  ,-!>-|o)  «a.^?o;  "in-  \ajl  î  ('•  \aO'»^^-')  o*"°  yojaaj  ;  i.ïaja.»î  ^2ï^?o 
(i.  lLVoXO»o).  —  93.  Aj.  (in.)  IL^:  om.  ^w,  (1.  JLso)  jo^.  —  i!.*?. 
(I.  )£^bca-  vOJo»;»)  yaJ«  )^^a-:=>;  om.  jL^^A.  —  9^1.  (1.  )L=>v-.?)  L=>»a-?; 
(I.  )_*_JL^_ao)  ILa—jA^-so-,  aj.  (p.  ,_so)  yowJi^-a.  —  ao.  J.v»JLs  Ij>.oIo 
{].  U>'ol  KiLso);  om.  JL^aï^i.?  ;  (I.  y*.a3o)  "^^oio;  aj.  (ap.  JL».|)  JLaa^û^j; 
om.  H«ol  ^;  (I.  Jlo?  )  lUo.  aC).  (1.  goa;»*)  ^.aPUo  ;  (i.  JUi-o..»})  Ulj]  >*is>y, 
(I.  ^a.^.)l;^.Jo)    yaVoJUo. 


COMPTES   RENDUS.  543 

On  suppose  aussi  que  les  manuscrits  bibliques  qui  diilèrent  beaucoup  de 
la  Vulgale  latine  sont  nécessairement  d'anciens  manuscrits,  lorsqu'ils 
peuvent  n'être  que  des  copies  ou  traductions  relativement  modernes  cl  alté- 
rées d'anciens  manuscrits:  c'est  ainsi  qu'en  l'an  6iG  Thomas  d'Harkel 
utilisait  à  Alexandrie,  pour  ses  notes  marginales,  des  manuscrils  de  la 
famille  du  Codex  Bezae  (D).  La  famille  est  ancienne ,  mais  c'est  en  6 1 6 
que  Thomas  en  utilisait  des  représentants.  Enfin  celte  famille  ancienne 
[D)  n'est  encore  qu'une  altération  des  évangiles  sous  l'influence  du  Dia- 
tessaron.  c'est- une  famille  dévangéliaires ,  à  usage  liturgique  aussi, 
avec  additions,  omissions  et  transpositions.  Eusèbe et  saint  Jérôme,  pour 
qui  les  manuscrits  du  iv''  siècle  étaient  des  contemporains,  connaissaient 
cette  mauvaise  famille  de  manuscrils  (D),  ils  connaissaient  aussi  les  ma- 
nuscrits modifiés  par  les  hérétiques  et  ils  les  ont  rejetés  à  bon  droit. 
Lorsque  nous  trouvons   des   textes  étranges  dans  des  manuscrits  du 

Les  versets  i.3  à  26,  dans  Es,  contiennent  \l\o  mots  et  nous  trouvons  ainsi 
que  leur  apparat  critique  renferme  quatre  interversions,  dix  mots  omis,  sept 
mots  ajoutés  et  vingt-huit  mots  -modifiés,  c'est-à-dire  porte  sur  rinquante-trois 
mots  (en  comjitaut  cliaquo  interversion  pour  deux)  lorsque  le  texte  n'en 
contient  que  cent  quarante.  Nous  arrivons  au  même  résultat  pour  Ec  et  P.  Le 
texte  de  Et- reproduit  en /ac-simi/e'p.ir  M""  Lewis,  p.  192  (Luc,\xi.  12  i-aôa), 
renferme  cent  trente-neuf  mots  et  son  apparat  critique  par  rajtport  à  la  Pes- 
ciiiito  en  renferme  quaranlc-ncul;  la  proportion  est  encore  des  deux  cin- 
quièmes. Si  nous  comparons  Ec  et  Eh,  l'apparat  critique  de  l'évangéliaire 
Cureton  renfermera  seulement  deux  interversions,  neuf  mots  omis,  quatie 
mots  ajoutés  et  treize  mois  modifiés,  soit  tnMite  mots  en  tout  lorsque  le  texte 
on  contient  cent  trente-neuf;  les  différences  sont  donc  près  de  moitié  moins 
nombreuses.  Ajoutons  que  si  Ec  est  d'accord  dix  fois  avec  la  Pescliitto  contre 
Es,  celui-ci  au  contraire  est  d'accord  six  fois  avec  la   Peschilto  contre  Ec. 

Pour  apprécier  ressemlilances  et  dilférences  à  leur  juste  valeur,  on  peut 
montrer  encore  que  pour  une  langue  aussi  pauvre  (jue  le  syriaque  et  pour  un 
sujet  aussi  simple  (ju'une  traduction  d'évangile,  les  ressemblances  sont  la  règle 
et  les  différences  l'exception.  Il  sulVit  de  remarquer  les  ressendilances  nom- 
breuses qui  existent  entre  la  Pcschitto  et  la  syro-palestinieunc  qui  sont  écrites 
ilans  deux  dialectes  dijjérents.  Si  deux  versions  indépt-ndanlos.  dans  dvu.i- 
dialectes  différents,  présentent  tant  de  points  de  CDulact,  il  est  facile  de 
conclure  «jue  deux  versions  indépendantes  écrites  daiM  le  même  dialecte  --ce 
<|ul  est  le  cas  de  la  Peschilto  et  des  évangéliaires  l\c  et  An  doivent  se  ren- 
contrer en  général,  et  nous  serons  surpris,  non  [)as  de  voir  des  mots  communs 
à  Pet  à  E,  mais  d'y  trouver  tant  de  dillercnces.  Pour  expliquer  celles-ci.  il 
nous  faudra  supposer  des  fautes  de  copistes  et  des  dilVérences  dans  les  ma- 
nuscrits traduits  de  manière  indt-pendimle.  car  le  même  texte  très  simple, 
(évangile)  traduit  à  l'aide  de   la  même  grammaire  (^méme  dialecte),  et  d'un 

35. 


btih  MAl-JilN    1911. 

v°  ou  du  vi°  siècle,  il  est  à  craindre  que  nous  ayons  seuienieul  une  pro- 
génilui'e  d'un  manuscrit  dédaifjue'  par  les  critiques  du  iv°  siècle,  mieux 
placés  que  nous  pour  voir  qu'il  y  avait  chez  les  Latins  autant  de  textes 
que  d'exemplaires  et,  chez  les  Grecs,  de  nombreux  manuscrits  modiliés 
par  les  hérétiques  et  par  leurs  possesseurs;  chacun  de  ceux-ci  se  con- 
stituait plus  ou  moins  son  petit  Diatessaron. 

vocabulaire  peu  volumineux  (langue  syriaque)  doit  conduire  des  élèves  de 
même  intelligence  aux  mêmes  mots  et  aux  mêmes  formes. 

Voici,  comme  cvemple,  Matth.,  ii,   22.  Nous  tirons  le  verset  syro-palcs- 
tinicn  de  Coder  Climaci  rescriplus,  Cambridge,   1909,  p.  io  : 

K    {eC   KT   es).  PESCBITTO.  SïnO-PiLESTINlEN. 

^.So..^  ( /si'  aj.  «oo»*^)  '■  ,.010-3^  us>«o93«  >°i^  »  *^^...»*  >.o  r>l  .ca-«io)oi 
(Ec  :  "^fij»)  ^lUdi».  jl  y»  ->>  ^-3  CH.>»  -i-Uo  '^li-.?  Jba^» — ^  e^::^ 
(£(;:)o)Lt3  ojk.  -.)L.l)o) 

Voici  une  (|iialiième  version,  i'héracléenne,  laite  sur  le  grec  en  .jo8  et  re- 
visée sur  des  manuscrits  grecs  en  616  (m.  5.")  de  Paris,  fol.  8)  [H]  : 


,r-  'y  f 


^ij.'^î^    ^^w)     ■..3aJ>|    .fiOtto».)    iSl"^,..   toeund   .^viv  .cdoU-.3U?   ^?   ^^ojk    ^.3 

Tout  le  monde  admet  que  les  trois  rédactions  E ,  syro-palestinienne  et  H  sont  des 
traihicliiins  fnilc'i  flirectement,  sur  le  grec  et  non  des  i^visions  les  unes  des  autres; 
il  eu  est  donc  de  môme  de  la  Peschitio  P,  car  elle  est  aussi  éloignée  de  E  — 
sinon  plus  -  que  les  traductions  syro-paleslinionne  (dialecte  diflerent)  et //. 
A  nolcr  les  deux  concordances  ^j  xiw^jk.  et  '^(istî:»»  de  H  avec  E;  elles 
montrent  (]uc  beaucoup  de  ressemblances  de  détail  peuvent  être  un  pur  cITet 
du  liasard.  L'addition  et  les  deux  corrections  de  Ec  rapprocbent  en  fait  Es  de 
la  Pcschitto,  mais  peuvent  cependant  provenir  directement  d'un  texte  grec  et 
non  d'une  collation  de  la  Peschitto,  sinon  le  correcteur  aurait  sans  doute  pris 
aussi  le  mot  Jbrï^.a3:  les  formes  communes  ne  sont  pas  des  plagiats,  mais  ont 
été  imposées  par  la  pauvreté  de  la  langue  syriaque,  comme  le  montrent  les 
autres  versions. 

Nous  sommes  donc  vraisemblableraeul  en  présence  de  quatre  traductions 
faites  directement  sur  le  grec  :  l'cvangéllaire  (forme  pure  Es  ;  forme  corrigée 
Ec):  le  N'ouvea\i  Testament  dans  la  version  Peschitio,  le  leclionnaire  syro-pa- 
leslinien  et  le  Nouveau  Testament  dans  la  version  liéracléenne. 


COMPTES   RENDUS.  545 

Pour  abaisser  la  composition  de  la  Peschitto  jusqu'au  temps  de  Rab- 
boula  (  lii  1-^33),  ou  utilise  :  i°  une  phrase  de  la  vie  de  cet  évéque  di- 
sant Tqu'il  a  traduit  (ou  qu'il  a  expliqué)  le  Nouveau  Testament  du  grec 
en  syriaque,  à  cause  de  ses  dilTërencesi;  et  a"  l'un  de  ses  canons  por- 
tant :  ffLcs  prêtres  et  les  diacres  auront  soin  qu'il  y  ait  dans  chaque 
église  un  évangile  da-MepImrroslœ  et  qu'on  le  lise  ■''.i 

Il  est  invraisemblable  que  Piabboula  ait  pu  imposer  un  travail  person- 
nel au\  nestoriens  comme  aux  jacobites ,  car  sa  volte-face,  cpii  l'avait  con- 
duit, à  Ephèse,  du  parti  des  Orientaux  au  parti  de  saint  Cyrille  et,  plus 
tard,  sa  campagne  contre  Théodore  de  Mopsueste,  avaient  suscité  trop 
d'aniniosilés  contre  lui  pour  qu'on  eut  accepté  et  canonisé  aussitôt  une 
nouvelle  traduction  qu'il  aurait  faite'"'.  11  faut  entendre  le  texte  ci-dessus 
d'homélies  (explications)  qu'il  aurait  basées  sur  le  texte  grec  ou  d'un 
travail  ébauché  el  perdu  (comme  il  est  arrivé  aussi  à  Mar  Aba)ou  bien, 
tout  au  plus,  d'une  révision  de  Vécangéliaire  da-Mephaivesliê  :  puisqu'il 
en  recommandait  la  lecture ,  il  est  asaez,  naturel  qu'il  ait  voulu  en  corriger  le 
texte  qui  est  hérétique  dans  Es:  on  peut  donc,  avec  quelque  vraisem- 
blance, lui  attribuer  la  revision  Ec;  il  aurait  fait  des  retouches  volontai- 


'"'   Cf.  F.  Nau  ,  Lus  caiii>:is  et  les  résolutions  canoniques  de  llab/toula ,  Jean  de 
Telia,    Çjjriaque    d'Amid,    Jacques    d'Edesse ...  .Paris,    Lethielleux.     1906, 

1>-  90- 

•^'   Cf.  C.  Lupus,    Variorum  Palruni   epistolae ,  Louvain,    iCiHa.ciiap.  xi.in , 

\Liv  (AJANSt,  Concilia,  t.  V).  André,  évéque  de  Samosale.  étrivait  :  «(ioiix 
(|iii  Iravaillcnt  pour  la  vraie  loi  m'écrivent  d'Edesse  que  Rabhoula  s'est  écarté 
très  évidommeni  des  dojjnics  de  la  vérité  ot  poursuit  les  défeuseurs  de  la  \raio 
loi,  au  point  d'avoir  O'^é  atiatliéniatisor  dans  l'éjjlise  io  hienlipureux  Tiiéodoïc 
(de  Mopsueste)..  .  Il  aurait  anatliématisé  ses  écrits  et  les  nôtres,  et  ceux  (pii 
viennent  sans  apporter  un  uianuscril"^de  Théodore  pour  le  brûler,  et  ceux  (]ni 
pensent  autrement  qui^  Cyrille;  on  dit  qu'il  prêche  qu'il  n'y  a  (pi'une  nature 
dans  le  (ihrist  el  (pi'il  cliasse  violemment  ceux  qui  disent  autre  chose.  .  .  Il  me 
parait  raisonnable  i|uc  nous  aussi  nous  luttions  ouvertement  contre  celui  (|ui 
agit  avec  impiété  sans  contrainte  et  qui  a  répudié  tous  les  Orientaux. ^  Dans 
la  pièce  suivante,  Jean,  patriarche  d'Anlioclie,  écrit  aux  évè(|ues  de  TOsmëne  ; 
«Nous  avons  appris  d'iiommes  nombreux  cl  dijjties  de  loi  qiu»  ji'  1res  honorable 
Rabboula  trouble  Kdesse  et  tous  c<'ux  qui  liabiU'nt  les  provinces  voisines,  .  .  en 
chassant  ceux  qui  cboisisscnt  de  penser  sainement.  .  .  Si  cela  isl  vrai,  tenez- 
vous  écjirlés  de  sa  conuuimion  juscju'à  ce  que  nous  le  couvo(|uious  pour  tlis- 
cuter  entièrement  ce  (pii  li-  concerni' .  .  .  r)  Les  Orientaux  l'a;  |»elaient  «le  tyran 
d'Kdcsse";  il  seud)le  impossible  (pi'il  ait  pu  bmr  im|)oser  une  nou\elle  ver- 
sion, tàclic  iléiiciile  où  saint  .li'ri'iuic ,  malgré  l'appui  du  [lapc  Damase,  a  failli 
échouer. 


546  MAI-JUIN    1911. 

rement  insuQisantes  pour  ne  pas  changer  les  habiludes  prises,  comme 
saint  Jérôme  a  dû  le  faire  pour  le  psautier.  Il  ne  faut  pas  s'étonner  non 
plus  de  voir  un  évangéliaire  avoir  coui's  à  côté  de  la  Peschitto,  car  le 
domaine  de  la  langue  syriaque  allait  jusqu'aux  portes  d'Antioche  et  l'évan- 
géliaire  a  toute  cliauce  d'être  un  produit  de  cette  région  et  de  provenir 
(l'un  disciple  de  Paul  de  Samosate  ou  de  Théodore  de  Mopsueste;  d'ail- 
leurs les  églises  semblent  avoir  joui  d'une  certaine  latitude  dans  le  choix 
de  leurs  évangéliaires,  car  nous  voyons  les  jocobites  et  les  nielkiles  transcrire 
jusqu'au  \if  siècle  des  leclionnaires héracléens  et  syro-palestiniens  à  côté  de  la 
Peschltio.  11  y  avait  donc  place  aussi,  à  côté  d'elle,  pour  les  évangéliaires 
da-Mepharreshc. 

Lorsqu'on  fait  remarquer  que  le  canon  de  la  Peschitto,  qui  omet  quatre 
épîtres  catholiques  et  l'Apocalypse,  semble  indiquer  le  ii°  siècle  plutôt 
que  le  commencement  du  v%  on  cite  toujours  un  texte  de  la  doctrine 
d'Addaï  disant  de  fr  lire  les  évangiles,  les  lettres  de  Paul,  les  actes  des  douze 
aj)ôtres  et  aucun  autre  livre n;  on  en  conclut  que  tel  était  le  canon  de 
l'Eglise  syrienne  au  iv''  siècle  et  que  Rabboula  a  assez  fait  en  lui  ajoutant 
dois  épitres  catholiques  au  \°.  Cet  argument  n'aurait  de  valeur  que  si 
l'on  montrait  que  la  doctrine  d'Addaï  a  joui  à  Edesse  de  quelque  aulo- 
rité;  or  c'est  le  contraire  qui  semble  exact  :  elle  comprend  en  effet  deux 
parties  :  i"  la  correspondance  du  Christ  et  d'Abgar  et  la  conversion  des 
Edesséniens,  qui  étaient  déjà  connus  d'Eusèbe  par  d'autres  documents 
officiels  que  la  doctrine  d'Addaï:  9.°  un  grand  nombre  de  détails  acces- 
soires, comme  l'invention  de  la  croix  par  Protonice,  les  discours  d'Addaï 
et  le  prétendu  canon  de  l'Eglise  édessénienne  ci-dessus,  qui  ne  semblent 
pas  avoir  joui  de  grande  considération  à  Edesse,  car  Jacques,  éceque 
d' Edesse,  interrogé  au  vu'  siècle  sur  l'invention  de  la  croix,  dit  que 
Socrate  seul  en  a  parlé  '''  et  parait  donc  ignorer  complètement  l'existence 
de  la  doctrine  d'Addaï.  Mais  il  y  a  encore  mieux  :  il  existe  une  autre 
doctrine  d'Addaï,  au  moins  aussi  ancienne  que  la  précédente,  car  elle 
est  conservée  aussi  dans  un  manuscrit  du  v'^  au  vi"  siècle  (add.  i/i6/i6), 
et  elle  a  joui  d'une  grande  autorité  puisque  les  canons  qu'elle  contient 
ont  été  adoptés  par  les  jacobiles ,  les  nestoriens  et  ics  melkites.  \oici 
ce  qu'on  lit  dans  Cureton,  Ancient  Syriac  Documents,  Londres,  i86/i: 
texte,  p.  3-2;  traduction,  p.  Sa  :  fr(Les  successeurs  des  apôtres)  ont 
transmis  à  leurs  disciples  après  eux  tout  ce  qu'ils  avaient  reçu  des 
Apôtres  :  ce  que  Jacques  arait  écrit  de  Jérusalem,  et  Simon  de  la  ville  de 
Rome,  cl  Jean  d'Ephese,  et  Marc  d'Alexandrie  la  Grande,  et  André  de 

("  Cf.  Reme  de  VOnvnl  chrétien ,  t.  XIV  (tgoc)),  y.  /j37-438. 


COMPTES   RENDns.  547 

Pln'ijgic,  cl  Luc  de  Macédoine,  cl  Jii(hi.s-Tlwnins  de  l'Inde;  que  les  lettres 
de  l'Apôtre  soient  reçues  et  lues  dans  toutes  les  églises  en  tout  lieu, 
comme  sont  lues  leurs  belles  actions  écrites  par  Luc ,  afin  que  par  là  les 
apôtres  et  les  proplièles  soient  connus  (et  qu'on  voie)  qu'une  seule 
vérité  a  été  prêchée  partons,  qu'un  seul  esprit  a  parlé  chez  tous,  (celui) 
(lu   Dieu   unique  que   Ions   ont    adoré  et  que  tous   ont  prêché. - 

D'après  ce  texte,  —  au  moins  aussi  ancien  que  le  texte  unique  dont 
on  se  servait  jusqu'ici ,  et  dont  l'autorité  a  été  plus  grande  — ■  le  canon 
édessénien  comprenait  la  lettre  de  Jacques,  celle  de  Jude  (identifié  à 
Kdesse  avec  Thomas  Thaddée)et  même  un  apocryphe  altrihué  à  André ^'^ 

Il  ne  nous  reste  plus  qu'à  faire  connaître  la  principale  particu- 
larité de  Es  qui  porte,  Matth.,  i,  16  :  ff  Jacob  engendra  Joseph:  Joseph, 
dont  la  Vierge  Marie  était  l'épouse,  engendra  Jésus  qui  est  appelé 
(ilirist.'î  C'est  là  une  faute'"',  car  le  même  évangile  porte,  deux  versets 
plus  loin,  comme  la  Vulgate  :  nAnlequnm  convenirent,  inventa  est  in 
utero  hahens  de  Spiritu  Sanclo.  r  On  a  voulu  entendre  ce  passage  de  la 
|)ateruité  légale,  ou  invoquer  une  faute  de  traduction,  mais  cette  faute 
a  chance  de  pi'ovenir  du  texte  grec  et  d'être  systématique,  car  Ks  porte 
encore  au  verset  28  :  rf  Joseph  prit  sa  femme  et  elle  lui  enfanta  un  fils'^; 
landis  (|ue  tous  les  textes  portent  :  rrAccepit  conjugem  suam,  et  non 
cofrnoscebat  eam  donec  peperit  fihum  suum.-^ 

Nous  trouvons  dans  Es  les  tendances  des  hérétiques  pour  les([uels  le 
(Christ  n'était  qu'un  homme  favorisé  de  la  grâce,  comme  Paul  de  Samo- 
sate  et.  plus  tard,  certains  nestoriens  outrés  sont  censés  l'avoir  dit. 

^ous  pouvons  en  somme  proposer  la  synthèse  suivante.  Le  Nouveau 
Testament  entier  (hors  l'Apocalypse  et  (ptatre  épilres  catlioli(pies)  a  été 
traduit  à  Kdesse,  dès  le  n'  siècle,  aussi  bien  que  l'Ancien.  ("iClte  traduc- 
tion (peut-être  remaniée  en  quelques  détails)  a  constitué  plus  tard  la 
Peschilto  de  l'Ancien  et  du  Nouveau  Testament.  C'est  plus  tard  que  Ta- 
tien  a  rédigé  son  Diatessai-on,  traduit  ensuite  diiectement  sur  le  grec 
avec  influence  indirecte  de  la  Pescliillo:  il  mettait  les  é\énemcnls  dans 
leur  ordre  logitpie  sans  répétition ,  et  cet  ouvrage  a  eu  le  plus  giaud  suc- 
cès comme  livre  d'ojjice.  Les  Diatessarons  grec  et  syriaque  ont  uu'me  in- 

"'  Il  laiit  [jout-olrc  aussi  faire  une  distinction  culro  les  livres  lux  <laiis  tes 
(////(•('.s,  (•(  Irx  livicii  cunoiiifjiirs ;  on  a  pu  s(t  lioriior  lonjjlemps  à  Uro  lo  jlialt's- 
saioii  seul  aux  otilcos  ot  avoir  cciicndanl  à  côti"  un  Nou\eau  Toslanionl  cl  dos 
a|KKry|ili('s.  Vax  d'autres  tonnes,  toute  arjjumontation  basée  sur  des  omissions 
est  sujette  à  caution  :  qui  ii'oinot  rien,  si  ionjf  (|ue  soit  son  article? 

'-'  l'n  pa|iviMis.  sans  douli"  du  m''  siècli',  osl  (railleurs  venu  enrore  con- 
liriner  la  leron  tr^diliounelle .  cf.    t'ntr.  (hii'nl(dis .  I.  I\.   11.    i'i/j. 


548  MAI-JUIN    1<.)1  I. 

Hue  sur  les  ëvan{>'Hes  séparés,  car,  à  cello  époque,  chacuu  constituait  et 
modifiait  assez  librement  sou  exemplaire.  Eusèbe  a  donc  dirigé  un  mou- 
vement de  réaction  contre  ces  évanjjiles  grecs  mêlés  qui  corrompaient  le 
lexle  des  évangiles  séparés;  plus  lard,  au  commencement  du  v"  siècle, 
dans  son  diocèse  de  Gyr  (Cyrrlius),  entre  Antioclie  et  Mabboug,  Tliéo- 
dorel  a  fait  brùlei-  plus  de  deux  cents  exemplaires  syriaques  des  évan- 
giles mf-lés  et  Rabboula,  à  lùlesse,  a  recounnand(!  d'utiliser  les  évangiles 
Hcparés.  C'est  dans  ces  conjonclures  qu'est  né  le  texte  de  l'évangile  sépai'é 
(da-Mepliarreshê),  pour  remplacer,  co/««ie  lirre  d'njjicc,  le  Diatessaron. 
Un  Syrien  de  la  région  d'Antiocbe  a  traduit  un  manuscrit,  plus  ancien  de 
un  ti  deux  siècles,  mais  qui  avait  été  corrompu  (peut-être  par  un  pauli- 
nieii)  pour  suggérer  (jue  le  Cbrist  était  fils  de  Josepb  et  par  suile  un 
sinqde  liomme.  Le  traducteur,  qui  pouvait  appartenir  au  parti  avancé  des 
disciples  de  Théodore  de  Mopsueste  et  de  Tbéodorel,  avait  peut-être 
choisi  ce  manuscrit  grec  à  dessein.  Gomme  il  possédait  sans  doute  le 
Diatessaron  syrien. par  cœur,  on  on  trouve  des  ti-aces  dans  sa  traduc- 
tion'''. 

Les  évangiles  séparés  ont  été  portés,  comme  lirre  d'office,  jusqu'à 
Ldesse,  oii  Rabboula,  devenu  l'ennemi  de  Théodore  de  Mopsueste,  a 
signalé  leurs  fautes  et  en  a  corrigé  peut-être  quelques-unes.  Leur  em- 
ploi a  été  éphémère;  Ils  (iraient  été  traduits  et  transcrits  du  côté d' Antioclie 
et  de  Cyr  pour  remplir  l'espèce  de  ride  causé  par  la  suppression  brusque 
de  centaines  d'exemplaires  du  Diatessaron  et  on  les  a  remplacés  à  leur 
tour  par  un  extrait  tiré  d'abord  de  l'ancienne  version  édesséniemie  (Pe- 
schitto)  et,  plus  lard,  de  la  version  héraclécune;  les  Grecs  melkites  nul 
même  créé  un  nouveau  leclionnaire  (syro-paleslinien)  et  révangéliair<^ 
da-Mephari'eshê  n'a  laissé  aucune  trace,  sinon  un  exemplaire  récrit  près 
d'Anlioche,  au  sud  de  Gyr,  à  Ma'arrat  el-Misrin,  en  779  (Es);  un  autre 
offert  au  x'^  siècle  au  monastère  des  Syriens  à  Scété  (Ec)  et  un  troisième 
connu  au  xu"  siècle  de  Denys  bar  Salibi. 

Denys  écrit  en  effet  dans  sou  commentaire  sur  Mattli.,  xxvii,  i()  :  rrGe 
Barabbas  était  appelé  Jésus,  c'est  éci-il  ainsi  dans  l'évangile  da-Me[)har- 
l'eshê'"'."  Es  porte  bien  :  ff Jésus  Baiabbas»'.  Gelle  phrase  qui  manque 

'■'  La  leçon  l>a.^i  Ht.»» .  Mallli.,  m,  /i  (cf.  Lewis,  p.  Soa),  provioiit  du 
Diale.ssnro:!  comnK!  Isho'dad  l'indique  lui-m6mo,  cf.  Hjei-t,  IVa  Alinijnxclw 
l'AHiiiirplien  Ui'licrsielzung,  p.  3a.  Denys  bar  .Sa!ii)i  a  eujpi'iinlé  ce  dolaii  à 
Islio'dad,  mais  a  rompiaci''  le  mot  )>a^  parl^^j,  ms.  67  de  Paris,  fol.    /la  v". 

'-'    Ms.   {')-   de    Paris,    loi.   1  (In  \"  -.  \.^^:i<»  .\.z>]\.^  \j<»  )o«  Jvfi;to3    v5.aji< 


COMPTES   RENDUS.  549 

dans  1(^  plus  ancien  manuscrit  (nesloiien  )  du  iexique  de  Har-Baliloul, 
se  trouve  ensuite  dans  les  manuscrits  jacobites  de  cet  auteur  postérieurs 
à  Deiiys  bar  Salibi  '''  à  qui  on  l'a  sans  doute  eaiprunlée.  Nous  avous  ainsi 
l'explication  des  concordances  relevées  par  M'""  Lewis  entre  E  et  Denys. 
Quant  aux  points  de  contact  avec  saint  Eplu'em,  Aphraate  et  Isho'dad, 
qui  sont  bien  souvent  incontestables,  ils  s'expliquent  par  l'usage  com- 
mun du  Diatessarou  :  le  traducteur  de  E ,  ([ui  voulait  le  remplacei-,  le 
savait  par  cœur,  «aint  Ephrem  et  Aphraale  l'utilisaient  (le  premier  l'a 
même  commenté),  enfin  Isho'dad  en  a  connu  un  exemplaire,  car  il  cite 
des  leçons  du  Diatessarou. 

Si  l'on  trouve  qu'il  existe  des  relations  directes  et  non  accideiilellos 
entre  les  évaugéliaires  et  la  Pesclnllo,  le  Diatessarou,  nous  l'avons  dit, 
est  l'intermédiaire  indi([ué  pour  les  expliquer;  car  le  traducteur  du  Dia- 
tessarou possédait  l'ancienne  Peschitto  par  cœur  et  le  traducteur  des 
évaugéliaires  possédait  de  même  le  Diatessarou;  il  nous  semble  cepen- 
dant qu'on  peut  regarder  ces  deux  versions  comme  aussi  indépendantes 
(|ue  le  sont  l'IIéracléenne,  la  Syro-palestinienne  et  la  Pescliijto. 

Ces  questions  seront  sans  doute  longtemps  encore  ('tudiées  et  résolues 
on  sens  divers:  l'édition  de  M""  Lewis  lournira  une  i)ase  solide  à  toutes 
ces  études. 

F.  Nau. 


l'i'iodricli  Scimji.ïiikss.   kH.ii.i   i;\ii  /^/i/vi,    svriscli    iind   diMi'scli.    —   nciliii, 
nciiucr,  1911;  3  vol.  in-8°,  \vi-i()(S  ol  xxvni-'j'it)  pajjos. 

L'ancienne  version  syria(pie  de  ces  fables  a  (^é  cdilt-e  en' 1  S'y!)  par 
M.  Ci.  Mickell.  d'après  une  copie  du  manuscrit  uni([ue  conserve  ;i  Maidin. 
M.  Sachau  s'est  procuré'  depuis  lors  (1881  à  i883)  trois  nouvelles 
copies  du  même  manuscrit  et  c'est  d'après  ces  quatre  copies  ■ — ■  le  ma- 
nuscril  de  Mardiii  élant ,  dil-il,  huiccossihlc  —  que  M.  F.  Scliulliiess  a 
douni'  celle  iu)uvelle  ('ditioii.  L'Académie  royale  prussienne  des  sciences 
a  d'ailleuj's  consacre  ffune  somme  considi'rable'^  à  son  inqiression  (\(tir 
l'inlrod.  au  lexle,  p.  xv). 

Il  a  comni  aussi  l'addition  i|m'  Kr  fait  à  Mallli..  1,  1  (J  :  l^^t  w»^  „*o£>»jk.{ 
U-30  .  .^  i  'i'^vi  )jtvJ^"l  ^J::k.c»:^  >}JLci>o  ■  U»^'^  ^  .a^>^j«  tr''-^  L<iaa>.  Und., 
loi.   1  1    V  ". 

''  Kilo  luaiHpic  dans  un  uis.  nesloiien  (li>  l'an  \-nh  l'I  se  trouxe  dans  un 
ms.  occidental  de  imS'i  (D.'nys  l'-lail  niorl  en  1  1  - 1  ).  (/'.  ICdilion  de  ci« 
lexique  donnée  par  \\.  Dnval;  l'aris,  1  S((() ,  col.  h-yS. 


550  MAI-JUIN    1911. 

Les  variantes  fournies  par  ces  quatre  copies  (a,  b,  c,  d)  d'un  même 
manuscrit  sont  assez  nombreuses  et  occupent  souvent  de  cinq  à  neuf 
lignes  au  bas  des  pages.  M.  Schulthess  en  a  conclu  avec  grande  justesse, 
Inlrod.  au  texte,  p.  xi-xiii .  que  le  manuscrit  original  devait  être  mauvais; 
il  était  donc  ou  mal  lu,  ou  corrigé  fie  manière  différente,  par  chacun  des 
copistes.  Ces  imperfections  font  regretter  d'autant  plus  l'absence  du  ma- 
nuscrit original  ou  d'un  autre  manuscrit  ancien  qui  vienne  le  corriger. 
M.  Schulthess  a  raconté,  Z.D.MJi,  t.  LXIII  (1909).  p.  k-]'i-h']h, 
comment  il  a  fait  rechercher  et  transcrire  à  Edesse  un  rr  Livre  des 
renardsî^  dans  l'espoir  d'y  trouver  un  nouveau  manuscrit  (hi  Kahla  et 
Dimna.  Son  espoir  a  été  déçu  et  il  a  (hi  se  borner,  dit-il,  à  éditer  le 
texte  syriaque  d'après  les  quatre  copies  du  manuscrit  inaccessiblo  de 
Mardin. 

Il  amait  sutlî  cependant  à  M.  Schulthess  de  par'courir  les  tables  du 
Joiu'iml  (matique  pour  y  trouver  trace  du  manuscrit  original  ffinacces- 
sible'i  de  Mardin  :  IX"  série,  t.  XX  (  1 902  ) ,  p.  ^455 .  sous  le  mot  Kaldn ,  à 
côté  du  renvoi  à  une  note  intéressante  de  M.  René  Basset,  on  lit  :  7>c 
manuscrit  original  du  texte  sijria//ue  présenté  à  la  société  par  M.  (irafjin , 
(fui  annonce  son  intention  d'en  donner  une  nouvelle  édition,  V,  3/io.  En 
se  reportant  au  tome  V,  on  y  lit  que  M*'"  Grallîn  avait  alors  en  sa  possession 
une  photographie  du  manuscrit  original  de  Mardin.  Il  a  acquis  depuis  lors 
le  manuscrit  lui-même  ot  —  pour  qu'on  ne  l'ignore  plus  —  nous 
l'avons  présenté  à  nouveau  à  la  Société  asiatique  et  nous  en  donnons  une 
description  dans  la  Revue  de  l'Orient  chrétien ,  191 1,  n"  2.  Si  nous  avons 
un  peu  insisté  sur  cette  mésaventure  du  snvant  professeur  de  langues 
sémitiques,  le  plus  actif  des  syriacistes  allemands,  c'est  pour  excusei- 
])ar  avance  les  éditeurs  qui  pourront  se  trouver  dans  un  cas  analogue. 
D'ailleurs,  pour  diminuer  ses  regrets  dans  une  large  mesure,  M''''Grallin 
nous  autorise  à  écrire  que  le  manuscrit  original  est  à  sa  disposition  s'il 
veut  en  donner  une  édition  définitive  dans  la  Palrologie  orientale. 

M.  Schulthess  a  d'ailleurs  tiré  le  meilleur  parti  des  quatre  co|)ies  qu'il 
possédait  et  des  conjectures  de  MM.  Bickell,  Blumenthal,  Nôldeke:  il  s'est 
aidé  des  nouvelles  éditions  du  Paiicatantra  (J.  Hertel)  et  de  la  version 
arabe  (Gheïkho).  Le  manuscrit  (fol.  54  v°)  porte  p- 87g  :  |itw«a^o  cl 
p.  87,^  :  )Kal^.»o  au  lieu  de  )^--i3o  et  l^^^o.  On  lit  aussi,  p.  87,, 
dans  le  manuscrit  :  o.s«iA»-  laoo»  0-^0 -«  mais,  de  première  main,  le  mol 
cH^ojk.»  est  surmonté  d'un  élif  et  le  mot  Uaoi  d'un  beth  pour  montrer 
f|ui[fanllesinterverlii',  on  peut  donc  dire  que  le  manuscrit  porto  :  «x^  -» 
Aiaoi  oi'iciA.t    'f ce  chat  nomme  Houma-o.  Deux  cn[)istes  (a,  c)  ont  omis 


COMPTES   RENDUS.  551 

>.♦,  un  troisième (^6) a  t'crit  :  oti-a^^  Jiioo«»  a^  -«,  il  a  conservé  l'in- 
terversion et  a  ajouté  une  consonne.  D'autres  fois  les  copistes  semblent 
avoir  été  unanimes  à  corriger  certaines  fautes,  car  au  lieu  de  )--* I? 
87^1  et  ofii^Jlîd^  87j2  ({iii  sont  imprimés  sans  variantes,  le  manuscrit 
porte  :  y- f?  et  oft^i-^tv.  De  même ,  au  lieu  de  l.3.^^v.»  ^a-.a  (jui  figure 
sans  variante  87,3,  le  manuscrit  porte  :  i-r^^rSK-v^  o»,-i.->^va  ^j-Ls.Anoler 

aussi  cpie  JU^>*c>  r-je  me  détourne.  87^,  est  écrit  dans  le  manuscrit 
.ar^.  entre  deux  points  et  renversé,  car  le  scribe  y  a  peut-être  lu 
ffSatann.  Cette  étrangeté  nous  explique  pourquoi  le  copiste  b  a  omis  ce 
mot.  En  d'autres  endroits  c'est  b  qui  a  copié  le  plus  lidèlement;  par 
exemple,  ?U^-ik.)j<,  87^,  est  la  lecture  du  manuscrit  et  du  copiste  h, 
tandis  que  les  autres  copistes  ont  écrit  :  ♦lU)?'  [a,  c)  et  :  pol^j».)»)  (</); 
y^l^œj.  87,,  est  encore  la  leçon  du  manuscrit  et  de  b. 

Il  sullit  de  ces  remarques,  faites  sur  la  page  87^''  de  i'édilion  de 
M.  Schulthess,  pour  montrer  l'importance  du  manuscrit  original;  nous 
regretterons  seulement  en  terminant  que  les  éditions  des  textes  orientaux 
continuent  d'être  si  uniformes  et  si  denses.  Le  manuscrit  de  Kalila  et 
Diniiia  présente  des  divisions  et  des  noms  à  l'encre  rouge  qui  servent  de 
points  de  repère,  tandis  que  l'édition  est  en  lui  uniforme  eatrangbélo, 
avec  peu  d'alinéas ,  et  rend  assez  longue  la  recherche  des  passages  corres- 
pondants. On  ne  peut,  sans  doubler  le  prix  du  tirage,  eni|)loyer  l'encre 
rouge  dans  nos  éditions,  mais  il  est  facile  du  moins  d'employer  des  ca- 
ractères de  même  corps,  mais  différents,  pour  produire  dans  les  textes 
orientaux  l'effet  des  caractères  gras  ou  italiques  dans  nos  impressions  oc- 
cident<iles.  M"'Grallin,  à  qui  l'on  doit  déjà  tant  d'heureuses  initiatives. a 
encore  eu  celle  d'employer  un  caractère  eslranghélo  gras,  mélange'  an 

'')  11  est  inutile  de  dire  que  le  style  est  mauvais ,  car  il  on  ost  ainsi  dans 
])resquc  toutes  los  tradnriions.  (le  nous  est  une  nouvelle  raison  pour  croire 
(|ue  le  texte  syiiaqiio  du  dialnijue  des  Ijoix  dp»  jmijs  de  Rardesane  n'est  pas 
une  traduction ,  car  la  langue  est  excellente  et  les  (piel(|ues  licllénismes  que 
l'on  piMil  y  relever  prouvent  uniquement  que  le  grec,  à  la  lin  du  n°  siècle, 
n'élail  |ias  inconnu  des  lioinnies  instruits,  à  Edesse.  Le  contraire  serait  plutôt 
étonnant.  Rarfle?ano  dit  (pi'il  a  compare-  les  livres  des  (llialdéens  et  des 
Egyptiens,  Vatr.  Si/r.,  H,  fjSi»  :  il  y  a  bien  des  chances  pour  (pi'ii  n'ait 
connu  les  derniers  (|ue  par  des  écrils  grecs.  Jusqu'à  nouvelle  déco  n  ver  le.  nmis 
n'avons  donc  rien  à  changer  à  ce  que  now^  avons  écrit  supin,  \°  série, 
t.  \VI.  i()ni.  p.  r>t()-siK;  cf.  Z.D.M.G.,  I.  LMV,  p.  7/ir)-7.'')o.  Car  l'exislence 
d'un  texte  grer  dillV-renl  de  cchii  ([ue  nous  a  conservé;  Eusèhe  est  trop  hvpo- 
Ihétiepie. 


552  MAI-JUIN    1911. 

caraclère  jacobile,  pour  compose!' les  mots  écrits  en  roiijj'e  dans  le  ma- 
niisci'it  des  hymnes  de  Sévère  d'Antioche'''. 

F.  Nau. 


Tue  soyo  of  sonos,  acconted  In  accordance  witli  tho  poetic  svst(>ni.  Willi  a 
rli\lniic  Iranslatioii,  ty  G. A.  Nûves,  (loi.  (lato)  R.  A.  —  London,  Liizac 
and  C°  (s.  d.);  in-i°,  92  pagos. 

Ti'ois  livres  bibliques,  les  P.minncs,  Job  et  lus  Proverbes,  renferment 
une  accentuation  spéciale,  que  Ton  a  dénommée  poétique.  Ces  accents 
dits  poétiques  ne  se  retrouvent  nulle  part  ailleurs  dans  la  Bible. 

M.  Noyés  s'est  amusé  à  imprimer  le  texte  hébreu  du  (juiti/jim  îles 
Cantiques,  en  l'ag-rémentant  de  Taccentuation  poétique,  conformémenl 
au  système  de  Wickes,  Hebrew  jjoetical  accents. 

Dans  une  préface  d'une  page,  l'auteur  expose  que  le  Cantique  des 
Cantiques  est  un  poème  djamatique.  Il  s'avise  de  découvrir  que  ce  livre 
biblique,  essentiellement  poétique,  a  été  pourvu  par  les  massorèles  de 
l'accentuation  en  prose  et  il  adapte  au  texte  hébreu  du  Canlicpie  le 
système  d'accentuation  des  trois  livres  poétiques. 

C'est  une  distraction  typograj)bique  que  peut  s'accorder  quiconque 
est  un  peu  versé  dans  les  choses  de  l'hébreu.  M.  Noyés  prali(jue  abon- 
damment le  système  d'une  dichotomie  qui  nous  paraît  arbitraire.  Il  ne 
se  contente  pas  d'aller  à  la  ligne  chaque  fois  qu'il  rencontre  un  alnn  h 
dans  le  texte  massorétic|ue  :  il  coupe  encore  ces  divisions  du  demi-verset 
cl  il  en  arrive  forcément  à  faire  un  usage  presque  immodéré  du  niuqqeph. 
11  conserve  souvent  Vatiia'h,  alors  que,  ])our  bien  faire,  il  aurait  dii 
employer  le  merlea  mahpacatnin  qui  remplace  souvent  ïalna'li  dans  les 
livres  poétiques. 

Il  y  a,  en  outre,  quelque  danger  à  adapter  à  un  livre  bibli<jue  un 
système  nouveau  d'accentuation  alors  que  les  massorètes  ont  si  soigneu- 
sement accentué  leurs  livres  sacrés.  C'est  ainsi  rpie,  dans  les  livres  dits 
|)oéti(jues  et  dans  les  autres,  l'accent  sert  quelquefois  à  disliuj;uer  des 
mots  de  sens  divers,  par exenqde  :  T}2'C  [Zacharie,  viii,  3).  signifie  : 
je  reviens,  et  Tl^vi'  (Ps.  xxiii,  (3),  signifie:  wioji  f/eme«rer.  Dans  de  pareils 

'''  (11'.  E.  W.  Brooks,  The  hii>ini.s  of  Severua  of  Anlioch  and  dlhrrs  in  llte 
Syriac  version  of  Paul  of  Edessa  as  revised  by  James  of  Edcssa,  dans  Patro- 
Injpp  orientale,  t.  VI  et  VII,  Paris.  1911.  Nous  avons  déjà  signalé,  Revue  de 
l'Orient  ehrélien,  t.  XVI  (kji  1),  p.  io.^>,  qu'on  trouve  dans  c»t  ouvrage  [Patr. 
or.,  Vil,  796)  une  citation  des  versets  1  à  6  du  Ps.  ni  de  Salomon. 


COMPTES   RENDUS.  553 

cas,  comnionl  fera  M.  Noyés  pour  ne  pas  prêter  à  confusion,  s'il  Irans- 
poilo  raccenluation  poétique  dans  des  livres  que  les  niassorètcs  ont 
accentués  prosaïquement?  M.  Noyés  accompagne  sa  disposition  typogra- 
|)lii(|ue  du  texte  hébreu  d'une  traduction  anglaise  linéaire.  Il  a  omis  de 
traduire  le  titre,  de  sorte  que  nous  ne  savons  pas  comment  il  entend  le 
laiiird  (|ui  précède  le  nom  de  Salomon.  Est-ce  un  lanml  audovia?  Est-ce 
un  livre  écrit  ^mr  Salomon,  ou  contre  Salomon,  ou  />o«/-. Salomon? 

Combien  d'ouvrages,  dans  la  littérature  profane,  respirent  une  poésie 
d'une  rare  intensité,  bien  qu  écrits  en  prose,  et  qui  perdraient  à  être  mis 
en  vers  !  Le  Cantique  des  Cantiques  a ,  lui  aussi ,  sa  poésie  que  n'atténuera 
ni  n'augmentera  un  dispositifnouveau  d'accents  dits  poétiques.  C'est  pure 
distraction  de  dilettante. 

F.  Macler. 


The  lidMMKM.iiiY  <tf  Hiiini  Meyi.has  b.  Elijaii  i).\  iiie  I'entatevch.  Kdili'd,  lor 
tlie  lirst  llnio,  from  llie  unique  MS.  (Add.  19970)  in  the  Briti^li  I\Iusouin , 
hy  A.  \V.  GnEEVUi'.  •  .  and  (•].  H.  Titoerton.  .  ,  :  Genesis.  —  I^ondoii ,  1909: 
in-iC),   i3i  pajjos. 

On  cliercberait  en  vain  une  notice  l)iogra|)hique  sur  1  auteur  dans 
rEncyclopédie  juive.  On  en  chercherait  surtout  inutilement  dans  un 
avant-propos  quelconque  des  éditeurs.  Toute  explication,  loult;  iudi- 
Ciilion,  toute  bio-bibliographie  fait  déffuit.  Il  est  vrai  qu'on  ne  nous 
donne  ici  que  le  commentaire  sur  la  Cenèse;  on  a  encore  quain;  chances 
sur  cinq  (pie  notre  relijjion  soit  éclairée  sur  ce  mystérieux  commen- 
laleiu'  nommé  Meyuhas  b.  Elijaii. 

Le  volume  débute  bien  par  une  préface  (nDlpn)  de  a  pages  non 
paginées  et  j'espérais  qu'elle  étafl  due  aux  savants  éditeurs.  Nullenieul. 
C'est  un  simple  avertissement  de  l'auteur  sur  la  nécessité  ([u'a  la 
Sainl(!  Ecriture  délie  conlinuollement  étudiée  par  les  c(mimenlaleurs  et 
oii  il  fournit  (|iiol(pies  explicalions  exégétiques. 

Ce  (pii  fait  l'iniporlancc  d(;  Me\  uhas  b.  l'ilijaii,  c'est  (piil  (>sl  un  des 
l'ares  counnonlateurs  juils  de  15y/ance.  L'école  exégéli(pie  biblique  com- 
mence dans  remj)irc  byzantin,  dans  la  seconde  nioili('  du  vi'  siècle  et  se 
continue  justpi'au  xvi'  on  wn'  siècle.  Le  commentaire  de  Meyuhas  est 
rempli  de  gloses  greccpies  cl  il  scr.iil  pciil  cire  du  \u'  siècle  el  peut-être 
du  wi'  siècle. 

(^ics  renseiguemcnis  inlcressauls,  cl  bien  d  autres  encore,  dont  nous 
devrions  élre  re<lcvaliles  aux  éditeurs,  sont  fournis  par  M.  Sanuid 
Poznanski,    au   compte   rendu  (h'-UiilIc  diupicl   il  snllir;i  de  rcuvoyi'r  le 


554  MAI-JUIN    1911. 

lecteur  jtoui'  plus  ample  information,  dans  la  Rcmc  des  Etudes  juives, 
igio,  ]).  i5/i  et  suivantes. 

F.  Macler. 


Codex  Ciimaci  itEScniPTUs.  Frafjments  of  sixth  centur\  Palcstinlan  Syriac  texis 
of  the  Gospols,  of  the  Acts  of  liie  Apostles  and  of  St.  Paul's  Epistics.  Also 
l"ra[;ments  of  an  oariy  Palestinian  Icclionary  of  ihe  <)id  Testament,  etc.  Tran- 
scribed  and  ediled  hy  Aji[ncs  Smitli  Lkwis.  .  .  With  S(nen  facsimiies  (llorac 
semilicae,  n°  Vill).  —  Camliridjjc,  al  Itic  Universily  Prcï^s  1909;  in-4°,  \xm, 
201  pages.  Pri\  :  10  sh  .  (i  p. 

C'est  une  im|)orfante  et  intéressante  contribution  à  la  littérature  syro- 
palestinienne,  qui  comprend  des  textes  rédigés  dans  le  parler  de  Pales- 
tine à  l'époque  de  Jésus ,  de  telle  sorte  que  certains  savants  ont  tenu  ce 
dialecte  ])our  la  langue  maternelle  du  Christ  et  de  ses  disciples.  11  est  vrai 
que  les  fragments  ici  publiés  remontent  au  vi"  siècle  ou  sont  peut-être 
plus  anciens,  suivant  que  Ton  admettra  que  les  melkites,  après  s'êire 
séparés  des  monopbysiles  à  la  suite  du  concile  de  Chalcédoine  (/i5i  ), 
exécutèrent  pour  eux-mêmes  une  version  des  livres  saints  dans  le  parler 
palestinien,  ou  adoptèrent  une  version  déjà  existante. 

A  un  autre  poiut  de  vue,  les  fragments  que  nous  oH're  Mrs.  Lewis 
intéressent  le  monde  savant  à  un  haut  degré,  puisqu'ils  offrent  des 
variantes  que  l'on  ne  rencontre  pas  dans  les  autres  textes  syi-iaques,  ce 
qui  permet  de  supposer,  jusqu'à  ce  que  la  preuve  matérielle  en  ait  été 
fournie,  variante  par  variante,  que  parmi  les  textes  syriaques  actuelle- 
ment connus,  les  uns  représenteraient  une  version  exécutée  sur  l'hébreu , 
tandis  que  d'autres  découleraient  de  la  Septante.  C'est  une  voie  nouvelle 
qui  s'ouvi'e  aux  exégètes  et  aux  philologues. 

F.  Macleu. 


*L)LLJI  JoLw^  Petits  tiiaitÉs  des  avtevus  éwqlexts,  publiés  dans  la  revue 
El-Mo(jlnbas  par  Mohammed  Kuud-'Alî  et  réunis  en  volume.  —  Le  Caire, 
imprimerie  Zhàliir,  1826  (  1908);  1  vol.  in-8",  <^  -|-  100  pajjes. 

Le  rédacteur  bien  connu  de  la  revue  arabe  El-Moqlnhas  a  eu  l'idée 
excellente  de  réunir  en  un  volume  la  publication  (pi'il  avait  faite  dun 
certain  nombre  de  petits  traités  inédits  dus,  les  uns  à  la  plume  du  célèbre 
Ibn-el  MoijaHa',  le  tiaducleur  de  Kalîla  et  Dhnna,  les  autres  à  celle  du 
Ldùb  Abd-el-l  laniid  ben  Valiya.  Celui-ci,  d'abord  simple  niailie  décole  à 
Koûfa ,  devint  l'ami  du  khalife  oméyyade  Merwàn  II  el-Dja'di  avant  sa 
promotion  à  la  diguit('  suprême   de  l'empire  arab(>:  il  fut  ensuite  son 


COMPTES   RENDUS.  555 

secrétaire,  et,  lidèle  dans  ia  bonne  comme  dans  la  mauvaise  fortune,  il 
accom])agna  son  maiti-e  quand  celui-ci  fut  poursuivi  [)ai'  les  Abbassides 
triomphants.  Livré  au  préfet  de  police  d'Es-Saflàh ,  il  périt  dans  les  tour- 
ments en  iSa  de  l'hégire.  Ou  dit  aussi  qu'il  fut  tué  en  l'Egypte.  Masoùdi 
prétend  avoir  vu  de  ses  descendants  à  Foslâl  ;  on  les  appelait  lîanou'l- 
Moliàdjir:  quelques-uns  d'entre  eux  étaient  secrétaires  des  Toulounides. 
Cf.  Linr  lie  rAvciiisucini'iil ,  trad.  Carra  de  \  aux,  [).  l\'2li. 

Les  traités  d'Ibn-el-Mocpilfa'  contenus  dans  ce  volume  sont  :  i"  El-adab 
cç-çagldr,  copié  sur  un  manusci'it  de  l'an  h-2o  (io:hj),  faisant  partie 
d'une  collection  particulière  à  Baalbekk,  et  publié  par  le  chéïkh  Tàliir 
el-Djézàïri;  2°  Ed-dorral  el-yalbna;  3"  une  seconde  ^rt^î//i«  fort  courte,  de 
la  même  provenance  que  le  n°  1  (2  pages):  U"  des  apophtegmes 
(•->.  pages)  exiraits  du  ms.  arabe  n"  119  de  la  Bibliothèque  klié- 
diviale  du  Caire:  5"  ies  Compagnons  du  Khalife,  extrait  du  ms. 
arab(3  u'  687  de  la  même  bibliothèque;  6"  un  Talmid  ou  recueil  de  foi'- 
mules  varices  à  la  louange  de  Dieu;  7"  de  petits  traités  abrégés  sur 
divers  modèles  de  salutation  épistolaire,  sur  les  condoléances,  les  remei- 
ciemenls,  la  manière  de  réclamer  pour  ses  besoins,  c'est-à-dire  la  rédac- 
tion des  requêtes  et  suppliques;  8'  un  traité  adressé  à  Vahya  lien  Ziyàd 
el-llàrilhl  sur  la  confraternilé,  et  9"  la  réponse  du  même  Vahya  ben 
Ziyàd. 

Mais  ce  n'est  pas  fini.  Nous  avons  encore  :  10"  des  conseils  à  l'héritier 
[)résomplirdc  renq)ire  et  des  réflexions  sur  la  tactique  de  l'armée,  achvs- 
sés  à  Abdallah  ben  iMcrwan  quand  celui-ci  se  metlail  en  campatjne  jiour 
condjattre  le  kluuidjite  Ed-I)aliliàk  ben  Qaïs  ecli-Cheïbàni  qui  se  révolta 
à  Koùfa  et  \\àsil  en  127  (7^6);  1 1"  des  lemnrques  sur  le  jeu  des  échecs 
et  19"  sur  diverses  questions;  i3"  un  traité  adressé  aux  cxpédilionnaii"cs 
des  administrations  j)ubli(pies  par  le  hàtib  'Abd-e'-Ilamid  ben  Vahya. 
reproduit  d'après  l'édition  de  Boulaq  des  Prolégomènes  d'Ibn-Kbaldoùn 
et  confronté  avec  deux  manuscrits  appartenant,  riiii  à  Ahmed  /('ki-bev, 
l'autre  à  Ahmed  Tîmoùr-bey. 

Le  passage  inintelligible  de  la  page  O7,  ligne  i5  ,  signalé  par  un  point 
d'iuteriogat  ion  entre  parenthèses,  doit  être  corrigé  ainsi  :  '^4^  o'J^*^  ^ 
js^l  ï  1  jjiG  ffKt  ([uand  o\\  s'y  tient  (à  la  sagesse)  on  n'attaipie  la  sécu- 
rite  (le  personne." 

Lue  picfate  de  10  pages  i-enf(Minc  les  r<Miseignemenls  essentiels  se 
rapportant  à  la  biographie  des  deux  auteurs  dont  on  |)id>lie  les  petits 
traités.  iM.  Kurd-'Ah'  a  lendu  un  grand  service  ii  la  litti-ralunNuabe  dont 
il  fait  connaître  des  documents  peu  utilisés  jusipi'ici. 

Cl.   lllAUT. 


55()  MAI^JUIN    1911. 

N.  1.  Mark.  Li:s  srRoi>m:s  imthi.es  et  fikàles  du  rrCuEVMiEii  a  h  peal  w: 
i'\MnÈRE-n  DE  CiiOTA  UovsTii AV Éi.i .  TcxIl'  géorgien,  traduction  russe  et  com- 
mentaire, précédé  d'une  étude  :  Sur  l'amour  courtois  et  la  chevalerie  itans 
le  jioènie  (le  Cliola  (  Textes,  et  recherches  de  philologie  arménienne  et  gêor- 
l'ienne,  vol.  XII).  —  SainI- Pctershourg ,   1Ç)10. 

(je  nouvel  ouvrage. «lu  professeur  Marr  comptera  parmi  les  plus  iiilé- 
ressantes  publications  du  savant  orientalisie  df  Saint-Pelershourg.  Le 
volume  conlieiit,  outre  un  essai  de  reconstitution  du  texte  do  Gliota, 
une  étude  approfondie  sur  certains  motifs  de  l'ancienne  poe'sic  géor- 
gienne, élude  d'autant  plus  précieuse  qu'elle  contribue  en  même  temps 
à  l'histoire  comparée  de  l'amour  courtois,  de  la  chevalerie  et  de  la  féo- 
dalité. 

L'étude  en  question  est  divisée  en  douze  paragraphes,  que  l'on  pour- 
rail  groupei' en  deux  grands  chapitres.  Dans  les  paragraphes  8-7,  l'auteur 
passe  en  revue  tous  les  points  essentiels  du  code  amoureux  et  chevale- 
resque, tels  que  nous  les  trouvons  formulés  dans  la  poésie  géorgienne 
des  xii'  et  xni"  siècles;  les  paragraphes  8-12  sont  consacrés  à  un  examen 
critique  des  fadeurs  principaux  qui  ont  créé  l'idéal  de  l'amoui-  courtois 
peint  par  les  poètes  de  l'ancienne  Géoi'gie. 

(Jet  amour  idéal  est  un  des  thèmes  cardinaux  du  Prologue  de  Chota  et 
un  des  motifs  principaux  de  son  poème.  La  femme,  c'est  le  centre  lumi- 
neux vers  lequel  gravitent  toutes  les  pensées  et  les  intentions  du  héros.  La 
lémme,  c'est  son  vrai  seigneur;  il  la  sert  (str.  1  29 ,  éd.  de  Caritchachvili , 
Tillis,  190.3);  il  accomplit  en  son  nom  des  exploits  qui  les  couvrent  de 
gloire  lui  et  elle  ( 36 ^  ,  9 ).  Le  vrai  amant  vénère  sa  bien-aimée  (  1 3,  h): 
l'amour  le  fait  beau,  large  el  gai  (/loo),  chaste  et  loyal  (i(3):  il  lui  in- 
spiie  l'éloquence,  la  sagesse  el  la  patience  qui  lui  permet  d'endurer  tous 
les  maux  et  toutes  les  peines  amoureuses  (i''i).  Celui  qui  aime  de  celte 
façon  idéale  est  un  vrai  serA'ileur  de  sa  dame  et,  en  même  temps,  un 
vrai  Ihna  (•p^).  Tout  ceci  ra|)pelle  bien  les  idées  de  l'épopée  courtoise 
i'uro|)éenne.  L'analogie  est  incontestable  et  d'autant  plus  iusiruclivc 
([u'olle  lelie  deux  séries  de  faits  absohimcnts  indépendantes  l'une  de 
l'autre,  mais  se  rattachant  à  la  même  époque.  Plus  nous  les  examinons 
(!e  près  plus  nous  y  trouvons  de  poinls  <le  contact  élargissant  l'analogie 
dans  un  sens  nouveau,  bien  qu'inlimement  lié  avec  le  point  de  repère. 

Pcrjirit  (uunthr,  pour  parler  avec  les  anciens  poètes  de  la  Provence, 
est  un  vrai  liina ,  guerrier,  héros.  Or  ce  hmi  apparaît  au  xi"  siècle,  et 
même  plus  tôt,  avec  la  signification  de  rmnal,  A\n\  homme  rallaché à 
■son  sii:enii'i  (en  géovgicn  patron) par  ilrs  lienx  (Vinicrèt  foncier.  Mais  les 
recherches  de  M.  Mai-i-  nous  permetlenl  d'aller  plus  loin  el  de  \iiir  dans 


COMPTES   RENDUS.  557 

ce  liina  réquivalent  de  chevalier,  sans  que  les  termes  soient,  lonlefois, 
absolument  identiques  et  que  les  notions  qu'ils  expriment  coïncident 
jusqu'aux  moindfes  détails.  Selon  M.  Marr.  Icma  aurait  le  sens  de  chevalier 
dès  le  xii°  siècle,  kma  sert  son  patron  et  fait  tout  pour  répandre  la 
l'cnonmiée  de  son  seigneur.  Entre  tous  les  autres,  les  /./«rt-»/ excellent  à 
accomplir  des  exploits  militaires  (p.  xvii-xx);  mais  ils  se  distinguent 
aussi  par  toute  une  série  de  qualités  paisibles  :  ils  sont  larges,  désin- 
téresses, toujours  prêts  à  aider  les  faibles;  ils  se  font  remarquer  par  la 
compassion  envers  les  malheureux  et  par  leurs  dispositions  esthétiques 
(p.  XX  etsuiv.  ). 

Les  liens  qui  attachent  les  lima-ni  entre  eux  sont  ceux  du  compagnon- 
nage ou  de  fraternité  llctive.  11  est  intéressant,  à  cet  égard,  de  signaler 
le  terme  mo-km-e  rrcompagnon  "  qui  apparaît  bien  souvent  à  la  place  du 

V 

lima.  On  appelle  aussi  les  meilleurs  parmi  les  chevaliers  géorgiens  dmobit -t 

ou  dma-d  naÇ>i6-ar-i  [àe  dîna  rf  frère i*),  frères-compagnons  ou  compagnons 
jurés,  qui  lappellent  vivement  les  frères  et  les  cumpainz.  frère  des  chansons 
de  geste.  Les  rappoils  entre'  Tariel  et  Avtandil  sont  d'une  rare  inli- 
Miilé  et  correspondent  parfaitement  à  ceux  de  Roland  et  d'Olivier,  compa- 
;;nons  célèbres  de  l'épopée  française  (i  3  m,i;  i52/j,3,  etc.).  Malheureuse- 
ment le  poète  ne  nous  donne  pas  de  renseignement  précis  sur  la  cérc-mouie 
ipù  accompagnait  le  contrat  du  compagnonnage:  Tariel  et  Avtandil 
s'élaient  voué  leur  foi  par  un  pacte  soleimel,  qui  consistait  en  une  énu- 
méralion  des  engagements  qu'ils  prenaient  l'un  et  l'autre  en  les  plaçant 
sous  l'invocalion  divine,  et  un  serment  qu'ils  se  prêtaient  mutuellement 
((i/i6.  3-/»;  G47,  2,  etc.). 

Dans  les  plus  anciens  monuments  de  la  litléralure  profane  géorgienne 
nous  rencontrons  à  côté  de /.«uf,  et  dans  le  même  sens  J ah iil,-i ,  [k^^-^-^n). 
Les  deux  termes  apparaissent,  par  exemple,  dans  ïAmiraïularédJaniani. 
Aux  yeux  de  l'auteur  de  ce  dernier  [)oème ,  tahuk-i  c'est  le  type  du  guer- 
rier idéal,  imprégné  de  l'esprit  du  Icma  di>  l'épocjue  classique.  A  ce  ([u'il 
parait,  le  lerme  avait  été  coinui  dans  celle  acception  dès  le  viii-ix°  siècle 
(p.  xx\  et  suiv.). 

Si  (ont  ce  que  nous  venons  d'evposer  rapidement  nous  permet  de 
conslater  dans  la  vie  iiiili(aii'(;  et  sociale  de  rnncienne  (li'or«>ie  des  rap- 
porls  foil  inq)orlanls  au  |)oinl  de  vue  sociologiipie  el .  dans  sa  liltiTalure, 
l'exisleiice  d'un  idéal  ainouieux  el  clic\alires(pie  analogue  à  celui  qui 
s'est  développé  dans  la  poésie  europceniif  iiK-diévale,  la  (erminologie 
citée  plus  haut  nous  amène  ui'ressaiieuKMil  à  Kupieslioii  de  chronologie, 
el  des  (irij[ines. 

xvn.  3(} 


lutRiMrnir    nhTlusàLk. 


558  MAI-JUIN   1911. 

La  Inf'iucalion  sémasiologique  de  Icina  (guerrier,  chevalier;  vassal, 
serviteur)  |)eut  être  considérée  au  ])oiiit  de  vue  logique  :  i"  comme 
le  résultai  de  révolution  du  sens  primitif  du  mot  kma  fradolescent- : 
9"  comme  rellet  de  deux  termes  sémasiologiqueraent  distincts ,  mais  ]dioné- 
tiquement  i(leutiqu<>s.  M.  Marr  sup])ose  à  côté  de  lima  un  *lctnad  hyp'^- 
thétique,  dérivé  de  là  racine  liind ,  sémit.  kbd  (cf.  arabe  .xJLc  frserviteiir, 
esclave  1;  hébreu  Ipi'  rresclave,  seii'^  :  celle  intéressante  étymologie  fera 
l'objet  d'une  prochaine  publication  de  M.  Marr).  Ce  second  lima  nous 
expliquerait  alors  la  signification  ^vassal,  serviteur n. 

Quelle  que  soit  l'origine  de  lima,  il  est  évident  que  lima  et  tabuh-i 
ont  été  entraînés,  à  un  7noment  donné,  dans  une  évolution  des  rap- 
ports sociaux,  qui  leur  a  imposé'  le  sens  de  chevalier.  Je  suis  enclin  à 
admettre  que  lima,  qui  signifiait  aioi's  rr adolescent ,  brave,  vaillante,  a 
été  le  premier  parmi  les  termes  analogues  à  réagir  sur  ce  nouvel  ordre 
de  choses,  qu'il  a  reflété,  par  conséquent,  plus  profondément  (cf. 
inoliiiip).  De  quelc|ue  manière  que  l'on  s'explique  lima,  il  est  certain  que 
la  crise  mentionnée  n'était  pas  de  nature  exclusivement  économique. 
Les  relations  personnelles  ont  été  en  Géorgie,  comme  jadis  en  Europe,  la 
base  essentielle  des  rapports  entre  le  vassal  et  son  seigneur  :  les  lima-ni , 
liés  les  uns  aux  autres,  comme  compagnons  jurés,  par  un  serment 
solennel,  rattachés  à  leur  patron  par  des  rapports  personnels,  c'est  le 
vieux  clan  dont  une  nouvelle  organisation  sociale  s'est  emparée  plus 
tard.  C'est  aussi  dans  la  vie  de  ce  clan  primitif  qu'il  faut  chercher  les 
germes  de  l'idéal  chevaleresque  des  lima-ni  du  xn'  siècle.  Telles  sont  les 
conjectures  que  suggère  l'étude  de  M.  Marr.  Des  recherches  nouvelles  de 
l'infatigable  auteur  nous  feront  sans  doute  connaître  de  plus  près  le  rôle 
joué  par  les  lima-ni  dans  l'histoire  de  la  Géorgie.  L'idéal  de  Chota  est 
celui  du  groupe  qui  dominait  à  son  époque;  reste  h  savoir  si  cet  idéal 
s'appuyait,  et  dans  quelle  mesure,  sur  une  base  nationale.  M.  Maii- 
signale  les  mots  lima  et  inohne,  avec  le  sens  de  rrguerrier,  paladin  w,  dans 
les  chansons  populaires  de  la  Géorgie  (p.  xxxvin:  voir  les  chansons 
pchaves).  Un  poète  contemporain,  Vaja-Pchavéla ,  qui  a  traité  ce  thème 
dans  ses  vers,  le  qualifie  de  motif  po])ulaire  khevsour  (p.  xxxvui).  11 
serait  intéressant  de  savoir  c^  (pi'on  ])oiuTait,  dans  tout  ceci,  mettre  sur 
le  compte  de  l'ancienne  tradition  populaire,  et  ce  (jui  est  le  résultai  de 
l'inlluence  aristocratique. 

La  question  des  origines  de  l'amour  courtois  est  de  beaucoup  plus 
compliquée.  Comment  s'est  formé  C€t  idéal  cuiieux?  Est-ce  par  évolu- 
tion graduelle  de  tendances  purement  locales  ou  par  adaptation  d'idées 
eni])runlé(>s  à  un  iiiilicu  édangi-r?  Chota  s'est  servi   pour  son   poème 


COMPTES  RENDUS.  559 

d'un  conte  persan;  cet  onginal  du  Clievulier  à  la  peau  de  panthère  ne  nous 
est  pas  parvenu ,  ce  qui  nous  empêche  de  nous  rendie  compte  de  la 
façon  dont  ie  conleiu-  persan  avait  traité  l'amour  de  ses  héros.  Toutefois 
il  parait  probable  qu'une  tenHance  ide'aliste  dans  la  peinture  des  amours 
n'était  pas  étrangère  à  la  poi'sie  persane.  R.  A.  Nicholson  (1  Ihovanj 
histonj  ofihe  Arabes,  Londi-es,  1907)  essaie  d'établir  toute  une  série  de 
points  de  contact  entre  les  traditions  chevalei-esques  des  Arabes  et  la 
poésie  coiu-toise  de  la  Tfancc  au  moyen  âge.  Mais ,  même  si  nous  étions 
renseignés  mieux  que  nous  ne  le  sommes  actuellement  sur  les  poèmes 
romantiques  persans  du  siècle  de  la  reine  Tamai-a  et  du  précédent,  si  les 
analogies  entre  l'idéalisme  erotique  des  Géorgiens  et  des  Peisans  étaient 
frappantes ,  la  question  que  nous  venons  de  formuler  n'en  restei-ait  pas 
moins  entière  :  i'empiunl  suppose  un  choix  et,  j)ar  conséquent,  une 
évolution  parallèle  dans  le  milieu  qui  (emprunte.  Le  pioblème,  à  nos 
yeux,  ne  peut  être  résolu  d'une  façon  satisfaisante  qu'après  des  re- 
cherches minutieuses  dans  le  domaine  de  la  poésie  populaire,  des  inœui-s 
et  usages  locaux  (voir,  par  e\om|)le ,  les  ('-tudes  de  A.  W'  iîsselofskv.  Tri  i^Ha- 
rij,  p.  io3,  et  un  article  dans  le  Caucase,  1897,  n°  162)  et  de  riiistoire 
de  la  femille  et  de  la  société  géorgie,nne  au  xu'  siècle ,  ainsi  que  de  sa  littéra- 
ture écrite.  Loin  de  nous  donner  une  solution  déliiiilive,  M.  Marr  s'en  tient, 
dans  le  chapitre  linai  de  son  étude,  à  ces  deux  derniers  points.  Il  attire 
notre  attention  d'abord  sur  le  néoplatonisme,  un  des  facteurs  les  plus 
impoilants  de  la  culture  morale  de  la  (léorgie  des  \'-xn'  siècles,  (ie  mou- 
vement a  contribué  puissament  à  étendre  le  cercle  des  coiniaissauces  mo- 
i-ales  et  philosophiques  de  la  socii'té  géorgienne  et  îi  faciliter  la  \  ulgari- 
sationdes  idées  religieuses  et  littéraires  inspirées  du  dehors  (voir  Maru, 
Jean  de  Petrilz,  néoplalonicien  fféorgien  des  \i'-\if  siècles ,  dans  les  ^ie- 
vioires  de  la  section  orientale  de  la  Société  arcliéolotrique,  Xl\,  1909, 
p.  .S3  et  suiv.).  L'inilueuce  des  anachorètes  (p.  l  et  suiv.)  doit  être, 
selon  nous,  malgré  ce  qu'en  dit  M.  Marr,  écartée  absolument  :  entre  la 
fuite  du  monde  et  la  morlilicalion  de  la  chair  d'un  côté  et  l'adoratiim  de 
ffla  femme  divinement  belle '^  de  l'autre,  il  \  a  tout  un  abîme.  L'extase 
mystique,  qui  distingue  ces  ardents  serviteurs  de  Dieu  ne  nous  sert  de 
rien,  car  elle  fait  rentrer  la  (piestion  dans  les  limites  du  mysticisme, 
cette  lois-ci  du  mvslicisme  |jrali«pie. 

Dans  la  seconde  partie  de  son  livi'e  M.  Marr  essaie  de  reconstruire  le 
Prologue  du  Chevalier.  Au  moyen  de  quelques  transpositions  légères, 
le  docte  auteur  a  réussi  à  rendre  intelligible  et  lo|;iquement  harmonieux 
ce  Prolofiue,  que  l'on  était  tenté  de  proclamer  apocry|)he:  le  résultat  qu'il 
a  obtenu  suivant  celle  méthode  ;uuude  eu  majeiut*  partie  les  principaux 

36. 


560 


MAI-JUIN    1911. 


argmneiils  de  ia  critique  radicale.  L'ordre  des  couplets  propose  par 
M.  Marr  est  le  suivant  : 


EDITION 

EDITION 

. 

EDITION 

de 

'     de 

cic 

CiUlICHACIlVlLI. 

CAItlTCHACHVILI. 

DAIIITCIHCHVILI 

1.. 

.   .   .  .               1 

IL. 

18 

21. 

23 

•J. . 

.      .      .      ,                            O 

12.. 

9 

22. 

2/1 

3.. 

.  .  .  .         2.'3 

1  ;5 .  . 

.  .  .  .          ]  3 

/f 

36 

.5 

H.. 
15.. 
16.. 

.  .  .  .        8 
.  .  .  .      10 
.  .  .  .      11 

/y. 

i5 

0  .  . 

13  . 

27 

(i. . 

(28 

•^  / 

!.. 

—     17 

17.. 

...      19 

i3. 

.3. 
(i3, 

8.  . 

...     l(i 

1<S.. 

...      20 

3 

0, 1  '1 

y.. 

6 

19.. 

...      21 

16. 

29 

10.. 

7 

20.. 

...      22 

Le  texte  est  accompagné  de  nombreuses  notes  e'clair-cissant  toute 
une  se'rie  de  passages  o])scurs  du  précieux  monument  de  Tanciennc 
poésie  géorgienne. 

Tels  sont,  somme  toute,  les  résultats  les  plus  importants  de  l'étude 
de  M.  Marr.  Preuve  nouvelle  de  son  zèle  int'atigal)le,  la  publication  dont 
nous  venons  de  rendre  compte  traduit  |)arfailement  le  caractère  des  rc- 
clicrchcs  de  rorieulaliste  russe  <|ui  Iraie  des  chemins  nouveaux  dans 
réludc  de  la  linguistique,  de  l'histoire  et  de  la  littérature  des  peuples  de 
langues  ai-ménienne,  géoigiennc  et  autres  idiomes  apparentés  (groupe 
japhétique  d'après  la  terminologie  de  M.  Marr). 

V.  GHlCnM\I\£F. 


C.iSTKs  AM)  TniiiEs  or  Soi  ni  hitu.  ^ladras,  (joxornmont  Press,  1909; 
7  vol.  111-8"  :  1,  .\-B  (xn)-397  pages;  11,  C-J  (vi)-5oi  liages;  111,  Iva-Kor 
(iv)-5o3  jiagcs:  IV,  Kori-Mara  (iv)-5oi  pages;  V,  Marak-Pal  (iv)-/i87  pages; 
VI,  Palli-S  (iv)-/i57  pages:  VII.  T-Z  (iv)-^i3g  pages.  Bel  ouvrage  illustré 
de  nnml)t'eiises  photographies. 

Le  nom  dcxM.  Thurston  est  une  garantie  certaine  d'exactitude  au  point 
de  vue  purement  anthropologique,  mais  l'ouvrage  traite  aussi  et  surtout 
de  rt'lluiographic  du  Sud  de  l'Inde.  L'auteur  a  dû  souvent  recourir  à 
des  collaborations  diverses  et  il  s'est  aidé  de  documents  olliciels,  ou  de 
notes  privées  émanant  de  sources  très  différentes.  Beaucoup  de  ces  con- 
tributions viennent  de  personnes  bien  intentionnées  mais  peu  au  courant 
des  nK'lhodes  scientifiques  ;  ces  notes  manquent  fréipioinment  de  pré- 
cision et  rorlhograplic  des  noms  indigènes  y  est  vraiment  tro|>  irrc'gu- 


COMPTES   RENDUS.  561 

lièie,  de  sorte  que  les  mêmes  mots  se  i-eiicontrenl  plusieurs  fois,  écrits 
(le  manières  différentes.  D'autre  part  il  semble  qu'on  ait  \oulu  donner  à 
l'ouvrage  une  apparence  plus  importante  que  celle  qu'il  a  réellement, 
l'impression  est  larp;e  et  les  sept  volumes  pourraient  être  facilement  ré- 
duits à  trois  ou  quatre.  En  revanche  il  est  rej^rettable  que  M.  Tliurston 
n'ait  pas  joint  à  son  ouvi"aj<je,  sinon  un  index  général,  du  moins  une  liste 
des  articles  qui  aurait  tenu  peu  déplace  et  faciliterait  singulièienient  les 
recherches. 

Prenons  un  article  au  hasard,  par  exemple  Velldia  qui  est  le  nom  de 
la  caste  la  plus  importaiito  du  pays  tamoul. 

M.  Thurston  cherche  dabord  l'étymologie  du  mot.  Les  1  cJlàla ,  ou  plus 
exactement  \  clldia  (^  prononcé  sur  la  côte  ^  olj/ijn),  qui  varie  en  ]  l'Idla , 
sont  généralement  propriétaires  agriculteurs;  ou  dérive  cemot  Aevelldnmoi 
ffmoissonn,  qui  serait  composé  de  vellam  rreau"  et  ««;««' trarrangement». 
Ces  explications  sont  tout  à  fait  inexactes ,  car  ce  n'est  pas  vclldia  qui  dé- 
rive de  vdlàmnei ,  mais  vel/dnmcl  qui  dérive  de  voUdla  ou  plus  exactement 
veUdlan  :  an  est  la  terminaison  masculine  relativement  récente;  «'/ qui 
s'emploie  aujourd'hui  en  tamoul  pour  rr individuel  était  primitivement 
ffhommei,  signification  qu'il  a  gardée  en  toda.  Que  signifie  vcl  ?  Nous 
trouvons  dans  les  vocabulaires  les  mots  vedi  f  peur,  tonnerre,  explosion, 
se  feudrei ,  vedil  ^mauvaise  odeum,  toduhku  frcolèrei,  votham  -rcrainte, 
honten,  vethu  rravoir  honte",  velju  f  couper,  tailler^  ,  cettei  ^rchaleur,  rase 
campagne",  ven  rrblancheui-n,  cclj  ^air,  plaine,  explosion,  colère", 
vcljci  ffblanchcur,  ('cui'euiN ,  eoliru  rtignorance,  blancheur",  cellum 
fflorrent,  inondation",  vclli  fcargent,  la  planète  Vénus"  ;  on  peut  en 
rapprocher /)/(/«  rf quitter,  laisser",  oin  rrair,  cieh  ,  tj//rt/.7i-«  (prononcer 
rdiiLliit)  flampe,  lumière",  et  vt'Ivi  ff sacrifice",  vêiidu  rr désirer e- ,  cêl 
trjeune  homme",  nom  donné  aux  tlieux  Kàma  et  Subrahmanya,  etc.  il 
lésulle  de  ce  lableau  une  racine  exprimant  un  mouvement  avec  la  nuance 
d'un  développement,  d'une  extension,  d'un  éclat;  dans  vclldl  par  consi-- 
quent  <W  indique  probablement  le  travail,  l'activité  et  par  suite  le  mot 
prend  la  signification  de  frhomme  laborieux'',  ap|)ellalion  (jui  convient 
paiticulièroment  aux  cultivateurs.  M.  Thurston  doiuie  ensuite  deux  ou 
trois  lég(;nd(>s  raconlanl  l'origine  de  la  caste,  dont  l'une  est  évidenunenl 
traduite  du  félinga:  elles  sont  relijjieuses,  modernes,  sans  aucun  ron- 
dement histori([ue,  par  consé(]uent  sans  intérêt. 

Les  Vellâja,  connue  nous  disons  à  Pondichéry,  prétendeni  dailleurs 
élre  une  caste  noble;  ils  appartiendraient  à  une  division  de  la  troisième 
caste  brahmanique,  dite  lihùvAiçya  mégocianls  propriétaires  de  lerrains 
cultivés";  ces  prétentions  sont  absolument  inadmissibles,  car  lors  de 


562  MAI-JUIN    1911. 

l'invasion  et  de  la  civilisation  aryenne  qui  s'opérait  par  les  guerrière 
suivis  des  brabmes ,  tous  les  liahitants  du  pays  furent  assimilés  au\  Sudras. 
Les  Vellàja  d'ailleurs  prétendent  aussi  que  plusieurs  d'entre  eux  ont  été 
rois  dans  le  pays,  mais  cela  n'est  pas  prouvé.  Les  Vellâja  sont  de  toutes 
les  populations  de  la  pointe  méridionale  ceux  qui  parlent  le  tamoul  le  plus 
pur;  on  ne  constate  chez  eux  aucune  coutume  qui  les  distingue  de  leurs 
congénères  ;  ils  se  divisent  en  plusieurs  catégories  : 

1°  Tondninaudalavpljàln ,  qui  viennent  du  pays  des  Pallavas,  entre 
Madras  et  Pondichéry,  qui  ajoutent  à  leurs  noms  personnels  l'appellation 
de  MiiddJi  (prononcé  Modely)  ffchef,  prince^  ; 

9°  Çôjii/aroUn/n,  originaires  du  Çôja,  ancien  royaume  du  Tanjaour, 
qui  s'appellent  Pillci  (prononcé  Poulie)  rrenfantr)  ; 

3°  Pàiidiyavr/ldja  ,  qui  habitaient  le  Maduré; 

h"  KongaveUàjn ,  primitivement  natifs  du  Goimbatour,  ces  derniers 
prennent  le  titi'e  de  Kavundan  (de  kundo  rr  puits  n  ?)  tandis  que  les  Pand iyas 
ont  celui  de  PUJii; 

5"  Les  Tuluvas  (occidentaux): 

6°  Les  Kondeikani  rrqui  ont  les  cheveux  longs,  attachés  en  chignon'»  ; 

7°  Les  Veihutçptti  rr marchands^  : 

8°  Les  Agamudoiydn  frpropriétaires  d'une  maison»,  et  beaucoup 
d'autres  que  nous  ne  pouvons  énumérer  ici. 

On  peut  ajouter  à  ces  détails  que  dans  les  fêtes  publiques  les  Vellàja 
arborent  un  drapeau  blanc  avec  l'image  d'une  charrue  traînée  par  deux 
bœufs;  ils  sont  çivaistes  et  appartiennent  à  la  main  droite. 

Celle  division  des  casles  du  Sud  de  l'Inde  en  main  droite  el  en  main 
gauche  est  extrêmement  importante;  la  main  thoite  est  caractérisée  par 
ie  drapeau  blanc  et  la  gauche  par  le  drapeau  rouge.  Chaque  main  re- 
vendique des  privilèges  parliculiers  comme  celui  de  porter  des  babouches, 
de  sonner  de  la  tronque  dans  les  cérémonies  ])rivées  ou  publiques,  de 
faire  passer  des  [»rocessions  religieuses  dans  certaines  rues,  etc.;  des 
querelles  très  vives  éclatent  souvent  enli-e  les  castes  de  lune  el  l'autre 
main  qui  dégénèrent  en  véritables  combats  et  nécessitent  l'intervention 
de  la  force  armée.  Les  deux  mains  prétendent  à  la  primauté ,  mais  leurs 
prétentions  ne  reposent  que  sur  des  traditions  sans  fondement  réel. 
Cette  division  ne  |)araît  pas  très  ancienne ,  car  aucun  auteur  important 
n'en  fait  mention.  11  n'est  pas  difficile  cependant  d'en  établir  l'origine:  si 
Ion  dresse  le  tableau  général  des  castes  du  pays  tamoul,  on  voit  que  la 
main  droite  comprend  surtout  les  cultivateurs,  les  jardiniers  et  en  gé- 
néral les  ti'availleuis  des  champs,  tandis  que  la  main  gauche  est  compo- 
sée des  commerçants,  des  artisans  et  des  ouvriers  manuels.  M.  Thurslon 


COMPTES  RENDUS.  .  563 

ne  semble  pas  s'en  être  préoccupé,  flu  moins  je  n'eu  ai  trouvé  dans  son 
livre  que  de  très  rares  mentions  et  c'est  une  lacune  assurément  très  re- 
grettable. 

11  convient  de  remarquer  que  les  Parias,  qui  forment  dans  le  Sud  de 
l'Inde  une  caste  parfaitement  définie,  prennent  le  titre  de  ValangainaUdr 
c'est-à-dire  VcdnhgeimugaUdr,  qu'on  peut  traduire  "-ceux  qui  sont  en 
avant,  au  premier  rang,  de  la  main  droite^.  Ce  sont  les  descendants  des 
premiers  propriétaires  du  sol,  des  premiers  habitants  du  pays. 

Julien  ViNsoN. 


L.     GaDIKRE.     MONOORAPUIE    DE    LA    SEMI-VOYELLE    LAlSl.iLE    fc.V    .SVrtV;- lAiV  1 1//7 /•,     ET 

EN  ANaAMiTE.  Essui  (le  phonétique  comparée  de  ces  deux  langues  (Extrait  du 
Bulletin  de  l'Ecole  française  d'ExIrèine-Orient,  1908-1910).  —  Hanoi, 
Imprimerie  d'Extrême-Orient,  1910;  }jr.  in-8°,  3't2  pages. 

Je  me  rappelle  avoir  vu,  quand  jetais  jeune  étudiant,  un  ouvrage 
intitulé  :  De  parlicuJa  àv  libri  (juatitor  ;  je  ne  l'ai  jamais  lu  et  j'ai  oublié 
le  nom  de  l'auteur  :  le  titre  m'avait  sulli.  Gomment  M.  (iadière  a-l-il 
bien  pu  remplir  3^2  grandes  pages  en  ti-aitant  de  la  semi-voyelle  labiale 
en  sino-annamite  et  en  annamite? 

A  la  première  page  il  nous  annonce  (jue  sou  ouvrage  se  divise  en 
fpialrc  parties,  selon  que  la  semi-voyell<'  labiale  se  présente  :  1°  sous  la 
forme  d'une  consonne  labiale:  9,"  sous  la  forme  sourde;  3"  sous  la 
forme  sonore;  fi°  sous  la  forme  vocalisée.  Or  il  n'i  pas  de  semi-voyelle 
labiale  sourde  en  annauute  ni  en  sino-«nuamite. 

Si  l'on  [)arcourt  rapidement  l'ouvrage,  on  i  trouve  (jue  des  formes  ffunn  , 
o/,  iiiiil ,  Iruc,  liiin,  vi,  cup,  pliuong,  xe ,  etc.,  se  correspondent  et  sont 
le  même  mol.  Tout  coiTes|)ond  à  tout.  Un  mot  peut  se  présenter  sous 
toutes  les  fortnes  imaginables.  L'auteur  propose  les  ra])procliemenls  les 
plus  inalleiidus  et  fait  pressentir  qu'il  i  aurait  l;i  l'indice  d  une  (droite 
|)arenté  entre  l'annamite  et  le  chinois.  Le  même  procédé  m'a  servi  un 
pm' (Hovue  des  langues  romanes,  XLV,  p.  607)  à  montrer  par  plaisan- 
l(n-ie  que  nond)re  de  mots  de  la  langue  évé  (Guinée  septentrionale) 
rappellent  d'une  manière  frappante  des  vocables  grecs  de  nuMue  signi- 
fication. La  ressemblance  sautait  aux  ieux,  ce  (pii  n'est  j)()inl  le  cas  |Mtni' 
les  formes  annamites  et  chinoises  raj)porlées  plus  aut. 

Voilà  donc  un  livre  qui  s'annonce  mal  et  si  j'étais  encore  TJeune  l'Iu- 
dianti)  j(î  ne  le  lirais  pas.  Mais  j'ai  |)romis  d'en  faire  un  conqile  r,iidu 
r'I  je  ne  suis  pas  de  ceux  qui  rendent  conqite  d'un  livre  .sans  l'avnii-  lu. 
Je  viens  donc  de  l'examiner  très  soigneusement,  e|  je  nTen  félicite. 


bU  MAI-JUIN    1911. 

Si  l'élude  de  la  semi-voyelle  labiale  (c'est-à-dire  du  son  w)  a  pu  rem- 
plir un  p;ros  livî'e,  c'est  que  l'auteur  nous  donne  beaucoup  plus  que  le 
titre  ne  semblait  promettre.  11  examine  toutes  les  catégories  de  mots 
dans  lesquelles  le  son  ir  appgrait  et  toutes  celles  qui  ie\\v  seiidjlent  appa- 
rentées. 11  recherche  dans  ces  dernières  les  traces  plus  on  moins  latentes 
du  IV  et  il  est  obligé  souvent  pour  arriver  à  les  détcrminei'  d'analiser 
toute  la  constitution  foulque  des  mots.  Il  en  résulte  qu'en  délinilive  ce 
livre  nous  apporte,  comine  lannoiicait  trop  discrètement  le  sous-titre, 
une  bonne  partie  de  la  fonétique  annamite  et  de  la  fonétiqiie  chinoise, 
l'ime  étant  constammeiil  comparée  à  l'autre. 

Si  l'auleur  parle  de  semi-voyellcs  labiales  sourdes,  ce  n'es!  pas  à  la 
suite  d'une  erreur  matérielle  qni  serait  grave,  c'est  sinq)lement  qu'il 
emploie  un  vocabnlaire  tecnique  défectueux.  11  s'en  explique  lui-même, 
mais  un  peu  lard,  dans  la  noie  de  la  page  2'i5.  11  appelle  sourds  des 
fonèmes  qui  sont  sonores,  il  nonuiic  tonifiés  des  fouèmes  cpii  n'ont  pas 
de  ton;  ce  sont  des  maladresses  qui  agacent  le  lecteur,  mais  la  (l'oi-ie 
générale  n'en  est  pas  atleinte. 

Enfin  si  les  formes  comparées  jurent  d'être  l'une  à  côté  de  l'autre 
quand  on  les  dispose  connue  nous  l'avons  fait  plus  aut,  il  n'en  est  plus 
de  même  lorsqu'on  rétablit  les  intermédiaires.  La  plupart  des  rappro- 
chements sont  évidents  et  les  mêmes  séries  de  correspondances  fonétiqiies 
se  reproduisent  continuellement. 

Pénétrons  au  cœur  de  l'ouvrage.  L'annamite  et  le  sino  annamile  sont 
des  1  ngiies  monosiilabit[aes.  Chaque  monosillabe  conlient  nu  élément 
vocali(pie,  qui  en  est  le  noyau,  et  qui  ])eut  constituer  le  monosillabe  à 
lui  seul  :  k  "obscurci,  é  rr fatigue^,  â  rrlaid-,  mais  qui  peut  aussi  être 
précédé  et  suivi  d'e'lémenis  cousonanliques  ou  sonantiques.  11  sera  donc 
commode  poiu'  l'étude  et  pour  l'exposilion  d'examiner  à  part  l'initiale, 
le  centre  et  la  (inale.  Naturellement  s'il  i  a  un  ;r  dans  le  mot,  il  appa- 
raîtra devant  le  noyau  vocalique;  mais  il  pourra  se  présenter  sous  Ions 
les  aspects,  depuis  l'état  zéro  jusqu'à  l'état  voyelle. 

r  L'iitiiiiilc.  —  Nous  trouvons  à  l'initiale  les  correspondances  nm''^\ 
va,  viia  ,  lui,  hiKi ,  )iia  ,  iiiiiii ,  jiii ,  pmi ,  iiha  ,  phiia,  ca,  (jiin ,  fjn ,  [fiifi , 
hhii ,  kliiiii ,  lia,  liiui ,  iigd  ,  ugim  .  rlui ,  cliiiii,  su.  sua  ,  .m  ,  œiia  ,  ijn,  yiifi , 
(lu,  (liia  ,  gin  ,  .l'iiiii ,  Ira,  Iriia  ,  iihii ,  nhna  ,  iiu  ,  iiiiii,  la,  liia,  ihi ,  iliia  , 
tha ,  lima,  la,  laii .  ra ,  rua,  etc.; 

a"  Le  ci'iilrc.  —  Au  centi-e,  nous  avons  ira ,  a,  ?r«,  o,  //,  etc.; 

'"'  Nous  luisons  suivre  les  élémciiLs  iinliaiiv  iimfornii'iiu'nt  de  la  voyelle  a. 
pour  que  l'cxiiosition  soil  pins  claire. 


COMPTES   RENDUS.  565 

o"  La  Jliuilo.  —  i^a  linale  e.4  ni,  o,  oi ,  iil ,  /,  un,  al,  ac ,  acit ,  aii^r^ 
aiih,  ain,  ap,  nu,  etc. 

S'agit-il  la  de  simples  correspondances  fouétiqaes?  On  ii'i  voit  rien  ([ui 
paisse  surprendre  un  fonéticien  :  au  surplus,  quand  on  sait  que  v.  irlandais 
//et  sanskrit  puniJi  sont  le  même  mot,  que  arménien  erkii  et  latin  duo  sont 
le  même  mot,  on  est  prêt  à  ne  s'étonner  de  rien.  Toutes  les  corresjnin- 
dances  (|ue  nous  venons  de  sig-nalor,  on  peut  les  retrouver  sans  chercher 
Itoaucoup  dans  nos  langues  indo-européennes.  En  voici  quelques  cas 
j)our  mémoire  :  wa-a,  français  nm  [roi)  -  dialect.  ru;  a-o ,  i'v.  Jain 
[femme)  -  dial.  /o«;  wo-u,  dial.  bwôn  -  fr.  bùn  [bonne);  ii-o,  fr.  nti 
[nous)  -  dial.  no:  ai-e ,  anc.  fr.  niai-  fr.  me  [mai);  e-i ,  fr.  rho:  -  dial. 
ci;  c-a,  fr.  cer  -  dial.  ca  ;  e-wa ,  fr.  cerre  -  dial.  vwar ;  tra-o.  fr.  mwai 
[moelle)  -  dial.  mol:  ira-u,  fr.  niva  [noix)  -  dial.  nu,  etc. 

Voilà  pour  le  vocalisme,  sans  sortir  de  France.  Pour  les  linales.  un 
seul  mol  en  dira  assez  long-,  sans  sortir  de  France  :  fr.  r/idleau  -  dial. 
caslel,  caslhu,  casiel ,  castels,  caslex,  castech,  etc. 

Enfin ,  voici  quelques  exemples  pour  l'initiale  :  wn-va,  anp;l.  waggon- 
fr.  vagon;  tva-nva ,  fr.  oiiale  -  dial.  viral;  qua-ca,  espagn.  cualro- 
cnlorce;  ca-ga,  provenç.  vat  -  espagn.  galo;  ca-clia ,  provenr.  canicl- 
fr.  chameau;  wa-gua-gn-viva ,  germaniq.  ivardan  —  ital.  gunvdare  -  fi-. 
garder  -  fr.  dial.  eiraihi  ;  qua-pa-ba ,  ital.  quallro  -  roumain  palrn — 
sarde  ballor;  qw-l ,  latin  que  -  gr.  ts;  h-iv ,  gr.  jSopâ  -  latin  uorare; 
l-s,  gr.  Tti-o-û;  ni-n,  latin  mespilu  -  fr.  né/le;  n-l ,  provenç.  nircl- 
livel ;  l-r,  anc.  fr.  husignol  -  fr.  rossignol;  c-h,  latin  rolluni  -  allem. 
hais;  l-p,  gr.  T£T7apis-7rj(Tiipi's;  d-b,  {jr.  hépeOpov-^OLpoLOpov;  qir-L- 
b-iv  :  V.  aut.-allem.  queinan  -  allem.  hommen  -  gr.  jSa«V«  -  laliu  uenio; 
liir-iv-v,  goliq.  hweila  -  v,  aut.-allem.  wila  -  allem.  iveile  ;  />/'-//-- .  p;^'. 
(pàvo? -  V.  irland.  gonim  -  v.  slav.  i^ena  ;  ph-b ,  gr.  (^ôêos—  lituan.  bègu ,  etc. 

Aucune  objection  de  princi])!'  ne  saurait  donc  être  élevée  contre  une 
léorie  (pii  attribuerait  à  de  simples  évolutions  fonéticpies  les  dilltTences 
([ue  l'on  remarque  entre  nos  formes  annamites  et  siuo-annamiles.  Mais 
s'il  est  sûr  que  certaines  de  ces  dill'érences  sont  puroniont  lonétiqnes, 
il  est  possible  que  d'autres  soient  morfoloji'iques.  L'évolution  fomUique 
peut  transformer,  contracter,  simplilier,  détruire  même  divers  éléments 
d'un  mot;  elle  peut  aussi  les  diftnnguer,  les  dédoubler,  les  dt'velopper. 
en  faire  sui-gir  de  nouveaux.  Mais  (piand  on  trouve  dans  une  lorme  un 
lonème  dont  il  n'i  a  pas  trace  dans  une  l'orme  parente,  ou  cpiand  ou  ren- 
contre à  la  même  place,  dans  deux  formes  parentes,  deux  lonêmes  diiïé- 
renls  (pii  n'ont  pas  continue  de  sortir  I  iiii  de  l'autre,  on  a  le  devoir  de  se 
demander  si  Ton  n'est  pas  eu  présence  de  uu)rfèmes  a|<uilt''s  à  r<''lémeul 


566  MAI-JUIN    191  1. 

iondaraealal  du  mol.  TNous  ne  manquons  pas  dans  nos  langues  indo- 
européennes de  préfixes,  de  suffixes,  d'infixés,  d'élargissements  de  toute 
nature  et  de  toute  forme,  et  il  n'i  a  aucune  raison  a  priori  de  croire 
qu'il  n'en  soit  pas  de  même  dans  les  langues  monosillabiques. 

Sans  parler  des  mélanges  de  mots,  l'évolution  fonétique  et  les  addi- 
tions morfologiques  peuvent  rendre  compte  de  toutes  les  différences  qui 
apparaissent  entre  les  vocables  d'une  même  famille.  Mais  parce  qu'une 
évolution  fonélique  ou  une  addition  raorfologique  est  possible,  ce  n'est 
pas  un  indice  qu'elle  ait  eu  réellement  lieu.  Précisément  parce  que  tout 
peut  correspondre  à  tout,  les  explications  isolées  sont  condamnées 
d'avance.  Il  faut  que  les  explications  soient  fondées  sur  un  certain 
nond)i-e  de  rapprochements  certains,  et  qu'elles  se  présentent  par  séries, 
formant  un  ensemble  coérent. 

La  majeure  partie  des  rapprochements  proposés  par  M.  Gadière  sont 
indiscutables,  et  les  correspondances  fonétiques  qu'il  signale  reviennent 
toujours  les  mêmes. 

Qu'est-ce  qui  manque  h  son  travail  '!  Ce  qu'il  a  eu  raison  d'éviter  avec 
le  plus  grand  soin  d'un  bout  à  l'autre  :  l'istoire.  11  s'agit  de  remplacer 
les  correspondances  empiriques  par  des  correspondances  istoriques,  il 
s'agit  de  savoir,  non  plus  si  telle  forme  équivaut  à  telle  autre,  mais  si 
celle-ci  est  sortie  de  celle-là. 

Mais  ce  travail  n'est  pas  encore  possible  aujourdui.  L'istoire  et  la 
cronologie  de  la  langue  annamite  sont  encore  à  peu  près  incoimues. 
Il  i  a  on  annamite  un  nombre  considérable  de  mots  qui  ont  été  emprun- 
tés au  chinois  à  une  date  relativement  récente,  et  qu'il  est  en  général 
assez  facile  de  reconnaître.  Il  faudrait  d'abord  les  mettre  à  part.  Après 
cela,  un  certain  nombre  de  monografies  analogues  à  celle  que  nous 
avons  sous  les  ieux  et  portant  sur  d'autres  points  seraient  nécessaires 
pour  établir  nettement  les  règles  de  correspondances  et  d'alternances 
fonétiques.  Nul  nest  mieux  qualifié  que  M.  Cadière  pour  mener  à  bien 
ce  travail  préliminaire,  qui  en  définitive  pourrait  être  exf^culé  assez 
rapidement.  Alors  on  sattaquerait  à  la  langue  annamite  débarrassée  du 
chinois  récent,  et  l'on  rechercherait  si  elle  est  relativement  inic,  ou  si  elle 
contient,  à  côté  d'un  fonds  indigène,  une  large  part  empruntée  au  chi- 
nois à  date  très  ancienne.  On  déterminerait  ainsi  si  l'annamile  est  oeigi- 
nairement  apparenté  au  chinois  ou  s'il  en  est  indépendant,  on  en  dres- 
serait la  cronologie  linguistique,  on  en  ferait  la  grammaire  conq)arée. 
Si  ce  n'est  pas  M.  Gadière  qui  accomplit  ce  grand  et  beau  travail,  il  lui 
restera  toujours  TtHnienr  d'en  avoir  jeté  la  première  base. 

Maurice  Grammont. 


COMPTES   RENDUS.  567 

PUBLICATIONS  RELATIVES  A  L'INDOCHINE  FRA\(;AISE. 

L'Indochine,  qui  n'occupail  jadis  qu'un  des  plus  étroils  comparti- 
ments de  l'orientalisme,  élargit  sa  place  d'anne'e  en  d'année.  Depuis  que 
l'Hlcole  française  d'Extrême-Orient  a  institué  une  enquête  permanente  sur 
riiisloire,  l'arche'ologie,  la  linguistique,  l'ethnographi'^  de  la  péninsule 
et  qu'elle  suscite  autour  d'elle  les  travaux  et  les  découvertes,  la  produc- 
tion scientifique  n'a  cessé  de  s'accroître.  L'importance  de  ce  mouvement 
se  mesure  non  seulement  au  nombre,  mais  à  la  qualité  des  publical ions. 
Un  courant  d'esprit  scientifique  se  fait  sentir  dans  des  études  trop  long- 
temps stagnantes.  La  phonétique  expérimentale,  la  dialectologie,  la  so- 
ciologie ne  sont  plus  ignorées.  L'histoire  documentaire  élimine  peu  à 
peu  les  fables  des  chroniques  indigènes.  Avec  une  méthode  plus  sûre, 
des  matériaux  chaque  jour  plus  nombreux,  des  résultats  qui  s'enchainent, 
l'ffindosinologie"  n'est  plus  isolée  dans  son  coin  :  elle  participe  à  l'œuvi-e 
générale  de  reconstitution  historique  qui  nous  révèle  progressivement  le 
passé  de  l'Asie  orientale.  Sans  |)rétendre  dresser  ici  l'inventaire  complet 
des  travaux  de  cet  ordre  qui  intéressent  l'Indochine  française,  nous 
nous  proposons  de  signaler  les  plus  importants  de  ceux  qui  ont  paru  en 
1910'". 

Bibliographie.  —  Au  seuil  de  toute  étude  est  la  bibliographie  des  bi- 
bliogra[)liies.  Cette  introduction  a  été  écrite  par  M.  Gh.  Maybon,  qui  s'y 
montre,  comme  d'ordinaire,  un  guide  siir  et  parfaitement  informé'"'. 

La  bii)liographie  des  voyagfs  a  tenté  M.  Antoine  Brkiuon,  ([iii  nous 
donne  le  finit  de  ses  recherches  en  un  volume  imprimé  à  Saigon'''. 
M.  Brébion  que  ses  fonctions  retiennent  en  Cochinchine ,  loin  des  grandes 
bibliothèques  oii  se  conservent  les  livres  rares,  a  du  prélever  sur  les  loisirs 
bien  gajjnés  d'un  congé  en  Fiance  le  temps  de  rassembler  les  éléments 
de  son  oiiviage.  (lotte  circonstance  explique  —  et  excuse  —  les  lacunes 
et  les  inexactitudes  (|u'oii  y  a  relevées'''.  Les  travailleurs  apprécieront 
néanmoins  l'avantage  de  trouver  sous  la  main  un  giand  nombre  d'utiles 

^''  AitHKViATinNS.  fi.K.F.E.O.  —  Itulletin  tlv  l'Ecitlc Jraiiçaim'  (l'Iùtrèiiif-Orieiit ; 
ïi.S.K.I.C.  =-  llullcliit  lie  la  Snciéli;  ilcx  rliidi-n  lii(li>chin<iiseii;  —  l{.].('.  = 
île  V  ue  in  (loch  i noise . 

'^'  (il).  |{.  \!  VYIIDN.  Noif  sin-  /('S  Iraimii.r  hihliiii'p-apliujHi's  nmci'niiiiit  l'imh)- 
chiiiP  l'i-fiiicinar.  H.Fj.F.E.O.  ,  \,  ^()f)  ss. 

'■'''  Anldiiii'  HiiKiiiON.  IUI)li(ifirapltii'  di's  rdiiaj'cx  dans  rintlnclniu'  fiançai  ne  du 
i\'  (111  r;r'  sirclc.     -   Saïjjon,   F.  H.  Sclincidcr.    ii)io.   in-S°,  vi-:i((9-\i.iv  pp. 

W  Cl,.  Mavik.n.  dans  B.E.F.E.O.,  \,  MUu 


i) 


68  MAI-JUIN    19  1  1. 


reiiseijOP.ements;  il  esf.  à  croire,  nolarameiU,  que  la  menlion  des  cotes  de 
la  Bibliothèque  Nationale  leur  épargnera  quelques  recliorclies  fasti- 
dieuses. Un  appendice,  publié  depuis,  a  corrigé  un  certain  nombre  de 
fautes  et  réparé  diverses  omissions'''. 

Le  même  auleui*  a  consacré  un  Livre  d'or  à  la  gloire  des  Français 
d'Indochine,  de  ceux  du  moins  qu'il  a  jugés  dignes  d'y  figurer  :  car 
M.  Bi'ébion  est  professeur  et  il  ne  s'est  pas  refusé  le  plaisir  d'une  distri- 
bution de  prix.  On  eût  préféré  un  modeste  dictionnaire  biographique 
à  ce  singulier  palmarès'^'. 

M.  le  capitaine  Baulmost  a  dressé  une  liste  de  livres  anonymes  sur 
l'Extrême-Orient  avec  l'indication  de  leurs  auteurs'^'. 

M.  Henri  Cordier  avait  donné  dans  le  T'oungPao,  de  décenîbre  1908 
à  mai  1908,  une  bibliographie  de  la  Birmanie  et  de  l'Assam''',  détachée 
d'un  ouvrage  plus  considérable,  qiii,  pour  faire  pendant  à  la  Bibliotheca 
siiiica,  devait  porterie  titre  de  Bibliolliecn  iiidosiuica.  Nous  sommes  heu- 
reux d'annoncer  par  avance  que  ce  répertoire  si  attendu ,  et  dont  le  nom 
de  l'auteur  garantit  l'excellence,  est  actuellement  sous  presse  et  formera 
les  volumes  W  à  XVll  des  ffPublications  de  l'Ecole  française  d'Extrême- 
Orient  •«. 

HiSTOU'.E.  — En  1679,  la  Compagnie  anglaise  des  Indes  Orientales 
fonda  au  Tonkin  une  factorerie  qui  dura  jusipi'en  1698.  Les  documents 
relatifs  à  cet  établissement,  conservés  parmi  les  Records  de  l'India  Office, 
ont  été  inventoriés  par  M.  Ch.  Mwbon,  qui  a  enrichi  ce  catalogue  de 
notes  très  instructives'^'.  lia  également  réédité  dans  la  Revue indocliinoiso 

'"'  Bibliographie  des  voyages  dans  F  Indochine  française  du  ix'  au  if.i"  siècle. 
A|)|KMKlic('.  (SijTné  :  Ant.  Brébion.  Fév.  1911.)  —  (Saigon,)  in-8°.  Pajjiné 
3oi-3!i2. 

<-)  Antoine  Brkbion.  Livre  d'or  du  Cainhdoge ,  de  la  Cochinchine  el  de 
l'Annani,  i(Ja')-i()io.  Biographie  et  l/ihliographie.  —  Saïp,on,  F.  H.  Sclinoidor. 
1910,  in-S",  79  jip. 

'^'  (Capitaine  Baulmont.  Livres  anonipnes  sur  l' Extrême-Orient.  R.I.C.,  \ll 
(  1910),  |i.   1  i5  ss. 

''■'  Bibliotheca  indosinica.  Essai  d'une  bibliographie  des  ouvrages  relatifs  it  la 
jnesqu'ile  indochinoise,  par  Henri  Cordier.  l^remièrc  partie  :  Birmanie  et 
Assam.  -     Leide,  E.  J.  Brill,   1908.  in-S".  969  pp.  (Extrait  du   T'oung  Pao.) 

'•'"'  (lli.  B.  Maïron.  Une  Jactiirerie  anglaise  au  Timl.in  au  x\  if  siècle  [iCjâ- 
l6()j).  Inrenidire  des  itocunienls  manuscrits  île  t'inilia  (iljice.  B.E.F.E.O. ,  X, 
l59-20i'l. 


COMPTES   RENDUS.  569 

la  partie  de  la  Relation  de  Marini  qui  concerne  le  Laos,  précédée  d'une 
notice  biographique  et  bibliographique  " .  Au  sujet  de  l'édition  de  Venise, 
de  i6(i5,  M.  Maybon  a  remarqué  que  les  bibhographes ,  Briineten  tête, 
ne  parlent  que  d'un  seul  volume,  et  il  se  demande  à  ce  propos  s'il  n'au- 
rait pas  été  publié  la  même  année  deux  éditions,  Tune  en  deux  volumes, 
l'autre  en  un  seul.  Il  est  plus  simple  d'admettre  que  ces  bibliographes 
n'ont  vu  que  le  tome  l".  11  n'y  avait  rien  dans  le  titre  qui  annonçât 
l'existence  d'un  tome  II,  excepté  la  mention  m  due  parti  :  mais  on  pou- 
vait croire  que  ces  deux  parties  étaient  les  deux  livres  qui  composent  le 
tome  1",  et  qu'ainsi  l'ouvrage  était  complet. 

La  même  revue  a  publié  des  extraits  des  Lettres  édifiantes  sur  l'Iiido- 
cliine  de  1789  à  1786''*. 

M.  Henri  Cordier,  à  qui  nous  devons  de  connaître  les  importants  do- 
cuments conservés  au  Ministère  des  Colonies  sur  la  mission  en  France 
de  l'évêque  d'Adran  '',  a  commencé  dans  le  Toung  Pao  un  nouveau 
travail  abondamment  documenté  sur  la  politique  du  Second  Empire  en 
Indochine;  il  y  raconte  la  mission  de  M.  de  Montigny  au  Siam  et  en 
Annam;  la  persécution  qui  s'ensuivit;  l'exécution  de  l'évêque  espagnol 
José-Maria  Diaz ,  la  mission  du  comte  Kleczkowski  au  Tonkin,  enfin  les 
eirorls  de  l'abbé  Hue  et  de  1\I°'  Pellerin  à  Paris,  en  1807,  pour  provo- 
quer une  expédition  en  Cochinchine  ' . 

Avec  le  nouveau  livre  de  M.  Jean  Dipuis'°\  nous  passons  aux  ori- 
gines de  l'occupation  du  Tonkin,  dont  il  fut  le  hardi  promoteur.  A  la 
vérité,  lorsque,  le  9  novembre  1879,  M.  Dupuis  parut  devant  (Juang- 
yen  avec  sa  pi'lite  lloltilic  pour  réclamer  le  libre  accès  du  Fleuve  Ronge, 
il  ne  prévoyait  pas  les  péripéties  du  drame  qui  allait  suivre.  de|)uis  la 
mort  de  Francis  Garnier  jusqu'au  guet-apens  de  Hué  en  i885.  Ce  qu'il 

('-  (lli.  B.  Maïbos.  g.  F.  de  Marini.  Notice  biojfraphiqite  cl  bibU<niraphiqiic. 
l\.L(].,  XIV,  1910,  ]>.  lo-tîS.  —  G.  F.  DE  Marim.  Uclnliiiii  nnuri'llf  et  ciiriensv 
du  viiyautnv  de  Lai)s.  Iliid. ,  XIV,  p.  i.5f!  ss. ,  357  ss. ,  .'5ô8  ss. 

(■^)  ï)i)CHnienls  sur  l'état  du  llambdoijc,  de  la  Qicliincliiiiv  cl  du  Toul.ni  de 
tj8a  à  i-jSG.  n.LC,  XIII.   upo,  p.  ."jol^-Sai);  Xl\,  |..  /i3-5'i. 

'■''  La  f!niTcsj)findaiicc  jrrncralc  de  la  f!iicliiiicliiiic  (  t  jHi)-t'jf)t  ),  |iuli|i(<<>  |inr 
Henri  (Ioiidikii.  Touiijr  l'an,  noI.  \11  cl  \\\\. 

(*'  La  l'idiliquc  coloniale  de  la  France  au  dvbul  du  Second  Empire,  hittocliine 
{t85a-i85S).  Tiiunii  Pao.  mars  i()0()-mars   1 1)  1  1 . 

(•■'  .Icaii  DiiMis,  i'\|)liiriiliMii'  du  IIciim'  nitiijjc  Le  TmiLin  de  tS-ju  à  iSSIl. 
Ilistoiie  et  pidilique.         l'aiis,  A.  liliallaiiiç! ,    ii(io,  iu-!S'. 


570  MAI-JUIN    1911. 

attendait,  ce  qu'il  voulait,  c'était,  comme  suite  au  refus  probable  des 
autoiite's  annamites,  un  soulèvement  général  du  pays,  avec  le  concours 
ou  la  neutralité  bienveillante  de  la  France,  aboutissant  à  la  restauration 
de  la  dynastie  nationale  des  Le  sous  le  protectorat  français.  Ce  plan 
échoua  devant  l'obstination  du  gouverneur  de  la  Cocbinchine,  Taniiral 
Dupré.  On  sait  de  quels  sévères  réquisitoires  \l.  Dupuis  a  poursuivi  ce 
politique  malavisé.  Ni  les  années  écoulées,  ni  le  recul  de  faits  main- 
tenant enti'és  dans  l'histoire  n'ont  entamé  la  force  de  sa  conviction  ou 
atténué  l'amertume  de  son  ressentiment.  Aujourd'hui  que  le  pionnier  du 
Tonkin  se  repose,  comme  un  sage  raandai'in  d'autrefois,  rreiitre  la  mer 
bleue  et  la  montagne  verte 51,  il  a  voulu,  embrassant  la  suite  des  événe- 
ments de  1879  à  1886,  condamner  une  fois  encore  l'erreur  fatale  (pii 
coûta  si  cher  à  la  France.  Considérée  ainsi  à  la  lumière  du  passé,  la 
thèse  de  M.  Dupuis  semble  incontestable;  mais  il  convient,  pour  être 
juste,  de  lappeler  que  la  question  se  posait  avec  moins  de  simplicité 
devant  l'amiral  gouverneur.  Requis  d'opter  entre  une  intervention  ouverte 
et  une  complète  abstention,  il  devait  se  trouver  fort  embarrassé  pour 
[)reudre  l'un  ou  l'autre  parti.  Contre  l'intervention  il  y  avait  les  ordres 
formels  du  Gouvernement  :  «Sous  aucun  prétexte,  pour  quelque  laison 
que  ce  soit,  n'engagez  la  France  au  Tonkin. n  (dépêche  du  duc  de 
Brog-lie,  17  juillet  1878);  contre  l'abstention,  le  dangei*  d'une  entrée 
des  troupes  chinoises  au  Tonkin,  qui  pouvait  avoir  pour  l'avenir  de  la 
France  dans  ces  régions  d'incalculables  conséquences.  Entre  ces  deux 
écueils  l'amiral  se  crut  obligé  de  trlouvoyer':  ;  c'est  une  manœuvre  dif- 
licile,  il  n'est  que  trop  certain  qu'elle  fut  mauquée.  Encore  faut-il  savoir 
gré  à  ce  frmarin  perdu  dans  la  politique^  du  scrupule  qu'il  eut  de  con- 
cilier l'obéissance  du  fonctionnaire  avec  la  prévoyance  du  patriote.  iM.  Du- 
puis lui-même  n'hésite  pas  à  reconnaître  que  ffsi  l'amiral  Dupré  n'avait 
pas  craint  d'être  désavoué  par  le  Gouvernement,  il  eut  adopté  uue  ligne 
de  conduite  plus  franche  et  qui  eiit  assurément  donné  des  résultats  plus 
appréciables"  (p.  i45).  C'est  là  un  jugement  équitable  et  (|ui  a  chance 
d'être  celui  de  l'histoire. 

En  cours  de  publication  dans  le  T'otmg  Pao  (mars  1910  et  suiv.)  est 
une  étude  historiipie  de  M.  Georges  Maspkko  sur  l'ancien  royaume  de 
Champa,  où  toutes  les  sources  accessibles  ont  été  mises  à  contribution'": 
nous  en  parlerons  plus  en  délai!  après  son  achèvement. 

''^  Le  lloiiaiinie  de  (Ih(i)njia.  par  (î.  M aspkbo.  Toiiui;  l'iio ,  \l  (ic)i<i), 
j).   1  2.5  ss.  (en  cours). 


COMPTES   RENDUS.  571 

Dans  la  même  revue  M.  Pierre  Lefèvre-Pontalis  a  retracé  ihisloire 
(hi  royaume  tai  de  Laii-ua^'\ 

Enfin  nous  nous  bornerons  à  rappeler  les  litres  de  quelques  ouvrages 
dont  il  a  e'té  rendu  compte  ici  même  :  les  Tr.rtes  d'auteurs  grecs  et  latins 
relatifs  à  l'E.rtrémo-Orient  de  M.  G.  Cot;Di:s  (/.  A.,  XVII,  167),  les 
Bcscorche.s  on  Ptolcmi/s  Geographij  du  colonel  Gerim  (ib..  07^)  et 
VHisloircde  la  Cocliincliinp  de  M.  P.  Cdltru  (ib. .  XV,  557  ). 

Gi-oGUAi'uiE.  —  La  géographie  historique  de  l'empiie  d'Annam  est 
mal  connue  avant  le  xv°  siècle.  Le  travail  de  M.  Henri  Maspero  dont  le 
Unllelin  de  l'Ecole  française  d' Extrême-Orient  vient  de  commencer  la  pu- 
blication fournit  les  renseignements  les  plus  intt^ressants  sur  la  géogra- 
phie de  l'époque  des  T'ang^^-. 

MM.  H.  RussiER  et  H.  Breniek  ont  donné,  sous  le  titre  de  Vhulochiuv 
française'^^\  une  nouvelle  édition  remaniée  et  augmentée  de  leur  Géogra- 
phie élémentaire  de  r Indochine  (Hanoi,  1909).  Le  caractère  de  l'ouvrage 
est  resté  le  même,  mais  il  s'est  enrichi  de  renseignements  variés  :  statis- 
ti(pics,  graphiques,  cartes  nou\ elles,  etc.  Il  faut  louer  particulièrement 
la  bibliographie  très  soigiu'e  ([ui  permet  au  lecteur  de  corapléler  suis 
jjeine  sou  inlonuation  sur  les  sujets  qui  Tintéressent.  Les  auleiu's  oui 
condensé  dans  ce  volume  de  35o  pages  une  masse  de  données  précieuses 
dispersées  dans  diverses  publications.  Réserve  faite  de  quelques  assertions 
un  peu  risquées  sur  les  origines  ethniques  des  populations  indochinoises, 
leur  documentation  est  de  première  main  fl  mérite  toute  confiance.  H 
est  regrcltaiilc  que  ce  texte  excellent  soit  illustré  de  simili-gra\mvs  si 
médiocres  (une  transposition  des  ligures  •>,()  el  -i"]  a  eu  pour  résultat  de 
présenter  le  temple  de  Po  Klong  Garai  h  Phanrang  comme  la  tour 
d'Angkor  Vat  et  réciproquement\ 

Un  petit  livre  du  même  genre,  jiar  le  capilaine  M\(;nabai.,  a  fait  l'objet 
d'un  compte  rendu  du  lieutenant-colonel  l}ouil"ac\  [IkE.I'.E.O.,  \,6i7) 
auipu'l  il  sidiil  de  renvoyer. 

'"    Lv  rinjoniiii'  dr  Imii-iki  iiii  ilr  i\ijir.    |iai'    l'icr'i'i-    I-ki-m  llK  I'dntams.    Vniinir 

/'«",  M  (  i()  10),  I».  io5-i  a6  ,  cl  \11 ,  (1.  i77i()t>. 

'-'  IjC  in-iili'ctoral  général  d'Annam  saint  les  T'iuif^.  Kaai  de  jrcujrraphie  hislit- 
rîtiue,  par  II.  Maspeiio.   H.K.I'.I'j.O.,  X.  539-58^1. 

'''  H.  Ml  ssiKii  ('!  II.  HiuiMKii.  I.'liiiliirhiiir  fraitraisr.  Paris.  V.  floliii.  i()ii, 
iii-iX. 


572  MAI-JUIN    1911. 

ETUNtKiRAi'iiiE.  —  M.  Ailhéniîu'  Leclèriî  a  décrit  la  Iribu  des  Saniicli, 
rëduilc  aujourd'hui  à  un  frioupe  niiuusculo  de  7.5  individus  habifanl  le 
villajje  de  Sararong,  dans  la  presqu'île  de  Veal  Renli,  province  de 
Kanipol  (Cambodge)'''.  -  ' 

M.  J.  Kemlin  a  acheyé  dans  le  Bullelin  de  ri'Jcole  française  sa  subslan- 
lieile  élude  sur  les  rites  agraires  des  Reungao'"'  et  analysé  les  idées  de 
la  même  peuplade  sur  la  nature  et  la  signilicalion  des  songes'^'. 

M.  PiîzvLLSKC  a  expliqué  avec  son  ordinaire  sagacité  la  cérémonie 
annamite  appelée  (tniig  tho''''';  ce  rite,  qui  se  célèbre  au  début  de  l'année, 
aurait  pour  but  la  désécration  de  la  terre  et  la  nouvelle  investiture  du 
dieu  du  sol. 

Le  colonel  Bo.mfacv,  à  qui  la  [dus  dure  campagne  ne  saurait  faire 
oublier  ses  [)rénccupations  scientificjnes ,  a  profilé  de  ses  opérations 
contre  le  Dê-Tbam  pour  recueillir  les  traditions  d'un  cullc  que  le  vil- 
lage de  Huông-thu'O'ug,  dans  la  province  de  Thai-x\guyen,  rend  à  deux 
serpents,  qui  sont  naturellenient  des  génies  de  la  pluie  et  des  eaux  ■^'. 

M.  J.  Pouc.iiAT  a  commencé  In  publication  d'une  série  de  notes  sur  les 
croyances  annamites  relatives  aux  plantes  el  aux  animaux'"'. 

M.  L.  CiADiiîUE  a  communiqué  à  VAnihropos  des  observations  faites  sur 
un  groupe  annamite  au  cours  d'une  épidémie*''. 


M.  Paul  Macev  a  décrit  les  pi'océdés  de  la  médecine  laotienne 


(S) 


'''  Acili.  Leclkki:.  Les  Sùaucli.  U.S.E.l.d.,  11°  r)7,  j).  98-11/1. 

<"-'  hilps  agraires  des  Reungan,  par  M.  ,1.  Kkmlin,  vi-ix.  B.E.F.E.O.,  X,  i3i- 
i58. 

'■*'  J.  Kkmi.in.  Les  songes  et  leur  iiiterprélalio»  cJiez  les  Beaiigao.  B.E.F.l'i.O., 
X,  507-538. 

''■'  Les  rites  du  dông  tho.  Coiilrilnitioii  ii  réluile  du  culte  du  dieu  du  sol  au 
Tonkin.  pnr  \I.  .1.  Piizvluski.  B.E.F.E.O.,  X,  SSg-S/iS. 

'■''   A.  BoMFACV.  Les  génies  ihérioniorplies  du  .rà  de  Ifunng-lliuvivig,  B.E.E.EJ)., 

X,  393-/100. 

'"'  .1.  PouciiAT.  Supeislitinns  ainiainilcs  relatives  aux  plantes  el  aux  aniniuur, 
B.E.F.E.O.,  X,  /101-/.08. 

*''  L.  (].\Dn\nE.  Sur  (juehjues  faits  religieux  ou  magi<jnes  ohservès  pendant 
une  épidvniic  df  cliidrra  en  Annani.  {Aniliriipos ,  V,  a-3  cl  5-G.) 

<*''    l'.Hil   \Iai:i:v.  L'art  dv  guérir  au  Laos.  l'i.l.C,  XII  (1910),  p.  '189-502. 


COMPTES   RENDUS.  573 

Linguistique.  —  Le  colonel  Diglet,  à  qui  nous  étions  déjà  mle- 
vables  d'une  l'ùudc  de  la  lan'jue  taï  (Hanoï,  1890),  vient  de  la  coni- 
j)l('tcr  ])ar  une  étude  de  la  lanjjue  Thô  <'\  La  première  était  consacrée  au 
[)arlcr  des  Taï  de  la  Rivière  Noire;  la  seconde  s'occupe  des  Taï  qui  lia- 
l)iloiit  la  frontière  chinoise  de  Monkay  à  Laokay.  Elle  débute  par  tin 
vocabulaire  synoptique  contenant  les  mots  communs  à  deux  au  moins 
(les  quatre  langues  :  annamite,  thô,  taï,  siamois;  viennent  ensuite  des 
éléments  de  grammaire  (90  pages),  enfin  un  vocabulaire  français-tliô. 
C'est  une  très  utile  contribution  à  l'étude  des  langues  indochinoises,  où 
ou  regrette  seulement  l'emploi  d'une  transcription  qui,  dans  le  louable 
but  de  rendre  les  mots  plus  faciles  à  prononcer,  n'aboutit  en  fait  qu'à 
les  défigurer. 

M.  L.  Gadiîîre  a  terminé  sa  copieuse  et  savante  monographie  de  la 
semi-voyelle  labiale  en  annamite,  qui  a  été  apppréciée  ici  même  [supra, 
p.  563)  par  M.  Grammont'"^'. 

M.  S.  Tandart  a  fait  inq)nmer  à  Hong-Kong  la  première  partie  d'un 
dictionnaire  frauçais-cainbodgieu'''.  Cette  première  partie  (A-K)  com- 
j)i-cnd  1106  pages  in- 4°;  l'ouvrage  entier  en  aura  vraisemblablement 
5,000.  On  voudrait  se  persuader  que  l'utditéde  ce  colossal  \ohime  sera 
en  proportion  du  travail  qu'il  a  coulé.  Mais  quel  est  Thomine  singulier 
qui  éprouvera  jamais  le  besoin  de  traduire  en  cambodgien  des  mots  tels 
que  :  ahloca ,  abslèinc,  ahulevger,  accouple,  acescent,  alianer,  aléser,  alestcr, 
alsophlle,  elc.  ?  L'auteur  eût  été  mieux  inspiré  en  se  bornant  aux  mots 
usuels.  Sans  doute,  il  ne  faudiait  pas  trop  se  idaindie  d'une  (elle  sur- 
abondance de  richesses,  si  ell(>  ne  ris(piait  de  retarder  d'aulantla  publi- 
cation (lu  dictionnaire  camboilgien-l'rancais  que  nous  promet  M.  Tandart 
et  que  nous  attendons  avec  impatience.  A  en  juger  par  celui  que  nous 
avons  sous  les  yeux ,  le  suivant  marquera  un  progrès  considérable  de  la 
lexicographie  khmère.  Nous  espérons  que  cette  œuvre  de  patience  et  de 
di'voiiement  sera  conduite  à  bonne  fin  |)ai-  le  savant  missionnaire  (pii  l'a 
si  courageusement  entreprise. 


'''  Col.  E.  OiGiiKT.  Ehiili'  ilf  lu  Iniijnii' thi'i.  -  Pni'is,  A.  Cliallamol,  i<)iii, 
in-8°. 

'-'  ]j.  C.VDiKnK.  Monoin-ajiliif  ilr  lu  xriiii-i'Ojii'llc  labiale  en  siiio-iinnniiiilr  ri  m 
aiiiiai)iilr.  —  Hanoi,  1910,   3'ii    pnjjcs.  Exliail  citi   H.E.F.K.O..   1  ()()8-i()io. 

'■''  S.  Tandaiit.  Dlclidiniairr  français-cniiilioduirii .  Pri'inii'-n'  |iai'li(',  A-k. 
—  It()nj;-k(iii|r,  iiii|tr.  do  Na/.arctii ,  tt)ii>,  iii-'i". 

wii.  Wrj 

lurHIUrilIX    XATIilkAtB. 


574  MAI-JUIN    1911. 

M.  Maurice  Grammont  a  ëtudié  expérimenlalemont,  avec  l'aide  d'uu 
jeune  Cochincliinois,  M.  Le  Quang  Trinh,  le  timbre  et  la  notation  mu- 
sicale des  monosyllabes  annamites  *'\ 

Mentionnons  enfin,  dans  le  même  ordre  de  recherches,  un  essai  sur 
la  phonétique  annamite,  par  M.  Ddbois*^'. 

Archéologie.  —  L'inventaire  descriptif  des  monuments  chams  de 
l'Annam ,  par  M.  Parmentier  ,  est  en  bonne  voie  d'achèvement.  Le 
tome  I"  a  paru  en  1909  :  il  a  été  complété  par  un  album  de  1 14  plan- 
ches contenant  les  plans ,  coupes  et  façades  des  principaux  monuments 
avec  d'excellentes  cartes  archéologiques  '''  :  il  sera  suivi  d'un  dernier 
volume ,  dont  la  préparation  est  1res  avancée.  Cet  ouvrage  résume  les 
travaux  que  M.  Parmentier  a  poursuivis  pendant  dix  ans  en  Annam 
avec  une  admirable  activité  et  un  succès  éclatant  :  la  restauration  de  Po 
Nagar  de  Nhatrang ,  les  fouilles  de  l>ong-du>o'ng  et  de  Mïsoni ,  la  décou- 
verte de  plusieurs  édifices  nouveaux  et  d'une  quantité  d'inscriptions, 
l'étude  approfondie  d'une  école  d'architectui'e  qui,  avant  lui ,  n'était 
guère  connue  que  de  nom,  sont  autant  de  titres  à  l'estime  et  à  la  gr;ili- 
titude  des  archéologues. 

Les  monuments  du  Cambodge  ont  été  inventoriés  par  le  commandant 
LuNBT  DE  LuoNQuiiîRE.  Deux  volumcs  ont  déjà  paru  ;  le  dernier,  qui 
est  sous  presse,  complétera  cet  utile  catalogue,  qui  sera  désormais 
le  point  de  départ  nécessaire  de  tous  les  travaux  sur  l'art  cambodgien. 

Ainsi  approche  de  son  terme  cet  Inrentnire  nrcliéologifpie  de  l'Indochine, 
qui  fut  le  premier  but  de  l'Ecole  française  d'Extrême-Orient,  et  qu'elle  a 
atteint  eu  dépit  de  fous  les  obstacles. 

L'(euvre  de  l'Ecole  a  trouvé  un  puissant  concours  dans  la  Commission 
archéologique  de  l'Indochine  instituée  par  arrêté  ministériel  du  18  jan- 
vier 1908  et  rattachée  au  Comité  des  Travaux  historiques  et  scienti- 
fiques. Cette  Commission  publie  un  Bulletin  dirigé  par  son  secrétaire, 

C'  E.  (iiUMMO.NT.  Recherches  expérimentales  sur  la  prnimicialinn  du  rnchiii- 
chinois.  [Mémoires  de  la  Société  de  liiifruixlKfue ,  XVI,  69-86.) 

'->  Amainilv.  et  français.  Essai  de  j)ii(>nétiqiic  pratique,  par  M.  DuBtiis. 
n.U:.,  Xtl  (1910),  p.'a75-3o3  et  /taS-iDo. 

(■')  Inventaire  descriptif  des  monuments  rums  de  l'Annam.,  par  H.  ParmisN- 
TiEn.  l'Ianchcs  d'après  les  relwés  et  les  dessins  de  l'auleur.        Paris,  Ini|).  nal., 

1909- 


COMPTES   RENDUS.  575 

M.  Foucher,  et  où  paraissent  des  documents  et  mémoires  variéh  relatifs 
àrindochine.  L'année  1909  contient  une  excellente  bibliogr.iphie  raison- 
née  de  l'archéologie  du  Cambodge  et  du  Clianipa ,  par  M.  GœDÈs.  M.  de 
Lajonqcière  y  a  donné  les  résultats  de  sa  mission  au  Cambodge,  au  Siam 
et  dans  la  péninsule  malaise  eu  1907-1908. 

En  1910,  nous  y  trouvons  un  catalogue  des  sculptures  cambodgiennes 
du  musée  du  Trocadéro  et  du  musée  Giiimet  par  M.  Coedès,  un  relevé 
archéologique  de  la  province  de  Tày-ninh  par  M.  Parmentier,  une  nou- 
velle carte  archéologique  du  Cambodge  par  .M.  de  Lajonquibre  ,  un  essai 
d'interprétation  des  bas-reliefs  de  Bapuon ,  d'après  des  photographies  du 
général  de  Beyiié  ■''.  Mais  l'œuvre  capitale  delà  Commission  est  la  publi- 
cation des  bas-reliefs  du  Bayon. 

Le  Bayon  est  un  grand  lemple  qui  occupe  le  centre  d'Angkor  Thom, 
au  croisement  des  diagonales  menées  des  quatre  angles  de  l'enceinte  de 
la  ville.  11  se  composait  de  deux  étages  de  terrasses  caiTe'es  bordées  de 
galeries  ;  une  troisième  terrasse  en  croix  avec  galeries  axiales  et  nombre 
de  tourelles  portait  le  soubassement  ovale  sur  lequel  s'élevait  la  tour 
centrale.  Les  murs  des  deux  pfeinières  galeries  sont  ornés  de  bas-reliefs 
représentant  des  délilés  militaires,  des  batailles,  des  scènes  religieuses 
et  profanes.  La  mission  Dufour-Carpeaux  avait  photographié  celte  longue 
série  de  sculptures,  dont  le  développement  atteint  environ  800  niètrCvS 
ce  sont  ces  photographies  que  la  Commission  vient  d'éditer  en  un  ma- 
gnifique album  de  planches  numérotées  1-1 35   poui"  les  gaieries  inlc 
rieures,  1-128  ponr  les  extérieures ^"^^  Les  collections  de  la  mission  Du- 
four  étaient  complètes  quant  aux  galeries  intérieui-es  (sauf  un  numéro 
inanquaul  :  i3i),  mais  elles  présentaient  quelques  lacunes  dans  la  série 
extérieure,  et  il  a  fallu,  par  suite,  laisser  vacants  un  certain  nombre  de 

''*  Bulletin  de  la  Coininùsinu  archéologique  de  l'Indochine,  Paris,  Ini[t.  nat. , 
in-8*.  Année  1910  :  ji.  19-69,  G.  Coedès,  Catalogne  den  pièces  orijrinale»  de 
sciilplnre  lihmiTe  conitervéox  au  muHee  indachiiioin  du  Tmcadéri)  et  au  musée 
Cuiniel;  p.  G^-Gi ,  V.  Cloknet,  Les  Chain  de  Tày-ninh;  |i.  Gâ-S^,  II.  Parhen- 
TiKB,  Relevé  archéologique  de  la  province  de  Tày-ninh;  p.  88-93,  Id. ,  Décou- 
verte d'un  twuveau  dépôt  dans  h  temple  de  Vo  Nagar  de  Nhalrang;^-  iao-ia8, 
L.  DK  Lajdm^uikre,  Une  nouvelle  carte  archéologique  du  Caniliodge  ;y.  1 /ly-i  ,^)/i , 
L.  FiNOT,  Inscriptions  du  Siam  et  de  la  péninsule  inuldisc  (Mission  L.  de  l.ajiin 
qiiière);  p.  i55-lGi,  Id.,  Les  bas-reliefs  de  liapuon. 

'-■'  Le  Hayon.  d'AngLor  Thoni.  lias-reliefs  publiés  par  les  soins  de  la 
Coiinnissimi  iirchéologique  <lc  l'Indachine  d'après  les  documents  recueillis  par  la 
Mission  Henri  Oujour  avec  la  cullaboralion  de  Charles  (larpeaux.  -  Paris, 
E.  Leroux,  1910,  in-Zi". 

••^7. 


576      ■  MAI-JUIN    1911. 

miméfos  :  8,  I9,i5,  18-91,  88-100,  108-107,  116-1-20.  Les  planches 
niam{iiaiiLes  seront  publiées  iilténeureraeut,  dans  un  fascicule  supplé- 
mentaire qui  comprendi-a  en  outre  une  introduction  et  un  plan.  Les  ar- 
chéologues auront  ainsi  sous  les  yeux  l'œuvre  entief"  des  imagiers  du 
Bayon  et  les  moyens  d'en  tenter  Tinterprélation.  Jusqu'ici ,  le  sens  de 
ces  scènes  n'a  pu  être  exactement  déterminé;  l'ordre  même  dans  lequel 
elles  se  succèdent  est  incertain ,  on  a  pris  le  parti  de  commencer  à  la 
porte  principale,  celle  de  l'Est,  et  do  faire  le  tour  du  monument  dans  le 
sens  de  la  prndnksind. 

Il  reste  deux  autres  séries  de  bas-reliefs  qui  ont  été  photographiées 
par  les  soins  du  général  de  Beyiié  :  ceux  d'Angkor  Vat  et  de  Banteai 
Climar  '*'.  Il  est  à  espérer  que  la  Commission  archéologique  les  prendra 
en  main  après  l'achèvement  du  Bayon  :  aucune  œuvre  ne  serait  plus  utile 
aux  progrès  de  l'ai'chéologie  indochinoise. 

M.  J.  CoMiMAiLLE,  conservateur  des  monuments  d'Angkor,  a  donné  à 
la  Revur  iiidochiiioise  une  suite  de  notices  sur  cette  perle  de  l'art  cam- 
bodgien qui,  grâce  à  lui,  sort  peu  à  peu  de  sa  gangue''-.  Il  a  sous 
presse  un  (riiidc  à  Anghor,  qui  mettra  à  la  portée  du  gi^and  public  et  des 
touristes  les  notions  indispensables  à  une  juste  appréciation  de  cet  art 
encore  trop  peu  connu. 

DivKRS.  —  Ou  sait  que  l'histoire  du  droit  annamite  a  été  renouvelée 
par  la  découveite  de  deux  textes  importants  :  la  grande  compilation  juri- 
de  Phan-huy-Chii,  intitulée  Lkh  tricn  liié'ii  citwo'iig  loqi  chl ,  et  surtout 
le  Code  des  Le,  retrouvé  par  M.  Maifre  en  1908.  Le  Bulletin  publie, 
depuis  1908,  une  traduction  de  ce  Code  (correspondant  aux  livres 
XXXlIIà  XXXVIII  de  Pban-huy-Gh.i)  due  à  M.  B.  Delodstal  (''. 

L'astronomie  cambodgienne  était  jusqu'ici  fort  mal  connue  :  on  sa- 
vait seulement  qu'elle  reproduisait  dans  ses  grandes  lignes  le  système 
hindou.  M.  F. -G.  Faraut,  pour  l'étudier,  s'est  astreint,  comme  il  nous 
l'apprend,  à  rf  suivre  un  véritable  cours  d'astronomie  khmère  1  sous  la 
direction  d'un  liora  renommé,  spécialement  attaché  au  service  du  roi. 

(''  Sur  CCS  derniers,  voir  H.  Pahmentikr,  Les  bas-reliefs  de  Banteai  Chmar, 
li.E.F.E.O.,  X,  2o.5-a22. 

'"^'  J.  CoMM.uiXK.   I.i'n  Moininicnts  d'Aiigl.nr.  li.I.C,  XII-XIV. 

'•''  Im  .IiisIicc  (laiiH  Cancirii  Annaiii.  Tradiiclioii  cl  coiiiineiilairc  du  0>de  des 
IjC,  par  Al.  n.  Deloustal.  B.E.F.ILO.  (eu  cours  depuis  1908). 


COMPTES   RENDUS.  577 

C'est  le  résumé  de  ce  cours  qu'il  vieut  de  publier*''  et  son  exposé,  en- 
core quil  ne  soit  pas  exempt  de  quelques  obscurités,  est  extrêmement 
intéressant  et  instructif.il  eût  été  bon  de  donner  en  caractères  cambod- 
giens la  liste  des  termes  techniques,  dont  la  forme  originale  est  à  ce 
point  déformée  par  la  prononciation  khmère  qu'ils  sont  souvent  mécon- 
naissables. M.  F.  a  cru  pouvoir  appliquer  les  formules  des  lioras  mo- 
dernes au  calcul  des  dates  fournies  par  les  anciennes  inscriptions  du 
Cambodge  et  du  Champa  et  il  en  a  tiré  des  conséqtiences  chronologiques 
assez  inattendues.  Quand  il  voudra  bien  tenir  compte  des  données  cer- 
taines de  l'histoire  et  de  la  paléographie,  il  sentira  lui-même  la  nécessité 
de  modifier  sa  méthode  et  ses  conclusions. 

L.  FiNOT. 


'•'  F.-G.  Faract.  Astronomie  cambodgienne.  —  Sajfjon,  F.-H.  Schneider,  1910, 
in-8°. 


I 


CHROAIOUE 

ET   NOTES   BIBLIOGRVPHIOIES. 


Le  Catalogue  des  manuscrits  sauskrits  de  la  Bibliothèque  de  .Aladi-as 
progresse  régulièrement  grâce  à  ractivité  du  curateur  de  ce  riche  dépôt, 
M.  Rangâcârya.  Les  trois  volumes  sui*  le  Dhanna,  publiés  en  1909,  ont 
•Hé  promptement  suivis  de  trois  autres  comprenant  les  divisions  Avtha , 
Kâtna  et  Philoso[)hie.  Les  deux,  premières  ne  sont  représentées  que  par 
un  assez  petit  nombre  de  manuscrits.  L'Arthaçâstra  (où  on  lemarque  un 
commentaire  partiel  du  KautUlijam  Arthaçâstrain  récemment  publié  par 
R.  Shama  Sastri)  comprend  l^  numéi'os;  le  Kâmaçâstra,  7  ouvrages  et 
ùk  manuscrits.  Les  systèmes  philoso[)lu(|ues  au  contraire  occupent  une 
place  d'honneur  dans  la  collr'clii)n  ;  si  le  Vaiçesika  fait  assez  pauvre, 
tîgnre  avec  un  unique  manuscrit,  le  Kaiiâdanaya-bhûmuam ,  par  conti'e 
le  Nyâya  en  compte  iai,  le  Yoga  60,  la  Mlmâmsâ  110,  el  le  Vedânta 
609.  Le  Gouvernement  de  Madras  mérite  la  gratitude  des  indianistes 
pour  la  publication  de  cet  utile  inventaire. 

—  M.  Pelliol  a  ("ait  à  l'Académie  <h's  Inscriptions,  dans  sa  séance  du 
5  mai,  une  conununication  sur  les  apocryphes  chinois  en  Asie  centrale. 

Depuis  le  premier  calfdogue  dos  éciilures  bou(hllii(|ues  chinoises  qui 
nous  soit  |)arvenu,  au  moins  par  fragments  importants,  et  qui  date  de 
874  A.  D. ,  jusqu'au  catalogue  de  l'an  800,  tons  les  grands  calalop;ues 
du  Canon  consacrent  une  rubri(|ue  spéciale  aux  œuvres  douleuses  ou 
apocryphes.  Jusqu'à  présent  cette  littérature  est  fl'autant  moins  connue 
(jue  les  condaianatious  mêmes  [)orlées  contre  elle  l'avaient  fait  presque 
complèlemeut  disparaître.  Toutefois  MM.  Chavaones  et  PeUiol  s'étaient 
occupés  de  (quelques  passages  du  plus  fameux  de  ces  textes,  le  ffSûlra  de 
la  conversion  des  lloui  qui  narrait  le  voyage  fabuleux  de  Lao-tseu  en 
Asie  centrale  et  dans  l'Inde,  où  il  devint  le  Bou<ldlia.  Cesiiti-a  apocryphe, 
rédigé  au  iv'  siècle  par  un  taoïste,  avait  ét<''  condannu'  par  l'empereur  au 
xui"  siècle  et  avait  complètement  disparu.  M.  Pelliol  a  relrouvi'  à  'l'ouen- 
houang  deux  chapitres  dt!  ce  texte,  et  d'autres  fragments  dans  les  manu- 
scrits acquis  en  cette  même  localité  par  le  D'  Slein.  En  outre  il  a  dejA 
reconnu,  tan!  dans  les  manuscrits  Slein  cpie  ibins  les  siens,  une  ijemi- 


580  MAI-JUIN    l'.)l  1. 

douzaine  de  textes  dénoncés  comme  apocryphes  par  les  catalogues  du 
vni°  siècle. 

Dans  l'ensemble,  il  s'agit  d'œuvres  de  religion  populaire  composées 
en  Chine  même.  Mais  pour  certains  textes,  il  semlde  bien  qu'ils  dérivent 
de  ia  littérature  bouddhicpxe  qui,  du  f  au  x'  siècle  de  notre  èi-e,  se  dé- 
veloppe de  façon  autonome  au  Turkestan  chinois  et  indépendamment 
parfois  du  bouddhisme  hindou. 

Parmi  les  langues  disparues  que  les  missions  d'Asie  centrale  ont  fait 
revivre,  le  sogdien  occupe  une  place  importante.  Mais  faute  de  bilingues 
étendus,  le  déchiffrement  de  cette  langue  iranienne  restait  héi-issé 
d'obstacles  pratiquement  insurmontables. 

M.  Pelliot  a  rapporté  de  Touen-houang,  entre  autre  textes  sogdiens, 
un  manuscrit  dont  il  a  retrouvé  depuis  lors  les  versions  chinoise  et  tibé- 
taine. C'est  le  rrSûtra  des  causes  et  des  effets  du  bien  et  du  mal".  Or 
c'est  là  un  apocryphe  dénoncé  dans  les  catalogues  du  vm"  siècle.  11 
semble  que  ce  soit  le  sogdien  qui  soit  la  langue  de  la  rédaction  originale 
de  ce  texte.  M.  Pelliot  a  montré,  par  quelques  passages  des  manuscrits  de 
Touen-houang,  le  grand  rôle  liistoriquc  et  économique  que  les  Sogdiens 
ont  joué  au  Turkestan  chinois.  Les  textes  sogdiens  sont  en  général  des 
livres  de  dévotion  populaire,  des  recettes  de  longévité,  des  charmes  pour 
écarter  les  dangers ,  etc. 

En  somme,  bien  plus  que  par  les  œuvres  canoniques,  c'est  par  ces 
apocryplies  très  populaires  que  le  bouddhisme  a  gardé  une  certaine  in- 
lluence  sur  la  niasse  chinoise.  Il  a  duré  en  se  déformant.  A  ce  titre,  cette 
l'ésurrection  de  toute  une  section  inconnue  de  la  littérature  bouddhique 
de  la  Chine  méritait  d'être  signalée. 

—  Dans  la  séance  du  3o  juin,  M.  Clément  Huart,  professeur  à 
l'Ecole  des  langues  orientales,  a  analysé  le  déchiffrement  commencé  ])ar 
lui  de  l'un  des  manuscrits  rapport(*s  par  la  mission  Pelliot.  C'est  un 
cahier,  comprenant  /io  feuillets  de  pajiier,  de  o  m.  09  sur  cm.  18. 
portant  7  ou  8  lignes  à  la  page.  11  contient  un  texte  tui'c  oriental, 
transcrit  en  cai'actères  ouïgours,  dérivés  de  l'écriture  sogdienne.  Le 
vocabulaire  en  est  des  j)lus  curieux  :  il  est  certainement  antérieur  au 
xuf  siècle  et  s'apparente  avec  celui  des  inscriptions  de  l'Oikhon.  du 
vui"  siècle  et  des  textes  manichéens  et  chrétiens  étudiés  et  publiés  par 
Radloiï,  F.  \V.  K.  Millier  et  von  Le  Coq.  M.  Huart  pense  que  ce  texte  et 
sa  transcription  elle-même  doivent  remonter  au  x'  siècle.  Au  i)oint  de 
vue  lilt(*raire.  ce  manuscrit  renferme  un  récit  édifiant,  écrit  à  l'usage 
des  bouddhistes,  ou  se  trouve  racontée  l'une  des  aventures  du  Bouddha 


CHRONIOLE  ET  NOTES  BIBLIOGRAPHIQUES.  581 

dans  ses  existences  anlt^rieures  :  il  vivait  dans  le  royaume  de  Bénarès  et 
on  raconte  son  expédition  chez  le  roi  des  Dragons,  Naanta,  au  delà  des 
mers,  |)Our  conquérir  la  perle  précieuse  que  celui-ci  possédait. 


—  L'Académie  française  a  décerné  un  prix  de  la  valeur  de  5oo  Irancs 
sur  la  fondation  Monlyon  à  noire  confrère  iM.  Cabaton  pour  ses  Indes 
néerlandaises. 


—  Notre  confrère  M.  Paul  Pelliot  a  été  nommé  professeur  triiistoire 
et  langues  de  l'Asie  centrale  au  Collège  de  France. 

—  Un  Comité  s'est  constitué  à  Grenoble  pour  élever  un  monument 
à  la  mémoire  de  notre  regrelté  confrère  le  général  de  Beylié.  Les  sous- 
criptions sont  reçues  par  M.  Xavier  Roux,  trésorier,  receveur  municipal 
à  la  Mairie  de  Grenoble,  et  à  Paris,  par  M.  Dupr»',  directeur  deflmpii- 
merie  Nationale,  87,  rue  Vieille-du-Temple. 


PKRIOniOl  ES. 
Al-Machriq,  année  191  1  : 

Janvier.  P.  E.  Doiimet.  Le  Sanctuaire  de  sain!  Etienne  à  Jérusalem. 
' —  GiiEiKii  J.  Gemayel.  La  Culture  des  tabacs  turcs  dans  le  Liban. 

Février.  P.  L.  CiiErKiio.  Une  homélie  sur  la  Purilicalion  attribuée  à 
saint  (jyrille  de  Jérusalem ,  éditée. —  Oosta-ben-Luca.  L'àme  et  l'esprit, 
traité  de  philosophie  platonicienne.  —  CiiEikii  J.  Gemavei..  La  Culture 
des  tabacs  turcs  dans  le  Liban  (suile).  —  P.  Fr.  Drankei,.  L'Edhr'iniyeh 
ou  la  grotte  de  Jérémie  et  le  sépulcre  de  Gordon.  —  P.  L.  Chkimio. 
(îhristianisme  et  lillératiu-e  avant  l'Islam  (suite). 

Mars  P.  L.  CiiKiKiio.  C()d(;  du  Grand  \i/iial  |)ar  Lniitli  Paclia ,  édité. 
—  P.  F.  Hakkoi  ciiK.  Excursion  dans  les  dislricls  libanais  de  kharroub 
et  de  Clionf.  —  P.  L.  Ciieikiio.  (îhristianisme  et  litteraliu'c  avant  l'Islam 

[suite). 


582  MAI-JUIN    1911. 

Avril.  Abbé  Louis  Malha.  La  première  station  des  Hébreux  après  le 
passage  de  la  mer  Rouge.  —  H.  F.  Bachxlam.  Récit  d'un  émigrant  au 
Brésil.  —  Cheikh  J.  Gemayel.  La  Culture  des  tabacs  turcs  dans  le  Liban 
(suite).  —  P.  L.  Cheikho.  Les  Sciences  arabes  et  l'incendie  de  la  biblio- 
thèque d'Alexandrie.  —  P.  Séb.  Ronzevalle.  La  Statue  de  Jupiter  Héiio- 
politain  à  Sokhné. 

Mai.  Cheikh  J.  Gemayel.  La  Culture  des  tabacs  turcs  dans  le  Liban 
(suite).  —  P.  L.  Cheikho.  L'Enseignement  des  religieux  en  Orient;  Les 
Sciences  arabes  et  l'incendie  de  la  bibliothèque  d'Alexandrie  (fin). 

Juin.  P.  L.  Cheikho.  Les  récentes  fouilles  de  Samarie. —  A.  M.  Raad. 
L'Armée  éthiopienne.  —  Abbé  J.  Harfouche.  Elégie  populaire  sur  ja 
prise  de  Tripoli  en  1989,  publiée.  ~  P.  Fr.  Toirxebize.  Une  nouvelle 
histoire  de  l'Église  arménienne.  —  P.  L.  Cheikho.  Christianisme  et  litté- 
rature avant  rislani  (suite). 

Al-Moktubas,  vol.  V,  11°  1  1  : 

Les  Biographies  du  ix'  siècle  de  l'hégire  (Etude  sur  un  manuscrit  (hi 
célèbre  historien  arabe  Al-Sakhawi).  —  Les  poids,  les  boisseaux  et  les 
espaces,  au  point  de  vue  de  l'Islam  (Manuscrit  du  xi°  siècle  de  l'hégire 
publié  par  M.  M.  Cbukri  Al-Aloussi),  —  Abddl-Kader  Al-Moighrabi. 
Comment  nos  ulémas  forment  leui's  fds.  —  Zakhem.  La  Presse  arabe  et 
la  Presse  de  l'Amérique  du  Nord.  —  Le  Kerak  (étude  historique,  géo- 
graphique, économique). 

Vol.  V,  n'  1 2  : 

Elude  sur  un  manuscrit  du  x'  siècle  do  l'hégire  (Les  Biographies  mu- 
sulmanes d"AI-Gliazi).  —  Les  poids,  les  boisseaux  et  les  espaces  (^suitc). 
—  Zakhem.  Les  Syriens  aux  Etats-Unis.  —  Ahmed  Bey  Kamai,.  Les 
Tombeaux  et  les  obsèques  chez  les  anciens  Egyptiens. 

Vol.  VI,n°  1  : 

Le  Livre  du  Puits  d'ibn  Al-Arabi  (Traité  de  lexicologie  commenté  et 
annoté  par  M.  M.  Clinkri  Al-Aloussi).  —  Dans  la  Galilée.  —  Les  Forêts 
de  la  Syrie. —  La  Nation  ai^abe  se  traîne  !  —  Al-Moughrabi.  La  Chasteté 
chez  les  anciens  Arabes. 

VoLVI,n°2: 

Cheikh  Djemai.  Al-Kassimi.  La  Fehva  dans  l'Islam. —  Dans  la  Galilée 
(suite  et  fin). 


CHRONIQUE  ET  NOTES  BIBLIOGRAPHIQUEvS.  583 

Vol.  VI,  n"  3  : 

Cheikh  Djemal  Al-Kassimi.  La  Fetwa  dans  l'Islam  (mite).  —  Les 
mots  d'origine  étrangère.  —  Etude  sur  le  Kitab  Al-Moudhich  du  célèbre 
auteur  arabe  Ibn  Al-Djauzi. 

Vol.  VI,  n"  U  : 

Satsana.  Les  Borgans  ou  Varègues.  —  Cheikh  Djemal  Al-Kassimi. 
La  Fetwa  dans  l'Islam  {fin).  —  J.  A.  Al-Malouf.  Les  Métiers  chez 
les  Arabes.  —  Cheikh  Saïd  Al-Khouri  Al-Chartodm.  Quelques  termes 
arabes. 

Anthropos,  vol.  VI,  fasc.  3-4  : 

Prof.  Sprater.  Das  Problem  einer  internatioualen  Lautschrift.  — 
E.  VAN  Orrergex.  Deux  illustres  pagodes  impériales  de  Jehol  {  Mongolie 
orientale).  —  M.  Bittner.  Die  beiden  heiligen  Biicher  der  Jeziden  im 
Lichte  der  Textkritik. 

Archiv  fur  Religionswissenschaft,  vol.  XIV,  fasc.  1-2  : 

1.  Scheftelowitz.  Das  Fisch-Symbol  im  Judentum  und  Christenliim. — 
H.  Grimme.  Das  Alter  des  israelitischen  Versohnungstages. 

Bulletin  de   l'École  françause  d'Extrême-Orient,   t.   \,   n"  3, 

juillet-septembre  1910  : 

R.  Deloustal.  La  justice  dans  l'ancien  Annam  [suilc).  —  Kkmlin. 
Les  songes  et  leur  interprétation  chez  les  Reungao.  —  H.  Maspero.  Le 
protectorat  d'Annam  sous  les  T'ang,  essai  de  géographie  hisloriqne.  — 
î^oles  et  mélanges.  J.  Pouchat.  -  Superstitions  annamites  relatives  aux 
plantes  et  aux  animaux,  n. 

Epigraphia  indica ,  vol.  X ,  pari  v  : 

21.  HiRANANUA.  Machhlishahr  j)late  of  Harischandradeva.  —  22.  E. 
Hi  LTzscH.  Gadval  plates  of  Vikramadilya  I;  a.  d.  676.  —  23.  R.  D. 
Baxerji.  New  Brahmi  inscriptions  of  the  Scylhian  Period.  —  24.  R. 
Skwem,.  Dates  of  Cliola  kiiigs.  —  2.").  R.  Sewei.i..  Dates  of  Pandya 
kings. 


Part 


VI 


H.  LiiDERs.  A  List   of  Braliini  inscriptions  froin  ihe  earliesl  limes  lu 
aboul  A.  i>.  4oo,  with  the  exception  of  tliose  of  Asoka  [suite). 


58/i  MAI-JUIN    19  11. 

Indian  Antiquary,  Aprii  1911  : 

E.  HiLTzscH.  Gritical  notes  ou  Kalhatia's  seventh  Taranga.  —  A.  M. 
Fergisox.  Donald  William  Ferguson.  —  R.  A.  Tiopinatha  Rao.  Five  Rana 
inscriptions  at  Gudiniallam.  —  W.  Grooke.  Songs  from  Nnrllioi-ii 
Inflia.  -  Songs  of  the  Mulny. 

Keleti  Szemle ,  tome  XI ,  1910: 

J.  Marolardt.  KapfXTraAoOx,  (1er  frskylisclie''  Name  der  Maiotis.  — 
Bâmnt  Hôman.  Zeitalter  der  orientalischen  Quellen  zur  l  rgeschichte  der 
Ungarn.  —  Julius  Germanus.  Osmanische  Piiristen.  —  S.  Patkaxov,  D. 
R,  Flchs.  Laiit-  und  Formenlehre  der  siid-ostjakischeu  Dialekte  (V). 

Supplément  : 

H.  Vâmbéry,  Jusuf  und  Ahmed. 

Revue  africaine,  55'  année,  n°  980,  1"  trimestre  1911  : 

Paysant.  Un  Pre'sident  de  la  Société  historique  algérienne.  -  Lau- 
rent-Charles Féraud.  —  Saïd  Roilifa.  Nouveaux  documents  archéolo- 
giques découverts  dans  le  Haut-Sébaou  (Kahylie).  —  A.  Sicard.  Pra- 
tiques médicales,  superstitions  et  légendes  delà  commune  de  Takitounl. 
—  Ed.  Destaing.  Notice  sur  les  manuscrits  arabes  de  TAfrique  occideu- 
tale.  —  Riarxay.  Etude  sur  les  Ret't'ioua  du  Vieil-Arzeu  (suite). 

Revue  du  Monde  musulman,  XIII,  1,  janvier  1911. 

Germain  Martin.  L'Université  égyptienne.  —  A.  Vissière.  Etudes 
sino-mahométanes.  —  A.  Cabaton.  Pays  Malais  :  Une  Histoire  critique 
du  Sultanat  d'Acheh  écrite  par  un  Javanais.  -  A  travers  les  Indes  Néer- 
landaises, —  Fraxchet  d'Espérev,  Jllien  Vinso.n,  N.  s.  Notes  et  Do- 
cuments :  Les  Musulmans  en  Thessalie.  -  Les  Musulmans  du  Sud  de 
l'Inde.  —  Les  Traditions  littéraires  de  Taucienne  Perse  dans  le  monde 
musulman.  —  S.  R.  Section  Russe  :  Les  Ichàns  de  Tachkent. 

XllI,  9.  février  191 1  : 

Michaux-Bellaire.  La  Guelsa  et  le  Gza.  —  A.  Cabaton.  Pays  Malais  : 
La  Société  des  Arts  et  des  Sciences  de  Ratavia.  -  L'épitaphe  de  Malik 
Ibrahim  à  Gresik.  —  Le  catalogue  des  manuscrits  malais  de  la  Société 
des  Sciences  et  des  Arts  de  Ratavia.  -  Une  conférence  du  docteur  Kern.  - 
Arabe  et  Malais.  -  A  travers  les  Indes  Néerlandaises.  — ■  Section  Rtsse  : 


CHRONIQUE  ET  NOTES  BIBLIOGRAPHIQUES.  585 

EiKjuêle  sur  les  Vakoufs  dn  Turkestan.  —  M.  Pavlovitch.  Affaires  per- 
sanes :  La  Révolution  persane.  -  Le  Caucase  et  la  Révolution  persane. 

—  Su;\RD.  Au  Maroc  :  Situation  religieuse  des  tribus  traversées  parla 
nielialla. 

XIII ,  3 ,  mars  1911: 

A.  Cabato.v.  Abdullali  Wm  Abdul  Kadir,  Munshi.  -Notes  et  Documents. 

—  Ed.  Miciialx-Bkllaire.  Lo  droit  d'intervention  du  nadir  des  liabous, 
de  l'amin  el  moustafad  et  du  pacba,  dans  les  transmissions  d'immeubles. 

—  P.  Paqiigno.n.  Le  monopole  du  tabac  au  Maroc.  —  A.  Pkretié.  L'or- 
ganisation judiciaire  au  Maroc.  —  Le  môle  de  Tanger  sous  l'occupation 
anglaise  (1661-1686). 

XIII,  Il ,  avril  1 9 1 1  : 

Ismaiîl  Hamet.  La  Civilisation  arabe  en  Afrique  centrale.  —  Notes  et 
Documents  :  R.  Vadala.  L'émigration  maltaise  en  pays  musulmans.  — 
E.  Blochet.  A  propos  du  hizb. 

T'oung  Pao,  vol.  XII,  n"  1,  mars  191 1  : 

Alfred  Liétard.  Essai  de  dictionnaire  lolo-français,  dialecte  A-bi.  — 
Henri  Cobdiep..  La  politique  coloniale  de  la  France  au  début  du  Second 
Empire  (Indocliine ,  1 802-1 858  )\  suite].  —  Georges  M  vspeuo.  Le  royaume 
de  Cbampa  [suite). 

N"  a  ,  mai  1  9  1  1  : 

Continuation  des  articles  de  MM.  Liétard,  Cordikr.  Masi'ero.  — 
Pierre  Lekèvre-Pontalis.  Les  Vouues  du  loyaimic  de  Lan  Na  ou  de  Pape 
(Jln).  —  E.  Hemscii.  Brucbsliickc  aus  der  Gesclucbtc  Chinas  unicr  dcr 
gegenw  l'irligen  Dynastie. 

"Wiener  Zeitschrift  fur  die  Kunde  des  Morgenlandes ,  vol.  \\\  , 
lasc.  1  : 

J.  Hertei,.  Einzclbcmerkuiigen  zu  den  Texlen  des  Pancatanira.  — 
M.  Wintehnitz.  BoMicrkun{|('n  zimi  Tanlrâkbyâyika.  —  X.  RiionokA- 
NAkis.  Zur  seniiliscben  S[)ra('b\vissenschaft.  —  K.  Inostrwc.ev.  Arabiscb- 
persiscbi'  Miszellen  zur  Bedeutung  dcr  Iliunneisgegondcn.  — J.  IIektei.. 
Tanlra  crklnglieilslalN. 


586  MAI-JUIN    1911. 

Zeitschrift  der  Deutschen  Morgenlàndischen  Gesellschaft, 
vol.  LXV ,  fasc.  1  : 

J.  Hertel.  The  Story  of  Merchant  Gampaka ,  critically  edited.  — 
A.  Fischer.  Das  Omen  des  Namens  bei  deu  Arabeni.  —  A  Winsche. 
Die  Zahienspmche  m  Talmud  und  Midrasch.  —  J.  H.  Mordtjiaivn. 
Beilnige  zur  osmanischëu  Epigraphik.  —  Paul  Haupt. /mmerMfrSchafn, 
und  ûrv.  (tPfeixln.  —  G.  Roeder.  .lahrcsbericht  :  Aegyptologie. 


NÉCliOLOGlE. 


BIBLIOGRAPHIE 
DES  PUBLICATIONS  DE  M.  RUBEAS  DU  VAL, 

PAR 

M.  J.-B.  CHABOT. 


Les  éludes  orientales  viennent  de  perdre  en  France  un  de  leurs  repré- 
sentants les  plus  éminents  en  la  personne  de  M.  Rubens  Duval,  pro- 
fesseur honoraire  du  Collège  de  France,  décède'  k  Morsang-sur-Seine 
le  lo  mai  dernier.  Nous  nous  proposons  de  consacrer  à  la  vie  et  aux 
travaux  de  cet  érudit  une  notice  plus  développée  que  ne  le  comportent 
les  limites  du  Jounud  asiatique.  Nous  nous  bornerons  donc  à  donner  ici 
provisoii-ement  (juelques  indications  biographiques  et  la  liste  complète 
de  ses  travaux. 

Paul-Uuhens  Duval  naquit  à  Morsang  le  aB  octobre  1889.  Au  retour 
d'un  voyage  en  Allemagne,  où  il  avait  suivi  pondant  deux  ans  hs  cours 
d'Ewald  (iHGy-iSOy),  il  se  consacra  entièrement  à  l'étude  des  langues 
sémitiques,  et  pai-ticulièremerit  de  l'araméen.  De  1886  à  1893,  il  fut 
attaché,  en  qualité  d'Auxiliaire  de  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles- 
Lettres,  à  la  préparation  de  la  partie  araniécune  du  (lorpus  iiiscriptionxm 
scmiticarum.  Nommé  professeur  de  langues  et  littératures  ai'améennos  au 
Collège  de  France  en  189!),  il  occupa  cette  chaire  jusqu'au  moment  où 
la  maladie  l'obligea  à  démissionner  (1907).  Il  appartenait  à  la  Société 
asiati(pie  depuis  1879,  et  faisait  paitie  du  Conseil  depuis  i88'i.  Il  oc- 
cupa les  fonctions  de  bibliothécaire  et  de  secrétaire  adjoint  de  1889  à 
189*1,  époque  à  lacpielle  il  devint  gérant  du  Journal  asiahqm'.  Elu  vice- 
président  en  1908,  il  n'accepta  qu'à  regret  cette  charge  dont  sa  santé 
ne  lui  pciincttait  pas  de  remplir  toutes  les  (ddigalious.  Il  donna  bientôt 
sa  (lé;iiission,  et  la  Société,  eu  reconnaiss;tnce  îles  nombreux  services 
(piil  avait  rendus,  lui  décerna  le  litre  de  pré^iditul  honoraire  dans  la 
séance  du  1 1  novembre  1 1|  t  o. 


588  MAI-JUIN   191  1. 

li  élail  aussi  membre  du  (lonseil  de  la  Société' dos  Eludes  juives , 
membre  du  (lomilé  des  publications  de  la  Société  de  Linguistique  de 
Paris  et  membre  ordinaire  de  la  Société  orientale  allemande. 

Rubens  Duval  emporte  lès  regrets  unanimes  de  ses  disciples,  de  ses 
collègues,  de  tous  ceux  qui  l'ont  connu;  il  laisse  le  souvenir  d'un  liomme 
de  bien  dont  toute  la  \ie  fut  un  admirable  exemple  de  labeur  assidu,  de 
probité  scientifique  et  de  désintéressement  personnel. 


I 

Traité  de  Grammaire  syriaque.  Paris,  Vieweg,  i88i:  in-8",  \l- 
/i/t7  pages.  [1] 

Recensions  :  Revue  critique,     i88i,  II,  p.  433-443  (H.  Derenbourg);  — 

Gmiplex  rendus  de  l'Acad.  des  Iiiscript.,    i88i,   p.    io8   (J.    I).);   —  Revue  de 
Liniruistiquc ,  iSjanv.  1882  (E.  Dr.otiNj. 

Les  dialectes  nco-araméens  de  Salamaa  :  Textes  sur  l'étal  actuel  de  la 
Perse,  et  contes  populaires;  pu])liés  avec  une  traduction  française.  Paris, 
Yieweg,  i883;  in-8°,  ix-i/16-89  pages.  [2] 

Recensions  :  Zeitschr.  der  Dcutsch.  Morgeiil.  Ges.,  t.  XXXVII  [1 883], 
p.  598-609  (Th.  jNoldekk);  —  Uev.  des  Etudes  juives,  t.  VII  [i883], 
p.  295  (I.  Loeb);  —  Revue  crit.,  i884,  I,  p.  i8i-i83  (J.  Halévï); 

—  Deutsche    Literaturzeituiig,    188^1,   col.   388-890    (E.    Phym);    — 
Comptes  vendus  de  l'Acad.  des  însrr.,    i883.  p.  6o'i  (.1.  Deresboij-rg): 

—  Athenaeum,  i884,  p.  396  et  suiv. ;  —  Osterreicliische  Monatsschrift 
fur  dcn  Orient,  i885,  p.  261  et  suiv.  (Imm.  Lôw);  —  Cf.  Mnnats^cl  r. 
fiir  Gesch.  nnd  Wiss.,  i884,  l.  XXXIII,  p.  466-468  (J.  L.). 

Le.ricoii  sijriacum  auctore  Hassaxo  Bar  Bahlvlk,  roces  mjriacas  fjrac- 
casquc  aim  fflossis  sijriacis  et  arabicis  complectens ,  c  pluribus  codicihus 
edidil  ri  iiotulis  imlruxit  R.  D.  Parisiis.  e  Reipublicae  typograpbeo, 
iiDcccLxwvm-MDcccc;  in-i",  xxxix-266  pages  et  3098  coll.  [3] 

L'ouvrage  a  paru  en  6  fascicules,  respect,  en  1888,  1890,  1892,  1894, 
1897,  »9"0- 

Recensions  :  Journ.  asiat. ,  VHP  sér.,  t.  XIII  [1889I].  p.  28'i-29^i 
(P.  Martin);  —  Alhenneutn,  3i  août  1889;  —  Giornale  delta  Socielà 
asial.  Ital,  t.  III  [1889].  !'•  J^^'  ''l  '•  ^'  [1892],  p.  220  (I.  Guini); 
l.   Mil    [1894],  p.    189  [F.  Lasi.mo];  —  Journal  des  Savants,   1891, 


NECROLOGIE.  58U 

p.  igà-igô;  —  Gottinfpsche  Gelehrle  Anzeigen ,  1898,  p.  969-1010 
(A.  Rahi,ks).  Cf.  la  réponse  de  Duval , /'(«»;*.  as.,  IX'  sér. ,  t.  III  [189 4-], 
p.  i/i2-i56;  —  Revue  Critique,  iHgô,  I,  p.  4i;  1909,  1,  p.  '.ili-2 
(J.-B.  Chabot);  —  Catholic  University  (Washinjjton)  Bulletin ,  t.  VIII 
[1909],  p.  /(SS-^gS  (H.  HYVEnNAT).  —  Conip.  S.  Fraenkel,  Beitrage 
zur  Krklaniiij;  (1er  Glossen  des  Bar  Baliiul  (  Wiener  Zeitsch.  fiir  (He 
Kitiule  des  Morgcnl. ,  t.  111,  p.  172-187,  aii-aôS). 

r 

Histoire  politique,  religieuse  et  litléraire  d'Edesse  jusqu'à  la  première 
croisade.  Paris,  E.  Leroux,  1899;  3o2  pages.  [4] 

Mémoire  couronné  par  l'Acad.  des  Inscript,  et  Belles  Lettres.  Extrait  du 
Journal  asiatique,  VIII'  sér.,  t.  XVIII,  p.  87-188,  201-978,  SSi-'iSg, 
et  t.  XIX,  p.  5-102.  —  Recensions  :  L'Université  catholique ,  mai  1892 
(J.  Tixeront).  —  Rev.  de  l'Hisl.  des  Religions,  t.  XXIV,  p.  385  et  suiv. 

L'alchimie  syriaque,  comprenant  une  introduction  et  plusieurs  traités 
d'alcliiviie  syriaques  et  arabes  d'après  les  mss.  du  Britisti  Muséum  et  de 
Cambridge.  Texte  et  traduction.  (Forme  le  tome  II  de  La  chimie  au 
moyen  âge  puliliée  par  M.  Berthelot. )  Paris,  Imprimerie  nationale, 
1893-,  m-k",  xLviii-/io8  pages.  [5J 

Les  lillénitures  araméennes.  Leçon  d'ouverture  faite  au  Collège  de 
France  ie  28  avril  1895.  Paris,  E.  Leroux,  1895;  in-8°,  3a  pages.    |6| 

La  littérature  syriaque  (Bibliollièquc  de  l'enseignement  de  riiistoire 
ecclésiastique.  Anciennes  littératures  chrétiennes,  II).  Paris,  LpcolTre, 
1899;  xv-/i9i  pages,  avec  une  carte.  [7| 

9'  édition,  1900;  wi-lihh  pages. 

3"^  édition,  1907;  xviii-A3o  pages. 

Recensions  :  Rev.  de  l'Orient  chrétien ,  I.  I\,  p.  :>.i)i-.293  (J.  Parisot);  el 
t.  XII,  882  (F.  Nau);   —   Rev.  intern.  de  Théologie,  VII,  p.  6o8-()io 
(E.  Miciiaud);  —  Journ.   asitit.,  t.    Xlll  [1899],  p.  5'i'i  (E.  Droiin); 
Rerliner  philolog.    Wuvhcnschrip .   1899,   p.  i()i9-i()i6;  eligoo, 
p.    88()    (Eb.     Nestlé);  Rullclin     critique,     1899,    p.    366-373 

(F.  Nau); —  Université  catholique,  noiiv.  sé-r. ,  t.  XXXl.  p.  63a-63'i 
(.1.  Tixeront);  Revue  critique,    i  S99 ,  11,  •(97  (J.-B.  Chabot);    — 

Alhvnaeuni ,  n  sept.  1899;  -  Rev.  de  l'inxlruction  publique  en  licl- 
gique ,  t.  XLIII,  p.  826-898  (A,  Kugeneh);  —  Rev.  d'HixIoire  erclés., 
1,  [).  99-101  (P.  Peeters);  —  American  Journ,  of  Setnif.  long,  and  lit., 
l.  XVill,  p.  58-6o(B.  (Jottiieii,);  Thcol.  Quarlahchrift,  t.  LXXXIV, 
p.    287    cl   suiv.   (F.  X.  Fink):  Duhlin   licrieu',  n"  126,  y.   179  et 

xvu.  38 


590  MAI-JUIN    191  1. 

suiv.  (E.  (J.  R.):  —  Zeilsclir.  fiir  Latbolische  TIteol.,  t.  XXIV,  j).  72/1- 
737  (G.  Hf.ller);  —  Ret\  de  l'Hist.  des  Religions,  i.  XLI ,  [>.  •j.'j'i 
(F.  Macler);  —  Deutsche  Literaturzeitung ,  1908,  p.  987  (G.  F.  Skï- 
bold);  —  Analecta  Bollandiana ,  J.  XXVI,  p.  /i6i^4(i3  (P.  Peeters). 

IsoYAiiii  III  Patriarcha.  Uhcv  Epistularum.  —  Textus.  Paris,  iQo'i: 
ia-8",  '^9^  pages.  [8] 

Versio.  Paris,  1906;  ln-8°,  226  pages.  [9] 


(Corpus  Script.  Christ.  Orient.,  Scriptores  Syri,  Ser.  II,  t.  LXIV.) 

Recensions  :  Jonrn.  asiat.,  X"  sér.,  l.  IV  [190^^],  p.  5^5-55o  (J.-R. 
Chabot);  —  Zeitsch.  der  D.  Morg.  Ges.,  t.  LX  [1906],  p.  383  et  suiv. 
(G.  Rrockelmann);  —  Allgenieines  Literatnrblatt ,  t.  XVll,  p.  102  et 
suiv.  (G.  Gkaf); —  Literaturzeitung,  1907,  p.  768  et  suiv.  (Schwallv); 
—   Polyhibliim,  t.  CVII,  p.  898  (J.  Labourt). 

Les  HoMiLiAE  CATHEDRALES  de  Sévère  d'Antioche.  Traduction  syria([iie 
inédite  de  Jacques  d'Edesse  :  Homélies  LU  à  \N\l.  (Patrologia  (3rien- 
lalis,  t.  IV,  fasc.  1.)  Paris,  Didot,  1907;  gk  pages.  [10 1 

Recensions  :  Journ.  of  tlieolog.  Sliidins,  t.  VllI,  p.  Ii65-I\6']  (R.  H.  Con- 
nolly);  —  Bijtantinischc  Zeitschr.,  t.  XVII,  p.  53G  (G.  KRiJGEu);  — 
Besmrione ,  l.  XI,  p.  3 08. 


II 

TRAVAUX   DIVKRS. 

[Nota.  —  La  plupart  ilrs  ai'ticlos  puhlips  ilaiis  Irs  pi'iioiliijm's ,  on  parlù-iilicr  coiix  qui  ont 
paru  dans  le  Journal  asiatique,  ont  aussi  été  lires  à  pari  ii  5o  excraplairfs ,  gcuéialcmi'nl  sans 
modiCcalion.] 

Journal  asiatique  (Paris,  Impr.  nationale)  : 

Notice  SU)'  le  dialecte  de  Maloula.  —   VIP  série,  t.  XIII  [1871)'], 
p.  /156-/175.  [111 

Communication   sur  la    loi  fiscale   de   Pahmjrc.  —   VI IP  série,   t.    Il 

[188?.;],  p.  ï^'^r^-h^.  '  [12] 

Lettre  à  M.  Barbier  de  Meyiiard  (au  sujet  delà  publication  du  lîi'é- 
viaire  neslorien,  parle  Père Bedjan).  — T.  111  [188/1'],  p.  106-108.  [13 1 

Notice  sur  la   contrée  aiqielée   pays   siipéiieur   par   les   Ic-ricographcs 
sijriaijues.  — Ibid.,  p.  277-^79.  [14] 


NECROLOGIE.  591 

Notice  sur  deux  docteurs  de  la  tradition  monophysite  syriaque.  —  Ibid. , 
p.  560-562.  '  [15] 

Inscriptions  syriaques  de  Salamas  en  Perse;  reproduction  d'estampages, 
texte,  traduction  et  notes.  —  T.  V  [i885\],  p.  89-62;  3  pi.  [16] 

Recension  :   Osterreichische  Mnnatsschrift  fur  den  (hient,  1  .t  avril  i885, 
p.  9^-95  (Th.  Noi-dekk). 

Ètymohgie  des  vioUs  araméens  ithz^-nn.  et  N^rU^N'.  —  T.  Vif  [1 886'  ] , 
p.  559-560.  [17] 

Le  patriarche  Mar  Jabalalia  II  (lisez  :  III)  et  les  princes  mougols  de 
FAdhnrhaldjan.  —  T.  XÏÏI  f  1 889  '  ] .  p.  3 1 3-3 5 4 .  [18] 

Les  Actes  de  Scharbil  et  les  actes  de  Barsamya;  légende  sur  les  origines 
de  rÉgUse  d'Édesse.  —  T.  XIV  [1889'],  p.  4o-58.  [19] 

Notice  sur  l'article  déterminatif  dans  les  inscriptions  arabes  d'cl-OEla. 
—  Ibid.,  p.  596-533.  [20] 

Observations  sur  dewr  mois  nabatéens  (n'?^  ou   "•'73   et   N~3CtDV  — 
T.  XV[i89o'],  p.  /I80-/.82.  [21] 

Note  sur   l'origine  grecque  du  mut  arabe  vj^  t lutin,  farfadet". — 
T.  XIX  [1892'],  p.  1 56-1 59.  [22] 

Noies  de  lexicographie  syriaque  rf  arnhc.  —  IX°  sër. .  I.  il  |i893']. 
p.  2yo-3()i.  [23 1 

Remarques  sur  l'édition  du  lexique  de  Bar  Bahloul.  —  T.  111  [189'»'], 
p.  i/i9-i56.  "[24] 

Note  sur  la  métrique  syriaque.  —  T.  VII  [1896'j,  p.  162.  [25] 

Notes  sur  la  poésie  syriaque.  —  T.  X  [1897'  |,  p.  57-78.  [26] 

Le  Testament  de  saint  l'jphrem.  Introduction,  lexlo  et  Iradnclion.   — 
T.  XVIII  [1901^],  p.  23/1-819.  [271 

Cf.  Rev.  sémit.,  {.  Xl\,  p.  i^i4-i/i(i  (J.  Halbvy). 

Le  double  point  syro-palestinien.  —  X"  si'ric.   I.   I  |  1  9t>o  '  |,  p.  8S2- 
38/i.  '  |28| 

38. 


592  MAI-JUIN.   191  1. 

Journal  des  Savants  (Paris,  Hachette)  : 

r 

Hisloire  de  V Eglkv  nestorteuiie  (d'après  le  Si/nodicon  orientale,  édité 
par  J.-B.  Chabot).  —  Nouv.  série,  t- II  [igoAJ,  p.  109-118,  iSi-iqo. 

[29] 

Mémoires  de  la  Société  de  Linguistique  de  Paris  [E.  Bouillon, 
éditeur)  : 

EUjimlogie  (lu  mot  araméeii  Nriîî^l2")D  ou  NriU^IDD.  —  Tome  VI 
[1889],  p.  58-6i.  '  '      '  '  '     '  [30] 

Notice  sur  les  dialectes  néo-oraméeiis.  —  T.  IX  [1898  |,  p.    iâ5-io5. 

[31] 

Orientalische  Studien  Theodor  Ndldeke .  .  .  ge widmet  (  Gieszen , 

1906)  : 

Notice  sur  la  Rhétorique  d'Antoine  de  Tagrit.  —  P.  679-/186.         [32 1 

Revue  d'Assyriologie  et  d'Archéologie  orientale  (Paris,  E.  Le- 
roux, éditeur)  : 

La  dhne  à  Teinta.  —  T.  II  |  1888],  p.  1-3.  [33] 

Revue  des  Études  juives  (Paris,  A.  Durlacher,  éditeur)  : 

Origine  et  formation  de  la  conjonction  talniudicjue  trilinalê-n.  —  T.  IV 

[1882],  p.  268-273.  [34] 

Etymologies  araméennes  :  les  particules  ni?'  DID'  nDD  et  DDKD.  — 
T.  V  [1882],  p.  106-108.  [35] 

Le  passif  dans  l'araniéen  biblique  et  le  pahnyrénien.  —  T.  VIII  [188Û], 
p.  57-63.'  [36] 

Notes  sur  la  Pesckillo  :  I.  Edom  et  Rom:  11.  Le  fils  du  loît;  111.  Le 
Semadar  [Cant.,  u,  i3,  i5;  viii,  i3;  Is.,  xvii,  11).  —  T.  XIV, 
[1887],  p.  /.y-5A;  277-281.  [37] 

Le  mot  aruméen  "inî^D.  —  T.  XXIX  [189'!  j,  p.  290-292.  138] 


NKCPiOLOGIE.  593 

Revue  sémitique  d'épigraphie  et  d'histoire  ancienne  (Paris, 
E.  Leroux,  éditeur)  : 

Noie  sur  le  monument  funéraire  appelé  Z'Zj.  —  T.  H  [iSgi],  p.  269- 
963.  [39] 

Une  découverte  de  livres  hébreux  à  Jéricho  (d'après  le  pali'iarche  ueslo- 
rien  Timothée  I").  —  T.  X  [1902],  p.  17/1-179.  [40] 

III 

RECENSIONS  D'OUVR\GES. 

Dans  le  Journal  asiatique  ; 

J.  Deresboirg,  Deux  corsions  hébraïques  du  livre  do  knVildh  et  Dlm- 
ndh.  —  VIP  Série,  t.  XIX  [1882'],  p.  547-556. 

D.  H.  Miller,  Zur  vorgleichonden  Semitischen SprachJorsihun<>- ;  et: 
Ztvei  Vortràgc  gehalien  auf  das  VI.  intern.  orient.  Congress  in  Loidcii.  — 

VIII"  Série,  T.  V  [i885'],  p.  332-33/.. 

Liiitfitio  Christi ,  nuiic  primum  ex  latino  in  chnldaicum  idioma  Urmiae 
Porsidis  translata;  el  :  Manuel  de  piété  en  lanj^ue  clialdéeiine  (|)ar  P. 
Bedjan).  —  T.  VII  [1886'],  p.  371-373. 

Ghwolson  .Syrischo  Grabinschrijion  aus  Semirjotsckie.  —  T.  V III  [1 880") , 
p.  551-558. 

Payne-Smith  ,  Thésaurus  sijriacus  (fasc.  7).  —  T.  IX  [1887'],  p.  011- 
5i8. 

S.  Fraenkel,  Die  aramàischen  Fremdwortor  im  Arabisrhon.  —  T.  X 
[1887'],  p.  i5i-i6o. 

J.  Wellhvisen,  Reste  nrabischen  Heidenthumos.  —  T.  \I  [1888'], 
1).  106-1 11. 

J.  'Fixeront,  Les  origines  de  l'Eglise  d'iùlesse  et  de  la  légende  dWhgar. 
—  T.  XII  [1888'],  p.  5 18-52/1. 

E.  KvuTZSCH  und  A.  Socin,  Dio  Gonosis  mil  aussoror  Untorschoidung  dei- 
Qurllonschrijton  iihorsotzt.  —  T.  XIII  [1889'],  118-120. 

Alpli.  Chabot,  Grammaire  hébraïque  élémrntairo ,  3'  éd.  —  T.  \I\ 
[1889-^],  p.  193. 

M.  LoEHR,  Grogorii  liar  Ebraipi  in  Epistulas  Paulinas  adnotationes , 
sijriace.  —  Ibid.,  p.  373-377. 

Ad.  Nelbaier,  Potito  granimairo  héhraï((uo  provenant  du    Yémon.   — 

T.  XIX  [1891'],  p.  1O9-172. 

Ph.  Berger,  Histoire  de  l'écriture  dans  l'antiquité.  —  Ibid.,  p.  36 1-366. 


5y/(  .  MAI-JUIN    1911. 

P.  MuLLER-SiMOiVis  et  H.  Hyvernat,  Du  Caucase  au  Golfe  persiquc.  — 
T.  X\  [1899'],  p.  181-18/j. 

R.  GoTTHEiL,  Apollonius  de  Tyane.  —  IX'  Série,  t.  I  [1898'],  p.  178. 

J.-B.  Chabot,  La  légende  de  Mar  Bassus.  —  T.  II  [1898^],  p.  BSy- 
542. 

The  Book  of  Governors  :  The  Histoiia  monastica  of  Thomas,  Bishop  nj 
Mai'ffu,  éd.  by  E.  A.  W.  Budge.  —  T.  III  [1894']," p.  373-877. 

C.  Ijp.ockelmann ,  Lexicon  syriacum.  —  Ibid. ,  p.  563-578,  et  l.  VI, 
p.  567-570. 

The  life  of  Babban  Môrmizd.  .  . ,  éd.  by  E.  A.  W.  Budge.  —  T.  V 
[1895'],' p.  '182-188. 

J.-B.  Chabot,  Hist.  de  Mar  Jabalaha  III,  etc.  —  Ibid.,  p.  871-874. 

H,  HiLGENFELD,  Texlkritische  Beinerhungen  zur  Tasîta  dMar  Jab- 
alaha. .  .  —  Ibid.,  p.  878  et  suiv. 

R.  Raabe,  Pelrus  dev  Iberer.  —  T.  VI  [1895^],  p.  218-220. 

Alpb.  Chabot,  Giaimnuire  hébraïque  élémentaire,  h"  éd.  —  Ibid., 
p.  567. 

P.  Brun,  Diclionarium  syriaco-latimim.  —  Ibid.,  p.  567-670. 

A.  Loisv,  Histoire  critique  du  texte  et  des  versions  de  la  Bible.  —  T.  VII 
[189G'],  p.  165-167. 

J.-B.  Chabot,  Chronique  de  Deuys  de  Tell-Mahré.  - —  Ibid.,  p.  359- 
354. 

S.  MiNoccHi,  /  Salmi  tradolti  dul  testo  ehraico.  —  Ibid.,  \^.  355. 

R.  HiLGENFELD,  Jahabalahae  III  calholici  nestoriani  vita.  —  T.  VIII 
I189G'],  p.  528. 

Histoire  de  la  conquête  de  l'Abyssinie,  tiaduclion  française  et  notes, 
par  R.  Basset.  —  T.  XI  [1898'],  p.  353  et  suiv. 

F.  E.  KoNiG,  Historische-comparative  Syntax  der  hebràischen  Sprache. 
—  Ibid.,  p.  554-556. 

The  ecclesiastical  Historyof Eusebius  inSyriac,  éd.  by  W.Wright  and 
N.  Me  Lean.  —  Ibid.,  p.'556-558. 

F.  F.  Irving,  i£*;lj  y^;  ys-y  Oy^s  ^IxSr^yxs-^  >j3.>J^_ro_roÀ_^v^ 
r^vjQûÀ^.  (grammaire  persane,  rédigée  dans  le  dialecte  néo-syriaqne 
parié  à  Ourmiah).  —  T.  XIII  [1899'],  p.  878  et  suiv. 

Ed.  Sachau,  Vevzeichniss  der  syrischen  Hniidschri/ien  der  Kônigl. 
Bibliothek  zu  Berlin.  —  T.  XIV  [1899'],  p.  56o-568.' 

Die  sogenannie  Kirchengeschichle  des  Zacharias  Bhelor,  trad.  par 
K.  AiiRENs  el  G.  Krlger;  et: 

The  Syridc  Chronicle  known  as  ihat  0/  Zachariah  of  Mitylene ,  trad.  par 
F.  J.  ilvMiLTON  et  E.  W\  Brooks.  —  T.  XV  [1900'],  p.  384-388. 


NECROLOGIE.  595 

F.  C.  BiiKMTT,  Ephiaiin  (luolations  Jrom  the  Gospels.  —  T.  XVIH 
[1901^],  p.  569-563. 

Tetraevangelmm  sanctum,  éd.  Plskv  et  Gvvilliam.  —  Ibid.,  p.  563- 
564. 

A  catalogue  of  the  Sijriac  maiiuscripts «/'  the  Unicersitij  of  Cam- 

hiidgc ,  by  \\ .  Wright  and  St.  Arth.  Gook.  —  Ihid.,  p.  56^1-566. 

Liber  superioriim  seii  Historia  monnstica,  auctore  Thoina  ep.  Mar- 
gensi. .  .,  éd.  P.  Bedjan.  —  Jb'uL,  p.  566-568. 

Ant.  Badmstark,  DiePetriis-  toid  Paulusacten  m  der  litterarischenUeber- 
lieferung  der  syrischen  Kirche.  —  T.  XIX  [1909'],  p.  38 1-383. 

J.-B.  Ch\bot,  Chronique  de  Michel  le  Syrien.  —  T.  XX  [1902"], 
p.  396-33Zi  (t.  I  et  l.  II,  fasc.  1);  —  X"  série,  t.  I  [1903'],  p.  076- 
578  (t.  II,  fasc.  .3)  ;  —  t.  IV  [i9o4'-J,  p.  177-184  (t.  II,  fasc.  3);  — 
t.  V  [1905^],  p.  557-559  (t.  III,  fasc.  1);  —  t.  IX  [1907'],  p.  35/1- 
356  (t.'lll,  fasc.  9). 

S.  Martyrii,  qui  et  Sahdona ,  quœ  supersunl  omnia ,  éd.  P.  Bedjan  ;  et: 

llomiliae  S.  haaci  Syri  Antiocheni,  éd.  P.  Bkdjan.  — X"  Série,  t.  I 
[1903'],  p.  166  et  suiv. 

Three  letters  oj  Phdoxenus .  .  . ,  éd.  by  A.  Vaschalde.  —  Ibid.,  p.  168- 
170. 

The  sixth  book  of  the  sélect  letters  of  Severus  .  .  .,  éd.  and  transi, 
by  E.  W.  Brooks.  —  Ihid.,  p.  170-17?!. 

J.  B.  Chabot,  Sijuodicon  orientale.  —  Ihid.,  p.  172-1 7/1. 

The  historiés  of liabban  Uôrndzd  the  Persian  and  fiabban  lim-'fdlil  .  .  . , 
éd.  by  E.  A.  w!  Budgi;.  —  Ibid.,  p.  578-580. 

.   J.  Labourt,  Le  christianisme  dans  l'empire  perse  sous  la  dijnasiie  sas- 
sanide.  —  T.  V  [1905'],  p.  173-177. 

J.  Larourt,  De  Tiniolhco  I  Nestorinnormn patriarcha.  —  Ibid.,  p.  177- 

179- 

Krangclion  da-Mepharresho ,  éd.  by  F.  C.  Birritt.  —  Ibid..  |».   i83- 

190. 

The  Peshiita  Psalter  according  lo  the  West  Syrian  texte,  éd.  I»y  W  .  I']. 
Barnes.  —  Ibid.,  p.  190-191. 

T.  W.  Davies,  Ileinrich  Kwald.  —  Ibid.,  p.  366-368. 

M.  BrrTNKR,  Der  von  llinunel gefallenc  lirief  Christi.  —  T.  Vil  |  1906']. 
p.  i'i7-i5o. 

Dainysius  bar  Sulibhi.  The  Ireatise  against  ihr  Jeirs ,  cd.  b)  .).  i>i': 
ZwAAN.'—  T.   Vlll   [1906'^],   p.   378-380. 

[jC  lirre  d'Ilénoch,  tradnil  sni'  lo  texte  ('lliiopien  par  l'\  Mvirm.  — 
Ibid.,  1».  ;!89-38/i. 


o 


96  MAI-JUIN    1911, 


Dans  la  Revue  critique  d'Histoire  et  de  Littérature  (Paris,  E. 
Leroux)  : 

Année  1878  : 

H.  ZoTENBERG,  Calaloguc  (los  maiiHs'crits  clhiopiens  de  la  Bibliothèque 
nationale.  —  T.  II,  p.  177. 

Année  1881  : 

E.  Prym  et  a.  Socin,  Der  JSen-aranidische  Dialeld  des  Ttir  'Abdin.  — 

n,  195. 

Année  1882  : 

A.  SociN,    Die  Neu-arainui.sclieii   Dialehle  con    Urniia    bis  Mossal.  — 
II,  l'ii. 

W.  WiUGHT,  Tlie  Ckronicle  ofJoshua  thr  Sti/Iile.  —  II,  /joi. 

Année  188/4  : 

H.  ZoTENBERG,  (Jlivonique  de  Jean,  éoeque  de  Niliiou.  —  I,  a. 
S.  Preiswerk,  Grammaire  hébraïque.  —  II,  117. 
Fr.  Baetugen.  Vragmeiile  sijrischer  und  arabischer  Hisforiher.  —  II, 
973. 

Fr.  ScERiu),  (h-('sloma:ia  cbraica  e  caldaica.  —  II,  385, 

Année  i885  : 

W.  Wright,  The  Bool;  of  halilah  and  Dimnah. —  I,  91. 

H.  Deremsolrg  et  J.  Simuo,  CJnesloautlhie  arabe.  — II,  9/j5. 

Année  1886  : 

A.  Soci\.  Arabie  Graiiniiar.  —  I,  Ai. 

J.  koHLER,  Moderne  Bechtsjrai>en  bei  isbimilischen  .luristeii.  —  l.  1)8 1. 
C.  y Oh\.r.RS ,  Penlaleiiehus  Samarilaiius  (fasc.  iv  :  Nuineri).    —  H,  Ai. 
J.  HoRST,  Elias  cou  ISisibis.  Huch  rom  Beiveis  der  Wahrheit  des  Glau- 
bens.  —  UJiSi. 

Année  1887  : 

E.  A.  W.  BoDGE,  The  liooL-  oflhe  Bee.  —  l,  387. 

E.  Ledrain,  Diclioiniaire  des  noms  propres  palmijrêniens.  —  11.  ()  1 . 

A.  L.  Frotiiinghui  ,  Stephen  l>ar  Sudaili.  —  II,  295. 

Isr.  Lévi,  Le  roman  d'Alexandre.  —  11,  377. 

Année  1888  : 

.1.  Deremioi  i\r. .  .lohaiinis  de  Capua  Direrloriam  rilœ  humanw  (1).  —  I  , 
101. 


NKCnOLOGIE.  597 

D.  MvRGOMOiTii,    iiKilovdi  orioiildliii  ad  Poelicam  AviHlotekaui.  —  I. 

Ad.  Nelbvier,  Mediœi'ut  Jeirish  chronicles.  —  1,  kk^. 
Ad.  Mer\,  Chreslomathia  Targumica .  —  II,  3o5. 
Eb.  Nestlé,  Sijrlsche  GnimmalU,-,  a'  éd.  —  II,  807. 
H.  Strack,  Abodn  Zara.  Der  MIschnatvahiat  «  Golzendiomt -n ,  —  U, 
3o8. 

G.  Bezold,  Die  Schalzhiihh ,  nach  dem  syrischeti  Texte.  —  II,  333. 

Année  1889  : 

H.  Strack,  Grammaire  hébraïi/ue,  trad.  par  Bauragartner.  —  I.  581. 

Fi".  Scerbo,  Grammalica  délia  lingiia  ehraica.  —  I,  281. 
G.  Jacob,  Arahiache  lUbel-CJireHlomalhle.  —  I,  281. 
H.  Strack,  Die  Sprikhe  der  Vàter,  9'  éd.  —  I,  28^. 

E.  Lamdad,  Die  dem  Raiime  enUwminenen  Synonyma  Jlir  Gotl.  —  I. 


091. 


G.  Bert,  Aphrahal's  llomilirii,  nus  demSijrischem  iiber.selil.  —  1 ,  3/i  1 . 
Ad.  Harnack./)(>    i  1,1  en  .des  Karpus,   des  Papylus  uitd  der  Agathouile. 

—  1,349. 

Notice  nécrologique  sur  \V.  Wright.  —  1,  ^79. 
G.  Snouck  Hlrgronje,  Mehka.  —  II,  916. 

J.  GoiiN,  Das  Biich  lliob  i'ibers.  und  erki.  von  Gaoïi  Saadia. —  H.  '109. 
B.  DE  Slane,  Catahgue  des  mnnmcrih  arabes  de  la  liibliotlièt(iie  nalio- 
vale  [fasc.  9). —  II,  h^"]. 

Année  1890  : 

J.  Dërenbourg,  Joannls  de  Capua  Direclorium  (II).  —  I,  91. 
Eb.  Nestlé,  De  saiieta  Grure.  —  1,  Gi. 

II.  W.  Brandt,   Die  Maiidaisrhe  lleliginn.   —   1,  101.  (Gf.   |).  '\?>-j   l;i 
lettre  de  W.  Brandi  sur  cet  article.) 
Ad,  Hoenk;,  Die  Opkiteti.  —  I,  loi. 
M.  Metzger,  Le  livre  des  parterres  fleuris  d'Abou'l-Walid  [ir^àneûon). 

—  I,38i. 

D.  S.  Margolioi'TH,    I  Gomnienlari/  n/  llte  hooh  of  Daniel  lnj  .Irpliet  ibn 
Ali.  —  I,  /,/,!. 

J.  Edkin'S,  The  Erolulion  uf  ihe  Hebreir  langnage.  —  I,  ôoi. 

R.  ().  Bestiiorv,  IbnZaiduni  (vila  et  episl.  ad  Dschalivarum).  —  Il .  1 . 

Année  1891  : 

K.  Albreciit,  Die  ini  Tahhemoni  vorhommenden  Angaben   itber  llari:is 
Leben.  —  1 ,  9 '^9, 


59S  MAI-JUIN    lUll. 

J.  B.  Akhiîloos,  Acta  Mai-  Kardaghi ;  et  : 

H.  Feige,  Die  Geschichte  der  Mar  Abdischo  und.  .  .  Mar  Qardagli.  — 
l,36i. 

A.  Amuud,  La  légende  syriaque  de  saint  Alexis.  —  I.  363. 
(P.  Bedjax),  Acta  Martijnim  et  saucturuin  (t.  I).  —  I,  364. 
H.  L.  Strack,  Hebràische  Grammalik,  3"  éd.  —  II,  69. 

A.  LowENTHAL,  Pseudô-Aristoleles  iiber  die Seele.  —  II,  i5/i. 

J.  GuTTMANN,  Verhàltniss  des  Thomas  von  Aquino  zum  Jadenthum.  — 
.    Il,  i56. 

G.  Hoffmann,  lUob.  ■ —  II,  179. 

S.  Et  RiiNGER,  J)ie  Masoratexl  des  Knheleth.  —  II,  180. 

G.  VoLLERS,  Pentaleuchus  samaritnnns  (fafic.  v  :  Deuteroit.).  —  II,  -253. 

Année  1892  : 

Notice  nécrologique  sur  Paul  de  Lagarde.  —  I,  99. 
G.  Jacob,  Ein  arabischer  Berichteistatter .  .  .    iiber  deutsche  Stiidte.  — 
1,  161, 

E.  MuNK,  Des  Samaritaners  Marqah  ErzàJilung  iiber  den  Tod  Moscs. 

1 ,   2-21. 

M.  LiJHR,  KhgeUeder  des  Jeremias.  —  I,  281. 

Ad.  Bl CHLER ,  Untersuchungen  zur  Entstehung  und  Entwichelung  der 
hebràischen  Âccente.  —  1,  3 90. 

K.  Ahrenh,  Das  Ihich  der  Naturgegenslânde.  —  I,  443. 

E,  G.  Browne,  a  IraveUer's  narrative  written  la  illiistrate  tfie  épisode  uf 
ihe  Bdh.  —  II,  77. 

J.-B.  (jHAbot,  De  sancti  Isaaci  Ninivitae  vita ,  scriptii  et  doctrina.  — 
11,367. 

Année  1893  : 

L.  Hallier,  Untersuchungen  iiber  die  Edessenische  Chronik.  —  1.  4 80. 

J.  B.  Harris,  The  Apology  of  Aristides;  et  : 

Bich.  Baabe,  Die  Apologie  des  Aristides.  —  I,  5o5. 

J.  Perruohon,  Vie  de  Lalihaln  ;  et  : 

J.  Perrdciion,  Les  chroniques  de  Zar' a  Yaeqôb.  — II,  101. 

Année  1894  : 

The  Palestinian  Version  of  ihe  llohj  Scriptures ,  éd.  by  G.  H.  Gwili.ivm. 

I,   125. 

B.  Basset,  Les  Apocryphes  éthiopiens  (l-II).  —  I,  198. 

M.  LiDZBARSKi,  De  piophelicis,   quae   dlcinilur,   legendis  arabicis.  —  I. 

292. 


INKGROLOGIE.  599 

R.  RvABB,  Die  Gosciticlitc  dos  Dominas  Mûri.  —  I,  -ihi. 
H.  Grihmb  ,  Def  Stroplieiibau  in  den  Gedichten  Ephrànis  des  Syrers.  — 
1,277. 

K.  Kayseu,  Das  Buch  von  der  Erkenntniss  der  Wahrheit  (  traduction  ). 

—  1,421. 

D.  S.  Margoliouth  ,  Arabie  papi/ri  of  tlie  Hodlcian  Librari/.  —  11,   1. 

E.  A.  W.  BiDGE,    Tlie  Discourses   oj    Philoxcniis    bislaq)  oj  Mabbôg 
(vol.  1).  —  11,  121. 

R.  Basset,  Les  Apocryphes  éthiopiens  (111-lV),  — 11,  870. 

Année  iSgS  : 

A.  Bahmstark,  Lucubrntiones  syro-graecae.  —  I.  62. 

D.  Herzog  ,  Maimonides'  Couimentar  lum  Tractât  Penh.  —  1 ,  8 1 . 
Patrohgia  syriaca ,  accurante  R.  Graffin  (t.  1). —  l,i2i. 

G.   Dalman,    Gratnmatik  des  jûdisch-paJàstinischen  Aramdisch.  —  1, 
lia. 

I.  GuiDi,  //  Ubro  dei  verbi  di.  .  .  Ibn  al  Qûtiyya.  —  11,  466. 
R.  Raare,  Pelrus  der  Iherer.  —  11,  668. 

Année  1896  : 

M.  Saineaxu,  Limbile  seinilice.  —  I,  ia5. 
R.  Basset,  Les  Apocryphes  éthiopiens  (V-VI).  —  I,  r)6i. 
A.  Mever,  Jesu  Muttersprache.  —  I,  44 1. 

G.  H.  GwiLMAM,   F.  G.   BuRKiTT  and  J.  F.  Steivnipjg,  Biblical  and  Pn- 
tristic  relies  of  thc  Pnlestinian  Syriac  literature.  —  1,  44a. 

A.  Nei  bauer,  Mediœval  .lewish  chronicles  (II'  série).  —  I,  48i. 

H.  Reckendorff,  Die  syntaklischen  Verhàltnisse  des  Arabischen  (fasc.  i). 

—  II,  102. 

E.  A.  W.  Budge,  The  lifc  and  exploits  of  Alexander  the  Great.  —  il, 
162. 

D.  II.  Mi'i.r.KK.  Die  Propheten  in  ihrer  itrspr.  Farm.  —  II,  33o. 

II.  GisMONDi,  Maris,  Ainri  etStitme,de  Patriarchis  nestorianornm  rnui- 
nienlaria  (I).  —  II,  34  1. 

11.  Barnstein,  The  Tnrguni  0/  Onhrlos  lo  Genesis.  —  il.  '116. 
R.  Rasset,  Les  Apocryphes  éthiopiens  (V1I-\1II).  —  II.  617. 

Année  1897  : 

J.  B.  GiiviioT.  /.('  lirre  dr  la  Ghasirlé  do,  Ji-susdcnali.  —  I,  ^ït, 
W.  IIaaki;,  lalopioL  AXe^ârSpou.  —  I,  121. 

W.  II.  Greenriirg,    The  Haggadah  accordiiig  lo  ihe  rilr  of  \einen.  — 
l,  i4i. 


600  MAI-JUIN    191  1. 

G.  Dalman,  Arfimàisclte  Dinkhipmbrn.  —  I,  i8i. 

E.  A.  W.  BuDGE,   The  Inughablo  Slories  (of  Barhebraeus).  —  I,  /loi. 

A.  E.  CowLEY  and  A.  NEUBaER,   The  original  Hebrew  oj  a  portion  of 
Ecclesiasticus.  —  I,  /i/n. 

F.  Feldman.v,  Sijrische  Wechsellieder  von  Nurses.  —  II,  6i. 

J.-B.  Chabot,  Theodori  Mopsuesteni  commentarius  in  Evang.  D.  Johainiis 
(t.  I).  —  II.  ihi. 

Aunée  1898  : 

W.  Bâcher  ,  Die  Bibelexegese  Moses  Maimùni's.  —  1 ,  21. 
M.  Jastrow,  The  wenk  and  geminative  verbs  in  llebrew  bij  Hai/iptg.   — 
1,22. 

H.  GiSMONDi,S'.  Gregorii  Theologi  Liber  carminum  iambicorum  (pars  II). 
-1,61. 

B.  Carra  de  Vaux,  L'Abrégé  des  meroeilles ,  traduit  de  Tarabe.  —  1, 
38i. 

Isr.  Léti.  L'Ecclésiastique  (fasc.  i).  —  II,  81. 

Année  1899  : 

.1.  HoROViTZ,  De  Wd(/idii  Ubro  qui Kilàb  al  Magàzi  inscribitiir.  — I,  iSy. 

Alb.  Nagv,  Die  philosophischen  Abhandlungen  des  laqi'il)  al-Kindi.  — 
I,  58. 

P.  Brôxnle,  Die  Kommentatoren  des  Ibn  Islutk.  —  I.  58. 

Th.  Nuldeke,  Kurzgefasste  syrische  GrammatiJ; ,  2"  éà.  —  I,  77. 

F.  Nau,  Les  Plérophories  de  Jean  de  Mayonma.  — •  I,  82 1. 

A.  SociN,  Arabische  Grammatih ,  k'  éd.  —  I,  34i. 
■    R.  Basset,  Apocryphes  éthiopiens  (IX  :  Esdras).  —  I,  38 1. 

H.  Reckendorff.  Die  syntahtischoi  Verhdlliiisse des Arabischen  [fixsc.  11). 
—  I,  /ioi. 

H.    GiSMONDi.    Maris,    Aviri  et  Slibae commentnriu    (II).   — 

11,81. 

C.  Brockelmann ,  iS'î/mc/tp  Graminatih.  —  II,  84. 

M.  ScHULTZE,  Grammatik  der  Aramàischen  MutterspracJie  lesii.  — 
H,  85. 

F.  N\u,  Bardesane  rastrohgue  :  Livre  des  lois  des  pays.  —  II,    108. 

Année  1900  : 

M.  ScHWAR,  Répertoire  des  articles  relatifs  à  l'hisloire  et  la  littérature 
juives,  parus  de  1783  à  1898  (fasc.  i).  —  I,  61. 

1*1.  W.  BcDGE,  The  history  of  the  Jllessed  Virgin  Mary  (vol.  I).  —  I, 
201. 


NECROLOGIE.  601 

Année  1901  : 

S.  GiAMiL,  Monte  Singar.  —  I,  5o2. 

Fr.  ScHLLTHESS,  Homoityinc  Wurzeln  im  Syrischeii.  —  II,  4ii. 
A.  BvuMSTARK,  Aristoleks  bei  den  Syrern  (Bd.  I  :  Biograpliieen  des 
Arisl.).  —  II.  io3. 

H.  P.  Ghajes.  Boilràge  zur  Hordsemilischen  Onomalologie.  —  II,  lyS. 

R.  DissAUD.  Histoire  et  religion  des  Nosaïrîs.  —  II.  i85. 

W.  Bâcher,  Ein  liehrdisches  persisches  Wôrlerbuch.  —  II,  -26 h. 

Année  1902  : 

H.  L.  Str\ck,  Grainmatilc  des  Biblisch-Arainâischen,   3' éd.  —  I,  01. 

F.  M.  E.  Pereira,  0  santo  martyr  Barhiam.  —  I,  261. 
Isr.  Lé VI.  L'Ecclésiastique  (fasc.  11).  —  I,  60 5. 

J.  Flemming,  Dus  Biich  Henock  (texte  éthiopien).  —  II,  61. 

Année  1908  : 

J.  Barth,  Wurzehntersuchungen  zum  hebràischen  uml  aramâisc/ien 
LeriJion.  —  I,  108. 

P.  K\HLE.  Der  Masoretische  Te.rt  des  A.  T.  nach  der  Uberliefennig  der 
hahylonisclien  Juden.  —  I,  82  1. 

Chronica  minora,  I  (éd.  Guioi).  —  I.  48 1. 

H.  Pognon  ,  Une  version  syria^fue  des  Aphorismes  d'Hippocrale,  1  "  part .  — 
II,  21. 

G.  Stedernagel,  Uebràische  Grammatik.  —  II,  221. 

R.  Dl'ssvid  et  F.  M  voler.  Rapport  sur  une  mission  scientijiiiue  dans  les 
régions  désertiques  de  la  Syrie  moyenne.  —  H.  3oi. 

^^ .  Bâcher,  Ans  dem  Worterhuche  Tanchum  .leruschalmi's.  —  11. 
%\. 

Année  igoA  : 

H.  Pognon,  Une  rersion  sip-iaifue  des  Apliorismes  d'Uippocrate,  2' p. — 
1,61. 

M.  A.  Kicener,  Vie  de  Sérère  par  Zacliarir  le  Scltolastiiinr.  —  I.    ilKi. 

\V.  Engelkemper,  Die  Beligionspliilostipliisclir  Lelire  Saadia  (inons.  — 
I,  ahi. 

H.  Hii.GENKi:r,i).  iusgerrdlilte  (lesUnge  des  Gin'argis  ron  \rbvl.  —  11, 
i33. 

H.  (ioLL.wcz,   l'hr  elliH-al  treatises  11/  lieracliya.  —  11.   ili'i. 

Th.  Noi.DEKE,  Beitn'ige  zur  semitisriien  Spracliirisscn.schajl.  —  II, 
177. 


G02  MAI-JUIN    191,1. 

Annoe  tf)o5  : 

Ph.  ScoTT-Mo^^(;RIEFK,  Tke  Book  of  Coiisolalioiis .  .  .  oj  Ishô-Yalibh , 
pari  I.  —  1,  7 S!. 

P.  Kahle,  Die  arabischeu  BihpIûbcrseUungen.  —  l,  holi. 

W,  RiEDEL  and  W.  E.  Grum,  The  Canoim  nf  Athiiiiaslus  cif  Alr.ivndriti. 
—  1,^91. 

Année  1906: 

F.  ScHULTHESS,  ChriNlHcIt-palàstiimche  FragniPiiU'  dus  ilei-  Oinajjadcn- 
Moschee  zu  Damaskus.  —  1,9, 

M.  Lewin,  Die  Scholien  des  Tkeodor  Bar  Kôni  :ur  Patriarcheiiffesckichte 
[Geii.,  xii-l).  —  I,  25. 

G.  Steuernagel,  Hebràische  Grammalik ,  9°  éd.  —  11,  3iO. 

Année  1907  : 

R.  H.  Gharles,  Tlie  Ethiopie  eersion  of  tJie  Book  of  Enoch.  — 1,  i-ji, 

H.  L.  Strack,  HebniiHche  Grainmatih ,  9"  éd.;  et  : 

—  Hebràisches  Vocabnlariiiin,  8"  éd.  —  I,  hoi. 

P.  ScHWEN,  AJrahat.  —  II,  /181. 

R.  DissAUD,  Les  Arabes  en  Syrie  avant  l'Islam.  —  1.  ^89. 

Année  1008  : 

H.  Ram,  Qissat  Mâr  Elijd.  —  I,  801. 

Ax.  MoBERG.  Biich  der  Strahleu  des  Barhebraeus.  —  I,  39  2. 

H.  L.  Strack,  Einleitung  in  den  Tahiiud,  /i'  éd.  —  11,  ZiaS. 

Année  1909  : 

G.  Rrockelmann  ,  Grundriss  der  vergleichenden  Graiumadk  der  seuiili- 
schen  Sprachen,  vol.  I.  —  1,  57. 

11.  GoLLAiNCz,  Translations  from  llebrew  and  Aramuic.  —  I,  A 18. 

Année  1 9 1 1  : 

Th.  Nôldeke,  Neue  Beitràge  zur  semitischen  Sprachmissenschaft.  —  I. 
162. 

Dans  la  Revue  des  Études  juives  : 

K    Raedecker,  Palestine  et  Sijrie.  —  T.  IV,  p.  1^7. 
H.  Derenboirg,  Le  livre  de  Sibawnhi.  —  IV,  i58. 
Fr.  Delitzsch,    The  llebrew  laiignage  cieived  in  the  Ughl  oj  Assijrian 
researches .  —  V 1 1 1 ,  3  9  9 . 

E.  Kautzsch.  Grammalik  des  Biblisch-Aruniàisrlicn.  —  l\.   i38. 


NECROLOGIE.  603 

A.  Rahlfs.  Jhrr  Ebhrofjo,  Anmerkuiig'eii  :u  den  SnloinonischeSc/iri/ten. 
—  XV.  i55-i58. 

Dans  la  Revue  de  l'Histoire  des  Religions  : 

Brevinriidii  chaJdaïcum,  pars  I  (éd.  P.  Bedjan);  el  : 
Histoiro  de  Joseph  de  S.  hphrem,   éd.   par   P.  Bedjan.   —   T.   WII 
[1888],  p.  81-87. 

F.  Mvci.ER,  Histoire  de  S.  AtataïJ.  —  XLVll  [lyoS],  hoo-koh. 


SIR  ALFRED   LYALL. 

La  mort  de  Sir  Alfred  Lyall  ne  prive  pas  seulement  l'Empire  anglo- 
indien  d'un  fonctionnaire  éminent;  elle  frappe  aussi  les  études  orien- 
tales. Né  en  i835,  Alfred  Lyall  arriva  dans  l'Inde  en  janvier  1806.  Un 
an  plus  tard,  la  révolte  des  cipayes  lui  donna  l'occasion  de  montrer  son 
courage  et  sa  décision.  Sa  carrière  fut  dès  lors  rapide  et  Itrillante  : 
en  1878,  il  est  secrétaire  des  affaires  intérieures  auprès  du  vice-roi; 
en  1878,  il  csl  secrétaire  des  a  flaires  étrangères:  en  1 881,  il  est  nonuué 
lieutenant-gouverneur  des  !\orth-^^  estern  Provinces.  Il  prit  sa  retraite 
en  1887;  rentré  en  Angleterre,  il  devint  membre  du  Conseil  de  l'Inde, 
et,  par  un  lionneur  exceptionnel,  il  fut  mainteiui  cpiinze  ans  dans  cette 
fonction.  En  i<)09.  il  enira  au  Conseil  privé.  Entre  temps,  il  publiait 
dans  des  revues  une  stû'ie  d'articles  (pi'il  réunit  plus  tard  en  volume  sous 
le  titre  iXAsintic  Studies.  L'ouvrage  a  été  traduit  en  franrais  [par  M.  II. 
deKerallain]  :  Eludes  sur  les  mœurs  religieuses ,  juridi/fues  et  sociales  de 
l'Extrême-Orient,  en  3  volumes,  1885-1908.  L'Inde  n"a  jamais  trouvé 
d'observateur  plus  sagace,  plils  pénétrant,  plus  équitable,  ni  mieux 
informé.  L'auteur  a  regardé  sans  prévention,  noté  avec  synipalhie,  et 
réfléchi  en  pleine  indépendance,  lin  sens  aigu  de  la  vie  praticpie  féconde 
et  anime  la  pens(''e.  Le  livre  est  un  véritable  bréviaire  de  l'Inde,  utile 
aux  l'rndits  autant  (ju'aux  fonctionnaires.  La  même  puissance,  la  même 
domination  des  fails  s'allii-me  dans  Uise  and  E.rpnnsion  0/  fhe  llritis/i 
Dominiitii  in  liidia.  V.w  i8()i,  l'Université  de  C;uiibridgi'  lavait  clioisi 
pour  donner  des  confértuices  [lïede  Lectures)  sur  l'Iiisloire  des  religions. 
Cet  lionuiie  d'I'llal,  ce  philosophe,  ctail  aussi  un  poêle.  Ses  I  erses' 
nrillen  in  India,  publiés  en  ii)oi,  évocjuent  dans  leur  variété  pillorestpie 
le  ffl'ays  des  Uegrels-.  Sir  Alfred  Lyall  s'est  éteint  à  l'âge  de  70  ans, 
le  1  ()  avril  di  inicr.  il.uis  la  maison  du  fils  de  Teunysou. 

Sylvain  Liivi. 


SOCIÉTÉ  ASIATIQUE. 


SÉANCE  DU  12  MAI  1911. 

La  séance  est  ouverte  à  k  heures  et  demie  sous  la  présidi'ucc  dt 
M.  Senart. 

Étaient  présents  : 

MM.  Chavannes,  vice-président  ;  Allotte  de  la  Fdïe,  Amar,  Barkigub 

DE  FoNTAINIEU,  BaRTHKLEMV,  BaSMADJIAN  ,  BlANCHET,  BlOCH  ,  BoLLARD, 
BOUBDAIS,  BODVAT,  A.-M.  BoYER ,  P.  BoYER ,  CaBATON,  DE  ChARE.\CKY, 
CORDIEP.  ,  DEl,APORTE,DEviiZE,  DlSSALD  ,  Fl.NOT,  FOSSEV,  FoUCHER,  GaUTHIOT, 
(iElTHNER,    DE     GoLOLBIEV,    GuiMET,    HaI.ÉVï,    HlART,  LvjiG,   LeKEBVRE   DES 

NoËTTES,  S.  Lévi,  I.  Lévy,  Liber ,  Macler,  Massignon,  Mazon,  Meillet, 
Nau,  Paulhan,  Reby,  PiEviLLOUT,  RoESKE ,  ScHWAB ,  ViNSON ,  membres; 
Tiil:reai;-Da?(Gin,  secrélaire. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  du  1 2  avril  est  lu  et  adopté. 

Le  capitaine  Rolx,  présenté  par  MVL  Vinson  et  Bevilloul,  est  reçu 
membre  de  la  Société. 

M.  Schwab  présente  au  nom  de  M.  Lafuma-Giraud  I»;  sixième  et  der- 
iiifM'  volume  du  Scpher  ha-Zoliar  traduit  par  Jean  de  Pauly. 

M.  F.  Nau  oITre  un  volume  intitulé  :  Ncstorius  (J'aitrrs  les  sources  orien- 
liiles.  \  l'occasion  de  rédilion  récente  du  Ktilihi  cl  Diiniifi  syiia(pit'''\ 
i\L  ^au  présente  à  la  Société  un  manuscrit  dt-  M-'  Grallin  ipii  nés!  auli'e 
que  le  fameux  manuscrit  de  Maidin  déclaré  inaccessible  par  M.  Sclmlt- 
hess.  Il  rappelle  que  M*'  Grafïin  a  déjà  communi(pié  à  la  Société  les 
photographies  de  ce  manuscrit'*'. 

M.  Pailuan  traduit  et  commente  (juchpies-tuis  des  hainlemj  ou  dia- 
logues poétiques  qu'il  a  recueillis  en  pays  malgache. 

'•'   Cf.  .vifp'w,  janvior-févriiT,  ii)it.  p.  ii(.'>. 

(5)  Cf.  I\"  sôrie,  l.  V,  p.  iUi..,  i-t  l.  W,  p.  6.')5. 

XV 11.  ;U) 

littiiiHtRii:   iiktiu>tLI:. 


606  MAI-JUIN   191  1. 

M.  FoucHKR  lit  une  noie  de  M.  Cœclès  sur  les  bas-reliefs  d'Angkor- 
Vat.  M.  Cœdès  interprète,  d'après  des  photographies  rapportées  par  le 
général  de  Beylié,  des  séries  de  bas-jeliel's  jusqu'ici  ipex])liqués  :  il  y 
reconnaît  des  scènes  de  la  légende  krshnaïte  probablement  inspirées  du 
llarivaniça,  ce  qui  confirme  le  caractère  vishuouite  du  monument. 

M.  FiNOT  signale  que  les  bas-reliefs  de  Bapuon  (Angkor),  comme 
ceux  d'Angkox-\'at,  font  une  grande  place  à  la  légende  de  Krshna. 

M.  Halévv  propose  une  nouvelle  prononciation  du  mot  Smner  (Suwer) , 
iscute  la  question  de  l'ancienneté  du  cheval  en  Babjlonie  et  étudie  la 
formation  du  nom  de  ville  Eazrak. 

La  séance  est  levée  à  6  heures  et  demie. 


NOUVELLES   ACQUISITIONS   DE    LA   BIBLIOTHEQUE^^'. 


t 


1.  Li 


VRES. 


Aniiun^  Administration  Report  of  the  Forest  Department  of  ihc  Madras 
Presidencjj,  for  the  twelive  inonths  ending  3fl"'  Jiine  igio.  ~  Madras, 
Government  Press,  1911,  in-fol.  [Gouvernement  de  l'Inde.] 

Annual  Report  oj  the  ArchœoJogical  Survexj,  Eastern  Circle,  for  igo(j- 
igio.  —Calcutta,  Bengal  Secrétariat  Press,  1911,  in-fol.  [Gouverne- 
ment de  rinde.] 

Archœohffical  Survey  of  Ceylon.  Epigrap/m  Zeijlamm  .  .  .  edited  and 
translated  by  Don  Martino  de  Zilva  Wickremasinghe  ,  1,  5.  —  London. 
Henry  Frowde,  1911,  in-4°.  [Éd.] 

Le  Rayon  d'Angkor-Thom.  Bas-reliefs  publiés  par  les  soins  de  la  Com- 
mission archéologique  de  rindochine,  d'a[)rès  les  documents  recueillis 
pai'  la  Mission  IIenui  Dufour,  avec  la  collaboration  de  Charles  Carpeaux. 
—  Paris,  Ernest  Leroux,  1910,  in-fol.  [M.  I.  P.] 

'■>  Les  publications  marquées  d'un  astérisque  sont  celies  qui  sont  reçues  jinr 
voie  d'échange.  Los  noms  des  donateurs  sont  indiques  à  la  suite  des  titres  : 
A.  =  auteur;  Ed.  =  éditeur;  Dir.  —  Direction  d'une  Société  savante,  diiu 
élablisseinent  scicnliliquc  ou  d'une  revue;  M.  I.  P.  =  Ministère  de  l'Instruction 
publi(|ue. 


SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.  607 

Bibliotheca  Buddhica.  III.  Amdânnçatakn,  edited  by  Dr.  J.  S. 
Spever.  I.  —  IV.  Mûhnnadhyamukaknrihâa  (le  Nâgârjuna,  j)nbliés  par 
Louis  DE  LA  Vallée  Polssix,  III.  —  Saint-Pétersbourg,  1902-1906, 
in-S".  [Académie  de  Saint-Pétersboui'g.] 

Bibliothèque  de  l'Ecole  des  Hautes  l'Audes ,  Sciences  bistoriques  et  pbilo- 
logiques.  190'  fasc.  :  Mahmjàna-Sûtrôlamkâra ,  édité  et  traduit  par 
Sylvain  Lévi  ,  t.  II.  —  Paris ,  Honoré  Champion ,  1911,  in-8". 

Charencey  (Comte  de).  Histoire  de  l'abhaye  de  la  Grande-Trappe ,  t.  1 
et  II,  —  Mortagne,  V"  L.  Fournier,  1911,2  vol.  iu-8'.  [A.] 

CoRDiER  (Henri).  Un  interprèle  du  général  Jirune  et  la  fin  de  l'Ecole  des 
Jeunes  de  Langues  (Extrait).  —  Paris,  G.  Klincksieck ,  1911,  in-6°.  [Ed.] 

Corpus  Scriptorum  Christianorum  Orientaliuni.  Scriptores  Syri.  —  \  II. 
Eliae  metropolitae  Nisibeni  Opus  ckronologicum,  edidit.  .  .  interpi-etatiis 
est  E.  W.  Brooks.  —  VIII.  Pars  posterior,  edidit.  .  .  intej-pretatus  est 
J.-B.  Chabot. —  Parisiis,  Carolus  Poussielgue,  1909-1910,  li  l'asc.  in-8°. 

Dano-N  (Abraham).  Mebdhis-ilisdniyè  u  ichtikdkiyè  (Conféi'ences  lailet;  à 
rUniversité  de  Constantiuo[)Ie).  —  Gonstantinople,  Imprimerie  Eboùz- 
Ziyâ,  1911,  in-16.  [A.] 

Dukkanipâtajâtaka.  Part  I.  Translated  by  Phra  Biumoldiiarm. 
Pul)lisbed  ou  Ibe  occasion  of'tbo  Crémation  of  Mis  iVlajests  King  Chula- 
longkorn.  —  Bangkok,  129,  in-8".  [Vajiraûâna  National  IJbraiy.J 

Encyclopédie  de  l'Islam.  S'  et  9"  livraisons,  Atfili-Haghdàd.  —  Leyde, 
E.  J.  Brdl;  Paris,  Alphonse  Picard  et  fils,  1911,  in-8°.  [Kd.j 

Krvad  SiiAïUARJi  Dadarhai  BiiARUCHA.  Avesla-EugHsk  awl  Eiigli.sli-Avesia 
iJictionary.  Pal)bsh('(l  al  the  Direction  oï  the  Piirsee  Pancliayet  Kunds 
and  IVoperties.  —  Bombay,  1910,  in-i('>.  [IHr.j 

EuvAD  SiiARiABJi  Dadabhai  HiiARUciiA.  Col lecU'd  Sanscrit  Wrilings  of  the 
Parsis.  Part  II,  Ijisni  (ïnsna).  Publislictl  l>\  tlic  IVnslocs  of  the  Pai-sce 
Panchayet  Funds  and  Properties.  —  |{oiuba\,  i()t  i.in-.S''.  |I)ir.| 

Gazetteers.  liengal  District  Cazelteers,  vol.  \\\  :  Purnea,  bv  L.S.S. 
O'MvLi.EY.  —  Calcutta,  Bengal  Necrelmial  Uook  Depot,  «911,  in-8°. 

CetUral  Provinces  District  Gateltcvrs ,  \ol.  A  :  Akola,  Uilaspur ,  Ch/ial- 
lisgarlt  Ecudalory  Slutes.  —  Vol.  B  :  Akotn,  Ainraoli ,  liuldnna.  — 
Bond)ay  and  \agpiu-,  1909-1910,  6  vol.  in-8". 

Central  Prorinces  District  Gazetteers,  vol,  B,  Addeuda ,  iNos.  «-17,  — 
S,  1,,  1910,  in-'i".  |(inuvcinemonl  (II'  ilndt',| 

39. 


mn  MAI-JUIN  ton. 

Goi'ALAN  Nair  (Kao  Bahadur  G.).  Malabar  Séries  :  Wynad,  ils  peopks 
and  traditions.  —  Madras,  Hig^ginbothara  and  Co. ,  1911,  in-16.  [A.] 

Janneau  (Gh.-Guill.).  Une  dynastie  chdldéenne.  Les  rois  d'Ur.  —  Paris, 
Paul  Geutbner,  1911,  in-S".  [Éd.] 

Laufeu  (Bertbold).  Der  Roman  einer  tibelischer  Kimigin.  Texl  and 
Ubersetzuiig.  —  Leipzig,  Otto  Harrassowitz ,  1911,  in-S".  [Ed.] 

Mâlik  BEN  Anas.  Le  livre  des  ventes  du  Monwattà.  .  .  Iraduction  avec 
éclaircissements,  par  Fre'déric  PE[/riEP..  —  Alger,  Adolphe  Jourdan , 
1911,  in-cS".  [Gouvernement  ge'ne'ral  de  l'Algérie.] 

iMiNoi'.sKV  (V.).  Ualériau-r  pour  servir  à  l'étude  des  croyances  de  la  secte 
persane  dite  les  Alilé-Haqq  ou  'AU-ildJn.  i'"  partie.  —  Moscou,  Impri- 
merie frKi'estnago  Kaleudaria  ^^ ,  1911,  in-S".  [A.] 

MoDELSKi  (Dr.  Teofil  Emil).  K^Vd  nflebaUniv  w  liscie  Chasdaja. —Wc 
Lwowie,  Drnkarnia  Uniwei'sytelii  .lagcll.,  1910,  in-8".  [A.] 

Nâgârji  \a.  Die  Mittlere  Lehrc  [Mfidliyumika-sâstra).  Nach  der  tilje- 
lischen  Version  iihertragen  von  Max  Walleser.  —  Heidelberg-,  Cail 
Winler's  Bucliliandhing,  1911,  in-8°.  [Éd.] 

Nai  (F.).  Neslorius  d'aprh  les  sources  orientales.  —  Paris,  Blond  et 
G'%  1911,  in-16.  [A.] 

Navakovad.  Instructions  for  Novices,  by  H.  B.  H.  Kuom  Phrava  Vajm'.a- 
N'ÂXA  Varouos.  Published  on  the  occasion  of  tbe  Gremation  of  His 
Majesty  King  Ghulalongkorn.  —  Bangkok,  129,  in-8°.  [Vajiranâna 
National  Library.] 

Pâli  Text  Socuîtv.  Journal,  1 896-1  goij,  6  vol. 

Aiiguttara-Niliàya,  edited  by  Prof.  E.  Hardy,  III-VI.  Indexes,  by 
Mabel  Hi  NT,  revised  and  annoted  by  G.  A.  F.  Riivs  Davids.  1910. 

The  Atthasâlinl ,  Buddhaghosa's  Comnicnlarij  on  the  Dhanimasaiigani, 
edilod  by  Edward  Miller.  1897. 

The  Commenlary  of  the  Dhannnapada ,  edited  by  H.  G.  Norman,  I,  1-2. 
1906-1909. 

DuAMMAi'ÂLA's  Purcunattha-Dipani ,  edited  by  Prof.  E.  Hardy,  IV.  190 

The  Dtgha  JSihàya,  edited  by  J.  Estlin  Gaupenter,  H-HI.  1908-19 

Kaihâvutthu,  edited  by  Arnold  G.  Taylor,  1-1 1.  1896-1897. 

Thr  Mahâvamsa,  edited  by  Wilbelin  Gekjer.  1908. 

The  Ma/jhinia-Dlibiya,  edited  by  Boberl  Gualmers,  11,  1-2,  111,  1-4 
i89G-i90'.>. 


1. 
11. 


SOGIETK   ASIATIQUE.  609 

The  Nelli-PalaraïKi,  with  EatraclH  from  Dhammapiiln's  ('ommentarij, 
editefl  by  Prof.  E.  Hardy.  1902. 

Pdlisninbhidthnofiga  ,  odited  by  Arnold  C.  Taylou,  I-II.  1  906-1  ÇjOy. 

Samijulla-^iilidija ,  cdilod  by  M.  Léon  Feeu ,  1V-\I.  189/1-1906. 

Sâsanurainsa ,  edited  by  Mabel  Bodk.  1897. 

The  Vibhahga,  heing  the  second  Booh  of  ihe  Ahhidltamma  PitaLa ,  ediled 
by  Mrs.  Rhvs  Davids.  1906. 

Tlie  Yogûmcara's  Maiiual  oj  Iiidian  Mysticisin,  as  pfariiscd  h;/  Biid- 
dliists,  edited  by  T.  W,  Riivs  Davids.  1896.  —  London,  Henry  Frowde, 
189^1-1910,  in-8°.  [Dir.] 

Pahcahanipntajùlaka.  Translated  by  Hmom  Ghao  Phrom.  Published  oa 
ihe  occasion  of  tbe  Gremaliou  of  His  Majesty  King  Chulalougkorn.  - 
Bangkok,  129,  ia-8".  [\ajiranâna  National  Library.] 

Ton  Pamati.  The  Primavij  Diities  ofPriests,  1  Iranslalioii  oflhe  Mahô- 
nhhanija ,  by  Hmom  Chao  STii.wAiiAvnuvABUAT,  printed  by  Nai  Lek,  on 
Ihe  occasion  of  the  Crémation  of  His  Majesty  Chnialongkorn.  — 
Bangkok,  1-29,  in-8'.  [Vajiianâna  National  Library .j 

The  Pariltmn.  Tbe  olHcial  version  revised  by  the  Piiua  Sangharâj 
PussADEV.  Published  on  ihc  occasion  of  the  Crémation  of  His  Majesty 
King  Chnialongkorn.  Bangkok,  129,  in-8°.  fVajiranâna  National 
Library.] 

Pekarskv  (E.  K.).  Spécimens  de  la  littérature  populaire  i/aLnate, 
fasc.  3.  —  Saint-Pélersbouig,  Imprimerie  de  l'Académie  impéiiale  des 
Sciences,  1909,  in-8".  [Dir.] 

Rangacarva  (M.).  A  Descriptice  Catalogue  of  the  Sanskrit  Mannscripis 
in  ihe  Gorernment  Oriental  Mnnuscripts  Librari/,  Madras.  Vol.  VlH-]\.  - 
Madras,  Government  Press,  1910,  2  vol.  in-8".  [GonvernemenI  de 
rinde.] 

Recueil  de  malérinur  relalijs  à  la  géographie  rt  à  l'ethnographie  du 
Caucase  (en  russe),  I.  \LI.  -  Tiflis.  1910,  in-H'.  [Don  <hi  Cui-aleur 
scolaire  du  Caucase.] 

Sélections  Jtoni  the  liccords  of  the  (iorcrnnient  of  Indiii ,  l)e|)arlinent 
of  EdiicalioM,  No.  (]CCC\LVI1I  :  Paprrs  regarding  the  Educational 
Conférence,    Ailaiiabad,    February    1911  Calcnlla,    iSuperinlendenl 

Government  Printing,  191  1.  iii-fol.  |(Jouvernenienl  de  llnde.] 

Sélections  from  the  Records  of  the  Madras  (locernnient.  Dnich  Records, 
Nos.  iB-i'i.  Madras.  (îoveniiiiciil  Press,  191  1.  '.\  vol.  iii  loi.  |(Iouver- 
nemenl  de  ITnde.l 


610  MAI-JUIN    1.911. 

Sepher  ha-Zohar  «Le  Livre  de  la  Splendeum.  Traduit  pour  la  première 
fois  par  Jean  de  Paily.  Œuvre  posthume  publiée  pai'  les  soius  de 
M.  Emile  Lafdma-Giraud,  VI.  —  Pai'is,  Ernest  Leroux,  1911,  in-8°. 
[Don  de  A.  Lafuma-Giraud.] 

Spat  (C).  Maleische  Taal.  Overzicht  van  de  Grammatica.  Tweede, 
ougewerkte  druck,  —  Breda,  de  Kouinglijke  Militaire  Académie,  1911, 
in-8°.  [A.] 

Spooner  (D.  Brainerd).  Handbook  to  the  Sculpiwps  in  the  Peshawnr 
Muséum.  —  Bombay,  Tbacker  and  Go.,  1910,  in-S".  [Gouvernement  de 
l'Inde.] 

Sripatv  Rov.  CAistoms  and  Customary  Law  in  British  India.  —  Calcutta , 
Hare  Press,  1911,  in-8°.  [Université  de  Calcutta.] 

TcHANG  Yi-TCHOii  et  J.  Hackin.  La  peinture  chinoise  an  Musée  Guimel. 
Catalogne.  —  Paris,  Paul  Geuthner,  1911,  in-8°.  [Dir.] 

Whiteiiead  (Pi.  B.  I.).  Catalogue  of  the  collection  of  coins  illustralivc  oj 
the  Historij  of  the  Rulers  of  Delhi  up  to  i858  A.  D.  in  the  Delhi  Muséum 
of  Archœology  (himdeà  December  1908).  —  Calcutta,  Baptist  Mission 
Press,  1910,  in-8°.  [Gouvernement  de  l'Inde.] 


II.  Périodiques. 

*  Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres.  Comptes  rendus  des  séances , 
février- mars-avril  1911.  —  Paris,  Auguste  Picard,  1911,  in-8°. 

*  L'Afrique  française,  avril-mai  1911.  —Paris,  1911,  in-/i". 

*  American  Journal  of  Archœology ,  XV,  1 .  —  The  Norwood  Press  ,1911, 
in-8°. 

*The  American  Journal  of  Philology,  XXXII,  1.  —  Baltimore,  The  John 
Hopkins  Press,  1911,  in-8°. 

*Analecta  Bollatidintia ,  XXX,  1.  —  Bruxelles,  Société  des  Bollandistes , 
1911,  in-S°. 

*Anthropos,  VI,  3-A.  —  St.  Gabriel-Môdling  bei  Wien,  1911 ,  'in-h°. 

* Archœological  Survey  of  Mysore.  Annual  Rei)ort  for  the  year  endinp; 
3o  th  June  1910.  —  Mysore,  1910,  iu-folio.  [Gouvernement  de 
l'Inde.J 

*Archiv  fur  Religionswissenschaft ,  XIV,  1  -9.  —  Lei[)zig,  B.  G.Tenbnor, 
1911,  in-8". 

^L'Asie  française,  avril-mai  1911.  — Paris,  1911,  in-/»''. 


SOCIETE   ASIATIQUE.  (311 

*Baessler-Archiv,  1,  4-5.—  Leipzig  uiid  Berlin,  1911,  in-4'\ 

*Baessler-Archiv,  Probeheft.  —  Leipzig  und  Berlin.  B.  G.  TeuLuer, 
s.  d.,  gr.  in-4°. 

*Bessanone,  fasc.  ii5.  —  Ronaa,  Ernesto  Golelli,  1911,  iii-8°. 

*Bijdragen  tôt  de  Taal-,  Land-  en  Volkenkuiide  van  N ederlandsih-I ndië , 
LXV.  3-0.  —  's  Gravenhage,  Martinus  Nijhoff,  1911 ,  in-8'. 

^Boletin  de  la  Beal  Acadeinia  de  la  Historia,  LMII,  3.  —  Madrid, 
Forlanet,  1911,  ia-8°. 

Hollellmo  délie  pubblicazioni  italiane  ricevute  per  diritto  di  slampn, 
Num.  196.  —  Firenze,  presso  la  Biblioteca  Nazionale  Centrale,  1911, 
in-8'.  [Dir.] 

^Bulletin  de  l'Académie  impériale  des  Sciences  de  Saint-Pétersbourg , 
1911,  n"'  6-10.  —  Saint-Pélersboiu'g,  1911,  in-li". 

Bulletin  de  l'Association  amicale  franco-chinoise ,  III,  â.  -  Paris,  Impr. 
Paul  Dupont,    1911,  in-B".  [Dir.] 

"Bulletin  de  l' t'Jcole  française  d' Extrême-Orient ,  juillet-scplembre  1910. 
-  Hanoi,  Impr.  d'ExIrérne-Û rient,  1910,  gr.  in-8°. 

Bulletin  de  géographie  historique  et  descriptive,  1910,  3.  —  Paris, 
Ernest  Leroux,  1911,  in-8'.  [M.  I.  P.] 

^Bulletin  de  liuérature  ecclésiastique ,  avril-mai  1911.  —  Paris,  Lelliiol- 
leux,  1911,  in-S". 

*Denkschriflen  der  Kaiserlichen  Akademie  der  Wissenschaften  in  Wien, 
Philosophische-Historische  Klasse ,  LIV,  m.  —  Wien ,  Alfred  Holder,  1910, 
n\-k\ 

Epigraphia  Indien,  X,  5-6.  —  Calcutta,  Ollice  of  the  Superintendent 
of  Government  Printiug,  India,  1911,  in-/i".  [Gouvernement  de 
rinde.] 

*The  Geographical  Journal ,  May-June  191 1.  —  London,  1911.  in-8°. 
*La    Géographie,    i5    avril- 1 5  mai  1911.  —  Paris,  Masson   et  G'% 
191 1 ,  in-8°. 

I/He.ragramme,  n"  '19-50.  —  Paris,  1911  ,  in-8°.  [Hir. ] 

*The  Indian  Antiquanj,  \pril-June  1911.  —  Bombay,  Brilish  India 
Press ,  1911,  in-/i". 

Journal  des  Savants,  mnrs-avril  i()ii.  —  Paris,  llaclicllc  cl  G", 
1911,  in-V.  [M.  I.  P.J 


612  MAI-JUIN    19  1  1. 

*.fournal  of  the  American  Oriental  Society,  XXXI,  3.  -  New  Haven, 
1911,  in-8°. 

"" The  Journal  of  the  Anlliropological  Socielij  of  Bombay,  Mil,  8.  — 
Bombay,  Brilish  India  Press,  1909,111-8". 

* Jotmial  of  the  Gipsi/  Lore  Sociclij,  New  Séries,  III,  5.  —  TIip  Ediii- 
burp,ii  Universily  Press.  1911 ,  in-8°. 

^The  Journal  of  iho  Roijal  Asintir  Society,  April  1911.  —  Londoa, 
1911,  in-8". 

The  Light  of  Truth  or  the  Siddhânta  Dipikâ  and  Aganiic  Revleir,  XI, 
8-9.  —  Madras,  al  llie  rrMeykandâii'i  Press,  1911,  in-8°.  [Dir.] 

*Luzac's  Oriental  JJsl  ami  Hook  Hevieiv,  XXII,  3-/1.  —  London,  191  1, 
in-8°. 

*At-Machri(j ,  avril-mai  1911.  —  Beyroulli,  lm|inmcrie  callioliqne, 
1911,  in-8°. 

Mechroiitiette  trConslilutionneJ  Ottoman^,  organe  du  |>arli  radical 
olloman,  n"'  17-18.  -  Paris,  1911,  iu-8°.  [Dir.] 

*Meniorie  délia  R.  Accademia  dei  Uncei ,  Série  qiiinta,  XIV,  lasc.  v-vi. 
—  Roma ,  1910-1911,  lii-4°. 

*Miileilunpen  nnd  Nachrichlen  des  Deutschen  PalaeslinaoereinH ,  1911. 
9.  —.Leipzig,  .1.  C.  Ilinrichs'sciie  Biichliandluiig,  1911,  ia-8°. 

*Al-Mohtal>as,  aiiiK'es  11  ol  iii,elvi,  â-'i.- Le  Caire  et  Damas,  1907- 
1911,  in-8". 

*Polijhiblion,  avril-mai  191  1.  —  Paris,  1911,  ln-8". 

"Rendiconti  délia  Reale  Accademia  dei  Liiicei ,  Classe  di  scienze  morale , 
storiche  c  filologiche ,  XIX  .  1 1  - 1  9 .  —  Roma  ,1910,  ln-8°. 

Répertoire  d'art  et  d'archéologie,  1  910  ,  4^  trimestre.  —  Paris,  BlMio- 
llièque  d'Art  et  d'Archéologie,  1910,  m-li".  [Dir.] 

Revista  dei  Centro  de  estudios  hisloricos  de  Granada  y  sa  reino.  —  Gra- 
nada,  Iiii|)r.  de  rrEl  Defcnsor  de  Granada^,  191 1,  111-8".  [Dir.] 

^Rerae  africaine,  11°  980.  --  Alger,  Adolphe  Jourdan,  1911,  in-8". 

"Revue  archéologique,    mars-avi'il    1911.  Paris,    Lrnesl    Leroix, 

1911,  in-8°. 

*  Revue  hihiir/uc,  avril  1911.  —  Paris,  Victor  LecolTre,  1911,  in-8°. 

^RevHC  critique,  60"  année,  n"'  i5-9-2.  —  Paris,  E.  Leroux,  1911, 
in-8°. 

Revue  d'histoire  el  de  littérature  religieuses,  II.  .'».  —  Paris.  Emile 
N(uirry,  191  1 ,  iu-8".  [Dii-.  J 


SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.  613 

*  Revue  de  riiisloire  des  religions,  LXIII,  1-9  —  Paris,  Ernest  Leroux, 
1911,  in-8°. 

*Reoue  de  l'Orient  chrétien,  XVI,  1.  —  Paris,  A.  Picard  et  fils,  1911, 
in-8". 

*Bevue  des  éludes  juives ,  n"  i-3->.  —  Paris,  Durlaclier,  1911,  111-8". 

*Rcvue  du  Monde  musulman,  mars  1911.  —  Paris,  Eiuesl  Leroii\, 
1911,  ia-8°. 

"Revue  liistori(iue  publiée  par  l'Institut  d' histoire  ottomane,  n"  7.  — 
Gonslantinople,  Imprimerie  Ahmed  Ihsaa  et  G",  1911,  iii-8°. 

*Revue  indochinoise,  août  1910-iiiars-mai  1911.  —  Hanoï,  Im|)ri- 
merie  d'Extrwne-Orient,  1911,  in-/i°. 

Revue  sémitique ,  avril  1911.  —Paris,  Ernest  Leroux,  1911,  iii-8°. 

*Sit:nngsberichte  der  Kais.  Akademie  der  Wissenschaften  in  Wien,  16^1, 
5;  i65,  4;  lOG,  6:  167,  ^  el  5.  -  Wien,  Alfred  Hitldor.  1910-» 911, 
in-S". 

*Sittungsherichte  der  koniglich  Preussischen  Ahadeiiilc  der  Wissen- 
srhaften ,  1911,  l-XXI.  —  Berlin,  1911,  m-h". 

T'oungPao,  1910,  /i-5.  —  Leide,  E.  J.  Briil,  1910.  in-8". 
"^Transactions  of  ihe  Asiatic  Societij  of  Japan,  WWIll,  3.       Tok.}ô, 
Z.  P.  Maruya  and  Co. ,  1911,  in-8°. 

*Universittj  ôf  Nevada  Studies,  V,  1"  (Bidielin,  III.  1).  —  Ptd)lislie(l 
quarlerly  by  )lie  (Iniversity  of  Nevada.  1911,  in-8".  |Dir.| 

*  Wiener  Zeitschrijt  Jur  die  Kunde  des  Morgenlandes,  X\V.  1 .  -  U  icn , 
Alfred  Hokler,  1911,  in-8". 

^Yaçovijaija  Jaina  (Iriinihaniàld ,  n"'  18-19.  ^  Bénarès,  i9ii,in-8°. 

*ZeitschriJÏ  der  Deulschen  Morgenlândischen  Gesellsrhalt ,  L\\  .  1.  — 
Leipzig,  F.  A.  Brockhaus,  1911,  in-8". 

* Zeitsrlirift  fiir  die  aittestamentlirhe  Wiasensrhaft ,  191  1,  \-'?..  -  (îiessen, 
\llied  Tcipelnami,  1911,  in-8". 

Zeilschri/t  fiir  helmeische  Uihliographie ,  XV,  i->.  —  Frankfnrt  a.  M., 
.1.  KanlTmann.  1911,  in-8". 

Ai-Zouhour  (fLes  /leurs-'.  Revue  lilU'i'aire.  arlisli(|ne  t'I  scienlilifpie, 
II.  '2-:\.       Le  Caire,  1  («i  1 ,  in-8".  [Dir.  I 


TABLE  DES  MATIÈRES 

CONTENUES   DANS  LE   TOME    XVIÏ,  X"  SÉRIE. 


MEMOIRES  ET  TRADUCTIONS. 

Pages. 
Les  Hyksôs  et  la  restauration  nalionale  dans  la  tradition  égyptienne  et 

dans  l'histoire  (  M.  R.  VVkill)  [suite  et  fin] 5 

Les  débuts  de  l'art  bouddhique  (M.  A.  Foiicher) 55 

De  l'alphabet  sogdien  (M.  Robert  Gauthiot) 81 

Le  calendrier  malgache  (M.  E.-F.  Gaotier) 97 

Vyuthena  256  (M.  Sylvain  Lévi) 119 

L'âge  de  Mahomet  et  la  chronologie  de  la  Sira  (M.  H.  Lammkns) 209 

Prolégomènes  à  l'étude  des  historiens  arabes  par  Khalîl  ibn  Aibak  As- 
Safadi ,  publiés  et  traduits  d'après  les  manuscrits  de  Paris  et  de  Vienne 
(M.  Emile  Amar) a5i 

Inscriptions  de  Miran  (M.  A.-M.  Boyer) '11 3 

Elude  des  documents  tokbariens  de  la  Mission  Pelliot  (M.  Sylvain  Lévi); 

-  Remarques  linguistiques  (M.  A.  Meillet) /i3i 

Prolégomènes  à  l'étude  des  historiens  arabes  par  Khalîl  ibn  Aibak  As- 
Safadi,  publiés  et  traduits  d'après  les  manuscrits  de  Paris  et  de  Vienne 
(M.  Emile  Amar)  [nuiie] h6b 


MELANGES. 

La   divination   par   fécailli'   de   tortue  dans  la  haute  antiquité  chinoise 

(d'après  un  livre  de  M.  Lo  Tchen-yu)  [M.  hdouard  Chavannes) iti-y 

Note  préliminaire  sur  les  documents  en  tokharion  de  la  Mission  Pi'llidt 

(M.  Sylvain  Lévi) 1  3S 

Note  sur  le  livre  des  101  nuits  (M.  Gabriel  Ferrano) 3o9 

Note  sur  le  prologue  de  la  Didascalio  arabe  et  sur  quelque*"  apocryphes 
aiabcfi  pseudo-clémenlins  (  M.  F.  Nau) 319 

Une  stancc  jaina  et  liouddlii(|iie  (M.  Louis  dk  la  Vallkk  Poussin) 3n3 


616  MAI-JUIN    1011. 

COMPTES  RENDUS. 

Janvier-février  igii  :  M.  Jastrow,  Die  Religion  Babyloniens  und  Assy- 
riens (M.  F.  Martin).  —  T.  G.  Pinches,  An  outline  of  Assyrian 
Gr:unmar  (M.  Thuheac-Dangin).  —  Catalogue  of  ihe  Arabie  and 
Persian  manuscripls  al  Bankipore.  Saddar  Nasr  and  Saddar  Bunde- 
hesb.  E.  G.  Browne,  The  Persian  révolution  of  1900-1909.  Ch.  Ski- 
(JNOBOS,  Histoire  de  la  civilisation  traduite  en  arabe.  Marlianui  l'-'ilali'l- 
mu'dila,  éd.  Denison  Ross  (M.  Cl.  Huart).  —  Liber  Axumae,  éd. 
K.  CoNTi-RossiM.  Rerum  Aelhiopicarum  Scriptores,  X,  1  (M.  A.  Gui';- 
rinot).  —  G.  A.  Grierson,  An  introduction  to  tbe  Mailhlii  dialecl. 
D.  Braï,  The  Braliul  language  (M.  J.  Bloch).  —  G.  Coedks,  Textes 
d'auteurs  grecs  et  latins  relatifs  à  l'Exlréme-Orient  (M.  G.  Ferrand).      1^11 

Mars-avril  1911  :  J.  Viteau,  Les  Psaumes  de  Salomon  {M.  L.  Legrain). 

—  MiRZÀ  Mehdî  KiiÂK,  The  Mabtàni  '1-lugliat.  E.  Demson  Ross,  A  Col- 
lection of  poems  by  tbe  Emperor  Babur.  D'  R.  Tscuudi,  Das  Asafnàme 
des  Lutl'î  Pascha.  'SjU  ^j  *jjL*ol-fJi  aJjoJJ  ^i  cdI  jlx*.*U  JCkjji. 
JCjJLjjjI.  Cenlenario  délia  nascita  di  Michèle  Amari.  Hamdu  llau 
Mustawfi-i-Qazwîni,  The  Ta'rikh-i-Guzida.  Mélanges  He  la  Faculté 
orientale  de  Beyrouth.  Ravram  Kiiân,  The  Pei'sian  and  Turki  divans. 
W.  Popper,  Abu  '1-Maliàsin  ibn  Taghri  Birdi's  Annals.  IL  H.  Spoeis 
et  E.  Nasrallaii  Haddad,  Manual  of  Palestinean  Arabie  for  sell-instiiic- 
tion.  A.  i\l.  de  Zogher,  Etudes  sur  l'ancienne  Alexandrie.  His^-ts^ 
iLoUJ) .  IL  HiRSciiFEi,»,  The  Dîwàn  of  Hassan  b.  Thâbit  (M.  CI. 
Huart).  —  Riad  Ghali,  De  la  tradition  considérée  comme  source  du 
droit  musulman  (M.  Emile  Amar).  —  Marepiajbi  no  fl*eTn'iecK0My 
a3biK03Haniio  :  I.  li.ibôn  Mkohih,  r})y3nHCKiH  ijoccapiîi;  II.  H. 
Mapptj,  TpaMMaTEKa  «l'ancuaro  (jaaciîaro)  nsbiua  (MM.  ,1.  Rehv  <'t 
H.  Adjarian).  —  F.  H.  Weissrach,  Die  Keilin^cbriften  der  Achaine- 
niden.  F.  A.  XA-iATAiiq-b,  O'iepK-b  ucTopiii  Apsieuin  B-b  cnH3u  ci. 
oôiniiMij  xo^oM-b  coôbixiîi  B-b  lIepe4Heïï  Aain.  F.  Macler,  Rapport 
sur  une  mission  scientifiqui^  en  Arménie  russe  et  en  Arménie  turque 
(  M.  A.  Meillet).  —  Col.  G.  E.  Gerim,  Ri'searches  on  Ptolomy's  Geo- 
j[raphy  of  Eastern  Asia  (M.  G.  Coedès).  —  H.  MnponoB-b,  ^H'nHncxcKifl 
BaM-feTKH  (M.  A.  Guérinot) 8^7 

Mai-juin  1911  :  Mi'^sion  française  de  Chaldée.  Inventaire  des  tablettes 
de  Tello  conservées  au  Musée  impérial  ottoman   (M.  L.  Delaporte). 

—  Jean  de  Paulï,  Sepher  ha  Zohar  (M.  M.  Schwar).  —  A.  S.  Lewis, 
The  old  Syriac  Gospels.  Fr.  Sciidlthess,  Kalila  und  Dimma  (M.  F. 
Naii).  —  G.  A.  Noyes,  The  song  of  songs.  A.  W.  Greenup  and  C.  H. 
Titterton,  The  commentary  of  Rabbi  Meyuhas  b.  Elijah  on  the  Pen- 
taleucb  :  Genesis.  A.  S.  Lewis,  Codex  (]limaci  rescripius  (M.  F.  Ma- 
cler). —  Momammed  Klrd-'Alî,  *IjoLJ!  J4'-«'^  Petits  traités  des  au- 
tours éloquents  (M.  Cl.  Huart).  —  N.  I.  Mikr,  Les  strophes  initiales 
et  finales  du  trCbevalier  à  la  peau  de  panthère"  de  Chota  Roustliavéli 
(V.  CnicnsiAREp).  —  Castes  and  Trihes  of  South  India  (M.  J.  Vinson). 

—  L.  Cadière,  Monographie  de  la  semi-voyelle  labiale  en  sino-anna- 
mile  et  en  annamite  (M.  M.  Grammont).  ~  Publications  relatives  à 
ITndochine  française  (M.  L.  Finot) .' ^t'S',] 


TABLE   DES   iMATIÈRES.  617 

CHRONIQUE  ET  NOTES  BIBLIOGRAPHIQUES. 

Janvier-février  1911 *  "9 

Mars-avril  1911 ^89 

Mai-juin  1911 -^79 

NÉCROLOGIE. 

Paul  J^iegnaud  (M.  A.  Guérinot) «  77 

Uubens  Duval  (M.  J.-B.  Chadot) -"iS? 

Sir  Alfred  Lyail  (M.  S.  Lévi) (3o3 


SOCIETE  ASIATIQUE. 

Procès-vorbal  de  la  séance  du  1 3  janvier  1911 i^' 

Annexes  au  procès-verbal  r  Onomastique  fluviale  suméro-accadieniic 
(M.  J.  Halkvy).  —  Un  exemple  de  la  prononcialioti  occidentale  du 
syriaque  au  vi"  siècle  (M.  F.  Nal) 1  ^5  3 

Procc  -verbal  de  la  séance  du  1  0  février  1911 i8(i 

Annexe  au  procès-verbal  :  Le  pluriel  primitif  en  -m  dans  les  langues  dra- 

vidicnnes  (M.  J.  Vinson) 187 

Nouvelles  acquisitions  de  la  Bibliothèque 193 

Décret  relatif  à  la  Société  asiatique  et  nouveaux  statuts  de  la  Société.  .  .      9oa 

Procès-verbal  de  la  séance  du  1  o  mars  1911 398 

Annexe  au  procès-verbal  :  De  la  prononciation  imi  h  et  en  o  chez  les  Juifs 

et  les  Syriens  (M.  M.  Lamiikut) 39^» 

Procès-verbal  de  la  séance  du  1  -i  avril  1911 398 

Annexes  au  procès-verbal  :  Du  nom  de  la  ièiiille  dans  plusieurs  dialectes 
(lujji'o-linnois  (G'°  dk  Ciiaukncky).  —  (lollecliou  d'ouNrajjes  musulmans 
chinois.  De  l'orijfine  du  nom  do  Ilouei-Ilouei  porté  par  les  musulmans 
chinois  (Commandant  d'Oi.i.onh) /loi 

Nouvelles  acquisitions  de  In  Bibliothèque 'io3 

Procès-verbal  de  la  séance  du  1  a  mai  1  9 1  i ()o5 

Nouvelles  acqui-^ilions  de  la  Bili!iiillit''i|cii' ()o(i 


Le  fférant  . 
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1. 17 


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